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Tuesday, August 16, 2016

Les conséquences de la gloutonnerie de nos Parlementaires

Par Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca
Max Dorismond
Quand on a le contrôle de l’assiette au beurre, c’est très difficile de ne pas se graisser les doigts, à moins qu’on soit doté d’une moralité en béton armé.

En effet, quant à promulguer ou à ratifier des lois au service de la nation, pourquoi ne pas se servir en premier lieu? Servons-nous d’abord ! semblent se dire les parlementaires haïtiens. Dans leur optique, SERVIR, qu’on le veuille ou non, est un verbe qui se conjugue seulement et simplement  à l’impératif. A la publication des émoluments de nos élus,  des chiffres faramineux à donner le vertige, les médias s’en étonnent et sur les réseaux sociaux, on balance de l’épithète avec un enthousiasme malsain. Vu la situation infâmante du pays, la misère répugnante, le laxisme ambiant, etc…, les montants totalisant « 2 160 000,00 Gdes, annuellement » par sénateur, à titre de salaire, selon le Nouvelliste 1, « sont ahurissants ». Selon d’autres sources, le budget de fonction par Sénateur est en fait de 144 000,00$ US, l’équivalent de 1 440 000,00 dollars haïtiens ou 7 200 000,00 Gdes. C’est une cascade de chiffres à confondre les sceptiques. En 2011, le Sénateur Edo Zenny maintenait que leur salaire mensuel était de 10 000, 00$ US 2. Comment un pays qui ne produit rien, ne perçoit presque pas d’impôt, peut se payer ce luxe? Ces élus sont-ils en train de souffler sur les braises de l’impatience.

Segment d'une séance au Parlement haitien en 2016


En pataugeant dans cette richesse insolente et inopinée, en métamorphosant leur statut de pauvres en millionnaires, l’espace d’un claquement de doigts, ces « chevaliers de l’ombre » sont automatiquement immunisés et demeureront insensibles à la misère de la collectivité. Étant riches, ils n’ont point besoin de compter sur l’État pour l’éducation de leurs enfants, les soins médicaux, etc… Ils peuvent se les procurer sans aucun souci. Ce faisant, ils s’éloignent de la masse de la population et perdent l’empathie qu’ils ont pu ressentir pour elle en d’autres temps. D’où l’absence d’idées novatrices, de débats constructifs et la dérive de la nation vers l’abîme. D’ailleurs plusieurs clichés sur le net illustrent le comportement fossilisé de ces élus oisifs et irresponsables, tantôt en bataille rangée, tantôt roupillant dans leur fauteuil, en pleine séance officielle au Parlement, où il ne leur manque que l’oreiller.

Des parlementaires pèlerins
Des parlementaires haïtiens roupillant dans leur fauteuil
en pleine séance officielle.(Cliquer pour agrandir)          
Outre ce magot, les parlementaires ont attaché d’autres cordes à leur arc et font flèche de tout bois pour augmenter la dîme. Prétextant soumettre d’autres projets d’intérêts publiques, en pèlerins avertis, ils sonnent le tocsin et passent la sébile pour arrondir la bourse. Toujours, selon Le Nouvelliste, « Chercher des fonds dans les administrations, au Palais national, à la Primature, dans les entreprises publiques et auprès des particuliers sont des « du plus » qui s’ajoutent aux largesses du budget officiel 3 ». Cette invitation directe à la corruption, au point de vue éthique, porte un joli nom: la collusion.  Souffrant déjà d’un grave déficit de sympathie dans la population, ce comportement hors norme ne les met point à l’abri de critiques féroces amplement méritées. Il leur faut beaucoup d’intelligence collective pour comprendre que leur avenir est lié à la façon dont évolue le reste de la nation. Au fil de l’histoire, c’est une vérité que les prédateurs ont toujours  fini par apprendre, trop tard.

La tenue vestimentaire du député Gracia Delva durant
l'une de ses campagnes électorales pour devenir sénateur.
Le dirigeant d’entreprise qui voit arriver le parlementaire en ses bureaux se frotte déjà les mains d’aise tout en se tordant de rire. Ce dernier vient lui offrir sur un plateau d’argent la baguette du maestro. À sa convenance, il peut choisir la partition de son opéra et faire danser ces chasseurs de prime au rythme de ses sambas, tels que « ne pas payer un centime d’impôt, ne pas augmenter ses pauvres salariés, ne pas respecter le salaire minimum national ». Nous pourrions énumérer une kyrielle d’avantages que ces entrepreneurs opportunistes seraient « en droit » de bénéficier de la légèreté de ces «parlementeurs », tant les lois laxistes votées en retour d’ascenseur s’étireraient à la mesure des rêves de ces payeurs de prébendes, de ces oiseaux de proie, « ces  petits bourgeois qui produisent leurs propres fossoyeurs 4»

Le député Arnel Bélizaire circulant dans une
manifestation populaire avec un arme de guerre
Prenons, entre mille, l’exemple des banques. Quand les lois sont en leur faveur ou quand il n’y aura aucune autorité pour les rappeler à l’ordre, ces dernières pourraient à leur guise jouer autant que possible avec leurs taux d’intérêts sur leurs prêts prédateurs, les cartes de crédit et la ristourne en pourcentage payée par les marchands sur les cartes de paiement. Qu’il soit-dit en passant, cette ristourne représente une taxe privée destinée à siphonner les clients et à être déposée en douce sur le compte des rentiers. Le fisc, paralysé, n’y verra que du feu. Pourquoi enrichir ceux qui le sont déjà ? Si nos parlementaires  et nos chefs d’entreprise avaient un minimum de lumière, ils devraient connaître cet abécédaire de l’économie 101 : « Faire passer de l’argent du bas de l’échelle au sommet réduit la consommation, car ceux qui gagnent gros consomment une moindre proportion de leur revenu que les plus modestes. Plus l’argent se concentre au sommet, plus la demande globale décline 5 ». En un mot, plus il y a de pauvres, moins vos produits seront consommés. C’est aussi simple que ça !
         
Au delà de l’arithmétique politique
Face à cette déliquescence, les cloches de l’envie ne tardent pas à faire entendre leur écho et, ceci, avec raison. Les édiles réclament le même traitement que les parlementaires. Et, ils ne sont pas les seuls. Tous les autres fonctionnaires de l’État, les professeurs, les médecins, les policiers, etc…, en rêvent également. Et si on ne remédie pas à cet appel des sirènes, ce traitement inéquitable dénoncé va ensuite créer de nouvelles distorsions qui mineront davantage l’efficacité des institutions toujours en déficit de résultat. Ce qui revient à dire que les employés pourraient, par simple calcul, utiliser  cet humour populaire de l’ère Soviétique pour maintenir une grève anonyme, à savoir « Ils font semblant de nous payer, nous faisons semblant de travailler 6 ».
         
Appréhensions et prédictions
(Photo le Nouvelliste)
Face à cette manne providentielle, que feront le petit salarié et le chômeur à l’heure des futures élections ? Hier, on avait, je crois, 3000 candidats à l’assaut du Parlement pour une centaine de places. En 2021, nous aurons de 3 à 5 millions de postulants, si ce n’est pas 90% de la population de l’île, à s’entredéchirer pour une place au paradis. Toutes les têtes d’affiche, journalistes et journaleux, vont tenter leur chance puisque le gâteau est alléchant. Les débats à la télé et à la radio seront interminables. Ce sera l’enfer. En pleine rue, les challengers seront assassinés, égorgés, poignardés… La contestation des résultats sera la norme… Ce sera l’éternelle discussion avec le poignard entre les dents. Pour y remédier,  les élus vont proposer de voter des lois loufoques, telles que l’élection à vie des parlementaires pour éviter ce type de chaos… Pour réagir au blocage du pays et du parlement, le chef de l’exécutif fera appel à l’ONU pour que la MINUSTHA reste dans le pays pour 50 ans de plus... Les ONG s’enracineront et de nouveaux y seront accrédités. Les rentiers, ces habituels bénéficiaires, jubileront. Au sommet de leurs affaires, ils injecteront de nouveaux capitaux pour investir dans de nouveaux hôtels, d’autres restaurants de luxe, de superbes condos, etc… Et le tour sera joué. Le pauvre peuple, de son côté, la peur au ventre, sera embarqué dans un bateau ivre pour un long voyage au bout de la nuit.   

Le parlementarisme de chez-nous
Dire qu’autrefois, le titre de parlementaire était auréolé de gloire et octroyé prioritairement à des notables, professeurs, avocats, médecins et autres intellectuels, qui s’étaient signalés à l’attention de leurs commettants par leur contribution à l’élévation de la communauté et de la Nation. C’était presqu’un sacerdoce, du bénévolat où l’option d’enrichissement était quasiment absente. Ces personnages avaient pour devoir et mission de grandir l’humanité à hauteur de rêve. Mais, nos parlementaires actuels, entretenant des rapports incestueux avec le pouvoir et l’argent, nous déçoivent énormément à hauteur de frustrations et de déceptions.

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca

Note: 
 
2 - Haïti - Politique : Le salaire d’un Sénateur est de 10,000 US par mois !


4 – Expression de Karl Marx dans Le Capital, rapportée par Thomas Piketty dans « Le Capital au xxi em siècle. P. 27
   
5 - La Grande Fracture - Les sociétés inégalitaires et ce que nous devons faire pour les changer. (Joseph E. Stiglitz) Prix Nobel d’économie. P.127.


6 – Ibid. P.131 

L'un des combats de Boxe au parlement haïtien 

Un ministre « agresssé» par le député Arnel Bélizaire