Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Sunday, September 17, 2017

Une diaspora haïtienne difficile à ferrer

Par Max Dorismond
DGI - Direction Générale des Impôts (Port-au-Prince)
Dans tout pays qui se respecte, c’est l’institution des finances qui se charge de faire travailler ses méninges pour maximiser les rentrées d’argent. En Haïti, c’est l’envers de la médaille. Dès qu’un quidam occupe un poste, doté d’un certain pouvoir, il se voit déjà en chercheur d’or, explorant les combines et les opportunités par monts et par vaux pour ses bénéfices personnels. Toutes ses pensées convergent en direction d’un unique objectif : devenir millionaire, l’espace d’un matin! Tel est le ressort qui actionne son quotidien, quelque soit sa position sur l’échiquier, de la direction au messager. Et il faut faire vite. Dans ce pays, le pouvoir c’est comme de la graisse de baleine. Comme elle, il est inconsistant et a la chaleur en horreur. À ce niveau, on rentre dans l’univers de la déraison, n’en déplaise à ceux qui cherchent un sens à l’insensé. Des exemples, on en a plein les bras. C’est ça notre Haïti!

Humour noir et mépris
C’est ainsi que, sous Papa Doc, selon une anecdote bien connue, un certain Général de l’armée, s’était avisé de conseiller au chef de l’État de déclarer la guerre aux États-Unis, conscient de la défaite inéluctable, mais convaincu de pouvoir engranger l’argent de la réparation que ne manquerait pas de fournir le vainqueur. Vrai ou faux, la malice populaire, de temps à autre, nous gratifie de ces perles pour souligner soit la vénalité coriace de certains insignifiants, soit la voracité effrénée de certains prédateurs.

La douce tentation
Durant la dernière semaine du mois d’août 2017, un semblable stratagème a failli réussir, n’eut-été la vigilance des exilés, qui se sont insurgés contre ces experts dans l’art d’exploiter les plus mal pris de la terre. Sans tambour ni trompette, Haïti a laissé courir la vague rumeur d’un impôt de 10000,00 Gdes que les membres de la diaspora devraient débourser chaque année. Pour qui, pour quoi! Quelle diaspora? Le résident en terre étrangère, ou celui qui a emprunté la citoyenneté du pays d’accueil. Mystère et boule de gomme!

Ruade dans les brancards
La DGI du Cap-Haïtien
Il n’en fallait pas plus. Le poisson ciblé  n’a laissé aucune chance aux détrousseurs machiavéliques qui confondent intelligence et arrogance, tant sa réaction fut virulente. Les réseaux sociaux s’emballèrent, et tout le gouvernement de Jovenel Moïse est passé dans le tordeur pour cette vicieuse machination. Le Ministre  de l’économie et des Finances, M. Jean Alix Salomon, a été obligé de venir à la rescousse des écorcheurs professionnels pour calmer le jeu, car leurs mains dégoulinaient de la merde lancée par cette diaspora exaspérée. Malgré les pirouettes du fonctionnaire contrit, rien ne put laver cette tentative d’extorsion aux yeux de tous les expatriés malgré eux.

Stratégie d’un mégalo
Où est passé l'argent des impôts dans
cette commune de Jérémie ?             
Ce que les gouvernants hypocrites d’Haïti font semblant d’ignorer, ce n’est pas l’attrait de l’étranger qui attire l’Haïtien miséreux à l’extérieur. Bien au contraire! Conscient de ses rêves d’arnaqueur de pouvoir à vie, de pilleur de pays, Duvalier, avec toute sa clique, avait construit des infrastructures aéroportuaires pour faciliter le départ des affamés qui, autrement, n’auraient eu d’autres choix que de se révolter. De cette façon, il a eu les mains libres pour gouverner comme un monarque. Pari réussi!

Un peuple piégé
De 1957 à aujourd’hui, le mal a empiré, le Duvaliérisme a fait école. La révolution n’a jamais été au rendez-vous. D’ailleurs, à quoi bon se révolter quand ce sont les plus pauvres qui auraient écopé. Les nantis munis de leur bon passeport, à la première détonation, seraient exfiltrés par le consulat de leur pays d’adoption, l’espace d’un appel téléphonique. Fort de ce calcul, résultant de la misère contraignante, il ne reste aux souffreteux qu’un seul choix : partir pour ne plus revenir.

L’exil et l’étonnement
Les réalisations d'envergure de l'ère Martelly s'avérant plus
couteuses que bénéfiques  selon le Nouvelliste.                   
On le comprend aisément, les membres de cette diaspora qui avaient, hier encore, subi avec un certain fatalisme la gabegie débridée ayant élu domicile dans leur pays, refusent d’être sous l’emprise éternelle de ces audacieux coupe-gorges malgré les kilomètres qui les séparent, ou d’être encore l’objet de ces outrageuses arnaques destinées à remplir les goussets des pervers. Le temps de la résignation pour eux est révolu. Car, au contact des progrès techniques du pays d’adoption, de la fluidité de la vie,  de la propreté existante,  de la pertinence des services de première ligne : (eau, électricité, téléphone, soins de santé, études etc…), de la disponibilité des ressources : (emplois, aides techniques etc…), des services et privilèges reçus, eu égard à l’impôt qu’elle y paie, la diaspora a développé une sorte de réflexe de résistance face à l’injustice perpétuelle qui sévit au pays. Ce réflexe s’est traduit par un appel à l’émancipation, à la résistance contre toute forme d'exploitation, à une prise de conscience qui chapeaute une haine sourde au tréfonds de son âme abasourdie. En faisant connaissance avec le vrai respect des droits de l’individu, certains souvenirs douloureux viennent la hanter, tels la pauvreté récurrente, les abus quotidiens  des forts sur les faibles, la priorité de la hiérarchie sur le talent, le népotisme à outrance, l’absence de mesures législatives équitables, le mépris de l’autre, la corruption endémique, le triomphe de la médiocratie, s’il ne faut citer que ceux-là. Voilà un résumé de tout ce qui explique sa brutale sortie, débordant de mépris, contre les apparatchiks d’Haïti.

L’intelligence récompensée
Et pourtant, si les « apaches » du pouvoir n’avaient pas confondu vitesse et précipitation, si le lien de confiance n’était pas fracturé, les concernés n’auraient simplement qu’à imiter les technicités légales et fiscales qui ont déjà fait leurs preuves dans plusieurs pays de par le monde. Citons entre autres celles d’Israël. Tous les Juifs du monde s’y précipitent et contribuent généreusement à son émancipation. Les millions s’accumulent en Israël, la diaspora juive est enchantée et sa terre, bénie des dieux, se porte merveilleusement bien. Tout le monde y trouve son beurre.

Simple remarque
En effet, mesdames et messieurs les gouvernants, vous vous êtes vraiment trompés d’histoire. Si la diaspora maintient Haïti sous perfusion, ce n’est ni par imbécillité, ni par ignorance, mais plutôt par sensibilité pour ses proches, car son expérience de la faim ne saurait la laisser indifférente. Condamnée à fertiliser l’espoir, ne la poussez pas à fermer son cœur à double tour. C’est Haïti qui en pâtirait.

« Qui fait l’âne ne doit pas s’étonner si les autres lui montent sur le dos 1 ».

Max Dorismond


Note – 1 : un proverbe chinois.


NB : La vidéo suivante est extrêmement pertinente, elle nous peint un peu le drame haïtien, une triste réalité mise en scène par des acteurs sur place.  Mais cette trame théâtrale ne doit pas être visionnée par des personnes sensibles ou ayant des problèmes émotionnels, car elle est très dure. Toutefois, elle vous arrachera le coeur même si c’est du théâtre, parce que c’est le quotidien de chez-nous. Après l'avoir vue, vous comprendrez pourquoi nos frères et soeurs se font humilier entre les frontières du monde.  Prière au coeur sensible de s’abstenir.

Friday, September 15, 2017

La corruption en Haïti, un fléau dévastateur

Professeur Antoine Atouriste, ex-directeur général de ULCC
Constituant l’état normal dans la vie quotidienne des Haïtiens, la corruption est dans tous les secteurs d’activité, en passant par les affaires, le commerce, la santé, l’éducation, la diplomatie et la politique. Ainsi, le professeur Antoine Atouriste, ex-directeur général de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), s’est entretenu en juin 2016 avec une soixantaine d’étudiants de l’Académie nationale diplomatique et consulaire (ANDC) sur le thème « Rôle de l’université dans la lutte contre la corruption en Haïti, un fléau rongeur et dévastateur de société».

« La corruption est générée par chaque citoyen haïtien à travers les dirigeants qu’il élit pour occuper les hautes fonctions de l’État.» Par ces mots, le professeur Antoine Atouriste a confié que la corruption est une tragédie pernicieuse qui sape les fondements de l'État de droit et alimente les pratiques mafieuses, tels que les conflits qui hypothèquent la paix, la sécurité et la stabilité politique dans une société. Il a indiqué que la corruption créait des disparités entre riches et pauvres et qu'elle entravait la réduction de la pauvreté et limitait la croissance économique. Il y a toujours des hommes d’affaires et contribuables du secteur privé ou autres qui glissent un billet ou un pot-de-vin à un représentant voulu pour faciliter l’accès à un service ou pour outrepasser certaines formalités exigées en vue de parvenir à leur fin personnelle au détriment de la collectivité.

« La corruption constitue une pratique vraiment malveillante et immorale, les États pauvres comme le nôtre qui sont sujets à ce fléau s’appauvriront encore davantage. Les corrompus et les corrupteurs s’enrichiront mais cela se fera au détriment des autres. La corruption détourne les ressources et entrave l’accès des populations aux services essentiels tels que la santé et l’éducation», indique le panéliste, qui souligne que la plupart des autorités de l’État haïtien qui devraient mettre en œuvre des politiques pour combattre avec ardeur cette plaie aussi profonde qu’un puits sont la plupart du temps complices de la progression de ce mal endémique.

A en croire le professeur, il faut extirper ce rongeur de notre mentalité tout en définissant des stratégies de lutte, faire des recommandations visant à promouvoir une nouvelle culture d’éthique, de crédibilité, d’intégrité, de bonne gouvernance et de transparence dans toutes les sphères de la vie nationale. En dépit de la création des organes de lutte contre la corruption, il faut une volonté politique réelle des autorités pour combattre ce phénomène. Citant le rapport de Tranparency International sur l’indice de perception de la corruption, l’ex-directeur de l’ULCC a souligné qu’Haïti figure en premier sur la liste des pays de la Caraïbe qui sont très touchés par la corruption à des degrés différents, ce qui entrave la construction d'un État de droit.

Corruption : rôle de l’université
Professeur  Atouriste lors de la conférence 
Enfin, le professeur a rappelé que les universités devraient planifier en permanence des travaux de recherche sur l’évolution du phénomène aux fins de produire des recommandations documentées et codifiées aux autorités de l’État ; de familiariser les futurs dirigeants avec la convention des Nations unies contre la corruption et promouvoir l’enseignement dans le cursus universitaire. Globalement, la corruption et la manière de lutter contre celle-ci posent la question de la gouvernance, de la transparence, de la reddition des comptes, du fonctionnement normal des institutions, de la citoyenneté et des médias, pour ne citer que ces aspects. Bien que le pays soit doté d'institutions anti-corruption, le phénomène prend malheureusement une grande ampleur et risque de devenir de plus en plus destructeur dans notre société.


De son côté, le recteur de l’ANDC, Franck Bonhomme, a remercié le professeur de son exposé. Il n'a pas caché sa satisfaction de cette présentation du professeur sur un sujet qui préoccupe notre société et aussi le partage de connaissances avec des futurs responsables de ce pays pour une meilleure connaissance de ce fléau qui ronge notre société, particulièrement les jeunes. Selon le recteur Bonhomme, la bonne gouvernance est le socle du développement, et l’État de droit, qui est un moteur du progrès économique et social, en est un élément central.

Ce n’est pas le professeur Gary Pierre qui dira le contraire. Pour placer l’importance du civisme dans la lutte contre la corruption, le professeur a, dans son intervention sur la place du civisme dans la reconstruction d’Haïti, fait savoir que le civisme est lié au respect des valeurs culturelles et morales. D’après lui, les internationaux n’ont pas la responsabilité ni la mission ni l’objectif d’œuvrer au développement d’un pays. Cela revient aux nationaux, je veux dire aux Haïtiens de prendre conscience de la situation actuelle du pays afin de contribuer au changement d’Haïti dans une vision et une volonté commune.

Cette activité a été marquée par la présence de personnalités haïtiennes, notamment celle du professeur Marie-Clerjeune Macajoux, du Dr Lionel Desgranges, du Dr Christophe Providence, ainsi que les membres du comité des étudiants : Benjie Éliazard, Gabriel Stevens Grégore, Thaïcha Emmanuella d’Haïti et Nimchy Benjamin.

Amos Cincir

Auteur

Sunday, September 10, 2017

L'ouragan Irma battant la Floride avec des vents violents et des pluies torrentielles


Des vents très violents et des pluies torrentielles commencent à battre l'extrême sud de la Floride, où le gigantesque ouragan Irma est arrivé ce dimanche matin, après avoir fait 25 morts et d'énormes dégâts dans les Caraïbes. Peu après minuit ce dimanche matin, l’ouragan Irma a été classé  en catégorie 3, alors que son œil se trouvait à 170 kilomètres au sud-est de Key West,  l’extrème pointe  de la Floride, avec des vents de 205 km/h. Il a ensuite été rétrogradé en catégorie 2, a indiqué le Centre américain des ouragans (NHC) à 17H00 heure locale.

L’ouragan Irma, malgré sa diminution en intensité, s’abat férocement  sur la côte ouest de la Floride vers 14 heures 35 avec des vents de 185 km/h. Soufflant après minuit à 175 km/h, Irma se trouve à une dizaine de kilomètres au nord de la station balnéaire de Naples et se dirige vers le nord de la Floride, à une vitesse de 22 km/h. 

A Orlando,  le centre de la Floride, les bourrasques de vents sont intenses où plus de 3 millions de résidences n’ont pas d’électricité. Irma devrait rester un ouragan jusqu’à lundi matin.

Alors qu’on l’attendait sur l’est de la Floride, c’est plutôt l’ouest qui sera le plus durement frappé par l’ouragan Irma.

L’évacuation massive s’est poursuivie hier dans l’État américain, les habitants fuyant par millions à l’approche de l’ouragan, censé toucher terre ce matin.

L’exode de masse dans cet État du Sud est historique. Irma a délogé 6 millions de personnes, soit plus du tiers de la population, selon les autorités floridiennes. Le réseau routier s’est retrouvé complètement congestionné, si bien qu’on a autorisé les automobilistes à utiliser l’accotement pour circuler sur certaines routes afin de faciliter les évacuations.

Plus de 54 000 résidants ayant reçu l’ordre d’évacuer leur domicile se sont entassés dans l’un des quelque 320 centres d’accueil ouverts par les autorités, la plupart dans des églises, des écoles ou des centres communautaires.

La trajectoire d’Irma semble avoir dévié. L’ouragan était attendu sur la côte Est, où se trouve la ville de Miami, mais ce sont les Keys, archipel du détroit de Floride, et tout le sud-ouest de l’État qui seront finalement les plus touchés, selon les prévisions du Centre national des ouragans des États-Unis (NHC).

OUF !
7 000 kilomètres parcourus, 40 morts, une dizaine de territoires touchés : les Antilles et la Floride viennent de vivre des moments cauchemardesques. Irma, cet ouragan gigantesque aux allures apocalyptiques a frappé l'imagination de tous les météorologues. Pendant une semaine, le monde entier le suivait en émotion forte, tant par la puissance étourdissante de ses vents que  par les zigzags de sa trajectoire. Il est à bien des égards, l'événement émotionnel le plus grand  jusqu'à nos jours, de l'année 2017. Tristes moments pour les habitants de St Martin, de St Barthélemy, des Îles Turques, de l'archipel des Bahamas, de Cuba et du sud de la Floride, éprouvés par des vents féroces et des inondations provoqués par cet ouragan monstrueux. Pour une fois , Haïti l'a échappé belle. Et cela a été un cadeau du ciel. Car le calibre de Irma aurait fait une bouchée d'elle et la consternation serait générale, pire qu'au lendemain du tremblement de terre de 2010.----

Irma est, en effet un ouragan qui a fait peur, peut être même aux climato-sceptiques. Mais c'est aussi  un ouragan qui fait office d'annonciateur sur l'état de la planète. Car le réchauffement climatique, qu'on le veuille ou non, pèse pour beaucoup dans l'intensification, l'accélération el la répétition augmentée des sinistres naturels de cette planète.

Herve Gilbert

Les précautions à prendre avant et après  un cyclone
selon Auguste Nazaire


OURAGAN IRMA - PLONGÉE AU CŒUR DE LA TEMPÊTE

Plongée au coeur de la tempête
Pour connaître la force réelle d’un ouragan, il faut carrément aller au cœur de la tempête. Pour remplir cette mission, l’Agence nationale océanique et atmosphérique des États-Unis (NOAA) ou (National Oceanic And Atmospheric Administration) utilise des avions spécialement convertis pour ce genre d’opération. Explications.

1. L’AVION SE DIRIGE AU CENTRE DE L’OURAGAN
Lockheed WP-3D Orion
La NOAA utilise deux avions Lockheed WP-3D Orion pour partir à la chasse aux ouragans. Les deux appareils sont surnommés Kermit et Miss Piggy, deux personnages de la célèbre émission The Muppet Show. Dans le cas d’Irma, un des avions est allé se placer dans l’œil de l’ouragan pour y lâcher des instruments de mesure au cœur de la tempête. « On pourrait penser qu’il n’est pas nécessaire d’envoyer des avions dans les ouragans, avec tous les satellites météo dont nous disposons, a expliqué John Cangialosi, météorologue au Centre national des ouragans (NHC), en entrevue avec l’AFP. Les satellites ont vraiment progressé, mais ils ne donnent que des estimations sur la force d’un ouragan. »

2. LANCEMENT DE LA SONDE DE MESURE
Chargement d'une catasonde à 
bord d'un Lockheed WP-3D.       
Une fois à l’intérieur de l’ouragan, les cinq membres de l’équipage ont l’impression de se trouver au milieu d’un immense stade en raison de la forme des nuages. Les spécialistes appellent d’ailleurs ce phénomène le stadium effect (« effet stade »). Le diamètre de l’ouragan Irma est de 30 km et sa superficie totale dépasse les 330 000 km2. Une sonde équipée d’un parachute est lâchée. Sa mission est de mesurer la température, l’humidité, la vitesse et la direction que prend l’ouragan. L’équipage peut lâcher ainsi plusieurs sondes à différents endroits dans la tempête pour recueillir le maximum d’informations.

3. COLLECTE DES DONNÉES
L’appareil effectue un autre passage pour récolter les données transmises par la sonde. Celles-ci sont immédiatement envoyées au Centre national des ouragans par transmission satellite. Elles sont utilisées pour raffiner les prédictions et les modélisations par ordinateur. C’est à partir de ces informations que les autorités décident ou non d’ordonner l’évacuation d’un secteur ou d’une région en particulier. Malheureusement, ces données ne sont pas parfaites. « Même si la science était parfaite avec toutes les bonnes équations, on ne peut pas prévoir une accélération de la puissance des cyclones, car il y a apparemment des facteurs aléatoires impossibles à mesurer, comme l’état initial de l’atmosphère », explique Owen Kelly, chercheur au Centre Goddard, en entrevue avec l’AFP.

4. UN DEUXIÈME AVION AU-DESSUS DE L’OURAGAN 

Le Gulfstream IV-SP
L’équipe de « chasseurs d’ouragan » de la NOAA utilise aussi un deuxième appareil pour mieux étudier chacune des tempêtes. Le Gulfstream IV-SP peut voler plus vite et à une altitude beaucoup plus importante (45 000 pieds ou 13 700 mètres). Avec  ses instruments de mesure, il peut notamment obtenir un portrait détaillé des systèmes atmosphériques situés dans la haute atmosphère au-dessus des ouragans en formation. La NOAA risque fort de ne pas manquer de boulot au cours des prochaines semaines. Déjà, deux autres ouragans se sont formés dans l’Atlantique, soit Katia et José. Avec six ouragans déjà identifiés en 2017, on serait néanmoins loin du record de 15 ouragans dans l’Atlantique pendant l’année 2015.

L'ouragan Irma vu de l'espace sur une image fournie par l'agence amé
ricaine d'observation océanique et atmosphérique le 5 septebre dernier

Sources : NOAA, Le Monde, Agence France-Presse, Wikipedia, La Presse

Illustration et Adaptation: HCC

Friday, September 1, 2017

Armée d’Haïti - « Si votre seul outil est un marteau, vous verrez tout problème comme un clou » (Abraham Maslow)


Les derniers Mohicans du Haut Etat-Major des FAD'H avant leur abolition en 1995
Par Max Dorismond

La plupart des Haïtiens ont le cœur à la base de l’espoir pour sauver coûte que coûte le malade à l’agonie. Souvent par carence de vision, par une naïveté toute puérile ou par un certain enthousiasme débridé, certains proposent des solutions sans envergure pour se retrouver plus tard au même point de départ.  D’autres encore, par un nationalisme identitaire défensif et inquiet qui puise sa justification dans la peur du voisin dominicain, accouchent de projets générateurs de perturbations et d’anarchie. Encore faut-il, pour comprendre ces choix,  ne pas sous-estimer la culture de violence, héritée des années d’enfer passées sous le joug de gouvernements dictatoriaux, supportés par une armée malfaisante ou, de préférence, une coalition de bourreaux décorés, animés par le seul désir de lucre. Cette sous-culture a laissé des traces indélébiles dans la psyché de la nation, d’où la propension de tout un chacun à proposer pour chaque problème à résoudre une solution simpliste, réalisable en un tour de mains. La théorie de Maslow, une tournure propre à la psychologie, est en fait, une métaphore qui dépeint assez bien notre situation. Ce qui, dans la réalité, nous empêche de faire le tri entre l’accessoire et l’essentiel.

Rien n’est simple sur ce bout d’île flottant avec plus de dix millions de bouches affamées, sur ce vaisseau à la dérive se dirigeant tout droit vers une catastrophe appréhendée. Dans notre hâte de détourner cet astéroïde de sa dangereuse trajectoire, aiguillonnés par cette peur outrancière, nous avons choisi de ressusciter l’armée nationale, la cause antérieure de notre mal-être collectif, l’objet primordial de notre dérive éternelle, bien avant  1915. Nous n’avons rien retenu du passé. Tout indique que la misère dégradante nous a tous infantilisés.

Les Tontons Macoutes en formation aux Abricots (1977)
En remettant des fusils aux esclaves, rapporte l’histoire, Sonthonax leur avait déclaré : « voici votre liberté … ». En procurant à chaque Tonton Macoute un révolver, Duvalier leur avait murmuré à l’oreille : « C’est votre salaire ». C’était le début de nos malheurs. En armant ces nouveaux militaires, nous semblerons dire à chacun d’eux : « Voici la clé des portes de l’enfer ».  Ce sera notre fin ! À renouveler cette inopportune erreur, c’est apporter la preuve que nous sommes tous à court d’idées et d’arguments. Dans notre précipitation, après la chute de Baby Doc en 1986, nous avons opéré de même en faisant preuve d’une myopie politique évidente pour avoir concocté une Constitution absurde qui nous a gratifiés de ces présidences à « fermeture éclair », dont l’aboutissement se résume à l’enrichissement illicite des petits copains sans aucune imputabilité.

Les sempiternelles questions !
BOID ou Brigade d'Opération et d'Intervention Départementale,
qui a fait parler d'elle en Haïti.                                                  
Une armée, va-t-elle résoudre le problème du chômage endémique, assurer la compétence de nos juges, suppléer aux limitations de nos parlementaires, restreindre le nombre de candidats à la présidence, forcer les commerçants délinquants à payer leur impôt, contribuer à la diminution de la démographie galopante, collecter les millions de Petro-Caribe perdus dans la brume, se faire payer en monnaie de singe ou en dollar des narcos, redonner une âme à nos éléphants blancs (les hôpitaux construits par le Canada) ?

Même si c’est loin de ses attributions, j’appréhende déjà les réponses à ces brûlantes interpellations. Comme une nuée de sauterelles aux dents aiguisées, cette armée, blindée de son pouvoir coercitif, à l’instar des satrapes du passé, va se subdiviser en de multiples petits clans mafieux pour dévaliser ce qui reste de pays, tout en accroissant la somme de ces épineuses controverses. La corruption aidant, ce sera une armée de cordes et de sacs. L’acronyme « FAD'H » sera, comme par le passé, synonyme de coups fourrés, de comploteurs aguerris,  de magouilleurs professionnels. Nous en avons suffisamment  soupé pour bien jouer au devin. 

L’insoutenable paradoxe.
Haïti est constitué de groupes intouchables, tels que des parlementaires voraces dédiés aux vices, inconscients de leur rôle de gestionnaire de nation, de puissants hommes d’affaires dénués de tout scrupule, des hommes de pouvoir très riches à faire pâlir Crésus, des juges corrompus, achetables et malléables à souhait, des gangs criminels roulant carrosses dorés, des vendeurs de drogue avec des ramifications internationales, des tireurs de ficelle ou jongleurs invétérés de tout acabit, etc …

Voici les derniers des putchistes de l'armée d'Haïti qui a été démobilisée, il y a 18 ans, en 1995 par Jean-Bertrand Aristide après son retour au pouvoir.                                               
Face à cette élite de malfaiteurs aux dents acérées, toujours au dessus des lois, quelle sera l’attitude des « FAD'H » ? Seuls les irrationnels ne verront pas venir la réponse à cent mille à l’heure. Quand le poids des traditions corsète les esprits, ne nous attendons pas à un sursaut de conscience pour sauver cette malchanceuse nation. Tant que ces barons inattaquables occupent le haut du pavé, l’armée serait justifiée à utiliser sa puissance pour jouer le jeu et s’enrichir à son tour. Nous ne paierons rien pour attendre. Haïti sera une fois de plus métamorphosé en une nation de « bandits légaux ». Car, créer les « FAD'H », c’est consolider l’équation de la bêtise en ajoutant d’autres requins à la marre aux crocodiles.

Certaines pistes de solutions
Haïti ne serait pas le premier pays à fonctionner sans une armée. Des exemples pullulent de par le monde. Pourquoi ne pas nous asseoir et méditer sur deux ou trois de ces trouvailles pour une démarche comparative, pour un investissement rationnel du budget. Le risque d’une guerre s’avère totalement improbable pour Haïti. Si la création de l’armée, dites-vous, est une façon de créer des emplois pour nos jeunes, je n’en disconviens pas. On obtiendra le même résultat en pensant, de préférence, à mettre sur pied un service de pompiers professionnels, un service de police efficace, un service d’inspecteurs maritimes pour la sécurité de nos côtes en vue de contrecarrer les projets des contrebandiers, moyennant un salaire adéquat pour tous aux fins d’éviter les tentations. Les heureux élus recevront une formation  universitaire adéquate à la hauteur  de leurs tâches respectives.

La Police actuelle - Ce corps doit être composé de professionnels instruits, dédié au service de la population et non aux intérêts d'un gouvernement ou d'une élite de malfaiteurs.                                                           
Tout prêt de nous, dans les Caraïbes, existe le « système de sécurité régionale » qui regroupe plusieurs îles aux alentours. Elles ont fusionné leurs forces à titre d’une défense commune. Pourquoi ne pas tenter de suivre ce trait de génie ?

J’ai fourni ci-dessous, pour votre gouverne, un succinct résumé de quelques pays sans armée et des solutions alternatives adoptées par chacun d’eux.1 Il y en a plus d’une vingtaine de par le monde. Toutefois, dans cette nomenclature, il faut prendre en compte la population relative de chacun avant de faire un choix. Ayez l’intelligence de vos moyens.  Ne vous précipitez pas. Il faut savoir résister aux chants des sirènes et aux grimaces des macaques.

    1 - Costa Rica : Le pays possède une force de sécurité de 8 000 hommes. Sans armée depuis 1948, il tient toujours la route et a investi ce budget dans l’éducation de son peuple et ça marche. Il se révèle l’un des pays les plus calmes de sa zone.
    2 - La Dominique : Très proche de nous, la défense du pays est assurée par le système de sécurité régionale regroupant divers pays des Caraïbes. Une solution que Haïti aurait intérêt à envisager.
    3 -  Grenade : Depuis l'invasion par les États-Unis en 1983, le pays n'a plus d'armée. La défense du pays est assurée par le système de sécurité régionale regroupant divers pays des Caraïbes. La police possède une petite unité paramilitaire pour les interventions internationales.
    4 - Les Îles Marshall : La défense du pays est assurée par les États-Unis.
•  5- Panamá : Le pays a dissous son armée en 1990, une décision unanimement confirmée par un vote parlementaire en 1994. Les forces publiques panaméennes comprennent la police nationale, le service national des frontières, le service national aéronaval et le service de protection institutionnel qui possède quelques capacités militaires.
    6 -  Sainte-Lucie : La défense du pays est assurée par le système de sécurité  régionale regroupant divers pays des Caraïbes. La police royale de Sainte-Lucie comprend deux unités paramilitaires de 116 hommes : une unité de garde-côtes et le Special Service Unit qui sont responsables de la sécurité interne.
    7 - Saint-Vincent-et-les Grenadines : La défense du pays est assurée par le système de sécurité régionale regroupant divers pays des Caraïbes. Le pays possède une unité d'intervention.

Voilà ! Ce fut mon grain de sable dans le débat en vue de conjurer la catastrophe annoncée.

Max Dorismond
Albums


Note 1 : Sources : Wikipédia. Pour approfondir les détails, cliquer sur les liens en bleu et attendre 60 secondes.


Restropective sur les Forces Armées d'Haïti  (FAD'H)

Thursday, August 24, 2017

Il y a 53 ans : les Vêpres de Jérémie


PAGES SOMBRES DE L’HISTOIRE D’HAITI.

Tout bon citoyen doit  bien comprendre son passé pour mieux aborder l’avenir. Surtout pour nous, Haitiens qui cherchons notre voie après bien des soubresauts et des violences de notre histoire. Haïti Connexion Culture continue ses reportages historiques  sur les pages sombres de notre histoire.

Le régime Duvalier (Père et fils)
Après qu’il se fit autoproclamer président à vie, le 14 juin 1964, l’ex-dictateur François Duvalier entreprit une véritable chasse aux sorcières dans plusieurs régions du pays, notamment le Sud-Est et la Grand'Anse. Des massacres ont été commis par les sbires de Duvalier pour asseoir sa dictature. Les plus célèbres ont été ceux de Mapou, Thiotte, Grand-Gosier, Belle-Anse et les Vêpres de Jérémie à partir du 5 Août 1964. Ce 5 Août 2017 ramène le 53e anniversaire de ces massacres. On s’en souvient ! Pour les commettre, François Duvalier utilisa les membres des Forces Armées d’Haïti (FAD’H) et les Tontons macoutes, une autre force paramilitaire établie à cette fin. Voici donc la chronologie des faits pour l’édification du grand public.

Du mois de juin au septembre 1964, à la suite d’une infiltration, le 24 juin 1964, dans la région du Sud-Est, d’une guérilla anti-Duvaliériste basée en République Dominicaine, les macoutes et l’armée déclenchent une vaste opération de répression et exécutent environ 600 personnes dans les localités de Mapou, Thiotte, Grand-Gosier et Belle-Anse. L’une de ces tueries est passée dans la mémoire populaire comme le « massacre des paysans de Thiotte ». Les macoutes exécutent hommes, femmes, enfants, nouveaux-nés et vieillards soupçonnés d’avoir aidé les rebelles ou de ne pas leur avoir résisté. Plusieurs familles comptant des dizaines de membres sont entièrement exterminées. Un enfant, âgé de neuf ans, réussit à s’échapper, mais arrêté quelques jours plus tard puis conduit au Palais National, il aurait été tué personnellement par François Duvalier.

Trois des 27 personnes tuées lors des Vêpres
En août 1964, un autre événement est connu sous le nom de «Vêpres de Jérémie ». À Jérémie, sud-ouest du pays, des soldats de l’ex- Forces Armées d’Haïti menés par l’officier William Regala, les Lieutenants Abel Jérôme et Sony Borges et par les macoutes Sanette Balmir et St.Ange Bontemps tuent 27 personnes (hommes, femmes et enfants), appartenant toutes à des familles de mulâtres éduqués ; alors que tous les exécuteurs sont des proches des personnes tuées. Plusieurs familles de Jérémie dont Sansaricq, Drouin et Villedrouin sont exterminées. Un enfant de quatre ans, Stéphane Sansaricq, est torturé devant sa mère avant d’être tué. Les macoutes Sony Borges et Gérard Brunache éteignent leurs cigarettes dans les yeux d’enfants en pleurs.

Les 13 membres du groupe Jeune Haïti
Le 5 août 1964, à la suite de l'entrée sur le territoire haïtien de treize membres (un noir et douze mulâtres) du groupe « Jeune Haïti » dans le sud du pays, François Duvalier, dans le cadre de sa politique noiriste, va ordonner des représailles contre les mulâtres de la ville de Jérémie. Les haines et rancœurs accumulées au cours des décennies contre ces derniers servent de prétexte aux ordres donnés par Williams Regala aux agents militaires et aux Tontons macoutes de tuer. Vingt-sept personnes, issues de deux familles des membres de Jeunes Haïti, sont massacrées dans la ville de Jérémie. Les treize membres du groupe Jeune Haïti sont traqués, tués sur place ou emmenés et exécutés en public dont deux devant le cimetière de Port-au-Prince. Aux mois d'août, septembre et octobre de nombreuses mulâtresses, femmes, vieillards et enfants sont torturées puis tuées. En récompense, Williams Regala est promu général. En 1986, après le départ de Jean-Claude Duvalier, il est devenu membre de la junte au pouvoir  du général Henri Namphy.

A l’occasion du 50e anniversaire des Vêpres jérémiennes, au début mois d’Août 1964, un comité de devoir de mémoire a été institué par des proches des victimes. Ce Comité a annoncé un ensemble de manifestations pour commémorer cette date sombre dans l’histoire du peuple de Jérémie. Le lundi 4 août 2014, une veillée de prières était organisée à la Cathédrale Saint-Louis à Jérémie. Une messe du souvenir a été aussi célébrée au même endroit, ce mardi 5 août 2014, suivie d’un pèlerinage vers le mausolée des victimes. Une conférence-débats, suivie de l’inauguration d’une exposition-souvenir sur les 13 membres de « Jeune Haïti » et les Vêpres de Jérémie de 1964, est annoncée pour le mercredi 6 août 2014 à la bibliothèque Carl Edward Peters de Jérémie.

Des films documentaires comme « L’homme sur les quais » de Raoul Peck, « Le règne de l’impunité » d’Arnold Antonin et « Wòch nan solèy » de Patricia Benoit ont été projetés à cette bibliothèque, respectivement les 7, 8 et 9 août 2014. Des représailles ont été orchestrées par François Duvalier contre treize membres du groupe « Jeune Haïti », dont des mulâtres, après leur entrée dans la ville de Jérémie, en août 1964.

Lors des massacres, des stylets et des cigarettes ont même été utilisés comme instruments de torture à l’encontre des enfants par des macoutes avides de sang. Capturés par les macoutes, Marcel Numa et Louis Drouin sont torturés et fusillés à Port-au-Prince, en pleine rue, devant le cimetière, en novembre 1964. Duvalier exigea la présence des employés de l’État, du secteur privé, des élèves de toutes les écoles (préscolaire, primaire, secondaire) et des étudiants de différentes facultés sur le lieu de l’exécution pour qu’ils en furent témoins. Quelle horreur ! Des orchestres populaires furent contraints de s’y rendre pour jouer de la musique. Des boissons gratuites furent distribuées en la circonstance. Les cadavres tombés en putréfaction au vu et au su de tous furent détachés des poteaux après seulement plusieurs jours. Ce sont donc là les atrocités commises par des membres des ex-forces Armées d'Haïti sous l’ordre du dictateur François Duvalier.

Auteur Isabelle L Papillon
Illustrations : HCC