Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Sunday, September 27, 2026

À lire une tranche de Thélyson Orélien dans « C’était ça ou mourir »

Par Max Dorismond

Un jeune Haïtien, depuis quelques mois, fait trembler les colonnes du temple littéraire avec son premier livre: « C'était ça ou mourir ». Une oeuvre charismatique qui vient chercher le lecteur dans ce qu'il a de plus intime. Les prix pleuvent à l'international. Sur toutes les tribunes, on réclame le jeune Thélyson Orélien, la vedette de l'heure, l'écrivain en puissance.

Et puis, du jour au lendemain, on a fait intervenir un logiciel, Pangram, détecteur d'utilisation de l'IA dans la rédaction de textes, de livres, etc. Résultat : Thélyson est accusé d'avoir eu recours à ChatGPT ou autres bidules pour rédiger son ouvrage. 

Scandale dans la famille ! Pleurs, cris, indignation. La médisance a déjà habillé le décor. C’est le procès public. Le Goncourt, qui se préparait à choisir d'office la jeune vedette pour son prix de l'année, s'est empressé de bannir le bouquin de sa liste. Triste et regrettable. Nous n'avons plus de mots. Une localité du Québec, l’Estrie, qui l’avait invité à titre de président d’honneur de son « Salon du livre », en Octobre, l’a banni de son répertoire. C’est triste! 

Commentaire

Personnellement, j’ai lu une partie de « La route de Jérémie » décrite dans le livre de Thélyson Orélien, servie avec une touche de « français créolisé » ou « français caraïbéen », je me suis posé une question: si le livre que je n’ai pas encore lu, avait été écrit entièrement dans ce style, n’y aurait-il pas une certaine méprise au cas où Pangram (le logiciel) se serait trompé? Car, « le français créolisé » n’est pas très populaire dans la littérature internationale. Si oui, loin du désir raciste, pervers et intéressé du fouineur (Samuel T.) qui a soumis l’ouvrage de Thélyson aux supplices du collier, le résultat ne serait pas étonnant et il fallait s’y attendre. La horde des complotistes professionnels n’était pas loin pour sauter sur la proie fraîchement servie sur un plateau d’argent, même s’il a été rapporté que même la Bible a été écrite par un logiciel selon Pangram. Cliquez sur ce lien pour mousser le ridicule : https://vt.tiktok.com/ZSb8CsA7X/ 

D’ailleurs, Orélien n’est pas le premier. Le cas de l’écrivain Jamir Nazir, auteur de « The serpent in the Groove » ou Yannick Haenel pour son roman (« Cercle »), en furent des exemples éclairants. Ils avaient subi la même humiliation pour être reconnu plus tard que ce fut une erreur. Et ils ne sont pas les seuls. Le milieu littéraire en est saturé. J’espère une réhabilitation hâtive pour Thélyson Orélien. 

En attendant, je vous invite à jeter un œil ci-dessous, sur quelques paragraphes de : « C’était ça ou mourir » et tirer votre propre conclusion. 

Max Dorismond. 

 « Le bus était plein. – Sur la route de Jérémie

Trente-deux personnes tassées comme des sardines croyantes : des femmes avec leurs ballots, des enfants assis sur des genoux trop maigres, un vieux qui portait une cage à coqs, un garçon sourd qui jouait avec un couteau en plastique. Moi, je me suis assis tout au fond, contre la vitre, à côté d’un prêcheur de fortune qui lisait des versets comme on mâche des cacahuètes. Il m’a regardé et m’a dit : « Frè, ou gen kwa jezi a nan kè w ? » (Frère, as-tu la croix de Jésus dans ton cœur ?) J’ai dit oui, parce qu’en Haïti, il faut toujours dire oui à Jésus, même si tu ne crois qu’à la loterie. 

La route de Jérémie n’est pas une route. C’est une épreuve. Elle serpente à la manière d’une vipère énervée, grimpe et redescend tel un député en campagne électorale. Le chauffeur s’appelait Louima, un type sans cou qui conduisait en klaxonnant frénétiquement chaque fois qu’il croisait un virage – c’est-à-dire toutes les douze secondes. Moi, j’avais la nausée, la foi vacillante, et la désagréable sensation que mon slip me remontait trop haut dans l’âme. 

Pendant trois heures, tout a presque bien été. Les gens priaient, dormaient, partageaient des bananes plantains, et le bus avançait lentement, avec des hoquets de moteur et des soupirs de pneus. À midi, on s’est arrêtés pour uriner derrière des arbres – ç’a été le moment le plus démocratique de la journée. Tout le monde pissait ensemble, les riches, les pauvres, les saints, les païens, les constipés. Puis on est remontés à bord et la mort nous a suivis. 

Elle est d’abord apparue sous la forme de deux motos qui nous ont doublés à toute vitesse, puis d’un pick-up garé en travers de la route. Trois hommes en sont descendus. Armés jusqu’aux dents. Pas des policiers, ni des militaires. Jeans troués, t-shirts sales, regards de chiens blessés. Des hommes à qui on avait volé la jeunesse et qui maintenant voulaient se faire rembourser avec du sang. 

Le bus a freiné. Le vieux, avec ses coqs, a crié « Mon Dieu ! » et le prêcheur, à côté de moi, a commencé à prier à voix haute, comme si le ciel avait des micros. Une femme s’est mise à vomir. Les enfants pleuraient. Le chauffeur transpirait. Et moi, je sentais mon cœur battre jusque dans mes orteils. 

Un des hommes est monté à bord. Il a regardé tout le monde sans dire un mot. Puis il a hurlé :

— TOUS LES HOMMES, DESCENDEZ ! LES HOMMES SEULEMENT ! Sa voix ne laissait pas de place à l’interprétation. C’était la voix de ceux qui tirent avant de réfléchir. Alors j’ai obéi. 

On a été neuf à descendre. Neuf types aux visages différents mais avec le même regard, le regard de ceux qui sentent qu’ils pourraient être rayés du monde dans cinq minutes. On s’est alignés sur le bas-côté. Un autre type armé nous a inspectés comme du bétail. Il a demandé à voir nos papiers. Aucun de nous n’en avait. À quoi bon avoir une carte d’identité dans un pays qui n’en est plus. 

Le chef – il se faisait appeler Boss Matyas – est descendu du pick-up. Il était jeune, trop jeune pour être aussi puissant. Il portait un t-shirt de Messi, un pantalon noir et un fusil plus grand que lui. Il a regardé chacun d’entre nous. Il a dit : — Voilà ce qu’on va faire. Il me faut deux soldats. Les autres, je n’en ai pas besoin. Alors faites-moi rire. Si tu me fais rire, tu vis. Si tu ne me fais pas rire…Il a levé son arme — Alors tu seras drôle pour les corbeaux. 

On s’est regardés. Personne ne riait. Il a désigné le premier gars, un maçon de Delmas. Le type a tenté une blague. C’était nul. Personne n’a ri. Bang. Il est tombé. Sa tête a explosé comme une calebasse trop mûre. Un silence épais s’est installé, le genre de silence qui colle aux dents. Puis il a pointé le deuxième gars, un étudiant de Jacmel, qui a chanté l’hymne national en changeant les paroles. C’était absurde. Boss Matyas a ri. Il l’a gardé. Troisième gars. Trop nerveux. Il s’est pissé dessus. Matyas a ri. Il l’a gardé aussi. Le quatrième, le cinquième, le sixième ont eu la vie sauve. Puis est venu le septième. Il n’a rien trouvé à offrir. Pas un mot. Pas un souffle. Le vide. Et le coup est parti. Le huitième. Même désert. Même mutisme. Même fin, sèche et immédiate. 

Puis ç’a été mon tour. Je n’avais rien. Ni blague, ni chanson, ni pipi. Juste la peur et un cerveau à moitié vide. Alors j’ai fait ce que ma grand-mère m’avait appris : j’ai récité le psaume 23 à l’envers. Pas parce que je suis un sorcier, mais simplement parce que j’étais trop paniqué pour le réciter dans le bon sens. Ça donnait : « Je marche sans guide dans la vallée de l’ombre de moi-même. Je crains le mal, car ta présence s’est tue. Ta houlette est tombée, ton bâton s’est brisé. Et nul ne me rassure… » Comme ça. Les mots se bousculaient, je tremblais, je bredouillais, et lui, il riait. Il riait ! D’un rire de moteur qui cale. Il a dit : — Toi, tu es fou. J’aime ça. Va-t’en! 

Je suis monté dans le bus, tremblant. J’ai croisé le regard du vieux aux coqs : il m’a tendu une bouteille d’eau. J’ai bu. L’eau était tiède, sale, mais elle avait le goût de la survie. Autour de moi, le prêcheur pleurait, une femme priait, un enfant dormait sur un sac de riz ; et le bus, lui, retenait son souffle, comme s’il attendait qu’on lui rende le droit de rouler. Le chauffeur est descendu, lentement. Il n’a pas parlé. Il a levé les mains, a ouvert ses paumes : l’argent froissé des recettes, chiffonné, humide de sueur ; le maigre trésor d’une journée à porter des vies. Il disait sans le dire : « Voilà tout ce que j’ai. Voilà tout ce que je peux offrir. Matyas l’a fixé de ce regard qui pèse une existence comme on soupèse une pierre. Il a fait un signe de la tête, a cueilli les billets d’un geste sec et a lâché, presque distraitement, en désignant le bus : — Alé. 

Le chauffeur est remonté. Il a tourné la clé. Les vivants ont repris leur place ; les morts, eux, sont restés au bord du chemin, avec le silence pour seul linceul. Le moteur a toussé, puis s’est soumis. Le bus est reparti. 

Personne ne parlait. Personne ne demandait ce qui s’était passé. C’est ça, Haïti : chaque jour est une nouvelle tragique qu’il vaut mieux ne pas confirmer. Le chauffeur n’a pas ralenti une seule fois. Il voulait fuir la mort comme on fuit une dette. Par la fenêtre du bus, j’ai regardé le paysage. Les montagnes. Les arbres. Les maisons en tôle. Je me suis demandé : qu’est-ce qui fait qu’on reste dans un pays qui veut nous tuer à chaque virage ? Ce n’est pas l’amour. Ce n’est pas l’attachement. C’est juste qu’on ne sait pas où on pourrait aller. Jusqu’à ce que la mort monte dans notre bus et nous donne une claque. Une claque qui réveille, ou qui enterre. 

C’est ce jour-là, après l’épreuve du bus, que j’ai commencé à me dire : « Peut-être que ce pays ne veut pas de moi. Peut-être que je dois partir. Vraiment partir. » Je n’aspirais pas à quelque chose de bien, juste à moins pire. Parce que vivre, c’est ça parfois : choisir le bourreau le moins cruel. Quand je suis arrivé à Jérémie, je savais déjà que je ne resterais pas. Il n’y avait pas de paix à cet endroit. Juste une autre forme de peur. Plus calme. Plus insidieuse. Moins armée, mais plus lourde. Et moi, j’étais déjà un fuyard professionnel. 

J’ai patienté à Jérémie trois jours. Juste assez pour confirmer ce que je pressentais : la paix n’existe pas, ce n’est que la peur qui change de vêtements. Là, elle portait un pantalon froissé, un air de province résigné, des silences trop longs. On disait que les gangs ne régnaient pas à Jérémie, mais en vérité ils étaient juste au repos. Comme des fauves repus qui attendent la prochaine proie. J’ai dormi chez une cousine éloignée de ma mère, une femme nommée Rosélène qui tenait une petite boutique de rien du tout : trois boîtes de conserve, deux savons, un paquet de biscuits et une radio toujours branchée sur une station qui parlait fort plus qu’elle ne disait la vérité. Elle m’a offert un coin de matelas et un verre d’eau tiède, et m’a posé une question qui me hante encore : — Jonas, ou panse ou ka kouri pou tout vi w konsa ? (Jonas, crois-tu que tu pourras passer ta vie à fuir ?). Elle avait raison. Je ne pouvais pas fuir toute ma vie. Mais je ne pouvais pas rester non plus. Ce pays m’avait regardé dans les yeux et m’avait dit : « Va-t’en. Je n’ai rien pour toi. » 

Le troisième jour, en allant acheter un pain au beurre pour Rosélène, j’ai vu un enfant mort dans le caniveau. Il avait l’air de dormir, sauf que ses yeux étaient ouverts sur rien. Personne ne s’arrêtait. Pas même les chiens. L’enfant portait un short rouge. Il avait peut-être sept ans. Moi, j’en avais vingt-neuf, mais à ce moment-là je me suis senti plus fragile que lui. Lui, au moins, ne risquait plus rien. Moi, j’étais encore debout, donc encore coupable ». 

« C'était ça ou mourir » de Thélyson Orélien, Grasset, 272 pages. 

Courage  l'ami ✨️ 🙏❤️

 


Saturday, September 12, 2026

ANDRÉ DÉJEAN, MONSIEUR LE MAESTRO…

André Déjean - Mémoire d'un grand musicien

Par Herve Gilbert

Il m’est difficile d’écrire ces lignes aujourd’hui. Car lorsqu’un grand musicien nous quitte, ce n’est pas seulement une personne qui disparaît : c’est une partie de notre propre histoire qui s’en va avec lui.

J’ai grandi avec cette musique. Dès mon adolescence, je jouais du saxophone alto et j’ai appris à aimer les instruments à vent, les harmonies, les arrangements et cette magie particulière qui naît lorsque plusieurs musiciens se réunissent pour créer quelque chose qui les dépasse.

Parmi les notes qui ont nourri cette passion, il y avait celles des Frères Déjean de Pétion-Ville. André Déjean et son frère Fred faisaient partie de ces musiciens qui nous enseignaient sans jamais avoir besoin de nous donner une leçon. On apprenait simplement en les écoutant.

On écoutait la trompette et le saxophone se répondre, se confondre, parfois même se fusionner dans une harmonie envoûtante. On écoutait cette précision harmonique et rythmique qui faisait battre le cœur du konpa. Et, sans même nous en rendre compte, nous découvrions ce que signifiait véritablement être musicien.

L’ÉPOQUE OÙ LE KONPA ÉTAIT UNE ÉCOLE DE VIE

Aujourd’hui, avec les technologies modernes, on peut produire de la musique en quelques clics. Mais à l’époque d’André Déjean, la musique se construisait autrement.

Il fallait répéter. Encore et encore. Il fallait connaître son instrument, écouter les autres, respecter les arrangements et comprendre qu’au sein d’un orchestre, personne ne joue uniquement pour lui-même. C’est cette école-là qu’André Déjean représentait.

Avec les Frères Déjean, il appartenait à cette génération qui a donné au konpa ses lettres de noblesse. Une génération qui a compris que la musique ne devait pas seulement faire danser : elle devait aussi raconter une époque et porter l’identité d’un peuple.

Et lorsque je pense à cette époque, je revois tous ces grands noms qui ont fait vibrer Haïti : Tabou Combo, Skah Shah, Tropicana, Magnum Band, Septentrional, et tant d’autres. C’était l’âge d’or. Les orchestres étaient nos héros.Les musiciens étaient nos vedettes.

Les chansons racontaient nos histoires. Et le konpa était partout : dans les clubs, les bals, les fêtes familiales, les maisons, les quartiers…Et surtout, dans nos cœurs.

ANDRÉ ET FRED : DEUX FRÈRES, UNE SIGNATURE

Dans cette histoire, il faut saluer l’extraordinaire complicité entre André et Fred Déjean : deux frères, deux grands instrumentistes, deux voix de cuivre qui ont contribué à créer la signature sonore si particulière des Frères Déjean. Autour d’eux gravitaient également des musiciens exceptionnels. Parmi eux, Isnard Douby, trompettiste à leurs côtés avant de devenir l’un des grands chanteurs et maestros du System Band.

Les Frères Déjean étaient ainsi bien plus qu’une formation musicale : ils étaient une école, un laboratoire de talents et un véritable carrefour de la musique haïtienne. Et c’est peut-être là que réside toute la grandeur de cette génération : elle ne s’est pas contentée de jouer. Elle a formé, inspiré et ouvert la voie.

ET PUIS LES GÉNÉRATIONS ONT CONTINUÉ…

Une fois les fondations posées, les générations suivantes ont naturellement repris le flambeau.Lorsque j’écoute aujourd’hui Nu-Look ou Klass, je n’y vois donc pas une rupture avec cette histoire. J’y vois une continuité.

Une nouvelle génération a modernisé le langage musical, enrichi le konpa de nouvelles harmonies et de nouvelles sonorités, tout en portant plus loin cet héritage. Mais le fil demeure. Des Frères Déjean aux groupes d’aujourd’hui, des pionniers aux générations contemporaines, notre musique continue de raconter la même histoire :

Nous sommes Haïtiens.

Nous aimons.

Nous dansons.

Nous souffrons.

Nous espérons.

Nous partons parfois très loin de notre terre natale… Mais lorsque le konpa commence à jouer, nous rentrons à la maison. C’est peut-être là le plus grand héritage d’hommes comme André Déjean.

UNE MUSIQUE QUI NOUS RAMÈNE À HAÏTI

Aujourd’hui, André est parti. Mais son absence ne sera jamais complète. Il sera là lorsque nous entendrons une vieille chanson des Frères Déjean. Il sera là lorsque les cuivres commenceront à chanter. Il sera là lorsqu’un jeune musicien prendra sa trompette pour chercher cette note parfaite. Et il sera là lorsqu’un Haïtien, quelque part dans le monde, entendra un konpa et dira simplement : « Cette musique me rappelle Haïti. » Voilà la véritable immortalité d’un artiste. Ce n’est pas de vivre éternellement. C’est de continuer à vivre dans l’émotion des autres.

ANDRÉ, DE MUSICIEN À MUSICIEN…

Je voudrais simplement te dire merci. Merci pour les notes. Merci pour les arrangements. Merci pour les émotions. Merci pour les souvenirs. Merci d’avoir porté si haut le nom de notre pays. Merci d’avoir contribué à faire du konpa non seulement une musique, mais un patrimoine, une identité et une mémoire.

Nous, les musiciens, savons ce que le public ne voit pas toujours : derrière quelques minutes de musique se cachent des années de travail, de discipline, de sacrifices et de passion. C’est cette partie invisible de ton œuvre que je veux saluer aujourd’hui.

TA TROMPETTE S’EST TUE…

Vendredi 11 septembre 2026, à Miami, une voix de notre patrimoine musical s’est éteinte.Mais non, André…Ta trompette ne s’est pas vraiment tue. Elle a simplement quitté cette scène pour entrer dans une autre dimension. Elle continuera de jouer dans notre mémoire. Elle continuera de résonner dans notre patrimoine. Elle continuera de parler à ceux qui savent écouter. Et peut-être qu’un jour, quelque part là-haut, tu retrouveras Tony Moise, Zouzoul, MIKABEN,  Isnard Douby, Gérard Daniel, Dadou Pasquet et tous ces grands musiciens qui nous ont précédés. Vous vous regarderez. Vous prendrez vos instruments. Et vous commencerez une nouvelle répétition… Et moi, comme tant d’autres amoureux du konpa, je resterai ici-bas, les yeux fermés, à écouter. Parce qu’une grande musique ne meurt jamais.Elle se transmet.Elle voyage. Elle se réinvente.Elle traverse les générations.  Et surtout… elle reste dans l’âme d’un peuple.

Repose en paix, Maestro André Déjean.

À ta famille, à tes proches, aux membres passés et présents des Frères Déjean de Pétion-Ville, ainsi qu’à toute la communauté musicale haïtienne, j’adresse mes condoléances les plus profondes. Merci pour l’héritage. Merci pour la musique.  Merci pour Haïti.

Haïti peut être pauvre en beaucoup de choses, mais elle est immensément riche de ses talents.

Dors en paix, Maestro. La trompette s’est tue. Mais le konpa continue de jouer. Et tant qu’il jouera, André Déjean vivra.

HCC — Haiti Connexion Culture


Thursday, September 3, 2026

UNE TRAGÉDIE QUI INTERROGE LA POLITIQUE D’EXPULSION DE TRUMP

Pierre Damas Bel 
Le coût humain de la politique de Trump

Un jeune immigré haïtien de 20 ans, qui venait tout juste d’obtenir son diplôme d’études secondaires et de s’inscrire à l’université, est mort après s’être engagé sur une autoroute et avoir été heurté par un camion. Selon sa famille et ses défenseurs, la perspective d’une expulsion vers une Haïti ravagée par la violence, ainsi que le traumatisme lié à son placement sous surveillance électronique, avaient profondément affecté le jeune homme.

Son histoire est bouleversante. Mais au-delà du drame personnel, elle soulève une question plus vaste et douloureuse : que devient le rêve américain lorsqu’un jeune homme qui a fait tout ce qu’on attendait de lui finit par vivre dans la peur d’être expulsé ?

Un jeune homme qui avait tout pour réussir

Pierre Damas Bel avait 20 ans. Il était haïtien, immigré aux États-Unis, étudiant et, surtout, un jeune homme qui semblait avoir devant lui un avenir prometteur.

Pierre avait obtenu son diplôme de Springfield High School avec une moyenne de 3,8. Membre de la National Honor Society, il jouait au soccer au niveau universitaire et avait atteint le grade de lieutenant au sein du programme Marine Corps JROTC.

Il travaillait également au Texas Roadhouse, faisait du bénévolat et aidait d’autres élèves à apprendre l’anglais. Il avait obtenu plusieurs bourses d’études et venait tout juste d’intégrer Wright State University, où il devait étudier les neurosciences.

Ses enseignants, son employeur et ses collègues croyaient en lui au point d’adresser des lettres à la cour de l’immigration pour la supplier de lui permettre de rester aux États-Unis.

Un capitaine des Marines à la retraite lui avait même accordé sa « plus haute recommandation », saluant chez lui les valeurs d’« Honneur, Courage et Engagement ».

Pierre avait donc fait tout ce que l’Amérique demande aux immigrants de faire : apprendre l’anglais, travailler, étudier, servir, faire du bénévolat, respecter les lois, aller à l’université et construire son avenir. Et pourtant, son avenir allait brutalement basculer.

Du rêve à l’angoisse

En juillet, son statut de protection temporaire — le TPS — lui a été retiré dans le contexte des décisions prises par l’administration Trump et de l’intervention de la Cour suprême concernant les protections accordées aux Haïtiens.

Pierre s’est alors retrouvé sous la surveillance de l’ICE, avec un dispositif électronique fixé à la cheville, en prévision de son éventuel retour vers Haïti.

Pour ce jeune homme qui avait consacré tant d’efforts à ses études, à son travail et à son intégration dans la société américaine, cette surveillance représentait bien plus qu’un simple dispositif administratif. C’était, à ses yeux, le symbole brutal d’une suspicion dont il ne comprenait pas la raison.

Pierre Damas Bel une vie sapée par l'angoisse
 « Je suis venu dans ce pays pour poursuivre mon éducation, je ne suis pas venu ici pour commettre un crime ou faire du mal à qui que ce soit », avait écrit Bel en juillet. « Et pourtant, aujourd’hui, je marche dans les rues des États-Unis avec un dispositif GPS à la cheville, portant en moi un sentiment de honte et d’humiliation que je n’aurais jamais imaginé devoir vivre. »

Selon son père, Pierre s’est rendu à deux reprises à Cincinnati et à Westerville pour demander aux agents de lui retirer le bracelet. Il était joueur de soccer et se sentait profondément gêné et humilié de devoir porter ce dispositif.

La perspective d’une expulsion vers une Haïti plongée dans la violence l’angoissait également profondément. Puis, le drame est survenu.

À 8 h 03, Pierre a appelé son père en visioconférence. Sa voix et ses propos traduisaient son inquiétude: “Papa, je ne vais pas bien. Je ne réfléchis pas normalement.” Et son père lui a alors dit: “Viens, rentre à la maison pour qu’on puisse parler.” »

Pierre n’est jamais rentré chez lui. Vers 23 heures, la police s’est présentée à la porte de son père pour lui annoncer que son fils avait été mortellement heurté par un camion après s’être engagé sur la chaussée.

Un jeune homme de 20 ans venait de perdre la vie. Un étudiant qui s’apprêtait à commencer des études en neurosciences. Un jeune homme que ses enseignants, ses collègues et même un ancien officier supérieur des Marines considéraient comme quelqu’un ayant un avenir exceptionnel.

La perte de son statut de protection, la menace d’une expulsion et le fait d’avoir été placé sous surveillance électronique ont profondément marqué Pierre. Après sa mort, son père a résumé sa douleur en une phrase d’une terrible brutalité :

« Le gouvernement a traité mon fils comme un animal. »

Cette phrase résonne d’autant plus douloureusement que Pierre avait précisément consacré sa jeune vie à démontrer qu’il voulait appartenir à cette société.

Il avait appris l’anglais. Il travaillait. Il étudiait. Il faisait du bénévolat. Il aidait d’autres jeunes. Il jouait au soccer. Il se préparait à entrer à l’université. Il respectait les lois et rêvait de construire son avenir.

Il avait fait tout ce que l’on demande à un jeune immigré qui veut réussir en Amérique. Et malgré tout, il s’est retrouvé confronté à la peur, à l’humiliation et à la perspective de devoir quitter le pays où il avait construit ses espoirs.

Une tragédie qui dépasse le destin d’un seul homme

« C’est notre pire peur et notre pire cauchemar qui deviennent réalité », a déclaré Guerline Jozef, directrice exécutive de l’organisation à but non lucratif Haitian Bridge Alliance. « Notre gouvernement, notre système, notre Cour suprême — ils sont tous complices de la mort de ce jeune homme. »

Pour ses proches et ses défenseurs, la mort de Pierre constitue le symbole tragique des conséquences humaines d’une politique migratoire qu’ils jugent particulièrement sévère.

Une vie pleine de promesses s’est arrêtée brutalement. Pierre ne connaîtra pas les amphithéâtres de Wright State University. Il ne poursuivra pas ses études en neurosciences. Il ne jouera pas les prochaines saisons de soccer. Il ne connaîtra pas la carrière dont il rêvait, ni les possibilités que son travail et ses études semblaient lui ouvrir.

À 20 ans, son avenir venait à peine de commencer. Et pourtant, il est aujourd’hui réduit à une histoire tragique, à un nom dans les archives et à une question qui restera longtemps sans réponse.

Au-delà de la colère et de l’émotion, cette histoire oblige à s’interroger sur le coût humain des politiques migratoires : que se passe-t-il lorsque la peur de perdre son avenir devient plus forte que l’espoir qui avait conduit un jeune homme à traverser les frontières pour se construire une nouvelle vie ?

La mort de Pierre Damas Bel ne peut être réduite à un simple fait divers. Elle rappelle les conséquences parfois dramatiques d’un harcèlement qui, souvent, demeure invisible jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Derrière les silences et les apparences, combien de jeunes vivent-ils encore une souffrance que leur entourage ne soupçonne pas ?

L’histoire de Pierre laisse ainsi une question essentielle : sommes-nous réellement à l’écoute de ceux qui, autour de nous, demandent de l’aide sans toujours trouver les mots pour le dire.

Sources combinées


 


Friday, August 7, 2026

Enquête Petro Caribe… Du dessert pour les imbéciles heureux

 

Par Max Dorismond

Petro-Caribe,

C’est quoi ça? Un jeune de vingt ans aujourd’hui, a-t’il déjà entendu ce refrain: Petro-Caribe? Non, il a déjà virevolté sur d’autres rythmes, mais pas sur ce « compas indirect ». À l’heure où tous les journaux d’Haïti nous parlent des prochaines  élections avec plus de 384 partis, il est de bon ton de fredonner le refrain qui a bien fait « rire les oiseaux d’Haïti ». Pour comprendre de quoi il est question, il faut lire cet article écrit en juillet 2017, en rapport à mes prémonitions sur ce sujet sensible qui avait animé la place de 2008 à 2017, il y a de cela 9 années (2017-2027). Comme on n’en entend plus parler, allons dans les souvenirs comme si vous venez de tomber sur une nouvelle planète.

         Bonne lecture.

MaxD.

 

HAITI CONNEXION CULTURE: Enquête Petro Caribe… Du dessert pour les imbéciles heureux

Tuesday, July 28, 2026

Historique : Edwin Raymond devient le premier shérif haïtiano-américain de la ville de New York

Edwin Raymond
Shérif de la ville de New-York

Par Hervé Gilbert

La ville de New York a été le théâtre d'un moment historique le lundi 27 juillet 2026. Dans une cérémonie empreinte de solennité, présidée par le maire Zohran Kwame Mamdani, Edwin Raymond a officiellement prêté serment comme shérif de la ville, inscrivant son nom dans l'histoire comme le premier Américain d'origine haïtienne à accéder à cette prestigieuse fonction.

Cette prestation de serment vient confirmer une nomination annoncée à la fin du mois de mai, après la révocation du précédent shérif, Anthony Miranda. Depuis cette date, Edwin Raymond assumait déjà les responsabilités du poste. Son investiture officielle marque désormais le début d'un mandat qui dépasse la simple portée administrative : il incarne un symbole de mérite, d'intégrité et de représentation pour toute une communauté.


Né à Brooklyn et élevé à East Flatbush, quartier où la diaspora haïtienne est profondément enracinée, Edwin Raymond est le fils d'immigrants haïtiens venus aux États-Unis avec l'espoir d'offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Diplômé en justice pénale du John Jay College, il rejoint le Département de police de la ville de New York (NYPD) à seulement 22 ans. Son parcours exemplaire lui permet de gravir progressivement les échelons jusqu'au grade d'officier commandant.


Mais c'est surtout par son courage que Raymond s'impose sur la scène nationale. Refusant le silence face à ce qu'il considérait comme des dérives institutionnelles, il devient l'un des lanceurs d'alerte les plus connus du NYPD en dénonçant les présumés quotas de contraventions et d'autres pratiques controversées. Son engagement en faveur de l'éthique et de la transparence lui vaut une reconnaissance qui le conduira également à servir au sein du bureau de la procureure générale de l'État de New York.


Dans ses nouvelles fonctions, Edwin Raymond dirigera le bureau du shérif, chargé notamment de l'exécution des décisions civiles, de l'application des mandats judiciaires, du recouvrement de certaines taxes, des saisies de biens ainsi que des opérations visant les commerces de cannabis non autorisés, sous l'autorité du Département des finances de la ville de New York.


Lors de sa nomination, il avait résumé avec émotion ce qui nourrit son engagement :« Ayant grandi à East Flatbush en tant que fils d'immigrants haïtiens, j'ai été témoin à la fois des défis en matière de sécurité publique auxquels sont confrontées les communautés ouvrières et des inégalités qui, trop souvent, ébranlent la confiance envers les institutions gouvernementales. »


Le maire Mamdani salue le 
nouveau shérif Raymond lors
de son investiture.                  

Le maire Zohran Kwame Mamdani a salué en lui un homme « intègre, courageux et profondément attaché à la justice ». Profitant de cette cérémonie, il a également lancé un message fort à la communauté haïtienne. Face aux discours hostiles visant les immigrants, il a affirmé que toute tentative de chasser les Haïtiens de New York ou des États-Unis rencontrerait une opposition ferme. « La seule direction que les Haïtiens doivent prendre, c'est vers le sommet », a-t-il déclaré sous les applaudissements.

Au-delà de la portée institutionnelle de cette nomination, l'accession d'Edwin Raymond à la tête du bureau du shérif constitue une victoire symbolique. Elle rappelle que le courage, la compétence et la fidélité à ses principes peuvent ouvrir les plus hautes portes du service public. Pour la communauté haïtienne, souvent confrontée aux préjugés mais riche d'un héritage de résilience et de détermination, cette réussite est une source de fierté et d'espérance.


L'histoire retiendra qu'en ce 27 juillet, un fils d'immigrants haïtiens n'a pas seulement prêté serment. Il a envoyé un message à toute une génération : les origines ne limitent pas les ambitions; elles peuvent en être la plus grande force.


Toutes nos plus chaleureuses félicitations au shérif Edwin Raymond, pour cette nomination historique et pleinement méritée. Puisse son parcours continuer d'inspirer les générations présentes et futures, tant au sein de la diaspora haïtienne qu'au-delà.


Hervé Gilbert


Friday, July 24, 2026

Marie Gilianne Alexis, partie trop tôt, aimée pour toujours

Marie Gilianne Alexis
17 novembre 1961 - 12 juillet 2026


Par: Renée Alexis


Chère famille, chers amis,


C'est avec une profonde tristesse que nous faisons nos adieux à notre chère cousine, Joujou, dont la vie s'est éteinte beaucoup trop tôt. 💔


Au cours des cinq dernières années, Joujou a affronté un cancer du côlon avec un courage remarquable, une résilience admirable et une foi inébranlable. Après deux longues années de traitements et de chimiothérapie, elle a connu ce qui semblait être un véritable miracle : sa santé s'était rétablie et elle avait pu reprendre la vie qu'elle aimait tant. Hélas, tout récemment, son état s'est brusquement détérioré et, le 12 juillet 2026, elle s'est paisiblement endormie dans la mort.


Aussi souvent que nous y soyons confrontés, la mort demeure l'une des plus profondes épreuves de l'existence. Elle laisse dans nos cœurs un vide que les mots ne sauraient pleinement décrire. Tôt ou tard, chacun de nous sera appelé à pleurer un être cher, et viendra également le jour où nous devrons faire face à notre propre condition mortelle. Pourtant, au cœur même de notre chagrin, nous puisons réconfort et espérance dans cette magnifique promesse de Jéhovah : « Il fera disparaître la mort pour toujours, et le Souverain Seigneur Jéhovah essuiera les larmes de tous les visages. » (Isaïe 25:8).


En pleurant le départ de Joujou, célébrons également la beauté de sa vie. Profitons de cette épreuve pour serrer un peu plus fort ceux que nous aimons, chérir chaque instant passé à leurs côtés et continuer à nous soutenir mutuellement avec amour, bienveillance et compassion.


Je partage aujourd'hui sur ma page Facebook, ces photographies , prises à différentes étapes de sa vie, en hommage à la femme exceptionnelle qu'elle était. Puissent-elles raviver de précieux souvenirs, réchauffer nos cœurs et nous rappeler les innombrables moments de bonheur, de tendresse et d'amour que nous avons eu le privilège de vivre à ses côtés.


Au revoir, chère Joujou. Bien que tu ne sois plus parmi nous, ta bonté, ton sourire lumineux et l'amour que tu as si généreusement semé continueront de vivre dans nos cœurs. Jusqu'au jour où nous aurons la joie de te revoir, tu demeureras profondément aimée, tendrement regrettée et à jamais inoubliable. 🙏❤️


Renée Alexis




Adrien Jean - La fin du voyage

Adrien Jean
décédé le 14 Juillet 2026 à Boucherville,Canada

Par : Max Dorismond

Plusieurs métaphores ont été élaborées, expérimentées, pour illustrer notre passage éphémère sur terre. Tantôt on nous parle d’un train de voyageurs, d’un bateau de croisière où un parent, un ami descend à chaque arrêt, à chaque escale, etc. En résumé, ici-bas, nous ne faisons que passer, et à la dernière heure, nul examen de fin de session, nul concours n’est nécessaire pour nous adjuger une certaine place. C’est inéluctable, tout est joué à l’avance, il n’y aura point de recyclage. Nous sommes destinés à être, tous, un de ces quatre, un premier de classe, ô paradoxe, qu’on regrettera, qu’on pleurera ! 

C’est ainsi que le jour « J » de Adrien est arrivé après une longue maladie, laissant sur le carreau, ses garçons : Mac-Arthur, Roudy et leurs épouses respectives, ses petits-enfants, dont Allison son adorée, son frère Otello, ses sœurs : Alourdes et Manina, ses nièces et surtout sa conjointe éplorée, Marie Josée, dont il m’avait chanté, la douce attention qui lui faisait chaud au cœur, tout au long de sa lutte acharnée contre la fatalité. 

Devant cet incommensurable chagrin, pour y apporter un peu de baume, j’ai l’insigne honneur de vous parler en peu de mots de ce grand ami, de cet intellectuel de belle eau, que la ville de Pétion-Ville (Haïti), pourrait s’enorgueillir d’avoir mis au monde. 

Adrien avait étudié le droit en Haïti et les sciences financières à l’Université du Québec à Montréal, pour couronner une carrière au gouvernement de la Belle Province.

Brillant causeur, très bien articulé, doté d’une mémoire phénoménale, il pouvait vous entretenir des sujets extrêmement complexes et laborieux au point que ses interlocuteurs s’interrogeaient, à savoir, s’il ne manquait pas une ou deux virgules à leur propre culture. Au bureau, c’était le même scénario. À midi, tout le monde voudrait aller dîner avec Driang. À l’hôpital, sa conjointe Marie-José en fut témoin. Tous les médecins et infirmières du Protocol de Recherche étaient en pamoison devant le côté charmeur du malade. Avec regret ils ont déploré son départ prématuré. Adrien appartenait à cette race d’hommes qui ne laissent que des sentiments favorables dans le cœur de tous ceux qui le fréquentaient.

À propos du Protocole de Recherche du CHUM (Centre Hospitalier de l’Université de Montréal), quand il m’avait annoncé que cette institution allait mettre fin à la recherche, car, sa maladie était incurable, j’étais en état de choc et je cherchais mes mots pour lui dire que ce n’est pas la fin. Il m’avait brusquement coupé la parole, pour me dire « Ti mal, c’est un terme qu’il adore, pour clore une conversation… Ti mal, va doucement, le cas de l’un n’est point celui de l’autre. Pour moi, c’est fini, point-bar. Stoïquement, il avait accepté sa fin.

Depuis lors, je ne pouvais plus retenir mes larmes. Et c’est dans ce contexte qu’il avait décidé plus tard, d’envoyer à José, à ses enfants, à ses amis proches et à moi, ce texte élogieux au plan éducatif : « L’école de la vie », dont je vous laisse un paragraphe annonciateur : Confucius disait : « veux-tu apprendre à vivre pleinement, apprends d’abord par accepter la mort ». Cette phrase peut sembler rude, mais au fond, elle remet tout à sa place. Accepter que nous allions partir, ce n’est pas renoncer à vivre, c’est au contraire comprendre que le temps est précieux, que chaque présence compte, que chaque parole peut laisser une trace, que chaque geste peut consoler et qu’une vie n’est pas grande parce qu’elle impressionne, mais parce qu’elle aime.

Aujourd’hui, mon cher frère et grand ami, tu nous as dit au revoir pour passer de l’autre côté du mystère. Alors, je ramasse tout ce qui me reste de courage et de force pour demander à la famille de ne pas faillir à la perte de ce « Poto mitan » que tu fus. Les yeux levés vers le ciel, nous conserverons encore l’espoir de vivre pas trop loin de toi. L’hommage que nous te rendons aujourd’hui, malgré son parfum de regret, demeure à n’en pas douter, un hymne à l’amitié la plus sincère et la plus virile.  C’est le rejet du défaitisme et le triomphe du condamné qui regarde dans les yeux les faiseurs de destin.  Il s’agit d’un témoignage qui confond dans un même élan de respect et d’amitié tous ceux qui ont eu le privilège de te connaitre.  Ton image agitera pendant longtemps nos jours chaque fois que nous aurons à penser à nos dialogues, de même qu’à la précocité de ta disparition.  Tu resteras dans nos souvenirs un virtuose de l’authenticité.  

Bonne route vers cette Éternité qui te tend les bras avec l’empressement d’une mère attentionnée et miséricordieuse.  Toutes mes sympathies à ta famille que tu as tant aimée.

Max Dorismond