Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Sunday, July 15, 2018

Les Bleus sur le toit de la planète foot ? Oui, mais…

Coupe du monde 2018 : quand la France se retrouve
avec deux étoiles plein les yeux.                                


Par:   Hugues Saint-Fort
L'équipe de France pose avant la demi-finale face à la
 Belgique le 10 juillet à St. Petersbourg (Moscou).     
Ainsi donc, la France est sacrée championne du monde après avoir battu la Croatie par 4 buts à 2 en finale de la Coupe du Monde. Vingt ans après leur première étoile face au Brésil, les Bleus se hissent de nouveau sur le toit de la planète foot au grand bonheur d’une nation de 67 millions d’habitants qui est devenue folle du sport le plus populaire au monde et d’une équipe qui a conquis le cœur de tous les passionnés du ballon rond. Une fois de plus, c’est un onze de France multicolore, multiculturel qu’on avait baptisé en 1998 « black-blanc-beur » car il devait représenter une nation métissée et unie, malgré les différences culturelles et sociales. La suite allait démontrer que les réalités étaient plus fortes que les rêves, aussi doux soient-ils. La société française s’est révélée fracturée, séparée socialement et économiquement, répartie entre communautés divisées ethniquement et religieusement, marquées négativement selon les lieux géographiques ou les expressions linguistiques.
Le président de France, Emmanuel Macron, lors de la
finale de la coupe du monde entre la France et la Croa
tie le 15 juillet 2018 à Moscou (Russie).                       
Ce n’est pas par hasard que la dernière élection présidentielle (mai 2017) a vu l’éclatement des traditionnels partis politiques français qui constituaient pendant longtemps le soubassement de la vie politique. Alors qu’on croyait que tout allait reprendre sous un jour nouveau, le nouveau président, Emmanuel Macron, qui s’était fait élire en se présentant comme n’étant ni de gauche, ni de droite, doit faire face maintenant à une opposition de plus en plus enhardie qui l’affuble de l’épithète de « président des riches ».
Luka Modric de la Croatie (à gauche) et Kylian Mpappé de
la France (à droite) ont été décernés respectivement par la
Fifa le titre de meilleur joeur de la compétition et du tournoi.
Y a-t-il une relation entre le  sport (le foot) et la politique ou les réalités sociales ? Que nous dit le sport sur l’état de la nation ? Longtemps, la France s’est voilée la face sur les rapports entre le foot et les réalités sociales. Le phénomène « black-blanc-beur » surgi en 1998 s’est chargé de lui enlever son innocence. Le populisme et la démagogie de l’extrême-droite du Rassemblement National de Marine Le Pen, dont la présence risque de constituer un cauchemar pour la démocratie occidentale, ne sont pas prêts de s’évanouir.
C'est la célébration solennelle des Bleus à Paris où
leurs images sont projetées sur l'arc de triomphe.
Avec le foot, la France est entrée définitivement dans l’ère du sport comme moyen de s’en sortir, d’acquérir la célébrité et « un pognon fou ». Les enfants des classes populaires, les fils d’immigrés noirs ou maghrébins, les ultra-marins qu’on avait tendance à oublier, sont brusquement devenus les héros du jour. Après la victoire sur la Belgique en demi-finale la semaine dernière, j’ai vu à la télé une foule hurler à pleins poumons sur les Champs-Élysées cette phrase incroyable : « Umtiti président ! » Samuel Umtiti est l’un des deux défenseurs centraux de l’équipe française, d’origine camerounaise, qui a grandi dans la grande banlieue lyonnaise, et qui a marqué le but de la qualification de la France pour la finale. L’autre défenseur central est Raphaël Varanne, ultramarin de Martinique, qui lui aussi avait marqué pour la France. Parmi les onze titulaires qui constituent le cœur de l’équipe de France, au moins six (Raphaël Varanne, Samuel Umtiti, Paul Pogba, Blaise Matuidi, N’Golo Konte et Kylian Mbappé) sont des joueurs de couleur de la seconde génération, donc des « multiculturels », et des ultramarins. Deux d’entre eux (Pogba et Mbappé) ont marqué au cours de la finale.
Une marée humaine sur la place de Béthune (Pas de Calais)
Il y a longtemps que dans la société étasunienne, le sport (et surtout les quatre grands : le baseball, le basketball, le football (américain) et le hockey) est devenu l’outil de transfert d’une classe sociale défavorisée à une classe sociale supérieure, avec ce que tout cela comporte de célébrité et de reconnaissance sociale. En France, le foot et l’immigration  sont liés à la question des identités nationales. L’extrême-droite n’a jamais hésité  à questionner l’identité  nationale des joueurs de couleur qui évoluent dans la sélection nationale alors que ce sont eux qui  assurent les victoires du onze de France. Cette évolution a fait son chemin dans la société française et s’est installée, semble-t-il, pour de bon. Mais, la droite réactionnaire et l’extrême-droite anti-immigrants n’ont pas encore compris la marche de l’histoire.

Hugues Saint-Fort
New York, juillet 2018  
Quelques photos de la liesse du 15 juillet 2018
 
 
 
 
 
 
 
 

Friday, July 13, 2018

Texte de: Lyonel Trouillot

Il y en a qui pleurent plus la perte de biens que la perte d’emplois. Il y en a qui persistent et signent et refusent de comprendre que nous sommes au bout de quelque chose, que les derniers événements sont un signe fort que quelque chose ici doit changer dans les rapports sociaux. Il y en a qui croient qu’il convient juste de rembourser les propriétaires qui ont perdu des biens pour retourner, tranquilles, au passé, à cette société de quasi apartheid, à cette société qui est celle qui produit le plus d’inégalités sociales dans la Caraïbe, et l’une à produire plus d’inégalités sociales dans le monde. Il y a les fantasmes de quelques nègres domestiques qui veulent être bien vus des riches et ferment les yeux sur les conditions d’existence de la majorité. Il y a ce président qui n’a pas tiré leçon de l’anecdote contée par Alain Turnier : un ami demande un poste de ministre au président Antoine Simon qui lui répond : « Mon ami, ministre, ce n’est un poste ni pour vous ni pour moi. » Il y a tous les crypto intellectuels-penseurs-technocrates-experts qui ont oublié une chose simple : la radicalisation des pratiques de pouvoir pour le maintien de l’inégalité engendre forcément la radicalisation de l’expression des formes de révolte et de mécontentement.

Louis-Joseph Janvier le disait déjà : « Ils n’avaient point repoussé le joug du maître blanc pour se courber sous le joug d’un maître haïtien, que celui-ci eut dans les veines du sang blanc ou qu’il n’en eut point. » Il y a le fait que les sociétés capitalistes, pour la défense même des intérêts du capital, se résignent à produire une sphère commune de citoyenneté qui rend au subalterne sa condition acceptable, et le fait que l’alliance entre le pouvoir politique et les tenants du capital n’a jamais produit en Haïti un tel aménagement. Cette société n’a tenu jusqu’ici que par la répression et le fait que l’économie paysanne assurait à la majorité un minimum qui lui permettait de survivre. Ces deux verrous ont sauté. Il y a la chanson de Catherine Leforestier : « si vous voulez parler de ces pays lointains / où l’on meurt de misère et faim… à deux pas de chez moi, allez voir les voisins… ils pourraient bien un matin venir vous réveiller, vous qui dormez si bien… » Il n’y a que deux formes de pacification possibles dans ce pays : soit l’écrasement de tout élan populaire, et encore il faudrait en avoir les moyens ; soit l’atténuation des inégalités sociales et la possibilité pour les masses de vivre, de se reproduire avec un minimum de dignité.

Au XXe siècle, le capitalisme a ressenti le besoin de mettre en place un cadre normatif assurant un minimum à chacun. Cela n’a jamais été fait ici. Et les attitudes sociales des tenants du capital aussi bien que les pratiques politiques de la tendance tèt kale s’opposent plus que jamais à la construction de ce cadre normatif.

« Ah, les gens ont détruit, cela va coûter une fortune, créer plus de pauvreté. » Il y a, au mieux, de la naïveté, au pire, de l’outrecuidance dans ce type de discours. À l’occasion d’une bêtise décrétée par un pouvoir indifférent à leurs problèmes concrets, ce que les gens ont acté, c’est leur ras-le-bol d’un ordre qui les déshumanise. L’ordre social inhumain qui a perduré ici ne peut plus durer. C’est cela qu’ils disent. Et ils continueront de le faire. Et il serait bête ou hypocrite de leur reprocher de ne pas exprimer ce ras-le-bol, cette négation de l’ordre qui les nie, de manière élaborée. Ils n’en ont pas encore les moyens. Car c’est dans le procès de déshumanisation que l’humanisme des opprimés s’élabore jusqu’à ce qu’il trouve une proposition pour un nouvel ordre. Et, pour cela, il faudra un vrai rassemblement de toutes les forces désirant changer cet ordre.

Et si l’on choisit le chemin du statu quo, ce sera folie, et nous vivrons longtemps en l’an quatre-vingt-neuf. Pour les adeptes de l’ordre social existant, je terminerai par une longue citation de Victor Hugo : « Messieurs, comme je vous le disais tout à l’heure, vous venez avec le concours de la garde nationale, de l’armée et de toutes les forces vives du pays, vous venez de raffermir l’État ébranlé encore une fois. Vous n’avez reculé devant aucun péril, vous n’avez hésité devant aucun devoir. Vous avez sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même. Vous avez fait une chose considérable… Eh bien ! Vous n’avez rien fait !

Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour base l’ordre moral consolidé ! Vous n’avez rien fait, tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait, tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! »

Cette partie qui désespère, elle commence à peine à nous faire sentir l’étendue de son désespoir.

Sunday, July 8, 2018

Edito sur la conjoncture actuelle en Haïti


En ayant devant nos yeux le spectre de la guerre civile qui est en train de prendre forme comme le montrent les tristes images audiovisuelles en provenance d’Haïti via les réseaux sociaux, nous sommes interpellés par certains articles précédemment lus qui avaient prédit ce triste état des choses. C’est ainsi que nous nous souvenons d’un texte de notre collaborateur Max Dorismond qui avait bien mis en garde le président Jovenel Moïse face au mandat qu’on lui avait confié pour protéger les «Petro Cari-beurres ».

Le voici aujourd’hui, tel que préconisé par l’auteur, en face du fait accompli : le peuple déferle dans les rues, l’insurrection continue malgré la mise en veilleuse de l’augmentation du coût des carburants. C’est le sauve-qui-peut. Son bouclier ne peut protéger personne quand les pauvres réclament leurs dûs. De toute façon, il sera sacrifié sur l’hôtel de la bêtise.
Situation en Haïti ( 6 et 7 juillet 2018 )
           
Tout en vous invitant à lire l'article de Max, nous partageons avec vous des images de la situation en Haïti reçues de nos différents correspondants en Haïti. Cet article représente une vision perspicace de la situation actuelle.

Par : Herve Gilbert






Wednesday, July 4, 2018

Francophonie : Vanessa Lamothe Matignon, nouvelle présidente du Groupe des ambassadeurs francophones en France

Vanessa Lamothe Matignon, est la première femme à être élue présidente de Gaff

Elle est la première femme qui occupe ce poste depuis la création de cette structure composée d’une trentaine d’ambassadeurs des États et gouvernements francophones accrédités auprès de la République française et des représentants personnels au conseil permanent de la Francophonie, des chefs d’États et de gouvernement membres et observateurs auprès de l’OIF, dont la mission est, entre autres, de promouvoir la langue française ainsi que les valeurs et principe de la Francophonie.

‘’Je suis très fière d’être la première femme, la première haïtienne à occuper cette fonction. Ça me permet de porter haut les couleurs d’Haïti au sein de la Francophonie’’, a affirmé Vanessa Lamothe lors d’une interview exclusive accordée à Haïti 24.
Pour la nouvelle présidente du GAF-France, ce poste constitue une véritable passerelle qui permettra à Haïti de se rapprocher beaucoup plus des autres pays francophones, notamment les pays africains.

’C’est la voix d’Haïti qui va guider les travaux de ce Groupe’’, s’est réjouie Vanessa Lamothe qui insiste sur le fait qu’en prenant les commandes du GAF-France le pays en sort déjà gagnant à tout point de vue.

Sortie gagnante des élections tenues au Sénat de la République française, le mercredi 27 juin dernier, Vanessa Lamothe Matignon succède à l’ambassadeur sénégalais, Bassirou Sene et occupera la présidence du groupe des ambassadeurs francophones de France (GAF-France) pour un an.

Notons que son élection a été saluée par la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaelle Jean qui elle aussi est d’origine haïtienne.
L’élection de Vanessa Lamothe Matignon à cette haute fonction représente une victoire pour Haïti en général et une source de motivation pour la femme haïtienne particulièrement. 

Source : Haiti24

Friday, June 29, 2018

Que reste-t-il des amours et des rêves de la diaspora?



Par Max Dorismond 
         
Max Dorismond
La neige a fondu, le soleil se met de la partie. Ouf, que l’hiver fût long! C’est l’éternelle rengaine. L’ennui, son corollaire, nous laisse toujours l’empreinte de sa mesure. La diaspora se déshabille. Tombent les manteaux, tombent les foulards… Les associations caritatives hissent leurs voiles. Les invitations pleuvent. Pour elles, c’est le temps béni pour faire le plein en capitalisant sur ce désir fou de revoir l’autre que l’hibernation avait écarté de la route.
           
C’est ainsi qu’au début de juin 2018, l’Association des Aveugles et Amblyopes Haïtiens du Québec, (A.A.A.H.Q), tenait son rendez-vous annuel. Les habituels amis étaient présents.  Ça faisait du bien de se revoir. Baron Samedi, en tirant à l’aveuglette dans le tas, cette fois-ci, avait fait semblant de ne pas trop déranger. C’est une question de temps, puisque certains, encore à la fleur de l’âge, sont partis sans dire adieu. Parfois, un AVC1 foudroyant ne leur a laissé aucune chance de manifester ce dernier désir. Ah, maudit hiver!

Tout le monde était beau! Tout le monde était gentil! Les chansons du terroir réveillaient les souvenirs. Le saxophoniste de talent, Marcel Cost, tel un expert-paysagiste, vint arroser la nostalgie qui nous tenaille, en faisant renaître, du coup, les fleurs de l’oubli. Du bout des lèvres, on fredonnait en chœur et timidement, ces hits qui avaient bercé  des fragments de notre jeunesse, pour nous retrouver, par la pensée, les yeux fermés, sur l’île perdue.
           
Et soudain au micro, sans entracte, une voix suave et mélodieuse, rehaussée par la nouvelle saison, entonna :
Nul ne peut ignorComment cela est dur
De vivre loin de son pays
………………………………..
Je m’en vais
Mais un jour je reviendrai…

C’est notre Marc-Yves national. Marc-Yves Volcy, ce chantre-poète qui, au Ciné-Rex, avait accompagné nos dernières larmes sur les épaules de l’amour qui s’envolait vers des cieux plus cléments aux fins d’échapper aux griffes des carnassiers aux dents longues et aux grandes oreilles, lâchés sans laisse dans la nature par les Duvalier. Ces fauves en « gros bleu », au foulard rouge de sang, objets des cauchemars de nos mères, ne faisaient pas dans la dentelle au cours de ces périodes détrempées d’angoisse.

Les carnassiers aux grandes dents
En chœur, le public entonne le refrain au point de noyer la voix de l’artiste… Au final, une ovation monstre se leva pour remercier le chanteur. Et quelques larmes furtives, des larmes de regret sur certaines joues, noyaient les fards et maquillaient les réminiscences. Le constat qui me désarçonna, c’est quand deux non-voyants, assis non loin de moi, extrayaient leur mouchoir pour assécher leur trop plein d’émotions. Je ne pus plus me contenir.

Soudain, une ribambelle d’idées traverse ma pensée à la vision de tous ces jeunes retraités présents, à la fois songeurs et heureux, riches d’expériences qu’Haïti aurait pu utiliser à bon escient. Des professionnels aguerris, dans la jeune soixantaine, « pleins aux as », qui ne demandent pas mieux que d’aider la nation à remonter la pente vertigineuse  de la mal-gouvernance, qui l’entraîne dans les abysses de la misère chronique. Nos gouvernants, ne pourraient-ils pas épouser l’esprit du discours rassembleur et inclusif de Paul Kagamé, le président du Rwanda : «  Notre pays, le Rwanda, sera une nouvelle porte d'opportunité, de savoir, de technologie et d'innovation pour tous les enfants Africains et du monde qui désirent apprendre chez nous ou encore nous apporter leur savoir »?.

Pourquoi avions-nous renoncé à cette douce promesse chantée par Volcy? -
Et pourtant, nous étions formatés pour retourner. Nous l’avions bien fredonnée et sincèrement espérée : « Je m’en vais. Mais un jour je reviendrai… ». Pourquoi sommes-nous encore derrière la porte, alors qu’Haïti réclame notre aide à cor et à cri? C’est la question à un million. Que sont devenus les rêves d’antan!

Voyons plus ou moins le contexte. Que d’eau a coulé sous les ponts depuis notre départ! Les gouvernements passent et repassent, d’autres générations nous ont succédé. Nos souvenirs se sont estompés et l’oubli a presqu’accompli son œuvre de sape. Entre autres particularités, au pays, les flamboyants professionnels de jadis, les génies du verbe, les maîtres-experts des professions libérales, les parlementaires au panache de feu, les tribuns des grandes occasions, ces hommes de commerce agréable, ne font plus partie du décor. C’est le vide sans écho. Mais, pour la génération sur place, ce rappel est encore un fantasme de grand-père, des souvenirs de poètes frustrés. 

Aujourd’hui, nul ne peut se permettre de se présenter là-bas, en donneur de leçon. On s’est trompé de chapître. Les paradigmes ont évolué à l’envers de la logique occidentale. La réussite et les transferts de classe ne puisent plus leur raison d’être dans le travail, les études, les diplômes et l’effort. Sauf les niais passent encore leur temps à cirer les bancs des institutions de leur culotte. Avec une guitare, un micro et quelques « gouyades » bien balancées, l’affaire est ketchup. On achète quelques votes, et deux jours plus tard, on prête serment.
Marc Yves Volcy lors de son passage à l'A.A.A.H.Q

Cette diaspora a tant vu au cours de ses années de galère. Sa progéniture demeure l’orgueil du pays d’accueil et sa fulgurante progression en est la preuve. Aujourd’hui, les enfants sont partis et la maison est silencieuse. Elle (la diaspora) a déjà voyagé autour du monde et en a vu du pays. Fatiguée et satisfaite, elle ne caresse qu’un unique phantasme : retourner au bercail, avant de finir groggy, comme un vulgaire numéro, dans un foyer pour personnes âgées. Cet indéfectible amour n’a jamais failli. Selon les statistiques du FMI, plus de 2,5 milliards de dollars sont reçus par Haïti, tous les ans, de sa diaspora. Quelle autre preuve veut-on avoir de ces fils qui ne demandent rien d’autre qu’aider les plus mal pris.

Si le pays avait ouvert la porte avec une certaine « assurance tous risques », leurs millions seraient bénéfiques à la patrie nécessiteuse. Avec ses atouts : études, diplômes, finances, sensibilité démocratique etc…, la diaspora demeure un avantage certain pour l’avancement de l’île. Ses retraités représentent une manne non négligeable que le pays d’accueil n’est pas prêt à « lâcher lousse2 » : connaissances, expériences, économies, fonds de pension, demeurent un « plus » non négligeable qu’il désire à tout prix garder chez-lui. « Yo pa égaré ». Sa progéniture est recherchée sur tous les continents : l’Amérique, l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Plusieurs pays sont en compétition pour solliciter les services de nos jeunes. Je peux sans équivoque prendre ma famille immédiate et de proximité à titre d’exemple.

Les multiples causes de cette valse hésitation -
Au fil du temps, l’expérience des autres nous confère le titre de l’adulte pensant et baptisé. Après une première gifle, quoiqu’en disent les dogmes chrétiens qui nous invitent à tendre l’autre face, on ne peut jouer au kamikaze.  La sagesse instinctive nous invite à ne pas obéir à ce dieu fonceur et aventurier, et à y aller mollo. Toutefois, certains hâtifs avaient pris la route du retour, croyant posséder suffisamment d’atours à offrir au pays, et s’attendant à être reçus à bras ouverts avec des « Hauts chants » sur le tapis rouge déroulé pour eux devant la Cathédrale, comme s’ils étaient des fils prodigues.

En « péteur de tête » ou en s’illusionnant, si on veut, le revenant ignore qu’il vient de commencer un deuxième exil. Ne pouvant prendre le train des nouvelles valeurs, c’est la débandade, la déception sur toute la ligne. L’adaptation en prend pour son rhume. Certains ont très vite déchanté face à la désorganisation structurelle, la corruption générale débridée, l’ambiance délétère de l’insécurité organisée et les violences endémiques qui laminent le tissu social.

Tout a changé pendant leurs années d’absence. Déçus et amers, le peu de temps qu’a duré cette immersion n’a fait qu’épaissir le brouillard. Nos héros, non vaccinés contre la médiocrité, reviennent à leur point de départ et enfilent à nouveau leur manteau d’hiver, le cœur meurtri. Sans en avoir l’air, c’est un troisième exil qui s’amorce pour eux.  L’utopie s’est faite pierre sur laquelle ils essaient de se rééditer au pays d’accueil,  en souvenir d’un passé effiloché sur plus de 40 ou 50 années. Parfois, c’est désarmant et triste de voir ces revenants à la recherche de leurs points de repère.

Qu’est-ce qui a transmué le congénère et l’incite à bloquer le bon samaritain? –
En premier lieu, un membre de la diaspora est un homme nouveau. Un personnage avec de multiples valeurs, glanées à gauche et à droite au cours de ses pérégrinations, ses déplacements à travers le monde, et durant ses moments de relaxation. Tout, dans ses voyages, l’interpelle et le ramène vers son pays d’origine. Il ne cesse d’emmagasiner pour pouvoir offrir à sa terre natale les bienfaits notoires de l’ordre et de la discipline, de l’intelligence et de la créativité des autres.
Cri du coeur d'une jeunesse exaspérée (Vidéo)
En second lieu, Haïti s’est métamorphosée. C’est l’individualisme à outrance. C’est le sauve-qui-peut. « Naje pou soti », avait répété un président. L’insécurité galopante est le dernier lot qui façonne leur hésitation. Le kidnapping de certains revenants a laissé un arrière-goût amer dans le subconscient de tous les futurs candidats, au point de ramollir leur désir tant caressé. De là à se méfier de tous les compatriotes, il n’y a qu’un pas. Et la paranoïa finit par ébranler sa foi au point de croire que tout est cyniquement organisé pour empêcher ce retour tant souhaité.

Pour supporter cette démonstration, nous pouvons apporter cet exemple anecdotique, conté par plusieurs pour conforter leur crainte. Pensant bien agir, certains médecins de la diaspora retournent au pays pour les vacances et écoulent leur quinzaine à offrir soins et médicaments gratuits à beaucoup de malades, tout en invitant quelques collègues et anciens camarades de promotion de la place, à titre d’accompagnateurs. Au premier voyage, ce fut merveilleux. Mais aux suivants, on voit le touriste comme un envahisseur, un empêcheur de danser en rond, un trop riche confrère de l’étranger qui vient fragiliser le malingre marché. 

À la perception de ces plaintes furtives écoutées dans l’entrebâillement des portes, ils ont vite établi la différence entre tourisme versus résidence. Donc, la fuite sur la pointe des pieds demeure l’unique exutoire à ne  pas dédaigner. Ce qui nous porte à répéter avec Jean Berton, dans La Hantise de l’exil dans l’œuvre de Iain Crichton Smith : « L’exil est associé à la séparation, à l’abandon, à la perte. Le retour est lié à la restitution, la revendication, la reprise, même partielle ». En ce qui concerne cette restitution, « c’est le Poinn fè pa » Nous pourrons la confirmer avec une réflexion de Pierre-Yves Roy (mars 2017), qui attire notre attention sur « la compétitivité des haïtiens de l’intérieur qui s’évertuent à bloquer systématiquement ceux de l’extérieur en promulguant des législations contraignantes pour leur barrer l’accès aux urnes et les empêcher de jouir de leurs droits naturels, en inspirant la peur ».  

Est-ce un problème insoluble, vu les besoins de la nation? - 
Bien sûr que non! Un retour organisé, tant par le pays que par les intéressés, pourrait s’avérer salutaire si toutes les conditions de sécurité, de salubrité étaient réunies en conséquence. Toutefois, il faut que Haïti le veuille en son âme et conscience, en annihilant toutes les épines au pied du rapatrié. Imaginons la gouvernance éradiquer le spectacle débridé de l’étalage des fortunes mal acquises des nouveaux riches : Sénateurs. Députés et autres…, consolider la confiance dans sa police et ses tribunaux. Imaginons l’État haïtien adopter des concepts modernes d’investissements, simplifier les formalités non contraignantes pour la création d’entreprises, sans les bakchich ou les pots-de-vin coutumiers, promouvoir un tourisme patriotique et fiable, à l’instar de Stéphanie Balmir, offrant toutes les garanties de confort, de services et de sécurité. Si oui, des milliers d’expatriés, rassurés et convaincus, se feraient un plaisir d’effectuer le voyage de retour souhaité.

Néanmoins, un retour individuel, sans un dénominateur représentatif, ne sera en réalité  que la fantaisie  d’un touriste fêtard, amoureux de la dive bouteille, oublié par erreur sur le quai. Son unique voix ne comptera jamais, tant que règne l’obscurantisme. Seule la détermination et le dynamisme d’une masse critique de revenants pourrait immanquablement infléchir le rapport de force et faire valoir leur contribution au dépannage du pays en carence de cerveaux, en carence de tout.
          

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca



Note 1 – AVC : Accident vasculaire cérébral : Un AVC survient brusquement quand une partie ou une autre du cerveau rencontre un obstacle. Src : internet

Note 2 – « Lâcher lousse » Terme langagier du Québec, signifiant démarrer un peu, donner de la corde à un animal, par exemple. Couramment : donner une certaine liberté

Saturday, June 16, 2018

Marcel Gilbert, un philosophe au service de l’humanité

Article tiré du livre  « De Mémoire de Jérémien »  (tome 2) d'Eddy Cavé. 

La famille Gilbert se sent vraiment honorée de cette rétrospective d'Eddy Cavé sur un éminent membre de son clan, en l'occurrence le professeur Marcel Gilbert, un oncle, qui a beaucoup souffert de l'exil et de la prison  sous le régime tortionnaire de Papa Doc. Nous prenons un réel plaisir à reproduire dans les colonnes de Haïti Connexion Culture  les agréables souvenirs que son ancien  élève Eddy Cavé a gardés de cet intellectuel de belle eau qui a apporté une contribution remarquable à la formation d'un grand nombre d'Haïtiens et de Congolais . 
HG

Éminent philosophe et mathématicien, Marcel Gilbert fut le professeur  de
nombreuses générations d'étudiants en Haïti et au Congo Brazzaville où il avait

 pris refuge pendant le régime  Duvalier. Il a connu la prison  à plusieurs reprises.
En 1986, dans ses 
« lettres à la nation », il appela de ses voeux à l'établissement

 « d'une unité historique de peuple ». Il mourut le 4 mai 2001 à l'age de 75 ans.      
                                                                                                              

Par Eddy Cavé

De tous les professeurs que j’ai eus au secondaire, Marcel Gilbert est sans conteste celui que j’ai le plus admiré, qui m’a marqué le plus et à qui je dois le plus. De tous les idéologues de gauche que j’ai fréquentés et pratiqués de façon assidue, il est sans nul doute le plus conséquent et le plus attachant. Parmi les aînés qui ont guidé mes pas durant l’adolescence et la jeune vingtaine et qui sont devenus des amis à l’âge adulte, Marcel occupe une place de choix, ainsi que sa femme Simone dont je ne cesserai jamais de louer les grandes qualités de cœur et d’esprit. Je garde aussi un excellent souvenir de son ami le professeur, idéologue  et militant de gauche Max Chancy, que je tiens à associer à cet hommage.

Mon professeur et directeur de lycée
Marcel Gilbert en 1966
J’ai véritablement connu Marcel en 1957, année où il a accédé à la direction du lycée Pétion où je rentrais pour mes humanités. Renvoyé du Collège Saint-Louis de Jérémie avec une dizaine d’autres camarades qui refusaient de se soumettre aux diktats d’une petite clique de prêtres bretons rétrogrades, arrogants et arbitraires, j’ai trouvé dans ce lycée tout ce qui manquait à mon épanouissement : un enseignement laïque de première qualité; une grande ouverture d’esprit par rapport aux idées libérales du siècle des Lumières; des relations de respect mutuel et d’affection presque paternelle entre professeurs et  élèves.  Bref, l’environnement  idéal pour cet adolescent qui glissait inconsciemment vers l’athéisme, refusait la mémorisation à outrance, le scoutisme et toutes les formes d’embrigadement collectif de la jeunesse.


Le lycée Alexandre Pétion vers les années 1960
Dès l’ouverture des classes au lycée Pétion, je rentrais dans le moule de cet établissement séculaire comme s’il avait été façonné pour moi. Cela n’était sans doute pas l’œuvre de Marcel, mais sa présence y était pour beaucoup.

Nommé directeur du Lycée en remplacement d’Edner Saint-Victor après le renversement de Paul Magloire en décembre 1956, Marcel héritait de l’établissement d’enseignement public le plus prestigieux du pays. Il y avait d’ailleurs gagné ses épaulettes en enseignant les mathématiques d’abord, puis la philosophie pendant de nombreuses années et en jouant un rôle de premier plan au Conseil des professeurs. En outre, il était assisté dans sa mission du corps professoral le plus impressionnant qu’on pouvait trouver à l’époque.

Le lycée Alexandre Pétion (rénové en 2015)
Je rappellerai, à titre d’exemples, les noms des excellents professeurs que j’ai eus respectivement en seconde et en rhéto sous sa direction  : Ulysse Pierre-Louis, puis Henry Armand  pour le français; Raoul Frédéric , puis Clervaud (grec); Guy Lominy (latin); Claude Moise, puis Rémy Zamor (histoire); André Robert (physique); Marcel Francoeur (chimie); Solage Dominique (anglais). Tous des normaliens diplômés, des gens qui aimaient leur profession et avaient foi en l’avenir du pays.

Sur le plan administratif, Marcel  était assisté  par le censeur des études Chrysostome Laventure, surnommé Mèt Tutu,  qui était réputé pour sa sévérité, son sens de la discipline, sa grande droiture et surtout sa passion pour la justice. Le surveillant général était Ernest Châtelain, qui remplaçait au pied levé les professeurs absents et séduisait les classes par sa verve et son éloquence. À la révocation de Marcel par le régime Duvalier, à l’été 1960, Laventure fut promu directeur à la stupéfaction générale, Châtelain, censeur, tandis que Pierre Duviela  revenait comme surveillant général. Cette équipe se débrouilla assez bien, mais la débandade commencée ailleurs ne tardera pas à s’étendre au Vieux lycée.

Marcel Gilbert et Max Chancy à Montréal en 1966
Des trois années passées par Marcel à la direction du Lycée, il y a lieu de retenir la syndicalisation des professeurs de l’enseignement secondaire avec la création de l’Union Nationale des Maîtres de l’Enseignement Supérieur (UNMES); la grève d’un jour qui força Duvalier à capituler en 1959 dans son projet de réduction des appointements ; les extraordinaires taux de réussite des élèves du Lycée Pétion aux examens officiels du baccalauréat. En 1959, 43 des 50 élèves présentés par le Lycée pour la Philo C réussirent dès la session ordinaire de  juillet. Par la suite, on  retrouvait leurs noms au haut des listes d’admission des facultés les plus exigeantes, dont Médecine et Polytechnique. La débâcle commença l’année d’après avec la dissolution du syndicat et les persécutions des professeurs révoqués, dont Marcel lui-même. Plusieurs y laisseront leur peau, par exemple Mario Rameau, Guy Lominy, Jean-Jacques Dessalines Ambroise et son épouse.

La promotion inscrite en philo en octobre 1959, donc la mienne, n’a donc pas eu Marcel comme professeur, mais Chavannes Douyon  beaucoup plus à son aise dans l’enseignement de la psychologie que de la logique. La déception était donc totale de ce côté. Circonstance aggravante, le cours d’histoire était assuré par le Dr René Piquion, dessalinien farouche, dont la mission principale semblait être de nous inculquer l’idolâtrie du Fondateur. « Dessalines est un bloc », se plaisait-il à répéter, s’abstenant  de couvrir le programme qui s’étendait pourtant  jusqu’en 1915. La solution qui s’offrait donc à nous était  d’encourager Marcel et Mario Rameau à dispenser des cours privés en soirée. C’est ce qui a été fait.

Marcel Gilbert à Brazzaville
dans les années 1970.         
Éjectés tous les deux du Lycée, qui était le point de contact privilégié avec la jeunesse, ces deux professeurs devaient se trouver à la fois un moyen de subsistance  et une autre tribune pour la diffusion des théories révolutionnaires et l’émulation de la jeunesse. Je garde  un souvenir ému des débuts de cette expérience de Marcel dans le privé. D’abord, l’idée des « Cours privés de philosophie Marcel Gilbert »  lui déplaisait profondément, et il pensait, en donnant dans une forme d’utopie, qu’il suffirait de fixer le coût à la modique somme de deux  dollars par mois et que le tout se déroulerait normalement. Les cours se donnaient au collège Simon Bolivar, à Lalue, et nous étions plus d’une soixantaine à y assister.

À l’évidence, il fallait un minimum de gestion et de comptabilité, ce qui répugnait un peu au philosophe. J’acceptai de m’en occuper à la condition qu’il se limite à enseigner et  me donne les pleins pouvoirs pour le reste. Je vois encore le regard attristé et sceptique avec lequel il acquiesça à ma formule de collecte des mensualités : dans un premier temps, il annonce ma nomination comme teneur des Cours Marcel Gilbert et il demande aux élèves  de régler la note le premier jour du mois. Le deuxième jour, j’annonçais que seuls les élèves qui ont payé seront habilités à suivre les cours. Puis, je demandai de vider la salle et je procédai à l’appel nominal des élèves en règle avec la Comptabilité.

Comme par enchantement, tous les retardataires avaient leurs billets de 10 gourdes en main au moment de passer la porte, sauf un seul, qui me lâcha une insanité au moment d’ouvrir son portefeuille. Mais il régla quand même. À en juger par la pochette de Lucky Strike qui transparaissait de  sa chemise de nylon, le gars était tout simplement de mauvaise foi. Le message était passé :  le professeur avait une famille à nourrir et avait droit à une rémunération, même symbolique. À noter que l’enseignement de bonne qualité avait cessé d’être totalement gratuit en Haïti. Marcel renouvela l’expérience durant  les années suivantes, jusqu’à son départ pour l’Afrique en 1965. De mon côté, j’avais quitté Port-au-Prince après l’échec de la grève des étudiants de 1960-1961 pour m’établir d’abord à Jérémie, puis pour partir étudier au Chili.

À l’édition 2011 de Livres en folie où je signe De mémoire de Jérémien à Port-au-Prince, je rencontre Mme Alphonsine Bouya, une fonctionnaire congolaise du Programme alimentaire mondial (PAM) passionnée de livres haïtiens et récemment mutée de Rome. Elle me parle avec enthousiasme des amis et professeurs haïtiens qu’elle a eus à Brazzaville, ce, jusqu’au moment où le nom de Marcel Gilbert tombe dans la conversation. Et c’est au bord des larmes qu’elle voit la photo de Marcel dans le livre en compagnie de Max Chancy, cet autre monument de l’enseignement de la philosophie en Haïti.

Mme Bouya explique avec une émotion poignante aux  amis éberlués réunis autour de la table ce que Marcel Gilbert représentait pour elle et de nombreux Congolais de sa génération. C’est ce mentor, nous explique-t-elle, qui a fait de l’élève désespérée de ne pas avoir la bosse des mathématiques qui lui a donné confiance en elle-même et contribué le plus à faire d’elle la spécialiste internationale en secours d’urgence qu’elle est devenue. Un témoignage complètement inattendu déclenché par les seules vertus d’une photo.E;;e m'en a donné d'autres par la suite dont celle-ci.

Je savais que, socialiste jusqu’au tréfonds de son âme, Marcel avait suivi un extraordinaire parcours durant son exil sur la terre d’Afrique et qu’il y avait réalisé une grande partie des rêves que lui interdisait la dictature féroce instituée au pays. Notamment celui de pratiquer l’enseignement à la manière d’un sacerdoce. De cette rencontre avec Alphonsine et de notre affection commune pour Marcel est née une amitié qui dure encore et à qui je dois la confirmation de tout ce que j’ai pu entendre de merveilleux sur la contribution de l’ami Marcel à la formation et la conscientisation de jeunes Congolais.

La lutte clandestine
J’étais suffisamment bien placé dans les organisations de jeunesse, surtout celles de la gauche, pour savoir que Marcel était une des têtes dirigeantes d’un des deux grands partis clandestins du pays : le Parti d’entente populaire (PEP) et le Parti populaire de libération nationale (PPLN). Par discipline et pour les mêmes raisons de sécurité qui avaient présidé au choix de la formule de cellules ayant très peu de lien entre elles et sans contact direct avec l’état-major, personne n’essayait de savoir plus que ce que disaient les bulletins distribués sous le manteau.

De même, aucun des jeunes militants de la base des partis ne cherchait à s’informer sur les chefs. Les renseignements d’ordre général sur l’orientation idéologique et les choix stratégiques nous suffisaient, et c’était bien comme cela. Je fus donc extrêmement surpris quand, à ma première rencontre avec Jacques Alexis, ce dernier me demanda à brûle-pourpoint de monter une antenne du Parti à Jérémie, avec son ami l’agronome Scirth (Toto) Dougé. Marcel Gilbert n’aurait jamais pris un tel risque avec un jeune homme de moins de 20 ans.

J’ai eu récemment la surprise de ma vie quand, en visionnant le documentaire d’Arnold Antonin sur Jacques Stephen Alexis, j’ai entendu Guy Dallemand, un ancien militant du PEP, affirmer que le PPLN de Marcel Gilbert recevait ses instructions directement de Moscou, tandis que le PEP fonctionnait en toute indépendance. De vieux relents d’une rivalité de partis complètement désuète! À ma connaissance, Marcel n’avait pas un parti et c’est un fait connu que Roger Gaillard, Mario Rameau, Jean-Jacques Dessalines Ambroise, Toto Guichard et lui ont appartenu au Comité central. Et que le Parti ira jusqu’à créer sa propre maison d’édition, Les Éditions du Livre Progressiste, pour mieux diffuser ses analyses.

Dans le tome IV de sa série sur la corruption en Haïti intitulé L’ensauvagement macoute (pages 392-393),Leslie Péan a souligné la lutte menée par le PPLN dans la dénonciation de la corruption et de la dilapidation des deniers publics, l’exploitation de la magie et de la sorcellerie, des pratiques arbitraires destinées à perpétuer l’ignorance dans le pays. Il cite à cet égard la publication créole On Pas en Avant, datée du 8 avril 1962, dans laquelle les gens qui ont bien connu Marcel n’ont aucune difficulté à retrouver sa main et ses idées.

Après plusieurs arrestations, Marcel a eu la vie sauve en acceptant de prendre le chemin de l’exil en 1964, après plusieurs séjours derrière les barreaux. Dans un hommage rendu à Roger Gaillard en 2001, Suzie Castor écrit : « Roger se tourne vers l’histoire comme bouclier et instrument de mise en valeur de son travail intellectuel.» Quant aux autres membres connus du Comité central, Mario Rameau, Toto Guichard, Jean-Jacques Dessalines Ambroise et son épouse, ils disparaîtront en prison en 1965 à un moment où les idées de lutte armée et de fusion du PEP et du PPLN en un parti unique commençaient à faire leur chemin. Le PUCH, le Parti unifié des communistes haïtiens, était en gestation.

Nos rencontres à l’étranger
Marcel chez lui à Brazzaville.
Je revenais d’une semaine de vacances à Chicago en juillet 1976 quand je reçois un appel téléphonique de Marcel m’annonçant sa visite à Ottawa. Cela faisait plus de dix ans que nous nous étions perdus de vue, et cette rencontre se déroula dans une véritable atmosphère d’euphorie. Johanne avait trois ans et Marie-Cécile portait Martin. Quelle joie de revoir ce couple à qui je devais tant! En même temps, quelle tristesse que de remémorer les espoirs déçus, les illusions perdues et de voir défiler par la pensée les nombreux camarades tombés au combat.

J’ai alors retrouvé les Marcel que j’avais connus, aimé et admiré : le père de famille modèle, le mari attentionné, l’observateur attentif aux moindres nuances des situations les plus complexes, le penseur appliquant avec un naturel surprenant les ressources d’une logique implacable à la compréhension des faits les plus déroutants de la vie nationale. C’était une agréable soirée d’été, et nous étions restés assez tard dans la cour à parler de nos expériences respectives de l’exil, volontaire dans mon cas.

Hormis la grande tristesse qui se lisait sur son visage, l’homme n’avait pas changé. Généreux par tempérament, serein par habitude, d’humeur égale comme aux temps des luttes héroïques de l’UNMES et du PPLN, Marcel ne cessa jamais de m’étonner cette soirée-là. Je ne parvenais pas à comprendre, et je ne comprends toujours pas d’ailleurs, comment cet homme qui avait tant souffert de la dictature pouvait aborder l’actualité haïtienne et envisager l’après-Duvalier avec tant de calme. Et que dire alors du cheminement de sa pensée et de ses réflexions sur les malheurs de ce pays.

Le penseur de gauche qu’il a toujours été, le professeur de philosophie qui a toujours cru en les vertus de la dialectique, le révolutionnaire vaincu et démobilisé qui dut, pour survivre, prendre le chemin de l’Afrique ancestrale a poursuivi sa quête de remèdes au mal haïtien. Et il en a trouvé d’excellents, mais qui n’ont guère de chances de succès, si le malade ne coopère pas…

J’ai rencontré sur les terres d’exil des dizaines et des dizaines de vieux amis qui avaient au moins deux grilles d’analyse : l’une pour les questions théoriques et d’ordre général, l’autre pour les questions pratique et d’autre personnel. L’un d’entre eux, par exemple, ancien militaire réformé et emprisonné par Duvalier, était devenu à New York dans la cinquantaine un protestant allant assidûment au temple, bible à la main, et prônant le pardon. J’admirai sa sérénité jusqu’au moment où la conversation dériva sur l’après-Duvalier. Il s’enflamma alors au point de prôner des exécutions massives au Champ-de-Mars. Marcel, lui, n’avait qu’une seule grille d’analyse qu’il appliquait, en parfaite adéquation, à la fois aux situations théoriques et aux problèmes concrets.

Durant mes rencontres avec lui, la discussion porta un jour de l’été 1980 sur la détérioration de l’éducation au pays. Je me serais cru à l’une de ses classes de philosophie quand il m’expliqua que, le besoin créant l’organe, le pays avait sécrété de nouvelles valeurs après la fuite des cerveaux des années 1960 et qu’il avait recommencé à produire des universitaires aussi compétents que ceux de sa génération :

«Les travaux de jeunes normaliens que je lis sont aussi bons, me dit-il, que ceux que faisaient les gens de ma génération quand ils avaient leur âge. Il faut les applaudir  et construire l’avenir avec eux. » Je n’ai jamais entendu un tel discours de la bouche de quelqu’un d’autre. Chapeau bas, Monsieur le philosophe! Ma seule réserve, c’est que ce processus doit souvent s’étendre sur plusieurs générations…

Par la suite, nous nous sommes revus à chacun de ses passages à Montréal, et le bruit a couru à un moment donné que la gauche haïtienne de cette ville envisageait de se regrouper autour de lui pour une éventuelle candidature à la présidence. C’était sans compter sur la soif de pouvoir qui allait brouiller toutes les cartes au renversement de la dictature le 7 février 1986. Sans les vieux démons qui font de chaque militant de notre pays un candidat potentiel à la présidence…

L’évolution de ses idées
Je n’ai jamais discuté avec Marcel de sa participation aux élections générales de 1957, mais toujours eu l’impression qu’il a appuyé ans un premier temps la candidature de François Duvalier. Par la suite, il s’est lancé à fond dans l’action syndicale, puis dans le débat idéologique opposant le PEP et le PPLN, ce qui a relégué au second plan la discussion sur le rôle des partis politique en Haïti, l’opposition entre, d’un côté,  les Libéraux d’Edmond Paul et de Boyer Bazelais  et, de l’autre, les Nationaux de Louis Joseph Janvier, Démesvar Delorme et Lysius Salomon. Avec l’intégrité intellectuelle qu’on lui connaît, il a approfondi cette question dans ses années d’exil pour élaborer une vision qu’il a exposée en 1984-1995 dans la brochure  La patrie haïtienne : de Boyer Bazelais à l’unité historique du peuple haïtien.

En essence, Marcel développe dans cette brochure une vision tellement idéaliste de la vie et des alliances politiques qu’elle frise l’utopie. Pour barrer la route à ce qu’il appelle « la classe de pouvoir d’État», composée des immigrants-brasseurs d’affaires et bailleurs de fonds du Bord-de-mer alliés à des combinards bien souchés aux États-Unis, en République Dominicaine et ailleurs, Marcel préconise une alliance historique des  secteurs les plus progressistes de la Nation. Une alliance qui, en 1957 par exemple, aurait regroupé le travaillisme de Louis Déjoie, le justicialisme de Daniel Fignolé et le technocratisme de Clément Jumelle.

Marcel rappelle à bon escient le combat héroïque mené de 1870 à 1883 par les libéraux d’Edmond Paul et de Boyer Bazelais pour assainir les finances publiques, instituer un début d’industrialisation au pays pour combattre la pauvreté, freiner l’exode rural et lancer le pays dans la voie du progrès. Dans la guerre de slogans que l’on connaît « le pouvoir au plus grand nombre contre le pouvoir aux plus capables », le noirisme l’emporta pour porter au pouvoir Lysius Salomon qui, tout compte fait, fera énormément de tort au pays.

Il est intéressant de souligner à cet égard l’extraordinaire cheminement suivi par Marcel sur la terre d’exil, tandis que son vieil ami et camarade de cellule Leslie Manigat restera jusqu’à la fin de ses jours un admirateur inconditionnel du président Salomon.

À la lumière de l’aveuglement et l’individualisme sauvage avec lequel nos personnalités politiques abordent encore à la fin de janvier 2016 l’avenir du pays, il est permis de se demander si l’humanisme de Marcel et son souci illimité du bien public ne lui ont pas fait perdre à un moment donné  un certain  sens des réalités haïtiennes.

En effet, Marcel a sans doute raison de souligner l’importance de trois  facteurs  qui ont contribué à bloquer en 1957 l’unité historique envisagée pour le peuple haïtien :  l’influence de l’aile mulâtrisante de la clientèle de Déjoie qui a porté ce dernier à accumuler gaffes sur gaffes jusqu’à tenter l’aventure coup d’État des 24-25 mai; les manœuvres des  courants noiristes qui ont  porté le leader populaire Daniel Fignolé à rompre l’alliance avec l’industriel Louis Déjoie, puis à accepter le cadeau empoisonné de la présidence provisoire; l’absence de vision qui a empêché les intellectuels « progressistes » de saisir la possibilité --  offerte par  le courant jumelliste -- de dépassement historique de la question de couleur et d’instauration d’une ère de progrès économique et social en Haïti. Mais ne faut-il pas chercher en nous-mêmes les causes du refus systématique de participer à tout projet de sauvetage national conçu par un parti autre que le nôtre?
Les joies et les tristesses du retour
Comme la plupart des exilés politiques, Marcel est rentré au pays dès qu’il put se dégager de ses obligations professionnelles au Congo. Il y retrouva ses vieux amis d’enfance, notamment  les frères Simphar et Aramys Bontemps qui lui furent d’un grand secours dans les moments de malheurs des années 1960-1965,   Heneck Titus, dont il partagea la résidence de Delmas pendant plusieurs mois, ainsi que ses neveux et nièces Delano, Myrta, etc. Il retrouvait aussi les frères de combat et autres survivants de la période héroïque de l’UNMES et du PPLN, dont la présence lui fit beaucoup de bien après sa vingtaine d’années d’exil :  Max Chancy, Michel Hector, Claude Moïse, Gérard Pierre-Charles et Suzie Castor, ainsi que de nombreux anciens élèves, notamment René Théodore auto-propulsé à la tête du PUCH.

Marcel Gilbert rencontre Mgr Willy Romélus à Jérémie
(1987)
Je l’ai visité à quelques reprises en août 1986 chez Heneck et je dois dire que je l’ai trouvé un peu perdu, désorienté, attristé. Comme tous les militants sortis sans transition de la clandestinité pour affronter à visière levée les forces du statu quo, Marcel repartait en Haïti avec de sérieux handicaps. Les jeunes des générations qui venaient de faire violemment irruption sur la scène politique ne connaissaient aucun d’eux et ils avaient grandi dans un contexte que ces revenus de l’exil ne connaissaient pas. Jean Dominique l’avait dit dès sa descente d’avion. En outre, cette tranche de la population  avait déjà ses idoles, ses leaders et elle partait sans la formation requise à la conquête du pouvoir. Comme la belle équipe de Rivière Hérard et des signataires du Manifeste de Praslin à la chute de Boyer en 1843.

Je n’avais aucun moyen de prévoir comment la bamboche démocratique du général Namphy allait s’achever, surtout après les échauffourées de l’opération Rache Manyok de Mgr Romélus, mais j’étais très inquiet au moment de reprendre l’avion pour le Canada. Outre les préoccupations que l’avenir du pays suscitait en moi, il y avait Marcel que je voyais un peu comme Daniel dans la cage aux lions..

Le voyage à Jérémie
La traversée de la rivière Glace avec Carole Demesmin
Un des moments forts de son retour au pays a sans doute été le pèlerinage effectué à Jérémie pour assister au Festival culturel grand’anselais de janvier 1987. La photo prise avec Simphar Bontemps et la future Ati Carole (Maroule) Démesmin vêtue d’une rouge éclatant est de toute beauté. Tout comme la chaleureuse poignée de main avec l’évêque de Jérémie, la photo où la diva Carole le tient par la main pour l’aider à traverser à pied la rivière Glace comporte un symbolisme qui reste encore à déchiffrer.

Comme tous les expatriés jérémiens de passage dans leur ville natale, Marcel tenait à faire une visite au cimetière. Il voulait aller se prosterner non seulement sur la tombe de ses parents, mais aussi sur celle de la mère de Simphar, Tante Lucélia, qui le comblait de gâteries quand, jeune lycéen, il savant monté un trio avec Aramys Bontemps et Amiclé Beaugé*. La photo ci-dessous dit bine l’émotion dans laquelle s’est déroulée cette visite.

Les souvenirs de Leslie Péan et d’Aphonsine Bouya
Mon ami  Leslie Péan, qui a entretenu avec Marcel des relations privilégies durant une bonne dizaine d’années, le visitant chaque fois que son poste d’expert de la Banque mondiale l’amenait à Brazzaville, a partagé avec moi les agréables souvenirs qu’il a gardés de l’homme et de sa famille. Je retiens trois choses de ces conversations avec Leslie.  La première, c’est la vision qu’avait Marcel de la question de couleur qu’il fallait écarter, à son avis, pour privilégier la propriété des moyens de production.  La deuxième, son amour de la culture et de l’art haïtiens en général; il ne cessa  jamais  de s’intéresser à la peinture et à la musique haïtiennes, parlait souvent de Tiga et disait toujours à Leslie : «   Comment, Carole Démesmin n’a rien produit ces derniers temps?   Tu dois m’apporter ses dernières cassettes ou ses derniers disques à ton prochain voyage. J’aime tellement sa voix! »

Marcel et Simphar Bontemps au cimetière de Jérémie
(1987)
Par ailleurs, Leslie a eu la gentillesse de me communiquer une lettre datée de 1982 dans laquelle Marcel sollicitait ses commentaires et ses suggestions au sujet de la brochure consacrée à Boyer Bazelais. Marcel y fait état de son intérêt pour Haïti Observateur dont il voulait  renouveler l’abonnement. Compte tenu de la différence d’âge, de génération  et de maturité  entre ces deux hommes et du fait que Marcel ne pouvait partager l’orientation idéologique de cet hebdomadaire, le contenu de cette lettre ne est pour le moins surprenant. Elle exprime sans détours la grande humilité de l’homme face à un penseur beaucoup plus jeune et son ouverture d’esprit face aux courants d’idées différents des siens. Il en est de même de la chaleureuse poignée avec Mgr Romélus et de son affection pour  Carole Démesmin qui militait déjà activement dans le vodou.

Souvenir de son voyage à Jérémie en Janvier 1987.
De g. à d. : Simphar, Arnelle, Joe Bontemps, Carole
Démesmin et le peintre Tiga.                                   
De Bruxelles où elle rédie maintenant, Alphonsine a partagé avec moi ses souvenirs de la période où elle a eu Marcel comme professeur à Brazzaville. Elle m’a ainsi raconté une bonne dizaine d’anecdotes bien révélatrices des convictions et de la personnalité de l’homme. J’en ai retenu trois dans lesquelles je retrouve le grand sage et le militant désintéressé que j’ai connus.

Le Bon Samaritain
 « Les samedis après-midi  et les lundis de la Pentecôte (fériés dans tout le pays), il n’y avait pas classe, sauf pour les élèves de M. Gilbert qui avait instauré des heures de rattrapage. Il nous expliquait cela par cette phrase: "Je suis payé pour vous que vous réussissiez à l'école! Alors, faites en sorte que je mérite mon salaire!" »

Le distrait
« Lors d'une leçon de mathématique, un jour qu'il faisait une chaleur étouffante, Monsieur Gilbert voulut essuyer la sueur qui perlait de son front; il se trompa et s'essuya le visage avec le chiffon qu'il tenait à la main pour essuyer le tableau. Toute la classe retint son souffle. Monsieur Gilbert, toujours imperturbable, se retourna vers la classe et  dit: "Ne vous retenez pas, vous pouvez rire. Mais sachez que la passion du devoir bien accompli peut distraire. " »

Sur l’importance des mathématiques
Quand certains de nos camarades se plaignaient de la complexité des logarithmes, Papa Gilbert répondait : "Les logarithmes vous divertissent ou vous ennuient, mais moi ça ne me divertit pas! N'oubliez pas que c'est par les logarithmes que les Hollandais sont venus en Afrique pour la première fois!"

En guise d’adieu à ce grand ami
Outre ses Lettres à la Nation parues dans Le Nouvelliste  dans les années 1990 et la brochure sur Boyer Bazelais,  Marcel a publié très peu et on a peu ou pas écrit sur lui, de sorte que  je crains énormément qu’il ne sombre dans l’oubli dans quelques générations. Il a toutefois laissé un recueil de poèmes qui a été couronné à Paris en 1983 du Premier prix de poésie contemporaine : Réveil en retrait de deuil. J’y ai trouvé un passage que je ne cesse de répéter depuis le début de la crise électorale qui, en ce début de 2016, menace de conduire le pays à l’éclatement :

                  « Si tous les rafistolages n’ont pas tenu
                  C’est que le temps est venu
                  De reprendre tout l’ouvrage
                  Avec le fil et au crochet d’un autre âge.»

Dans la sobriété propre à l’ami Marcel, ces vers expriment toute la clairvoyance, la patience, la
sagesse et la perspicacité de ce bel esprit qui n’a jamais baissé les bras devant l’immensité d’une
tâche.

Marcel, tu ne cesseras jamais de m’inspirer!

Ottawa, ce samedi 30 janvier 2016

Par Eddy Cavé








ADDENDUM
Je m’apprêtais à transmettre ce chapitre à l’éditeur quand j’ai reçu de Simphar le courriel suivant :
« Ayant achevé la lecture de cette dernière version de ton texte, je me suis remémoré une pensée que j'ai eue le 20 janvier dernier en pensant à mes chers disparus, ma mère Lucélia, mon père Boss Ti Djo et ma femme Gisèle. En me reposant sous un manguier à Gressier,  j'ai couché sur le papier cette réflexion qui a trait à l'Amour, à l'Agape et qui s'applique aussi à Marcel. Je te l'envoie :

Toutan nou kapab renmen
E toutan nou kapab raple'n
Santiman Lanmou sila a,  nou
Kab mouri, men nou pap janm
Disparèt reyèlman.  Lanmou nou
Te kreye a ap kanpe dyanm.
Tout souvni yo ap rete tennfas.
 N'ap kontinye viv nan kè tout moun
 Nou te fe santi n,  nan kè tout sila yo
 Nou te bay yon sipò lè nou te vivan.
 LANMÒ TOUYE LAVI, MEN LI PAKAPAB TOUYE RELASYON."

Simphar Bontemps, Gressier le 13 février 2016 »