Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Saturday, October 4, 2014

Le peuple haitien vient d'achever un chapitre avec le décès de Jean-Claude Duvalier.

par : Herve Gilbert haiticonnexion@gmail.com
Jean-Claude Duvalier
3 Juillet 1951 - 4 Octobre 2014
L’ancien président haïtien Jean Claude Duvalier surnommé “Bébé Doc”, est décédé  ce samedi 4 Octobre 2014 apparemment des suites d’une crise cardiaque, selon ce qu’ont annoncé  les autorités haitiennes. Il était agé de 63 ans. On a tenté vainement de le réanimer. Selon La Ministre de la santé, Florence Guillaume Duperval, un hélicotptère-ambulance requis par la famille , n’avait pas eu apparemment le temps de le transporter.
Jean-Claude Duvalier fut président de la République d'Haïti de 1971 à 1986 après le décès de son père, François Duvalier, surnommé « Papa Doc ». En avril 1971, il devient président à vie d'Haïti de 1971 à 1986 , devenant ainsi le plus jeune chef d'État au monde.

Après sa prise de pouvoir, il introduit des changements politiques par rapport au régime de son père et il délégua beaucoup d'autorité à ses conseillers, alors que des milliers d'Haïtiens étaient assassinés ou torturés et que des centaines de milliers quittaient le pays. 

Sa dictature fut marquée dans les premières années par une certaine volonté de détente et d'apaisement, « Bébé Doc  » ayant donné quelques gages de bonne volonté démocratique. Il rétablit les relations du pays quelque peu froides sous le régime de son père -- avec les États-Unis et la République dominicaine et sa présence à la tête de l'État haïtien vit la reprise de l'aide internationale en faveur d'Haïti . Duvalier détenait un pouvoir quasi-absolu que lui attribuait la "Constitution". Il commenca petit à petit à entamer des réformes du régime politique de son père, en libérant des prisonniers politiques et relâchant la censure de la presse. Il n'y a pas eu toutefois de changements radicaux en profondeur. Car l'opposition n'y était pas tolérée et le régime restait autoritaire. Le leitmotiv revenant sans cesse dans ses discours,"mon père a fait la révolution politique, moi je ferai la révolution économique", s'est révélé un échec total dans la perspective d'un réel développement économique en Haïti.
7 Février 1986
Jean-Claude Duvalier fut chassé du pouvoir en 1986 après une révolte populaire. Le 7 février 1986, il remet les rênes aux mains de la soldatesque haïtienne et quitta Haïti à bord d'un avion de l'US Air Force; il atterrit à Grenoble en France.  Après ce départ précipité du dictateur, en Haïti, les maisons des partisans de Jean-Claude Duvalier sont pillées sous le couvert du phénomène connut sous le nom créole de "Dechoukaj" ou déracinement en français.


Mausolée de Papa Doc (7 février 1986)
Une foule chauffée à blanc s'en prend au mausolée de « Papa Doc », qui est détruit à coups de pierres et à mains nues ; le cercueil est tiré de la tombe, la foule danse dessus puis le met en morceaux ; elle s'empare du corps du dictateur pour le battre de manière symbolique.
La tombe du fameux garde  de corps de "Papa Doc" et "Bébé Doc", Jacques Gracia fraichement enterré soit 9 mois avant, est aussi saccagée. Pendant cette journée de "dechoukaj", on dénombre une centaine de victimes, essentiellement des Tontons macoutes. Le Conseil national de gouvernement provisoire . constitué ce même jour, décrétait un couvre-feu dans l'après-midi en vue de freiner ce chambardement. Le 8 février 1986, le nouveau gouvernement libère les prisonniers politiques,instaure un couvre-feu.
La fuite de Jean-Claude Duvalier en Haïti

Les Duvalier s'installent en France. Pendant une période, ils vivent une vie de luxe et de faste, bien que n'ayant jamais obtenu officiellement l'asile politique. Leur demande est rejetée par les autorités françaises. Jean-Claude Duvalier perd l'essentiel de sa fortune après son divorce en 1993 d'avec Michèle Bennett en 1993.
Depuis, menant une vie apparemment modeste en exil, Duvalier continue d'avoir des partisans qui créent la Fondation François Duvalier en 2006 visant à promouvoir les aspects positifs de sa présidence. Cette fondation inclut la création d'institutions d'État pour améliorer l'accès à l'éducation pour la majorité noire du pays.
Le  16 Janvier 2011, il s'embarque à bord d'un avion d'Air France et rentre en Haïti après 25 ans d'exil, avec sa nouvelle compagne Véronique Roy. Il atterrit à Port-au-Prince et déclare aux journalistes qu'il revient « pour aider le peuple haïtien ».
Son retour à l'aéroport  d'Haïti le 16 Janvier 2011
En Haïti, des experts et des militants des droits de l'Homme estiment que ce retour était en réalité lié à une loi suisse qui doit entrer en vigueur le 1er février : la loi sur la restitution des avoirs illicites, surnommée « lex Duvalier » ou « loi Duvalier », qui inverse la charge de la preuve. Celle-ci permettra à la confédération suisse de restituer un compte bloqué de 4 millions de dollars au gouvernement d'Haïti, même sans demande officielle des autorités judiciaires de ce pays. 
En retournant en Haïti, Duvalier aurait souhaité démontrer que l'absence de poursuites n'était pas due à sa fuite du pays mais au fait qu'on n'y avait rien à lui reprocher et que ce compte bloqué lui appartenait légitimement.Cependant, il faut souligner que c'était un autre Jean-Claude Duvalier qui était retourné en Haïti après 25 ans d'exil. On a revu un homme amaigri, frêle, ayant une démarche beaucoup plus lourde qu'autrefois. Apparemment, il ne semblait pas en bonne santé.
Jean-Claude Duvalier interpellé le 18 Janvier 2011
Le 18 janvier, il est interpellé dans son hôtel puis auditionné au palais de justice, avant d'être remis en liberté avec interdiction de quitter le pays. Jean-Claude Duvalier, tenu responsable par des organisations internationales de défense des droits de l'Homme de la mort de milliers d'opposants sous sa présidence (1971-1986) est, en outre, accusé par les autorités d'Haïti de plus de 100 millions de dollars de détournements de fonds, d'abus de pouvoir, de vol et de corruption.
Après trois refus de comparaître, il se présente pour la première fois devant la cour d'appel de Port-au-Prince le 28 février 2013. En février 2014, une instruction supplémentaire est ouverte contre lui, ce qui pouvait aboutir à une mise en examen pour crimes contre l'humanité.
La nouvelle de la mort de Jean-Claude Duvalier est tombée comme un couperet ce samedi 4 Octobre: l'ancien dictateur haïtien est mort d'une crise cardiaque. Cette information a provoqué des réactions partout dans le monde. Elles ont été nombreuses et parfois polémiques. Pour certains, c'est un soulagement que le dictateur ne soit plus  de ce monde: d'autres éprouvent un regret qu'il n'ait pas pu répondre de ses crimes devant la justice.
La famille de Jean-Claude Duvalier à la Chapelle de St-Louis
le 11 octobre 2014 lors des funérailles...                                  
Certains internautes sur Facebook et Twitter ont insulté sans ménagment Jean-Claude Duvalier et ont profité de sa mort pour rendre hommage aux personnes disparues sous son régime. Quelques rares nostalgiques de la dictature ont eux à l'inverse, exprimé leur regret suite au décès de l'ancien président à vie. Pour Alix Fils-Aimé, l'annonce du décès de l'ancien dictateur lui laisse un goût amer :«  Il dit regretter beaucoup qu'il soit mort avant la fin du processus judiciaire. Son histoire, dit-il, est noyée dans l'océan de crimes que les Duvalier père et fils ont commis.»
Beaucoup de gens se posaient la question si Jean-Claude Duvalier, aurait droit à des funérailles nationales. Quant au président Martelly, à l'annonce de la mort de "Bébé Doc", dans sa première déclaration à la presse, il considère Jean-Claude comme étant un citoyen authentique et évoque la possibilité de tenir des funérailles officielles pour ce dernier.
Le cercueil était porté par d'anciens officiers des F.A.D.H
En fin de compte, l'ancien dictateur n'a pas eu de funérailles nationales après qu'une source gouvernementale eut affirmé que "Bébé Doc" devrait se contenter de funérailles non officielles. Ce que devait confirmer par la suite l'avocat du défunt, renchérissant sur un service simple et privé devant avoir eu lieu le samedi 11 Octobre.

Plusieurs centaines de personnes, nostalgiques mais aussi détracteurs du régime duvalieriste, ont assisté  ce samedi 11 Octobre  aux funérailles célébrées dans la petite chapelle de  l’école congrégansite Saint-Louis de Gonzague, ancienne école de l’ancien dictateur.
Les gens se sont recueillis devant son cercueil recouvert du bicolore haïtien, avant d'offrir leurs condoléances à la conjointe du défunt, Véronique Roy, son ex-femme, Michèle Bennett, et leurs deux enfants.


L'ex président Prosper Avril, les anciens ministres A. Raymond,
Fritz.Cinéas,Theo Achille, Jean Marie Chanoine et l'ex Général
Jean-Claude  Duperval écoutant l'éloge funèbre de Fritz Cinéas
Des membres de l'élite haïtienne, dont d’anciens  ministres  et des sympathisants du régime Duvalier sont arrivés dans de luxueux véhicules utilitaires sport, se joignant à des citoyens plus modestement vêtus. Les bancs de la chapelle de l'école Saint-Louis de Gonzague de Port-au-Prince  étaient  complètement  remplis. Des représentants du président Michel Martelly, et du premier ministre Laurent Lamothe,  présentement en mission à l'extérieur du pays avaient été remarqués. Les anciens présidents Boniface Alexandre et Prosper Avril    étaient présents à la cérémonie.
«Qu'il ne reçoive pas l'honneur de funérailles nationales est une petite victoire sur plusieurs aspects pour les opposants au régime Duvalier», a expliqué Alex Dupuy, un sociologue né à Haïti, qui enseigne maintenant à l'université Wesleyan, au Connecticut. Lui faire des funérailles nationales aurait peut-être envoyé le message que son régime était endossé, plutôt que condamné, croit-il.
Au cours du service, d’anciens ministres de l’ancien dictateur ont évoqué «l’un des plus grands présidents du pays», sous des applaudissements nourris, alors que d’autres ex-barons du régime rappelaient ses réalisations pendant 15 ans.
Un homme en pleurs, les bras en croix, a lancé: «Duvalier est parti, il n’a pas eu le temps de nous donner des mots d’ordre», a-t-il regretté.

Une dizaine de jeunes portants des T-shirts rouges ont chahuté le cortège funèbre à la sortie de la chapelle. «Duvalier est un criminel, il n’ira pas au paradis. Brûlez Duvalier, décapitez-le», ont-ils crié.

«Il faut apprendre à oublier. C’est le moment du pardon. Certes, il y a eu des victimes sous Duvalier, mais Jean-Claude a-t-il été l’auteur des crimes», s’est interrogée Marie Ludie, artiste de 29 ans. «Il ne faut pas continuer à diviser le pays», a-t-elle ajouté.

Il n'y a pas eu de manifestants à l'extérieur de la chapelle, mais des victimes de son régime ont organisé une manifestation assise aux anciens quartiers généraux de son parti où certains ont scandé : feu éternel à l’âme de Jean-Claude Duvalier !
La mort de l‘ancien président haïtien Jean-Claude Duvalier surnommé «Bébé Doc» a provoqué des réactions partout dans le monde, ce samedi 4 Octobre 2014.  Selon plusieurs observateurs, la mort de JCD Duvalier a privé les Haïtiens  d'un procès de droits humains qui aurait pu être le  plus important de l’histoire du pays.  Que Duvalier ne puisse pas répondre de ces crimes commis sous son régime est un regret partagé par tous les défenseurs des droits humains, en Haïti comme à l’étranger.  "La fin d'une saga", "la fin de l'ère duvalierienne", "la fin d'une époque", "la fin du duvalierisme", autant de manchettes qu'on peut lire dans les journaux à la mort du dictateur qui a subi dans les jours précédents sa mort, dans sa propre maison, loin de ses gardes de corps, la piqûre d'un arachnide (venimeux) qui l'avait forcé à passer deux semaines à l'hopital, selon notre confrère "Le Nouvelliste". Ironie du sort ?

Ses victimes, mortes, sont peut-être en train de se retourner dans leur tombe parce que justice ne leur pas été rendue. D'autres, vivantes elles, se voient contraintes de se demander si jamais elle leur sera rendue en face d'un système judiciaire qui ne semble pas à la hauteur  de sa mission...

Il n'en reste pas moins que le peuple haïtien vient de finir un chapitre avec le passage dans l'au-delà de Bébé Doc Duvalier.

par :Hervé Gilbert Haiticonnexion@gmail.com

Ecoutez l'audio :https://soundcloud.com/haiticonnexion/jcduvalier