Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Friday, June 9, 2017

Réponse de Charles Dupuy à la mise au point de Roseline P. Laroche

Roseline P. Laroche
Suite à la publication de la lettre de Madame Laroche, lettre d’une veuve éplorée devant les assauts de la vie: l’assassinat délibéré de son mari, l’amour d'une vie, le père de ses enfants, par notre psychopathe national, l’histoire biaisée de l’évènement écrite à la porte de la légende, l’auteur ci-devant cité, Charles Dupuy a eu l’insigne l’honneur de corriger la partie faisant l’objet de sa frustration et lui présenter ses excuses. Haïti Connexion Culture, devant l’ampleur et l’écho de la lettre qui a fait grincer l’échelle du web, juge nécessaire de publier l’excuse de l’historien de la même façon que la missive de Mme Laroche a été présentée. 

Max Dorismond pour HCC

Pour répondre à l'exposé de Madame Laroche…

par Charles Dupuy

Pour répondre à l'exposé que Madame Laroche a fait paraître à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'exécution des dix-neuf officiers, un exposé dans lequel Madame Laroche s'attaque sans détours à ma crédibilité d'historien, je publie ici les précisions que j'ai fait paraître dans le cinquième tome de mon livre, Le Coin de l'Histoire, (page 44) paru en 2013.  

«Pour paraphraser Talleyrand, nous dirons qu'en «histoire ce qui est cru est plus important que ce qui est vrai». Rien ne peut mieux illustrer ce principe que le rôle que j'ai fait jouer à Madame Laroche dans la triste affaire des dix-neuf officiers exécutés par François Duvalier. Selon mon exposé des événements, Madame Laroche serait allée trouver Duvalier au sujet d'une liste d'officiers sur laquelle figurait le nom de son mari. Habilement questionnée par le président, celui-ci aurait découvert l'auteur de l'indiscrétion, le capitaine Serge Hilaire, à qui il demandera le lendemain de taper lui-même son nom sur la liste des condamnés, faisant de lui le dix-neuvième officier à mourir. Ce que je rapporte est largement confirmé par le général Prosper Avril qui, dans le troisième tome de son livre Vérités et révélations, nous apprend que le capitaine Serge Hilaire, après avoir reçu à son bureau du Grand Quartier général la liste des officiers à transférer, «eut la malencontreuse idée d'appeler le colonel Dominique pour le mettre au courant du fait et lui demander d'intervenir en faveur du lieutenant Joseph Laroche, son cousin de la Vallée de Jacmel […] Le capitaine Hilaire avertit aussi la famille Laroche qui, immédiatement, entreprit les démarches en vue de “faire annuler“ ce transfert dont elle ne soupçonnait pas la gravité».

J'ai eu la chance assez inouïe de croiser sur mon chemin Madame Joseph Laroche. Madame Laroche, née Roseline Philanthrope, m'a certifié que jamais elle n'est intervenue auprès de François Duvalier pour lui parler ni de cette liste ni d'aucune autre. Si Duvalier a été mis au courant de l'affaire et si le capitaine Hilaire a été condamné à mort, je n'y suis absolument pour rien, m'a-t-elle affirmé. Jeune mariée de 24 ans, elle avait suivi son mari à Hinche dans la plus complète insouciance. Le Lieutenant Laroche bénéficiait de toute la confiance du président, le couple n'avait aucune raison de s'inquiéter du lendemain et encore moins à craindre une improbable disgrâce. Comme on le sait, le lieutenant Laroche fut arrêté, jugé et condamné mort par une cour martiale aux casernes Dessalines. Le 8 juin 1967, avec dix-huit de ses frères d'armes, il fut attaché à un poteau d'exécution au Fort-Dimanche. Le lieutenant Joseph Laroche devait succomber à une défaillance cardiaque, quelques instants avant la fusillade.»

À Madame Laroche qui m'a laissé la plus agréable impression lors de notre brève rencontre, je renouvelle ici mes plus respectueux hommages. Je ne lui garderai pas rancune malgré les mots déplaisants qu'elle a eu à mon endroit. Je préfère les mettre au compte de son immense douleur, une douleur que la dictature duvaliériste a planté dans nos cœurs et que rien ne saurait apaiser.


Thursday, June 8, 2017

L’EXÉCUTION DES 19 OFFICIERS EN 1967 : UNE MISE AU POINT

Par Roseline Philantrope Laroche
Miami le 8 juin 2017

Le lieutenant Joseph Laroche (Année 1963)

Le 50e anniversaire de l’exécution des 19 officiers à Fort Dimanche le 8 juin 1967 sous les ordres de François Duvalier est pour moi une excellente occasion de sortir du mutisme dans lequel je me suis enfermée depuis lors. C’est aussi et surtout l’occasion pour moi de faire une mise au point sur une fausseté qui risque de devenir un fait historique si on ne la dénonce pas pour rétablir la vérité. Il s’agit d’une affirmation sans fondement formulée à la page 172 de la première édition du tome II du Coin de l’histoire, publiée par Charles Dupuis en 2003. Après discussion avec des membres de ma famille, l’auteur avait promis de réexaminer la question et d’apporter à son récit les correctifs appropriés, mais les nouvelles rééditions du livre ne comportent aucun changement à ce chapitre.

Parlant des circonstances qui ont précédé cette exécution, l’auteur écrit :

« Le cas le plus dramatique est celui du capitaine Serge Hilaire qui, après avoir tapé la liste des condamnés, commit l’imprudence d’avertir la femme du capitaine Joseph Laroche, laquelle se rendit en catastrophe au Palais pour en savoir plus sur la liste secrète. Duvalier la rassura habilement et lui demanda qui l’avait informée de l’existence d’une telle liste. Le Capitaine Hilaire, une fois dénoncé par ceux-là mêmes qu’il voulait protéger, plus rien ni personne ne pouvait le soustraire à la vindicte présidentielle. Duvalier lui fit rajouter son nom à la fameuse liste et demeura inflexible malgré l’intervention du père du Luc Hilaire, frère du capitaine et aumonier du Palais national...»

Non seulement ce récit est en tous points farfelu,  les faits invoqués sont complètement faux :

i)                   Le caractère farfelu de l’affirmation
L’auteur raconte au paragraphe suivant que le procès se déroula aux casernes Dessalines, que les officiers furent « accusés de complot contre la sureté intérieure de l’État, de mutinerie, de tentative d’assassinat du président de la publique, déchus de leurs grades et condamnés à la peine capitale ». Cette affirmation est sans doute juste, mais elle appelle des questions auxquelles l’auteur seul peut répondre : si l’épouse du capitaine Laroche a eu cette conversation avec Duvalier, pourquoi ce dernier s’est-il donné la peine d’intenter un procès, tout en se réservant le privilège d’ajouter des noms à la liste des condamnés? En prenant à la lettre le témoignage de M. Dupuis, il faut conclure que les suspects ont été condamnés à mort et que Duvalier a ensuite appelé Serge Hilaire pour lui demander d’ajouter son nom à la liste des officiers à exécuter. Le ridicule de cette interprétation des faits est évident.

C’est un fait bien connu de tous que, tout en s’accommodant sans fausse honte du titre de dictateur, le président-à-vie aimait recouvrir ses actes les plus arbitraires d’un semblant de légitimité et de légalité. De deux choses l’une : soit que l’auteur, pressé de diffuser une fausseté inventée par le père Hilaire, qui voulait à tout prix faire porter l’odieux du drame à un bouc émissaire et se faire une nouvelle virginité après ses frasques bien connues, soit qu’il ait inventé de toutes pièces ce scénario ridicule. La pratique des « fake news » aurait donc déjà commencé en Haïti.

Il existe cependant une autre version des faits bien connue dans les milieux informés. Dans l’atmosphère des luttes de pouvoir et des intriques de palais dont l’ancien journaliste Jean Florival a largement fait état dans La face cachée de papa Doc, personne n’était à l’abri d’une dénonciation dans les antichambres du Palais national. Comme l’a bien relaté Jean Florival, il y avait, d’un côté, le duo France Saint-Victor – Gérard Daumec, et, de l’autre, le clan des officiers regroupés autour de Max Dominique, qui venait d’épouser Marie-Denise Duvalier. En tant qu’officier exécutif de la 33e compagnie et ami personnel de Dominique, mon mari était pris entre deux feux. C’est ainsi qu’il sera transféré à Hinche le 21 avril, tandis que les autres officiers tombés également en disgrâce se retrouveront dans d’autres coins du pays.

Toujours dans les milieux informés, il se répète depuis maintenant 50 ans que Duvalier transmit une liste de transferts au Grand Quartier général dans la nuit du 19 au 20 avril et que le capitaine Hilaire en accusa réception. Quelques heures après, le lieutenant Joseph Laforest, dont le nom figurait sur la liste des transferts, était informé de la chose à Cabane Choucoune où Nemours Jean-Baptiste animait une soirée dansante. Affolé par la nouvelle, il alla immédiatement en parler à son patron et protecteur, le colonel Franck Romain, qui, à son tour, alerta Luc-Albert Foucard,  le gendre du président et frère de France Saint-Victor. Insatisfait des promesses obtenues et craignant le pire, le lieutenant Laforest se réfugia dans une ambassade étrangère. Il n’en fallait pas plus pour que Serge Hilaire tombe à son tour en disgrâce. Il ne s’agissait donc, pas d’une liste de condamnés, comme l’affirme Charles Dupuis, mais d’une liste de transferts et je n’avais absolument rien à y voir.

ii)                La chronologie des événements
Pour l’histoire, je tiens à rappeler ici la séquence des évènements qui ont précédé l’exécution de mon mari. Le 21 avril, il se rend à son nouveau poste à Hinche sans se soucier du danger qui le guette. Le jeudi 18 mai suivant, il commande la parade militaire de ce département et ne se doute de rien. Étant donné que le vendredi 19 est férié également et que mes deux enfants ont congé au Kindergarden Jacqueline Turian, nous prenons tous les trois l’autobus pour nous rendre à Hinche passer ces quatre jours avec Joseph. C’est à partir de ce moment que les choses se corsent.

Joseph & Roseline Laroche (Année 1963)
Le 19, Joseph reçoit un autre ordre de transfert, avec pour instruction de se rendre au Grand Quartier Général pour les suites nécessaires. Vu que nous sommes ensemble tous les quatre, je lui suggère de traverser la frontière sans tarder, mais il clame son innocence et refuse. Nous repartons donc pour Port-au-Prince par les transports publics, car l’Armée ne peut pas ou ne veut pas mettre une de ses Jeep à notre disposition. Par suite d’une panne du véhicule dans lequel nous nous trouvions, Joseph continue seul dans un autre véhicule et sera accueilli à Cazeau par deux officiers amis, Francis Charles et Willy Gaillard, qui lui demandent poliment de leur remettre son pistolet. C’était le début de la fin. On connaît la suite : internement au Pénitencier national, simulacre de jugement, condamnation, exécution le 8 juin 1967… Grand Dieu, à quel moment a pu avoir lieu cette prétendue visite au Palais national où le capitaine Hilaire a prétendument « été dénoncé par ceux-là même qu’il voulait protéger »? Si l’auteur avait écrit « par celle-là même qu’il voulait protéger », il y aurait un semblant de logique dans son récit.

En résumé, cette conversation que j’aurais eue avec François Duvalier n’est qu’une pure invention. De quel droit aurais-je pu me présenter au Palais sans invitation pour soumettre le sort de ma famille au président ou à son épouse? Par quelle porte la femme d’un jeune lieutenant nouvellement promu capitaine ad honores, suspecté de crime de haute trahison et de complot contre la sûreté de l’État, serait passée pour entrer dans les habitations de la famille présidentielle? Seuls les gens peu informés et les pseudo-journalistes ou écrivains en quête de sensationnalisme peuvent raconter de pareilles stupidités.

Comme toutes celles qui ont connu de telles épreuves, j’ai connu des jours sombres après l’exécution de mon mari, mais je me suis relevée par la grâce de Dieu et je n’ai jamais cessé de marcher la tête haute. Duboisienne bien armée pour affronter les aléas de la vie, j’ai ouvert par la suite un atelier de couture et de broderie et j’ai éduqué mes deux enfants dans la dignité et l’esprit de pardon. Les deux ont fait leur chemin et c’est une femme sereine qui, après avoir parcouru ce calvaire, a fait ce témoignage avec le plus grand soulagement.

Miami, ce 8 juin 2017
Roseline P. Laroche
rorolaroche@yahoo.com


Sunday, May 14, 2017

Résumé sur l'investiture d'Emmanuel Macron, le nouveau président de la France

Emmanuel Macron, le nouveau président français
Elu il y a une semaine, c’est finalement ce dimanche 14 mai 2017 qu’Emmanuel Macron a été investi officiellement président de la république française, après avoir dit au revoir à son prédécesseur, François Hollande. Au-delà du rituel traditionnel dans cette passation des charges tous les cinq ans, entre un ancien président qui s’en va et un nouveau qui le remplace à l’Elysée. 

Le nouveau président français a été investi comme le 8e président de la Ve République, et, à 39 ans, le plus jeune de l’histoire de la France.

L'arrivée de Macron et le départ de Hollande
L’image est saisissante et pleine de symboles, entre un François Hollande qui sort de l’Elysée et redevient simple citoyen avec le sentiment du devoir accompli, même si beaucoup n’a pas été fait ; et un Emmanuel Macron, qui le remplace à la tête de l’Etat français. Lequel, dans cinq ou dix ans cédera lui aussi sa place à un autre Français et deviendra à son tour simple citoyen après sa mission au palais de l’Elysée.

Revivez un peu quelques passages du discours d’investiture du nouveau président français

Emmanuel Macron : "La réconciliation de toute la France, ce sera le cœur de ma mission"

Macron lors de son arrivée à l'Elysée
"Accompagner les Parisiens pour faire réussir la France, voilà comment j’envisage mon rôle", a fait valoir Emmanuel Macron. "Mais je n’oublie pas que ma charge est bien plus large [que Paris]. Je n’oublie pas les fractures qui traversent notre pays. Je n’oublie pas les colères dans les territoires de notre République qui ne sont pas Paris et ne s’y reconnaissent pas totalement."

"Le défi des cinq prochaines années sera de rassembler, entendre les peurs et y répondre, donner une place à chacune et à chacun, préparer notre jeunesse", a souligné le chef de l'Etat.


Au peuple de Paris, je veux faire part de mon admiration. Cette ville fait la fierté de chaque Français."


Emmanuel Macron : "Je vous accompagnerai dans l'ambition des JO 2024"

Le président de la République a loué le rôle précurseur de la capitale dans la lutte contre le réchauffement climatique. "L’avenir se prépare ici car la transition écologique se prépare aussi à Paris. Paris est devenue cheffe des villes et des métropoles acteurs de ce changement. Voilà un sujet qui nous rassemble et sur lequel nous devons travailler ensemble."

"La révolution des mobilités et des énergies annonce le siècle qui vient et sera l’un de nos défis, a affirmé Emmanuel Macron. Préparer l’avenir, c’est penser Paris à la taille de l’Europe et du monde." 

Emmanuel Macron : "L'avenir du monde se prépare dans notre capitale"

"Paris est une ville-monde. Elle est un sismographe de tous les événements tragiques qui secouent la planète, a avancé Emmanuel Macron. L’avenir du monde se prépare dans cette ville, dans notre capitale. Il se prépare ici car le dynamisme intellectuel et culturel de Paris est sans bornes."

Emmanuel Macron : "Dans les moments terribles, Paris a fait l’admiration du monde entier

Journée marquée par les symboles militaires
Le président de la République a souligné le lourd tribut qu'a payé Paris au terrorisme islamiste. "Je dois vous dire madame la maire que j’ai admiré la façon dont vous avez fait front pour incarner une ville debout. Dans ces moments terribles, Paris a fait l’admiration du monde entier."

Dans l’adversité, les Parisiens sont restés fidèles à eux-mêmes, en communiant par millions dans les rues de la capitale le 11 janvier 2015, en déposant place de la République des fleurs, des bougies, des papiers bardés de vers ; en novembre 2015, en se ralliant derrière leur devise, Fluctuat Nec Mergitur, qui devint un étendard que chaque partisan de la liberté peut brandir."

"Le visage de Paris est celui de la France, celui d’une fraternité vivante", a déclaré Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron : "Paris, clé de voûte de notre nation"

"En ce jour solennel où je suis investi de la plus haute charge de l’Etat, je suis extrêmement heureux de venir saluer la maire de Paris et à travers elle tous les élus de la capitale et tous les Parisiens, a commencé son discours Emmanuel Macron. En venant devant vous, je ne me conforme pas seulement à un rite républicain, je viens au coeur de notre pays, au coeur meurtri, au coeur battant, qui le 7 mai a porté un message de liberté et de fierté."

"La République a besoin de ses élus locaux, à l’heure où les Français doutent de la parole publique", a insisté la maire de Paris qui a remercié le président Emmanuel Macron pour son enthousiasme pour la candidature de Paris aux JO 2024.

Anne Hidalgo : "L’écologie est pour nous une nécessité et une opportunité"

Anne Hidalgo accueille Emmanuel Macron
La maire de Paris a ensuite insisté sur les défis à relever. "Le premier défi que nous avons à relever est celui du changement climatique. C’est ici dans cette salle qu’a été signé l’accord de Paris", a rappelé Anne Hidalgo.

Anne Hidalgo salue l'élection d'Emmanuel Macron, "comme une victoire de la République"

Anne Hidalgo a félicité dans son discours Emmanuel Macron pour son élection à la présidence de la République. "Avec votre élection, la France s’éloigne du pire dont elle s’était dangereusement approché. Le peuple de Paris aime trop la liberté pour ne pas la célébrer", a déclaré la maire de Paris.
Je salue votre élection comme une victoire de la République. Aujourd’hui, c’est l’esprit de la République qui nous importe et nous inspire.


Au fond, ce que le pays du Général De Gaullel nous a montré hier, avec l’investiture de Macron, n’a rien de miraculeux. C’est le souci d’une obéissance scrupuleuse des lois démocratiques que la France s’est prescrites elle-même. Des lois qui s’imposent à tous les citoyens, y compris aux différents présidents de la république, qui les uns après les autres s’éclipsent après avoir accompli le mandat du peuple au sommet de l’Etat.


Emmanuel Macron quitte l’Hôtel de ville de Paris, où il était accueilli, dimanche 14 mai, par la maire Anne Hidalgo, comme le veut la tradition républicaine pour les investitures de président.



Par : Herve Gilbert
Source de référence: Le Monde fr.

Friday, May 12, 2017

Quand Farida Nabourema d’Afrique sort ses griffes…

Par Max Dorismond

Farida Nabourema
Vous croyez connaître toutes les horreurs de l’esclavage en référence à vos lectures passées.  Détrompez-vous. Le texte ci-dessous, une réponse de Farida Nabourema, 24 ans, à la jeune députée du Front national,  Marion Maréchal-Le Pen, aussi, 24 ans, ne vous laissera pas indifférent.

Lors d’une interview télévisée en décembre 2013, la députée française, nièce de Marine Le Pen, a eu à déclarer que : « Dans nos colonies, nous n'avons jamais appliqué l'Apartheid. On peut en faire une fierté ». Il n’en fallait pas plus pour piquer au vif, la jeune togolaise, Farida Nabourema. Elle a extrait de ses souvenirs un texte époustouflant de vérité pour apporter une leçon d’histoire à la belle Maréchal qui doit sans doute la remercier de tout son cœur.

Après sa lecture, une lancinante question viendra troubler votre quiétude, à savoir : « avions-nous été colonisés par des chiens enragés ? ». En effet, vous aurez la certitude qu’on vous avait caché toute la réalité de la souffrance de vos ancêtres, tant les faits révélés sidèrent. Et pourtant, selon ce que nos historiens nous avaient décrit, nous demeurons avec la nette impression que la colonisation française en Haïti fut une excursion de santé dans les campagnes de chez-nous au temps des mangues au mois de mai. Tandis que, en Afrique, c’est bien écrit dans le texte, la férocité des cruautés qu’avait enduré les nègres aux mains des Français, les poussèrent à prendre la fuite dans les colonies anglaises pour prier ces derniers de les accepter comme leurs esclaves. L’option du choix de la moindre des deux souffrances. Hélas ! Cette logique dépasse notre entendement. C’est un très long texte. Il sera sectionné en deux parties pour vous permettre de vaquer à vos occupations.
            Bonne réflexion.
MD.

Droit de Réponse à Marion Maréchal Le Pen

Par Farida Nabourema

Mlle Marion Le Pen, je souhaiterais avant tout vous informer que la France ne possède plus de colonies à moins que vous ne désigniez par-là la Corse ; ce dont je doute. Depuis de nombreuses années que je tombe à chaque fois par hasard sur les déclarations des membres de votre parti le Front National, et plus précisément de ceux de votre famille à savoir votre grand-père Jean-Marie Le Pen et votre tante Marine Le Pen, je n’ai jamais jugé bon de répondre aux multiples inepties que vos proches ont tendance à pondre. Mais cette fois, suite à votre déclaration incongrue qui sans nul doute affiche votre ignorance béante de ce pays que vous prétendez représenter à l’Assemblée Nationale, j’ai décidé de vous répondre car je n’ose pas croire que vous êtes une imbécile pour vous répondre par mon silence comme j’en ai pris l’habitude avec votre tante Marine. Mlle Marion Le Pen, par cette déclaration "Dans nos colonies, nous n'avons jamais appliqué l'Apartheid. On peut en faire une fierté » que vous aviez faite sur BFM TV le 16 Décembre dernier lors d’une émission au cours de laquelle vous sembliez rendre hommage à Nelson Mandela, ce monsieur que votre « papy Jean Marie » traitait affectueusement de «terroriste » dans les années 80, vous ne m’avez point choqué car je sais que la France dans laquelle vous aviez grandi ne vous a jamais apprise dans ses écoles, les horreurs qu’elle a commises dans ses anciennes colonies. Vous êtes de cette génération à qui la France ment et à qui la France cache son linge sale que vous avez pourtant le devoir de laver afin de réduire le degré de haine et de dégoût que ressentent ceux-là que votre pays dont vous êtes si fière, a humiliés, déshumanisés, torturés, exploités, opprimés, réprimés et continue de martyriser.

Comment pouvez-vous laver le linge sale de votre chère France si durant toute votre vie, les gens comme votre grand-père qui avaient soutenu l’Apartheid ont passé leur temps à vous faire croire que la France n’a fait qu’aider les « autres » à se « civiliser ». Oui, la civilisation de la sauvagerie et de l’avilissement !

Marion Le Pen
Mlle Le Pen, à 24 ans, vous êtes la plus jeune député de la France et étant votre cadette de quelques mois seulement, je peux donc conclure que vous et moi sommes de la même génération et pourrai alors dire qu’à cet âge et avec le poste que vous occupez, vous devriez connaître la vraie histoire de votre pays la France. Si et seulement si vous eûtes fait preuve de moins de paresse intellectuelle en ne vous contentant pas que des histoires que vous racontent « Papy Jean-Marie » mais hélas ! Je vais donc vous rendre un très petit service en parcourant avec vous quelques-unes des politiques de la France dans ses anciennes colonies qui étaient pies que l’Apartheid en Afrique du Sud.

Avant tout, laissez-moi vous rappeler que vos ancêtres font partie de cette espèce d’êtres humains qui ont jugé noble d’acheter, de vendre d’opprimer et de massacrer d’autres êtres humains. Le Code Noir qui désigne l’ensemble de textes juridiques codifiant la vie des esclaves noires dans les anciennes colonies françaises (Indes françaises) est ordonné par le roi Louis XIV en 1685. Dans ce code, l’un des rois les plus adulés des « français de souches » comme vous Mademoiselle, a tout simplement animalisé les Noirs (pratique que des membres de votre partie telle qu’Anne-Sophie Leclerc continuent) et dénigré d’autres peuples pour le simple fait que ceux-ci avait une couleur de peau ou pratiquaient une religion différente de la vôtre . L’article 1er du Code Noir nous dit : « Voulons que l'Édit du feu roi de glorieuse mémoire, notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles ; se faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens. »

Le Code Noir chère Mlle Le Pen est le fondement même des systèmes de ségrégation raciale et raciste comme l’Apartheid et l’on peut dire que les Boers d’Afrique du Sud se sont inspirés de la cruauté de vos ancêtres pour établir une version beaucoup plus diluée du Code Noir en Afrique du Sud. De la même manière que les Noirs étaient interdits de se regrouper durant l’Apartheid. Le Code Noir stipule dans son article 16 : « Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s'attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l'un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lys. Et, en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort ».

En Afrique du Sud, bien que les Noirs fussent extrêmement sous-payés, ceux-ci recevaient quand même une compensation aussi infime soit elle pour leur travail et avaient le droit d’exercer certaines petites activités commerciales. Mais dans l’article 18 du Code Noir Mlle Le Pen, il est dit ceci : « Défendons aux esclaves de vendre des cannes de sucre pour quelque cause et occasion que ce soit, même avec la permission de leurs maîtres, à peine du fouet contre les esclave, de 10 livres tournois contre le maître qui l'aura permis et de pareille amende contre l'acheteur ». Car vos ancêtres voulaient absolument éviter que les Noirs ne disposent de ressources financières qui risqueraient de leur permettre d’acheter leur liberté à leurs maîtres comme c’était le cas dans certaines colonies britanniques et portugaises.

Dans les anciennes colonies françaises, les esclaves ne pouvaient même pas rêver acheter leur propre liberté. Durant la période de l’esclavage, de nombreux historiens révèlent que plus d’un million de Noirs ont été massacré dans les colonies françaises seules. Vous me répondrez peut être que la République Française et plus précisément la 5ème République du héros Charles De Gaulle n’a rien à avoir avec cette France esclavagiste. Et bien c’est vrai ! Votre 5ème République Française est pire que la France de Louis XIV : elle est la France de la barbarie pure et simple. Mlle Le Pen, serez-vous toujours fière de votre chère France en apprenant que celle-ci a massacré froidement et sans remords 120 mille camerounais en trois ans, de 1959 à 1962 pour le simple fait que ceux-ci ont réclamé leur droit le plus inaliénable qui est celui de l’auto -détermination ?

Je n’invente pas les chiffres car c’est le journaliste du Monde André Blanchet qui le dit suite à ses enquêtes alors que les camerounais quant à eux parlent de plus de 200 milles morts. En Algérie, il fut question de 700 mille morts durant cette guerre coloniale que la France niait jusqu’en 1999 et qu’elle désignait affectueusement par « événements d’Algérie ».

Au cours de la guerre d’Algérie, la France de De Gaulle avait créé des camps de concentration qu’elle avait rebaptisé « camp d’internement » dans lesquels elle torturait et abattait sauvagement les arabes qu’elle y emprisonnait. Des milliers de jeunes filles pour la plus part des adolescentes ont été arrachées à leurs parents qui furent exécutés et réduites en esclaves sexuelles que les soldats français que votre 5ème République a fièrement décoré plus tard, violaient passionnément et collectivement. Certaines des survivantes raconteront plus tard qu’elles étaient violées par au moins 100 soldats en une seule journée. De nombreuses tombèrent enceinte et eurent des «enfants sans père » qu’aujourd’hui vos camarades appellent amicalement « la racaille ».
 
Marion Marechal-Le Pen est la
nièce de Marine Le Pen.          
Mlle Le Pen, comparer l’Apartheid aux bestialités de la France dans ses anciennes colonies est comme comparer une gifle à une décapitation. Loin de moi l’intention de minimiser les exactions du régime de l’Apartheid contre les Noirs d’Afrique du Sud ou encore moins de justifier l’Apartheid mais il est important que je vous apprenne que votre France dont vous êtes si fière fut et continue d’être l’une des puissances impérialistes les plus cruelles de l’histoire de l’humanité. Dans mon pays le Togo, durant la conquête coloniale, les soldats français ont coupé les deux pouces à l’aide d’une hache, aux guerriers de l’ethnie Konkomba qui résistaient à l’occupation française munis leurs arcs et flèches. Mlle Le Pen, s’il vous est difficile d’imaginer la douleur que ces milliers d’hommes ont ressentie, je me propose de vous faire cette expérimentation mais malheureusement j’ai peur d’abîmer vos maigres doigts qui n’ont sûrement jamais tenu une houe et un coupe-coupe de leur existence.

C’est avec ces outils rudimentaires que des millions d’Africains ont cultivé des centaines de milliers d’hectares de force pour épargner la famine à votre peuple avant, pendant et après les deux guerres mondiales et la crise économique de 1929 qui ont rendu la France plus pauvre et plus féroce et qu’elle ne l’était déjà .Votre pays la France a établi après l’abolition de l’esclavage et bien entendu du Code Noir, un autre code cordialement appelé « Le Code de L’Indigénat ». Ce code qui fut adopté en Juin 1881 et imposé aux peuples des colonies françaises en 1887, « distinguait deux catégories de citoyens : les citoyens français (de souche métropolitaine) et les sujets français (les indigènes). »

Ce complexe de supériorité qui régente votre peuple et que votre parti ne cesse de témoigner à travers ses discours provocateurs vous donne le droit d’appeler les autochtones des pays que vous êtes partis piller, des « indigènes ». Ce code de l’indigénat réduisait de nouveau les Noirs à l’esclavage ; rebaptisé en « travaux forcés ». Dans les anciennes colonies françaises, les Noirs devaient travailler de force pour la France sans compensation aucune. Certains avaient le devoir de cultiver le café, le cacao, le coton et autres produits agricoles qui ne peuvent jamais germer sur votre pauvre sol français. D’autres devraient quant à eux construire les chemins de fer et les wharfs qui devraient permettre à la France d’exporter les produits qu’elle volait aux colonies et d’autres enfin, devraient servir les administrateurs de colonies comme hommes de chambres, cuisiniers, vaguemestres, coursiers etc. La punition était les coups de fouet, l’amputation, ou la mort pour ceux qui voulait résister à la bestialité française.

Entre 1908 et 1909, plus de 1500 « infractions » au Code de l’Indigénat ont été réprimées au Congo-Brazzaville seul et « en 1928, Albert Londres journaliste au Petit Parisien » découvre que la construction des voies ferrées ou les exploitations forestières provoquent un nombre effroyable de morts parmi les travailleurs africains du Sénégal au Congo et dans son article il écrira ceci : « Ce sont les nègres des nègres. Les maîtres n'ont plus le droit de les vendre. Ils les échangent. Surtout ils leur font faire des fils. L'esclave ne s'achète plus, il se reproduit. C'est la couveuse à domicile. »

La répression dans les colonies françaises était si aiguë que des millions de personnes ont fui leurs villages pour s’installer dans les colonies britanniques. Robert Delavignette haut fonctionnaire, directeur de l’Ecole de la France d’outre-mer et spécialiste des questions coloniales a rapporté la migration de plus de 100,000 Mossis de la Haute Volta (actuelle Burkina Faso) à la Gold Coast britannique (actuel Ghana). Le journaliste Albert Londres quant à lui, révéla aussi que plus de 600,000 personnes ont fui les colonies françaises d’Afrique de l’ouest vers la Gold Coast et plus de 2 millions ont fui les colonies d’Afrique centrale et une partie de l’Ouest vers le Nigeria qui était aussi une colonie britannique. La barbarie inouïe des colonisateurs français était insupportable aux « indigènes » qui ont préféré la domination britannique à la domination française. Ne dit-on d’ailleurs pas « qu’entre deux maux il faut choisir le moindre ? »

Cependant, notez-bien Mademoiselle que la cruauté de cette France dont vous êtes si fière ne s’est pas arrêtée là. Afin de combler le vide dans ses colonies que les populations désertaient du faite de sa répression intense, la France « exportait » de force, comme des troupeaux, les Africains d’un pays à un autre pour les faire travailler dans ses plantations. Des milliers de personnes ont été parachutées de la Cote d’Ivoire à la Centre Afrique, du Sénégal au Congo et j’en passe. Et quand ces dernières se sont décidées à obtenir leurs liberté de la France et à mettre fin à leurs exploitation, domination, oppression et répression, la France les a massacré comme au Cameroun, en Algérie ou encore au Madagascar ou plus de 100,000 Malgaches ont été massacrés par les soldats français suite à leur soulèvement en 1947.

Mlle Le Pen, je peux écrire 1000 tomes d’un livre d’1 million de pages chacun pour vous relater la politique nauséabonde de votre chère France dans ses anciennes colonies. Je peux également passer des années à réciter les exactions commises par votre adorable France dans ses anciennes colonies qui surpassent de très loin ce que les Noirs d’Afrique du Sud ont connu avec les Boers. Je peux peindre du sang des dizaines de millions personnes que la France a bombardées, fusillées pendues, trempées dans le l’acide, brûlées vif, décapitées, enterrées vivant, chacun des millions de murs en France et toujours manquer de place pour y peindre les larmes qu’ont fait coulé et continue à faire couler votre France dans ses anciennes colonies.

Et pour finir, notez pour votre gouverne que les Mandela de ces anciennes colonies à savoir Toussaint Louverture, Sylvanus Olympio, Ruben Um Nyobé, Barthélémy Boganda, Félix Moumié, Outel Bono, Modibo Kéita, Marien N’Gouabi, Ali Soilih, Mahamoud Harbi Farah, Germain Mba, Aline Sitoé Diatta, Thomas Sankara pour ne citer que ceux-là ont été exécuté par cette France dont vous êtes si fière. Ne venez surtout pas Mademoiselle remuer le couteau dans notre plaie qui refuse de guérir parce que des ignares se permettent à chaque fois de débiter des sordidités comme vous le faites.

Source : Farida Nabourema

Wednesday, May 10, 2017

Samuel Pierre nouveau lauréat de la science francophone

Le lauréat du prix Mohamed El Fasi a été annoncé le 26 avril dernier. Il s'agit d'un Canadien d'origine haïtienne, Samuel Pierre, ingénieur en technologies de l’information et de la communication.
L’ingénieur en technologies de l’information et de la communication, Samuel Pierre, est le nouveau lauréat du prix Mohamed El Fasi. L’annonce en a été faite ce 26 avril 2017 par l’Agence universitaire de la Francophonie, qui délivre le prix tous les quatre ans.
Samuel Pierre, expert canadien d’origine haïtienne, est professeur titulaire au département de génie informatique et génie logiciel de l’Ecole polytechnique de Montréal. Il est également expert pour l’Organisation internationale de la Francophonie depuis cinq ans.
Avant cela, il a suivi à Montréal des études en mathématiques-informatique, en sciences économiques, en génie civil et en génie électrique. Il a déjà été distingué à plusieurs reprises, notamment par l’Institut canadien des ingénieurs. Il est également membre de l’Ordre du Canada.
Par ailleurs, Samuel Pierre est l’un des fondateurs et président du Groupe de réflexion et d'action pour une Haïti nouvelle, dont l’objectif est « de formuler des propositions concrètes aux instances concernées par la reconstruction d'Haïti, en se basant sur des réflexions menées selon une approche participative, en mettant à contribution les expertises et sensibilités disponibles tant à l'intérieur qu'à l'extérieur d'Haïti. »
Le prix Mohamed El Fasi a été créé il y trente ans, en 1987, en hommage à l’un des membres fondateurs de l’Agence universitaire de la Francophonie. Il récompense le travail d’une personnalité marquante des réseaux de la Francophonie, indique l’agence.

Samuel Pierre : s'intéresser aux retombées de la science sur la vie concrète des gens

TV5Monde : Quel est l'objet de vos recherches ?
Le point central de mon travail, dans lequel je suis spécialisé, est la gestion de la mobilité dans les réseaux mobiles. En termes simples, cela signifie que lorsque nous appelons quelqu'un avec un cellulaire, il faut le retrouver là où il se trouve sur la planète, pour pouvoir établir la communication téléphonique. Mon travail de recherche consiste à mettre en place des algorithmes et des protocoles de communication qui permettent de retrouver cette personne-là et d'établir le contact.
A coté de cela, je travaille sur le développement d'applications et de méthodes pour exploiter des infrastructures mobiles, et sur le télé-apprentissage, e-learning en anglais, pour permettre aux gens d'apprendre à distance sur les infrastructures technologiques.
TV5Monde : Que doit vous apporter ce prix ? Il est doté de 15000 euros. Pensez-vous les utiliser pour vos recherches ?
Ce prix souligne mon travail de chercheur, mais couronne l'ensemble de ma carrière et comporte plusieurs aspects. Il y a la recherche, qui est l'aspect le plus important, mais il y en a d'autres comme l'implication, le travail de coopération et de développement... Et je suis très impliqué dans le développement. Je suis le scientifique qui s'intéresse aux retombées de la science sur la vie concrète des gens.
A ce titre, j'ai plusieurs projets, dont l'un qui me tient particulièrement à cœur en Haïti, mon pays d'origine. Il s'agit d'une cité du savoir. C'est un projet très ambitieux où nous voulons, sur un même espace, regrouper un centre d'excellence universitaire et un complexe scolaire avec un centre de la petite enfance ainsi que des écoles primaire, secondaire et d'enseignement professionnel, un secteur de service comprenant un incubateur d'entreprises, une résidence pour les étudiants et pour les professeurs, du service à des entreprises, un centre sportif. Plus un quatrième secteur, agricole.
Ce projet va s'échelonner sur plusieurs années. Il a d'ailleurs déjà démarré et il occupe une bonne partie de mon énergie à la fois physique et mentale.

TV5Monde : Existe-t-il une réalité de la science francophone ?
Pour moi, il n'y a pas une science francophone. Il y a une science tout court, portée par des personnes qui ont des langues d'appartenance très diverses. Si des fois, nous choisissons de publier des articles en anglais, c'est peut-être pour des exigences d'exposition des travaux et d'une meilleure circulation des idées. Mais celles-ci sont portées par des personnes qui sont elles-mêmes porteuses d'une langue.
Dans mon cas c'est le français. Je vais très régulièrement à des conférences où c'est l'anglais qui est la langue d'usage, mais à part les moments de présentation, les échanges se font dans les langues qui conviennent aux personnes. Dans mon cas, c'est le français. C'est donc une combinaison. Il y a des langues d'origine que nous sommes a priori portés à utiliser dans la vie quotidienne. Mais quand vient le moment d'étendre le champ de partage à l'échelle de la planète, nous convenons qu'il y a des langues qui s'y prêtent mieux et nous les utilisons. Elles deviennent des langues d'usage pratique. C'est une commodité pour faciliter la parole à plus d'un nombre.
Source : tv5monde

Tuesday, May 9, 2017

Brigitte et Emmanuel Macron, de l’amour impossible au couple présidentiel

Emmanuel Macron a fait monter son épouse sur scène pour célébrer sa victoire en tête du premier tour, le 23 avril.
Le couple Macron sur scène  le 25 avril lors de la victoire au 1er tour 

À 39 ans, Emmanuel Macron est devenu le plus jeune président de la Ve République et le premier à conduire à l’Élysée une Première Dame de vingt-quatre ans son aînée. Parcours d’un couple atypique qui intrigue et fascine.

Il a 15 ans, elle en a 39. Il est lycéen, elle est professeure de français et de latin au lycée jésuite La Providence d’Amiens. Nous sommes au début des années 1990, sur une scène de théâtre à Amiens. C'est le début de l'incroyable histoire d'amour et de pouvoir entre Brigitte Auzière et Emmanuel Macron. Le jeune lycéen participe à l’atelier-théâtre animé par la prof de lettres. Pour la représentation de fin d’année, il apparaît grimé en épouvantail dans la pièce La Comédie du Langage de Jean Tardieu. « Ah que c’est bon de renaître », déclame-t-il en écartant les bras et en levant les yeux au ciel.

Dans les rangs du public, Brigitte Auzière est séduite par la prestance de l’adolescent. «J’ai trouvé sa présence sur scène incroyable», se souvient-elle dans le documentaire Macron, la Stratégie du météore réalisé par Pierre Hurel.

Brigitte et Emmanuel se rapprochent encore plus lorsqu’ils décident d’adapter une pièce d’Eduardo de Filippo et de la mettre en scène ensemble. Cette collaboration dure des mois. «Nous nous parlions de tout. L’écriture devint un prétexte. Et je découvris que nous nous étions toujours connus […] Nous étions tous deux inséparables malgré des vents contraires», raconte Emmanuel Macron dans son livre Révolution. Il tombe amoureux d’elle, elle est «subjuguée par son intelligence». Deux amants contrariés prêts à triompher de tous les obstacles : l’histoire débute comme une comédie de Molière.

«Ce n’était pas un ado»
Tous deux sont natifs de la capitale picarde, tous deux vivent dans un quartier huppé. Brigitte née Trogneux a grandi dans une famille bourgeoise de chocolatiers ; les parents d’Emmanuel Macron sont médecins. De l’union de Brigitte avec le banquier André-Louis Auzière sont nés trois enfants : Sébastien, Laurence et Tiphaine ; aîné d’une fratrie de trois, le jeune Macron est dans la même classe que Laurence, la fille de sa future épouse.

«Il n’était pas comme les autres, toujours avec les profs, toujours avec plein de livres. Ce n’était pas un ado. Il avait un rapport d’égal à égal avec tous les adultes», rapporte Brigitte Macron dans le documentaire de Pierre Hurel consacré à son époux.

Madame Auzière coache cet élève surdoué, passionné de littérature, qui rêve de devenir écrivain. Elle le pousse à passer le concours général de français et le présente à un concours d’éloquence organisé par le Rotary Club. Il remporte les deux avec succès.

«Je reviendrai et je vous épouserai!»
Mais les parents d’Emmanuel Macron mettent fin à l’idylle naissante. Ils souhaitent que leur fils gagne Paris pour continuer ses études. Le départ est précipité par la rumeur qui enfle : on voit souvent le jeune homme sonner au domicile des Auzière. Dans la ville de province, ça ne passe pas. Le bruit monte aux oreilles d’André-Louis d’Auzière, le couple se déchire, l’adolescent de 16 ans prend la fuite
.
Avant de partir, il déclare sa flamme à sa professeure de théâtre. « Vous ne vous débarrasserez pas de moi, je reviendrai et je vous épouserai ! », lance-t-il à la manière du héros stendhalien, Julien Sorel, qui promet d’arracher Madame de Rênal aux bras de son mari.

Comme il l’écrit sans son livre, Emmanuel Macron est «porté par l’ambition des jeunes loups de Balzac». Lycée Henri-IV, hypokhâgne, khâgne, Sciences-Po, l’ENA : seule Normale Sup’ manque à son parcours. Par deux fois, l’étudiant échoue au cours d’entrée de la prestigieuse institution. «Il faut croire que je n’étais pas fait pour ça», relativise-t-il des années plus tard. «La vérité est que je ne jouais pas le jeu. J’étais trop amoureux pour préparer sérieusement le concours. Le cœur et la raison sont incompatibles.»

Son premier amour l’appelle chaque jour, continue de lui prodiguer des conseils et de relire ses ébauches de roman. Elle divorce en 2006 et demande sa mutation à Paris au lycée jésuite Saint-Louis de Gonzague. «Petit à petit, il a vaincu toutes mes résistances. Avec patience», avoue celle qui est redevenue Brigitte Trogneux.

Leurs amours demeurent clandestines jusqu’au jour où le jeune énarque décide de présenter sa compagne à ses amis lors du mariage du petit-fils de Simone Veil. La différence d’âge entre les deux amoureux fait jaser les futurs hauts fonctionnaires, qui, selon les auteures des Macron, se gaussent de «cette quinqua pas super distinguée» au bras de leur camarade.

«Ne rien céder au conformisme»
de son épouse Brigitte                                                             
Pour faire taire les sarcasmes, Emmanuel Macron décide d’officialiser leur union en 2007 par un mariage au Touquet, station balnéaire du Pas-de-Calais où est située la villa familiale des Trogneux.

Il est facilement adopté par les enfants de sa femme, comme le raconte Tiphaine, la plus jeune fille de Brigitte Macron, à BFMTV : «Quand il a décidé qu’il allait se marier avec ma mère il est venu nous voir pour nous faire part de sa décision. C’est un acte fort, il est quasiment venu nous demander sa main»

Emmanuel Macron et Brigitte Macron ont conscience que leur couple n’est pas «normal» mais ils «ne se vivent pas dans la différence», expliquent les auteures du livre Les Macron. Au fil des couvertures de magazine, ils peaufinent leur image : celle d’une famille moderne, où Emmanuel Macron tient à 39 ans le rôle de jeune père des trois enfants de Brigitte et de très jeune grand-père de ses sept petits-enfants.

«Emmanuel a pris sa place naturellement dans la famille, sans brusquer les choses. Quand je sortais trop tard, il m’engueulait gentiment en me disant: 'Sois cool, ta maman s’inquiète'. Mes copines le trouvaient beau gosse, il y était insensible. Brigitte et lui sont soudés comme personne», déclare Tiphaine Auzière, qui a fait activement campagne pour son beau-père.
«Notre famille, c’est mon socle de vie, mon rocher. Notre Histoire nous a inculqué une volonté tenace de ne rien céder au conformisme, lorsque l’on croit avec force et sincérité», écrit Emmanuel Macron dans Révolution.

«On ne travaille pas bien quand on n’est pas heureux»
L’influence de Brigitte Macron dans la construction intellectuelle du candidat à l’élection présidentielle est décisive. La professeure de lettres conduit ses pas dans le monde des livres que lui avait ouvert sa grand-mère. Stimule son esprit critique aiguisé au contact du philosophe Paul Ricœur. Le présente à des personnalités de la culture et des médias : Pierre Arditi, Erik Orsenna, Stéphane Bern, François Berléand…

Mais elle se défend d’être son Pygmalion. «Personne n’influence Emmanuel», assure-t-elle dans Les Macron. Leur relation semble fondée sur une stricte égalité et réciprocité. «On a un fonctionnement de couple qui intrigue. Emmanuel et moi, on part du principe que c’est mieux à deux. Et comme c’est dur, on partage. Moi je trouve ça beaucoup plus sympa que d’être disjoints. J’aurais du mal à vivre autrement», révèle Brigitte Macron.

Omniprésente, elle suit son homme comme son ombre. Lorsque son mari est nommé ministre de l’Économie en 2014, elle emménage à Bercy. Puis, en juin 2015, elle se met en congé de l’Éducation nationale pour «se consacrer à plein-temps à son mari et aux siens».

Lors d’un reportage réalisé pour le Supplément de Canal +, la caméra capture une réunion de travail au ministère de l’Économie et des Finances. Autour d’une table, des conseillers ; à droite d’Emmanuel Macron, l’indispensable Brigitte. «Mon épouse n’est pas dans mon cabinet, elle n’est pas payée par le contribuable français», tient à préciser le jeune ministre qui souligne qu’elle passe néanmoins beaucoup de temps avec lui car «son avis [lui] importe» et qu’ «on ne travaille pas bien quand on n’est pas heureux».



«Un regard bienveillant mais critique»
Après la démission de son mari du gouvernement, Brigitte Macron participe activement à la création du mouvement En Marche ! Et voit les projecteurs se braquer sur elle brutalement. Une semaine après la création du mouvement En Marche ! le 6 avril 2016, elle accorde une interview à Paris Match : leur rencontre, leur famille, le nom de leur chien, elle se livre sans filtre. «Une bêtise», juge Emmanuel Macron. Pas facile de passer des coulisses à l’avant-scène. De peur qu’elle ne trébuche en pleine lumière, l’équipe du candidat encadre de près les déclarations de sa moitié à la presse.

Devenu la coqueluche des magazines, le couple, à qui la porte-parole d’En Marche ! Laurence Haïm conseille de se mettre en scène «comme les Obama», est aussi la cible de nouvelles rumeurs.

Brigitte Macron se dit «blessée» par les ragots qui prêtent à son époux une relation amoureuse avec Mathieu Gallet, le patron de Radio France. Une rumeur démentie publiquement par Emmanuel Macron lui-même.

Les Macron doivent également endurer les railleries des commentateurs et des humoristes au sujet de leur différence d’âge. Des plaisanteries aux accents sexistes, lassantes et éculées : «une cougar à L’Élysée», «Barbie sénior» «grand-mère sait faire un bon café»…
Durant la campagne, Brigitte n’endosse pas de rôle politique officiel : aucun siège au sein des comités politiques, pas de place dans l’organigramme d’En Marche !, pas de bureau au QG de campagne du candidat.

Mais elle est la conseillère indispensable à l’équilibre de son compagnon. «S’il ne la voit pas pendant une heure, il l’appelle», observe François Patriat, sénateur ex-PS et soutien d’Emmanuel Macron. Elle relit ses discours, l’aide à poser sa voix, débriefe ses meetings avec lui.

«Elle porte sur lui un regard bienveillant mais critique, elle ne lui laisse rien passer, elle est très cash. Elle n’hésite pas à lui dire ‘ton livre me tombe des mains’, ‘tu utilises des mots trop compliqués’», se souvient la journaliste de Gala Candice Nedelec.

Elle se rend également aux rendez-vous qu’il ne peut pas caser dans son agenda. Rencontre les associations. Discute avec des membres de la société civile. Lors des déplacements sur le terrain, Madame Macron est appréciée pour son empathie et sa simplicité. «C’est une femme très drôle, qui aime la vie, qui aime rire, une accompagnante active qui a son mot à dire. C’est tout sauf une potiche», confie Candice Nedelec.

«Elle aura son mot à dire»
Le couple s'embrasse sur scène lors de la victoi
  re au premier tour le  25  avril dernier                
Au soir de la victoire d’Emmanuel Macron au premier tour, le couple célèbre la victoire ensemble devant les sympathisants d’En Marche ! rassemblés Porte de Versailles. Un homme et une femme qui se tiennent par la main, s’enlacent et s’embrassent sur scène, comme une répétition en prévision du sacre du dimanche 7 mai. Emmanuel Macron adresse alors un message de remerciement à sa conjointe, «toujours présente et encore davantage, sans laquelle je ne serais pas moi».

Caroline Pigozzi, journaliste à Paris Match qui a interviewé plusieurs fois Brigitte Macron, juge que «c’est une femme qui sait où elle va. C’est une femme de caractère. C’est une femme de pouvoir pour l’homme qu’elle aime, pas du tout pour elle. Elle ne veut pas se mettre en première ligne.»

Quelle Première Dame Brigitte Macron sera-t-elle ? Lors d’un meeting le 8 mars au théâtre Antoine à Paris, le candidat d’En Marche ! avait esquissé le rôle public que tiendrait sa femme s’il accédait à l’Élysée : «elle aura à ce moment-là ce rôle, cette place, cette exigence, pas dissimulée, pas derrière un tweet ou une cachette».

«Elle aura son mot à dire sur ce qu’elle veut être […] Elle aura une existence, elle aura une voix, elle aura un regard. Elle l’aura dans l’intimité à mes côtés comme elle l’a toujours eu, mais elle aura un rôle public parce qu’il en est ainsi et c’est une attente», a-t-il encore détaillé sur TF1 le 27 avril. Les Français l’ont compris, ils devront compter avec Brigitte, «la part non négociable» de leur nouveau président

Source de référence :Ouest-france.fr