Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Friday, January 19, 2018

Donald Trump – Comme la nature fait bien les choses…

Des Haïtiens en grand nombre, des Latinos, des  Africains, des Américains ,
pancartes en mains  protestaient à West Palm Beach (Floride), le 15 janvier
2018 contre les propos racistes et xénophobiques de Trump.                       

Par Max Dorismond
 Timeline

Autant en emportent l’ignorance et l’idiotie! À seulement y penser, on se désole à l’idée qu’un cancre puisse se permettre de divaguer comme le cœur lui en dit. L’incompétence et la crétinerie résultent de la nuit de l’esprit. Si on ne s’entoure de chandelles pour éclairer nos pensées, on risque d’accoucher sans ambages, de surprenantes idées saugrenues. Point n’est besoin de répéter à satiété les mêmes rengaines que nos émotions mises à fleur de peau nous ont inspirées et dictées au gré du scandale. Transcendons la médiocrité pour chevaucher à contre courant dans une démarche réflexive à l’envers du décor pour mieux appréhender, en répétant Edouardo Galeano, « cette insolence nègre qui continue de contrarier les âmes blanches ».

Les Haïtiens crachaient leur colère, tout le long du pont
lors du passage du cortège de Trump.                             
Le monde s’est révolté. Tout a été dit. Aucun qualificatif injurieux n’a été exempté pour décrire cet hurluberlu de président. Pour ne pas entonner les mêmes refrains, je me cantonne dans un autre volet pour signifier cette idée qui me taraude l’esprit depuis la crise de la merde, mieux connue  sous le célèbre « Shithole countries » de l’éléphant à la crinière jaune.

En effet, je me suis surpris à deviser sur le sort qu’aurait connu le monde, si, par hasard, Donald Trump était président des États-Unis dans les années 40, durant la deuxième guerre mondiale. Sans surprise, Hitler aurait gagné cette dernière haut la main. Jamais, au grand jamais, Trump n’aurait bougé le petit doigt pour sauver l’Europe de la géhenne. C’est dans sa nature, il brûle d’un désir insatiable de se lier à des puissants de ce monde qui n’en ont cure des droits de l’homme, tels, les Poutine, Xi Jinping, Duterte, Erdogan, Al-Sissi, etc… Naturellement, il se serait plutôt associé, comme Mussolini de l’Italie, et Hiro Hito du Japon, à l’ogre allemand et attaquerait l’Amérique du sud, les Antilles, Haïti en premier.

La  grande communauté haitienne de la Floride y était
cette fois-ci. (Cliquer sur les photos pour les  agrandir)
Ainsi, il aurait érigé des millions de chambres à gaz, à l’instar du mur mexicain, son éternelle obsession, pour griller tout ce qui n’était pas de la race aryenne et caucasienne. Même les Juifs, auxquels il s’attache aujourd’hui, en feraient les frais à cause de leur origine et de leur faciès. Je les vois déjà, ces fours crématoires aux longues cheminées fumant du Noir, du Latino, du bronzé, dans l’atmosphère du Nouveau monde.  Les deux Néron, celui de l’Amérique, et celui de l’Europe, heureux de leur plan de décoloration épidermique historique, pour le bonheur de l’humanité aryenne, « la race des races », se congratuleraient en  jouant du violon, ou au golf, au son des crépitements des corps démembrés de tous ceux qui n’ont commis qu’un unique crime, celui de ne pas naître blancs. Autant en emporte la bêtise humaine. Nous l’avons vraiment échappé belle.

Ah! La nature fait si bien les choses et ne laisse rien au hasard du chemin.

Un état de fait et l’inquiétude des riches.
Des  centaines de manifestants haïtiens marchant vers
le pont de Mar-A-Lago le lundi 15 janvier pour montrer
leur désapprobation à Trump à l'encontre de ses propos
Quand la merde enrichit les nations et conduit à notre déchéance, quand, au fond du baril, il ne reste que des déchets, il est facile, très facile, pour les prédateurs de nous traiter de haut. Par rapacité et concupiscence, ils ont dévié, bousillé l’avenir de tous les nègres de la terre. Par égocentrisme, ils nous ont dépouillés jusqu’à l’os. À la naissance de notre jeune nation, par mesquinerie, ils nous ont égorgés, volés, ruinés jusqu’au dernier centime. Par un racisme crasseux, ils nous vouent à la géhenne. Du haut de leur mépris, ils nous dévisagent à l'aune de leur nez.

Non, non, et non encore, aujourd’hui surtout, je ne vais condamner aucun de mes frères nègres, qu’ils soient d’Afrique ou d’Haïti. Suis aveugle pour cette fois. Ce n’est plus le temps de l’autoflagellation. Je ne veux point jouer à ce jeu là. Les plus stupides des deux camps ne sont pas de notre côté. Les nouveaux maîtres du monde parlent à dessein pour nous inviter à prendre notre trou, pour nous culpabiliser et continuer sans vergogne leur escroquerie éhontée. Jamais, je ne lancerai la première pierre à mes frères. Ils sont tous l’objet de cette exploitation innommable depuis bien avant la naissance du monde moderne. Certains actes de leur couardise, telle la corruption débridée, s’ils en sont, résultent des conséquences de cet atavisme grégaire découlant de leur pressurage à outrance. Ce sont des effets collatéraux. D’ailleurs, c’est sur leur dos, leurs larmes et leur sang que la richesse du monde a pris son envol. Aujourd’hui, ils sont de la merde! Soit! Ce sont les conséquences du pillage effréné, du génocide abject. La nature a horreur du vide. Il a été rempli.

Le cortège présidentiel, en route vers l'aéroport de Palm
Beach, a traversé des centaines de manifestants haïtiens
qui criaient leur indignation contre ses propos.               
Trump s’est trompé d’Histoire en maquillant les mots. Les créateurs de merdiers devraient être ces psychopathes qui ne jurent que par le dieu dollar. Ces assoiffés d'espèces sonnantes et trébuchantes, qui foutent le bordel partout de par le monde, pillent les continents, créent la désolation, la misère, la mort, la division et la haine partout où leurs intérêts le commandent. Je connais trop bien l’histoire de ces hypocrites à sourire de serpent à sonnette pour me laisser ravaler au rang de merde. Ils ont juré de nous abêtir, pour mieux nous complexer, nous affaiblir à dessein; pour mieux nous sucer, nous désubstantialiser jusqu’à assécher nos âmes. 

Les manifestants brandissaient des drapeaux haïtiens et
chahutaient le cortège de Trump lors de son passage.    
Frères, ressaisissons-nous. Reprenons nos sens, ramons au même rythme, le combat ne fait que commencer. Serrons-nous la ceinture face à ces vampires. Ils nous rapetissent pour mieux nous ankyloser, nous geler et nous avaler une nouvelle fois sans aucun effort. Leur digestion sera assurée, sans aucune entrave, si nous ne cherchons pas à rester en croix au travers de leur gosier.

De toute façon, même s’ils nous traitent de moins que rien, au tréfonds de leur âme et conscience, ils savent pertinemment qu’ils nous doivent tous une chandelle. Et ils sont condamnés, coûte que coûte,  à payer leur dette le jour venu, malgré leur intimidation. C’est le moins qu’on puisse dire.

Comme des mort vivants, les surexploités déferlent par vagues successives sur leur territoire. Surpris, ils s’énervent et deviennent schizophrènes. Ils n’ont encore rien vu. Les pauvres réclament leur dû et veulent partager l’usufruit. L’Histoire a une mémoire. N’essayez pas de la détourner. N’essayez pas de nous endormir. Nous n’avons pas encore sommeil. Et nous n’aurons jamais sommeil tant que ce contentieux demeure latent. On les emmerde!

Toutefois, la transhumance des peuples sur-rançonnés de par le monde est irréversible. Nul ne peut l’arrêter. Néanmoins, considérons la mauvaise note de Trump comme un bourdonnement de mouches effarouchées dans une bouche puante, un chatouillement accidentel qui amuse nos aisselles sans  jamais flétrir nos cerveaux. Gardons l’espoir!

Max Dorismond
Mx20005@yahoo.ca


VENEZUELA REPONSE A TRUMP -  HAITI SERA TOUJOURS UN MODELE POUR L'AMERIQUE

Wednesday, January 17, 2018

Résume-moi Haïti en deux mots!

Je dis simplement merci à Me St-Louis. La réalité ou surtout la vérité, c’est comme le soleil. Elle peut parfois blesser l’œil et l’âme, quand elle nous frappe de face. Mais elle vivifie aussi quand on veut vraiment changer les choses. Elle peut parfois nous servir de levier pour repartir à neuf. Voilà!

Par un heureux hasard ce texte s’est retrouvé dans ma Boîte de Réception grâce à l’un de mes amis internautes. Aucun titre ne l’accompagnait. Pour le plaisir des lecteurs, de mon propre chef, j’en ai ajouté un. C’est : « Résume-moi Haïti en deux mots», pas ceux de Trump; tout en pensant faire œuvre utile en trouvant la bonne indication traduisant mes impressions après une rapide lecture.

En effet, selon mes réflexions, l’auteur a résumé en ces quelques lignes les pérégrinations de notre Haïti du siècle naissant.
                    
Bonne lecture  

Max Dorismond
                          
Le texte de Me Sonet Saint Louis
"Daly Valet di kèk bon bagay nan mesaj li a men fòk lita ale plis an pwofondè". 


Me Sonet Saint Louis
Je viens de lire un texte en créole de mon frère Daly Valet dans la foulée des notes de protestation à l'échelle mondiale qui sont unanimes à condammer  les propos de Donald Trump contre le monde noir, notamment Haïti.
  
De toutes les notes recensées d'ici et ailleurs dans le monde, je ne comprends qu'une chose : les haïtiens attendent que le monde  leur envoie un autre pays tout neuf. En plus qu'ils attendent un pays neuf, mais ils attendent de l'argent du monde pour dédouaner ce pays fabriqué pour eux en or. 

Mon frère, cessons d'être naïfs devant la ruse des autres. Nous vivons dans un monde, où les grands ont tendance à multiplier par cent leur grandeur et leur pouvoir de domination, et ils empêchent cruellement et impitoyablement les petits à devenir grands. C'est la logique des relations internationales, hier et aujourd'hui. Nos dirigeants ont montré leur intelligence dans leur capacité de destruction du pays. Ils font tout ce qui est dans leur pouvoir pour  empêcher le beau et le vrai de triompher dans ce pays.
À l'école des cadres, j'ai appris que l'intelligence, c'est la capacité de résoudre les problèmes.

Leslie Manigat
Ex Président d'Haïti
Dites- moi, sincèrement, un problème que nous avons déjà résolu dans ce pays d'Haïti depuis deux siècles d'histoire? Nous complotons contre le beau, le bon, le vrai et la qualité. Leslie Manigat disait dans le documentaire d'Arnold Anthonin que la plus grande force politique en Haïti, c'est la haine. Ce n'est pas la haine contre n'importe quoi, c'est la haine contre le beau, la qualité et l'excellence. 

Daly Valet, dans votre texte en créole,  vous  dénoncez avec raison l'hypocrisie haïtienne, et surtout la complicité  dont fait montre  la presse officielle du pouvoir d'État en Haïti à l'égard de Martelly.Vous ne comprenez pas Daly Valet, la presse haïtienne, les élites haïtiennes, les ambassades des pays occidentaux vous signifient qu'ils vont renouveler l'échec dans la gouvernance parce qu'il n'y a pas d'alternative à la merde et à la bêtise haïtienne. Cet amour des élites haïtiennes pour la crasse et la laideur a été décrit par le poète Léon Lalau en 1902, au début du 20e siècle. 

Regardez ceux qui ont la direction des affaires chez nous. À cause de la division, des conflits et la haine au sein des élites, c'est la médiocrité qui donne le ton à la vérité que le pays cherche depuis son indépendance. 

Daly, on adore les modèles défaitistes. Dans la société haïtienne aujourd'hui, il y a des modèles d'honnêteté et d'excellence, mais nous sommes trop sectaires. 
Mirlande Manigat
Mais à défaut d'être présidents, vous ne croyez pas que l'ingénieur Edgard Leblanc, Mirlande Manigat, Jean Henry Céant, Sauveur Pierre Etienne, André Victor, Maryse Narcisse, ces chefs de parti auraient dû être au sénat de la république. La manière dont on organise la gouvernance de ce pays et conçoit la politique chez nous, ne facilite pas à des personnes ressources de donner leur pleine mesure. Malgré nos écrits et nos critiques, la classe politique haïtienne rongée par la haine des personnes ne changera pas.

Pourquoi, Jovenel Moise dans le cadre de l'institutionnalisation de la vie politique haïtienne ne demande pas aux chefs de parti cités plus haut de se porter candidats aux prochaines élections sénatoriales, dans un souci de rationnaliser l'opposition et institutionnaliser la vie politique haïtienne?

Daly, cette génération de politiciens est trop mesquine. Ces politiciens ne sont pas modernes, on ne peut s'attendre à rien. 

Léon Laleau  avait écrit ceci : « les élites haïtiennes veulent toujours un vil au pouvoir dans le but d'en avoir le contrôle souterrain. Avec les vils à la tête du pays, on pille mieux la république ».  

Pourquoi le Nouvelliste dans son édition d'aujourd'hui écrit que le président des États-Unis est un personnage légendaire et croit tout le contraire dans le cas d'Haïti?

Pourquoi, les journalistes haïtiens croient que les autres méritent le meilleur, et ne dénoncent pas le pire dans lequel nous vivons?
Hubert Deronceray
broyé par le seisme de 2010
Ce n'est pas seulement Donald Trump qui est capable du pire dans le cadre de sa gestion de l'État.  Nous avons fait déjà du pire, nous en avons fait l'expérience. Un pays qui a échoué René Théodore, Gérard Pierre, Charles, Hubert Deronceray.  Antenor Firmin, Rosalvo Bobo  et Leslie Manigat. Regardez l'offre politique que nous avons aujourd'hui.

On avait fait place nette au pouvoir à Marielle pour avoir déchouqué Hubert Deronceray à la faculté des sciences humaines, empêché à René Théodore d'enseigner à la Faculté des sciences, et Leslie Manigat à l'école normale supérieure.
Gérard Pierre Charles:
Parcours d'une vie de lutte
On a pris position pour le pire lorsque René Préval avait refusé le choix de Gérard Pierre Charles à la primature,  sous prétexte qu'il était trop intellectuel, malgré l'existence d'une majorité évidente de l'OPL dans deux branches du Parlement, en violation de la Constitution.  Il nous faut créer cette unité fonctionnelle au niveau des élites pour engager l'avenir d'Haïti. 

On obscurcit toutes nos valeurs sûres pour permettre à la médiocrité de triompher dans ce pays.  Le seul consensus que nous ayons réussi jusqu'à présent, c'est le pacte de silence autour de la médiocrité et la corruption

Les leaders occidentaux, les caraïbéens qui pourchassent les haïtiens dans toutes les directions dans leur pays, les démocrates et républicains qui condamnent les propos de Trump, le font dans le cadre de leur opposition à ce dernier, mais n'en pensent pas moins. Ne soyons pas des pions dans le jeu des autres.  C'est la politique de la ruse qui continue. Utilisons plutôt la ruse de Toussaint Louverture pour les confondre. Les propos de Donald Trump doivent nous contraindre à apprendre à nous rééduquer et à nous gouverner.

Au micro de Valéry Numa, Michel Martelly disait que sa femme Sophia était plus utile à la société haïtienne que Madame Mirlande Manigat. Mais pourtant il n'a pas été repris. A la fin de l'année 2017, à Henfrasa, en face d'un public en liesse, acquis à sa cause, Martelly traitait Madame Manigat et les femmes haïtiennes de tous les maux. « tete madam Manigat long, vye granmoun sa ».
Michel Martelly : une preuve de la déchéance d'Haïti
Depuis son retour d'exil en 1986, ça fait 32 ans depuis que Madame Manigat donne des cours dans nos centres de formation universitaire. Pourtant, la presse et certains citoyens lui reprochent  de n'avoir pas construit la route de Marin qui mène chez elle, à cité Soleil, avec son salaire d'enseignant. 

Après avoir été « bêtisée » en 2011 par les élites haïtiennes, je me demande avec quel courage qu'elle se tient encore à 78 ans devant les jeunes pour enseigner ? Madame Manigat est l'épouse du président Leslie Manigat, une ancienne première dame, une brillante lumière du pays. Pas même une note de protestation des organisations féministes haïtiennes contre les propos de Martelly, ni des associations des enseignants. Le pays oublie que Madame a 78 ans et à son âge avancé, elle se tenait encore debout et enseignait le droit constitutionnel à l'université Quisqueya.

Depuis son retour d'exil en 1986, ca fait 32 ans depuis qu'elle arpentait nos centres de formation universitaire avec un bâton de craie. Pourtant, la presse et certains citoyens lui reprochent de n'avoir pas construit la route de Marin qui mène chez elle, à cité Soleil, avec son salaire d'enseignant.

Daly, je pense qu'il nous  faut vraiment cesser cette hypocrisie.  Nous avons délibérément pris position dans l'histoire de ce pays en faveur de la bêtise et de la merde. Ce qui est encore plus frustrant, ce sont les autres qui s'indignent à notre place et nous montrent  nos laideurs insupportables.

Daly, mon frère vous parlez de la tolérance de la presse haïtienne  envers Michel Martelly, mais vous oubliez qu'Haïti est un pays bourré de préjugés.

En 2011, Martelly, en pleine campagne électorale, avait  dénoncé les diplômes,  mais une fois, devenu président,  convoquait les recteurs des universités chez lui. Martelly n'est pas chrétien, mais un moqueur qui prend siège aux cotés des princes de l'église. Il a été introduit à la sainteté du pape Benoît XVI, sous recommandation de l'église officielle d'Haïti. 'Peyi a gen anpil prejije'. Peyi a drol, li kirye'

Martelly avait bouclé son mandat de 5 ans à la tête de l'État, grâce à l'accompagnement de l'église et des ambassades occidentales en Haïti. Manigat y avait été seulement  pendant 4 mois. Aristide n'avait pas pu boucler ses deux mandats présidentiels, parce qu'il osait dire non à l'occident et exigeait la participation de ceux dont les pères sont d’Afrique dans les affaires économiques du pays. 

En 2011, la classe politique haïtienne et les élites économiques et religieuses s'alliaient religieusement et prenaient publiquement position en faveur de Michel Martelly contre Mirlande Manigat. 

Ces intellectuels et politiciens des classes moyennes dont vous faîtes référence ne regrettent en rien d'avoir été ministres de Michel Martelly. Mais, ils sont aussi fiers d'avoir comploté contre la présidence de  Leslie Manigat. Dans la vie, comme en politique, tout est une question de choix. Il nous faut donc cesser cette politique d'infantilisation consistant à nous innocenter dans tout. L'avenir sera ce que nous voulons qu'il soit, mais à condition que le peuple haïtien décide d'assumer son destin.

Leslie Manigat : retrospective et perspective dans la saisie du point critique d'aujourd'hui

Ce que dit Trump contre Haïti est historiquement ce que nous disent chaque jour les différentes administrations américaines. 

Je refuse d'accepter la merde sincère de Trump, mais en même temps, je refuse aussi dans cette circonstance actuelle, d'associer ma voix  de protestataire, de contestataire légitime et crédible, à celle qui avait la responsabilité de nous fabriquer un pays et une nation.
Dans la conjoncture actuelle, il ne peut pas y avoir de note musclée de la part des autorités haïtiennes contre l'administration américaine, avant de pouvoir  procéder au  grand nettoyage de la république. 

Les intellectuels haïtiens ne réalisent pas que les opposants à Trump sautent sur une occasion pour régler une affaire de politique interne. Pendant huit ( 8) ans de présidence, Barack Obama,  même après,  n'a pas pensé à visiter Haïti.  Nelson Mandela, n'avait pas visité Haïti, le symbole de la résistance nègre. 

Haïti a une mission qui n'est pas celle des autres peuples noirs du monde. Les noirs américains revendiquaient une égalité avec les blancs basés sur les droits. Ils revendiquent le droit de participer comme héritiers, à part entière à la prospérité américaine construite par les blancs et les noirs, une abondance construite ensemble. Au contraire, les leaders noirs aux États-Unis, croient qu'ils sont les représentants des peuples noirs auprès de toutes les administrations américaines. Ils utilisent souvent leur proximité avec l'exécutif pour faire affaire avec les dirigeants des pays noirs. Faute d'une bonne pénétration de la réalité américaine par certains de nos intellectuels, ils ne peuvent discerner le vrai du faux, les réactions sincères et les protestations fallacieuses.

Haïti a une mission dans l'histoire qui avait un caractère émancipatoire. Par cette mission émancipatoire, Haïti doit être sur le terrain de la contestation mondiale, à côté des opprimés, à chaque fois, l'humain est en danger. Ce qui explique que ni Obama, ni Nelson Mandela durant leur présidence n'avaient pas visité Haïti. Leur mission dans l'histoire est différente à celle d'Haïti. L'essence de la révolution haïtienne est humaine et n'admet pas de barrière raciale, ni de différence entre hommes et femmes. La révolution haïtienne impose l'unité du genre humain au nom de l'idéal de la fraternité universelle. 

Voilà, chers citoyens, l'évangile de la révolution haïtienne. Cet évangile doit être répandu et annoncé dans le monde.  C'est à ce moment précis, que nous reprendrons notre rôle de leader. 

Mon frère Daly, le choix de Martelly et celui de Trump est le symptôme des sociétés en détresse et en déclin.  Le déclin est une constante de l'histoire.  Toute puissance nait, grandit et disparait dans l'histoire. 

Martelly n'est pas un problème, encore moins Trump. Ces deux hommes déviants nous révèlent la face cachée de nos deux sociétés. Les hypocrites des deux côtés de la barricade sont toujours simplement surpris. 

Me Sonet Saint Louis av. 



Montréal,15 janvier 2018.


Tuesday, January 16, 2018

L’Occident et le Côté Circulaire de Notre Trou du Cul

Dans ses aboiements démentiels auxquels il est accoutumé, Trump qualifie l’Afrique de shithole, c’est-à-dire, trou du cul. Et, côté africain, tout le monde s’indigne. Mais l’intelligence accueille en toute sérénité cette affirmation, qui est plus proche d’une description que d’une distorsion abusive de la réalité.

La vérité, disent les positivistes, est une correspondance de l’affirmation avec les faits. De ce point de vue, que celui qui pense que Trump ne dit pas la vérité lève le doigt. L’homme réprime si peu ses instincts et fait si peu usage de sa raison pour appeler un chat un chat. Mais sous l’impulsivité naïve d’un aboyeur de vérités crues, remarquons qu’il est plus sélectif qu’il n’en donne l’air. Par exemple Trump n’a jamais dit qu’Israël est une nation criminelle ; ou que les Allemands ont une âme nazie. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Et Trump, malgré ses excès et ses libertés de langages choquants, le sait mieux que quiconque.  Ceux qui ne nous aiment pas nous destinent les vérités qu’ils  préfèrent, à l’exclusion de toutes les autres.

Les Etats-Unis sont ils une nation qui respecte la dignité humaine ? Il n’y a qu’à voir le sort des Noirs dans ce pays depuis plusieurs siècles pour s’en faire une idée. Sont-ils une nation qui respecte la justice et la vie humaine ? A cet égard, éloquent est son palmarès criminel à travers l’histoire, comme le bombardement des populations du Vietnam  au napalm, ou l’utilisation de la bombe atomique contre les Japonais alors que l’ennemi allemand, qui avait l’avantage d’être de race blanche, en avait été épargné. Ne parlons même pas de guerres plus récentes qui se mènent contre les Arabes pour mettre à l’aise et en sécurité Israël un dans Proche-Orient usurpé d’autorité,  et que toutes sortes de prétextes mensongers justifient, sans excuser les centaines de milliers de morts qu’elles occasionnent dans le silence général des média occidentaux.

Il y a donc aussi des vérités à dire sur l’Amérique et l’Occident. Mais Trump le soi-disant diseur de vérité n’en dit rien. Au contraire, de sa bouche de rogomme, on n’entendra que des choses élogieuses et radieuses sur l’intelligence, la supériorité et l’élection divine de l’Amérique blanche. Mais outre la sélectivité de ces vérités trompétées, c’est surtout la mauvaise foi qui préside à leur énonciation qui blesse le bât.

En effet, historiquement au moins 60% des malheurs de l’Afrique,  loin d’être d’essence congénitale comme se plaît à l’insinuer le discours raciste, résulte de la violence et de la prédation extérieure des Blancs. Oui, nous sommes un trou du cul façonné en large partie par l’Occident chrétien. Et notre condition de trou du cul, que nous ne devons pas nier, relève d’un cercle vicieux. L’occident contribue activement à faire de nous un trou-du-cul puis pour cacher son forfait, embouche la trompète pour dire que le trou du cul est inhérent à notre nature et résulte d’un défaut congénital. 
C’est ça le côté circulaire de notre condition de trou du cul !

Après l’esclavage et le colonialisme, nous avons bien eu des dirigeants courageux et intelligents qui étaient prêts à sortir l’Afrique de l’ornière de l’aliénation et la mettre sur la voie de l’autonomie, de la conscience de soi et du progrès. Mais un tel programme n’était pas dans l’intérêt de l’Occident pour qui  l’Afrique est un continent-objet que Dieu a créé pour pallier à ses insuffisances, combler ses propres manques, comme le cheval est créé pour que l’homme ait une monture rapide ou une force de trait. Aussi, n’écoutant que la voix de ses intérêts, l’Occident impérialiste s’est  mis à éliminer régulièrement et/ou politiquement nos dirigeants les plus éclairés. Les Lumumba, les Sékou Touré, les Sankara, les Olympio, les Nyobé, les Boganda, les Kabila, les Kadhafi, les Mandela, les N’Krumah, les Gbagbo, etc…

A leur place, il a  mis les chiens couchants, gardiens et protecteurs de ses intérêts. Et une fois qu’ils ont réussi à atteindre leur objectif, par cette violence à la fois implacable et retorse, pince sans rire le plus dément de leur dirigeant nous traite de trou-du-cul.

Sans exonérer la responsabilité des Africains, il y a dans ce trou-du-cul dont Trump qualifie les Africains et les Haïtiens,  un aspect circulaire que l’Occident doit assumer. Et tant que l’Occident se refusera à prendre sa place dans le cercle vicieux de notre trou du-cul alors la vérité de Trump ne serait qu’une vérité tronquée.

Adenifuja Bolajie

Monday, January 15, 2018

Mes coups de coeur en 2017 (1ère partie)

Bonjour Hugues,                           

C’est toute une anthologie de la littérature de chez-nous que tu as élaborée pour la nouvelle année. D’un oeil averti, dans un triptyque bien délimité pour sélectionner les ouvrages primés, tu as su dénicher des oeuvres vraiment étincelants qui viennent nous chercher dans notre quête d'excellence.                   
Celui de Dalembert, « Avant que les ombres s’effacent » avaient attiré mon attention depuis que j’en avais entendu un résumé dans la série « La grande Librairie » de TV5-Monde. Avec élégance, tu l’as bien mis en évidence, surtout avec ta conclusion: « …un livre qui baigne dans une actualité tenace et Haïti peut se vanter d’avoir fait son devoir quand elle avait été interpellée par l’Histoire ». Et surtout en ces derniers jours, ce rappel historique vient de prouver à nous-mêmes, que nous sommes loin d’être un « pays de merde », quoiqu’en pense « Notre idiot international ».
               
Félicitations et mille mercis.

Max Dorismond

Mes coups de coeur en 2017 (1ère partie)

Par :Hugues Saint-Fort 
                  
Timeline
Hugues Saint-Fort
Je continue cette année encore la série de mes coups de cœur que j’ai commencée en 2009. Cette édition de 2017 s’articule autour de trois grandes catégories : Poésie, Fiction et Non fiction. D’abord, la poésie. 




Les lunes d’or du cactus, poèmes
Denizé Lauture
Trilingual Press, Cambridge, Massachusetts, 2017

La plupart des recueils de poèmes publiés par Denizé Lauture sont écrits en anglais ou en kreyòl, ses deux langues de prédilection. Avec Les lunes d’or du cactus, il nous livre son deuxième recueil de poèmes rédigé en français, le premier étant Les Dards empoisonnés du dénizen (Trilingual Press, Boston, 2015). Lauture dédie son recueil « Aux étoiles du ciel, aux rayons du soleil et de la lune et aux idées-éclair qui m’ont aidé à discerner la poussière dorée de mes ancêtres malgré l’ombre impitoyable des traditions européennes crucificatrices ». Avec une telle dédicace, on pourrait s’attendre à une célébration d’une certaine poésie locale en harmonie avec nos héritages ancestraux, loin des tentations occidentales qui constituent aussi pourtant une certaine  composante de notre identité. Mais ce n’est pas toujours le cas. On constate plutôt dans ce recueil une tendance du poète à s’éloigner des thèmes qui ont marqué sa poésie : l’exclusion sociale, la misère des défavorisés, la grandeur de l’histoire d’Haïti, la littérature enfantine, au profit de sentiments plus personnels tels l’amour, l’espoir, mais aussi le malheur, le désespoir, la fin peut-être proche de notre monde… Cependant,  le poète s’attache aussi à célébrer avec une simplicité désarmante des petits faits de tous les jours qu’on pourrait ne pas remarquer mais qui font impression sans qu’on sache pourquoi comme dans ce poème intitulé  La pluie de lundi :
                           
 Il a beaucoup plu
 Lundi,
Pourtant
Mon nombril
N’a recueilli
Aucune goutte
De pluie :
Deux jeunes filles
Bien sympathiques
M’ont pris
Sous leur parapluie.
Ensemble.
Nous avons souri
 Et ri
 Sous la pluie 

Mais le poète découvre que toutes les jeunes filles ne sont pas aussi sympathiques, comme il a pu s’en rendre compte dans le poème Cette salive convoitée… !
               
Elle sirotait du vin
Dans un verre couleur miel
Couleur de ses lèvres
Je lui ai demandé un peu
Elle a balbutié
Entre ses diaboliques lèvres
Son visage d’ange rougissant :
« J’ai craché dedans
Je ne peux t’en donner… »

Si la poésie de Lauture a perdu en français ce qui faisait sa force en anglais et en créole, c’est-à-dire son engagement pour la justice sociale et ses luttes pour les droits humains, elle a gagné en revanche de nouveaux atouts dans la langue de Voltaire : une élégance certaine, le sens du rythme et de l’harmonie, l’invitation au rêve.  

Ouvrages de fiction
Avant que les ombres s’effacent, roman
Louis-Philippe Dalembert
Sabine Wespieser, Paris, 2017

La plupart des thématiques qui imprègnent l’œuvre littéraire de l’écrivain Louis-Philippe Dalembert : l’exil, l’errance, le croisement des cultures, se retrouvent dans son dernier roman, Avant que les ombres s’effacent. Cependant, l’auteur les a insérées à l’intérieur de faits historiques (« personnes ayant existé et des événements ayant eu lieu ») qui se mélangent avec de la fiction pour nous raconter une fabuleuse vraisemblance. Ainsi, la déclaration de guerre adressée par la république d’Haïti au Troisième Reich le vendredi 12 décembre 1941 constitue un événement historique réel, même si peu de personnes en ont conscience ou en ont entendu parler. Ou encore, combien d’entre nous sont-ils au courant de l’existence d’un décret-loi adopté par l’État haïtien en 1939 permettant à tout Juif qui en exprimerait le désir de bénéficier de la nationalité haïtienne et d’être accueilli en Haïti ? A partir de là, le morceau de bravoure du prologue chargé d’humour, d’ironie et de sarcasme populaire reste tout à fait vraisemblable et dépasse la pure fiction. Tout comme le récit fictif lui-même rempli de rebondissements et d’actions spectaculaires conduits adroitement par un romancier maitre de son art.

Le roman tout entier est construit autour de trois villes décisives et fondamentales dans la vie de Ruben Schwarzberg : Berlin (pp. 21-107), Paris (pp.127-198), et Port-au-Prince (pp. 209-273). Entre ces trois villes, le narrateur insère deux « répits » d’une dizaine de pages chacun pour permettre au lecteur de souffler et orienter sa compréhension de l’histoire. Technique salutaire, s’il en est dans cette narration de près de trois cents pages.

Ruben Schwarzberg est le personnage principal du roman. Juif polonais originaire de Lodz, il émigre en Allemagne avec sa famille, deviendra un brillant médecin, mais sera obligé de quitter le pays pour fuir le nazisme. Ainsi commence une succession de déplacements sur fond de persécutions nazies qui le conduiront au camp de concentration de Buchenwald d’où il fut libéré par un miracle extraordinaire pour aller à Cuba. Malheureusement, les autorités cubaines refusèrent d’accueillir le docteur Schwarzberg et le millier de réfugiés qui voyageaient avec lui sur le bateau le Saint Louis. Finalement, après maintes péripéties, certains pays européens, dont la Belgique, la France, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas acceptèrent de les recevoir. Avant d’atteindre sa destination finale, Haïti, le docteur Schwarzberg débarquera en France, le pays dont lui et sa mère francophile avaient toujours rêvé, « elle qui aurait été heureuse, mais si heureuse, de se promener avec lui sur les Champs-Élysées, la plus belle de toutes les avenues du monde » (p.112). A Paris, Ruben Schwarzberg se lia d’amitié avec des membres de la communauté haïtienne, en particulier le poète Roussan Camille et la poétesse Ida Faubert qui l’aida à obtenir la nationalité haïtienne et facilita son départ vers sa nouvelle patrie.

L’atmosphère et le déroulement de cette troisième partie du roman sont à mille lieues de l’errance, de la violence et des persécutions décrites dans les deux premières parties. Dalembert nous la décrit, cette troisième partie, sous la forme de souvenirs racontés à sa petite cousine Deborah accourue d’Israël en compagnie d’un groupe de médecins pour porter secours à Haïti, victime d’un séisme dévastateur en janvier 2010. Le lecteur découvre comment le docteur Schwarzberg s’adapta très vite dans sa nouvelle patrie, au point de brûler son dossier de demande de résidence aux États-Unis qu’il avait gardé avec lui dans l’espoir d’immigrer chez les Américains. Il avait « l’intime conviction de se retrouver enfin à la maison, après un long temps d’errance et de péripéties. La découverte du pays réel lui apporta l’impression que cette terre entrait dans la composition de sa chair, qu’il n’avait vécu jusque-là que pour la rencontrer. » (p.215). Mais Ruben Schwarzberg ne mit pas long à découvrir la politique d’exclusion sociale alimentée par le « mépris de classe et de couleur » en vigueur dans la société haïtienne de l’époque.

Ce roman qui conjugue avec un art consommé l’histoire et la fiction tendra à éblouir non seulement le lecteur natif haïtien déconcerté par tant de détails qu’il ne connaissait peut-être pas sur son ile natale, mais aussi le lecteur français ou francophone découvrant une société qu’il avait appris à connaitre traditionnellement par le petit bout de la lorgnette du vodou ou de la dictature. Louis-Philippe Dalembert révèle dans Avant que les ombres s’effacent un consciencieux travail de documentation qui permet d’admirer son sens du détail dans les descriptions de Berlin (bien qu’il ait vécu et étudié à Berlin), sa connaissance des traditions et de la culture juives et des événements annonciateurs de la montée du nazisme et de la percée d’Hitler.

A travers l’errance du Dr. Ruben Schwarzberg et de sa famille juive éparpillée aux quatre coins du monde, fuyant les persécutions nazies, Avant que les ombres s’effacent part de données historiques pour construire une fiction où le romancier célèbre la solidarité et la générosité d’Haïti. Dans un entretien accordé au quotidien haïtien Le Nouvelliste et publié le 19 juillet 2017, Louis-Philippe Dalembert dit ceci : « A un moment où tant de nos compatriotes et des centaines de millions de réfugiés sont rejetés de par le monde, surtout par les pays donneurs de leçon de démocratie et de droits de l’homme, il était important de le rappeler… ». Ce livre baigne dans une actualité tenace et Haïti peut se vanter d’avoir fait son devoir quand elle avait été interpellée par l’Histoire.

Avant que les ombres s’effacent a obtenu le Prix Orange du livre 2017 et le prix France Bleu de cette année.  Ce roman a été aussi finaliste pour le prestigieux prix littéraire  Médicis. Il a fait partie des quatre romans finalistes retenus pour le Grand Prix du roman de l’Académie française (automne 2017) et l’a raté de justesse.
  
Masuife, théâtre
Menès Déjoie (Menès Dejwa)
Éditions HAFECE, New York, 2015

Le mot « masuife » (mât de cocagne, en français) est bien ancré dans le vocabulaire de nombre d’écrivains haïtiens. Le poète, romancier et essayiste Patrick Sylvain par exemple, s’en sert pour le titre d’un de ses livres bien connus paru en 2011. Plusieurs années avant lui, René Depestre utilise la traduction française de « masuife » (mât de cocagne) comme titre d’un de ses romans. Dans sa dernière publication, le poète et dramaturge Menès Déjoie l’utilise en tant qu’intitulé de sa nouvelle pièce de théâtre. Dans la culture haïtienne, le mot « masuife »désigne une longue pièce de bois graisseux au haut duquel on a attaché des objets de valeur destinés à celui qui parviendra à s’en emparer s’il arrive à grimper sans encombre au sommet de la pièce de bois graisseux. En Haïti, la légende veut que le vainqueur soit tout de suite fiché par la police criminelle et ses empreintes digitales consignées dans un dossier spécial.

Le mot « masuife » est entré dans le créole ordinaire et constitue l’un des éléments du syntagme verbal monte yon masuife pour désigner la situation de quelqu’un à qui la vie en fait voir de toutes les couleurs. C’est dans ce sens que le dramaturge Menès Déjoie l’utilise dans sa pièce de théâtre pour décrire les abus de toutes sortes, les injustices, les souffrances, les humiliations vécues par trois  immigrants imaginaires haïtiens en République dominicaine, Kongo, Konga, et Kongolito. Confinés dans une misérable chambre, ils attendent désespérément l’arrivée d’un officiel dominicain qui leur avait promis de l’argent mais qui les évite consciencieusement. Dévorés par la faim, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes car les Dominicains natifs les traitent de tueurs et de bons à rien (« Dominiken deklare se malfektè nou ye. Nou pi fò nan maji, nan wanga » (p.25) tandis que les anciens immigrants haïtiens (vyewo) les méprisent. La précarité et l’incertitude de leur situation mettent leurs nerfs à vif et ils se disputent constamment. Les trois protagonistes profitent de ces disputes pour régler leurs comptes avec la société haïtienne en exposant comment ils se vengent de ceux qui abusent d’eux grâce aux pouvoirs surnaturels de leurs « lwa rasin » :

Nou seche krapo lanmè ak pwason foufou nan solèy. Nou fè farin ak yo pou n voye sou matlòt fè yo tounen zonbi mannmannan (p. 25).

Kongo, Konga et Kongolito sont les représentants de la classe des exploités de la société haïtienne qui n’ont pour se défendre que les pouvoirs des « pwen » qui leur sont transmis par leurs « lwa rasin » :

…Se ti bout kouto Bondye fè n kado pou n defann tèt nou lè aladen fè kò ansasinay sou nou. (p.25).

Pour eux, la société haïtienne est fondamentalement injuste :

Genyen leta, nanpwen jistis
Pitit sòyèt pa gen lapawòl douvan pitit otorite.

Une telle philosophie de la vie en société qui recommande de se faire justice soi-même grâce à des forces mystérieuses peut se révéler dangereuse car elle peut ouvrir la voie à toutes sortes d’abus commis par ceux-là mêmes qui se plaignent d’en avoir été les victimes.

La pièce comporte cependant un aspect positif à travers l’intrigue menue et presque inexistante : la leçon de fraternité dispensée par Kongo qui recommande à Konga et Kongolito de travailler avec les Dominicains et de ne pas faire le jeu des patrons et des grands propriétaires terriens qui ne cherchent qu’à les diviser. Le coup de théâtre de la fin de la pièce restera mémorable.  

« Masuife » reste cependant une pièce forte et attachante grâce aux charmes de son écriture. La langue créole du dramaturge Menès Déjoie captive et éblouit le lecteur par sa rutilance, ses images de toute beauté, ses jeux de mots :

…Mwen granmoun nan tout tou kò m, si m vle fè pyès ak Vyewo, pyès moun…pyès moun pa ka…

Le style linguistique adopté par Déjoie (Dejwa) alterne un créole populaire tel qu’on le parle dans les bidonvilles de Port-au-Prince et un créole paysan en usage dans certaines zones rurales du pays. Tout au long de la pièce, le dramaturge insère plusieurs proverbes et vérités générales qui semblaient tombées en désuétude mais qui se sont révélées fort à propos. En attendant que cette pièce soit mise en scène et jouée par des acteurs de talent sous la direction d’un metteur en scène compétent, je recommande de lire tout de suite le texte de Déjoie.
                                                                           
 A suivre
Timeline
Hugues Saint-Fort
New York, décembre 2017