Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Tuesday, November 7, 2017

LES MÉTAMORPHOSES DE JOSAPHAT-ROBERT LARGE


Lors d'une vente signature de ses volumes  à New York

Eddy Cavé edddynold@gmail.com
Ottawa, ce 5 novembre 2017

La nouvelle du décès de Bobisson, tombée dans la soirée du samedi 28 octobre, m’a plongé dans une profonde réflexion et déclenché dans ma mémoire de nostalgique une cascade de souvenirs que j’ai encore du mal à contenir. Comme à l’accoutumée, je me suis précipité vers ma collection de photographies et ce qui reste de ma base de données mise à mal ces derniers temps par le crash de deux ordinateurs. J'en suis sorti avec une bonne dizaine de photos illustrant le long parcours qu’a suivi le garçonnet éveillé et turbulent que l’entourage appelait Bobisson et qui terminera ses jours à New York dans la peau du prolifique écrivain connu sous le nom de Josaphat-Robert Large.

Les photos étant devenues chez moi le catalyseur de la réflexion et un déclencheur de souvenirs, ce sont elles qui m’ont soufflé le mot « métamorphoses » qui, dans ce cas précis, s’applique au propre, comme au figuré. L’échantillon retenu va de photos de l’enfant gâté, que le père amène jusque dans les cérémonies officielles du jour de l’Indépendance, jusqu’à celles de l’homme mûr que nous pleurons aujourd’hui.

L’enfance
Autorités civiles et hommes d'affaires sortant d'un Te Deum
en 1946 sous le gouvernement Estimé. (1ère rangée à gauche)
Le préfet Georges Jérome cousin de la mère de Bobisson, le
maire Barthold Léonidas, père du romancier  Jean-Robert 
Léonidas, le commerçant Michel Desquiron et le sénateur 
Elie Lestage.                                                                          
Bobisson Large est né à Jérémie en 1942, de père jacmélien, venu à Jérémie pour diriger le lycée Nord Alexis, sous le ministère de Maurice Dartigue, et d'une  mère jérémienne née Odette Chassagne, Camille Large est un intellectuel de très belle facture qui initiera Bobisson dès le plus jeune âge aux cérémonies officielles Quant au gran-père maternel, le poète Numa Chassagne, dont le nom est intimement lié à ceux d’Etzer Vilaire et d’Edmond Laforest, il lui fait découvrir très jeune le monde merveilleux de la poésie. J'ai eu la surprise de ma vie quand , en identifiant avec Bobisson les personnages figurant sur la photo ci-dessus, il m’a dit : « Eddy, tu vois ce garçonnet debout à la première rangée aux pieds de Camille Large? Se mewn wi! » À 4 ans, il jouait déjà, comme on dit ici au Canada, dans la cour des grands. À sa droite, le préfet Georges Jérôme, cousin de sa mère, le maire Barthold Léonidas, le commerçant Michel Desquiron et l’ancien sénateur Élie Lestage. Qui dit mieux?

Par la suite, Bobisson prend l’habitude de fréquenter davantage les amis de ses frères aînés Gérald et Hervé et de sa soeur Marie-Josée que les enfants de son âge. Bien qu’il n’y ait entre lui et moi que deux années de différence, je n’ai guère de souvenirs de Bobisson jouant avec nous autres à la plage, à La Place d'armes ou dans des cours d’école à Jérémie. De mes nombreuses conversations avec lui, je déduis qu’il a été un enfant turbulent, à l’imagination fantasque, épanoui de manière précoce au contact d’aînés qui lui auraient donné un encadrement remarquable. Un seul exemple, son initiation à la photographie avant même qu’il ne franchisse le cap de l’adolescence.

La première métamorphose
Bobisson (à gauche), son père et sa soeur Marie Josée
À mes yeux, la première manifestation de son entrée fracassante dans l’adolescence est sa pratique de la photographie. Comme tout le monde le sait, ce passe-temps est coûteux, mais le gamin a des sous. Je devais me rendre compte de cette réalité près de 60 ans plus tard, soit en 2013 quand il m’a envoyé des photos prises par lui en 1954. J’étais alors à la recherche d’illustrations pour mon livre sur l’hôpital de Jérémie et je l’avais appelé pour lui parler de la reconstruction du bâtiment principal au lendemain du cyclone Hazel. Bobisson me confirma que le toit avait été emporté par le vent et qu’il avait lui-même photographié l’édifice, ainsi que les quartiers dévastés de la ville.

Avec son enthousiasme habituel, il m’envoyait dans les heures suivantes la seule photo que je connaisse de l’hôpital décapité par l’ouragan. Je ne pouvais pas en croire mes yeux et je le bombardai de questions. Il m’expliqua alors que son frère aîné Hervé avait laissé à la maison, en partant pour l’étranger, un appareil professionnel qu’il enfila à son cou pour effectuer son premier reportage photo. Chapeau bas! Si le romancier dit vrai…

1 Autour des 90 ans de l’Hôpital Saint-Antoine de Jérémie, Éditions Papyruz, Montréal, 2013.

C’est ainsi qu’est née sa passion pour la photo qu’il a entretenue toute sa vie, en prenant des cours aux États-Unis en investissant énormément dans l’équipement et en constituant une impressionnante collection de photos artistiques et historiques. Une passion qui anime, d’une couverture à l’autre, le très beau livre de photographies qu’il a publié en 2010 à Educavision en Floride sous le titre Jérémie et sa verdoyante Grand'Anse .


L’hôpital Saint-Antoine, 13 octobre 1954.
 Courtoisie de Josaphat-Robert Large
À la fin des années 1950, Bobisson et moi nous nous rencontrons occasionnellement à Port-au-Prince, où il poursuit son secondaire sous la supervision de son père qui enseigne le latin et la littérature française au collège Fernand Prosper. Après le cuisant échec de la grève des étudiants de 1960-1961, je retourne à Jérémie avec des compagnons d’infortune, dont  Jean-Claude Fignolé et Cécil Philantrope, et c’est à cette époque que remonte véritablement notre amitié avec Bobisson. Il travaille alors au magasin familial et on le voit partout où il y a un peu d’action : sur les plages en galante compagnie; sur les terrains de foot où il épate le public avec ses spectaculaires plongeons de gardien de but; dans les boîtes du nuit, les soirées dansantes, à La Pointe. Il achète une Jeep dont il enlève le toit de tissu et forme un duo infernal avec son âme damnée Émile Semexant. Tous les souvenirs que j’ai de cette époque sont ceux d’une période agréable où les seules ombres au tableau venaient des abus de pouvoir de la dictature naissante des Duvalier.

De mon côté, je gagne un concours d'entrée à la Banque Nationale et je poursuis à Jérémie mes études de droit commencées avant la grève à Port-au-Prince. C'est l'époque où Antoine Jean inaugure le  Versailles Night Club à l'entrée de la ville, où Joe Bontemps monte le groupe Jérémia et où Nemours Jean-Baptiste se rend à Jérémie pour animer les soirées de la Saint-Louis. Avec le recul, on voit que l'heure était à l'euphorie et que rien ne semblait indiquer que l'économie et la société jérémiennes s'acheminaient vers l'éclatement. Mais les choses ne tarderont pas à se gâcher.

Après la désagréable surprise de la présidence à vie, des événements sanglants d’avril 1963 à Port-au-Prince, l’émigration est apparue comme la seule voie de sortie d’une jeunesse aux abois. C’est à cette époque que Bobisson émigre aux États-Unis et que sa vie prend un tournant complètement imprévu.

En revenant un samedi soir, à Manhattan, d’un party particulièrement bien arrosé, la voiture dans laquelle Bobisson prenait place avec de joyeux fêtards fait sur Riverside Avenue une de ces embardées qui laissent peu de chances aux passagers du véhicule. Le bilan : trois morts, dont Ti Claude Denizard, vedette bien connue de la rue des Miracles; deux blessés graves, le conducteur Émile Semexant et Bobisson. Le décès de Ti Claude provoqua une telle commotion à Port-au-Prince que, pendant plusieurs mois, l’orchestre de Nemours Jean-Baptiste observa à toutes ses soirées dansantes une minute de silence pour entretenir la mémoire de ce fervent supporteur du groupe.

La deuxième métamorphose
Cet accident est sans doute la plus grande épreuve de la vie de Bobisson et celle qui marquera le tournant le plus radical de son existence. Retenu en traction-suspension pendant plus de trois mois dans un hôpital de New York, le jeune homme est forcé de regarder immobile la télévision ou le plafond du matin au soir. Il réfléchit, médite continuellement, se remet à la lecture. Fort heureusement, m’a-t-il raconté, il a une jeune amie américaine qui le visite tous les jours à la fermeture des bureaux. Passionnée de lecture, cette jeune dame dévore un livre de poche anglais tous les deux jours et les lui apporte. Il n’a d’autre choix que de les lire et il découvre ainsi Dos Pasos, Hemingway et les romanciers américains en vogue. Il revient alors aux bons auteurs délaissés depuis la disparition de son grand-père Numa Chassagne qui l’a initié très tôt à la poésie et inspiré les tendres années passées dans la grande maison familiale.

À sa sortie de l’hôpital, c’est un autre homme qui rentre chez lui, dans le Bronx. Il rompt radicalement avec l’alcool, réduit la cigarette et s’écarte graduellement des amities susceptibles de le ramener sur les terrains qu’il déserte. Il se déplace avec le soutien d’une canne et fait preuve d’une extraordinaire résilience durant cette phase de réhabilitation. Les retrouvailles avec les amis d’enfance Syto Cavé, Jean-Marie Roumer et Jacky Charlier seront pour lui une bouée de secours d’une valeur inestimable. Fort heureusement, le couple Luc-Flavie Philoctète, dont les filles Guerda, Dilia, Marlène et Alexandra sont des amis d'enfance, habite à une distance de marche de son immeuble. Il ne sera donc jamais seul.

Un disque qui reste à découvrir
J’ai souvent lu qu’il a participé à la création de la troupe de théâtre Kouidor qui a grandement contribué à la préservation de la culture créole haïtienne à New York dans les années 1970. Je crois plutôt que la troupe était déjà créée quand il s’y est associée comme acteur. Mais un fait demeure, il en a été un des membres importants. Dans mes conversations avec lui, comme dans ses multiples entrevues, Bobisson n’a jamais cessé de souligner l’apport des gros canons comme le metteur en scène Hervé Denis, le poète George Castera, les acteurs Max Kénol, Eddy Guerrier, de Jean et de Frantz Coulanges. Parmi les femmes dont les noms reviennent encore continuellement dans les conversations relatives à l’expérience Kouidor et à l’extraordinaire parcours de Bobisson, il y a ceux de Cécile Corvington, la veuve de Jacky Charlier, des soeurs Vieux et des soeurs Jean-Julien. 

Isolé à Ottawa durant la période d’ébullition de Kouidor et d’éclosion des talents de Bobisson, de Syto, de Jacky et de Jean-Marie, j’ai découvert, seulement en 1977, le long chemin parcouru par ces jeunes chanteurs et comédiens dont j’avais tant entendu parler jusque-là. C’était à l’occasion de ce qu’on avait appelé les contre-manifestations de l’an 20 de l’ère Duvalier. Parmi les collaborateurs locaux, il y avait Jean-Richard Laforest (disposition scénique, et critique) et son épouse Rose-Marie Gautier (animation et chants). Martha Jean-Claude, ainsi que l’ancien général et président Paul Magloire avaient aussi fait le déplacement et la troupe fit sensation. Je fus donc très agréablement surpris d’apprendre par la suite qu’elle avait eu un succès retentissant à la Martinique et qu’Aimé Césaire, alors maire de Fort-de-France, lui réserva un accueil des plus enthousiastes. En 2003, le livre de Bobisson Les terres entourées de larmes recevait le Prix littéraire des Caraïbes.

Les métamorphoses de la cinquantaine et de la soixantaine
Ne vivant ni dans le même pays ni dans la même ville que Bobisson, je n’ai pas eu la possibilité de suivre de près sa production littéraire ni les transformations physiques qui ont marqué chez lui, comme chez moi d’ailleurs, l’entrée dans l’âge d’or : l’embonpoint qui accompagne le ralentissement du métabolisme et la sédentarité de la retraite, la calvitie, les cheveux gris, puis blancs, etc. Avec le secours de la photo, j’ai pu revoir cette semaine encore les transformations que le poids des ans, de sa vie trépidante, sa riche production littéraire et artistique avait opérées en lui. Chez lui comme chez chacun  d’entre nous.

Mais l’homme a eu une vie bien remplie. Il a eu une jeunesse folle, a survécu miraculeusement à un grave accident qui, au bout du compte, a laissé relativement peu de séquelles, a remonté stoïquement la pente, touché à toutes les branches de l’activité humaine et des loisirs qui l’attiraient : la musique, le théâtre, le sport, la photographie, la natation, la plongée sous-marine, le tourisme. L’écriture a finalement été son activité première et il s’y est consacré après s’être doté de tous les instruments nécessaires à  réussite dans ce terrain cahoteux de l’édition. Ses études en linguistique lui seront d'un grand secours lorsqu'il commencera à publier en créole.Je m’incline humblement devant la détermination et le courage dont il a dû faire preuve pour construire l’imposant édifice culturel et artistique qu’il a laissé à la postérité.


Une regrettable série de rendez-vous manqués
Max Manigat,Kathia D. Ulisse, Bobisson, Claude Pierre, Lo-
chard Noël  (Miami 2015).                                                        
À bout de force et de patience, je n’essaie plus de compter le nombre de rendez-vous que j’ai manqués avec cet ami souvent imprévisible. Tantôt, c’était lui qui reportait la rencontre ou faisait tout simplement faux bond à la dernière minute, tantôt c’était moi qui annulais. Il est même arrivé que nous partagions un podium pendant la première partie d’une manifestation culturelle et qu’il disparaisse pendant une pause avant même que nous ayons l’occasion d’échanger nos livres. C’était à Miami en 2011, lors d’un lancement organisé par les éditions Kiskeya d’Hervé Fanini-Lemoine. Au beau milieu de l’activité, Bobisson était parti faire une course et  il n’est jamais revenu. Un artiste dans l’âme, a expliqué un des panélistes qui le connaissait bien!


.Une autre fois, il est arrivé à Montréal à la porte du KEPKAA, le Comité International pour la promotion du créole et l’alphabétisation, où il devait animer avec Ghislaine Charlier et moi une présentation de nos oeuvres respectives. Ne trouvant pas l’entrée de l’immeuble et ne voyant arriver personne une heure avant l’activité, il essaya sans succès de toucher les organisateurs au téléphone et reprit la route en direction de New York où commençait une inondation de son quartier. Il nous a expliqué en outre qu’il avait un délai très court pour reprendre un stock de livres qu’il avait dû laisser la veille aux douanes canadiennes.

L’expérience des rendez-vous manqués avec Bobisson est un des sujets favoris de conversation entre tous ceux et celles qui l’ont pratiqué un certain temps. Qu’il s’agisse des amis, de Paris, de Miami, de Jacmel ou de Montréal, tout le monde s’en plaint, puis se surprend à récidiver. D’ailleurs, n’a-t-il pas assisté à toutes les éditions du festival annuel de la poésie à Jérémie? N’a-t-il pas fait le voyage à Montréal en 1995 pour participer à l’hommage grandiose rendu au Château Champlain à l’homme d’affaires jérémien 
Antoine Jean à l’initiative du Dr Pierre-Michel Smith?

Chez Eddy Prophète (à droite) avec Léopold Molière et Sito.
La dernière fois que nous avons passé une journée ensemble, c’était en août 2012. Bobisson était de passage au Canada avec Syto et nous étions allés ensemble à Papineau-Ville, à un peu plus d’une heure de Montréal, pour visiter l’ami pianist Eddy Prophète, notre Oscar Peterson. Connaissant la passion des Jérémiens pour les déplacements en bateau, j’avais pris en cours de route un traversier reliant les deux rives du fleuve Saint-Laurent. Question de remémorer les voyages Jérémie-Port-au- Prince à bord du Mercédès. Ce fut un véritable régal. Malheureusement trop court! Bobisson et moi étant les seuls à vouloir photographier, nous ne figurons ensemble dans aucune des photos prises ce jour-là.

Ces deux photos prises dans la cour d'Eddy le Prohète, comme il s'appelle lui-même, sont les souvenirs les plus récents de nos rencontres que j'ai pu trouver. La maladie s’est mise par la suite de la partie et c’est par le téléphone que nous avons maintenu le contact jusqu’à la fin de l’été dernier. 

L’héritage de Bobisson et de Josaphat Large
Pour ceux et celles qui ont connu Bobisson depuis le tout jeune âge à Jérémie, le corps inanimé qui ira en terre ce week-end aura été habité au fil des décennies par deux personnages très différents : l’enfant gâté de la Haute Ville qui deviendra un adolescent super sympathique et insouciant, un gardien de but efficace, mais fantaisiste; le jeune adulte qui, après un emprisonnement d’un jour à Port-au-Prince et face aux menaces d’une dictature de plus en plus sanglante, prendra ses jambes à son cou et optera pour l’exil volontaire.


Syto, Eddy Cavé , Yoyo et Eddy Prophète
J’ai appris cette semaine seulement, en écoutant de sa bouche, une histoire partielle de sa vie, que c’est pour passer entre les mailles du dispositif de filtrage des candidats à l’émigration qu’il fit émettre son tout premier passeport au nom de Josaphat-Robert Large. Ainsi, l’adolescent généreux qui tenait la caisse du magasin Large en face du marché de Jérémie, le gardien de but exubérant des Flamands noirs qui encaissa un jour six buts parce qu’il jouait avec des facultés affaiblies, le client assidu qui stationnait régulièrement sa Jeep rouge sang à l’entrée du Versailles Club pour déposer  de ravissantes jeunes filles, c’était, comme on l’appelait à Jérémie, Bobison Madan Laj. Il a laissé des souvenirs impérissables dans cette ville et dans la mémoire d’une bonne tranche de la diaspora jérémienne.

En revanche, l’auteur des Terres entourées de larmes, de Rete! Kote Lamèsi, de Jérémie et sa verdoyante Grand’Anse, le détenteur du Prix Littéraire des Caraïbes 2003, c’est Josaphat, Josaphat-Robert et Robert. C’est l’écrivain aux multiples talents qui a pris la relève de Bobisson pour léguer à la postérité une oeuvre d’une grande valeur littéraire. L’ouvrage intitulé, Josaphat-Robert Large, la fragmentation de l’être, publié en 2009 sous la direction de Frantz Antoine Leconte, est sans doute l’hommage le plus éclatant qu’on pourra jamais rendre à son talent et à son mérite.

De son côté, le linguiste Hugues Saint-Fort a érigé un véritable monument à la gloire de Josaphat en écrivant : « Avec Rete, kote Lamèsi, Robert Large a écrit un roman qui semble unique dans la littérature haïtienne d’expression créole. En effet, du début à la fin du roman, l’auteur interpelle le lecteur non seulement au sujet de l’interprétation que ce dernier donnera à l’histoire qui est racontée dans le texte, mais aussi de sa conception du roman en tant que genre littéraire. »

Depuis l’annonce du décès les témoignages des amis et des lecteurs arrivent de tous les coins du monde. Alexandra Philoctète, l’amie d’enfance qui a annoncé le soir même la nouvelle du décès a reçu un volumineux courrier de condoléances et de témoignages de sympathie. Gary Klang a été le premier à réagir, soulignant qu’il ne trouvait pas les mots pour dire à quel point il aimait Robert. De son coté, Frantz Voltaire relayait la nouvelle dans le monde entier. Le jour même Mérès W. Wèche titrait dans Le National : « Un poète jérémien de plus a pris le large » et nos amis jérémiens de Haïti Connexion Network  répercutaient à l’infini l’écho de la mauvaise nouvelle… Comme Mérès l’a souligné fort à propos, le Festival de la poésie de Jérémie perd, avec le départ de ce grand ami, un de ses plus fervents supporters.

⁂ Je m’apprêtais à diffuser ce texte quand j’ai reçu par l’entremise d’Alexandra Philoctète la note suivante de Gary Klang, accompagnée du dernier poème de l’auteur :

La note de Gary  Klang
« Comme je l'ai dit sur Facebook, j'ai traversé toute ma vie avec Bobby Labrousse, et toute ma vie d'écrivain avec Josaphat Bobby Large, environ 40 ans. Je ne sais plus ni où ni comment nous nous sommes rencontrés, mais peu importe.

Ensemble, nous avons mené des combats incessants, parfois d'une rare violence, contre tous ceux qui n'avaient qu'une idée: nous exclure (une pathologie très courante dans le milieu littéraire). Fort heureusement est arrivé le miracle internet: nous n'avions plus besoin de ces petits hommes.

Ajoutons pour mémoire que Josaphat a beaucoup souffert de ça, mais il a réussi à vaincre l'ingratitude et la méchanceté de ceux qu'il avait pris à tort pour des amis.
On se parlait quasiment tous les jours et, entre nous, la confiance était absolue. Je viens de perdre une immense part de moi-même : un être loyal et courageux, un Ami à tous les sens du terme. Les mots me manquent pour dire combien je l'aimais. »

Gary Klang 

Le chant du cygne de Josaphat
J'ai relu hier avec beaucoup d'émotions le courriel des deux lignes qu Bobisson a adressé à Alexandra le 11 juillet dernier pour accuser réception de mon texte intitulé « Jean-Claude rejoint Claude Pierre et Serge Legagneur dans l'éternité ». Sentant peut-être sa propre fin venir aussi, il avait écrit: « Mon Dieu c'est toute une génération qui s'en va.   Me voici portant trois deuils les larmes aux yeux. »

Que son âme repose en paix!

« L’homme du Contrat social

(Pour la liberté)

Liberté notre nostalgie
Notre désir intense
Chaîne qui se brise en mille morceaux
Quand envahissent nos coeurs
Certains besoins d’air et de souffles
Liberté te conquérir

Tu deviens insoumission
Et quand les rives de ta soif
Entraînent calmement
Au Contrat social
L’homme épris de liberté
Bousculé par ses désirs de respiration
Seul
Sur les flots immobiles de sa natte
Flottant entre le repos et le réveil
Il surnagera sur les ondes de la nuit
Comme dans une pirogue
Allant sur les rives pourtant éloignées du sommeil
Oh ! Il se lèvera tôt le lendemain pour marcher vers la liberté
Marche donc
Puisque tu es né ce faisant
Homme de la nature
Tu portes en toi une palette de couleurs
Ce ruisseau où a puisé Rousseau
Pour les pétales de sa thèse

Josaphat-Robert Large
Septembre 2017 »

Nota : Les funérailles de l'ami Bobisson ont été chantées à New York le samedi 4 novembre. J'adresse mes plus sincères condoléances aux membres de sa famille et aux nombreux amis qu'il comptait sur cette terre qui est en train de s'écrouler sous nos pas.  

Que son âme repose en paix!


Eddy Cavé, Ottawa ce dimanche 5 novembre 2017




Monday, November 6, 2017

Haïti – Faux chèques – Électricité : Une vache à lait intarissable (1ère partie)



Par Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca

En Haïti, la corruption n’est pas génétique. Elle est systémique et occupe toutes les sphères des institutions étatiques et sociétales, moins les banques. Mais, dans les dernières nouvelles du mois d’octobre 2017, suite à la lettre du Ministre de L’Économie et des Finances, J.A. Patrick Salomon, au Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, Max R. St-Albin, concernant les nombreux chèques du MICT  encaissés deux fois sous les mêmes numéros à la Banque Centrale, on se questionne à savoir si les gangsters n’ont pas déjà embrayé en 4ème vitesse. Les banques étaient la dernière frontière qui protégeait la population contre cette pandémie.  Si ces brigands arrivent à franchir aussi allégrement ce « Rubicon », nous pourrons dire : « Adieu veaux, vaches, cochons ». C’en est fait de la nation !


Le dossier de l’électricité chez les Sénateurs

Revenons au sujet en titre ! Je ne suis pas en possession des contrats des compagnies E-POWER, SOGENER, HAYTRAC et autres. Mais le visionnement de la vidéo de la commission sénatoriale, dans laquelle l’élu Pierre François Sildor décortique, avec beaucoup d’emphase et de sarcasmes, ces documents outrageants, à effets préjudiciables pour la nation, chiffonne.

Je n’ai aucun problème avec ces entrepreneurs qui ont frappé le jackpot. Sauf les imbéciles auraient refusé d’entrer dans cette caverne d’Alibaba, créée de toutes pièces par et pour les petits amis des régimes en place, depuis une dizaine d’années. C’est un théâtre de l’absurde dont on ne verra jamais la fin.

Haïti : Île fantôme non détectable la nuit par les Astronautes

Et, malgré cette manne, l’électricité a presque raté son rendez-vous avec nos congénères. C’est au compte-gouttes qu’ils la reçoivent, entre 2H00 et 3H00 du matin, notamment pour les insomniaques. C’est à cette heure indigne, par exemple, que les soudeurs gagnent leur pain quotidien. Entre 19H00 et 21H00 pour d’autres, dans certains quartiers. 95% du pays évoluent dans le black-out, ce que j’ai ainsi décrit dans un de mes articles sur la corruption : « Haïti est la seule île de la Caraïbe, invisible la nuit à vol d’oiseau. Elle est une île fantôme ». Le Sénateur Sildor en a fait écho durant sa présentation.

L’absence d’électricité est si criante dans la capitale, qu’à certaines occasions des chirurgies dans les hôpitaux ont été terminées à la lueur d’un téléphone cellulaire… Point n’est besoin d’énumérer  tous les drames collatéraux résultant de cette carence. Nous n’apprenons rien à personne. D’ailleurs, la malice populaire, détaillant le libertinage ambiant, en a fait ses choux gras dans des  comédies à quatre sous ou dans des chansons grivoises, telles que : « Bam ti blackout moin manman / Poum fè ti magouy moin manman ».

Quelques détails croustillants des fameux contrats

Achat de diesel -Haïti prête de l’argent aux entrepreneurs, fournisseurs d’électricité, pour l’achat du diesel. Elle garantit en premier lieu les achats de ces derniers auprès des grossistes internationaux pour 13 millions de dollars US déposés dans une banque étrangère. Si ces montants sont engagés, le gouvernement haïtien a l’insigne obligation de les renflouer. Et c’est arrivé très souvent. Il met, entre autres, ses terrains et usines à Vareux à la disposition de E-POWER.

Vente d’électricité - Le contractant vend son électricité à Haïti, qui enregistre des pertes de 20% lors de la distribution aux consommateurs. Mais le gouvernement offre encore une autre garantie en or, au nom poétique de « Garantie souveraine » à ses gentils petits amis. Et cette souveraine garantie sera aussi renflouée à chaque fois que l’heureux grossiste aura à l’utiliser aux fins de ses transactions. 

Par exemple, quand ce dernier fournit pour 30 millions de dollars US d’électricité à l’État durant le mois, il doit obtenir son dû immédiatement. Sinon, dans les 24 heures qui suivent, il fait jouer la partition de la clause « souveraine » et passe au cash en brandissant sa lettre de crédit pour empocher ses 30 millions à la Banque Centrale, grevant ainsi le budget de fonctionnement du pays, sans se soucier de la capacité des institutions de l’État d’honorer leur responsabilité face aux fonctionnaires, policiers, médecins, infirmières, etc… La banque Centrale lui refile ses millions sans poser de questions, sans preuves que le service ait été fourni. Un coup de fil suffit. C’est un véritable scandale à tiroirs où chaque compartiment réserve son lot de surprises et d’incrédulités.

Autres avantages et non des moindres

On apprend encore que les actionnaires-investisseurs de ces compagnies jouissent d’un avantage extraordinaire et illimité leur procurant une franchise douanière, leur ouvrant la voie à l’importation ou à l’exportation de n’importe quelle marchandise. Imaginez-vous investir un certain montant dans E-Power, par exemple, et le lendemain, vous commandez 50 voitures, 1000 TV, 3000 chambres à coucher, etc…, sans payer un sou de frais de douane. Ah ! Le ciel est toujours plus bleu dans ce pays où il fait vraiment bon vivre pour certains. 

Triste colère ou grimaces de singe d’un sénateur

Lors de son intervention à ce sujet, le Sénateur Nawoum Marcellus est sorti de ses gonds pour dénoncer cet état de fait et lancer des menaces apocalyptiques. J’ai souri un petit peu en essuyant aussi une larme de crocodile tout en demandant en mon for intérieur si ces fameux contrats du siècle n’ont jamais été validés par le Parlement. Sinon, où étaient tous ces contrôleurs officiels lors de la signature de ces aberrations collectives ?

 

Max Dorismond




Pour votre édification, veuillez écouter ou regarder les vidéos-témoins de ce théâtre caustique, en cliquant sur les liens en bleu. Vous m’en direz tant. Voyez ci-dessous aussi, la lettre du Ministre des Finances au Ministre de l’Intérieur.

 

(A suivre)

Monday, October 30, 2017

Adieu à mon ami Josaphat-Robert Large

Josaphat-Robert Large 
15 novembre 1942 - 28 octobre 2017
Par Hugues Saint-Fort
Vingt-quatre heures après avoir appris la nouvelle de la disparition de Josaphat-Robert Large, je suis encore sous le choc d’une violente émotion et d’une peine immense. Robert était un ami véritable, sincère, loyal. Il était passionné de littérature, de peinture et de photographie. Je connais mal les deux derniers arts mentionnés mais il nous arrivait de discuter pendant des heures du premier art mentionné, la littérature. Surtout, la langue et la littérature créole étaient devenues sa passion et son court roman créole, Rete ! Kote Lamèsi (2008) reste pour moi un superbe texte littéraire où la beauté de la forme s’allie aux références historiques pour raconter la lutte interminable du « petit peuple » haïtien faisant face à l’exclusion sociale et les servitudes du milieu. Ce roman est l’un des rares romans créoles haïtiens qui soient étudiés dans un cours de créole dans une grande université américaine (Duke University, cours assuré par le professeur Jacques Pierre).

Voici la reproduction de la recension d’un beau-livre du poète-romancier-photographe Josaphat-Robert Large, Jérémie et sa Verdoyante Grand’Anse (De Pestel à Tiburon). Educa Vision Inc. 2012. Cette recension a paru sur le site littéraire et culturel Potomitan bien connu des créolophones et des francophones du monde.

On connait Joseph-Robert Large pour l’exceptionnelle qualité de ses recueils de poésie et pour ses romans inoubliables dont la trilogie Les sentiers de l’enfer (L’Harmattan 1990, Les récoltes de la folie (L’Harmattan 1996), et Les terres entourées de larmes (L’Harmattan 2002), Rete ! Kote Lamèsi (Presses nationales d’Haïti 2008), Partir sur un coursier de nuages (L’Harmattan 2008).  

On ne savait pas qu’il était un artiste créateur complet qui savait se servir de son appareil photographique pour recréer une réalité grâce à son imagination et surtout les épanchements de sa sensibilité. Avec Jérémie et sa Verdoyante Grand’Anse (De Pestel à Tiburon), recueil de photographies stupéfiantes de réalisme poétique, Large nous emmène à travers sa ville natale, Jérémie qui est surnommée « La Cité des Poètes » et sa « Verdoyante Grand’Anse » et nous fait découvrir des plages, des baies, des couleurs, des maisons, des monuments, des paysages, des oiseaux…tellement beaux qu’on en a le souffle coupé. Surtout, Robert Large a eu la grande idée d’orner plusieurs de ces photos de poèmes écrits par des écrivains natifs de la région, René Philoctète, Etzer Vilaire, Émile Roumer, Paul Laraque, Jean Brierre, Regnor Bernard, Serge Legagneur, Jean-Richard Laforest, Syto Cavé, Jean-Robert Léonidas… A signaler tout particulièrement une photo saisissante, celle de la doyenne de la Grand’Anse, Madame Pierre Rocourt, âgée de 103 ans en 2012 mais qui reste tellement vigoureuse qu’elle a cousu ELLE-MEME pour la fête des mères la robe qu’elle portait en mai 2012 quand elle a été photographiée par le poète Large. Si vous voulez offrir un cadeau de choix en cette période de fêtes de fin d’année, un beau-livre qui fait honneur à l’art photographique haïtien, je recommande particulièrement ce beau-livre du poète-romancier-photographe Josaphat-Robert Large.  

Pour terminer, je voudrais adresser mes sincères condoléances à sa femme, sa fille et toute sa famille. Que son âme repose en paix !

Hugues Saint-Fort
New York, 30 octobre 2017

Sunday, September 17, 2017

Une diaspora haïtienne difficile à ferrer

Par Max Dorismond
DGI - Direction Générale des Impôts (Port-au-Prince)
Dans tout pays qui se respecte, c’est l’institution des finances qui se charge de faire travailler ses méninges pour maximiser les rentrées d’argent. En Haïti, c’est l’envers de la médaille. Dès qu’un quidam occupe un poste, doté d’un certain pouvoir, il se voit déjà en chercheur d’or, explorant les combines et les opportunités par monts et par vaux pour ses bénéfices personnels. Toutes ses pensées convergent en direction d’un unique objectif : devenir millionaire, l’espace d’un matin! Tel est le ressort qui actionne son quotidien, quelque soit sa position sur l’échiquier, de la direction au messager. Et il faut faire vite. Dans ce pays, le pouvoir c’est comme de la graisse de baleine. Comme elle, il est inconsistant et a la chaleur en horreur. À ce niveau, on rentre dans l’univers de la déraison, n’en déplaise à ceux qui cherchent un sens à l’insensé. Des exemples, on en a plein les bras. C’est ça notre Haïti!

Humour noir et mépris
C’est ainsi que, sous Papa Doc, selon une anecdote bien connue, un certain Général de l’armée, s’était avisé de conseiller au chef de l’État de déclarer la guerre aux États-Unis, conscient de la défaite inéluctable, mais convaincu de pouvoir engranger l’argent de la réparation que ne manquerait pas de fournir le vainqueur. Vrai ou faux, la malice populaire, de temps à autre, nous gratifie de ces perles pour souligner soit la vénalité coriace de certains insignifiants, soit la voracité effrénée de certains prédateurs.

La douce tentation
Durant la dernière semaine du mois d’août 2017, un semblable stratagème a failli réussir, n’eut-été la vigilance des exilés, qui se sont insurgés contre ces experts dans l’art d’exploiter les plus mal pris de la terre. Sans tambour ni trompette, Haïti a laissé courir la vague rumeur d’un impôt de 10000,00 Gdes que les membres de la diaspora devraient débourser chaque année. Pour qui, pour quoi! Quelle diaspora? Le résident en terre étrangère, ou celui qui a emprunté la citoyenneté du pays d’accueil. Mystère et boule de gomme!

Ruade dans les brancards
La DGI du Cap-Haïtien
Il n’en fallait pas plus. Le poisson ciblé  n’a laissé aucune chance aux détrousseurs machiavéliques qui confondent intelligence et arrogance, tant sa réaction fut virulente. Les réseaux sociaux s’emballèrent, et tout le gouvernement de Jovenel Moïse est passé dans le tordeur pour cette vicieuse machination. Le Ministre  de l’économie et des Finances, M. Jean Alix Salomon, a été obligé de venir à la rescousse des écorcheurs professionnels pour calmer le jeu, car leurs mains dégoulinaient de la merde lancée par cette diaspora exaspérée. Malgré les pirouettes du fonctionnaire contrit, rien ne put laver cette tentative d’extorsion aux yeux de tous les expatriés malgré eux.

Stratégie d’un mégalo
Où est passé l'argent des impôts dans
cette commune de Jérémie ?             
Ce que les gouvernants hypocrites d’Haïti font semblant d’ignorer, ce n’est pas l’attrait de l’étranger qui attire l’Haïtien miséreux à l’extérieur. Bien au contraire! Conscient de ses rêves d’arnaqueur de pouvoir à vie, de pilleur de pays, Duvalier, avec toute sa clique, avait construit des infrastructures aéroportuaires pour faciliter le départ des affamés qui, autrement, n’auraient eu d’autres choix que de se révolter. De cette façon, il a eu les mains libres pour gouverner comme un monarque. Pari réussi!

Un peuple piégé
De 1957 à aujourd’hui, le mal a empiré, le Duvaliérisme a fait école. La révolution n’a jamais été au rendez-vous. D’ailleurs, à quoi bon se révolter quand ce sont les plus pauvres qui auraient écopé. Les nantis munis de leur bon passeport, à la première détonation, seraient exfiltrés par le consulat de leur pays d’adoption, l’espace d’un appel téléphonique. Fort de ce calcul, résultant de la misère contraignante, il ne reste aux souffreteux qu’un seul choix : partir pour ne plus revenir.

L’exil et l’étonnement
Les réalisations d'envergure de l'ère Martelly s'avérant plus
couteuses que bénéfiques  selon le Nouvelliste.                   
On le comprend aisément, les membres de cette diaspora qui avaient, hier encore, subi avec un certain fatalisme la gabegie débridée ayant élu domicile dans leur pays, refusent d’être sous l’emprise éternelle de ces audacieux coupe-gorges malgré les kilomètres qui les séparent, ou d’être encore l’objet de ces outrageuses arnaques destinées à remplir les goussets des pervers. Le temps de la résignation pour eux est révolu. Car, au contact des progrès techniques du pays d’adoption, de la fluidité de la vie,  de la propreté existante,  de la pertinence des services de première ligne : (eau, électricité, téléphone, soins de santé, études etc…), de la disponibilité des ressources : (emplois, aides techniques etc…), des services et privilèges reçus, eu égard à l’impôt qu’elle y paie, la diaspora a développé une sorte de réflexe de résistance face à l’injustice perpétuelle qui sévit au pays. Ce réflexe s’est traduit par un appel à l’émancipation, à la résistance contre toute forme d'exploitation, à une prise de conscience qui chapeaute une haine sourde au tréfonds de son âme abasourdie. En faisant connaissance avec le vrai respect des droits de l’individu, certains souvenirs douloureux viennent la hanter, tels la pauvreté récurrente, les abus quotidiens  des forts sur les faibles, la priorité de la hiérarchie sur le talent, le népotisme à outrance, l’absence de mesures législatives équitables, le mépris de l’autre, la corruption endémique, le triomphe de la médiocratie, s’il ne faut citer que ceux-là. Voilà un résumé de tout ce qui explique sa brutale sortie, débordant de mépris, contre les apparatchiks d’Haïti.

L’intelligence récompensée
Et pourtant, si les « apaches » du pouvoir n’avaient pas confondu vitesse et précipitation, si le lien de confiance n’était pas fracturé, les concernés n’auraient simplement qu’à imiter les technicités légales et fiscales qui ont déjà fait leurs preuves dans plusieurs pays de par le monde. Citons entre autres celles d’Israël. Tous les Juifs du monde s’y précipitent et contribuent généreusement à son émancipation. Les millions s’accumulent en Israël, la diaspora juive est enchantée et sa terre, bénie des dieux, se porte merveilleusement bien. Tout le monde y trouve son beurre.

Simple remarque
En effet, mesdames et messieurs les gouvernants, vous vous êtes vraiment trompés d’histoire. Si la diaspora maintient Haïti sous perfusion, ce n’est ni par imbécillité, ni par ignorance, mais plutôt par sensibilité pour ses proches, car son expérience de la faim ne saurait la laisser indifférente. Condamnée à fertiliser l’espoir, ne la poussez pas à fermer son cœur à double tour. C’est Haïti qui en pâtirait.

« Qui fait l’âne ne doit pas s’étonner si les autres lui montent sur le dos 1 ».

Max Dorismond


Note – 1 : un proverbe chinois.


NB : La vidéo suivante est extrêmement pertinente, elle nous peint un peu le drame haïtien, une triste réalité mise en scène par des acteurs sur place.  Mais cette trame théâtrale ne doit pas être visionnée par des personnes sensibles ou ayant des problèmes émotionnels, car elle est très dure. Toutefois, elle vous arrachera le coeur même si c’est du théâtre, parce que c’est le quotidien de chez-nous. Après l'avoir vue, vous comprendrez pourquoi nos frères et soeurs se font humilier entre les frontières du monde.  Prière au coeur sensible de s’abstenir.