Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Monday, March 27, 2017

Dîtes-vous « Parlement » ou « Caverne d’Ali Baba »

Par Max Dorismond mx20005@yahoo.ca 

Comment expliquer qu’un gouvernement majoritaire se fasse tripoter par ses propres alliés parlementaires pour reconnaître son Premier ministre aux fins d’une application rapide de sa politique pour une gestion efficiente du pays ?

C’est la première question qui  tambourine contre les tympans de tout citoyen s’attendant à une reconnaissance rapide du gouvernement nommé à cause de la majorité dont jouit le pouvoir en place au Parlement. Étant un pays unique, Haïti fonctionne à l’envers des lois et des principes établis. Il faut replier les rebords pour saisir les raisons. Le marchandage et le népotisme ont un pays.

                     Ali Baba et les Quarante Voleurs
Pour illustrer ce comportement hors norme, nous empruntons  un récit d’origine persane apprise sur les bancs de la petite école. C’est l’histoire d’Ali Baba. Dans l’antiquité, la caverne d’Ali-Baba comptait seulement 40 voleurs. Mais aujourd’hui, les Baba se sont multipliés. Le Parlement haïtien  en compte 30 sénateurs et une centaine de députés. Le nombre peut augmenter à l’avenir. Déjà, une armée de prétendants piaffe d’impatience derrière la porte. L’assiette au beurre est alléchante. Tout le monde veut se graisser la patte.

Le président Jovenel Moïse pensait gérer le pays à la manière des coopérants de sa bananeraie, avec un résultat positif en fin de parcours. Non ! Il a eu la surprise de sa vie, de se retrouver face à des détrousseurs qui lui présentent deux choix : la bourse ou la vie. En effet, les petits baba, riant dans leur barbe, laissent au coin de la table, leur liste d’épicerie au nouvel occupant du fauteuil présidentiel comme condition préalable de l’accréditation du premier ministre de son choix.  Ahuri, Jovenel se dit : « Dans quel pétrin me suis-je fourré. Seigneur-Dieu, Mwen pran nan 3 wa ». Les conditions sont surprenantes.

Vue  de l'Assemblée  Nationale
(Photo archive)
En ouvrant par hasard une première enveloppe, il lit : je voudrais tel ministère pour mon frangin ; telle direction pour ma soeurette ; dix bourses d’études en France ou au Canada pour mes enfants et neveux ; deux Bâton-Moïse (2 Auto VUS Range-Rover) pour mon père et mon beau-père ;  une maison de deux étages dans les hauteurs avec voitures et chauffeurs pour chacune de mes maîtresses, (des Madan Papa) ; un consulat pour mon beau-frère ; une ambassade pour le gendre de ma 2èm maîtresse ; vacances à Walt Disney World pour mes petits-enfants ; un chèque pour la bonne et le garçon de cour ; deux billets de voyage, avec frais d’hôtel, pour mon voisin d’à côté….etc…etc.
 
Le parlement en séance plénière
(Février 2017)
Ainsi va la politique dans ce pays merveilleux. Et chaque veille de sabbat, on assiste à la procession du cortège des limousines des frères Baba, frais comme des œufs, faisant le tour des ministères et des directions générales à la perception des prébendes escomptées, le chèque de la semaine, avec la satisfaction du devoir accompli.


Que le monde a bien changé. Hier, comme je l’ai déjà écrit dans l’une de mes chroniques sur la corruption, la fonction de sénateur ou de député, était, naturellement, selon la tradition, le poste réservé aux notables méritant de nos villes, de nos patelins. Personnages de valeur, au dessus de tout soupçon; l’honnêteté personnifiée à qui on confiait par le truchement des élections, la gestion de la région, du pays. À cette belle époque, le citoyen ordinaire pouvait vaquer à ses occupations sans crainte de déception, car la nation  était entre bonnes mains. Il pouvait dormir en paix. Aujourd’hui, c’est la fin du rêve. Si le citoyen a le malheur de s’assoupir présentement, il risque de se réveiller avec la citoyenneté dominicaine, ou je ne sais crois. La confiance est au diable.

Le Sénateur Gracia Delva (à droite) très connu pour sa
fameuse remarque sur l'article (IV) qu'il appelle (Ive)
Peuple haïtien, réveillez-vous, sortez de votre gentillesse. Cessez de priez le ciel pour votre délivrance. J’ai souvenance encore, de votre feinte ou passivité légendaire, à l’époque où les Duvalier et consorts pillaient et détroussaient la nation à tour de bras, «  maspinaient » nos pères, frères, sœurs et voisins ; vous chantiez à tue-tête : « Duvalier Duvalier, peyi-a se pou ou, vire bouda w  jan w vle ». Voilà le résultat aujourd’hui. À l‘Université de la subornation, 95% de nos élus ont été à bonne école. Ils sont tous des Docteurs Ès-Fraude. 75% ne savent ni lire, ni écrire, mais leur propension pour les billets verts est exacerbée par leur consommation à outrance des bling-blings importés. Leur appétit ne connaît aucune limite. Ce sont des analphabètes politiques ou du moins, des analphabètes tout court. Ce que nous pouvons illustrer avec cette diatribe de Bertolt Brecht.

« L’analphabète politique …ne sait pas que le coût de la vie…le prix du loyer…le prix des médicaments… dépendent des décisions politiques… Il ne sait pas l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostituée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu, qui lèche les pieds des entreprises nationales et internationales. (Eugen Berthold Friedrich Brecht, 1898-1956).

Écoutez, sœurs et frères, tassez ces fanfarons. Nous sommes en démocratie. Donc, le pouvoir c’est vous ! Saisissez-le au vol ! Descendez dans la rue et réclamez non pas la dissolution, mais l’abolition pure et simple de l’une des deux chambres! Demandez à votre président de faire, comme Macky Sall, le président du Sénégal, en Afrique. Ce  dernier a éliminé le sénat de son pays et a consacré le budget de ce Corps inutile au développement de l’énergie solaire. Son pays se porte mieux maintenant en matière d’électricité.

Avec ses hommes de corde et de sac, Haïti va tout droit vers un mur. C’est un suicide annoncé. Mais, ce n’est pas la première fois que Haïti se démerde avec les Ali Baba. C’est une habitude nationale, si bien qu’une formulation avait pris racine dans la culture du pays avec l’expression « Kon-Baba ». Quand l’haïtien est exaspéré, découragé, déçu, étonné, il lève les bras  au ciel et porte ses mains sur sa tête en hurlant : « Kon-Baba! Nou mélé ». Ce qui peut se traduire par : « Nous sommes foutus ».

Point n’est besoin de nous illusionner, le cas de la nation est une affaire entendue. Le sage chinois avait raison. « Après vingt ans de malversations, un pays finira par être dirigé par des voleurs, des cancres et des bandits1 ». Nous y voilà ! Il nous reste à croiser nos bras et à entonner en chœur le nouveau refrain national d’Haïti : « Kon-Baba! Nou mélé !/ Nou fenk karé mélé / Vive Ali Baba ! ».

 2016-10-27
Max Dorismond


Note 1 : Voir mon texte : Quand la corruption destabilise un pays (1 et 2) dans Haïti Connexion Culture ou Le Journal le Nouvelliste (20 avril et 3 mai  2016).

Sunday, March 26, 2017

Le juge de Miami ne rejetera pas les accusations contre l'ex-chef rebel haïtien Guy Philippe

Cet article publié originalement par Miami Herald a été traduit en français par Haïti Connexion Culture

Guy Philippe
Un juge fédéral de Miami a rejeté la motion visant à annuler l’acte d'accusation de trafic de drogues contre Guy Philippe, personnage important d’Haïti qui y a été arrêtée  par des agents américains le 5 janvier dernier, peu de jours  avant son assermentation  comme  Sénateur.

La juge du district américain Cecilia Altonaga a reproché aux autorités fédérales de n’avoir pas  déployé  un effort constant pour incarcérer Philippe depuis son inculpation à la fin de l’année 2005, mais  a stipulé cependant que les procureurs n’on pas  violé son droit constitutionnel à un procès rapide parce que l’accusé n’avait respecté sa promesse de se rendre aux autorités.

La juge a également constaté que Philippe, 49 ans, en sa qualité d’élu officiel en Haïti , ne bénéficiait  pas d’immunité contre les poursuites judiciaires avant son arrestation ,  vu qu'il n'avait pas été  encore assermenté.

Cette semaine, Altonaga a reporté le procès fédéral de Philippe pour un mois, jusqu'au 1er mai, proposant ainsi un moratoire à l’accusé  et à ses  avocats qui devront alors l’informer si Philippe envisage  de plaider coupable  avant le 17 avril. Elle a expliqué le retard dans le  procès en raison  du fait que les procureurs ont récemment obtenu du FBI des cassettes (“tapes”) ayant la voix de l’accusé   et qui datent de plus de 20 ans.

Avant son élection comme sénateur haïtien, Philippe était  plus connu en tant qu’un commandant de la police nationale qui avait mené une rébellion pour provoquer la chute de l'ancien président  Jean-Bertrand Aristide. L'année suivante, l'ancien fonctionnaire de police avait été inculpé dans un acte d'accusation scellé à Miami pour complot en vue d’importer de la cocaïne colombienne via Haïti aux États-Unis et le blanchiment de paiements illicites aux trafiquants.

Dans sa décision, la juge a constaté que, pendant qu'il était sous accusation, Philippe "avait eu  des communications directes avec des fonctionnaires américains, au cours desquelles il leur avait promu qu'il était un« homme de  parole et qu’il se rendrait.”  Mais il  a renié cette promesse ayant même fui à pied alors qu’il était poursuivi par les autorités américaines et haïtiennes. "

La juge a noté que Philippe n’ a attendu que le lendemain de son arrestation pour faire valoir son droit à un procès rapide.

«Le gouvernement n'avait  fait aucun effort significatif au cours de ces nombreuses années pour amener M. Philippe au procès», a écrit son avocate, Zeljka Bozanic, dans la requête de renvoi.

L'avocate de Philippe a soutenu que le délai du procès est «déraisonnable» parce que plus de onze ans s'étaient écoulés depuis le dépôt de l'acte d'accusation.

Mais sa motion a ignoré les diverses tentatives américaines d'appréhender Philippe pendant cette période, et les efforts détaillés par le  Miami Herald et d'autres médias. La requête n'a pas non plus reconnu le délai de 70 jours pour un procès rapide. L'horloge a commencé à marquer seulement après la première comparution du défendant dans la cour fédérale le 6 janvier.

Bien qu'elle ait finalement pris parti avec les procureurs fédéraux, le juge a fait des reproches aux autorités américaines de n’avoir pas déployé un effort constant pour capturer Philippe au cours des 11 dernières années – malgré les  10 tentatives.

"Un décompte plus ou moins exact confirme le fait que le gouvernement n'avait rien fait pour localiser et arrêter le prévenu pendant 91 mois - plus de 7 ans des 11 années en question", a écrit Altonaga dans sa décision. "Et pendant une partie de ce temps, l’accusé semble avoir été facilement accessible: en 2006 à l'ambassade des États-Unis [à Port-au-Prince], et en 2007, quand il menait campagne pour la présidence d'Haïti.

Depuis son arrestation, Philippe, qui a plaidé non coupable, est détenu au centre de détention fédéral de Miami.

Philippe est le 82e ressortissant haïtien à être extradé pour crimes,  a déclaré l'ancien ministre de la Justice d'Haïti, Camille Edouard Jr, lors d'un talk-show politique sur une radio trés cotée en Haiti.


La résolution du Sénat haïtien condamnant «énergiquement» son arrestation et son extradition n'a aucun poids selon le juge de Miami, et elle a  rejeté l'affirmation de Philippe faisant accroire  qu’il avait droit à l'immunité en raison de son statut de sénateur. Altonaga a noté que le jour de son arrestation,  Philippe était un sénateur-élu et "n’ayant pas  d'immunité de poursuite judiciaire".

Traduction :  Haiti Connexion Culture



Wednesday, March 15, 2017

Résolution des sénateurs haïtiens en faveur de Guy Philippe

À propos des haïtiens  extradés vers les USA comme trafiquants de drogue

Par Hervé Gilbert
Guy Philippe
Selon une résolution  adoptée  à l’unanimité ce mardi 14  mars,  lors d’une séance  retransmise en direct  via les medias sociaux , Le Sénat haïtien, pour la première fois, depuis l'arrestation et la déportation de Guy Philippe vers les Etats-Unis le 5 janvier 2017 par le gouvernement Privert , a pris partie pour leur pair, en condamnant  énergiquement l'arrestation suivie de la déportation de tous les haïtiens  vers les Etats-Unis sous le prétexte de  trafic de stupéfiants, tel le cas de Guy Philippe par exemple.

Pour les sénateurs, lors de cette séance un peu abracadabrante et houleuse, l'arrestation du sénateur Guy Philippe  est en "violation avec la constitution haïtienne et les principes des droits fondamentaux de la personne humaine, ainsi que l'esprit et la lettre de l'Accord du 17 octobre 1997" signé sous la présidence de René Préval.

Les Sénateurs, laconiquement à l'article 2 de leur Résolution, n'engageant cependant pas directement le pouvoir Exécutif, recommandent d'une part, aux deux gouvernements de corriger les erreurs commises dans la Convention de  1997, sans toutefois chercher à les identifier, et les pointer du doigt. De l'autre, le Sénat "recommande à l'Assemblée des sénateurs de prendre toutes les mesures nécessaires afin de renforcer la lutte contre le commerce illicite de la drogue et le blanchiment des capitaux".

Il est à se demander si cette "Résolution" du Sénat,  connaîtra une suite heureuse quand, ne se basant sur aucune analyse d'informations factuelles, les honorables Sénateurs font "injonction au gouvernement, d'entreprendre sans terme, ni délai toutes les démarches diplomatiques nécessaires en vue du retour immédiat de tous ces détenus".

Cette considération  de la "Résolution" qui parait très ambigüe et probablement rédigée sans l'avis d'un expert en Droit International, est destiné à l'intention de Guy Philippe dont le procès serait programmé pour le début d'avril. Cette résolution sera sans doute un exercice difficile pour le nouveau président qui doit faire  face à la note de l'Ambassade américaine faisant de "Guy Philippe un fugitif" au lendemain de son arrestation.  

Toutefois, cette dernière "Résolution", bien que n'exerçant aucune contrainte légale, envoie un signal clair aux américains à propos  des haïtiens qui veulent en finir avec ces extraditions faites à l’emporte-pièce. Car, aucun, surtout les parlementaires, ne rêvent d’un voyage aux USA sans visa.

Mais pour y arriver, faudrait-il que notre système judiciaire agisse en toute impartialité. C’est-à-dire, que les juges ne soient pas soudoyés en laissant régner l’impunité sur cette activité illégale.

Hervé Gilbert

Monday, March 13, 2017

René Préval – Le dernier adieu

Par Hervé Gilbert
17 janvier 1943 - 3 mars 2017

Les funérailles nationales de l’ancien président haïtien René Préval ont été chantées ce samedi matin 11 mars à la capitale, Port-au-Prince. Faut aussi rappeler que la veille, le vendredi 10 mars dans l’après midi, la dépouille de l’ex-président  a  été exposée dans les jardins du Musée du Panthéon National,  où l’actuel président de la République, Jovenel Moïse, accompagné de sa femme, Martine Moïse, d'anciens présidents de la République, de certains anciens ministres de son administration, des personnalités du secteur politique, des affaires, du monde culturel, des universitaires, des parlementaires, des amis et des admirateurs du défunt ont salué pour une avant dernière fois les restes de l’ex chef d’ État.

 La dépouille mortelle de René Préval  au  Musée du
Panthéon National le 10 mars 2016.                       
Dans ce décor, empreint de respects et de sympathies, une étonnante absence a laissé un trou béant dans le cortège et dans les esprits attristés. Ce fut celle de son compagnon de combat, son frère siamois: Jean-Bertrand Aristide. À l'inverse des anciens chefs d’État haïtiens présents, il n'a pas assisté aux funérailles nationales, ni envoyé une note de condoléances à la famille éplorée et au peuple haïtien chiffonné. Face à ce constat déplorable, les langues se sont déliées pour mettre en évidence la lutte intestine qui existait entre les deux hommes que même la mort n’a pas su applanir. La presse n’a pas raté l’occasion de souligner à l’encre rouge, cet esprit vindicatif de l'ancien prêtre défroqué qui, selon certains quidams dégoutés,  ne mourra jamais d’une crise cardiaque, car, il est un “sans-coeur“. Pour emprunter la pensée de Jacques Brel, disons que Jean Bertrand Aristide est peut-être un “handicapé de ses rêves non exaucés”. Son comportement se caractérise par une absence de conscience qui le prédestine au  sadisme. Heureusement, son époque est révolu. Son audience est tarie. Les Haïtiens en ont pris bonne note. Haïti peut voguer en paîx.

Décédé le 3 mars 2017 à l’âge de 74 ans dans des circonstances non encore élucidées, René Préval reste comme une figure incontournable de l’histoire haïtienne de ces trente dernières années. Sa contribution à la stabilité politique au pays durant ses dix années passées au pouvoir a encore été salué avec véhémence au cours de la cérémonie funéraire  par les intervenants.

Le Kiosque Occide Jeanty décoré aux couleurs du 
bicolore haïtien servait de tribune officielle le 11 mars.
Au terme de six jours de deuil national décrété par le gouvernement, des milliers de personnes prirent  part aux obsèques de  René Préval  au Kiosque Occide Jeanty, dans l’aire du  Champ de Mars . A la tribune officielle, les membres de sa famille, les principaux dirigeants de la classe politique,  les représentants de la communauté internationale ont  rendu un dernier hommage à celui qui a dirigé le pays pendant 10 ans. Le président Jovenel Moïse, lors de son allocution de circonstance, a salué la mémoire de cet homme d‘État qui a marqué l’histoire politique haïtienne durant ces trente dernières années. Les hommages rendus tant nationaux qu'internationaux, depuis l’annonce de sa mort, ont été unanimes à reconnaître que: René Préval aura mis ses deux mandats présidentiels au profit de la sérénité politique d’Haïti.

Le couple présidentiel saluant l'épouse de René Préval
Patricia Préval, sa plus jeune fille, quant à elle, a nourri son témoignage des blagues de son père et, avec émotion, elle a expliqué combien il a été animé toute sa vie par la volonté d’en finir avec les conflits qui paralysent la vie politique du pays et son développement. Il me disait qu'il ne faisait pas de politique parce que la politique ne l'intéressait pas: la politique n'est qu'un moyen pour qu'il puisse apporter du développement", a dit Patricia Préval.

C’est dans son village familial de Marmelade où il a également grandi, à 200 km de Port-au-Prince que René Préval a été enterré.

Les membres du Clergé haïtien
s'inclinant devant la dépouille.   
Encore une fois, Haïti Connexion Culture salue la mémoire de  cet éminent homme d’État haïtien, qui, depuis la fin de la dictature duvaliériste en 1986  et dans la tumultueuse transition démocratique, avait achevé ses deux mandats à la limite imposée par la Constitution. Aucune vélléité de présidence-à-vie n’avait chevauché son esprit, comme ce fut toujours le cas dans le passé. Il sera aussi retenu comme le chef de l’ État, qui pendant sa présidence, a su maintenir un certain équilibre dans la vie politique haïtienne.

En réalité, nous pouvons ajouter, que c’est à partir de René Préval que la démocratie haïtienne a vraiment pris son envol. Plus de meurtre, plus d’assassinat politique, plus d’emprisonnement arbitraire. La liberté totale avait pour une fois, un pays. Tous les amants de la paix brûlent encore du désir de voir se perpétuer cette flamme du bon sens au delà de l’espérance, du progrès, de la bonne entente pour un Haïti “ tout neuf ”.

Herve Gilbert

Saturday, March 11, 2017

Donald Trump, les illuminés de l’Europe et les immigrants (Part - 2)

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca

Grandeur d’âme d’un minuscule pays
Les Alliés unis contre le nazisme.
Cette croix gammée nazie a été
utilisée comme symbole par Adolf
Hitler et le NSDAP allemand.       
En ce temps là, à travers ces dérapages de l’histoire, Haïti était toujours présente pour magnifier sa grandeur d’âme, sa haute considération de la civilisation en confortant les déshérités de la terre. Face à la vague déferlante sur tout ce qui n’était pas Européen de souche, le minuscule pays avait osé et étonné le monde : « En juillet 1938, à la conférence d'Evian, Haïti alla même jusqu’à proposer d’accueillir cinquante mille réfugiés, juifs et autres » (2). Mais, suite à un véto des Etats-Unis, qui ne le voyaient pas de cet œil, le nombre fut réduit, de crainte d’une infiltration d’espions nazis. Malgré tout, beaucoup de juifs opprimés purent s’y installer. En souvenir de ce geste de fraternité, la nation israélienne avait fourni, à son tour, un peu d’aide à Haïti, après le terrible seisme de 2010, tout en soulignant l’acte méritoire pendant ces temps de troubles généralisés en 39-45.

Le « jamais plus » ou la secrète pensée des red-necks
Les âmes noires du Ku Klux Klan. Cette organisation ex
trémiste avait apporté son soutien à Donald Trump dès
le début de sa campagne.                                          
La présente crise a pour origine l’hypocrisie de l’homme blanc. En Amérique,  de 2008 à 2016, les Rednecks n’ont jamais toléré ce qui fut à leurs yeux une aberration de l’histoire, que les USA, la terre bénie des dieux, soient gouvernés par un négro. Pour eux l’Amérique avait perdu de sa grandeur. Leur bonheur a atteint son paroxysme quand ils ont dégoté un porte-parole en la personne de Donald Trump, depuis la cuisante humiliation que Obama avait infligée à ce dernier lors du Dîner annuel des correspondants de la maison Blanche en Avril 2011. Chaque clan de partout a trouvé aussi le sien. En France, c’est Le Pen et sa fille Marine.  En Angleterre, c’est Nigel Farage, l’ancien leader du parti souverainiste britannique, l’architecte du Brexit. Au Pays-Bas, c’est  Geert Wilders, un député d’extrême droite etc… Dans le chaos imaginé par ces populistes de tout poil, l’étranger est le bouc émissaire idéal à chipoter. Sur sa tête, ils font de la surenchère à des fins inavouées. Son dos est assez large pour supporter tous les maux et subir à longueur de jour les diatribes des théoriciens des « clean nation » ou des « White power ».

Solution ou confrontation
Toutefois, messieurs les imposteurs, ce que vous ignorez toujours, pour répéter James Baldwin en 1963: « les problèmes que nous traversons, ce sont vos problèmes en majorité. Nous n’avons pas inventé  l’esclavage, nous n’avons pas inventé le racisme ; c’est vous. Donc, que vous prenez vos responsabilités! » (3). Je pourrai sans détour, ajouter, que nous n’avons pas non plus inventé la corruption et l’exploitation d’autrui.

Donc, les murs, les océans, les lois, les pogroms ne sauront décourager l’immigration tant que l’homme ne découvre pas en l’autre un frère non exploitable, non corvéable à souhait ; tant que nous ne démolirons pas les barrières pour construire un monde meilleur, de tolérance, d’acceptation, d’égalité  et d’opportunité pour tous.


Après la guerre froide, le monde était loin d’imaginer se retrouver dans une nouvelle turbulence qui risque d’embraser la planète. Les immigrants sont déterminés. Cessez d’exploiter leur pays à outrance et ils ne viendront plus troubler votre sommeil. Même la bombe nucléaire ne pourra les stopper.  Leur vie ne vaut rien. Leur mort non plus.
Utopie et aveuglement volontaire
Les quinze fours du crematoire
Partout, les racistes persistent et signent. Prisonniers de leurs calculs personnels, ils se croient investis d’une mission messianique. Évoquant les échéances électorales prochaines aux Pays-Bas, en France, en Allemagne et éventuellement en Italie, Nigel Farage a martelé que « 2016 n'avait été que le début d'une grande révolution globale. Elle atteindra le reste du monde occidental » (4). Ce n’est pas de la fanfaronnade. Rien ne m’étonne de la part de ces fanatiques aveugles. Ils pourraient revenir avec une nouvelle « solution finale » dans leur « grande révolution globale » pour blanchir la planète et créer la race des élus rêvée par les plus fous d’entre les fous au rythme d’une utopie débridée. Comme les murs du Mexique, les fours crématoires semblent ne pas être trop loin.

NOTES
 (1)(2) : Noirs dans les camps nazis de Serge Bilé. Jean Nicolas, d’origine haïtienne avait usurpé le
              titre de médecin sous le nom de John Nichols dans le Camp de Buchenwal. Certains
              prisonniers juifs avaient cité son nom lors du procès de Nuremberg pour son talent et les
              bienfaits prodigués.
       (3) : The fire next time (La prochaine fois, le feu) de James Balwin - 1963
       (4) : U. Nigel Farage : un admirateur de Trump. Il est l’un des principaux leaders de la       
                sortie de la Grande Bretagne de L’Euro. Parole prononcée sur la scène du CPAC,
               (Conservative Political Action Conference ) peu après la venue du président américain au
                rassemblement, près de Washington en février 2017. 

Wednesday, March 8, 2017

Le dernier meeting de René Préval

Avec René Préval, durant ses dernières heures sur terre
Le député Jerry Tardieu serrant la main de René Préval (à droite)
(Photo-archive: Le Nouvelliste)

Par Jerry Tardieu

Ce jeudi 3 mars 2017, à 9 a.m. pile, j’arrive chez l’ex-président René Préval à Laboule. Ponctuel pour le petit-déjeuner auquel il m’avait invité avec insistance la veille. Pendant deux heures, autour des expressos que nous servait à répétition la sympathique Rose, nous allons échanger dans la bonne humeur et la plus parfaite convivialité. Serein, calme, détendu, l’ex-président Préval pétait la grande forme. Fidèle à son côté blagueur, de temps à autre, il refilait des calembours trempés d’humour dont lui seul a le secret. Absolument rien ne laissait imaginer qu’il allait rendre l’âme cinq minutes après m’avoir raccompagné à mon véhicule vers 11 heures du matin.

A l’heure où j’écris ces quelques lignes, je sens encore résonner en moi les ultimes paroles du président durant ces dernières heures sur terre. S’il avait demandé à me voir, c’était surtout pour discuter du dernier livre de l’agro-économiste Alex Bellande intitulé : « Haïti déforesté, paysages remodelés ». Dès mon arrivée, il m’en offre une copie en me recommandant sa lecture qui m’aiderait, me dit-il avec un large sourire, à mieux comprendre l’importance de légiférer au bénéfice de la production agricole nationale. Il me confia alors fièrement avoir lui même financé la réimpression de deux cent cinquante exemplaires pour sensibiliser les décideurs, tant au niveau de l’exécutif qu'au niveau du législatif, à la justesse des analyses et des recommandations de Bellande.

D’un ton ferme, le président Préval m’explique que pour Haïti, la bataille de demain n’est pas politique mais économique. Elle passe, me dit-il, par le développement agricole qui peut se faire de façon intelligente à travers une politique de reboisement audacieuse et différente. Grosso modo, pendant plus d’une heure, le président Préval va tenter de me convaincre du bien-fondé des thèses de l’auteur qui propose des solutions qui capitalisent sur l’expérience et le savoir-faire séculaire de la paysannerie haïtienne. Aucun reboisement n’est possible, me dit-il, sans y associer intelligemment et opportunément la paysannerie en les encourageant à planter des arbres fruitiers qui deviendront des sources de revenus. Pour René Préval, confier des projets de reboisement aux “scouts" ou aux écoliers comme on le fait depuis des lustres rime avec “ showbiz". Lorsque l’on plante un arbre, qui de mieux que le paysan pour en assurer l’entretien et l’arrosage ? Personne, ajoute-t-il !

De ce point de vue, renchérit-il plus loin, la culture du bambou peut être une filière porteuse de développement économique. Le président Préval en veut pour preuve que sa production à Marmelade de milliers de bancs et bureaux scolaires a facilement trouvé preneurs. Il me dit alors que cette expérience devrait être répétée à volonté dans tous les départements du pays. Il me fait voir quelques échantillons de la dernière production de son atelier dont il me vante alors la dextérité des ouvriers.

En conclusion de notre conversation, le président Préval se réjouit que les nations en reviennent aujourd’hui à des politiques protectionnistes. La tendance est mondiale. Nous ne devrons pas y échapper. A ce propos, et pour épouser l’ère du temps, il m’invite à proposer une loi pouvant favoriser la production nationale de certains biens. Il m’en dessine les contours. Nous en discutons longuement. Il insiste. Je prends note.

Notre conversation animée est alors interrompue par l’arrivée de l’architecte Daniel Elie qui ne restera que quelques minutes. L’ex -president renchérit de plus bel sur le thème du développement endogène qui n’est possible que par le biais de la production agricole, la reforestation intelligente et la mise en capacité de la classe paysanne.

Durant ses dernières heures sur terre, le plaidoyer de René Preval a donc été pour les paysans haïtiens et la relance de la production nationale. Il l’a fait avec passion et conviction. Tout un symbole connaissant la trajectoire politique de cet homme qui s’est toujours voulu du côté des paysans opprimés qu’il a défendus inlassablement dans toutes leurs revendications.

Jusqu’à son dernier souffle, le président Préval n’a donc pas arrêté de parler de son rêve de modernisation pour l’agriculture haïtienne. C’est le dernier message qu’il me laisse, qu’il nous laisse. Pour avoir été le dernier à le voir, le dernier à lui parler, je me sentais dans l’obligation de partager ce dernier moment, ce dernier échange, ces dernières paroles.

On aime ou on n’aime pas René Préval. L’homme ne laisse pas indifférent. Certains lui reprochent un côté anarchiste, insouciant, anti-institutionnel même. D’autres lui reprochent son manque de poigne à certains moments ou des décisions fermes s’imposaient. Mais personne ne peut remettre en question les qualités d’honnêteté d’un serviteur public qui n’a jamais accepté de goûter au miel empoisonné de la corruption, la simplicité de l’homme refusant avec intransigeance toutes les prébendes et les apparats du pouvoir, l’humilité du citoyen qui jusqu’au dernier jour vivait dans la simplicité.

Avant de prendre congé du président Préval ce matin, je lui ai demandé une faveur, celle de répondre positivement à mon invitation de participer à une soirée commémorative des trente années de notre Constitution le 29 mars prochain. Ce soir-là, je compte lancer les travaux officiels de la commission spéciale de la Chambre des députés pour la réforme de la Constitution.

Il a gentiment décliné mon invitation en me disant qu’il ne participerait plus aux efforts de réflexions sur la Constitution. J’ai déjà tout donné. J’ai déjà joué ma partition. L’heure de la relève est arrivée, me dit-il.

J’ai laissé le président sur cette fin de non-recevoir. Je suis quand même parti le sourire aux lèvres, satisfait d’une matinée agréable et riche en échanges instructifs. Moins d’une demi-heure plus tard, je reçois un appel du journaliste Gary Pierre Paul Charles m’annonçant la mort de René Préval. A priori, je n’y crois pas. Je remonte vers Laboule pour me heurter à la cruelle vérité. René Préval est bel et bien mort.

Je salue la mémoire d’un aîné qui m’a beaucoup appris des dures réalités de la vie politique haïtienne, d’un homme intègre et profondément humain, rempli de tendresse et de fidélité, à la fois stoïque et fourbi aux rudes épreuves du combat politique, mais également sensible lorsque ce combat se transporte sur le terrain du cœur.

Adieu Président! Que le miséricordieux t’accueille dans sa grâce infinie. Je lui suis reconnaissant de m’avoir permis de passer avec toi tes dernières heures sur terre.


Jerry Tardieu Auteur