Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Wednesday, April 25, 2018

Emmanuel Macron aux États-Unis pour une visite d'État


Le président français a été reçu en grande pompe lundi soir par son homologue américain à Mount Vernon, dans la demeure historique de George Washington.

Arrivé aux États-Unis, lundi soir vers 19 heures avec son épouse Brigitte, Emmanuel Macron a été accueilli par l'ambassadeur de France Gérard Araud et le chef du protocole américain pour une visite de trois jours. Mais avant de se rendre à la Maison-Blanche pour rencontrer le couple Trump, le président français s'est offert une visite impromptue à Washington. Cette promenade improvisée s'est principalement axée autour des monuments historiques de la capitale. Accompagné de son épouse, le chef de l'État a visité le célèbre monument Lincoln, à l'effigie du seizième président des États-Unis, profitant de cette balade pour s'octroyer un petit bain de foule, serrer la main de passants et poser pour des selfies.

Les deux couples présidentiels arrivent dans la demeure
historique de Georges Washington à Mount Vernon.         
Ambiance champêtre et chic. Quelques heures plus tard, les deux couples ont atterri devant Mount Vernon, la demeure historique de George Washington, pour un dîner à quatre. Et les délicats accords d'une joueuse de harpe habillée comme au XVIIIe siècle n'ont pas suffi à couvrir le bruit des hélicoptères. Pas de repas en terrasse ni de vue bucolique sur le fleuve Potomoac pour les dirigeants et leurs épouses, puisque le vent a obligé les convives à dîner à l'intérieur, dans une ambiance néanmoins champêtre et chic, faite de nappes blanches et de bouquets de roses.

L’hélicoptère descend lentement dans un ciel gris strié de blanc. Emmanuel Macron et Donald Trump, suivis de leurs épouses, s’extirpent de l’appareil et foulent la pelouse impeccablement tondue de la propriété du premier président américain, George Washington, à Mount Vernon, au sud de la capitale fédérale. C’est dans ce manoir du XVIIIe siècle surplombant le fleuve Potomac, considéré comme « la demeure historique la plus importante d’Amérique », selon l’Elysée, que M. Trump a voulu recevoir son hôte pour un dîner privé, lundi 23 avril, au premier soir d’une visite d’Etat qui doit durer trois jours.

En 2014, Barack Obama avait accueilli François Hollande à Monticello (Virginie), la demeure du plus francophile des Pères fondateurs américains, Thomas Jefferson. Pour M. Macron, Donald Trump a préféré la maison de Washington, où est encore conservée une clé de la forteresse de la Bastille, offerte par le marquis de La Fayette au premier président des Etats-Unis. « Cette clé est le trait d’union entre nos révolutions », souligne un conseiller du président français, qui devait évoquer ce symbole mardi 24 avril à la Maison Blanche.

Sur la pelouse, Emmanuel Macron, qui maîtrise bien l'anglais, affiche sa proximité avec le milliardaire. Les deux hommes plantent un chêne issu d'une forêt du nord de la France où sont tombés 2 000 Marines américains durant la Première Guerre mondiale. C'est le cadeau du président français pour honorer le lien historique des deux pays. Auparavant, échappée impromptue pour une visite au monument dédié à Abraham Lincoln, haut lieu du tourisme américain. Bain de foule garanti. Devant la statue du 16e président des États-Unis, un message : malgré la réticence des Français envers Donald Trump, la longue amitié entre les deux pays doit se poursuivre. Dernière étape : l'hélicoptère Marine One se pose à 40 kilomètres de la capitale. Dîner privé dans la demeure historique du premier président des États-Unis. Donald Trump veut offrir un traitement de marque au président français. 

L'arrivée de Macron à la Maison Blanche

Les choses sérieuses ont débuté que dans la journée de mardi, avec plusieurs réunions de travail à la Maison-Blanche en présence de son homologue américain. En attendant, Emmanuel Macron et son épouse ont été reçus à Washington, affichant devant les photographes leur complicité avec le couple Trump.

Trump et Macron lors de la cérémonie de bienvenue à la
Maison Blanche le mardi 24 avril.                                      
« Cette visite est très importante dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, avec beaucoup d’incertitudes, beaucoup de troubles et parfois beaucoup de menaces », a déclaré le chef d’État français à son arrivée sur la base aérienne d’Andrews, rappelant que « les États-Unis comme la France ont une responsabilité toute particulière ». « Nous sommes les garants du multilatéralisme contemporain, et je crois que nous avons, à travers ces échanges, beaucoup de décisions à prendre et à préparer », a-t-il insisté.

C'est la première visite officielle d'un chef d'État à la
Maison Blanche depuis l'élection de Donald Trump.
« Nous avons une relation très spéciale parce que nous sommes tous les deux des dissidents du système », avait déclaré M. Macron à la chaîne Fox News juste avant sa visite. Mais cette bonne relation personnelle n’empêche pas des divergences persistantes sur l’Iran, le commerce international ou le climat, même si ce dernier point ne devrait être qu’à peine abordé. Pour la presse américaine, la visite d’Emmanuel Macron constitue un « moment de vérité » à l’approche de deux échéances internationales cruciales : le 1er mai sur l’expiration de l’exemption des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, puis le 12 mai sur l’accord nucléaire iranien que Donald Trump menace d’abroger. Ces thèmes seront au centre des discussions lors des entretiens entre les deux chefs d’Etat le 24 avril dans le bureau Ovale.

Macron dépose un baiser sur la main de Melania Trump
lors de la cérémonie de bienvenue sur la pelouse de la
Maison Blanche le 24 avril.                                           
« Est-ce que cet accord est parfait ? (…) Non », soulignait M. Macron sur la chaîne conservatrice à propos de l’accord sur le nucléaire iranien, rappelant toutefois « qu’il n’y a pas de meilleure option ni de plan B ». Paris veut proposer à Donald Trump un accord complémentaire, entre pays occidentaux, notamment sur le programme balistique de Téhéran, qui réponde à ses inquiétudes. Mais nul ne sait si ces propositions suffiront à faire évoluer le président des États-Unis.

Lors d’un entretien avec le président français Emmanuel Macron à la Maison Blanche,  Le président américain Donald Trump a averti ce mardi 25 avril que l’Iran aurait « de plus gros problèmes » s’il relance son programme nucléaire.

Donald Trump a déclaré « qu’il ne serait pas si facile pour eux de relancer » le programme nucléaire. « Ils ne vont pas redémarrer quoi que ce soit. S’ils le redémarrent, ils auront de gros problèmes, plus gros que jamais auparavant », a-t-il affirmé. Quant à la possibilité de rester dans le cadre de l’accord sur le projet nucléaire iranien (JCPOA), M. Trump a indiqué que l’accord était « fou, ridicule et n’aurait jamais dû été passé ».

Melania Trump et Brigitte Macron posent  durant une visite à
la salle d'Art à Washington. (Photo AFP).                                
L’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien ou Plan d’action global conjoint (JCPOA) est un accord international conclu le 14 juillet 2015 entre l’Iran, l’Union européenne et six grandes puissances mondiales, à savoir la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Allemagne. L’Occident s’est engagé à lever ses sanctions contre l’Iran en échange de l’arrêt de ses recherches en matière de développement de l’arme atomique. En janvier, le président Trump a établi un délai de 120 jours pour les législateurs américains et les signataires européens de cet accord afin d’en corriger « les terribles défauts ».

Autre dossier crucial, l’augmentation des taxes de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium, dont sont néanmoins provisoirement exemptés le Canada et le Mexique, ses deux partenaires du traité de libre-échange nord-américain, mais aussi l’Europe jusqu’au 1er mai. « On ne fait pas la guerre à ses alliés », avait déclaré Emmanuel Macron, espérant que l’Union européenne sera définitivement soustraite à cette augmentation des tarifs douaniers.


Les deux couples présidentiels  saluent la foule d'un
balcon lors de la cérémonie de bienvenue.              
"Nous avons beaucoup de décisions à prendre". "Nous, les États-Unis comme la France, avons une responsabilité toute particulière (...), nous sommes les garants du multilatéralisme contemporain. Nous avons beaucoup de décisions à prendre", avait auparavant déclaré le président français dans une brève allocution en anglais, puis en français, en descendant de son avion vêtu d'un costume sombre.

Amitié inattendue. Mais l'amitié inattendue entre les deux présidents que séparent plus de 30 ans et des positions souvent aux antipodes sera mise à l'épreuve les jours suivants, quand démarreront les discussions de fond. Le président français espère en effet infléchir son hôte, qu'il a en janvier qualifié d’imprévisible", sur plusieurs sujets de discorde.

En premier lieu il veut le convaincre de maintenir l'accord sur le nucléaire iranien, que Donald Trump envisage de rompre. Il cherchera aussi à le persuader de laisser ses troupes en Syrie et d' exempter  l'UE de taxes douanières sur l'acier et l'aluminium. Pour préparer le terrain, Emmanuel Macron a énuméré ses arguments dimanche sur Fox News, chaîne que regarde assidûment son hôte.

Alors que le chef de l'État français est aux Etats-Unis pour trois jours, la presse américaine pointe le jeu de séduction entrepris par Emmanuel Macron. Qui, pour l'instant, n'a que peu de gages en retour.

Les médias américains n'ont que ce paradoxe au bout de la plume : comment donc Emmanuel Macron et Donald Trump, qui ont non seulement 31 ans d'écart mais aussi des divergences politiques fortes, se retrouvent-ils à multiplier les signes d'amitié et les photos officielles côte à côte ? Alors que le président français est le premier chef d'État accueilli en grande pompe par Donald Trump depuis l'élection de ce dernier, pour une visite officielle à Washington qui doit s'achever mercredi soir, la presse outre-Altlantique se penche sur la stratégie du marcheur. Et décortique notamment la cour assidue qu'il fait au président américain pour tenter de le faire changer d'avis sur certains sujets.

Mise en terre d'un chêne au côté sud de la Maison Blanche
Vers des changements concrets de la politique américaine ? Mais est-ce que cette "offensive de charme soutenue", pour reprendre les termes du New York Times, fonctionne ? La radio NPR souligne que "l'enjeu [de la visite à Washington] est probablement plus grand pour Macron que pour Trump car le leader français aura besoin de montrer que sa relation étroite avec Trump produit des résultats". "La vraie question, c'est de savoir si leurs affinités de style et la camaraderie que les deux présidents ont développé conduit à des changements de politique concrets et substantiels de la part de Washington", explique Jeffrey Rathke, ancien directeur de la communication de Barack Obama.

Macron a gagné un voyage à Washington. Mais à part ça, il ne reçoit que peu en échange de sa cour. 

Les couples présidentiels traversent la pelouse du
Manoir de Mount Vernon dans l'état de Virginie où
le premier président américain a vécu.               
Des résultats "mitigés". Et de changements concrets, il n'est pas encore question, estiment unanimement les médias américains. "Macron a gagné un voyage à Washington. Mais à part ça, il ne reçoit que peu en échange de sa cour", note le New York Times, pour qui le résultat est "mitigé". Auprès de la radio NPR, Jeff Lightfoot, du think tank Atlantic Coucil, spécialisé dans les relations internationales, confirme que Macron a "beaucoup investi dans cette relation, mais le fait qu'il puisse influencer Donald Trump n'est pas clair". Le New York Times prend l'exemple des frappes coordonnées en Syrie. "Lorsque Macron a publiquement dit qu'il avait convaincu Trump [d'intervenir], la Maison Blanche l'a rapidement contesté", rappelle le quotidien. Dans le magazine Time, François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation de la Recherche Stratégique, estime quant à lui que "la probabilité que Trump change d'avis sur l'Iran est faible".
Macron "pas naïf". Néanmoins, il n'est pas question pour Emmanuel Macron de se montrer trop optimiste. Pour les médias américains, il est au contraire le dernier recours. "De l'avis de tous les partenaires européens de Macron, si un compromis peut être trouvé avec Trump sur l'Iran, il est l'homme pour obtenir cet accord", souligne le Washington Post. Pour le New York Times, "personne ne devrait confondre l'attention que porte Macron à Trump avec une authentique amitié masculine. Macron fait des critiques sélectives de Trump, comme pour signaler clairement aux Français qu'il n'est pas naïf".

Macron et Trump après la mise en terre du chêne
Macron aura une bonne note pour avoir essayé, ce qui n'est pas une mauvaise chose."Macron aura une bonne note pour avoir essayé". Quant à échouer sur, notamment, le dossier iranien, cela pourrait ne pas être totalement dévastateur pour le président français. "Ce serait une opportunité en or de tester son leadership sur la scène internationale", croit savoir le Washington Post. "Macron aura une bonne note pour avoir essayé, ce qui n'est pas une mauvaise chose", abonde François Heisbourg dans les colonnes du Time. Et ce même magazine de poursuivre : "en réalité, Macron pourrait quitter Washington mercredi soir avec peu ou pas de résultat concret à rapporter à la maison, la visite sera quand même vue comme un succès. Tout simplement parce qu'elle aura servi à donner de Macron l'image de l'un des leaders les plus importants de la scène mondiale." Pour François Heisbourg, "ça ne fait jamais de mal d'être vu comme le type qui peut parler à tous les grands mecs du quartier. Et Macron est probablement le seul chef d'Etat européen qui peut vraiment s'en targuer." "Reste à savoir si tout le monde voit les choses de la même façon", conclut le Time.

Sources combinées : Europe 1, AFP, NPR 

Friday, April 20, 2018

Haïti - Quand on a la violence et l’échec en partage

Dr Gold Smith Dorval

Par Max Dorismond

Dans notre quotidien, nous sommes constamment exposés aux œuvres d’historiens, d’anthropologues, de sociologues… avides de reconnaissance, en plein questionnement sur l’origine des choses, pour mieux saisir notre présent et façonner l’avenir. C’est souvent un foisonnement d’interrogations philosophiques, associatives et interprétatives qui nous laissent parfois sur notre faim, sans vraiment nous édifier, tant la tâche se révèle complexe dans son ensemble. Certaines portes restent entrouvertes. Les réponses dubitatives s’entassent au tréfonds de notre psyché et nous laissent perplexes. C’est l’un de ces déficits intellectuels que vient combler le livre du Dr. Gold Smith Dorval,

« Pouvoir et imaginaire en Haïti – L’expérience coloniale, la vie mentale et sociale du peuple haïtien ».
C’est un ouvrage dans l’air du temps qui dépeint et décortique à la fois les causes probantes de nos déboires et les valeurs humanistes d’un peuple qui a écrit l’histoire. J’ai été subjugué par son écriture économe, intelligente et utile à la fois. Elle vient nous chercher et nous porte à réfléchir sur le mystère de ce peuple de géants qui a fabuleusement contribué à l’édification du monde moderne.

De l’origine à nos jours
Dr. Dorval, sans transcender  notre réalité historique, ratisse très large. Dans un survol littéraire accéléré, il nous entraîne dans les méandres de la sociologie, de la littérature en général, de l’ethnologie, de la psychiatrie, et du spiritisme tout court, pour intérioriser nos valeurs profondes et méditer sur les raisons de notre retard, de notre sous-développement chronique après notre éphémère et singulière parenthèse dans l’histoire mondiale. Sa connaissance encyclopédique a servi de pont lors de ce tour d’horizon à la recherche des maux qui nous assaillent. Devant l’ampleur de la tâche, il se lamente, dans une sorte de confidence intime, en soulignant : « J’ai passé toute ma vie à essayer de comprendre la raison pour laquelle l’absurdité des choses humaines nous pousse parfois vers le néant. Du sophisme à la phénoménologie de la perception, nous avons appris à comprendre le pouvoir d’interprétation de l’esprit confronté aux phénomènes naturels et aux désordres sociaux ».
Dr Gold Smith Dorval - Memories            


Conférencier recherché, poète, pédiatre, psychiatre, pédopsychiatre, écrivain, professeur d’Université, pianiste émérite, compositeur prolifique, l’homme est un touche-à-tout avec plusieurs cordes à son arc. Du haut de ses connaissances médicales, il s’est penché sur les liens de cause à effet dans la résurgence de la violence dans notre société. Toutefois, ce trait de caractère s’avère selon lui « un élément fondamental qui aide à résoudre les conflits et à survivre ». Dans un exemple éclairant, statuant sur notre propension à l’agressivité, il nous fait remarquer, à la page 59, que : « demander à un haïtien moyen de faire des excuses à un autre, c’est comme si on lui demandait de se faire castrer, s’il s’agit d’un homme, ou de se faire exciser, s’il s’agit d’une femme. Tant l’Haïtien est prisonnier d’un orgueil vaniteux. Et même quand il l’aurait fait, on ne sent même pas le sens de la sincérité ».  
           
De la confrontation à l’échec
Dans son livre, Dorval n’a pas lésiné sur le mal originel qui nous a abêtis: la colonisation. Le syndrome de cette tare, engoncé dans son cortège de « violence », est encore omniprésent dans notre quotidien, au point que l’auteur en fait le pivot de son œuvre dans une tentative d’exorcisme de l’inconscient collectif haïtien.

Cette honteuse animosité se révèle être une plaie très difficile à cicatriser. Le comportement méprisant de certains de nos compatriotes attise et maintient la flamme toujours vive.  C’est comme au temps de la colonie. Cette violence, on la retrouve dans tous les rapports entre les frères de sang que nous sommes. Tout autour de nous, l’écho de cette violence  incurable, charpente de la misère crasse qui nous enveloppe, ne cesse de nous triturer et d’interloquer certains de nos visiteurs, pantois, face à ce merveilleux pays dont nous avons perdu le contrôle sur tous les plans.

Lors d’une entrevue de Christophe Wargny1,  après un court séjour en Haïti, ce dernier n’a pas lésiné avec les mots pour faire valoir son point de vue face à ce constat dégradant qui lui sautait aux yeux dès sa première visite à Port-au-Prince : « Ce que je retiens d’Haïti, et peut-être la chose qui m’avait frappé la première fois, c’est un pays où la lutte des classes est d’une violence extrême. Je ne l’ai jamais vue peut-être aussi dure qu’en Haïti, entre une toute petite minorité qui est non seulement immensément riche, mais qui est d’un mépris insondable vis-à-vis du reste. »

Au cours de son cheminement, le psychiatre Dorval a même réinterprété la célèbre formule utilisée par Senghor en 1939, « La raison est hellène, l’émotion est ébène », qui avait suscité quelques interrogations et polémiques sur les idéaux de l’homme noir, dans un passé pas trop lointain. Néanmoins, cette discutable assertion de l’illustre africain   ne fut pas mentionnée par Gold-Smith pour le simple plaisir littéraire. Dans sa description de l’incrustation de la violence dans la culture haïtienne, l’auteur n’avait pas à élaborer trop longtemps pour prouver que nos congénères ont développé le « syndrome de Stockholm », cette sorte d’empathie qui pousse la victime à adorer son bourreau. Le retour triomphal au pays, des dictateurs adulés ou le tapis rouge déroulé à Jean-Claude Duvalier en est une preuve flagrante. N’était-ce sa santé chancelante, ce dernier serait redevenu, en claquant les doigts, Président à vie. Cas pathétique d’un peuple émotif, épousant la violence et dénué de toute mémoire historique !  

Un humble penseur à notre rescousse
Qui de mieux qu’un psy pour nous prendre par la main et nous exposer l’état de notre situation. Le livre du Dr Dorval, écrit dans un langage clair et net, restera à titre d’héritage, une carte maîtresse entre les mains de tous les  intéressés et de tous les décideurs pragmatiques qui ont à coeur le bien-être de la nation.

Tel un cadeau offert à ses frères, ses amis et congénères, le psychiatre, dans sa quête, ne s’est pas contenté d’analyser la violence et ses corollaires. Il a chevauché tous les secteurs de la vie nationale : les arts, l’environnement, le religieux, les mythes, l’objectif des associations ou partis politiques, les services de santé publique, les maladies infectieuses, la médecine alternative etc… Rien n’a été omis. Dans sa description d’Haïti, pour le bénéfice du tourisme, nous retrouvons le poète en extase devant la beauté naturelle de la terre natale. Les sites pittoresques sont décrits dans une prose inspirée et invitante. Aucun coin d’Haïti ne lui est étranger.

Ses solutions énumérées sont simples d’application et serviront facilement de base à toutes sortes de programmes gouvernementaux, au bénéfice de la masse. Car, avant de voir à l’émergence d’Haïti, il faut survoler cette dichotomie, cette brouillerie qui nous accable, pour essayer de mettre, face à face, ses deux entités, le riche et le pauvre, aux fins d’un dialogue consensuel dans le vivre ensemble. Sinon, l’avenir de ce pays ne se résumera qu’à de vagues chimères.
Gold Smith Dorval - Danse d'Erzulie

Enfin, malgré ses multiples occupations, l’écrivain-psychiatre a su trouver l’occasion de pondre cette perle littéraire et faire œuvre utile. Malgré quelques coquilles émaillant un ou deux chapîtres, résultant du laxisme de son éditeur, je salue cette œuvre et remercie chaleureusement l’auteur, au nom de tous ses lecteurs, convaincu que ces petits irritants disparaîtront lors d’une nouvelle édition.

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca



  
Note – 1 : Entretien avec l’historien Christopher Wargny, l’auteur de « Haïti n’existe pas ». Propos recueillis par Jean Durosier DESRIVIERES) dans : « Les Français dialoguent avec les Haïtiens qui leur ressemblent »

Note – 2 : Deux  pièces musicales de G-S. Dorval
a – Memories :  Voir le courriel du 10 avril du 21 :10
b – Dans d’Erzulie :
:

Thursday, April 12, 2018

ADIEU MONSIEUR BRUNEL! MERCI POUR JÉRÉMIE

Jean Brunel Pierre
Crédit photo : Julio Gauthier


Par :Eddy Cavé eddycave@hotmail.com

Jean Brunel Pierre
Depuis que le réseau Multimedia Haïti Connexion Network  a publié la note annonçant le décès de l’homme d’affaires jérémien Jean Brunel Pierre, les messages de sympathie et les  témoignages d’affection n’ont pas cessé d’affluer de partout. Tous les gens moindrement informés sur la Grand’Anse savent qui était Brunel, mais l’homme étant d’une discrétion extrême, on savait en général peu de choses sur son engagement social et sur sa contribution aux activités communautaires. Comme je faisais partie des Jérémiens  de la diaspora qui avaient fait de sa résidence de la rue Dr Hyppolite leur point de chute à Jérémie et que mes conversations avec lui portaient sur les sujets les plus variés, ces témoignages n’ont fait que confirmer les opinions que je m’étais faites à son sujet.

Caraïbes Inter Multi Services de Jean Brunel Pierre
à la rue Hyppolite à Jérémie.                                   
Étant naturellement porté à admirer les gens qui forgent eux-mêmes leur destin, gravissent avec assurance les échelons de la réussite, je n’ai pas cessé d’admirer Brunel et de lui dire toute l’estime que j’avais pour lui. J’ai donc reçu comme une tuile sur la tête l’appel téléphonique m’annonçant sa mort soudaine. Et lorsque les témoignages sur son engagement social ont commencé à arriver, j’ai eu en quelque sorte la confirmation du fait que le personnage que j’admirais en lui n’était pas seulement un ami, mais un homme qui jouissait dans des milieux très variés d’une très grande considération. Un être hors du commun. En dépit, ou à cause même, de certaines grandes limitations imputables aux caprices du destin.

Dr Simphar Bontemps
Des nombreux témoignages recueillis, je retiendrai trois qui confirment mes opinions sur l’ami disparu et sur la tristesse que cette perte cause dans le milieu haïtien. Sur l’état des soins de santé au pays et sur un plan tout à fait personnel, le chirurgien à la retraite et ancien ministre de la Santé publique Simphar Bontemps m’écrivait dans la matinée du 6 avril :

« Oui, mon frère, j'ai été terrassé par cette nouvelle qui nous flanque à la face la grimaçante situation des services de santé dans le pays. Mwen tris, mwen tris, mwen tris… »

De son côté, notre ami commun Michel Paisible, qui vit comme moi à Ottawa, me racontait la veille au soir que Brunel lui avait demandé une année de lui envoyer pour ses œuvres de bienfaisance cinq exemplaires de la dernière édition du Petit Larousse illustré, car ceux qu’utilisaient les enfants du quartier étaient trop anciens. Au sujet des frais d’envoi, il avait pris la peine de préciser : « Ne te fais pas de souci pour les frais d’envoi. Tu me les expédies par DHL pour qu’ils arrivent avant la rentrée. » Sans commentaires!

Dans la même veine, l’avocat Kely Tabuteau, qui fait un travail admirable en Floride en matière de vulgarisation du droit haïtien, a immédiatement ajouté sa voix au concert des louanges qui a suivi le départ de Brunel. Dans un bref hommage posté dans Haïti Connexion Worldwide, Kély souligne que Brunel avait acheté plusieurs dizaines de ses ouvrages pour les offrir aux étudiants en droit de la ville.

La résidence de Brunel Pierre
Crédit photo: Julio Gauthier  
Brunel croyait fermement dans les vertus de l’instruction et il n’a ménagé aucun effort pour encourager les jeunes de la ville à étudier sans relâche, même quand les conditions de vie à Jérémie s’étaient détériorées à l’extrême. Je l’ai vu à l’œuvre durant un séjour à Jérémie au plus fort de l’embargo commercial de 1992-1993. Tandis que la pénurie d’essence imposait des sacrifices énormes à la population, Brunel illuminait son quartier pour permettre aux jeunes des environs de venir étudier sous les lampadaires de sa rue.

Quand, dix ans plus tard, je serai sollicité par Concepcia Pamphile pour participer aux cérémonies du 90e anniversaire de l’Hôpital Saint-Antoine en produisant une brochure sur l’histoire de l’institution, Brunel sera le premier à embarquer dans le projet en en prenant à sa charge une partie des frais d’impression. Encore une fois : Merci Brunel, pour moi-même et pour Jérémie.

Un bref rappel historique
Dans la succession des malheurs qui ont frappé la Grand’Anse après la  période coloniale de grande prospérité fondée sur l’esclavage, il y a eu :  les cataclysmes naturels à répétition comme l’inondation de 1935 et  les ouragans Hazel en 1954, Flora en 1963, Matthew en 2016; les commotions politiques fréquentes de la période haïtienne; les guerres civiles ponctuées d’exécutions massives comme les massacres de Dessalines; les attaques de Sylvain Salnave en 1869 où Jérémie n’a survécu que grâce au génie militaire des  généraux Brice Aîné et Kerlegrand; la rébellion de Jérémie sous Salomon en 1883, qui se soldera par un retentissant échec et par l’exécution des protagonistes. À cet égard, on ne saurait passer sous silence la répression sauvage ordonnée par François Duvalier après le coup de force manqué des Treize de Jeune Haïti en 1964.

Un peu de Nono Lavaud et de Clémard Joseph Charles
Nono Lavaud (au centre) entre le Dr A. Cavé
et Anthony Samedi en 1946 au terme d'une
grève des débardeurs du port de Jérémie.   
À la différence de ces événements spectaculaires, il y a les décès de personnages clés qui ont marqué l’évolution de la ville et dont les funérailles ont mobilisé l’ensemble de la population. Brunel appartient sans aucun doute à cette catégorie. De mémoire de Jérémien expatrié, je cite les funérailles de l’exportateur Nono Lavaud auxquelles j’ai assisté en 1963, celles du Dr Jean Martineau en 2007. Le jour des funérailles de Nono Lavaud, Max Rigaud, le directeur de la Banque Nationale à Jérémie, me faisait remarquer que ce décès était le prélude de la disparition graduelle des maisons d’exportation de la ville et  qu’il constituait un coup terrible pour l’économie de la Grand’Anse.  Avec le recul, on voit que le calcul était relativement simple, mais personne d’autre, à ma connaissance du moins, ne l’avait fait à l’époque. 
Max Rigaud
Après l’invasion manquée des Treize de Jeune Haïti entre août et octobre 1964, les massacres de Numéro Deux et l’exode qui s’ensuivit, la prédiction de Max Rigaud s’est  réalisée rapidement : effondrement des recettes fiscales de la ville, stagnation de l’économie locale et  perte de notre statut de port ouvert au commerce extérieur. Je n’ai pas vécu ces événements sur place ni la reprise progressive de Jérémie après mon départ définitif pour l’étranger en 1970. Mais à mon premier voyage retour en 1976, la ville avait retrouvé un certain souffle. Les prix des denrées agricoles étaient à la hausse et la marmite de café atteignait un sommet de 16 gourdes en 1978. La vie nocturne et le commerce local avaient repris, le climat politique s’était adouci et l’humeur générale était  à l’optimisme. C’est dans le contexte de cette relance que Brunel a commencé à s’épanouir et à apposer sa marque sur l’économie de la Grand’Anse. Sur une échelle sans doute beaucoup plus petite, sa disparition soudaine constitue comme celle de Nono Lavaud une grande perte pour la région.

Clémard Joseph Charles
Collection Eddy Cavé
Un autre homme d’affaires à qui je ne cesse de comparer Brunel est Clémard Joseph Charles, dont j’ai été un des conseillers financiers à la fin des années 1960. Clémard  venait de se brouiller avec François Duvalier quand je l’ai rencontré pour la première fois au terme de mes études en banque au Chili. Après une dizaine de minutes d’une conversation à bâtons rompus, il me proposait le poste de sous-directeur de la Banque Commerciale d’Haïti qu’il avait créée sept ans plus tôt. Au terme d’un court séjour dans les prisons de Duvalier, il m’invitait à participer à la restructuration de ses entreprises mises à mal par son passage dans la politique. Arrivé dans la jungle de Port-au-Prince sans les titres de noblesse habituels, Clémard avait réussi à s’imposer dans le milieu des affaires que grâce à son courage, son flair incroyable et un exceptionnel sens du risque.

Fondateur de la première banque privée haïtienne et premier commerçant à introduire les produits japonais en Haïti, notamment les Toyota, Clémard était pour moi l’exemple parfait d’une réussite sociale et financière en milieu hostile. Il n’a toutefois pas eu la sagesse de se tenir à l’écart de la politique et c’est ce qui l’a perdu. Comme Clémard, Brunel a gravi en moins de trente ans les divers échelons de la réussite et il a servi sa communauté avec une rare générosité. Mais, contrairement à ce dernier, il a su résister jusqu’au dernier jour de sa vie aux chants de sirènes et aux appels répétés de l’aventure politique. Bravo cher ami!

Sa barque a fait naufrage durant une nuit d’avril…
Brunel  Pierre  (Avril 2018)
Brunel avait des relations dans tous les camps et il a su se tenir au-dessus de la mêlée, même dans les journées les plus agitées de la vie politique et durant les nombreuses crises qu’a connues le pays à partir de 1985. Dans le passage étroit où il a dû naviguer en contournant, avec ses propres limitations, les écueils de la politique partisane et du milieu ambiant, sa barque a fait naufrage durant une nuit d’avril sans qu’aucun des spectateurs accourus sur les lieux n’ait pu lui porter secours.

Cet homme généreux et avenant au sourire communicatif était au fond, comme je l’ai écrit au sujet de Nono Lavaud, un homme triste, solitaire malgré ses apparences de jovialité et de parfait homme du monde. Comme Clémard Joseph Charles, il n’a jamais été accepté comme un partenaire à part entière dans le cercle des gens d’affaires auquel il avait accédé sur la base, non pas de la naissance, mais du mérite. Contrairement à Clémard qui vociférait continuellement contre les forces du statu quo qui s’étaient liguées contre lui, Brunel était fermé comme une huitre. Sous une carapace qu’aucun de ses proches n’a pu véritablement percer, il a vécu les succès et les échecs de l’existence avec le sourire et le même regard impassible et impénétrable.

Et son destin tragique, il l’a affronté avec une telle sérénité et une telle détermination qu’il n’a donné à qui que ce soit la possibilité de voler à son secours quand la fortune a changé de camp. Il s’est alors effondré comme un personnage de tragédie grecque. Personne ne sait encore ce qui va advenir de sa succession. Il laisse dans le deuil sa compagne Célise, sa fille Rode, un large cercle d’amis et un très grand nombre de protégés. Quant à moi, c’est seulement à mon prochain voyage à Jérémie que je pourrai évaluer l’ampleur de la perte de cet ami très cher.

Outre la grande affection et l’admiration que commandait cette personnalité attachante au plus haut point, Brunel avait droit au respect de tous et de chacun. Avec un respect et un sens de la politesse jamais pris à défaut, Brunel a toujours interpellé ses interlocuteurs en disant Monsieur, Madame ou Mademoiselle. Les plus humbles comme les plus puissants. Des portefaix venus encaisser un billet de loterie gagnant aux coopérants et professionnels étrangers effectuant de grosses opérations de change à ses guichets. C’est à mon tour aujourd’hui de lui rendre la pareille en lui disant : « Adieu,  Monsieur Brunel! Merci pour Jérémie et la Grand’Anse. Que la terre te soit douce et légère! »



Par :Eddy Cavé eddycave@hotmail.com

Ottawa le 11 avril 2018



Wednesday, April 4, 2018

50 ans après la mort de Martin Luther King, «le combat continue»

Martin Luther King Jr, le 28 août 1963, lors de son discours
"I have a dream" devant 250 000 personnes à Washington.
Cinquante ans après, son combat reste d'actualité.
L’Amérique se souvient de Martin Luther King, l'icône de la lutte pacifique contre les inégalités raciales, assassiné il y a 50 ans à Memphis (Tennessee) par un ségrégationniste blanc. Le 4 avril 1968 à 18 h 01, le pasteur noir est mortellement touché d'une balle sur le balcon d'un motel de Memphis, où il était venu soutenir les éboueurs en grève. Sa mort, à l'âge de 39 ans, déclenche des émeutes dans plusieurs grandes villes américaines. Cinquante ans après, ce mercredi 4 avril 2018, des rassemblements  lui ont rendu hommage  à Washington, autour de la statue de son mémorial sur le Mall en matinée et devant le motel Lorraine de Memphis, depuis transformé en musée, à l'heure exacte où il a été abattu. Cinquante ans après la mort de Martin Luther King, les inégalités raciales persistent aux Etats-Unis. 50 ans après la mort de Martin Luther King, «le combat continue»


Un demi-siècle après l'assassinat de la figure de proue du mouvement des droits civiques, que reste-t-il de ses combats? 


Jesse Jakson, Martin Luther king et Ralph Abernathy au
balcon du Motel Lorraine à Memphis Tenessee, le 3 avril
1963, la veille du jour où King fut abattu le lendemain.  
L'histoire a retenu très peu de noms de leaders africains-américains, et parmi eux, presque exclusivement des hommes. On peut citer W.E.B Du Bois, Martin Luther King, Malkom  X, Jesse Jackson, Barack Obama... L'exception féminine pourrait être Rosa Parks, mais elle n'est citée que comme la femme qui a refusé de céder sa place dans un bus et pas comme la militante engagée pendant des dizaines d'années. Parmi ces figures, le nom qui ressurgit à chaque fois est celui de Martin Luther King. Du héraut du mouvement des droits civiques, on a retenu la célèbre formule «I have a dream», et on a fait de lui l'espoir incarné de la fin de la ségrégation.

Grand défenseur des droits humains en général, Martin Luther King avait une vision universelle de progrès social indifférente à la couleur de peau. On oublie - et c'est en partie à cause de la récupération politique du personnage - que Martin Luther King a toujours mis l'accent sur la lutte économique et sociale en parallèle de son combat pour les droits civiques. À partir de 1966, il s'était ainsi installé dans un quartier difficile de Chicago pour lutter contre la ségrégation résidentielle. Par ailleurs, le prix Nobel de la paix 1964 était parfois plus controversé qu'on ne l'imagine aujourd'hui. En témoigne par exemple son engagement contre la guerre au Vietnam, une prise de position très décriée à l'époque.


Le célèbre «rêve» de Martin Luther King est-il aujourd'hui accompli?
Le 26 mars 1964 , Malkom X et Martin Luther King Jr.
se rencontrent en marge des débats au Sénat américain
sur la loi pour les droits civiques.                                   
Le rêve de 1963 de Martin Luther King, cet espoir de liberté, de justice, de fraternité, ne s'est réalisé qu'en partie. Les lois de 1964 et 1965 - Civil Rights Act et Voting Rights Act - ont été de grandes victoires pour la communauté africaine-américaine. Bien plus tard, l'élection de Barack Obama a aussi été, d'une certaine manière, la réalisation du rêve de King: un président noir aux États-Unis, c'est une progression stupéfiante lorsqu'on se rappelle que l'esclavage n'a été aboli qu'en 1865! Il ne faut pas minimiser la portée symbolique de cet événement, même si le symbole ne fait pas tout... Obama n'avait pas l'intention d'être le président des Noirs, et il ne l'a jamais été.


D'un autre côté, plusieurs indicateurs socio-économiques montrent que dans les faits, l'égalité entre Blancs et Noirs est encore loin d'être atteinte, notamment en matière de revenus, de santé et d'espérance de vie, d'éducation, d'incarcération... Quant aux violences policières, un problème très ancien mais bien plus médiatisé aujourd'hui qu'auparavant, le plus bel hommage à la mémoire de King serait que le comportement de la police devienne indifférent à la couleur de peau. Mais nous en sommes encore loin.
Qu'est devenu le rêve de Martin Luther King  ?


Et pour les cinquante années à venir?
On se souvient de Martin Luther King pour son action forte ainsi que son message porteur et transgénérationnel. Mais ce qui nous frappe dans toute l'effervescence autour du cinquantenaire de sa mort, c'est que l'essentiel ne semble pas tant être de se féliciter des changements accomplis dans les années 60, mais plutôt de faire en sorte que le combat continue. La force de King, c'est de continuer à insuffler l'espoir que le changement peut se poursuivre, même un demi-siècle après sa mort.

À titre personnel, nous sommes pessimistes sur la capacité actuelle des Américains à faire reculer les inégalités raciales, d'autant plus qu'on assiste depuis quelques années à un phénomène de polarisation raciale accrue. Mais des mouvements interraciaux comme March for Our Lives - une manifestation géante pour le contrôle des armes à feu au cours de laquelle on a notamment vu la petite-fille de Martin Luther King reprendre le fameux «I have a dream» de son grand-père - expriment tout de même une capacité de mobilisation à ne pas sous-estimer.

Crimes racistes, bavures policières et émeutes
Yolanda  Renée King, la petite fille du Dr. King a pris
la parole lors de la 
«March of Our Lives» le 24 mars 2018 
Un demi-siècle plus tard, force est de constater que les Afro-Américains ne vivent pas encore dans ce "rêve", comme l'illustrent les émeutes de Charlottesville, de Ferguson, le mouvement Black Live Matters ou de nombreuses statistiques. Aux États-Unis, alors que les Afro-Américains représentent environ 13% de la population, ils composent la moitié des victimes de crimes racistes commis en 2016, selon les statistiques du FBI, relayées par le Washington Post. Entre 2010 et 2012, les jeunes Noirs tués par la police étaient 21 fois plus nombreux que les jeunes Blancs, d'après ProPublica, cité par Le Monde.

Autre chiffre frappant : en 2010, un Afro-Américain avait six fois plus de chance de se retrouver en prison qu’un homme blanc, selon l'étude du Pew Research Center, reprise par Europe 1. Les Afro-Américains sont également plus fréquemment condamnés à tort. Depuis 1989, 47% des 2 000 erreurs judiciaires commises par le système judiciaire américain ont concerné des Noirs, selon un rapport du Nation Registry of Exonerations, résumé par Le Figaro.

Plus pauvres et plus en mauvaise santé
Les discriminations et inégalités subies par les citoyens afro-américains sont aussi économiques. En 2012, 27,2% des Noirs vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 9,6% pour les Blancs, selon l'étude du Census Bureau développée par L'Express. De même, en 2015, 11,2 % des Noirs étaient au chômage, contre 4,6 % des Blancs, d'après le Bureau of Labor Statistics. Et les Blancs étaient en moyenne 13 fois plus riches que les Noirs, d'après le Pew Research Center, traduit par Alternatives économiques.

Ces disparités sont enfin sanitaires. En 2009, les Afro-Americains avaient le taux le plus élevé de morts par crise cardiaque, AVC, cancer et diabète, selon le Centre de prévention des maladies, repris par L'Express.

Sources de référence: AFP, Reuters,Le Monde, l’Express, Le Figaro



Tuesday, April 3, 2018

Armée d’Haïti + Assassins financiers = Dette éternelle (2ème Partie)

Les porte-drapeaux lors de la cérémonie d'installation
du nouvel état-major de l'armée d'Haïti.                     

Par Max Dorismond





Non-productivité et chantage éhonté
Tous les économistes sont unanimes à répéter que le pays doit augmenter sa production agricole et manufacturière tout en accroissant ses exportations pour pallier à la dérive de sa monnaie, devenue des « zorèy bouriks » selon la malice populaire. Il doit stimuler la création d’emplois et endiguer sa démographie galopante. Tout est importé : les matières premières, les biens de première nécessité. Les pays voisins y trouvent leur beurre, et Haïti s’enfonce de plus en plus dans le néant. Dépendante de l’aumône internationale et de sa diaspora, nul n’arrive à conjurer cette sordide vocation. C’est une nation sous perfusion.

Quelques officiers de la nouvelle armée d'Haïti
Au lieu d’écouter les conseils des humbles, elle s’endette jusqu’au cou pour plaire à des maîtres-chanteurs de la classe des nantis qui ne rêvent d’une armée que pour quatre importantes raisons : 1 – Contrôler le pouvoir à leur guise. 2 – Perpétuer la contrebande. 3 – Instrumenter le chantage. 4 -  Casser les reins de la masse qui en a marre de leur crapulerie. Si on oublie son passé, nul ne peut prendre sa revanche sur l’histoire et l’idiotie. Les forces occultes se frottent déjà les mains d’aise.  Elles n’attendaient que cet escadron des ténèbres, cet instrument incontournable pour faire chanter les imprudents.

Piste de solutions entre mille
Dans l’actuelle conjoncture, la gouvernance aurait intérêt à faire preuve de rationalité dans l’utilisation de ces milliers de chômeurs instruits. Au lieu de les armer, les barbariser et les abêtir, elle ferait mieux de les humaniser, en invitant Jovenel à investir dans des machineries ou des instruments aratoires, à créer des écoles techniques dans l’agroéconomie, à chausser ses bottes de laboureur des terres et des esprits. Ce serait le plus bel héritage à inscrire dans l’histoire de la production nationale, en guise de suite à la « Caravane du changement ». Et la nation lui en saurait gré.

Un Président imperméable aux leçons quotidiennes
Président Jovenel saluant le commandant de bataillon lors
de la parade militaire du 18 novembre 2017 au Cap-Haitien
En lisant les journaux d’Haïti, le Nouvelliste et Haïti-Liberté, de la semaine écoulée, j’avais pris connaissance de la sainte colère piquée par Jovenel Moïse lorsque la France, ou plutôt la compagnie française « Total SA » lui a retourné le chèque soutenant sa commande de 500 000 gallons d'asphalte pour finir les routes déjà entamées. Sous la combine des arnaqueurs locaux, la commande du président à 1,85$ le gallon a été annulée en raison du non-achat à 3,99$ du produit entre les mains des contrebandiers de Port-au-Prince.

Humilié, M. Moïse a réuni son Conseil des Ministres et ce dernier a octroyé désormais au gouvernement la primauté sur toute commande de matières premières : asphalte, mazout et tous les dérivés du pétrole. Ce qu’un arrêté du journal officiel, Le Moniteur  du 12 janvier, confirme en ces termes : « Il est impérieux de prendre toutes les mesures pouvant contribuer à l’amélioration des conditions de vie de la population à cause du caractère stratégique des produits et dérivés du pétrole, ainsi que ceux liés aux gaz naturels3 »

18 novembre 2017 - Cap-Haïtien
Tout cela, pour contrer le côté vautour de certains bourgeois du pays qui ne reculent devant rien pour assouvir leur soif du gain, sans contraintes. La sortie d’Haïti du trou abyssal  où elle est enfoncée leur passe par dessus l’épaule. L’histoire de l’absence éternelle d’électricité ou la vente du blackout est une autre facette de leur mainmise absolue sur la proie. Le marché des génératrices et des Inverters importés fleurit à vue d’œil.

Autrefois, au temps où l’armée défaisait les rois, cette clique sournoise aurait soudoyé les militaires et un coup d’État aurait envoyé le Premier citoyen sur les bancs de l’exil pour avoir osé jouer dans les plates-bandes des vrais maîtres du pays. Ces derniers ont simplement joué aujourd’hui, à visage découvert, pour humilier Jovenel. Mais, demain, avec cette armée toute neuve, composée d’une jeunesse toxique, qui n’a jamais eu d’autres exemples à ses yeux que des prédateurs toujours très vite sur leurs patins, la pieuvre tentaculaire ne passera point par quatre chemins.  Elle présentera au président, actuel ou à venir, un passeport pour l’exil et une menotte en fer, « cet instrument céleste que portaient les souverains d’Espagne aux heures des grandes cérémonies4 ». Et ce sera la fin des Mohicans!

Chaque pantalon a sa mesure et son tailleur

En Haïti, à chacun son prix! Tous attendent l’appel du rapace qui va les rétribuer pour la sale besogne, pour semer le chaos et déstabiliser l’ordre établi. Ils sont toujours prêts. Ce sont de vrais scouts. Selon la règle prépondérante du milieu, vous êtes nommés le matin, dans l’après-midi, vous roulez déjà carrosse et le lendemain, sans gêne et sans reproche, vous vous offrez des petits châteaux des contes de mille et une nuits. « Yo pa egare ».  Donc, ces jeunes soldats, ces petits héritiers de la gabegie, et les anciens sadiques qui les coiffent, se voient déjà riches. Ils seront simplement des petites marionnettes dédiées entre les griffes des riches  d’Haïti, qui n’hésiteront nullement à concrétiser grassement leur rêve secret, sur un plateau vert, au moment choisi. En créant ce nouveau corps d’armée, le gouvernement vient d’hypothéquer la paix, la stabilité, la sécurité et le retour de sa diaspora investisseur, en ajoutant à la somme des doigts dans le pot de confiture,  5000 à 10 000 affamés de plus. C’est brillant!

J’éprouve un certain malaise avec cet Exécutif qui fonctionne comme un véritable Don Quichotte, sans une miette de pouvoir. Omniprésent, il s’anime comme le diable dans l’eau bénite pour montrer sa bonne foi. Mais, pardieu! Les As du Législatif le font déjà chanter, contrôlent toutes les institutions et mangent à tous les râteliers. Les nantis siphonnent la taxe et profitent des franchises douanières. Toute une clique s’amuse et mange allègrement « à bouche que veux-tu ».  Le voilà, aujourd’hui encore, commettre l’irréparable, en dressant un autel à l’armée, sur lequel la Pieuvre nationale le sacrifiera, le jour venu, pour avoir écouté le chant des sirènes.

Alors Haïti, disons adieu à la démocratie naissante,   adieu à l’espoir bafoué, adieu aux prémices de liberté retrouvée, adieu aux élans de stabilité!  Définitivement, les deux pieds de notre terre natale sont rigidifiés dans la m… le mot de Cambronne.

Max Dorismond



Note 1 - : « Les Assassins Financiers sont des professionnels grassement payés qui escroquent des milliards de dollars à divers pays du globe. Ils dirigent l’argent de la banque Mondiale, de l’Agence américaine du développement international (U.S. Agency for International Development – USAID) et d’autres organisations  « humanitaires » vers les coffres des grandes compagnies et vers les poches de quelques familles richissimes qui contrôlent les ressources naturelles de la planète. Leurs armes principales :… les élections truquées, les pots-de-vin, l’extorsion, le sexe, le meurtre. Ils jouent un jeu vieux comme le monde, mais qui a atteint des proportions terrifiantes en cette époque de mondialisation ». « Je sais de quoi je parle… car j’ai été moi-même un assassin financier » (John Perkins – Auteur de : Les Confessions d’un Assassin Financier)

Note 3 - : Src. Le journal « Le Moniteur » du 12 janvier 2018.

Note 4 - : Phrase célèbre prononcée par l’officier espagnol Alonso de Ojeda, lors de « l’arrestation » par ruse du Cacique indien Caonabo, à Hispañola (St_Domingue). Ce dernier fut invité à prendre place sur la croupe du cheval de Ojeda avec une menotte aux bras, une « façon élégante » de rencontrer le chef, Christophe Colomb, qui se ferait un plaisir de le recevoir. Ce fut pour sa perte.