Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Thursday, October 6, 2016

Mathieu a balayé Jérémie


Par Max Dorismond
La cathédrale Saint-Louis Roi de France a perdu sa croix et son toit
Un vent fou, une mer déchaînée, les maisons vacillent, les tôles s’envolent et la ville entière est à genoux. Certains interpellent Jésus, d’autres Damballa. Voilà la nuit du mardi 4 octobre 2016.   Pas   de   lumière,   pas   d’électricité,   pas   de   communication.   La   Grand-Anse   est complètement coupée du monde. Ce fut ma vision de cette nuit d’horreur. A des milliers de kilomètres   de   ma   terre   natale,   sur   l’écran   noir   de   la   nuit,   mon imagination   débridée, échafaude des solutions sans lendemain. Je ne pouvais trouver le sommeil à la pensée de vivre le tourment de tous mes congénères de là-bas avec qui j’ai l’absence en partage.

Vue de la ville à partir de l'Hôpital Saint-Antoine
(Cliquez pour agrandir)
Le lendemain, en communication avec Hervé Gilbert de Haïti Connexion Network, des photos de la région me parvenaient sur WhatsApp. La ville qui avait bercé mon enfance, n’existe à peu près plus. L’Église Saint-Louis, fraîchement rénovée n’est qu’un squelette vacillant. Toute la tôle s’est envolée. Nul besoin d’imaginer la trombe d’eau qui recouvre son plancher centenaire. 

La photo aérienne tantôt à l’image d’un fromage de gruyère, tantôt d’une tranche de komparet grignotée  par  les  rats, n’offre  rien   de  rassurant.   Le Morne  Canova  de Nan Goudron  est entièrement lessivé. Les rues jonchées de  monceaux de toits, d’arbres et de déchets ne sont plus reconnaissables. Comme des cartons froissés, les maisons ont perdu leur identité. Le cyclone a chiffonné la région.  Que sont les Jérémiens devenus ? 

Vue aérienne partielle après le passage de Mathieu
De gouvernement en gouvernement, Jérémie était une ville paria. Perdue au bout de l’île, presqu’au bout du monde, elle a toujours évolué hors du temps, hors des projets qui alimentent les autres coins d’Haïti. Sous le gouvernement de Martely, six ministres avaient l’insigne honneur d’y avoir des liens de consanguinité avec la cité. Malheureusement, leur nomination ne fut qu’un bel écho pour le plaisir de la galerie, car le Jérémien, une fois au pouvoir, ne voit jamais le soleil se lever deux fois sur la rade. 

Qui va aider ces pauvres hères frappés par les foudres du destin? Qui va aider ceux de l’arrière-pays laissés à eux-mêmes? C’est bien beau de pleurnicher sur la ville, mais toute la région est sinistrée. Ils ont tout perdu. Peuple résilient, ils vont s’en sortir, j’en suis sûr. Mais, il leur faut un minimum. Un coup de pouce. Mes frères, pressons le pas, il est presque minuit !

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca



Autres prises de vues montrant l'étendue des dégats matériels à Jérémie

Vue rapprochée de la toiture de la cathédrale de jérémie après le passage de Mathieu
C'est la maison de Calisterne Fouchard connue comme le bureau du travail à l'angle des rues Eugène Magron et Abbé Huet qui est démolie au sol... La maison  jaune et rouge (à droite)  est la maison de Sénèque Charles ou abritait autrefois le studio de la Radio Grand'Anse.                                                                                      
Vue aérienne de  la toiture de la cathédrale Saint-Louis sévèrement endommagée