Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Sunday, September 10, 2017

OURAGAN IRMA - PLONGÉE AU CŒUR DE LA TEMPÊTE

Plongée au coeur de la tempête
Pour connaître la force réelle d’un ouragan, il faut carrément aller au cœur de la tempête. Pour remplir cette mission, l’Agence nationale océanique et atmosphérique des États-Unis (NOAA) ou (National Oceanic And Atmospheric Administration) utilise des avions spécialement convertis pour ce genre d’opération. Explications.

1. L’AVION SE DIRIGE AU CENTRE DE L’OURAGAN
Lockheed WP-3D Orion
La NOAA utilise deux avions Lockheed WP-3D Orion pour partir à la chasse aux ouragans. Les deux appareils sont surnommés Kermit et Miss Piggy, deux personnages de la célèbre émission The Muppet Show. Dans le cas d’Irma, un des avions est allé se placer dans l’œil de l’ouragan pour y lâcher des instruments de mesure au cœur de la tempête. « On pourrait penser qu’il n’est pas nécessaire d’envoyer des avions dans les ouragans, avec tous les satellites météo dont nous disposons, a expliqué John Cangialosi, météorologue au Centre national des ouragans (NHC), en entrevue avec l’AFP. Les satellites ont vraiment progressé, mais ils ne donnent que des estimations sur la force d’un ouragan. »

2. LANCEMENT DE LA SONDE DE MESURE
Chargement d'une catasonde à 
bord d'un Lockheed WP-3D.       
Une fois à l’intérieur de l’ouragan, les cinq membres de l’équipage ont l’impression de se trouver au milieu d’un immense stade en raison de la forme des nuages. Les spécialistes appellent d’ailleurs ce phénomène le stadium effect (« effet stade »). Le diamètre de l’ouragan Irma est de 30 km et sa superficie totale dépasse les 330 000 km2. Une sonde équipée d’un parachute est lâchée. Sa mission est de mesurer la température, l’humidité, la vitesse et la direction que prend l’ouragan. L’équipage peut lâcher ainsi plusieurs sondes à différents endroits dans la tempête pour recueillir le maximum d’informations.

3. COLLECTE DES DONNÉES
L’appareil effectue un autre passage pour récolter les données transmises par la sonde. Celles-ci sont immédiatement envoyées au Centre national des ouragans par transmission satellite. Elles sont utilisées pour raffiner les prédictions et les modélisations par ordinateur. C’est à partir de ces informations que les autorités décident ou non d’ordonner l’évacuation d’un secteur ou d’une région en particulier. Malheureusement, ces données ne sont pas parfaites. « Même si la science était parfaite avec toutes les bonnes équations, on ne peut pas prévoir une accélération de la puissance des cyclones, car il y a apparemment des facteurs aléatoires impossibles à mesurer, comme l’état initial de l’atmosphère », explique Owen Kelly, chercheur au Centre Goddard, en entrevue avec l’AFP.

4. UN DEUXIÈME AVION AU-DESSUS DE L’OURAGAN 

Le Gulfstream IV-SP
L’équipe de « chasseurs d’ouragan » de la NOAA utilise aussi un deuxième appareil pour mieux étudier chacune des tempêtes. Le Gulfstream IV-SP peut voler plus vite et à une altitude beaucoup plus importante (45 000 pieds ou 13 700 mètres). Avec  ses instruments de mesure, il peut notamment obtenir un portrait détaillé des systèmes atmosphériques situés dans la haute atmosphère au-dessus des ouragans en formation. La NOAA risque fort de ne pas manquer de boulot au cours des prochaines semaines. Déjà, deux autres ouragans se sont formés dans l’Atlantique, soit Katia et José. Avec six ouragans déjà identifiés en 2017, on serait néanmoins loin du record de 15 ouragans dans l’Atlantique pendant l’année 2015.

L'ouragan Irma vu de l'espace sur une image fournie par l'agence amé
ricaine d'observation océanique et atmosphérique le 5 septebre dernier

Sources : NOAA, Le Monde, Agence France-Presse, Wikipedia, La Presse

Illustration et Adaptation: HCC

Friday, September 1, 2017

Armée d’Haïti - « Si votre seul outil est un marteau, vous verrez tout problème comme un clou » (Abraham Maslow)


Les derniers Mohicans du Haut Etat-Major des FAD'H avant leur abolition en 1995
Par Max Dorismond

La plupart des Haïtiens ont le cœur à la base de l’espoir pour sauver coûte que coûte le malade à l’agonie. Souvent par carence de vision, par une naïveté toute puérile ou par un certain enthousiasme débridé, certains proposent des solutions sans envergure pour se retrouver plus tard au même point de départ.  D’autres encore, par un nationalisme identitaire défensif et inquiet qui puise sa justification dans la peur du voisin dominicain, accouchent de projets générateurs de perturbations et d’anarchie. Encore faut-il, pour comprendre ces choix,  ne pas sous-estimer la culture de violence, héritée des années d’enfer passées sous le joug de gouvernements dictatoriaux, supportés par une armée malfaisante ou, de préférence, une coalition de bourreaux décorés, animés par le seul désir de lucre. Cette sous-culture a laissé des traces indélébiles dans la psyché de la nation, d’où la propension de tout un chacun à proposer pour chaque problème à résoudre une solution simpliste, réalisable en un tour de mains. La théorie de Maslow, une tournure propre à la psychologie, est en fait, une métaphore qui dépeint assez bien notre situation. Ce qui, dans la réalité, nous empêche de faire le tri entre l’accessoire et l’essentiel.

Rien n’est simple sur ce bout d’île flottant avec plus de dix millions de bouches affamées, sur ce vaisseau à la dérive se dirigeant tout droit vers une catastrophe appréhendée. Dans notre hâte de détourner cet astéroïde de sa dangereuse trajectoire, aiguillonnés par cette peur outrancière, nous avons choisi de ressusciter l’armée nationale, la cause antérieure de notre mal-être collectif, l’objet primordial de notre dérive éternelle, bien avant  1915. Nous n’avons rien retenu du passé. Tout indique que la misère dégradante nous a tous infantilisés.

Les Tontons Macoutes en formation aux Abricots (1977)
En remettant des fusils aux esclaves, rapporte l’histoire, Sonthonax leur avait déclaré : « voici votre liberté … ». En procurant à chaque Tonton Macoute un révolver, Duvalier leur avait murmuré à l’oreille : « C’est votre salaire ». C’était le début de nos malheurs. En armant ces nouveaux militaires, nous semblerons dire à chacun d’eux : « Voici la clé des portes de l’enfer ».  Ce sera notre fin ! À renouveler cette inopportune erreur, c’est apporter la preuve que nous sommes tous à court d’idées et d’arguments. Dans notre précipitation, après la chute de Baby Doc en 1986, nous avons opéré de même en faisant preuve d’une myopie politique évidente pour avoir concocté une Constitution absurde qui nous a gratifiés de ces présidences à « fermeture éclair », dont l’aboutissement se résume à l’enrichissement illicite des petits copains sans aucune imputabilité.

Les sempiternelles questions !
BOID ou Brigade d'Opération et d'Intervention Départementale,
qui a fait parler d'elle en Haïti.                                                  
Une armée, va-t-elle résoudre le problème du chômage endémique, assurer la compétence de nos juges, suppléer aux limitations de nos parlementaires, restreindre le nombre de candidats à la présidence, forcer les commerçants délinquants à payer leur impôt, contribuer à la diminution de la démographie galopante, collecter les millions de Petro-Caribe perdus dans la brume, se faire payer en monnaie de singe ou en dollar des narcos, redonner une âme à nos éléphants blancs (les hôpitaux construits par le Canada) ?

Même si c’est loin de ses attributions, j’appréhende déjà les réponses à ces brûlantes interpellations. Comme une nuée de sauterelles aux dents aiguisées, cette armée, blindée de son pouvoir coercitif, à l’instar des satrapes du passé, va se subdiviser en de multiples petits clans mafieux pour dévaliser ce qui reste de pays, tout en accroissant la somme de ces épineuses controverses. La corruption aidant, ce sera une armée de cordes et de sacs. L’acronyme « FAD'H » sera, comme par le passé, synonyme de coups fourrés, de comploteurs aguerris,  de magouilleurs professionnels. Nous en avons suffisamment  soupé pour bien jouer au devin. 

L’insoutenable paradoxe.
Haïti est constitué de groupes intouchables, tels que des parlementaires voraces dédiés aux vices, inconscients de leur rôle de gestionnaire de nation, de puissants hommes d’affaires dénués de tout scrupule, des hommes de pouvoir très riches à faire pâlir Crésus, des juges corrompus, achetables et malléables à souhait, des gangs criminels roulant carrosses dorés, des vendeurs de drogue avec des ramifications internationales, des tireurs de ficelle ou jongleurs invétérés de tout acabit, etc …

Voici les derniers des putchistes de l'armée d'Haïti qui a été démobilisée, il y a 18 ans, en 1995 par Jean-Bertrand Aristide après son retour au pouvoir.                                               
Face à cette élite de malfaiteurs aux dents acérées, toujours au dessus des lois, quelle sera l’attitude des « FAD'H » ? Seuls les irrationnels ne verront pas venir la réponse à cent mille à l’heure. Quand le poids des traditions corsète les esprits, ne nous attendons pas à un sursaut de conscience pour sauver cette malchanceuse nation. Tant que ces barons inattaquables occupent le haut du pavé, l’armée serait justifiée à utiliser sa puissance pour jouer le jeu et s’enrichir à son tour. Nous ne paierons rien pour attendre. Haïti sera une fois de plus métamorphosé en une nation de « bandits légaux ». Car, créer les « FAD'H », c’est consolider l’équation de la bêtise en ajoutant d’autres requins à la marre aux crocodiles.

Certaines pistes de solutions
Haïti ne serait pas le premier pays à fonctionner sans une armée. Des exemples pullulent de par le monde. Pourquoi ne pas nous asseoir et méditer sur deux ou trois de ces trouvailles pour une démarche comparative, pour un investissement rationnel du budget. Le risque d’une guerre s’avère totalement improbable pour Haïti. Si la création de l’armée, dites-vous, est une façon de créer des emplois pour nos jeunes, je n’en disconviens pas. On obtiendra le même résultat en pensant, de préférence, à mettre sur pied un service de pompiers professionnels, un service de police efficace, un service d’inspecteurs maritimes pour la sécurité de nos côtes en vue de contrecarrer les projets des contrebandiers, moyennant un salaire adéquat pour tous aux fins d’éviter les tentations. Les heureux élus recevront une formation  universitaire adéquate à la hauteur  de leurs tâches respectives.

La Police actuelle - Ce corps doit être composé de professionnels instruits, dédié au service de la population et non aux intérêts d'un gouvernement ou d'une élite de malfaiteurs.                                                           
Tout prêt de nous, dans les Caraïbes, existe le « système de sécurité régionale » qui regroupe plusieurs îles aux alentours. Elles ont fusionné leurs forces à titre d’une défense commune. Pourquoi ne pas tenter de suivre ce trait de génie ?

J’ai fourni ci-dessous, pour votre gouverne, un succinct résumé de quelques pays sans armée et des solutions alternatives adoptées par chacun d’eux.1 Il y en a plus d’une vingtaine de par le monde. Toutefois, dans cette nomenclature, il faut prendre en compte la population relative de chacun avant de faire un choix. Ayez l’intelligence de vos moyens.  Ne vous précipitez pas. Il faut savoir résister aux chants des sirènes et aux grimaces des macaques.

•    1 - Costa Rica : Le pays possède une force de sécurité de 8 000 hommes. Sans armée depuis 1948, il tient toujours la route et a investi ce budget dans l’éducation de son peuple et ça marche. Il se révèle l’un des pays les plus calmes de sa zone.
•    2 - La Dominique : Très proche de nous, la défense du pays est assurée par le système de sécurité régionale regroupant divers pays des Caraïbes. Une solution que Haïti aurait intérêt à envisager.
•    3 -  Grenade : Depuis l'invasion par les États-Unis en 1983, le pays n'a plus d'armée. La défense du pays est assurée par le système de sécurité régionale regroupant divers pays des Caraïbes. La police possède une petite unité paramilitaire pour les interventions internationales.
•    4 - Les Îles Marshall : La défense du pays est assurée par les États-Unis.
•  5- Panamá : Le pays a dissous son armée en 1990, une décision unanimement confirmée par un vote parlementaire en 1994. Les forces publiques panaméennes comprennent la police nationale, le service national des frontières, le service national aéronaval et le service de protection institutionnel qui possède quelques capacités militaires.
•    6 -  Sainte-Lucie : La défense du pays est assurée par le système de sécurité  régionale regroupant divers pays des Caraïbes. La police royale de Sainte-Lucie comprend deux unités paramilitaires de 116 hommes : une unité de garde-côtes et le Special Service Unit qui sont responsables de la sécurité interne.
•    7 - Saint-Vincent-et-les Grenadines : La défense du pays est assurée par le système de sécurité régionale regroupant divers pays des Caraïbes. Le pays possède une unité d'intervention.

Voilà ! Ce fut mon grain de sable dans le débat en vue de conjurer la catastrophe annoncée.

Max Dorismond
Albums


Note 1 : Sources : Wikipédia. Pour approfondir les détails, cliquer sur les liens en bleu et attendre 60 secondes.


Restropective sur les Forces Armées d'Haïti  (FAD'H)

Thursday, August 24, 2017

Il y a 53 ans : les Vêpres de Jérémie

PAGES SOMBRES DE L’HISTOIRE D’HAITI.

Tout bon citoyen doit  bien comprendre son passé pour mieux aborder l’avenir. Surtout pour nous, Haitiens qui cherchons notre voie après bien des soubresauts et des violences de notre histoire. Haïti Connexion Culture continue ses reportages historiques  sur les pages sombres de notre histoire.

Le régime Duvalier (Père et fils)
Après qu’il se fit autoproclamer président à vie, le 14 juin 1964, l’ex-dictateur François Duvalier entreprit une véritable chasse aux sorcières dans plusieurs régions du pays, notamment le Sud-Est et la Grand'Anse. Des massacres ont été commis par les sbires de Duvalier pour asseoir sa dictature. Les plus célèbres ont été ceux de Mapou, Thiotte, Grand-Gosier, Belle-Anse et les Vêpres de Jérémie à partir du 5 Août 1964. Ce 5 Août 2017 ramène le 53e anniversaire de ces massacres. On s’en souvient ! Pour les commettre, François Duvalier utilisa les membres des Forces Armées d’Haïti (FAD’H) et les Tontons macoutes, une autre force paramilitaire établie à cette fin. Voici donc la chronologie des faits pour l’édification du grand public.

Du mois de juin au septembre 1964, à la suite d’une infiltration, le 24 juin 1964, dans la région du Sud-Est, d’une guérilla anti-Duvaliériste basée en République Dominicaine, les macoutes et l’armée déclenchent une vaste opération de répression et exécutent environ 600 personnes dans les localités de Mapou, Thiotte, Grand-Gosier et Belle-Anse. L’une de ces tueries est passée dans la mémoire populaire comme le « massacre des paysans de Thiotte ». Les macoutes exécutent hommes, femmes, enfants, nouveaux-nés et vieillards soupçonnés d’avoir aidé les rebelles ou de ne pas leur avoir résisté. Plusieurs familles comptant des dizaines de membres sont entièrement exterminées. Un enfant, âgé de neuf ans, réussit à s’échapper, mais arrêté quelques jours plus tard puis conduit au Palais National, il aurait été tué personnellement par François Duvalier.

Trois des 27 personnes tuées lors des Vêpres
En août 1964, un autre événement est connu sous le nom de «Vêpres de Jérémie ». À Jérémie, sud-ouest du pays, des soldats de l’ex- Forces Armées d’Haïti menés par l’officier William Regala, les Lieutenants Abel Jérôme et Sony Borges et par les macoutes Sanette Balmir et St.Ange Bontemps tuent 27 personnes (hommes, femmes et enfants), appartenant toutes à des familles de mulâtres éduqués ; alors que tous les exécuteurs sont des proches des personnes tuées. Plusieurs familles de Jérémie dont Sansaricq, Drouin et Villedrouin sont exterminées. Un enfant de quatre ans, Stéphane Sansaricq, est torturé devant sa mère avant d’être tué. Les macoutes Sony Borges et Gérard Brunache éteignent leurs cigarettes dans les yeux d’enfants en pleurs.

Les 13 membres du groupe Jeune Haïti
Le 5 août 1964, à la suite de l'entrée sur le territoire haïtien de treize membres (un noir et douze mulâtres) du groupe « Jeune Haïti » dans le sud du pays, François Duvalier, dans le cadre de sa politique noiriste, va ordonner des représailles contre les mulâtres de la ville de Jérémie. Les haines et rancœurs accumulées au cours des décennies contre ces derniers servent de prétexte aux ordres donnés par Williams Regala aux agents militaires et aux Tontons macoutes de tuer. Vingt-sept personnes, issues de deux familles des membres de Jeunes Haïti, sont massacrées dans la ville de Jérémie. Les treize membres du groupe Jeune Haïti sont traqués, tués sur place ou emmenés et exécutés en public dont deux devant le cimetière de Port-au-Prince. Aux mois d'août, septembre et octobre de nombreuses mulâtresses, femmes, vieillards et enfants sont torturées puis tuées. En récompense, Williams Regala est promu général. En 1986, après le départ de Jean-Claude Duvalier, il est devenu membre de la junte au pouvoir  du général Henri Namphy.

A l’occasion du 50e anniversaire des Vêpres jérémiennes, au début mois d’Août 1964, un comité de devoir de mémoire a été institué par des proches des victimes. Ce Comité a annoncé un ensemble de manifestations pour commémorer cette date sombre dans l’histoire du peuple de Jérémie. Le lundi 4 août 2014, une veillée de prières était organisée à la Cathédrale Saint-Louis à Jérémie. Une messe du souvenir a été aussi célébrée au même endroit, ce mardi 5 août 2014, suivie d’un pèlerinage vers le mausolée des victimes. Une conférence-débats, suivie de l’inauguration d’une exposition-souvenir sur les 13 membres de « Jeune Haïti » et les Vêpres de Jérémie de 1964, est annoncée pour le mercredi 6 août 2014 à la bibliothèque Carl Edward Peters de Jérémie.


Des films documentaires comme « L’homme sur les quais » de Raoul Peck, « Le règne de l’impunité » d’Arnold Antonin et « Wòch nan solèy » de Patricia Benoit ont été projetés à cette bibliothèque, respectivement les 7, 8 et 9 août 2014. Des représailles ont été orchestrées par François Duvalier contre treize membres du groupe « Jeune Haïti », dont des mulâtres, après leur entrée dans la ville de Jérémie, en août 1964.

Lors des massacres, des stylets et des cigarettes ont même été utilisés comme instruments de torture à l’encontre des enfants par des macoutes avides de sang. Capturés par les macoutes, Marcel Numa et Louis Drouin sont torturés et fusillés à Port-au-Prince, en pleine rue, devant le cimetière, en novembre 1964. Duvalier exigea la présence des employés de l’État, du secteur privé, des élèves de toutes les écoles (préscolaire, primaire, secondaire) et des étudiants de différentes facultés sur le lieu de l’exécution pour qu’ils en furent témoins. Quelle horreur ! Des orchestres populaires furent contraints de s’y rendre pour jouer de la musique. Des boissons gratuites furent distribuées en la circonstance. Les cadavres tombés en putréfaction au vu et au su de tous furent détachés des poteaux après seulement plusieurs jours. Ce sont donc là les atrocités commises par des membres des ex-forces Armées d'Haïti sous l’ordre du dictateur François Duvalier.

Auteur Isabelle L Papillon
Illustrations : HCC

Monday, August 21, 2017

UN MOUVEMENT FÉMINISTE EN HAITI

Par Jacques Saint-Surin

Notre monde est patriarcal. C'est une évidence. Tout se concentre autour des hommes et se définit par leur bon vouloir et leur diktat.
Portrait d'une femme haïtienne

Ceci est un fait indéniable, partout dans le monde. Les grandes décisions de ce monde sont dictées par les hommes. Les lois des nations, ne sont-elles pas légiférées et adoptées par le suffrage de la gente masculine, majoritaire dans tous les parlements des pays de la planète ?
Alors il est, tout à fait normal, que les hommes prennent , toujours, des décisions qui les avantagent d'abord avant de penser à celles des femmes.
Les trois religions monothéistes --le Catholicisme, l'Islam et le Judaïsme imposent l’autorité et la supériorité de l'homme sur la femme qui est mise, constamment au second plan de l’échelle sociale.
La bible commande : "Femmes, soyez de même soumises à vos maris, afin que, si quelques-uns n'obéissent point à la parole, ils soient gagnés sans parole par la conduite de leurs femmes" (1 Pierre 3:1). Ou encore dans Éphésiens 5:22-24 : "22 Femmes, que chacune soit soumise à son mari, comme au Seigneur ; 23 car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'Eglise qui est son corps, et dont il est le Sauveur. 24 Or, de même que l'Eglise est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l'être à leur mari en toutes choses".
Le Coran : « Les hommes ont autorité sur les femmes » [Sourate An-Nisa : 34]

« Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah » [sourate An-Nisa : 34]

« Si une femme prie ses cinq prières (quotidiennes) et préserve ses parties intimes chastes et obéit à son mari, elle entrera au paradis, par la porte qu'elle souhaite. » [Rapporté par Ibn Hibban dans son Sahih].
« Quand un homme appelle sa femme au lit et qu’elle ne lui vient pas et qu’il passe la nuit fâché contre elle, les anges la maudissent jusqu’au matin. » [Rapporté par Al-Bukhari et Muslim]

Femme mère
Le commandement juif en parle. Rambam (Hilchos Ishus 15:20): "Ainsi, nos Sages ont ordonné que la femme honore son mari à un degré extrême et que la peur de lui soit sur elle et qu'elle fasse toutes ses actions selon ce qu'il dit et qu'il devrait être Dans ses yeux comme un souverain ou un roi. Elle devrait orienter ses activités selon ce qu'il désire et rester loin de ce qu'il déteste. C'est la manière des filles d'Israël et des enfants d'Israël qui sont saints et purs dans leurs mariages. De cette façon, la communauté sera agréable et louable."
Qui ont  formulé ces exigences ? Les Arabes et les Juifs, selon leur us et coutumes. Et surtout ce qui avantage  leurs appareils génitaux. Le roi Salomon n'avait-il pas un harem de 365 épouses ? Ne couperait-il pas la tête d'une de ces femmes si elle oserait un flirt d’infidélité avec un autre homme. Un musulman peut avoir plusieurs épouses. Mais la femme musulmane subirait la Charia si elle était infidèle.
La Charia est une Loi canonique islamique régissant la vie religieuse, politique, sociale et individuelle, appliquée de manière stricte dans certains États musulmans. (Larousse).
 David et Bethsabée
Le roi David fut un joueur cruel. Pendant que les Saintes Écritures ordonne aux femmes, la fidélité, David s’était permis de convoiter la femme d'Urie, son soldat, contre qui il trama un complot pour le faire tuer sur le champ de bataille.
On peut lire dans 2 Samuel 11.1-12.25 ceci : "2 Un soir, David se leva de son lit. Comme il se promenait sur le toit du palais royal, il aperçut de là une femme qui se baignait et qui était très belle.

3 David fit demander qui était cette femme et on lui dit: «N'est-ce pas Bath-Shéba, fille d'Eliam et femme d'Urie le Hittite?»

4 David envoya alors des messagers la chercher. Elle vint vers lui et il coucha avec elle, alors qu'elle venait de se purifier après ses règles. Puis elle retourna chez elle."

Allons maintenant en Europe et ouvrons le livre de la grammaire française. N'est-il pas clairement exprimé que "le masculin remporte sur le féminin" ? Machisme et misogynie ! Qui a formulé ces règles chauvinistes, parmi tant d'autres, régissant la vie sociale des Européennes ? Les hommes, bien sur ! Les rois pouvaient, à leur guise, faire guillotiner leurs femmes et concubines pour cause d’infidélité. Les reines n'en pouvaient autant, à ce que je sache.
Pour les Hispaniques des Antilles et de l’Amérique Latine, le terme "macho" stipule bien la liberté des "hombres" de subjuguer les femmes, à leur gré.
Mes cousins de l'Afrique et des continents américains répriment, sévèrement, l'attitude indépendante des femmes affranchies. Car la soumission de la femme est un devoir et les contrevenantes en subissent de cruelles sévices. Le traitement abusif des femmes  est un fait courant de la vie quotidienne. Quoique les mesures drastiques contre la violence féminine soient légiférées et en vigueur, pour palier ce mal, ces cas d'abus abondent, chaque jour et de plus en plus, dans les tribunaux.

La paysanne haïtienne

Haiti n'en est pas exclu. Avant la Constitution de 1987, (peut-être avant), "la femme mariée fut considérée mineure". Elle devait même avoir la permission de son époux pour obtenir un passeport et un visa pour voyager. La plupart des femmes se soumettent à cette mentalité dégradante jusqu’à ce jour. Un fait criant,  la majorité de l’électorat féminin ont voté le candidat Michel Martelly à la présidence d'Haiti, en 2011, versus Mirlande Manigat. Et cela malgré le manque de respect du musicien pour la femme ; ce qui est  flagrant et une constance, avant, durant et après sa présidence. On est en droit de dire que ces votantes ont préféré l'ignominie et la bêtise du "bandi legal" (sic dixit) à la décence et l'intellectualisme d'un érudit.
Un mouvement féministe s'impose, en Haiti. Avec des exigences adaptées aux réalités et à la culture haïtiennes. Couramment, plusieurs personnalités de la Diaspora haïtienne et en Haiti travaillent assidûment et d'arrache-pied, pour démarrer ce mouvement féministe, dans le pays. Très prochainement ! Il y aura bien de détracteurs. Comme à l’accoutumée, l'ostracisme et l’insécurité des obscurantistes, des négligeables, des déplorables, des brutes et des durs à cuire seront à la table de l'opposition pour contrecarrer ce mouvement.
La feuille de route de cette organisation sera centrée sur trois actions spécifiques:
1- l'autonomisation des femmes qui impliquera une dynamique devant assurer leur indépendance financière. Ce faisant, les mères de familles seront économiquement habilitées à assurer l’écolage de leurs enfants, les jeunes filles, en particulier. Ainsi, on peut espérer un frein dans l'exploitation sexuelle de ces jeunes filles en difficultés économiques, obligées à se lier d'affaires de concubinage avec des "sugar daddies" qui paient leur écolage et autres nécessites de survivance.

2- Assurer une éducation solide et appropriée en créant, à travers le pays, des institutions scolaires bien équipées avec du matériel pédagogique adéquat et des professeurs chevronnés pour renforcer les capacites intellectuelles des jeunes femmes ;
3- Encourager les femmes à une plus grande participation dans les grandes décisions et actions de la vie nationale ;
a) Inciter les femmes à prendre une part plus active dans la politique. Bien que le mouvement féministe se voudra apolitique, il épaulera toutes les femmes vaillantes et conséquentes qui viseront les postes politiques les plus importantes telles que Maires, députées, sénatrices, magistrate suprême, etc.

b) Mener une campagne sur le plan judiciaire devant accroître la présence de beaucoup plus de femmes dans le système des ordres de la justice et de l'administration.

c) Organiser, partout dans le pays, des brigades de vigilance qui œuvreront aux cotés des autorités, comme des auxiliaires volontaires de la justice, pour faire respecter les droits de la femme et appliquer les lois contre les abus et la violence perpétrés sur elles.

Les femmes haïtiennes doivent comprendre que l'effectif majoritaire des hommes dans les instances de grandes décisions de la nation n'arrangera, au prime abord, que l’intérêt patriarcal. Il s'impose une balance de l’équation pour que la femme haïtienne ait une voix sonore dans les décisions relatives à ses intérêts et son avancement.
D'autres considérations seront faites pour que le mouvement féministe trouve une atmosphère plus agréable aux femmes dans la société haïtienne. La promotion du respect des droits égalitaires du citoyen haïtien en général et leur promotion doivent être la pierre angulaire pour le progrès, la paix, l'harmonie, en Haiti.
Espérons que la femme haïtienne --ou du moins, la plupart-- se libère, avant tout, de cette mentalité rétrograde que son existence, sa survie et son bonheur dépendent, uniquement, d'un homme !

Chicago le dimanche 23 juillet 2017.
     
Auteur
Timeline
Jacques St-Surin

Friday, August 18, 2017

Malou – Une voix aux accents d’éternité

Par Max Dorismond

Parnel Clédanor allias Malou
Personnage charismatique qui ne vivait que pour sa chanson, son micro et sa guitare, Malou cultivait la joie de vivre. Un sourire enjôleur au coin des lèvres était sa marque de prédilection, son empreinte d’artiste. Il était les mots, les strophes de ses chansons. Il les respirait, les buvait à grande lampée et les concrétisait grâce à la magie de l’électronique en une phrasée sonore qui venait te chercher dans tes rêves les plus secrets. Nul n’aurait imaginé cette subite disparition.

Pour les Grand’Anselais, il était MALOU. Pour les autres, c’était Parnel Clédanor. Nous, Jérémiens de la diaspora, n’avons pas eu le temps de lui dire ce qu’il représentait à nos yeux. Nous avons raté l’occasion de lui dire MERCI, deux fois MERCI. C’est très malheureux. La plupart d’entre nous, commettons souvent cette malencontreuse et regrettable erreur, de ne jamais faire part du vivant de nos bienfaiteurs, de l’amour, du respect que nous leur vouons. Cette symbolique déclaration arrive toujours trop tard, à leur disparition, lors de l’ultime adieu.

Malou, aujourd’hui, malgré les sanglots qui affluent dans nos gorges, malgré les larmes qui déboulent en cascade sur nos visages  et nos cœurs qui sont en lambeau, nous avons l’insigne devoir de décrire au monde la place que tu occupais dans notre album de famille.

Lorsqu’en 1964, la fureur aveugle et inexprimable endeuillait nos rues, défigurait notre cité, ta voix si singulière s’élevait derrière les portes closes dans des ritournelles d’une telle tendresse qu’on en venait à chasser nos peines, à éradiquer nos douleurs, nos chagrins et nos traumatismes. Tu nous avais redonné goût à la vie et à l’espoir. On avait retrouvé un certain équilibre pour continuer notre chemin, même cahoteux. Mais, devant l’horizon hermétique d’un pays exangue et zombifié, où « l’inaptocratie » et l’arbitraire avaient droit de cité, nous, de la jeunesse, avions opté pour l’exil. Sans hésiter, tu nous avais suivi à la trace, même si nous avions voyagé à l’envers du rêve de nos ancêtres, bâtisseurs de nation, même si émigrer, c’était mourir un peu.

Au pays d’accueil, quand nos rêves disputaient l’espace au cauchemar, tu étais toujours là pour nous remonter les ailes. Face à la nostalgie chronique, tu nous chantais nos heureux souvenirs : Jérémie, Versailles, la Place Dumas, l’Anse-d’Azur,  les flots bleus de la Grand’Anse et le sable chaud des Antilles. Au cours de ces agapes fraternelles, tes chansons, à l’image de la jeunesse de l’époque, à la mesure de ton personnage, charmaient et interpellaient à la fois tes fans. Voilà comment je t’ai décrit dans l’un de mes articles : « Chansonnier surdoué, les structures musicales de tes poèmes sont d’une inventivité efficace chargée de rythmes et d’émotions. On écoute tes premières chansons, les yeux embués, et les secondes, un peu éberlué, la tête dans les nuages à la recherche d’un premier amour perdu, d’un premier rêve laissé sur les contreforts de « Versailles Night Club ». À t’entendre dans la chanson éponyme, « A Versailles ce soir », on ne cesse de retourner à ce rendez-vous manqué d’un amour imaginaire… ».

  
Pour saisir l’impact, l’apport psychologique de ce célèbre jérémien sur ses congénères souffreteux, en diaspora, veuillez visionner, juste pour l’histoire, une des vidéos des « Amis de la Place Dumas » captée par Hervé Gilbert de Haïti-Connexion Network, à Palm Coast, en Floride et vous comprendrez. À voir les convives se dandiner ou chanter en chœur, vous aurez deviné le défoulement de ces femmes et de ces hommes qui oublient l’espace d’un refrain les affres de l’exil pour retourner, par la magie du rêve, dans le coin de pays qui avait tant bercé leur jeunesse.



J’avais écrit encore  « que tu étais notre chanteur fétiche.  De ta voix sirupeuse, rappelant celle d’Elvis Presley ou le crooner Frank Sinatra, tu nous as entraînés vers des sommets insoupçonnés. Ton talent nous a permis de nous évader dans des excursions exotiques où la mélancolie a été détrônée et la tristesse désarçonnée. En quatre langues, français, anglais, espagnole et créole, tu nous prenais par la main pour nous entraîner avec toi au septième ciel ». En ces moments de détente, le stress de l’exil, la pression de l’Amérique triomphante étaient loin de nos préoccupations. Tu étais purement et simplement la pilule apaisante qui masquait l’effroi de l’absence, le chagrin de l’isolement. Tu étais le point d’intersection entre notre folie et notre soif du mieux-vivre.

Voilà ! Mon cher Malou. Comme les poètes sont éternels, il ne sera jamais trop tard pour les remercier. Pour toi, notre artiste de prédilection, nous ne cesserons jamais de te dire, mille fois : Merci !

Cher Ami, à la place que tu occupes à la droite de Dieu, nous t’invitons à ne pas lâcher le micro. Car au ciel aussi, nous aurons toujours besoin de ta superbe voix.

Bon voyage frérot !  Ce n’est qu’un au revoir ! Repose en paix !