Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Tuesday, January 5, 2016

HAITI, autant en emporte le vent

Par Mérès Weche.
La carte d'Haïti
Reconnu pour être le côté-coeur de l'île Kiskeya, et le côté-cour de la République étoilée, Haïti respire à pleins poumons tous les vents historiques, artistiques et culturels qui ont balayé la Caraïbe, de la période pré-colombienne à nos jours. Qu'ils fûssent le mistral  et la bora de l'Europe, la bise et l'alizé de l'Amérique du Nord,  ou les puissants souffles d'Afrique que sont l'éléphanta et le dzhari, tous, - de longue ou de courte durée- lui ont laissé une part de leur atmosphère, sans pour autant prendre le vent sur tous les plans. En politique, ce sont surtout le Grain et le Cyclone qui ont toujours eu la partie belle, et après avoir tout détruit sur leur passage, ils laissent à la pauvre Haïti un mur de poussière qui, loin de la remodeler, lui donne très peu de chance d'«élection» dans le concert des nations. 


À bien regarder, ce sont les souffles africains et amérindiens qui ont davantage ventilé ses espaces idéologiques et culturels, pour non seulement la doter de structures mentales créatrices,  mais aussi assurer sa survie comme nation à part entière, dans les pires moments de son existence.  Il n'est un secret pour personne que la semence du basball apportée dans l'ile par les vents du Nord, au cours des différentes périodes d'occupation américaine, trouva terrain ferme de l'autre côté de la frontière pour se reproduire, mais n'a jamais pu s'enraciner sur la terre d'Haïti; l'enfant rebelle sera accusé de tous les maux: déficit de chromosome; propagatrice du virus du SIDA; instigatrice de la révolte en Amérique; entité chaotique ingouvernable, jusqu' à l'incapacité de se diriger. Les velléités d'autodétermination ou d'indépendance manifestées par la Martinique et la Guadeloupe ont été tuées dans l'oeuf, par le seul spectre de la «misère haïtienne» agité devant eux par la Métropôle française.

Jean-Pierre  Boyer a gouverné
  Haïti pendant 25 ans et détient

jusqu'à ce jour le record de
  longévité au pouvoir en Haïti.  
Comprendre Haïti n'a jamais été chose facile depuis la colonie de Saint-Domingue. À l'entendement de ses fossoyeurs, cette nation aurait dû disparaître de la carte géopolitique mondiale, depuis la proclamation de son indépendance en 1804. Le blocus économique dont elle fut l'objet de la part des grandes puissances d'alors, joint au paiement en francs-or de la dette de l'indépendance qui lui fut imposé par la France, auraient dû lui éteindre le souffle depuis 1825, sous le gouvernement de Jean-Pierre Boyer qui, pour y parvenir, dut pressurer le peuple par de lourds impôts et en restaurant la corvée au détriment des masses rurales. Cependant, l'insurrection de Praslin, près des Cayes, allait le contraindre à l'exil, après avoir profondément envenimé les relations haitiano-dominicaines. Boyer broya une grande part de nos rêves de développement.

L'art et la culture comme soupapes de redressement
Il existe fort heureusement des vents qui ne sont pas des bourrasques,  mais bien des courants de pensée; c'est ce qui fait qu'à l'époque de la Renaissance, la France et l'Italie  purent bénéficier de l'hellénisme grec, cette grande civilisation qui leur apporta des idées nouvelles dans la structuration de leurs idéaux de beauté dans tous les domaines de la créativité.

En dépit des rigueurs de l'esclavage dans la colonie de Saint-Domingue, aucun vent de destruction ne sut briser l'âme nègre et aliéner son instinct de création; le révolté de Saint-Domingue aura transporté en Georgie et à Savannah, non seulement sa détermination de liberté générale  des esclaves, mais aussi le génie créateur de l'Afrique rupestre et mégalythique. Le «soul» nègre, à l'origine du Jazz et du Blues, est né de leurs complaintes dans les champs de coton, de canne à sucre et d'indigo, sous le fouet du commandeur.

André Malraux,
Ecrivain,- Intellectuel- Politicien
Lorsqu' André Malraux  se questionna sur cette singularité de la culture haïtienne, par rapport aux autres pays et territoires noirs de la Caraïbe, il finissait par comprendre, après maintes réflexions et consultations - à l'approche d'un Tiga, par exemple -, que la seconde dimension retrouvée dans l'art d'Hector Hyppolite, d'André Pierre, de St-Brice, et au sein du mouvement Saint-Soleil, dérivait de la force agissante du vodou comme idéologie religieuse essentiellement anthropomorphique. André Breton et Wifredo Lam en avaient fait le même constat, et ce dernier s'inspira des valeurs intemporelles du vodou pour créer des chefs-d'oeuvres surpassant même ceux de nombre de ses collègues surréalistes qui cherchaient leur inspiration dans des hallucinations et sommeils commandés. Son « Ogoun, dieu de la ferraille», peint en 1945, s'inscrit dans le monde des créatures hybrides du surréalisme, et il en est de même de son «Imamou», inspirée d'Erzulie; des figurations qu'il a transposées et universalisées, montrant l'exubérance et le mystère d'un monde primitif.

Cet art et cette culture, que quelques peintres, écrivains, artisans et sculpteurs  profondément nationalistes essaient de garder vivants, sont relégués à l'arrière-plan dans les priorités budgétaires; nos dirigeants s'en souviennent quand il s'agit de faire œuvre folklorique en période carnavalesque ou pour tout bonnement singer


«la différence» en matière touristique.
Il est un fait certain qu'en dehors de ses immenses ressources culturelles et artistiques, Haïti qui figure au dernier rang du classement mondial des nations, n'existerait tout simplement pas.

Par :Mérès Weche