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Tuesday, June 30, 2015

BARNAVE GILBERT:UN PILIER DE MON INTELLECT

Par Jacques Saint-Surin
Jacques Saint-Surin
“It takes a village to raise a child”, on le répète, aux Etats-Unis, depuis la publication du livre d’Hillary Clinton, portant ce titre. « Il prend un village pour élever un enfant ». Proverbe africain qui faisait la pratique dans les mœurs haïtiennes d’antan.

Cependant, ce temps est bien révolu, de nos jours. Je me souviens du temps de mon enfance où le voisin et même le mendiant de la rue avait droit de cité dans l’élévation d’un enfant de Jérémie. Toute dérive d’adolescent trouverait la réprobation immédiate d’un ainé, qu’il soit riche ou pauvre, paria, goujat ou mentor. Ce qui fut la norme acceptée et respectée, par tous, comme un contrat social.

En fait, il fut de coutume dans ma ville natale, au temps de mon enfance, de recevoir une raclée d’un voisin, pour une quelconque déviation de bonne conduite. Ce qui était rare. Mais acceptable, en cas d’erreurs graves, que souvent, les enfants coupables marchandaient pour le silence à leurs parents. L’indignation de ces derniers serait verte et sujette à une seconde fessée, en plus d’autres sévères punitions et privations de loisirs.

Barnave Gilbert (21 Février 1913 - 25 Novembre 2004)
Tout ce récit est pour faire mention d’un personnage jérémien qui fut l’un de mes mentors. Barnave Gilbert ! Il fut le père de Carl et Herve Gilbert, fondateurs de cette media électronique. Mes entremises, avec ce Directeur d’une institution scolaire de Jérémie, puis Inspecteur délégué au Département de l’Education Nationale, furent terrifiantes, un après-midi de vendredi de décembre. Je me souviens bien de notre échange, mais pas tellement de la contravention malencontreuse qui m’eut mis en face de cet homme stoïque et intolérant des mauvaises mœurs.

Maitre Barnave Gilbert m’avait pris, en flagrant délit d’une mauvaise dérive. Alors je pensais négocier mon forfait, par une astuce, contre son silence, il m’a fait réaliser la plus grande bêtise de mon enfance. J’ai vraiment indigné et insulté « Me Gilbert  », qui m’a tiré et pincé l’oreille.

- « Petit con ! » me criait-il, avec horreur, tout en poursuivant : « Tu oses m’offrir un pot de vin. Tu ne vas pas m’entrainer dans tes petites combines. Je ne me mêle jamais des magouilles. Je vais, de ce pas, avertir tes parents de ton insolence ».
C’était, pour mon esprit sacro-saint et ultra religieux, la fin du monde. Dans ma conscience, tournoyaient tous les reproches immondes de la terre.

- « Comment ai-je pu commettre une si odieuse stupidité », me renvoyait l’écho de la voix rageuse de mon bon ange gardien, résonnant dans ma tête, avec remords.
C’était la saison de Noel. Je fus très noté, depuis l’âge de 7 ans, pour la production de mes cartes de Noël, prisées par tous, à cause de leur originalité artistique et surtout à cause de mon âge. J’ai eu l’audace de proposer à cet homme intègre de la ville une « proposition de magouilleur ». Je ne pouvais pas croire de lui avoir proposé une douzaine de cartes de Noël « GRATIS ! », pour son silence.

Je l’ai bien regretté. Ses remontrances furent plus sévères qu’une bastonnade. Il est des mots, dans la Cité des Poètes, qui tuent mieux qu’un coup de poignard au cœur.
Ce jour-là, j’ai pu enrichir mon vocabulaire de ces terminologies étranges à ma connaissance d’adolescent : « combine, magouille » et de l’expression « pot de vin ». J’ai eu réellement honte lorsque j’en eus demandé la définition à ma mère. Il me fallait lui donner les circonstances auxquelles j’avais fait la connaissance de ces mots. Car ce serait, alors, une atrocité de péché mortel que de mentir à ma propre mère.

Tout est bien qui finit bien. Quelques jours après, je sortais de la messe de dimanche avec mon père et ma mère, et fis la rencontre nerveuse avec Me Barnave Gilbert. Mon cœur palpitait comme le rythme trépidant des tambours d’une savane africaine. Mon ventre hurlait d’une attaque soudaine de diarrhée.

- « Encore cet homme qui va me rendre la vie dure ! » me répétai-je, de mon for intérieur.

Cependant, il n’en fut rien qu’un simple et chaleureux coup de main de convivialités… Avec cette mention honorable :

- « Je suis fier de toi, mon fils », en hommage élogieux à une médaille d’honneur accroché à ma poitrine. Je venais juste d’en être décoré pour être le « premier de ma classe ».

Je fus gonflé d’orgueil, depuis lors.
Ah ! Ces grands piliers de mentors Jérémiens  qui m’ont façonné ! Et dont je suis si fier.
Chicago, le 28 juin 2015