Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Thursday, April 12, 2018

ADIEU MONSIEUR BRUNEL! MERCI POUR JÉRÉMIE

Jean Brunel Pierre
Crédit photo : Julio Gauthier


Par :Eddy Cavé eddycave@hotmail.com

Jean Brunel Pierre
Depuis que le réseau Multimedia Haïti Connexion Network  a publié la note annonçant le décès de l’homme d’affaires jérémien Jean Brunel Pierre, les messages de sympathie et les  témoignages d’affection n’ont pas cessé d’affluer de partout. Tous les gens moindrement informés sur la Grand’Anse savent qui était Brunel, mais l’homme étant d’une discrétion extrême, on savait en général peu de choses sur son engagement social et sur sa contribution aux activités communautaires. Comme je faisais partie des Jérémiens  de la diaspora qui avaient fait de sa résidence de la rue Dr Hyppolite leur point de chute à Jérémie et que mes conversations avec lui portaient sur les sujets les plus variés, ces témoignages n’ont fait que confirmer les opinions que je m’étais faites à son sujet.

Caraïbes Inter Multi Services de Jean Brunel Pierre
à la rue Hyppolite à Jérémie.                                   
Étant naturellement porté à admirer les gens qui forgent eux-mêmes leur destin, gravissent avec assurance les échelons de la réussite, je n’ai pas cessé d’admirer Brunel et de lui dire toute l’estime que j’avais pour lui. J’ai donc reçu comme une tuile sur la tête l’appel téléphonique m’annonçant sa mort soudaine. Et lorsque les témoignages sur son engagement social ont commencé à arriver, j’ai eu en quelque sorte la confirmation du fait que le personnage que j’admirais en lui n’était pas seulement un ami, mais un homme qui jouissait dans des milieux très variés d’une très grande considération. Un être hors du commun. En dépit, ou à cause même, de certaines grandes limitations imputables aux caprices du destin.

Dr Simphar Bontemps
Des nombreux témoignages recueillis, je retiendrai trois qui confirment mes opinions sur l’ami disparu et sur la tristesse que cette perte cause dans le milieu haïtien. Sur l’état des soins de santé au pays et sur un plan tout à fait personnel, le chirurgien à la retraite et ancien ministre de la Santé publique Simphar Bontemps m’écrivait dans la matinée du 6 avril :

« Oui, mon frère, j'ai été terrassé par cette nouvelle qui nous flanque à la face la grimaçante situation des services de santé dans le pays. Mwen tris, mwen tris, mwen tris… »

De son côté, notre ami commun Michel Paisible, qui vit comme moi à Ottawa, me racontait la veille au soir que Brunel lui avait demandé une année de lui envoyer pour ses œuvres de bienfaisance cinq exemplaires de la dernière édition du Petit Larousse illustré, car ceux qu’utilisaient les enfants du quartier étaient trop anciens. Au sujet des frais d’envoi, il avait pris la peine de préciser : « Ne te fais pas de souci pour les frais d’envoi. Tu me les expédies par DHL pour qu’ils arrivent avant la rentrée. » Sans commentaires!

Dans la même veine, l’avocat Kely Tabuteau, qui fait un travail admirable en Floride en matière de vulgarisation du droit haïtien, a immédiatement ajouté sa voix au concert des louanges qui a suivi le départ de Brunel. Dans un bref hommage posté dans Haïti Connexion Worldwide, Kély souligne que Brunel avait acheté plusieurs dizaines de ses ouvrages pour les offrir aux étudiants en droit de la ville.

La résidence de Brunel Pierre
Crédit photo: Julio Gauthier  
Brunel croyait fermement dans les vertus de l’instruction et il n’a ménagé aucun effort pour encourager les jeunes de la ville à étudier sans relâche, même quand les conditions de vie à Jérémie s’étaient détériorées à l’extrême. Je l’ai vu à l’œuvre durant un séjour à Jérémie au plus fort de l’embargo commercial de 1992-1993. Tandis que la pénurie d’essence imposait des sacrifices énormes à la population, Brunel illuminait son quartier pour permettre aux jeunes des environs de venir étudier sous les lampadaires de sa rue.

Quand, dix ans plus tard, je serai sollicité par Concepcia Pamphile pour participer aux cérémonies du 90e anniversaire de l’Hôpital Saint-Antoine en produisant une brochure sur l’histoire de l’institution, Brunel sera le premier à embarquer dans le projet en en prenant à sa charge une partie des frais d’impression. Encore une fois : Merci Brunel, pour moi-même et pour Jérémie.

Un bref rappel historique
Dans la succession des malheurs qui ont frappé la Grand’Anse après la  période coloniale de grande prospérité fondée sur l’esclavage, il y a eu :  les cataclysmes naturels à répétition comme l’inondation de 1935 et  les ouragans Hazel en 1954, Flora en 1963, Matthew en 2016; les commotions politiques fréquentes de la période haïtienne; les guerres civiles ponctuées d’exécutions massives comme les massacres de Dessalines; les attaques de Sylvain Salnave en 1869 où Jérémie n’a survécu que grâce au génie militaire des  généraux Brice Aîné et Kerlegrand; la rébellion de Jérémie sous Salomon en 1883, qui se soldera par un retentissant échec et par l’exécution des protagonistes. À cet égard, on ne saurait passer sous silence la répression sauvage ordonnée par François Duvalier après le coup de force manqué des Treize de Jeune Haïti en 1964.

Un peu de Nono Lavaud et de Clémard Joseph Charles
Nono Lavaud (au centre) entre le Dr A. Cavé
et Anthony Samedi en 1946 au terme d'une
grève des débardeurs du port de Jérémie.   
À la différence de ces événements spectaculaires, il y a les décès de personnages clés qui ont marqué l’évolution de la ville et dont les funérailles ont mobilisé l’ensemble de la population. Brunel appartient sans aucun doute à cette catégorie. De mémoire de Jérémien expatrié, je cite les funérailles de l’exportateur Nono Lavaud auxquelles j’ai assisté en 1963, celles du Dr Jean Martineau en 2007. Le jour des funérailles de Nono Lavaud, Max Rigaud, le directeur de la Banque Nationale à Jérémie, me faisait remarquer que ce décès était le prélude de la disparition graduelle des maisons d’exportation de la ville et  qu’il constituait un coup terrible pour l’économie de la Grand’Anse.  Avec le recul, on voit que le calcul était relativement simple, mais personne d’autre, à ma connaissance du moins, ne l’avait fait à l’époque. 
Max Rigaud
Après l’invasion manquée des Treize de Jeune Haïti entre août et octobre 1964, les massacres de Numéro Deux et l’exode qui s’ensuivit, la prédiction de Max Rigaud s’est  réalisée rapidement : effondrement des recettes fiscales de la ville, stagnation de l’économie locale et  perte de notre statut de port ouvert au commerce extérieur. Je n’ai pas vécu ces événements sur place ni la reprise progressive de Jérémie après mon départ définitif pour l’étranger en 1970. Mais à mon premier voyage retour en 1976, la ville avait retrouvé un certain souffle. Les prix des denrées agricoles étaient à la hausse et la marmite de café atteignait un sommet de 16 gourdes en 1978. La vie nocturne et le commerce local avaient repris, le climat politique s’était adouci et l’humeur générale était  à l’optimisme. C’est dans le contexte de cette relance que Brunel a commencé à s’épanouir et à apposer sa marque sur l’économie de la Grand’Anse. Sur une échelle sans doute beaucoup plus petite, sa disparition soudaine constitue comme celle de Nono Lavaud une grande perte pour la région.

Clémard Joseph Charles
Collection Eddy Cavé
Un autre homme d’affaires à qui je ne cesse de comparer Brunel est Clémard Joseph Charles, dont j’ai été un des conseillers financiers à la fin des années 1960. Clémard  venait de se brouiller avec François Duvalier quand je l’ai rencontré pour la première fois au terme de mes études en banque au Chili. Après une dizaine de minutes d’une conversation à bâtons rompus, il me proposait le poste de sous-directeur de la Banque Commerciale d’Haïti qu’il avait créée sept ans plus tôt. Au terme d’un court séjour dans les prisons de Duvalier, il m’invitait à participer à la restructuration de ses entreprises mises à mal par son passage dans la politique. Arrivé dans la jungle de Port-au-Prince sans les titres de noblesse habituels, Clémard avait réussi à s’imposer dans le milieu des affaires que grâce à son courage, son flair incroyable et un exceptionnel sens du risque.

Fondateur de la première banque privée haïtienne et premier commerçant à introduire les produits japonais en Haïti, notamment les Toyota, Clémard était pour moi l’exemple parfait d’une réussite sociale et financière en milieu hostile. Il n’a toutefois pas eu la sagesse de se tenir à l’écart de la politique et c’est ce qui l’a perdu. Comme Clémard, Brunel a gravi en moins de trente ans les divers échelons de la réussite et il a servi sa communauté avec une rare générosité. Mais, contrairement à ce dernier, il a su résister jusqu’au dernier jour de sa vie aux chants de sirènes et aux appels répétés de l’aventure politique. Bravo cher ami!

Sa barque a fait naufrage durant une nuit d’avril…
Brunel  Pierre  (Avril 2018)
Brunel avait des relations dans tous les camps et il a su se tenir au-dessus de la mêlée, même dans les journées les plus agitées de la vie politique et durant les nombreuses crises qu’a connues le pays à partir de 1985. Dans le passage étroit où il a dû naviguer en contournant, avec ses propres limitations, les écueils de la politique partisane et du milieu ambiant, sa barque a fait naufrage durant une nuit d’avril sans qu’aucun des spectateurs accourus sur les lieux n’ait pu lui porter secours.

Cet homme généreux et avenant au sourire communicatif était au fond, comme je l’ai écrit au sujet de Nono Lavaud, un homme triste, solitaire malgré ses apparences de jovialité et de parfait homme du monde. Comme Clémard Joseph Charles, il n’a jamais été accepté comme un partenaire à part entière dans le cercle des gens d’affaires auquel il avait accédé sur la base, non pas de la naissance, mais du mérite. Contrairement à Clémard qui vociférait continuellement contre les forces du statu quo qui s’étaient liguées contre lui, Brunel était fermé comme une huitre. Sous une carapace qu’aucun de ses proches n’a pu véritablement percer, il a vécu les succès et les échecs de l’existence avec le sourire et le même regard impassible et impénétrable.

Et son destin tragique, il l’a affronté avec une telle sérénité et une telle détermination qu’il n’a donné à qui que ce soit la possibilité de voler à son secours quand la fortune a changé de camp. Il s’est alors effondré comme un personnage de tragédie grecque. Personne ne sait encore ce qui va advenir de sa succession. Il laisse dans le deuil sa compagne Célise, sa fille Rode, un large cercle d’amis et un très grand nombre de protégés. Quant à moi, c’est seulement à mon prochain voyage à Jérémie que je pourrai évaluer l’ampleur de la perte de cet ami très cher.

Outre la grande affection et l’admiration que commandait cette personnalité attachante au plus haut point, Brunel avait droit au respect de tous et de chacun. Avec un respect et un sens de la politesse jamais pris à défaut, Brunel a toujours interpellé ses interlocuteurs en disant Monsieur, Madame ou Mademoiselle. Les plus humbles comme les plus puissants. Des portefaix venus encaisser un billet de loterie gagnant aux coopérants et professionnels étrangers effectuant de grosses opérations de change à ses guichets. C’est à mon tour aujourd’hui de lui rendre la pareille en lui disant : « Adieu,  Monsieur Brunel! Merci pour Jérémie et la Grand’Anse. Que la terre te soit douce et légère! »



Par :Eddy Cavé eddycave@hotmail.com

Ottawa le 11 avril 2018



Wednesday, July 12, 2017

Un autre mapou d’Haïti vient de tomber…

Jean-Claude Fignolé
24 mai 1941 - 11 juillet 2017
L’écrivain, le professeur, homme politique et philosophe, Jean-Claude Fignolé, né le 24 mai 1941 à Jérémie est décédé ce mardi 11 juillet, à l’âge de 76 ans des suites d’une complication cardiaque, avons-nous appris. Grande figure de la littérature haïtienne, Jean-Claude Fignolé a créé, avec René Philoctète et Franckétienne, le mouvement littéraire « Spiralisme ».
Jean Claude Fignolé parle de son rôle de fondateur  du spiralisme...
Essayiste et nouvelliste , Jean-Claude Fignolé aura encore longtemps marqué la littérature haïtienne contemporaine à travers  ses oeuvres  comme le célébrissime récit « Les possédés de la pleine lune (1987)  »,  et Aube tranquille (1990), considérés comme des œuvres majeures de la littérature haïtienne. Il a également écrit d’ autres romans comme : Une heure pour l’éternité, paru en 2008.

Après avoir suivi des études de droit, d’agronomie et d’économie, il devient critique d'art au Centre d'art de Port-au-Prince, journaliste – notamment au Petit samedi soir dans les années 1970 – critique littéraire, enseignant et co-fondateur du collège Jean Price Mars avec René Philoctète et Victor Benoît.

Vers  les années 1980, Jean-Claude Fignolé retourne à son petit village des Abricots dans la Grand'Anse où Il apporte une aide essentielle aux habitants de son bercail. Il les assiste dans un travail de développement de première nécessité (reboisement, éducation, santé, constructions routières, agriculture).

De 2007 à 2012, il est maire de ce village et est président de l’Association des maires de la Grand'Anse (AMAGA). De 1990 à 2000, on le retrouve observateur et commentateur dans le journal  Le Nouvelliste où il tient la rubrique « Rompre le silence » dont les analyses politiques font découvrir la laideur d'un pays cloué dans son échec. En 2010, après le séisme en Haïti, il vient en aide à des milliers de rescapés.  Il est membre  de la direction du collège Jean-Price Mars – qu'il a fondé avec René Philoctète et Victor Benoît –, participe au développement touristique de son île et prononce des conférences. 

Ces dernières semaines ont été particulièrement pénibles pour nous tous. Nous avons  perdu trois  grands écrivains de notre espace grand'anselais en un mois: Claude Pierre, Serge Legagneur et Jean-Claude Fignolé.

Nous conserverons précieusement l’ombre de ces mapous qui nous ont faussé compagnie à quelques jours d'intervalle.

En cette douloureuse circonstance, le staff d’Haïti Connexion Network  présente ses sincères condoléances à la famille Fignolé. Nos affectueuses pensées accompagnent ces chers disparus.

Pour HCN

Herve Gilbert

Friday, April 10, 2015

Flash-back sur la ville de Jérémie avec l'historien Georges Corvington

Une adaptation de Haïti Connexion Culture
     Jérémie! ville coquette qui fascine par son rayonnement.    
Le Département de la Grand'Anse occupe la partie nord de la grande presqu'Ile du Sud. Sa population actuelle approche les 700,000 habitants pour une superficie de 3,308.99 km2 (Rapport IHSI, Institut Haïtien de Statistiques - 1998). Les principales productions du département sont le café, le cacao, le caoutchouc. On y trouve également de vastes plantations de figues-bananes. L'arbre a pin et l'arbre véritable constituent les denrées alimentaires de base de la population.

La pèche est l'une des principales activités économiques du département. L'étang de Miragoâne est connu pour la richesse de sa flore et de sa faune. On y trouve treize variétés de poissons et toutes sortes d'oiseaux aquatiques comme la poule d'eau, le héron et la bécassine. Les montagnes de ce département sont connues pour avoir servi de refuge aux esclaves marrons durant l'époque coloniale.
JEREMIE
Chef-lieu du département de la Grand’Anse.

La cartographie de Jérémie
Vers 1673, les boucaniers établis dans la région de Nippes, poursuivant l’exploration de la partie sud de Saint-Domingue, parvinrent à une haie qu’ils appelèrent, en raison de sa largeur, Grande Anse. Appellation qui fut transmise au territoire qu’elle baignait et au grand cours d’eau qui le traversait. Installés d’abord sur la position limitée aujourd’hui par les rivières Voldrogue et la Grande Rivière, et qu’on désigne encore sous le nom de Vieux Bourg, les boucaniers, dont beaucoup d’entre eux pratiquaient la pêche, abandonnèrent peu à peu le Vieux Bourg, dont il ne subsiste que le cimetière, et s’établirent au lieu-dit Trou Jérémie, mieux protégé des vents, et qui tenait cette dénomination d’un pêcheur de ce nom qui y avait pris gîte. C’est sur ce lieu qui jouissait d’un climat sain et salubre et d’un cadre merveilleux que le gouvernement français porta son choix pour la fondation d’une nouvelle ville dont le tracé s’effectua au cours de l’année 1756.

Jérémie et ses contrastes



Vue aérienne de la ville de Jérémie
Jérémie, qu’on atteint plus commodément par avion que par la voie maritime ou la voie terrestre, est bâtie en demi-cercle aux pieds des hautes collines verdoyantes du Bas Fond Rouge, dernières rampes orientales de la chaine des Castaches. Les maisons s’étagent en gradins, sur le flanc des collines.

La ville est formée de deux zones bien distinctes : la Basse Ville et la Haute Ville et, les jouxtant, le Vallon du Fond Augustin. La partie basse est peu étendue et ne comporte que quelques rues. Elle est le siège d’un trafic commercial intense et varié. La Haute Ville est un plateau de forme rectangulaire, allonge du nord au sud. S’y sont établis, les bureaux administratifs, les tribunaux, la police, la prison, l’hôpital. Contrairement aux rues de la Basse Ville, longues et étroites, celles de la Haute Ville sont larges et praticables en toutes saisons.

Cité administrative de Jérémie à Bordes
Au-delà de la Haute Ville, s’étendent deux grands quartiers résidentiels : Bordes et Rochasse. De spacieuses et confortables villas agrémentées d’admirables jardins et ombragées d’arbres aux riches frondaisons s’y succèdent. Parmi elles, l’Evêché, d’une architecture simple et fonctionnelle. De là, on contemple, sur fond bleuâtre de l’immense océan, le panorama de la blanche cité piquetée du teint rouge de quelques toitures. Dans la banlieue, Sainte-Hélène offre le spectacle de ses maisonnettes sordides ou vit une population laborieuse mais démunie.
Les maisons de la basse ville 
Sauf à la Grand’ Rue ou s’alignent des édifices à arcades d’une belle prestance, la plupart des immeubles de la Basse et de la Haute Ville sont du style classique des anciennes maisons coloniales. Ils sont de plus en plus remplacés par des immeubles en béton, pas du meilleur goût. A la rue Saint-Léger subsistent encore quelques maisons de style gingerbread relevées de touches créoles.

Vue partielle de la place Dumas
Deux places publiques s’offrent à la détente des Jérémiens. La plus ancienne et la plus étendue, la place d’Armes ou place Alexandre Dumas, au cœur de la Haute Ville, est ornée de beaux jardins, d’arbres aux ramures vigoureuses et d’une jolie fontaine métallique à bassin surmontée d’un poupon joufflu et datant de 1861. On y remarque la statue en pied de Goman, leader de la résistance paysanne des années 1809-1820., inaugurée en aout 2003, et le buste en bronze d’Alexandre Dumas père.
L’autre place, jadis très affectionnée des Jérémie, la place de La Pointe, sur la langue de terre qui s’avance sur la mer, a aujourd’hui perdu tout le charme qui avait fait sa célébrité.

L'éblouissement baie de Jérémie, objet de tant d'attention
« Dans cette riche symphonie qu’est Jérémie, écrit le poète Timothée Paret, la mer est l’instrument dominant ». Hélas, cette mer de saphir qu’on aime tant admirer, devient parfois dangereuse quand, de décembre à mai, le nordé (corruption de vent du Nord-est) se met à souffler.

Le port est peu protégé et seul le côté nord offre un mouillage plus ou moins sûr en raison de la profondeur de ses eaux. Dans la baie, aucun abri contre les vents capricieux. Les récifs qui affleurent au nord-est rendent périlleux ce secteur de la baie. Pendant l’hivernage, les raz de marée qui se forment ne constituent un danger que pour les embarcations qui se sont laissé surprendre. En revanche, comme tout le sud d’Haïti, le département de la Grand’ Anse est très vulnérable aux ouragans, dont la saison s’étend de mai à novembre.

Jérémie  et sa région ne comptent pas beaucoup de plages, mais, celles qui existent sont un attrait pour les yeux … et les baigneurs : plages de Gommier, de la Guinaudée est sur la Grande Cayemitte, l’île la plus importante de l’archipel des Cayemittes aux 59 îlots, émergeant du canal de la Gonâve, face à Jérémie, la superbe plage d’Anse Blanche.

L'Anse d'Azur  au rivage doré et aux eaux turquoises 
L’Anse d’Azur, à quelques kilomètres de la ville, est la plus réputée des stations balnéaires de la région jérémienne. Le rivage de sable doré que surplombent des rochers abrupts ou de petites falaises tapissées de lichen ou de lierre, côtoie une mer toujours bleue.

La rivière de la Grand’ Anse qui prend sa source dans la chaîne de la Hotte, occupe, grâce à l’apport de nombreux affluents, au volume de son débit et à la longueur de son cours, la troisième place en importance après l’Artibonite et les Trois-Rivières de Port-de-Paix. A son embouchure, à l’est de la Basse Ville, une profusion d’oiseaux aquatiques prend leurs ébats. Jérémie s’enorgueillit du beau pont suspendu érigé en 1949 à l’entrée de la ville et qui relie les deux rives de la Grand’ Anse. Les rivières de la région sont réputées pour leur limpidité et font les délices des excursionnistes.
Ce qui capte l’attention quand on parcourt la campagne jérémienne, c’est la luxuriance de la végétation et la verdure qui s’étale partout : verdure des plantations, des paysages. Au nombre des campagnes les plus visitées et les plus prisées, Buvette, la Passe, la Digue, Kanon, la Source, Testas-sur-Mer, tiennent la première place.

 Thomas Alexandre Dumas
L’habitation Madère, une des plus pittoresques d’Haïti, située dans la section communale de la Basse Guinaudée, est le lieu où naquit, le 25 mars 1762, Thomas Alexandre Dumas, père de la lignée des Dumas. Les sites de la Guinaudée sont prodigues en panoramas merveilleux et grandioses.

L’environnement de la ville est pauvre en cavernes dignes d’intérêt. La grotte la plus importante, la Voûte Laforest, du nom de l’habitation où elle se trouve, s’élève en arcades à 45 pieds de haut. De bizarres stalactites et stalagmites s’y profilent. L’accès est difficile et l’humidité incommodante.

Des fortifications de l’époque coloniale, il ne reste que des ruines. Au morne Bergenier, qui domine la rade, s’élevait la Batterie d’Estaing. Sous l’administration haïtienne, elle devient le Fort Télémaque. Plus près de la ville, dans le voisinage des anciennes casernes de l’armée, la Batterie de l’Anse avait pour mission de surveiller l’entrée du port. Sur le promontoire de la Pointe, se dressait le Fort La Pointe qui croisait ses feux avec ceux de la Batterie d’Estaing. De sa nombreuse artillerie, seuls ont survécu quelques canons presque enfouis dans le sol et qui servent aujourd’hui de sièges aux promeneurs et le « Madan Brise », grosse pièce de 90, installée dans le fort en 1869, par Brice Ainé, chef du 1er corps d’armée du Sud en guerre contre Salnave.

Anaise Chavenet et Ketly Mars posant sur le canon du fort de
Marfranc lors de leur tournée  au festival national  de la poésie
 
Répondant aux vœux de Dessalines d’ériger des places fortes pour contrer toute tentative d’agression étrangère, Martial Besse éleva sur une position apparemment inexpugnable, à 25 minutes de Jérémie, le Fort Marfranc. Quelques spécimens de canons, héritage de l’Occupation britannique, s’y trouvent encore. Le général Laurent Férou, héros de l’indépendance, y repose depuis 1806. Si l’on excepte le Fort Salomon, assis sur un monticule à l’entrée de la ville, construit par Salnave, restauré par Salomon, et qui n’est qu’un blockhaus, le Fort Marfranc est semble-t-il, le seul ouvrage fortifié d’importance à avoir été édifié dans la région, après le départ des Français.

La pêche est l'une des activi
tés économiques de Jérémie
Les principales productions agricoles de la région jérémienne sont le café, le cacao, la figue-banane, l’arbre à pain, l’arbre véritable et le vétiver. Les activités industrielles se concentrent sur la production du miel, de la cire d’abeille, de l’alcool et sur la préparation des peaux de bœufs et de chèvres. La pêche se classe parmi les activités économiques les plus intenses de la zone.

Sur ce territoire fertilisé par l’abondance des pluies, s’épanouit une grande variété d’arbres fruitiers. En ce qui concerne la mangue, on n’en compte pas moins de 22 espèces différentes, et parmi les plus renommées, la saraphine, le zabricot, la cannelle et le camphre. L’igname de France, le couche-couche, le beurre frais, le fromage à la crème, le sirop miel sont excellents. Le « konparet  », la friandise spécifique de la Grand’ Anse, est apprécié de tous.

La fontaine de Ti-Amélie
s'est asséchée, mais ses lar
mes ne cesseront de couler
.

La ville de Jérémie  jouit d’un climat des plus agréables et des plus sains. Jamais de fortes chaleurs. En été, l’air se renouvelle, grâce à une brise constante. Cette même brise rafraîchit l’atmosphère en hiver et entretient une température comparable à celle du printemps des pays de la zone tempérée.

La vie religieuse est animée par l’Eglise Catholique et de nombreuses confessions protestantes, dont la plus ancienne est l’Eglise Wesleyenne. Sur la place Dumas, se dresse l’église paroissiale qui, avec l’érection de la Grand’ Anse en diocèse, en 1972, est devenue cathédrale. L’actuel édifice remplace l’ancien temple incendié en 1874. En 1879, un crédit de 30.000 gourdes voté par les Chambres permit de mettre en train sa reconstruction. Les travaux ne prirent fin qu’en 1901. Dédiée à Saint Louis, roi de France, l’église de Jérémie est remarquable par ses robustes contreforts et par la superbe rosace qui rayonne sur sa façade. Depuis quelques années a été entamée, proche de l'Evêché, la construction d’une nouvelle cathédrale de forme circulaire qui promet d’être imposante.
Alix Félix, fondateur
de Radio Grand'Anse
Dans le domaine culturel, de grands efforts sont accomplis pour annihiler les retombées négatives encore perceptibles des malheureux événements de 1963. Cette campagne est principalement conduite par l’Eglise Catholique, les sectes protestantes et l’Alliance Française … De nombreux bars, restaurants, discos, un centre culturel, propriété de l’Evêché, un terrain de sport, le parc St Louis, permettent aux habitants de se détendre et de sortir de leur isolement.

La Cabane offre une vue panoramique
sur l'océan ou sur le jardin
.                
 
De petits hôtels, « de qualité acceptable », accueillent les visiteurs. Parmi eux, La Cabane, l’Hôtel des Trois Dumas, l’Auberge Inn, Le Bon Temps, tous dans le quartier résidentiel de Bordes.

Trois faits majeurs ont marqué l’histoire de Jérémie : le siège de la ville par les Piquets en 1869 et par l’armée gouvernementale en 1883, et les Vêpres jérémienne  de 1963 qui sonnèrent le massacre de familles bourgeoises, par représailles pour la participation de certains des leurs à l’insurrection anti-duvaliéristes du groupe Jeune Haïti.

Malgré ses malheurs, la capitale de la Grand’ Anse est restée une ville cordiale et hospitalière, d’un charme captivant. Redeviendra-t-elle cette « cité des Poètes » ou cette « Athènes d’Haïti », titres dont elle s’était réclamée dans le passé, pour avoir donné naissance à d’illustres fils, tels que Linstant de Pradine, Edmond Paul, Edmond Laforest, Etzer Vilaire ?... La renaissance qui s’est amorcée ravive les espoirs.

La distance de Jérémie à Port-au-Prince est de 224 kilomètres.

Édition et  adaptation: Herve Gilbert

Source de référence :Georges Corvington
Georges Corvington 





Les amis de la place Dumas de Jérémie sous le soleil de la Floride !