Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Saturday, September 17, 2022

HAÏTI : L'ABOUTISSEMENT D'UN MAUVAIS COMPORTEMENT

Les manifestants protestent contre le coût de la vie et la violence en Haïti 


Par :Me Maurice CELESTIN-NOEL 

LE CHAPEAUTEUR

 

Pour expliquer ce qui se passe actuellement en Haïti, il y a lieu de chercher à comprendre le sens de plusieurs proverbes qui rendent à merveille ce qui s'applique à la situation à laquelle nous assistons, ces jours-ci, dans notre pays. Nous pouvons, par exemple, faire l'expérience de ce mot qui dit: " qui sème le vent récolte la tempête." de même que : on récolte ce qu'on a semé." Et, dans un contexte beaucoup plus approprié, on pourrait s'appuyer sur ce dicton qui veut que: " qui compte aller bien loin ménage sa monture." Mais, toujours est-il que ces trois citations suffisent bien amplement à expliquer la cause,  l'origine de la commotion sociale qui secoue Haïti dans tous ses compartiments. Du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest. Une levée de boucliers qui s'apparente à une guerre civile en gestation. Le mot d'ordre de 1804 est repris. Il est entendu partout. Sur toutes les colonnes. Dans tous les coins on entend allègrement : COUPÉ TÈT BOULÉ KAY. Non seulement le bruit du slogan effraie mais sa mise à exécution fait peur. Brise les cœurs. La mise à sac des petits commerces ne représente absolument rien devant les pertes en vie humaine que l'on compte déjà et celles qui s'annoncent pour les prochaines heures. 

Dr Ariel Henry
Premier ministre de facto  

Le pays debout, les principales villes en effervescence tiennent le même langage : le Premier ministre de facto doit partir. Pourtant ce dernier s'accroche au pouvoir comme une puce à la peau. "Pas question de faire même une ronde derrière la porte." L'aboiement des chiens, croit-il, ne pourra pas bloquer le passage de la caravane. Pour preuve, le docteur Ariel HENRY, au fort de la crise, comme pour ironiser les manifestants s'est envolé vers l'étranger pour revenir tranquillement chez lui et s'enfermer dans son silence de glace. Non, il a, pour une rare fois pris la parole aux fins de délivrer un discours provocateur de nature à embraser les nerfs de la foule sortie de ses gonds. Des gens qui enragent. Qui se sentent traités en dadais par un Premier ministre qui veut faire comprendre qu'il a été rencontrer des investisseurs. Quels investisseurs ? Sans doute ceux qui sont attirés par la violence. Qui aiment travailler dans un climat chaotique... Malheureusement, en réaction, les énervés ont déversé leur lot de frustrations sur les petits détaillants qui sont pour rien dans le malheur du pays. Loin d'être l'objet de la destruction du corps social haïtien. La situation peut être décrite comme étant celle "des dents cariées qui exhibent leur force sur la faiblesse et la molesse de la banane mâture." Toujours ainsi. "Nihil novi" dit le latin. Rien de nouveau. Les membres de l'oligarchie, les vrais responsables de la misère des pauvres, les corrompus-corrupteurs qui pillent les ressources nationales, qui appauvrissent le peuple en prenant tout pour eux sans rien laisser aux autres, les maîtres de la contrebande, au dessus de la loi, qui refusent de payer les taxes se la coulent douce, sont protégés et ne sont jamais victimes. La police est payée pour empêcher l'accès à leurs domaines et garantir leur intégrité physique. Ils ne meurent jamais. Même quand les événements sont des plus meurtriers. On dirait que la mort n'est pas faite pour eux. La grande faucheuse semble recevoir l'ordre d'aller frapper uniquement à la porte de la populace, des hors pays que François DUVALIER dénommait, sans se gêner, les gens de l'arrière pays. Les gens du "shit hole" que Michel MARTELLY se plaît à traiter de laids, de noirs, de sales à odeur sui generis proche de celle des latrines sinon des porcs.

Les gangs devenus plus puissants sèment la terreur

Voilà... voilà ce qui de tout temps est réservé à nos frères et sœurs dont les pères et mères sont en Afrique. Dont les pères et mères avaient rudement combattu pour nous léguer cette nation devenue la terre des nantis et l'enfer des anéantis que sont leurs petits enfants. Des néo-esclaves subissant les pires humiliations de la part de ces soi-disants haïtiens sans cœur, sans état d'âme qui se croient les seuls maîtres du pays qu'ils  partagent au centième: 99% pour eux et 1% pour les dénaturés de la classe moyenne inconditionnellement à leur service. Ces "dangereux" rêvant sans cesse d'un transfert de classe ont un  comportement pire que celui du commandeur d'au temps de l'esclavage. Ils caressent tous le même rêve, à peu près celui du Black american : une femme claire, une belle voiture. C'est tout. Non, ce n'est pas tout. En plus, les nôtres, nos "tardvenus" ont une autre marotte : fréquenter des hommes et surtout des femmes à la peau claire. 

Ces deux catégories, les hommes et les femmes de la classe des affaires et leurs laquais de la classe moyenne en association avec certains étrangers règnant en maîtres et seigneurs sur la terre de Jean-Jacques DESSALINES traitent les autres en parias, en vrais esclaves. La domesticité chez eux est du pur esclavage. On se plaint du comportement raciste de certains peuples. À établir une juste comparaison, on verra qu'il n'y a pas de catégorie plus raciste que nos faux blancs, nos mulâtres qui ne trouvent rien d'anormal à ce qu'ils soient appelés mulâtres synonyme de "mulet," produit du cheval et de la bourrique. Ils sont nombreux des haïtiens de cet acabit qui, ces jours-ci, fuient l'insécurité et se réfugient en République dominicaine. En terre voisine, ils s'accompagnent de leurs mêmes vieilles habitudes. ils maltraitent leurs servantes et leurs garçons de service de la pire façon. Ils n'ont même pas honte. Ceux et celles qui malmènent davantage leur personnel sont ceux et celles qui, paradoxalement, ont travaillé comme domestiques à l'étranger. C'est curieux. 

Une levée de boucliers qui s'apparente à une guerre civile en gestation

Ce à quoi nous assistons aujourd'hui était à prévoir. Ce n'est que l'aboutissement de notre mauvais comportement. Un comportement irritable. Inhumain, insociable. L'haïtien doit apprendre à se comporter en homme intelligent, qui prend du temps pour réfléchir. Il doit chercher à comprendre, par exemple :"qui veut aller bien loin ménage sa monture". On a un long voyage à faire, on doit prendre bon et grand soin de son cheval. Pas question de ne pas le nourrir à sa faim. Pas question, non plus, de l'éperonner sans raison ni le forcer à emprunter des sentiers abruts et périlleux. Même l'animal: il ne faut pas l'irriter. Ses réactions peuvent être brutales voire mortelles. Il en est de même de votre personnel. De vos aides. Traitez les avec respect et dignité. Comme de vrais humains. Qu'ils mangent à leur faim. Qu'ils soient bien logés. Ne brisez pas leur estime de soi. Ne les poussez pas à la révolte. À être méchants envers vous. À vous faire manger et boire "l'impensable."  Ils et elles peuvent facilement le faire. Ils et elles ont la garde de ce que vous consommez. Ne l'oubliez pas. Réfléchissez. Aviez-vous été corrects envers eux? Leur aviez-vous  donné les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école? Non. En complicité avec l'État, vous leur aviez refusé un salaire minimum descent. L'écart entre vous et eux était toujours trop grand.  Vous aviez voulu tout pour vous et rien pour eux. Le "bêchons joyeux pour vous et l'éternel mourir est beau pour eux." Voilà la somme des abus, des incohérences,   qui nous a conduit à ce carrefour où nous attendent des jours insoupçonnés. Des jours à faire pleurer. Ceux qui souffrent en silence ne sont pas forcément des imbéciles. Ils finissent par comprendre : LE VOIR, LE SAVOIR ET LE VOULOIR. C'est ce qui est arrivé aujourd'hui. C'est un cri de ralliement. Un appel pressant au changement dans l'ordre des choses. Ils réclament un nouveau contrat social. Vous devez vous mettre à leur écoute sinon vous aurez à vous mordre les doigts. Vous aurez à le regretter. D'ailleurs, dites vous bien que ce cri n'est pas poussé seulement par l'haïtien. C'est un cri qui fait trembler le monde. Un cri qui réclame un nouvel ordre mondial. La France sans l'Afrique : terrible tout simplement!!! La technologie moderne dérange. Elle met même les plus incrédules  au parfum.

Les informations circulent, vont à la "vitesse de la lumière".

Messieurs et dames les nantis, vous avez semé le vent, la tempête sera à sa dimension car, ne l'oubliez pas:  “tout corps plongé dans un liquide subit une poussée verticale vers le haut égale au poids du volume de liquide déplacé”. C'est une loi de la nature. Ce principe d'ARCHIMEDE peut également trouver son application au niveau comportemental. Surtout chez nous où la justice est muette. On doit s'attendre à recevoir proportionnellement le contrecoup de ses actes. La loi du talion est bridée, certes, mais elle existe encore bel et bien. L'œil pour œil, dent pour dent, avec le temps a cessé de sévir contre l'autre, cependant il est d'une tendance naturelle à se faire justice quand les juges se taisent. 

Tôt ou tard Jean aura trouvé ce qu'il aura cherché.

Que Dieu protège Haïti 

Me Maurice CELESTIN-NOEL LECHAPEAUTEUR rmaurice.celestin@gmail.com




Thursday, September 15, 2022

Faute de leaders, le peuple dans la rue hurle sa misère

« Nou Bouke » : Des étudiants qui ont marre de l’insécurité


Par Max Dorismond

 

Frères, essayons de réfléchir un instant sur l’état de la situation actuelle en Haïti, par rapport aux révolutions passées enregistrées dans le monde. Jamais telle opportunité, avec autant de motifs pour attiser les brasiers de ces époques révolues, ne fut offerte avec autant de réalisme à aucun de ces pays qui ont changé le cours de leur histoire. Il leur suffisait moins que cela, simplement une poignée de citoyens motivés et sincères, pour allumer la mèche salutaire. Leurs leaders convaincus et convaincants n’avaient nullement besoin de ces tristes tableaux, comme actuellement chez nous : une cohorte de pauvres en guenilles, criant leur famine à tue-tête, des criminels qui ne donnent pas cher de la vie de leurs congénères, un chômage endémique dont le taux est absent des statistiques, une mer de corruption où flottent tous les requins de la République, etc…etc. 

Les manifestants hurlent leurs souffrances
Présentement, près de 10 millions de voix, fatiguées de végéter dans la fange de la déshumanisation, hurlent leurs souffrances, en attendant la venue d’un sauveur hypothétique pour l’ultime révolution, avec l’espoir de voir poindre enfin une  nouvelle Haïti. Résignés et lassés de compiler le nombre de jours chanceux gagnés sous les balles assassines des gangs, le ventre vide, ils descendent dans la rue à qui mieux mieux, sans aucun guide, pour bloquer l’île, car les meneurs d’hier se sont volatilisés. 

Qu’est-ce qui freine l’émergence des leaders, cette espèce en voie de disparition? Où sont passés tous ceux qui désiraient la peau de Jovenel en répétant sans cesse aux jeunes que leur avenir se trouve derrière les barricades? Et pourtant, aujourd’hui, la prolifération des armes à feu, en veux-tu, en voilà, laisse à désirer. Elles courent les rues à la queue leu leu. Pour une poignée de dollars, on pourrait construire un arsenal. Même l’Église peut vous en fournir (hic). Allons-nous mettre en doute l’épopée de 1804, comme certains compatriotes échevelés ont tendance à le faire?

Avant de dénoncer ces faux jetons, ces grandes gueules d’hier, maintenant hors-jeu et inutiles, décortiquons la raison de leur absence!

Chez nous, tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir! Cette boutade répétée assez souvent avait coiffé une chansonnette dans les années 70. Par «aller au ciel», pour nos leaders, ou de préférence nos dealers, on entend un lit de dollars verts sur lequel ils se voient déjà en train de se trémousser, entourés de parasites et d’assoiffés au paradis quisqueyen, délectant leur whisky au banquet des vendeurs de patrie.

Pour rien au monde, ils ne vont provoquer une révolution, au risque de perdre la vie et de laisser à d’autres opportunistes l’occasion de boire le lait à l’hydromel ou, encore, de crainte de froisser l’Oncle Sam et le Core Group, et dire adieu aux avantages tant rêvés. 

En conséquence, la nation entière peut gémir, pleurnicher ou vociférer à fendre une pierre, c’est le cadet de leur souci. « Se bri sapat», l’insurrection peut attendre. Le détenteur du pouvoir actuel, le Premier ministre de facto, se sentant confortablement logé, malgré l’effervescence et l’écho des menaces entendues à droite et à gauche, a pris l’avion avec sérénité, pendant le premier week-end de septembre, accompagné de ses petits «zamis» et s’en est allé se la couler douce au champagne et caviar doré sur les plages de la Floride, après avoir reçu, selon la rumeur, les directives de ses maîtres au Département d’État. À son retour, le dimanche, 30 voitures VUS étaient venues le recueillir à l’aéroport, tandis qu’au même moment 4 autos étaient suffisantes pour emmener le corps de la Reine d’Angleterre de Balmoral à Édimbourg en Écosse. Le monde à l’envers! 

Qui dit mieux! Pensons simplement à la paranoïa des Duvalier, père et fils, qui, pendant près de 30 ans au pouvoir, n’avaient jamais osé franchir le seuil du palais pour un voyage de détente ou de travail à l’étranger. La fragilité de leur siège ne souffrait d’aucune exception. Tandis que pour notre Ariel national, c’est «la balade des gens heureux». Avait-il reçu des garanties qu’il ne risquait pas d’être éjecté de son fauteuil? Son assurance nous confirme la réponse! Et le voilà de retour frais et dispos, le crâne au vent, pour reprendre ses tâches là où il les avait laissées. 

«Pèp, barikad nou, se aveni nou». C’était le slogan des leaders d’hier. Depuis un an, ils se sont évaporés derrière le rideau de la transition, le «p’tit transit» qui n’échappait pas aux ricanements des badauds. Victimes de la vie et de la malchance, il vous revient de défier le destin. Ne comptez plus sur ces grands mangeurs pour une quelconque révolte. D’ailleurs, vous convenez qu’ils sont des gens bien élevés. Avant ils emmerdaient Jovenel, aujourd’hui, la plupart s’acoquinent avec Ariel. On leur a appris à ne jamais parler la bouche pleine. Ils sont tous muets comme des carpes. 

Le temps passe et les heures se ressemblent. Faute de leaders, le peuple hurle sa rage en attendant l’éclatement de la révolution finale tant espérée pour se débarrasser de tous les vampires de la République. Devant le néant, il lui incombe de saisir l’occasion, de trouver la clé pour stopper la descente aux enfers et de changer la trajectoire de son étoile. En passant, qu’il ne l’oublie jamais, il a pour lui la force du nombre. 

Max Dorismond




Friday, September 9, 2022

Quand des cleptomanes à col blanc se beurrent les doigts

Tous les cleptomanes n'ont qu'une unique destination: la prison 


Par Max Dorismond

Plus le peuple est docile et gentil, plus audacieux se révèlent les coupeurs de poches. Par cleptomanes, je n’entends pas seulement les hommes d’affaires, mais aussi les politiciens de tout crin, les cadres de la fonction publique, les banquiers, gardiens du butin, les brasseurs de tout acabit…

N’était cette populace bon enfant qui pleure simplement sa misère sans opter pour la violence, ces corrompus auraient-ils le mâle courage de mener le pays par le bout du nez? Si c’était un peuple avec une culture de kamikaze, comme les Palestiniens, ou comme les esclaves marrons de Saint-Domingue, déterminés à mettre à genou le système capitaliste naissant manigancé par les malades mentaux de l’Europe affamée du XVIe et XVIIe siècle, ces profiteurs de tout poil auraient trouvé chaussure à leur pied. Mais voilà, ils se trouvent en face de poètes, de rêveurs, d’artistes, de troubadours, de chanteurs de ballades, d’un groupe social deshumanisé, qui décrivent leur situation dans des refrains à fendre l’âme, tels «Gad on doulè», au lieu de remettre à ces pestiférés la monnaie de leur pièce.

Est-ce qu’il sera toujours ainsi pour l’éternité? Mais non! La nature a horreur des entraves. Lindignité peut durer un temps, mais jamais longtemps. Le puzzle de lexistence doit retrouver exactement sa place dans le concert du bonheur, mais la patience, en attendant, se fait litière de cette urgence.

Comment expliquer à quelqu’un de normal qu’un pays fonctionne sans nulle direction. Un président s’est réveillé de sa torpeur face à la misère criante des laissés pour compte, avec l’intention de donner une toute petite chance à ces damnés du destin. Il a été écrabouillé comme un œuf pour avoir osé dire non, et depuis lors, c’est la glissade vers le néant.

Le Premier ministre fantomatique y résultant, dans un hypocrite élan de magnanimité, en vue de soulager les pauvres, a voulu fixer par exemple le prix du carburant à un niveau moins gourmand. Les vrais maîtres du jeu ont préféré immédiatement ne pas commander le précieux liquide en guise d’un pied de nez au PM. Il en est de même de toutes les marchandises de première nécessité. Le pouvoir veut diminuer la marge : c’est la disette instantanée. Haïti ne produit presque rien, donc, on ne les importe plus. Misère de misère! Le Palais recule. Ariel qui ne rêve point d’être jovenélisé s’est fait peindre dans un coin. Les oligarques ricanent.

La diaspora est considérée par ces requins à col blanc comme la véritable vache à lait à traire en silence. La mafia des banques la décrit telle une pourvoyeuse, une imprimante à dollars qui déverse sur l’île, chaque année, plus de 4 milliards d’argent neuf. Ainsi, les bureaux de change, les banques, se font le plaisir de ne pas verser les fonds en Américain ou en devises d’origine, mais dans la monnaie de singe nationale, selon leur propre taux, pour engranger des profits inimaginables par ce jeu de dupe. 

La Banque Centrale se fait toute petite en agitant timidement la circulaire 114-3 qui définit les normes relatives aux opérations de transferts internationaux sans contrepartie, en reportant son application au 3 octobre au lieu du 2 septembre prévu. Selon la rue, la Banque des banques est partie intégrante de ce jeu de «pwen fè pa». Pour répéter le courageux économiste Eddy Labossière : «la BRH sen lave les mains et ajuste le taux du jour en rapport à celui des banques commerciales». Cest le monde à lenvers, au point que plusieurs sinterrogent, à savoir si «cette institution nest pas une coquille vide.»

Profitant ainsi du pactole, certains cadres de la BRH et leurs alliés se pourlèchent les doigts aux taux de la rue. Car «le Change », cest-à-dire la forte marge ou le spread sur lachat et la vente de devises, en particulier le dollar US», leur apporte le Saint-Graal.

Finalement, des bénéficiaires floués se réveillent. Des insatisfaits, ayant assez de ces renégats, ont incendié à Delmas 33, le 31 août écoulé, une de ces boîtes à cleptomanes aux doigts gras (un bureau de transfert). On déplore la brûlure grave de plusieurs employés. On a enregistré un mort. Est-ce un premier avertissement? Est-ce le début de la fin? Est-ce le résultat de lappel de Moïse Jean-Charles, le candidat de «Pitit Dessalines? Est-ce une réponse signée face à cette violence sournoise qui pétrifie de rancœurs certains clients mécontents? Évitons la spéculation!

Le drame dans toutes ces manifestations, où ces malfrats de l’oligarchie poussent ces pauvres hères dans leur dernier retranchement, jusqu’à commettre l’irréparable, c’est à entendre le chœur de leurs sbires des médias traiter ces victimes acculées de terroristes. Mettez-les à la place de ces pères de famille qui voient leurs loyers, reçus de la diaspora, rongés, grignotés par le taux de change exagéré au point de devoir trouver un nouveau prêt pour équilibrer le compte et satisfaire leur proprio, on verrait leur tête.

Les prédateurs cleptomanes n’écoutent que leur panse à la recherche du profit à tout prix pour vivre au-dessus de leurs moyens. En réalité, ils jouent avec la poignée de leur cercueil. Ces interrogations n’ont jamais effleuré l’esprit de ces magouilleurs. Pour eux, dans la vie, il y a deux groupes : les mangeurs et les avalés. Sans une once de scrupules, ils se placent dans la première catégorie, et la vie est très belle sous le ciel bleu de Toma. 

Sera-t-il toujours ainsi pour l’éternité? Franchement, je ne donne pas cher de leur peau. Laissez-les se bercer dillusions. Ils nen ont pas pour longtemps.

Max Dorismond



NOTE  

À titre d’information, la BRH via la circulaire 114-3 fait obligations aux banques et bureaux de transfert de payer les transferts en gourdes, au taux calculé par la BRH. En aucun cas, le taux pratiqué pour payer les transferts ne peut être inférieur au taux de référence calculé par la BRH, a averti la Banque des banques.

Par ailleurs, notre survol de lecture nous permet de voir que les transferts de fonds peuvent également s’effectuer sur les comptes d’épargne libellés en dollars américains, d’après la circulaire. Cependant, la somme ne doit pas être égale ou supérieure à 1000 dollars. Le cas échéant, l’expéditeur du transfert doit procéder par un virement via la banque dont il est le client, met en garde la BRH.

Friday, August 26, 2022

Comment l’Amérique a échappé à un régime dictatorial

Donald Trump et les chefs d'état-major interarmées des États-Unis (2019)
Photo AFP
 

Il y a tellement d’articles écrits sur le phénomène Trump que nous avons tendance à passer outre pour lire d’autres nouvelles plus croustillantes et utiles. Toutefois, celui de Suzan B.Glasser et de Peter Baker  du magazine The New Yorker”que nous nous sommes empressés de traduire pour nos lecteurs ne devrait pas passer inaperçu. Il a tendance à donner le tournis et la sueur froide : L’Amérique l’a vraiment échappé belle.

Heureusement qu’il y avait ces généraux tels Mark Milley, James Mattis et d’autres confrères qui connaissent leur devoir. Sinon, on se serait pris avec un régime dictatorial aux USA, comme dans les républiques de banane. Car, à titre de loyauté, ces derniers seraient devenus comme les soldats du 3e Reich de l’Allemagne nazi : de loyaux fanatiques, de joyeux lurons.

Le pire, dans cette mascarade, Trump pensait dur comme fer que tous les officiers allemands étaient loyaux jusqu’au bout. Quel crétin! Étant d’origine allemande par son père, n’ayant jamais lu l’histoire de ce pays, il ignorait totalement que plusieurs généraux avaient failli lyncher Hitler en 3 occasions. Quel salmigondis!

              Bonne lecture.

Max Dorismond


La guerre entre Trump et ses généraux

Une traduction de HCC de la version originale anglaise écrite par:

 Susan B. Glasser and Peter Baker (August 8, 2022)

Comment Mark Milley et d'autres au Pentagone ont géré la menace pour la sécurité nationale posée par leur propre commandant en chef ?

Durant l'été 2017, après seulement 6 mois à la Maison-Blanche, à l'invitation du nouveau président français, Emmanuel Macron, Donald Trump s'est rendu à  Paris pour les célébrations de la "Prise de la  Bastille'' fêtée chaque 14 juillet. L’Hexagone a organisé une démonstration martiale spectaculaire pour souligner le centième anniversaire de l'entrée des Américains dans la Première Guerre mondiale. Des chars d'assaut de l'époque ont roulé sur les Champs-Élysées et des avions de chasse vrombissaient dans le ciel. L'événement semble avoir été calculé pour émousser chez Trump, son sens du spectacle et de la grandeur. Il en était visiblement ravi. Le général français en charge du défilé s'est tourné vers l'un de ses homologues américains et a déclaré avec assurance : "Vous allez faire la même chose l'année prochaine."

Bien sûr, Trump est revenu à Washington déterminé à ce que ses généraux lui organisent la plus grandiose parade militaire jamais vue pour le 4 juillet 2018. Ces derniers, à son grand désarroi, ont réagi avec dégoût. "Je préférerais avaler de l'acide", a déclaré son secrétaire à la défense, James Mattis. Luttant pour dissuader Trump, les officiels prétextaient que la parade coûterait des millions de dollars et défonçerait les rues de la capitale.

Mais le fossé entre Trump et les généraux n'était pas vraiment une question d'argent ou d'aspects pratiques, tout comme leurs interminables batailles politiques ne portaient pas seulement sur des points de vue divergents sur l'opportunité de se retirer d'Afghanistan ou sur la manière de combattre la menace nucléaire posée par la Corée du Nord et l'Iran. Le fossé était également une question de valeurs, de la façon dont ils considéraient les États-Unis eux-mêmes. Cela n'a jamais été aussi clair que lorsque Trump a expliqué à son nouveau chef de cabinet, John Kelly - comme Mattis, un général du corps des Marines à la retraite - sa vision de la fête de l'Indépendance. "Écoutez, je ne veux pas de blessés (des vétérans) dans la parade", a dit Trump. "Cela n'a pas l'air bon pour moi". Il a expliqué d’un ton dégoûté que lors du défilé du Jour de la Bastille, il y avait eu plusieurs formations de vétérans blessés, y compris des soldats en fauteuil roulant qui avaient perdu des membres au combat

Kelly semble tomber des nues. Il ne pouvait  en croire ses oreilles. "Ce sont des héros", a-t-il dit à Trump. "Dans notre société, il n'y a qu'un seul groupe de personnes plus héroïques qu'eux - et ils sont enterrés là-bas, à Arlington". Kelly n'a même pas mentionné que son propre fils Robert, un lieutenant tué au combat en Afghanistan, figurait parmi les morts enterrés là.

"Je n'en veux pas (les vétérans)", a répété Trump. "Ça n'a pas l'air bon pour moi".

Le sujet est revenu sur le tapis lors d'un briefing dans le bureau ovale qui comprenait Trump, Kelly et Paul Selva, un général de l'armée de l'air et le vice-président des chefs d'état-major interarmées. Kelly a plaisanté à sa manière impassible au sujet du défilé. "Eh bien, vous savez, le général Selva va être chargé d'organiser la parade du 4 juillet", a-t-il dit au président. Trump n'a pas compris que Kelly était sarcastique. "Alors, que pensez-vous de la parade ?" demanda Trump à Selva. Au lieu de dire à Trump ce qu'il voulait entendre, Selva a été direct :

"Je n'ai pas grandi aux États-Unis, j'ai en fait grandi au Portugal", a déclaré Selva. "Le Portugal était une dictature - et les parades constituaient une forme de démonstration de forces. Or aux USA, nous ne faisons pas cela", a-t-il ajouté : "Ce n'est pas dans les valeurs américaines."

Même après ce discours passionné, Trump n'a toujours pas compris. "Donc, vous n'aimez pas l'idée ?" a-t-il dit, incrédule.

"Non", a répondu Selva. "C'est ce que font les dictateurs".

Les quatre années de la présidence de Trump ont été caractérisées par un degré d'instabilité fantasmatique : accès de rage, tempêtes de Twitter nocturnes, licenciements abrupts. Au début, Trump, qui avait évité le service militaire en prétendant avoir des éperons osseux, semblait être épris de son rôle de commandant en chef et des responsables de la sécurité nationale qu'il avait nommés ou dont il avait hérité. Mais l'histoire d'amour de Trump avec "mes généraux" a été brève et, dans une déclaration pour cet article, l'ancien président a confirmé à quel point il s'était aigri contre eux au fil du temps. "C'étaient des gens très peu talentueux et une fois que je les ai découverts, je ne me suis pas appuyé sur eux, je me suis fié aux vrais généraux et amiraux au sein du système", a-t-il déclaré.

Il s'est avéré que les généraux avaient des règles, des normes et une expertise, et non une loyauté aveugle. La plainte bruyante que le président a adressée un jour à John Kelly était typique : "Putain de généraux, pourquoi ne pouvez-vous pas être comme les généraux allemands ?"

"Quels généraux ?" a demandé Kelly.

"Les généraux allemands de la Seconde Guerre mondiale", a répondu Trump.

"Vous savez qu'ils ont essayé de tuer Hitler en trois fois et qu'ils ont presque réussi ?", a répondu Kelly.

Mais, bien sûr, Trump ne le savait pas. "Non, non, non, ils lui étaient totalement loyaux", a répondu le président. Dans sa version de l'histoire, les généraux du Troisième Reich avaient été totalement soumis à Hitler ; c'était le modèle qu'il voulait pour son armée. Kelly a dit à Trump qu'il n'y avait pas de tels généraux américains, mais le président était déterminé à tester la proposition. (À suivre) 

Note : Étant donné la longueur de l’article, nous avons traduit une partie. Aux lecteurs intéressés de voir le texte au complet avec le lien ci-joint : https://apple.news/AlpeVPGVOQR6QPyYdHj5qhQ


Friday, July 15, 2022

Dette de la France : Il faut stopper la surenchère mémorielle des Haïtiens

Il faut réclamer la somme volée par la France à tous les instants

Par Max Dorismond 

Psitt! Avez-vous entendu parler de la dette de l’indépendance, deux semaines après l’esclandre du New York Times? Non, shutt! ne parle pas trop fort, c’est fini, kaput…!

Les mots au pluriel, tels que réparations, réclamations, donnent la frousse et viennent troubler le sommeil des anciens colonisateurs. En fait, les articles du New York Times sur les détails croustillants et les effets pervers du couteau enfoncé par la France dans la gorge des Haïtiens fraîchement libérés, pour se faire payer la perte de l’île en 1804 pour 150 millions de francs or ou 26 milliards de dollars d’aujourd’hui, ne laissent personne indifférent. 

Ce fut le branle-bas dans les chancelleries étrangères sur les révélations troublantes de cette arnaque historique menée en 1825, à la pointe des canons et de menaces. C’est un sujet épineux que les anciens colonisateurs fuient comme la peste, car il ne faut pas réveiller les escroqueries presque oubliées, les génocides sans le nom. 

Les USA qui venaient de fêter les 155 ans de la libération des esclaves n’ont encore versé un centime aux descendants des Nègres qui ont construit l’Amérique. Les Japonais ont été dédommagés pour la méprise lors de la seconde Grande Guerre. Les Allemands en ont fait de même pour les Juifs après l’holocauste. 

Personne ne veut confronter cette réalité, en réveillant ce sombre épisode savamment camouflé, un crime contre l’humanité qu’on essaie de colmater tant bien que mal pour ne pas faire face à ses responsabilités. Car, en indemnisant un premier négro, un second viendra réclamer sa part de l’ultime rêve. Ainsi, le «Jamais deux sans trois» retrouvera automatiquement ses titres de noblesse et l’Occident en général devra passer à la caisse pour rembourser ses dettes aux descendants des insoumis qui l’avaient enrichi gratuitement en lui permettant de vivre dans l’opulence au-dessus de ses moyens. 

Pour tuer dans l’œuf ce désir jugé inaccessible et non avenu pour le bien-être des Caucasiens, les ambassadeurs de mauvaise volonté de l’International se mettent à cogiter. Dans leur stratégie à divisibilité variable, les prestidigitateurs de la diplomatie offrent leur service à La France. Ils choisissent de vider à blanc le cerveau des Haïtiens en effeuillant un faux sujet brûlant d’actualité pour combler la présidence inexistante au pays avec un nom à la fois adulé et honni, une appellation qui va transmuer l’alchimie de la situation : Jean-Bertrand Aristide. 

C’est un «personnage à balance», adepte du paiement récriminatoire, le premier à lancer la fronde de cette «réclamation-restitution-réparation». Il peut équilibrer ou déséquilibrer l’île à sa guise, avec des discours tonitruants, chargés de symboles et de sous-entendus à défriser les perruques des commissaires. C’est un élément charismatique, un certain dieu, pour la moitié du pays, et presqu’un démon pour l’autre. Ils vont l’agiter tel un épouvantail à moineaux pour détourner l’esprit des Haïtiens de cette dette colossale qui grossit à chaque seconde, à chaque heure, alarmant l’horloge de la mémoire. Il faut «créer une affaire dans l’affaire1» pour rendre la sauce méconnaissable, selon le théorème de Charles Pasqua. 

En réalité, l’International a frappé la bête en plein cœur et Haïti tombe dans le panneau. Plusieurs diplomates en service au pays viennent faire leur tour chez Aristide et puis s’en vont. Ces présences qui détonnent dans le décor suffisent pour emballer les rumeurs. 

Aristide, qui fut deux fois président d’Haïti, ne peut opter pour un troisième mandat dixit la Constitution. Mais les serviteurs de mauvais augure n’en ont cure de ce charabia : ce sont eux les vrais maîtres du jeu. Leur déclaration bidon vaut son pesant d’or. Un dollar à droite, un visa à gauche, l’affaire est dans le sac. Ils ébruitent un faux secret, selon lequel Titide sera nommé Gouverneur d’Haïti. Un titre fallacieux et farfelu du 18e siècle, «à faire rire les oiseaux», déterré et brandi dans les médias comme un miroir aux alouettes. En agitant le spectre de l’avènement du p’tit prêtre, qui les avait énervés et surpris dans les années 2000, raras2, tambours sortent des houmfors3 et la rue se remplit, le temps de crier «ciseaux». Ses partisans occupent le pavé, drapeaux et majorettes multicolores, c’est la réjouissance, la farandole assurée. Manifestations de joie, alcool, clairin4, tafia, tout est là pour faire danser les macaques. 

À l’envers du décor, les provinces s’enhardissent, des pneus brûlent déjà. Les anti-Aristide érigent des barricades. Caoutchoucs, Kalachnikov, machettes, rage et colère dessinent leur vision du moment. Avec des lueurs rougeâtres dans les yeux, ils jurent de confronter l’ex-abbé. Ils veulent le pendre haut et court s’il retourne au pouvoir… 

Une semaine plus tard, on se perd en conjectures. Les jours passent et se ressemblent sans aucune consécration. On oublie tout et on revient au point de départ! 

Adieu réclamations à la France, adieu réparations. L’international se frotte les mains d’aise en riant des enculés. Encore une fois, le chromosome de la division spectrale a joué son rôle. Les chancelleries sablent le champagne. Elles rigolent à bouche en veux-tu. L’Hexagone vient d’enterrer la jarre à Euros comme en 2004 après avoir eu la peau du prêtre-président. 

Les «Transitionistes» ou les «Ti Transit» qui, selon le jeu de mots de feu Jovenel, avaient préparé les jarres vides pour les remplir d’euros, se sont cassé la margoulette. Adieu belle vie, adieu châteaux et Lamborghini en Dominicanie ou à Miami. Adieu cortège de maîtresses. Ariel doit attendre les chiches oboles de l’International pour satisfaire ces Apaches. Le vrai perdant, c’est Haïti, mais on y reviendra encore et encore. 

Le Quai d’Orsay peut, pour le moment, dormir du sommeil du juste. Dans ses pérégrinations actuelles, il se sent soulagé. Avec le rejet du Mali, la prise de conscience de la jeunesse africaine, les effets pervers de la guerre en Ukraine, il n’avait pas besoin de ce regain de réclamation à donner le tournis au président Macron. 

Max Dorismond





-NOTE—

 1 — Le théorème de Pasqua est devenu un classique des scandales politiques, consistant à rendre illisible une affaire en créant des dossiers dans le dossier. «Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien.» Pasqua fut ministre  de l’intérieur sous Chirac.

2 — Le Rara est l’une des grandes fêtes culturelles haïtiennes

3 — Houmfor : sanctuaire de Damballah dans le Vaudou haïtien

4 — Clairin : C’est une eau-de-vie extraite de la canne à sucre en Haïti

Monday, July 11, 2022

Crimes, peur et silence, une trilogie de perdants


Par Max Dorismond

La peur est-elle partie intégrante de l’ADN de ce peuple, qui chantonnait hier encore la bravoure de ses ancêtres. On lapide, on kidnappe, on tue en public, on connaît les auteurs et la vie continue comme avant. Rien de nouveau sous le ciel bleu d’Haïti.

La même musique, l’identique tempo et la routine quotidienne roulent pour les inconscients. Sommes-nous des zombis ? Sera-t-il toujours ainsi pour l’éternité ? Le doute m’habite et me tenaille !

Cette semaine, un article de Haïti Connexion Culturesur la troublante photo d’un présumé assassin devenu l’ombre de lui-même, a bouleversé une génération de jérémiens. De nombreux commentaires écrits ou oraux sont maquillés par souci d’un certain anonymat, preuve que nous tremblons encore dans nos frocs, les yeux givrés d’effroi. La peur nous habite et nous consume à petit feu, la liberté est à ce point étranglée.

Dans les faits, cette terrifiante appréhension, ce silence sépulcral, peuvent-ils conjurer l’objectif des futurs malfaiteurs, des lâches kidnappeurs ou des fieffés criminels patentés de demain ? Ne nous droguons point d’illusions, c’est l’effet contraire qui en résultera. Le chenapan ne cherche que cette opportunité dans la fragilité de notre vulnérabilité pour concrétiser ses noirs desseins.C’est psychologique.

Ainsi, toutes les fautes restées impunies sont appelées à se répéter. Et leur réédition dans le temps offrira l’occasion à certains de créer une mode d’époque, une habitude valorisante dans les mœurs, une autre échelle d’appréciation. Et nous y sommes déjà. À voir les criminels s’exhiber, s’exposer, se donner en spectacle sur les réseaux sociaux, dans les médias après leurs performances, ne surprend personne. C’est la nouvelle évolution au détriment de toute éthique, de tout bon sens moral, pour tous ceux qui ont érigé leur fonds de commerce sous le signe du crime organisé.

En effet, tous ces détours nous amènent à parler de notre Jovenel national dans la cohérence de cette réflexion. Comme une lettre à la poste, la nouvelle n’ébranle personne depuis un an. Ni pleurs ni plaintes…rien. C’est le vide sidéral. Le pauvre a été écrabouillé pour rien, comme pour le plaisir de tuer. Aucune enquête, aucune poursuite ne viennent expliquer ce « crime parfait ». Les rumeurs, les noms de certains des assassins sont parvenus à nos oreilles : Motus et bouches cousues… En Haïti, on juge souvent à l’oral, c’est la première étape de l’impunité, et la vie continue comme à l’ordinaire.

Des menaces sont adressées à tous ceux qui se croient braves pour oser tenter le diable en cherchant un coupable. Tout le monde tremble ! Les « Bêchons Joyeux » sont puissants et maîtrisent la rue. On pense déjà, dans le silence mortifère,aux victimes à venir de l’année suivante.

Dans ce pays, on vous a toujours laissé deux choix : partir ou subir. Cette tragi-comédie m’a insinué cette lancinante question, cette interrogation troublante, à savoir :« Si nos ancêtres avaient, comme nous, l’avantage de trouver un visa pour un ailleurs, Haïti aurait-elle obtenu son indépendance en 1804 ? ».

En fait, devant la perte de notre liberté, face à l’exploitation effrénée de la masse laborieuse, aux humiliations, aux inégalités, aux assassinats arbitraires pour le plaisir d’un tyran ou d’un tyranneau, nous avons, la plupart d’entre-nous, opté pour la fuite sous d’autres cieux, avec la secrète pensée qu’un jour un chevalier de l’Apocalypse viendra nous délester de ces vipères à visière.

Hélas, le temps a passé, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, notre prometteuse jeunesse s’est métamorphosée en croque-mort au passage des saisons et nous voilà encore avec notre passeport en pays d’accueil, sans nul espoir. Tous ceux ou celles que nous avions laissés là-bas avaient chaussé nos bottes pour continuer à fuir au plus vite ce pays damné. Les fils et petits-fils du tigre se sont multipliés dans l’île, et la vie est devenue insupportable.

Nos images sous le pont de Rio Grande


Serons-nous toujours des fuyards pour l’éternité ? Nos images sous le pont traversant le fleuve de Rio Grande, à la frontière du Mexique et du Texas, ont fait le tour de la planète. On ne veut de nous nulle part. Les juifs errants modernes, c’est bien nous. Étant mal placé pour vous demander de vous révolter, je continue comme les autres à espérer, espérer, espérer… presque sans lendemain.

Toutefois, je vous le donne en mille et non de gaieté de cœur : entre le silence et la peur devant le crime, vous réunissez toute la trilogie existentielle pour pérenniser l’enfer quisqueyen1  

Max Dorismond
    





NOTE –

1 – Quisqueyen : nom dérivé de Quisqueya, utilisé poétiquement parfois, par des Haïtiens pour désigner leur pays. Ancien nom de l’île d’Hispañola selon l’histoire. (Wikipédia)