Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Sunday, April 18, 2021

Réminiscence d’un Capois après la lecture du texte « Ne me parlez plus de Cap Haïtien » de Max Dorismond

Vue de la cathédrale du Cap-Haïtien
 

Mon cher Dorismond, 

Ne me parlez plus de Cap-Haïtien, ni de Port-au-Prince, ni de Saint-Marc,  ou des Gonaïves 

Nous cultivons les mêmes fibres d’intolérance envers les déchéances béantes de notre pays d’origine, peu importe le patelin où nous avons vu le jour où nous avons grandi… 

Je ne peux être que trop soulagé de découvrir un compatriote qui partage ma rage, mon dégoût et mon indignation 

Il m’est totalement impossible de vivre dans un passé 10 fois lointain de rêves et de locutions ostentatoires toutes faites qui ne reflètent pas la présente réalité du passé récent et du présent 

À mon retour du voyage de septembre 2004, j'ai publié quelques-unes de mes profondes déceptions, à chaque pas que je posais, l’accumulation des haut-le-cœur semblait me conduire lentement vers une crise cardiaque: 

- Vente de déjeuner (12:00) “nan brouet

- Des taxis dont le plancher nous permettait de voir la chaussée.

- Des rues défoncées, mal entretenues 

- Le marché Cluny débordant sur les trottoirs dans les quatre directions

- L’érection de hautes tours d’habitation en pleine ville au bon gré des bâtisseurs

- La mendicité rampante dans les rues et les officines publiques de façon   persistante     et harcelante

- Un avocat qui vous laisse comprendre que toute la structure sociale est corrompue

- Un autre qui vous confie sans la moindre réserve que tout ce qui est perçu comme progrès ici, tire sa source du trafic de la drogue

- Une Cathédrale, jadis resplendissante à l’œil nu qui, maintenant révèle des fissures qui font frémir

- Un hôtel de ville qui n’a de splendeur architecturale que ce qu’il faut de chaux colorée vive, style colonial rococo, pour tenir lieu de trompe-l’œil. Une fois à l’intérieur :  plancher de rez-de-chaussée blanchi comme une pelure de mangue, troué comme un fromage gruyère; un escalier casse-cou, recouvert occasionnellement d’un tapis rouge pour recevoir un invité de marque

- Des murs délabrés, sans la moindre photo-souvenir des lieux pittoresques ou historiques de la ville… Vous en voulez encore…

- De la pure déprime !  Des déchets médicaux humains jetés sur le trottoir de l’hôpital général. Et je vous fais grâce de plus de laideurs environnementales urbaines…

Le jour de ce fameux incendie, j’étais au Cap-Haïtien et parmi mes randonnées, je me suis laissé piquer par la curiosité; arrivé à l’entrée de l’institution sanitaire, j’ai refusé l’offre des autorités policières de pénétrer dans l’enceinte. 

La nouvelle petite bourgeoisie binaire (Lakaiy + diaspora capoise). Le péteur de tête choisit de jongler avec des hypothèses au moyen d’une littérature bidon qui ne trompe point les plus avertis. Idéologiquement, j'ai toujours été contre l’envoi simple de machineries et autres outils sans m’assurer d’un système de réparation et un réseau humain de techniciens de réparation; vos photos justifient et illustrent mes appréhensions. 

Passant forcément par Port-au-Prince, je n'en étais pas plus fier de la CAPITALE NATIONALE. Sur la route nationale No 1 (aller-retour), les récits rocambolesques ne manquent pas et cela explique pourquoi le tourisme intérieur privé ou public n’existe pas de façon organisée. Les villes des Gonaïves et de Saint-Marc, des haltes routières obligatoires assez pittoresques jadis, semblent être transportées du Moyen-Orient avec des écrans de poussière de 19 pouces de profondeur en termes de capacité de vision … 

En prévision du 350e anniversaire de la fondation du Cap-Haïtien, le défaut d’imagination s'est fait sentir selon qu’il s’agissait d’une initiative officielle émanant de la magistrature communale ou de la nouvelle petite bourgeoisie issue des écoles congréganistes. La grossière insulte : on s’est contenté de puiser ou de plagier dans les dossiers d’anciens établissements scolaires qui décrivent les origines coloniales de leurs locations (buts militaires), les plus grandes propriétés foncières accordées au cours des ans par nos gouvernements successifs. 

À passer en revue ce document audiovisuel, on dirait une production néocoloniale sous l’initiative d’un conglomérat d’agents consulaires français dont on s’est promis de ne pas froisser les intérêts dus à la valeur des données historiques privilégiées mises à la disposition du groupe... Une vraie apologie du Cap-Français ! Du Cap-Haïtien, si peu ! même très peu : évènements, personnages, sites de très rares références socioculturelles et artistiques qui ne correspondent point ou, à peine à la réputation ostentatoire qu’on véhicule sur ce milieu urbain depuis plusieurs décennies.           

Travail bâclé! Il y a un hiatus ! La déception, si elle est profonde et lamentable dans sa forme actuelle, celles et ceux qui avaient une occasion en or de faire œuvre de visionnement et de rupture avec un présent et un passé récent, ont manqué leur but .           

“La fière cité christophienne” restera un vocable démagogique vide de contenu que certains s’amusent à démolir et que d’autres ne savent point comment lui donner de la substance…

Jusqu’à nouvel ordre, Ne parlons plus de Cap-Haïtien, lorsqu’on ne sait pas comment et où tirer cette fierté régionale et qu’on a honte ou éprouve de la difficulté à l’intégrer dans un contexte juridico -culturel identitaire (haïtien) d’hier et d’aujourd’hui. Et cela tient pour toutes nos villes d’origine. 

Par : P.-E.T. (Pierre-Eddy Toussaint)



Saturday, April 17, 2021

L'Église catholique d’Haïti debout contre le kidnapping

L'assemblée des évêques d'Haïti
Photo: une courtoisie du Nouvelliste
 

À travers les 10 diocèses du pays, l’Église catholique d’Haïti a célébré le jeudi 15 avril des messes pour exprimer sa solidarité avec les personnes victimes des actes de kidnapping dans le pays. À la paroisse Saint-Pierre de Pétion-Ville, la célébration eucharistique, concélébrée par l’assemblée des évêques, a été l’occasion pour exiger la libération de toutes les personnes victimes d'actes de kidnapping et protester contre l’insécurité.


Midi. Le son des cloches de l’église Saint-Pierre retentit à Pétion-Ville comme dans les 10 diocèses du pays. Le cri des fidèles qui s’est ensuivi témoigne de la douleur d’un peuple qui n’en peut plus. Comme pour sonner le glas du kidnapping, la Conférence des évêques catholiques a ordonné de faire parler les cloches des églises telle une marque de communion, de pensées et de prières pour les personnes victimes de kidnapping, de violence et de l’insécurité...


Au moment de rentrer dans une église déjà bondée, le poing levé, les fidèles accueillent les évêques en scandant « nou bouke ». Des militants, pancartes en main, ont couru dans les allées du temple. Mgr Kenel Alphonse a dû intervenir en réclamant le silence pour débuter ce qui allait être un psaume de libération pour Haïti et pour dénoncer les maux qui enfoncent tout droit dans l’abîme notre cher pays.

Un segment en vidéo de la messe à l'église Saint-Pierre  le 15 avril


« Nous dénonçons énergiquement les actes de kidnapping dans le pays », a martelé Mgr Launay Saturné, président de la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) qui présidait la célébration eucharistique organisée en signe de solidarité avec les personnes victimes des actes de banditisme et de kidnapping. L’évêque a indiqué que la Conférence des évêques d’Haïti et la Conférence des religieux d’Haïti exigent la libération immédiate, sans condition de toutes les personnes séquestrées par des ravisseurs dans le pays.

« Nou vin mande moun ki se sèvo kidnapin nan, moun ki sou teren yo k ap fe anlèvman yo sispann mete dlo nan je pèp ayisyen an. Sispann pratik kidnapin nan ! Nou pa ka negosye sou tèt moun tankou n ap machande yon bèt », a dénoncé le prélat.


Selon l’archevêque métropolitain du Cap-Haïtien, le kidnapping plonge le pays dans les ténèbres. Il menace la vie du peuple haïtien. « Nous nous demandons à quand la fin de cette situation dans le pays. Qui dira halte-là ? Le pays deviendra-t-il incontrôlable?», s’est interrogé Mgr Launay Saturné, expliquant que les évêques catholiques constatent avec beaucoup d’indignation et de révolte ce qui se passe dans le pays depuis des jours. Les bandits ont plus de pouvoir que l’Etat et la Police nationale d’Haïti, tandis que les autorités publiques sont passives devant la souffrance, le désespoir du peuple haïtien.


Ambiance devant la cathédrale de Jérémie après la messe ...


« On prie contre l’insécurité, le kidnapping. On rêve d’une Haïti sans insécurité, sans kidnapping et sans violence. On prie pour la libération de tous ceux qui sont kidnappés et pour la conversion de tous ceux qui sont impliqués dans les actes de kidnapping », a prêché l’évêque, invitant chaque citoyen à jouer son rôle pour une nouvelle Haïti. Il exhorte aussi les autorités publiques à prendre leurs responsabilités.


Aux hommes armés, il les exhorte à déposer les armes et à  se convertir. « Si quelqu'un verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé ; car Dieu a créé l'homme à son image », a-t-il indiqué en citant le verset 6 du livre de la Genèse. Sous une salve d’applaudissements, il a déclaré : « Sispann bay moun zam ak minisyon pou fè san koule». « Il faut que quelque chose change dans ce pays », a-t-il lancé, reprenant ainsi la célèbre phrase du pape Jean-Paul II lors de sa visite en Haïti le 9 mars 1983.


Dans la foulée de la messe, la présence du Dr Réginald Boulos, chef du Mouvement pour la transformation et la valorisation d'Haïti (MTV), de Me André Michel entre autres a été remarquée. Notons que des militants ont organisé un mouvement spontané. Des agents des forces de l’ordre ont lancé du gaz lacrymogène à profusion pour disperser les manifestants. Un véhicule a été incendié.


Ce 15 avril, l’Eglise catholique d’Haïti a recommandé la fermeture des écoles catholiques, presbytérales, congréganistes, universités et de toutes les autres institutions pour dénoncer le kidnapping, le dimanche 11 avril 2021, d’une dizaine de personnes, dont 7 religieux, par des bandits armés du gang 400 Mawozo. Les écoles n'ont pas fonctionné à Port-au-Prince, le grand commerce non plus.

 Par: Edrid St Juste / Le Nouvelliste




Edrid St Juste

Friday, April 16, 2021

Mgr Launay Saturné : « Il n’est pas bon de laisser un pays aller à sa perte »

Mgr Launay Saturné
Président de la Conférence épiscopale d'Haïti 
      

Le président de la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH), Mgr Launay Saturné, a mis ce jeudi 15 avril 2021, la communauté internationale, les amis dits d’Haïti, devant leur responsabilité face au phénomène incontrôlable du kidnapping qui sévit dans le pays.

« Nous souhaitons ardemment que les pays amis ne se comportement pas comme des témoins passifs de ce que nous vivons aujourd’hui. Au nom de la fraternité universelle et de la solidarité internationale, il n’est pas bon de laisser un pays aller à sa perte », a déclaré le prélat au cours de la célébration eucharistique organisée en signe de solidarité aux personnes victimes du kidnapping dans le pays.

Le kidnapping, souligne l’archevêque métropolitain du Cap-Haitien, est un type d’acte illégal condamné par le droit international. « Nul ne peut revendiquer le droit de priver l’autre de sa liberté personnelle surtout en cas d’enlèvement extorsionné dont le but est d’obtenir une rançon en échange de la liberté des personnes innocente », a renchéri l’archevêque, indiquant que le droit international prévoit des sanctions sévères pour ce type d’actes illégal.

Tout en appelant les Haïtiens à jouer leur partition, Mgr Launay Saturné exhorte aussi les autorités locales à prendre leur responsabilité. « Il faut travailler afin de laisser aux générations futures un pays dans lequel leurs droits soient respectés », a-t-il prêché. Face aux heures sombres que traverse notre pays, il a déclaré : « ne nous laissons pas voler notre espérance », tout en condamnant le kidnapping d’où il vienne. Une autre Haïti possible, a-t-il insisté.

Edrid St Juste /  Le Nouvelliste



Friday, April 9, 2021

George Floyd est mort en raison de son arrestation, confirme un médecin légiste

Le Dr Andrew Baker a affirmé que l'immobilisation imposée par les policiers 
et la compression de son coup ont provoqué la mort de Georges Floyd          
 
Les problèmes cardiaques et la consommation de drogue de George Floyd ne sont pas « les causes directes » de sa mort, qui a été provoquée par la violence de son arrestation, a affirmé vendredi à la barre le médecin légiste ayant réalisé son autopsie.

À la fin de la deuxième semaine du procès du policier blanc Derek Chauvin, accusé de meurtre, cette déposition contredit la thèse avancée par la défense de l’agent.

L’immobilisation imposée par les policiers et la compression de son cou étaient « trop fortes à supporter pour George Floyd, au regard de son état cardiaque », a expliqué Andrew Baker devant le tribunal de Minneapolis qui juge Derek Chauvin, un policier blanc de 45 ans.

Il est accusé d’avoir tué George Floyd le 25 mai 2020 en maintenant pendant près de dix minutes son genou sur le cou de sa victime pour l’empêcher de se débattre.

George Floyd avait plusieurs fois crié « Je ne peux pas respirer » aux trois policiers qui le maintenaient allongé sur le ventre sur l’asphalte, les mains menottées dans le dos, en faisant pression sur son dos, son cou et ses côtes.

Derek Chauvin, le policier accusé de la mort de Georges Floyd

Pour l’accusation, cette pression a provoqué la mort de George Floyd, qui a peu à peu sombré dans l’inconscience par manque d’oxygène avant de décéder.

La scène, filmée en direct par des passants, a fait le tour du monde et provoqué une immense vague de colère contre le racisme et les violences policières dans le monde.

Le quadragénaire à la carrure imposante avait notamment un cœur plus gros que la normale en raison d’une hypertension, a souligné le Dr Baker.

« Son cœur avait donc besoin de plus d’oxygène et il avait une capacité limitée d’accélérer son rythme », car ses artères coronaires étaient rétrécies, a-t-il dit.

La contrainte physique et la douleur « vont déclencher des hormones de stress, l’adrénaline va pousser votre cœur à battre plus vite pour avoir plus d’oxygène », a-t-il expliqué.

Mais le cœur de George Floyd a lâché, incapable de soutenir ce rythme et en manque d’oxygène.

Pas de trace de la COVID-19

L’avocat de Derek Chauvin, Eric Nelson, soutient que son client n’a pas causé la mort du quadragénaire et que celui-ci est mort d’une overdose combinée à des problèmes cardiaques.  

Il s’appuie sur la présence de fentanyl, un puissant opiacé, et de méthamphétamine, un stimulant, découverts lors de l’autopsie.

La consommation de fentanyl peut aussi causer un manque d’oxygène en compliquant la respiration.

Andrew Baker a reconnu que la méthamphétamine faisait accélérer le rythme cardiaque, tout en précisant qu’une très faible quantité de drogue avait été détectée.

Il a également démenti la thèse développée par la défense selon laquelle George Floyd était diminué après avoir été infecté par le coronavirus.

« Ses poumons n’avaient pas de stigmates de la COVID-19 », a-t-il dit.

Face à Eric Nelson, il a indiqué n’avoir pas retrouvé de trace de pression sur le dos de George Floyd.

Mais le médecin a confirmé que la mort était un homicide, c’est-à-dire en terme médical « quand les actes de quelqu’un sont impliqués dans la mort d’un individu ».

Auparavant, les jurés avaient consulté des clichés du visage, des épaules et des mains tuméfiées de George Floyd pris lors de l’autopsie. Ces photos ont été remises sous enveloppe, la famille ayant peur de ne pas les supporter.  

Un frère de George Floyd, Rodney, est resté impassible en regardant longuement l’une de ces photos.

« C’est difficile, c’est dur », a expliqué la sœur de George Floyd, Bridgett, au site d’informations The Shade Room.

Mais « quand ce procès sera terminé et que Derek (Chauvin) sera reconnu coupable, nous aurons obtenu justice pour toutes les familles » qui n’ont pas pu l’obtenir pour leurs proches, a-t-elle dit.

Pour la première fois depuis le début des débats il y a deux semaines, le siège réservé aux proches de l’ex-policier était occupé vendredi, par une femme qui n’a pas été identifiée.

Le procès doit reprendre lundi avec les derniers témoins de l’accusation. Les débats devraient durer encore une semaine. Le verdict n’est pas attendu avant fin avril. Derek Chauvin encourt jusqu’à 40 ans de réclusion.

Les trois autres policiers impliqués dans la mort de George Floyd seront eux jugés pour complicité de meurtre en août. 

Auteur : JOY POWELL, CYRIL JULIEN
AGENCE FRANCE-PRESSE

Wednesday, April 7, 2021

Ne me parlez plus de Cap-Haïtien

Cette façade cosmétique cache derrière elle la désolation
 


Par Max Dorismond 

Oh! Chers amis, par ces images, par cette détresse photographique, vous venez de couper d’un seul élan une corde sur laquelle je dansais depuis ma prime jeunesse. Je viens du sud, d’une presqu’île appelée pompeusement la Cité des poètes. Et pourtant, c’est la ville du Cap qui m’avait toujours ensorcelé, subjugué. Ne me demandez pas pourquoi, je l’ignore. Mais, dans ma tête d’adolescent, je m’en souviens encore, c’était le coin à découvrir, c’était la terre de mes muses. Je ne connais point la raison. Mais le Cap m’avait toujours fasciné. 

Je m’étais promis de le visiter au temps de mes études dans la capitale. Je me voyais déjà danser à Feu Vert, la plus invitante boîte de l’époque, la sirupeuse et tendre « meringue » interprétée par le célèbre Guy Durosier, « Septen tu vois la mer », dans les bras d’une éventuelle dulcinée. Rêve inachevé ou lubie d’adolescent, cette suave intention, malgré toutes les possibilités, ne pouvait à cette époque des années 60 se dessiner, même dans le noir, car le tourisme intérieur inexistant s’était transmué en « Tout-risque », avec la perspective d’être incarcéré comme un étranger suspect. 

Ainsi, ne pouvant se concrétiser, cet ardent désir s’était prolongé à l’infini, pour adorer dans tous mes rêves ce coin sublime et fascinant, aperçu une seule fois, de nuit, en allant à Ouanaminthe.           

La totale déception

Et puis, ce matin de mars 2021, sous un ciel morgue et pluvieux, cette vidéo, ci-annexée, offrant une vision apocalyptique de l'Hôpital Justinien de Cap-Haïtien, est venue incendier tous les souvenirs cumulés dans ma tête, de ce patelin, que j’avais imaginé paradisiaque, durant toute une vie, dans mes songes insensés. Quelle tristesse! C’est la fracture de l’espoir. 

Le personnel de l'hôpital Justinien de Cap-Haïtien en grêve

En visionnant les photos de ladite institution, avec les murs défraîchis et la peinture délavée de la section chirurgicale, dans la cour intérieure, je suis tombé des nues. Même l’hôpital de Port-au-Prince ne m’avait autant outragé en ce sens, car, avec le vol et le pillage de la caisse publique, je ne m’attendais pas à mieux. Mais, pour le Cap, ce fut une gifle à doubles mains, un choc sismique éprouvé, comme si cette région évoluait hors du casino royal. Dans mes utopies, je croyais encore que c’était le seul point d’Haïti où le germe de la corruption n’avait nullement pris racine. Mais, hélas, ce n’était qu’un rêve! 

Pourquoi ne changeons-nous pas le nom de l’île d’Haïti, une fois pour toutes, pour l’île-aux-Voleurs ? Les flibustiers dans leur tombe seraient heureux de cette reconnaissance. Au moins, leurs descendants ne les auraient pas tout à fait oubliés. Ce serait un retour de l’Histoire. 

Voir, par exemple, un malade perplexe, faisant fi brusquement de ses maux, prendre la fuite, les pieds nus, pour se protéger de la pluie à l’intérieur même de la bâtisse, où le ciel lui tombait sur la tête, m’a profondément chiffonné. Voir les murs suant le miasme et la crasse vermoulue n’est pas une invitation à récupérer la vie, mais un rendez-vous à rencontrer «Baron Samedi » avant le jour J. 

La brutale réaction

À dire vrai, je ne veux point prêcher la violence, mais je crains de nous voir arriver déjà à ce carrefour, pas trop lointain. Depuis des temps immémoriaux, nous déchirons notre chemise sur la place publique pour réclamer un sursaut de sérieux, un peu de commisération pour les damnés de la nation au nombre de 11 119 950 

Par contre, j’invite mes lecteurs à appuyer sans réserve le personnel médical de l’hospice en grève pour mettre les dirigeants incompétents aux doigts trop longs devant les devoirs de leurs charges : respecter au moins la dignité des Capois. 

Avec cette vidéo explosive, n’importe quel citoyen, ayant le sens du devoir, aurait pu prendre les armes pour foutre le chaos dans ce bordel à ciel ouvert, à faire rager l’honnête Haïtien. C’en est trop. Et puis, à chaque instant, ces prédateurs exultent dans des exhibitions carnavalesques : Cayes, Jacmel, Port-de-Paix, s’il ne faut citer que ces régions. Merde alors! Où plaçons-nous la priorité? De plus, ils ont le culot d’inviter la diaspora à investir, avec des slogans tonitruants : « Haïti open for business ». Pourtant en débarquant au pays, cette dernière ne verrait au premier coup d’œil que cette fatale et surprenante formule : « Haïti open for death ». 

À la première diarrhée, le congénère de retour serait confronté à un double dilemme : une dysenterie, plus la phobie d’aller coucher dans ces lits rebutants, qui déshonorent le terme « Hôpital » dans son intégralité. 

La mort d’un rêve

Adieu, vieille cité capoise! Comme le poète-orphelin, à titre de fils adoptif, je t’ai longtemps bercée, dans mon cœur et au tréfonds de mon âme, tant tu m’avais envoûté. Mais, j’ai fait litière de ce lien pour ne plus te revoir, même dans mes rêves les plus fous.

 

Max Dorismond






Note

1 – Divinité vaudouesque annonçant la mort. « C’est le lwa des morts, l’esprit de la mort et de la résurrection. Il se trouve à l’entrée des cimetières et se met sur le passage des morts vers la Guinée ». (Src. Wikipédia).

2 - Selon les statistiques officielles de 2018, Haïti comptait 12 120 000 habitants. Ici, sauf une cinquantaine d’individus peut se payer le luxe d’une clinique privée.   

Wednesday, March 31, 2021

La diplomatie haïtienne et les ambassadeurs « Barbecue »

Dr. Weibert Arthus
Le nouvel Ambassadeur d'Haïti au Canada
 

Par Herve Gilbert

C’est à rougir de honte, mourir de rire, ou laisser le stress jaillir en flots de je ne sais quoi ! Plus les jours passent, plus les diplomates haïtiens sont dans l’eau chaude. Aux yeux de la diaspora, ces représentants du gouvernement haïtien sont illégaux et ne devraient siéger dans les instances internationales. Cette dernière demande des comptes et veut savoir, si ces nouveaux nominés ont suivi la voie légale pour accéder à ces postes. 

Vu la précarité de l’actuel gouvernement qui est abandonné par presque toutes les institutions, la diaspora inquiète, se questionne, face à ses représentants de facto, à savoir quelle considération jouit ces gens-là au niveau des autres instances internationales? 

Mr Arthus à l'écoute des protestataires
Ils sont devenus la risée de leur mandant en terre étrangère, au point qu’ils héritent le nom de puissants chefs de gangs sur le terrain. On les appelle des Ambassadeurs « Barbecue », des Consuls « Ti Lapli », des Vice-Consuls « Izo », des secrétaires « G-9 » etc... 

Tous les qualificatifs ont été énumérés, en prêchant le faux pour avoir le vrai. Car, il est bruit, chez les badauds, que Barbecue avait demandé à Jovenel Moïse de nommer ses cousins dans des ambassades. D’où le vocable d’ambassadeur « Barbecue ». 

On les comprend assez bien. Chez nous, l’attribution des titres se fait d’une façon fantaisiste. N’importe qui peut bénéficier du titre de Docteur, de Directeur, d’intellectuel, de Maître Zabèlbòk, de n’importe quoi, etc…, même si la personne se trouve dans ses petits souliers face à ses devoirs. Donc, en nommer quelques barbecues, n’est cependant qu’un jeu d’enfant, « yon ti jwèt marel ». 

Au rythme où vont les choses, les gangs contrôlent le pouvoir et font à leur guise. La police les accompagne lors des manifestations. La télévision et la radio se les arrachent. Ils sont riches à craquer. De là à présenter leurs propres doléances au pouvoir, en matière de nomination, il n’y a qu’un pas. 

Un militant demande des comptes
à l'ambassadeur Weibert Arthus

Par conséquent, la diaspora est en rogne et veut savoir coûte que coûte, quels sont ses représentants en terre étrangère. Haïti, déjà traitée de « shit hole » par certains présidents, ne jouit d’aucun prestige dans le milieu diplomatique avec des scandales à répétition qui déshonorent leurs représentations à l’exemple de la consule de Montréal qui s’est payée cash un bijou de château au bord de l’eau pour la bagatelle somme de 4.5 millions de dollars. 

La communauté haïtienne en a assez bavé de ses stupidités, qu’un protestataire a été jusqu’à interroger le nouvel ambassadeur d’Haïti, à Ottawa au Canada, rentré en catimini sur la pointe des pieds, pour connaître son background et comment est-il parvenu à ce poste. Il en est de même dans plusieurs coins dans le monde. La vidéo ci-jointe vous apporte un pan de cette aventure rocambolesque à faire pleurer Saint Pierre et à faire danser Dambala Wèdo.

Herve Gilbert

Anbasade Babekyou nan Ottawa 29 mas 2021

https://www.youtube.com/watch?v=ZPCILcokndU&ab_channel=JafrikAyiti



Monday, March 29, 2021

Les funérailles de Joseph Woolley ( Willy) Alcindor en Haïti

Willy Alcindor
1935-2021
Les funérailles de  notre très regretté Joseph Woolley (Willy) Alcindor ont eu  lieu ce  lundi 29 mars 2021 à l'Église Christ Roi de Bourdon, Port-au-Prince, Haiti.  

À cause de la pandémie, la cérémonie intime des funérailles de Willy a été retransmise  via Zoom dans plusieurs  foyers au  Canada, aux  États-Unis et en Haïti. Ne pouvant y prendre part à cause des circonstances atténuantes de l'heure, nous nous sommes fait le devoir d’y être  par la présence de notre collaborateur sur place, Kénol René, qui nous a envoyé quelques segments en vidéo de la cérémonie funéraire dont nous annexons plus bas.... 

Pour revenir un peu  à la célébration de la vie de cet illustre disparu, la nouvelle du décès de mon grand ami Willy Alcindor  m’a  causé une profonde tristesse. Au début des années 80, où j’ai commencé ma carrière  à l’Ed’H, Willy et moi appartenions  respectivement au département de la production et des Mouvements  d'énergie où nous y avions travaillé ensemble plus d'une dizaine d'années, lui à l'usine électrique de la rue Joseph Janvier et moi à Delmas 33, au Centre de Conduite Centralisé, ci-devant Dispatching. Alors, durant  mon stage, comme jeune ingénieur électrique, c’est lui qui m’a appris à synchroniser deux alternateurs en parallèle sur un réseau électrique. Lorsque des alternateurs alimentent en parallèle, il est nécessaire de bien les synchroniser. La connexion parallèle de deux ou plusieurs générateurs implique une série de paramètres à suivre. Alors, Willy, l’expérimenté dans le domaine, a pris tout son temps pour me transmettre les points clés de cette opération.

Tout ce récit est pour rendre un hommage  à ce jérémien pour ses qualités humaines dont je garde encore un précieux souvenir et qui m’ont beaucoup marqué. Gràce à lui, plus tard dans n’importe quelle  autre centrale électrique, le couplage des alternateurs était devenu chose facile pour moi.

Quelques segments en vidéo de la cérémonie funéraire 


Quand je pense  aux belles années que nous avons vécu ensemble à l'EdH et ailleurs , sa bonne humeur et sa sagesse étaient permanentes. Je ne l’ai jamais vu ni en colère ni en proie à une tristesse quelconque. Toujours souriant, prêt à tendre une main généreuse à qui que ce soit, prêt à se redresser à chaque chute. Sa persévérance dans les sports fera de lui un très bel athlète de son temps.. C’était un sportif de gros calibre et d'une musculature parfaite.

Blagueur  à ses heures, il n’hésitait pas dans les circonstances les plus variées pour créer de l’animation, faisant toujours preuve d’un homme plaisant, jovial, comique, amuseur, qui vous replonge  de temps en temps dans l’alma mater à travers des blagues et des farces humoristiques.

Mon très cher Willy , mes meilleurs souvenirs t’accompagnent dans ton voyage vers l’éternité. Je n’oublierai jamais la contribution que tu as apportée à mes apprentissages dans la vie professionnelle et les leçons de vie que tu m’as aussi prodiguées...

Haïti Connexion Network et moi renouvelons  nos condoléances les plus sincères à tous les membres et proches de la famille que cette disparition a plongés dans le deuil. A toi Pierrot Alcindor, l'inconsolable, nous te gardons dans nos pensées et prions pour que tu trouves la force et le courage de traverser cette période difficile.

Willy ! Va en Paix mon ami! Ta mémoire sera toujours gravée dans nos coeurs!

Herve Gilbert