Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Friday, June 12, 2026

Mes souvenirs de Munich 1974

La sélection nationale au moment d'affronter l'Italie
 

Par Eddy Cavé,

Ottawa, le 8 juin 2026

 PREMIÈRE PARTIE : L'envers du décor de l'équipe Cendrillon

Lorsque le quotidien sportif français L'Équipe surnomma la sélection haïtienne « l'équipe Cendrillon » de la Coupe du monde de 1974, il semblait faire allusion à un petit pays admis par erreur ou par accident à la table des géants. Plus d'un demi-siècle plus tard, je souris encore en repensant à cette formule.

J'ai eu le privilège d'assister de près à cette aventure extraordinaire et, contrairement à ce que l'on pourrait croire, mes souvenirs les plus vivaces et les plus chers à ma mémoire de nostalgique diffèrent sur bien des points de ceux que retient l'histoire officielle.

À l'époque, je vivais au Canada depuis quatre ans. Si mes années d’études au Chili avaient grandement stimulé mon amour du football, elles m'avaient surtout donné la passion du style sud-américain : offensif, spectaculaire, passes courtes au sol, le tout joué devant des foules immenses, passionnées et bruyantes. C'est donc avec enthousiasme que je me rendis à Munich pour assister à cette grand’messe du football et voir de près évoluer la première équipe haïtienne qualifiée pour une Coupe du monde.

Ma première surprise fut l’atmosphère d’enthousiasme modéré qui semblait régner, au cœur de l’action, à Munich même. Pas de musique sur les trottoirs ou les places publiques, pas d’embouteillages non plus dans les grandes avenues comme les petites rues les plus achalandées. Même l’atmosphère des pubs et des tavernes me semblait un peu maussade. Habitué au flegme britannique, j’étais porté à attribuer ces apparences d’indifférence à des traits de culture. Mais, ici, le malaise était réel et beaucoup plus profond.

Munich 1974, c’était moins de deux ans après la tragédie des Jeux olympiques de 1972 où un commando de l’organisation palestinienne Septembre noir avait envahi le village Olympique, tuant deux athlètes israéliens et prenant neuf otages. Le but de l’opération était d’échanger ces personnes contre des militants arabes emprisonnés en Israël. Le groupe entier  fut conduit  à l’aéroport de la ville d’où un  jet, déjà sur place, devait le transporter au Caire. Au beau milieu des négociations, une opération de police tourna à la catastrophe, tuant tous les otages et cinq des huit attaquants. Les Jeux furent suspendus pendant 24 heures et reprirent dans le deuil le surlendemain.

Eddy et Hakime Altiné
dans un stade presque vide

Ce drame ne manqua pas d’éveiller dans toute l’Allemagne du chancelier Willy Brandt un double sentiment de culpabilité : d’abord en raison de l’échec de la tentative ultime de règlement de la prise d’otages; ensuite, en raison du souvenir des atrocités du génocide des Juifs par le régime nazi. Munich perdit ainsi la joie et l’enthousiasme des villes hôtes des événements internationaux de cette envergure. Elle était demeurée une ville accueillante, mais on sentait, par moments, planer le souvenir douloureux de ce drame récent. J’en étais, moi-même, d’autant plus conscient que je passai toute la période du premier tour avec mon ami le Dr Jean Verly qui avait fait partie de la délégation haïtienne aux Jeux Olympiques de 1972. Il m’aida beaucoup à interpréter les silences, la modération et l’indifférence apparente de nombreux Munichois.

Dans un premier temps, le secteur commercial de Munich refusa de modifier les heures d’ouverture des magasins comme cela se fait dans toutes les villes du monde qui accueillent un tel événement. Il finira par le faire seulement pendant le dernier week-end des compétitions, celui du match de classement, aussi appelé match pour la troisième place, et de la finale qui opposera l’Allemagne à la Hollande.  

Eddy,Harry Loiseau et Jacques Joachim
 Contrairement à l'image que l'on se fait aujourd'hui d'une Coupe du monde, l'effervescence populaire n'était pas partout au rendez-vous à Munich. Avec ses quelque 50 000 spectateurs, l’ancien stade olympique lui-même me parut presque vide lors du match d’Haïti contre l'Italie. Trois semaines plus tard, la finale Allemagne-Hollande allait le remplir attirer avec une foule bruyante. Il fallut d’ailleurs réaménager les abords de la pelouse pour créer une dizaine de milliers de places de plus. Mais même ce jour-là, les gradins comportaient un certain nombre de places vides et on pouvait encore acheter des billets d’entrée à des prix très abordables sur le marché parallèle.

L'autre surprise fut de découvrir les coulisses de la délégation haïtienne. J’y retrouvai un grand nombre d’amis très proches, dont Frantz Touillot, le trésorier de la Fédération haïtienne, et Mora Moreau, qui était directeur du personnel de la BNRH au moment de mon départ pour le Canada. En les visitant un après-midi au Sheraton de Munich, un prestigieux cinq étoiles des beaux quartiers de la ville, je me retrouvai en plein dans une sorte de manufacture artisanale de drapeaux haïtiens.

Frantz Trouillot & Eddy Cavé

Les entreprises associées à l’aspect commercial de  la Coupe avaient produit par milliers des drapeaux brésiliens, italiens, allemands, hollandais ou argentins. Pour Haïti, presque rien. Notre pays représentait un acteur tellement marginal dans cet univers dominé par les puissances du football qu’elles l’oublièrent ou presque. Donc, on ne trouvait pas de drapeaux haïtiens, ni de tee-shirts ou autres souvenirs d’Haiti dans les boutiques et les magasins à rayons de Munich. Sous les conseils d'amis allemands et d’étudiants haïtiens connaissant bien le milieu, les membres de la délégation décidèrent de confectionner leurs propres drapeaux.         

Ils achetèrent à cette fin de gros rouleaux de tissu noir et rouge, des centaines de baguettes de bois et louèrent un certain nombre de machines à coudre. Les épouses, les amies et toutes les bonnes volontés disponibles furent mises à contribution dans une sorte de course à la montre. L’enjeu : distribuer gratuitement le plus grand nombre possible de drapeaux haïtiens pour encourager nos joueurs et promouvoir l’image d’Haïti déjà mise à mal par une Italie qui avait pour elle les avantages du nombre et de la proximité du terrain des opérations.

Mora Moreau
Quelques jours plus tard, je voyais avec étonnement distribuer gratuitement des centaines de drapeaux de fabrication manuelle dans le train, aux abords du stade et sur la grande place de Munich où se tenait le marché parallèle des billets d’entrée aux matchs. Cette expérience  résumait à elle seule une bonne part de l'aventure haïtienne à Munich : peu de moyens, beaucoup d'imagination et, surtout, une volonté farouche de faire bonne figure.

Munich me réservait cependant d'autres surprises. À l'entrée du stade olympique, le jour du match Haïti-Italie, je me retrouve soudain nez à nez avec l'un des personnages les plus pittoresques de mon jeune âge : Ducham César, Dika tèt long pour les uns, Dika 2 tèt pour d’autres. Les Port-au-Princiens de ma génération se souviennent sans doute de ce passionné de carnaval qui, de sa propre initiative, parcourait les rues de la Capitale sur un bruyant side-car, un sayéka comme on disait alors en créole, afin de dégager la chaussée lors du passage des groupes carnavalesques.

Éberlué, je m’approche de lui en disant :

— Nèg sayéka yo ! Kanaval ! Titato !

Il me regarda quelques secondes avant de répondre avec les yeux pleins de joie :

— Ou konnen m ?  Ou se vrè nèg Pòtoprins !

Non, mwen se nèg lakòt. Nég Jérémi… Mwen te lékòl Pòtoprins ! Lisé Pétyon.

À partir de cette rencontre, nous étions presque devenus des amis et nous nous rencontrions presque tous les jours dans les rues de Munich. Lui, transportant inlassablement une grande valise, moi intrigué et fasciné par le personnage. Au point que je ne puis résister à la tentation de lui demander un jour pourquoi il avait constamment l’air d’être en voyage. La réponse qu’il me donna était aussi colorée et surprenante que l’image qu’il projetait.

Comme il y avait énormément de choses à découvrir dans cette ville, m’expliqua-t-il, il avait décidé de ne jamais rester deux nuits dans le même hôtel. Chaque matin, il réglait sa note, récupérait quelques vêtements déposés en consigne à la gare centrale et repartait explorer Munich. Sa journée terminée, il prenait une chambre à l’endroit le plus proche de son dernier arrêt et y passait la nuit. Je n'ai jamais oublié cette leçon de liberté d’un passionné de foot et de carnaval.

Ma prochaine surprise allait être le déroulement même du match contre l'Italie. Je vais faire ici un aveu. La première mi-temps m'ennuya profondément. Initié pendant mes études au Chili au football spectaculaire d'Amérique du Sud et habitué aux stades bondés, j'avais été à la fois surpris et déçu de me retrouver à Munich dans un stade presque maussade… et à moitié vide. Une impression comparable à celle d’un visiteur assistant à un gros barbecue dans la cour d’une grande maison privée. Rien de plus. Les Italiens appliquaient leur célèbre catenaccio avec une discipline presque militaire, tandis que les Haïtiens, tout aussi prudents, se tenaient sous leurs gardes et tentaient quelques timides contre-attaques. De temps à autre, un tir lointain d’un attaquant haïtien qui allait mourir dans les bras du réputé invincible Dino Zoff. 

À la fin de la première mitan, rien ne semblait devoir troubler cet ennuyeux équilibre. Score nul : zéro de part et d’autre. Depuis sept ans que j’avais quitté Santiago du Chili, je n’avais jamais remémoré avec autant de nostalgie les compétions sud-américaines de foot, en particulier le tournoi quadrangulaire de 1966 opposant le Santos de Pele, le Peñarol d’Alberto Spencer, le Colo Clo et la Universidad Catholica du Chili. Les soirs de match, toutes les rues de la ville raisonnaient du vacarme provenant du Stade national. Les embouteillages arrivaient jusqu’aux abords du centre-ville  et l’on sentait vibrer presque tout le cœur du continent. Ici à Munich, c’était  business as usual ! Quelle tristesse! À la mi-temps, l'entraîneur Zoupim, de son vrai nom Antoine Tassy, réunit ses joueurs dans le vestiaire et leur dit sans ambages : inutile de tirer de loin sur Zoff. Il faut absolument pénétrer dans la surface de réparation et le dribbler carrément.

À la reprise des hostilités, avant même que les Italiens se rendent compte de la nouvelle tactique adoptée, Emmanuel Sanon appliquait à la lettre la consigne de son entraineur. Sur une passe impeccable de Philipe Vorbe, il fonce à toute allure en direction du cerbère italien. À la vitesse de l’éclair, il dépasse le défenseur Luciano Spinosi, esquive Zoff qui vient de sortir imprudemment de sa cage et glisse le ballon dans un filet non protégé. Ce qui suivit appartient désormais à l'histoire.

Le cœur de l’Italie tout entière arrêta momentanément de battre. Éberlués, les reporters de toutes les nations retiennent leur souffle et interrogent leurs dossiers en quête de données sur l’auteur de cet exploit. Cendrillon venait de sortir de l’ombre.

Pour les centaines de milliers de téléspectateurs éparpillés dans le monde entier, ce fut un but. Mais, pour les milliers de spectateurs rassemblés dans le stade, ce fut plutôt un moment de stupéfaction. L'impensable venait de se produire. Haïti menait contre l'Italie et Manno Sanon venait de mettre un terme au record d’invincibilité de 1142 minutes de jeu qui faisait la gloire de Dino Zoff.

Ragaillardis par cette gifle, les Italiens se sentent obligés de sortir de leur zone de confort et de prendre des risques. Coup sur coup, ils marquent deux buts et ramènent Cendrillon à sa place. 

La poignée de main historique Zoff-Manno
Cinquante-deux ans plus tard, je souviens encore de ce match avec des sentiments très mitigés : l’ennui de la première mi-temps, la surprise du but de Mannon Sanon et l'explosion de joie à la fois des Haïtiens et des concurrents européens exaspérés par la réputation d’invincibilité que Zoff était  en train de construire.

Comme toutes les grandes aventures, celle-ci produisit rapidement ses légendes. Le gardien de but haïtien Francillon aurait été approché tout de suite par le Bayern de Munich, Mannon Sanon aurait reçu des offres mirobolantes qu’il refusa... Dans les faits, Francillon passera un certain temps dans la deuxième division de TSV 1860 de Munich, retournera au pays où il deviendra député de Bainet, sa ville natale.

L'une des plus tenaces  de ces légendes est celle du petit Miro Magloire, que l'on voit sur plusieurs photographies de l'équipe. Beaucoup l'ont présenté comme la mascotte officielle de la sélection haïtienne. En réalité, il s'agissait là d’une création de la presse allemande. Miro, que j’ai croisé plusieurs fois à Munich, était le fils du physicien haïtien Lionel Magloire et de son épouse, une psychologue allemande prénommée Elfrun. Le couple habitait alors à Munich et emmenait l’enfant à la plupart des activités sociales auxquelles il était invité. C’est ainsi que Miro participa avec ses parents à diverses activités de l’équipe, dont une séance de photographie au cours de laquelle un journaliste suggéra de lui faire une place  à côté des joueurs. La presse fit le reste et le petit Miro, devenu par la suite un grand chorégraphe et le créateur de la compagnie new-yorkaise de danse contemporaine New Chamber Ballet, reçut le titre de mascotte de la sélection… Ainsi naissent les légendes.

Ce match mémorable fut pour moi l’occasion de retrouver plusieurs amis avec qui j’allais passer un mois merveilleux : Harry Loiseau, qui habitait toutefois à Ottawa, mais dont le voyage n’avait pas été planifié; Serge Pierre, que je croyais à Londres, mais qui vivait à Munich; Pierre-Michel Smith qui découvrait comme moi l’Europe  et ses merveilles; Jean Verly et Jacques Joachim, deux vieux routiers des compétitions sportives internationales; Frantz Trouillot, le trésorier de la Fédération, qui pleura comme une madone, le soir de la défaite face à l’Italie; Hakime Altiné, rentré de New York avec un immense drapeau noir et rouge. Mon ami d’enfance et frère de combat Valère Cécil Philantrope arrivera à Munich la veille seulement de la finale. Il ne connaîtra ainsi de cette période que les folies auxquelles les Allemands se laissèrent aller après avoir arraché la coupe en or massif des mains de la sélection hollandaise de Johan Cruyff qui la méritait autant qu’eux!

Le match Haïti-Pologne étant programmé pour le mercredi suivant, j’avais un répit de quatre jours. J’en profitai pour aller visiter Vienne, Innsbruck et une partie de la Bavière.

 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

Wednesday, April 22, 2026

Hommage à Louis Marcel Laviolette : Un cœur sans frontières et un Bienfaiteur

Louis Marcel Laviolette 

Aujourd’hui, nous prenons le temps pour honorer la mémoire de Louis Marcel Laviolette, un pionnier, un homme dont sa vie fut une véritable leçon d’altruisme, de solidarité humaine et d’engagement envers sa communauté. Pour beaucoup d'entre nous, Marcel n'était pas seulement un ami ; il était le patriarche de notre groupe des "just come" des années 70. Grâce à sa générosité, de nombreux Grandanselais ont pu trouver un point d’encrage pour s’établir et s’épanouir au Canada.

Un Phare pour les Nouveaux Arrivants

L'appartement du 2072 St Hubert reste, dans nos souvenirs, le symbole de cet accueil inconditionnel. Nous gardons en mémoire son courage et sa détermination, notamment lors de ses discussions houleuses avec M. Dupont, le propriétaire du 2072 St Hubert pour défendre le droit des nouveaux arrivants à trouver un refuge.

Le Sacrifice d'un "Bon Samaritain"

Marcel incarnait véritablement la figure du Bon Samaritain. Sa bienveillance ne connaissait pas de limites : il n'a pas hésité à encaisser son propre fonds de retraite d’enseignant pour venir en aide à un compatriote dont l'école de conduite était en péril. Ce geste de sacrifice pur illustre parfaitement son bon cœur et sa prédisposition naturelle à porter le fardeau des autres.

Une Vie de Foi et de Combat

Bien que le chemin n'ait pas toujours été facile et que la chance n'ait pas toujours souri à ses décisions, Marcel a mené "le bon combat" avec une intégrité exemplaire et une bienveillance éternelle. Son dévouement était le reflet d'une foi chrétienne profonde qui l'a guidé tout au long de son existence.

Nous sommes à jamais reconnaissants envers Marcel pour sa bienveillance et son âme généreuse. Son héritage de fraternité continuera de briller dans le cœur de tous ceux qu’il a aidés.

Aujourd'hui, alors que Marcel, le bras droit, entame son dernier voyage, nous trouvons du réconfort dans l'idée qu'il obtiendra enfin le salut de son âme, cet aboutissement spirituel qu'il a tant mérité. Repose en paix, cher ami et bienfaiteur. Ton héritage de solidarité continuera de vivre à travers nous tous.

Michel Decoste

    Ottawa

Friday, April 17, 2026

Risque de répétition de l’accident mortel à la Citadelle du Roi Henri

« Un cri de granit hurlé au sommet des monts... :  « Jamais plus l’esclavage »
 

Par Max Dorismond 

Harry Dorismond Ing. 

Partout sur la terre, les jeunes rêvent de refaire le monde, de défier l’interdit, en un mot, de tenter le diable. Aller danser tout près des étoiles à 1000 mètres d’altitude, qui n’aimerait pas capter dans son cellulaire cet exploit insolite d’avoir caressé la lune. 

Ce serait fantastique, en guise de souvenirs, de partager avec leurs multiples correspondants sur les réseaux sociaux, la sensation de vibrer en chœur au rythme lascif d’un Konpa Direct, dans les nuages parfumés d’essence d’arbres au sommet de la Citadelle Laferrière, à Milot en Haïti. 

Hélas, l’intention ou le rêve était sensas, mais la mort a coupé court à cette agape fraternelle : plus d’une vingtaine de jeunes ont laissé leur peau, suite à un regrettable accident dû à l’incompétence des autorités. 

Personne ne le souhaite, mais à écouter les réseaux sociaux avec leur cortège d’inepties nous conter les causes de l’accident imputé à la vengeance des esprits des morts dans les catacombes de la Citadelle, on se revoit déjà devant une deuxième hécatombe. Cela donne froid au dos. Plusieurs invoquent le dérangement des esprits des « lwa Ginen », enterrés dans ce lieu historique, et leur vengeance pour avoir été troublés dans leur éternité. Divers supposés « Hougans », sur les réseaux sociaux, ont même proposé de refaire le chemin à l’envers en invitant le public à retourner là-haut et présenter ses excuses aux esprits froissés ou détournés pour calmer leurs courroux.

Le manque d’instruction ou le désir de gagner une certaine notoriété a invité ces chevaliers de l’apocalypse à induire tout un pays en erreur, surtout de jeunes esprits, à réitérer l’évènement pour demander pardon. 

C’est vraiment triste! Pourtant, une simple recherche sur Google, mon dieu, pourrait nous rassurer sur les causes de ce fatal accident! 

Réunir approximativement 1000 personnes dans un espace partiellement fermé, à 1000 mètres d’altitude, constitue au départ un facteur de risque majeur. À cette hauteur, l’air contient déjà moins d’oxygène, (soit 11%). Sans ventilation adéquate, le CO2 ou dioxyde de carbone expiré par la foule s’accumule tandis que l’oxygène disponible diminue. C’est ce manque d’oxygène, combiné à l’excès de CO2 qui a provoqué une hypoxie, soit l’asphyxie de plusieurs personnes, et la panique acheva le tableau : C’est le sauve qui peut! Voilà l’explication de l’accident. Ce n’est l’œuvre ni d’Agwe, ni de Bawon Lakwa, etc… 

En effet, un adulte au repos expire 0,3 litre de CO2 par minute. Donc, 1000 personnes expirent 300 Ltr de CO2 pour la même durée ou 18000 Ltr à l’heure. D’où l’accumulation rapide du dioxyde de carbone dans cet espace partiellement fermé. Ce phénomène entraîne : somnolence, mal de tête, respiration plus rapide, nausée, vertige, essoufflement sévère, confusion, perte de conscience et… la mort. 

Afin de prévenir de tels drames, nul besoin de faire intercéder les loas. Il est impératif de respecter les normes de ventilation de 30m3/h d’air neuf par personne pour tout rassemblement en milieu confiné. 

Au-delà de 800 mètres d’altitude, un calcul de capacité adapté et la présence de détecteurs de CO2 sont fortement recommandés. Tout évènement doit faire l’objet d’une évaluation préalable des risques liés à la qualité de l’air.

Haïti étant ce qu’elle est, « un Koté », un lieu où tout le monde rêve de devenir président sans programme. Tous, indistinctement, se voient déjà! Les Hougans cités ci-haut ne sont pas en reste. En quête de visibilité, Ils prétendent pouvoir calmer les malins esprits de la Citadelle.

Toutefois, trêve de comédie, nous suggérons ardemment à l’ISPHAN (Institut de Sauvegarde du Patrimoine Historique et Artistique National) de remédier à cet état de fait en faisant respecter les spécifications scientifiques, car, les imbéciles ne sont pas loin. Il (ISPHAN) ne saurait si bien servir!

 Max Dorismond

Harry Dorismond Ing.


Wednesday, February 11, 2026

Adieu à Serge FOUCAND

Serge Fourcand
 

Je ne peux me retenir d’ajouter ma voix à celle de la famille même si je ne sais vraiment quel hommage rendre à ce professeur dont l’amitié magistrale m’a encouragé et orienté depuis les Hautes Études Internationales d’Haiti jusqu’au terme de sa vie à Montréal.

Serge, esprit vif et perçant, d’un charisme indéniable, a donné son temps et son savoir à la jeunesse de son pays avec une immense générosité. Un prof qui se sentait responsable de demain et comptable devant les générations à venir. Cet homme du monde des idées avait aussi une enviable puissance de travail.

Enfin, un Haïtien tout court, un homme du peuple haïtien en familiarité avec tout ce qui a trait aux mœurs populaires, aux traditions du pays, au folklore. Serge Foucand une source inépuisable d’émerveillement, une source irremplaçable de connaissance. Ce me fut un inestimable privilège de l’avoir rencontré.

Nous avons vécu de bonnes années d’amitié. On a eu de joyeuses parties de rire. J’ai été témoin de moments splendides de sa vie dont la famille est le centre de gravité. Je le savais qu’il n’allait pas bien, allongé sur un lit, soumis au déclin et à la maladie mais l’annonce de son décès m’a atteint avec une effroyable soudaineté. Depuis, le temps me parait pesant. Je ne cesse de penser à cet homme qui a une essence, une histoire, une structure, une humanité. De tels hommes s’épanouissent, s’évanouissent. Ils ne disparaissent pas, ils continuent. Adieu Serge et merci pour tant de marques d’affection.                                                                                                                         

PIERRE M. Smith

Montréal 7 février 2026

Wednesday, January 28, 2026

Dieudonné Larose : hommage à une voix majeure de la musique haïtienne

Dieudonné Larose

Par Hervé Gilbert

Dieudonné Larose s’en est allé. Avec lui disparaît une voix, mais demeure une présence : celle d’un artiste dont le timbre, la sensibilité et la conscience résonneront encore longtemps dans la mémoire collective haïtienne. Figure majeure de la musique populaire haïtienne, il sut transformer le quotidien en poésie et les blessures collectives en mélodies porteuses d’espérance. 

Sa voix, immédiatement reconnaissable, portait l’âme d’Haïti. Elle chantait l’amour et l’absence, la lutte et la dignité, la nostalgie et l’espoir. À travers ses chansons, Dieudonné Larose accompagna des générations — dans les festivals, les bals populaires — jusqu’à la diaspora, lors de soirées festives où sa musique demeure un lien vivant entre l’exil et la terre natale. 

Il fit ses débuts au sein du Shoogar Combo, notamment lors du carnaval Pigeon, avec entre autres une chanson à succès dédiée à « maman », avant de rejoindre le DP Express, où il marqua durablement les esprits avec Gran Nana. Ces expériences forgèrent son identité artistique et affirmèrent une présence scénique déjà remarquable.

C’est toutefois au Canada, avec le groupe Missile 727, qu’il s’imposa pleinement. Des titres comme Mandela, Guerre mondiale, Jolie Minou, Rasanble ou Limbé s’inscrivirent durablement dans le paysage musical. Accessibles et profonds, ces morceaux révélèrent un artiste engagé, capable de rassembler sans jamais renoncer à la lucidité. 

Au-delà de la voix et de l’engagement, Dieudonné Larose imposait aussi une signature visuelle rare. Styliste de fait, il était son propre couturier, dessinant lui-même ses costumes de gala avec un sens aigu du détail et du protocole. Sur scène, son élégance n’était jamais ostentatoire : elle relevait d’une discipline, d’un respect du public et de l’art. Il demeure l’un des rares artistes haïtiens à avoir élevé l’habillement au rang de langage scénique, toujours impeccablement vêtu, maîtrisant l’allure comme la posture. Cette rigueur vestimentaire accompagnait une présence magnétique : dès qu’il apparaissait, la salle s’animait, et les refrains de ses chansons, connus de tous, étaient repris en chœur. À cet instant précis, Dieudonné Larose cessait d’être un simple interprète pour devenir une véritable icône de la musique haïtienne, à la fois élégante, populaire et profondément respectée. 

Avec Mandela, chanson devenue un hit à une époque où Nelson Mandela était encore emprisonné, Dieudonné Larose inscrivit la musique populaire haïtienne dans une dimension historique et panafricaine. L’œuvre dépassa le simple divertissement pour devenir un acte de solidarité internationale, rappelant qu’Haïti demeure attentive aux combats pour la liberté et la justice à travers le monde. Ce message fort lui valut plusieurs distinctions et plaques d’honneur sur le continent africain. 

C’est dans cette continuité mémorielle que s’inscrit la vidéo de Mandela, publiée il y a dix-sept ans sur ma chaîne YouTube, où l’on voit Dieudonné Larose, aux côtés du groupe Top Vice, lors d’une prestation en Martinique. Plus qu’une simple archive, ce document témoigne de la portée caribéenne et universelle de son œuvre, ainsi que de la force intacte de l’artiste sur scène. 

Au-delà du chanteur, c’est une conscience culturelle que nous perdons. Sur scène comme dans ses textes, Dieudonné Larose captivait son public tout en dénonçant, avec courage et éloquence, les inégalités sociales. Il fut bien plus qu’un interprète : une voix de contestation, un messager, à l’instar de Bob Marley. 

Haïti et sa diaspora pleurent l’un de leurs fils les plus sensibles. Mais son départ n’est pas un silence. Ses chansons demeurent comme des repères et des archives vivantes, témoins d’un peuple qui continue de se raconter à travers la musique. 

À sa famille, à ses nombreux enfants et petits-enfants à travers le monde, à ses proches, à ses compagnons de scène et à tous ceux que sa voix a touchés, nous adressons nos plus sincères condoléances. Dieudonné Larose n’est plus parmi nous, mais il ne nous quitte pas. Par son art, il entre dans l’éternité. 

Hervé Gilbert