Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Friday, August 7, 2020

Visioconférence d’un groupe de réflexion sur l’actualité nationale et internationale


Haïti Connexion Network a invité quelques-uns de ces collaborateurs à se pencher en quelques minutes sur les points les plus saillants qui animent l’actualité nationale et internationale. Pour la circonstance, on a fait appel à Mme Emmanuelle Gilles, une admiratrice d’Haïti, selon ses mots, à titre de modératrice, pour chapeauter la rencontre. Ensuite on y retrouve, le Dr Carl Gilbert, chirurgien et PDG de HCN, Max Dorismond, auteur et écrivain, Lemarec Destin, Historien et auteur, Dr Edouard Pinard, chirurgien-Dentiste et Hervé Gilbert, Ingénieur et Directeur de HCN, à la coordination technique.

Tout cet effort déployé par HCN, pour réunir ce bel échantillon de penseurs, a été effectué dans le but de colorer le passetemps de son auditoire. Lire et rêvasser, c’est bien, mais entendre parfois, la voix de son auteur préféré est encore mieux. Par leurs réflexions sur les sujets de l’actualité, par la pertinence de leurs réactions, le lecteur aura néanmoins l'opportunité de faire amples connaissances avec ces écrivains qui animent très souvent son quotidien. Dans un débat d’idées où chacun y apporte la sienne, voilà pour notre auditoire, l’occasion de se faire une opinion personnelle pour ses prochaines lectures.

Bonne écoute.

Herve Gilbert pour HCN

Visio-débat d’un groupe de réflexion sur l’actualité nationale et internationale


Thursday, August 6, 2020

Kleptocratie – Comment les milliards ont-ils laissé Haïti? Part - 2

La carte de visite:3 lettres rouges et les clés dorées du paradis

Par Max Dorismond

                                                                  
                                                                                                                                    
En suivant les révélations du lanceur d’alerte
Pour comprendre, un tout p’tit peu, la dilapidation des 4,3 milliards de dollars de Chavez, ou des 6,3 milliards de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH), faisons corps avec les révélations de Bradley Birkenfeld, et replaçons-nous en Haïti. Le scénario que nous allons élaborer pourrait s’appliquer pour tous les paradis fiscaux ainsi connus : le Lichtenstein, les Bahamas, le Panama, la Suisse, les Bermudes, l’Irlande, Singapour etc… Il y en a plus de trente à travers le monde. Les secrets de la UBS*1 nous servent d’exutoire, simplement, pour mieux cerner notre descente aux enfers.

Une fois la nouvelle de cette manne providentielle arrivée aux oreilles des banquiers gloutons de ces paradis, via les journaux ou leur ambassade ou d’autres contacts claniques, les vacances en Haïti deviennent une affaire de grand luxe. Ces oiseaux de « bon augure » (sic) ne lésinent point avec le confort et l’étalage. Le paraître est un atout dans leur approche pour amadouer les éventuels clients.

Tous frais payés par leur banque respective, ils voyagent en classe affaire ou en jets privés et débarquent dans l’île où des anciens clients, déjà dans le circuit, se chargeront, de leur publicité sournoise et discrète, de les présenter aux nouveaux maîtres d’influence du moment : ministres, directeurs généraux, contractants, affairistes néophytes, nouveaux riches, PDG de compagnies de construction et jusqu’aux hommes du président ou le président lui-même. Pourquoi surtout les serviteurs de l’État? Ces banquiers savent, selon le mot de H.L.Mecken, « qu’un bon politicien est aussi impensable qu’un voleur honnête ».

À cette éclectique galerie, le banquier, gérant de patrimoine, va ouvrir la parade et les inviter, tous frais payés, à des soirées spéciales données dans les plus chics hôtels de la capitale, des endroits où l’on s’épanouit dans la douceur de l’entre-soi, où l’élite économique et politique vient causer entre copains-coquins.

Muni de la carte de crédit la plus prestigieuse au monde, la « American Express Centurion card*2 », mieux connue sous le pseudonyme de « Black Amex », il invite les « amis » et leurs accompagnateurs, par exemple, à une soirée de dégustation de vin raffiné, accompagné de p’tites rissoles de volailles et du potage à la Conti sur croûton, ou bien à un vernissage de peinture d’un des grands maîtres de la cité, accompagné de vin de grands crûs, tel le « Domaine Leroy Chambertin- Grand cru, Côte de nuit, France » à 4500,00$ la bouteille, toujours commandités par sa banque.

À noter que, dans la valse des milliards, il ne serait pas étonnant de voir un Black Amex entre les mains de certains thuriféraires haïtiens. La vanité et la manie de se faire voir, vont les aiguiller à exhiber de pareils bidules.

À ces soirées bien arrosées, les contacts se multiplient et les cartes de visite avec le logo de la banque en question sont distribuées à tout vent avec le subtil petit message oral : « Si vous êtes de passage en Europe ou aux USA, quel que soit l’endroit, donnez-moi un coup de fil, je passerai vous voir… ». Ces simples mots ne tombent point dans l’oreille d’un sourd. Car, avoir la carte de visite d’un banquier suisse entre les mains est déjà un passeport pour conforter certains, mais aussi, un switch qui allume instantanément des ampoules dans la tête du futur corrompu. D’ailleurs Voltaire l’avait déjà souligné : « Si vous voyez un banquier suisse se jeter par la fenêtre, sautez derrière lui: vous pouvez être sûr il y a quelques profits à prendre*3 ».

Entretemps, le contact local se chargera de faire le suivi. À propos de cet « ami local » providentiel, qui ne se trouve pas sur la route par un heureux hasard, il est habituellement un ancien client du banquier avec des titres honorifiques, tels, par exemple, « Consul Honoraire » de l’une de ces bourgades perdues de l’Europe ou de l’Amérique du Sud, ou « VIP Investment, un vrai « bandit légal » à cravate! Des titres pompeux accordés pour mieux faire trotter la valise diplomatique. En un mot, ce sont des rabatteurs, ou plutôt des « mules » de luxe.

Confortablement assuré d’un relais étranger, le prospect, en position de s’enrichir, un de ces quatre matins, décide de rentrer en contact avec le banquier du diable, qui l’assurera de son service. En fin de compte, il l’invitera en Suisse, pour la première fois, en vue de lui mettre plein la vue sur le côté sérieux et rassurant de son institution, qui lui fera signer son premier compte à numéro. Si le montant à transférer est énorme, un petit dépôt de bonne foi, de 200 000,00$ comme amorce, fera l’affaire. Une valise diplomatique s’en chargera ou bien un chèque sur mesure, tiré d’une banque complice de Port-au-Prince, facilitera le premier déclic. Ensuite, dans un mois, il pourra effectuer des transferts en ligne (par internet) pour grossir le magot sans aucune limite.

Ne vous étonnez point d’y trouver des comptes d’Haïtiens dépassant les 50 à 100 millions de dollars et plus. Le plus bizarre dans ce carnaval de dollars, le client, une fois signé son premier dépôt, en personne, ne revient jamais en Suisse, pour éviter tout soupçon. Il devient un adepte de l’internet.

Le fameux compte à numéro est un piège, dont le client, trop content de déplacer l’argent volé hors du pays, cherche rarement à comprendre la mécanique. Sur ce compte, la banque ne remet pas un sou d’intérêt. L’identité du client ne figure nulle part. Seuls un ordinateur et le banquier signataire retiennent son nom. En tant que dépositaire, la maison prélève un 3% de commission. Par contre, si le client donnait comme instruction de placer son argent, un autre 3% serait retenu, en plus des frais de transaction. Peu importe, le déposant a le solde du compte pour rêver, « remisé, au loin, sous son matelas étranger en acier ».

Ce n’est pas tout. Le banquier lui offre le choix de bloquer ses dépôts pour un an ou plus. Si, par malheur, il a un besoin d’argent pour une quelconque urgence, la banque se chargera de lui prêter 90% de son propre capital*4, à un taux d’intérêt attractif, dit-elle. Les 10% resteront dans le compte à titre de garantie. Même ses retraits en ligne seront cumulés et classés comme prêts.

Le côté macabre de ces fameux comptes mystérieux se révèle intéressant pour ces corporations lorsque certains propriétaires décèdent sans révéler l’existence de ces comptes à numéro à leurs héritiers. Habituellement, ce compte non réclamé devient la propriété du dépositaire, c’est-à-dire la banque.

C’est ainsi que, 50 ans après la seconde Grande Guerre, suite à un retentissant procès devant le tribunal de Brooklyn, à New York, en 1995, le Congrès Juif Mondial avait, en effet, intenté des poursuites contre les banques suisses pour réclamer la restitution des sommes des victimes de l’holocauste restées en déshérence (sans héritier) dans leurs coffres. Après 3 ans de dénégation et une dure bataille, la Suisse s’est résignée à lâcher dans les goussets des héritiers, survivants de l’Holocauste, la somme de 1,6 milliard de dollars après de puissantes pressions*5.

En définitive, et le plus surprenant, tout le monde joue à ce petit jeu de cache-cache. S’il faut en croire Birkenfeld, il lui est arrivé un jour de recevoir deux clients italiens qui voulaient faire un retrait de 100 000 dollars, chacun. Après les vérifications d’usage et comparaison des indices, sans aucun nom, les Italiens ont obtenu le feu vert pour le retrait. Après leur départ, le banquier, par curiosité, muni des indices comparatifs, a vérifié leur dossier pour découvrir que c’était deux prélats du Vatican*6

Voilà, en gros, comment l’argent se déplace du point A au point B, sans que personne ne puisse le déceler. Englouti dans les eaux boueuses de la corruption, il est presqu’impossible de le remarquer. Sauf la comptabilité des banques du pays victime peut lui fournir des indices du crime. Les cas de dénonciation à la Birkenfeld sont extrêmement rares, malgré la somme astronomique qui lui a été payée pour services rendus à l’Amérique. Car, ces établissements sont bien protégés.

Encore, la complexité de leur complicité est tellement perfectionnée, que les peanuts qu’ils vont payer à titre de pénalité ne représentent qu’une goutte d’eau sur le dos d’un canard. Les meilleurs avocats du monde sont à leur solde. Le système financier international favorise intrinsèquement la criminalité par son opacité et sa dérégulation. Les gouvernements victimes seront toujours complices pour laisser le système évoluer dans toute sa splendeur. Ils pataugent tous dans un capitalisme de connivence.

En effet, selon la Banque Mondiale, les fonds volés à leur propre pays par les dictateurs et leurs complices représentent entre 20 et 40 milliards de dollars par an*7. Juste à titre d’exemple, malgré la bonne volonté et l’initiative du "Stolen Assets Recovery (STAR)", (Recouvrement des Avoirs volés), bras armé de l’ONU et de la Banque Mondiale pour combattre la corruption, personne n’a réussi à entamer une procédure pénale pour obtenir de la Suisse la restitution des 7 petits millions de dollars restants et gelés sur les comptes de la famille Duvalier. Allez voir pour les milliards de Chavez.

Ce qui prouve que l’ancien député helvétique, Jean Ziegler, avait raison d’écrire que : « La Suisse lave plus blanc ». Son matelas d’acier est trop lourd pour aller voir en dessous.

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca


1 - UBS est une société de services financiers dont les sièges sont à Zurich et à Bâle, en Suisse C'est la plus grande banque de gestion de fortune dans le monde, avec 68000 employés et des actifs financiers investis de 3 607 milliards de francs suisses en 2019. Ses activités principales sont les activités de banque privée, banque d’investissement et de gestion de fortune.
2 – La « Black Amex » ne se demande pas. La compagnie (AE) l’offre au mérite, en rapport à la
       pertinence de votre fortune. Le plus grand achat connu effectué avec la carte Centurion,(Black
       Amex) est le tableau « Nu couché » d'Amedeo Modigliani, que l'homme d'affaires Liu Yiqian a
       acheté pour 170 405 000,00 dollars US lors d'une vente aux enchères de Christie's à New- 
       York en 2015. Toutefois, il n’y en a pas beaucoup en circulation. À peine un millier.
3 – Src. : Le journal Challenge’s - 30 Oct.2015
4 – Src. : « Le banquier de lucifer » de Bradley C. Birkenfeld - page 83
5 – Src. : Journal Belge : « Le Soir » 14 Août 1998.
6 – Src. : « Idem - page 62
7 – Src. : le journal Le Monde de Juin 2010

Wednesday, August 5, 2020

Konpè Filo ou « le temps d’un homme libre »

L'icône de la Presse parlée en Haïti, Anthony Pascal alias Konpè Filo est mort à l'âge de 67ans 

Kompè Filo n’est plus! L’homme de scène, l’animateur de télévision, le journaliste des années de cendre et d’espérance nous a quittés. Il est parti aussi soudainement que discrètement, lui qui a toujours cru dans un monde « invisible ».

L’une des personnalités les plus populaires de ce pays est morte, seule, dans une ambulance le transportant vers un centre hospitalier plus équipé ou plus spécialisé. Nous reviendrons dans un reportage sur nos morts sur « ordonnance », en raison d’un système de santé failli.

Anthony Pascal de son vrai nom anima dans les années 80, le radio journal le plus écouté du pays. À ses côtés, Liliane Pierre Paul, actuelle cofondatrice de Radio Kiskeya. Filo et Liliane formèrent un couple mythique de la radiodiffusion indépendante et progressiste en Haïti. À cette époque, Radio Haïti Inter innovait avec un journal parlé en créole qui apportait le monde et son actualité à tout un peuple qui n’avait pas droit à l’information.

Liliane et Konpè Filo, le duo mythique de Radio Haïiti Inter

Ses studios, place de l’Hôtel de Ville à Port-au-Prince et plus tard à Delmas devenaient l’épicentre d’un combat sans répit pour la liberté d’expression. Le journal de 9h du soir était capté sur Haïti toute entière. Les allusions à peine voilées de Filo et Liliane à des situations de répression similaires à ce que nous vivions au pays, énervaient les sbires du régime en place.

La marche victorieuse des Sandinistes depuis les villes de Masaya, Chinandega, et jusqu’ aux portes du tyran à Managua était largement commentée et résonnait comme une volée de cloches, le carillon de la liberté, dans les villas roses des hauteurs de Pétion-ville et dans les maisonnettes de nos bourgs les plus reculés.

Les 10 kilowatts de puissance de la bande AM  traversaient non sans difficulté notre pays montagneux pour atteindre les îles Turques et d’autres territoires des Antilles, où nos migrants calfeutrés dans leurs pauvres logis buvaient chaque soir les paroles d’espoir des deux journalistes.

À la chute du dictateur du Nicaragua, Anastasio Somoza Debayle, suite à l’assassinat du journaliste indépendant Joachim Chamorro, le journal de 9h s’illumina de mille feux révolutionnaires. Une phrase subversive s’échappa alors de la bouche de Konpè Filo : « Lè bab kanmarad ou pran dife, mete paw a la tranp ». On avait compris de ce parler « andaqui » comme on dit chez nous que le présentateur énonçait une sorte de théorie des dominos. Un dictateur qui tombe en entraînant d’autres dans son sillage. C’était dans l’ère du temps.

Puis vint le vint le tour de Reza Pahlavi, le Shah d’ Iran. Nos deux journalistes s’en donnèrent à cœur joie commentant, épiloguant, comparant sans jamais évoquer directement la situation haïtienne. Mais tout le monde avait compris, surtout les officiers de la tristement célèbre Commission d’enquête des Casernes Dessalines qui comptaient parmi les auditeurs les plus attentifs.

Et puis la machine répressive se mit en branle. Filo et un technicien de la Radio du nom de Masséna furent enlevés par la police politique des Duvalier. Un jour de plein soleil, Filo a donc été arrêté avec son compagnon.

Jean Dominique et Konpè Filo au studio de Radio Haïti Inter
 après sa libération  par les macoutes de  Baby Doc en 1980
    

La voix dramatique de Jean Léopold Dominique électrisa alors les ondes pour dénoncer l’arrestation de ses deux employés, et pendant quelques minutes, la vie s’arrêta, les gens s’agglutinèrent devant leurs postes de radio. L’effet magnétique fut tel que les deux prisonniers furent tout de suite libérés.

Les officiers de la police politique étaient cependant, de terribles joueurs d’échecs ! L’ arrestation de Filo et Masséna ne furent que deux pions dans un jeu plus complexe. La vraie répression allait s’abattre sur la majorité des démocrates un soir de novembre 1980 . Elle débuta en début d’après-midi avec l’arrestation de Gabriel Hérard puis de son frère Jean Robert Hérard, de Pierre Clitandre, de Marvel et se poursuivra toute la nuit. Une nuit vorace, une nuit des « longs couteaux ».

De nombreux démocrates furent exilés et parmi eux Filo. Et ce fut la saga dans plusieurs villes du monde, de femmes et d’hommes qui avaient rêvé d’un pays.

Les expulsés furent accueillis à Caracas par le cinéaste Arnold Antonin, déjà très connu au Venezuela dans les milieux universitaires.

Arnold eu l’idée de réaliser un documentaire sur cette vaillante équipe et sur les deux journalistes du regretté journal du soir de Radio Haïti. Ce docu-drama fut appelé « la voix de la liberté ».

Pierre Emmanuel, de la Radio CPAM à Montréal, ancien rédacteur en chef à Radio Haïti Inter, nous a confié sa fascination pour le personnage qui était pour lui comme un grand frère. « Filo était toujours resté collé aux réalités populaires, c’est avec lui que j’ai mieux appréhendé le vaudou. Il était un personnage à part, mystique, mais surtout maître de lui-même ». Il n’avait de compte à rendre qu’à sa conscience d’homme simple, de « philosophe » de la culture populaire poursuivi-t-il.

Filo ce n’était pas une posture, mais un être vrai. Michel Soukar évoque une « âme pure », complètement désintéressée. Il n’en voulait à personne, même pas au bourreau qui lors d’un interrogatoire lui « dévissa » la mâchoire.

Les dernières années de sa vie professionnelle furent consacrées à Télé Guinen. Son humanisme et sa générosité crevèrent l’écran. Son émission sur la domesticité infantile demeure inoubliable.

Il avait dans sa quête mystique pardonné à tous ses tortionnaires. Et en prince de la paix, il croyait selon Arnold Antonin que nos malheurs venaient du fait que nous ne nous sommes pas assez pardonné.

Roody Edmé


Saturday, August 1, 2020

Kleptocratie – Comment les milliards ont-ils laissé Haïti? Part - 1

La American Express Centurion Card – Le top des cartes.


Par Max Dorismond

À constater les balises mises en place par le « Système » pour contrôler la circulation de la monnaie, partout dans le monde, on se met à rêver sur les tours de passe-passe ingénieux des filous pour déplacer facilement cette masse d’argent au su et au vu de tous, sans qu’il n’y ait une alerte internationale, une preuve physique, une arrestation rocambolesque d’un des multiples acteurs de ce coup fumant qui a généré des millionnaires à la tonne et pour la vie sur notre île.

Pour en avoir le cœur net, pour ne pas me laisser subjuguer par ce cauchemar récurrent, je me suis mis à la recherche des technicités existantes dans les entourloupettes bancaires pour le plaisir des lecteurs, en me basant sur un proverbe de chez nous qui nous rappelle que : « Si pat gen sitirè, pa ta gen volè ». (Sans un facilitateur le voleur n’a pas de repères).

Mes trouvailles n’ont peut-être aucun rapport avec Haïti, mais, au moins, elles vous offrent l’occasion de vous promener dans les méandres des réseaux des détournements de fonds quand certains secrets bancaires ont été sciemment divulgués au public. Ces preuves indirectes ne vous laisseront point sur votre faim. Elles auront le mérite d’étaler sous vos yeux le jeu maléfique de ces croque-mitaines à col blanc, toujours prêts à nous traiter de "shit-hole".
Je me suis promené dans tous les paradis fiscaux, de l’Europe jusqu’en Amérique du Sud pour assouvir cette curiosité. Je me suis cantonné surtout en Suisse où certains acteurs avaient laissé la porte grande ouverte pour le bénéfice des curieux.

Comment la Suisse est-elle devenue la tirelire du monde?
Au départ, pour mieux saisir la « sainte » vocation de la Suisse, épluchons un peu l’histoire. Nous devons admettre sans ambages qu’hier encore, l’Europe s’avérait le continent le plus violent de tous les temps. De nature belliqueuse avec leurs guerres intestines à n’en plus finir, les Européens s’entredévoraient comme des petits minables, dans des rixes interminables : de Vercingétorix, de la Rome antique, en passant par le délitement de la Yougoslavie en 2001, par l’émergence de la Bosnie-Herzégovine et le reste, jusqu’à la Géorgie en 2008.

Tous les grands crimes, les pires violences et les multiples génocides connus du monde avaient, pour origine et pour cadre, ce continent : Les croisades, la guerre de Cent Ans, l’effacement des Indiens d’Amérique, la Traite négrière, l’esclavage, les deux grandes guerres, l’exploitation à outrance de l’Afrique, s’il ne faut citer que ceux-là… Toutes sortes d’artifices ont été imaginés pour contrer les ardeurs et les ambitions des princes et des rois de cette place, d’où les mariages consanguins entre têtes couronnées pour former des alliances stratégiques aux fins d’éviter cet étripage mutuel entre voisins et consanguins.

Avec de pareilles assertions, vous vous posez la question à savoir pourquoi la Suisse ne fut presque jamais en guerre? Elle est d’une neutralité proverbiale. Mais c’est une neutralité artificielle, faite sur mesure, en arrondissant les angles de l’histoire. Ce qu’on recherche dans la finalité d’une guerre, on le lui confie sur un plateau d’or, à titre de gardien.

Les belligérants se sont entendus pour avoir au moins un coin neutre où déposer leurs richesses, leurs butins, sous peine de sanctions globales par tous les récipiendaires, à l’encontre du malin qui oserait s’en accaparer. D’ailleurs quel insensé aurait bombardé sa propre richesse. Ils sont agressifs, mais nullement bêtes. C’est ainsi que La Suisse fut choisie entre toutes. Ce coffre-fort à ciel ouvert pour truands, que personne n’ose outrager, deviendra officiel en 1685 lorsque le roi Louis XIV révoqua l’édit de Nantes qui résulta en l’illégalité du protestantisme en France. Ce qui contribua à la persécution généralisée de ses adeptes : d’où le sauve-qui-peut.

Avant de prendre la fuite vers des cieux plus cléments, la fortune, les bijoux, les tableaux et les autres artéfacts des riches protestants avaient trouvé refuge dans les coffres suisses. Ce qui créa un boum financier dans ce pays où tous les résidents se découvraient une nouvelle vocation dans le gardiennage de l’argent des fuyards, de l’argent de toutes tendances, de toutes provenances et de toutes origines. Des banques étaient créées de toutes pièces pour profiter de la manne. La neutralité de la Suisse s’avéra la norme. Le secret bancaire devint sacerdoce.

Et la tradition continue. En 1934, juste avant la 2e Grande Guerre, la loi fédérale suisse sur les banques fut incorporée à la constitution nationale, qui conféra par son article 47, une « valeur supra légale » au secret bancaire blindé, si bien que, par tradition, l’éventuel déposant, qui veut cacher son magot, le confie avec l’idée que « Déposer son argent dans les banques suisses, c’est comme aller conter ses péchés directement au Pape » *1.

La discrétion est devenue une affaire d’État. Dans la réalité, tous les pays récoltent les fruits de leur agriculture. Pour la Suisse, c’est tout autre. Selon le sociologue genevois, Jean Ziegler, « elle ne possède aucune matière première, ni de ressources naturelles et n’a aucun accès à la mer ». Cependant, elle ne récolte que de l’argent à toutes les saisons. Au début du XXIe siècle, on compte plus de 134 banques privées dans la seule ville de Genève, soit un ratio d’une banque par quartier.

Les Juifs persécutés y ont laissé toute leur fortune avant de prendre la fuite. Les fascistes de l’Europe en faisaient autant avec les biens spoliés, tels : les fonds des banques pillées, les tableaux de grands maîtres dans les musées, même les dents en or escroquées sur les cadavres des Juifs assassinés y trouvaient un casier secret où se reposer en douce, en attendant la fin de la guerre. En ce sens, il était toujours bruit que la Suisse était de mèche avec les Allemands.

Les contrebandiers, les escamoteurs de l’impôt, les terroristes… tous les délinquants du monde possèdent un compte à numéro en Suisse ou dans d’autres paradis fiscaux. Avec ces banques noires, nous avons, devant nous, la preuve que le paradis se trouve sur terre et non au ciel comme le prétend le christianisme.

L’an 2000, les murs du secret bancaire suisse se lézardent
Comme un tremblement de terre, un ancien cadre de la plus grande banque helvétique, UBS*2, par écœurement, s’est mis à table. Ce fut un tsunami dans le monde bancaire. Une bonne partie du fameux secret a été révélée au grand jour et le système en a pris pour son rhume.

Bradley C. Birkenfeld, un américain, gérant de patrimoine, responsable de plusieurs grands dossiers de fonds cachés dans cette banque, dans des comptes à numéro, a décidé de révéler ce qui fut le plus sacré dans le système fédéral suisse, le nom de milliers de citoyens américains (19000), qui ont joué à cache-cache là-bas, avec des revenus non déclarés. Ce qui a permis au fisc de l’Oncle Sam (IRS) de ramasser des milliards de dollars d’impôts éludés. En plus de passer deux années et demie en prison dorée pour y avoir participé, mais en tant que lanceur d’alerte, Birkenfeld a reçu, de ses congénères le 27 août 2012, une récompense, tenez-vous bien, de 104 millions de dollars, pour empocher finalement, un chèque net d’impôt de 75 816 958,40$, un record Guinness non dépassé jusqu’à présent.

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca
Par Max Dorismond



NOTE
1 – SRC : « Le Banquier de Lucifer » de Bradley C. Birkenfeld
2 - UBS est une société de services financiers dont les sièges sont à Zurich et à Bâle, en Suisse C'est la plus grande banque de gestion de fortune dans le monde, avec 68000 employés et des actifs financiers investis de 3 607 milliards de francs suisses en 2019. Ses activités principales sont les activités de banque privée, banque d’investissement et de gestion de fortune.

Tuesday, July 28, 2020

La prise du pouvoir par les leaders haïtiens: Pour l’accroissement des maux

Par: Michaëlle PARAISON

Économiste

En essayant d’analyser les différentes conceptualisations, que l’on peut attribuer à la politique on peut en déduire que cette dernière se résume en un simple jeu d’intérêt et des rapports de force tandis que, pour plus d’un la politique se résume uniquement en  la prise du pouvoir. Mais, la prise du pouvoir pour faire quoi???

Une telle interrogation doit interpeller cette voix de la conscience des aspirants preneurs de décision haïtiens.

Un problème crucial se pose dans la politique haïtienne; Il n’est autre que celui du pluralisme politique.

On trouve des partis politiques venant de nulle part et, ils ne sont pas bien structurés ce qui constitue un handicap pour la société haïtienne.

Les partis politiques ne sont même pas dotés d’un plan de développement, pouvant servir de feuille de route aux leaders qui arrivent à conquérir le pouvoir c’est la raison pour laquelle on assiste toujours à l’inefficacité de leur leadership une fois arrivée au timon des affaires.

Dans les autres pays, la prise du pouvoir par les leaders c’est pour œuvrer d’avantage dans le développement du pays d’ailleurs, nous avons un exemple vivant devant nous; Celui du pays voisin, <la République Dominicaine> mais, malheureusement en Haïti la prise du pouvoir c’est pour œuvrer d’avantage dans l’imbrication du sous-développement.

En Haïti, les partis politiques doivent être bien structurés tout en ayant un plan de développement pour que les leaders qui seront détenteurs du pouvoir puissent s’en servir comme feuille de route. Et, une fois bien élaborée l’esquisse d’un tel plan on peut s’attendre à une gestion axée sur les résultats.

Les leaders des partis politiques doivent y prendre acte.

Saturday, July 18, 2020

John Lewis, l’icône des droits civiques s'éteint à l'âge de 80 ans

John Lewis
1940-2020

Par: Herve Gilbert 


John Lewis, militant emblématique de la non-violence et des droits civiques aux États-Unis, ancien compagnon de route de Martin Luther King, activiste communautaire et membre du conseil municipal d'Atlanta, devenu depuis 1986 membre du Congrès américain, est décédé ce vendredi 17 juillet à l’âge de 80 ans.

Cette icône de la lutte des Afro-Américains a mené durant sa vie une bataille acharnée contre la discrimination et l’injustice raciale, se faisant rouer à de multiples reprises et arrêter plus de 40 fois lors de protestations pour dénoncer les lois sur l'immigration et les violations des droits humains perpétrés par l'establishment blanc aux États-Unis. Il a même eu son crâne fracturé par la Police au cours d'une de ses manifestations ayant eu lieu sur le pont Selma en Alabama.Ce pont est devenu l'un des jalons les plus remarquables de sa lutte pour la justice politico-sociale aux États-Unis. 

« Aujourd’hui, les États-Unis déplorent la disparition d’un des plus grands héros de l’histoire américaine », a écrit la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, dans un communiqué sur Twitter:

@RepJohnLewis was a titan of the civil rights movement whose goodness, faith and bravery transformed our nation. Every day of his life was dedicated to bringing freedom and justice to all. pic.twitter.com/xMbfAUhLUv
Fils de métayers de l'Alabama, John Lewis a siégé au Congrès américain pendant plus de trois décennies, plaidant pour les causes qu'il défendait en tant que « Freedom Rider»

John Lewis a reçu la médaille de la liberté par le président Oba
ma le 15 février 2011 lors d'une cérémonie à la Maisob Blanche
Infatigable combattant contre la ségrégation, la discrimination et l'injustice dans le Grand Sud - problèmes qui ont refait surface avec une plus grande ampleur  à travers le mouvement « Black Lives Matter » , après le brutal meurtre de George Floyd aux mains de 4 policiers blancs  le 25 mai dernier.
  
Avec Martin Luther King Jr., il a été l’un des pionniers de la Marche sur Washington en 1963, un moment charnière dans le mouvement des droits civiques qui a conduit au passage des droits de vote pour les Noirs deux ans plus tard.

Lewis et Vivian: deux icones de droits
civiques sont partis le même jour.        
Son livre imagé, reflétant  les différentes phases de la lutte, a connu un immense succès lors de sa parution et pour lequel il a reçu un « National Book Award » en 2011. Barack Obama, le premier président noir élu du pays, lui a octroyé. le prix civil le plus élevé, la «Presidential Medal of Freedom»,  le 15 février 2011, lors d'une cérémonie à la Maison Blanche.Obama a déclaré à la nouvelle de sa mort: « Lewis, l'icône des droits civiques continuera à représenter un phare aux yeux de l'Amérique dans sa marche vers une union plus parfaite » 


Quelques images retrospectives de John Lewis
Une courtoisie de CNN

Lewis a été élu pour son 17e mandat en novembre 2018, il est mort suite à un diagnostic d'un cancer avancé du pancréa. Sa mort est survenue le même jour que celle d'un autre militant de droits civiques, le révérend Cordy Tindell aka C.T.Vivian qui était lui agé de 95 ans.

Herve Gilbert


Friday, July 17, 2020

Les portraits de Clinton et Bush décrochés du hall de la Maison Blanche

Les portraits de Bill Clinton et George W. Bush , les deux prédécesseurs
de Donald Trump décrochés de leur place d'honneur à la Maison Blanche.

Selon la chaîne américaine CNN, qui cite plusieurs témoins, les tableaux représentant les deux prédécesseurs de Donald Trump ont été remplacés à leur place d’honneur par deux présidents républicains ayant été élus voici plus d’un siècle, William McKinley, assassiné en 1901, et Theodore Roosevelt , qui lui a succédé. 

A la Maison-Blanche, la tradition veut que les portraits des présidents américains les plus récents soient les plus en vue pour les invités des évènements officiels.  

C’était encore le cas le 8 juillet durant la visite du président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador.

Depuis lors, les tableaux représentants Bill Clinton (démocrate, président de 1993 à 2001) et George W. Bush (républicain, président de 2001 à 2009) ont été déplacés dans une salle à manger rarement utilisée, qui n’est généralement jamais fréquentée par les visiteurs de marque.

Interrogée par l’AFP, la Maison-Blanche n’avait pas réagi vendredi soir.CNN relève que le président Trump avait l’occasion de voir ses deux prédécesseurs plusieurs fois par jour, lorsqu’il descendait de sa résidence privée ou lorsqu’il accueillait ses hôtes dans le hall d’entrée.

Le portrait de Barack Obama, auquel Donald Trump a succédé en 2017 et qu’il a accusé de tous les maux, y compris de « crimes », ne devrait pas être dévoilé au public lors d’une cérémonie officielle avant l’élection présidentielle de novembre, signe de l’estime que le milliardaire lui porte.

Sources combinées