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Wednesday, July 15, 2015

A QUOI SERVAIT LA REVOLUTION DE 1804 ? Tranchons le nœud gordien de la crise perpétuelle Haïtienne!

Par:Emmanuelle Gilles
Le conflit entre la République Dominicaine et Haïti autour de la déportation des Haïtiens ne date pas de cette semaine ni de ce mois. Depuis le début du millénaire, plusieurs douzaines d’Haïtiens étaient régulièrement arrêtés de façon arbitraire et déportés sur le champ vers Haïti. Ces actes étaient perpétrés tous les vendredis par des officiers de migration envers les Haïtiens à peau noire. Le quotidien de la RD « El Caribe » exposait cette pratique sous le titre «les Rafles du Vendredi ». Le problème des Haïtiens en République Dominicaine à plusieurs facettes, d’une part il existe un flux d’Haïtiens traversant la frontière illégalement, d’autre part, ils sont vulnérables a des violations de droits humains des plus odieuses. Les récentes mesures ont été annoncées par les Dominicains depuis plus d’un an. Le gouvernement Haïtien disposait amplement du temps pour organiser la réintégration des Haïtiens et leurs descendants dans notre pays comme tous pays soucieux de leurs ressortissants. Force est de constater que ce n’est ni le premier et ce ne sera peut-être pas le dernier gouvernement à afficher leur indifférence vis-à-vis nos compatriotes de l’autre côté de l’ile. Depuis la présidence de Sténio Vincent, le Traffic des Haïtiens remplissait leur poche au grand dam d’un peuple bafoué, qui jadis n’oserait rêver du denier de la veuve. 


Tenu au rencart depuis deux siècles, La tentation de Venise devient l’unique porte de sortie de la masse isolée. Le gouvernement Haïtien doit prendre les enfants du bon Dieu pour des imbéciles, lorsque, pour maintenir ses relations intéressées avec la République Dominicaine avait opté pour des négociations bilatérales sachant que ces négociations n’auguraient rien de concret. Quel résultat pouvait-on espérer d’une oligarchie raciste et xénophobe? Les pressions internationales auraient peut-être été plus musclées, mais faites gaffe et gardons-nous d’être trop naïfs car l’oligarchie occidentale, elle aussi a ses intérêts de l’autre côté de l’ile. Les Espagnols, le tourisme. Les Italiens et les Américains, l’industrie sucrière. L’immobilier pour l’ensemble et l’élite économique Haïtienne, la source de leur commerce étant des revendeurs et non des producteurs. Le développement économique de l’ile voisine attire la main d’œuvre haïtienne, alors qu’en Haïti, leur modèle n’est pas ce qu’il faut pour Haïti, n’est-ce pas paradoxal ? A la place de l’investissement en Haïti, ce sont les Haïtiens qui sont eux-mêmes soumis à l’exploitation étrangère tandis que leur pays languit dans un conservatisme absurde pour préserver un monopole égoïste déjouant la compétition. La meilleure façon de moucher les voisins c’est de couper les ponts avec eux et stopper l’importation de leurs produits.
Guy Alexandre,ancien Ambassadeur
d'Haïti en République Domincaine.   
Rendons hommage au feu Guy Alexandre pour les efforts déployés en vue de la coordination d’une réponse internationale, en dépit de ses démarches irrésolues et avortées. Que son âme ait succombé d’indignation en constatant la complicité du gouvernement Haïtien avec son homologue Dominicain, on s’en souviendra. 


Très souvent, on parle de pression, pensons-nous vraiment qu’il peut exister une pression internationale envers la République Dominicaine dont le plus fort des capitaux générés dans ce pays appartiennent aux forces puissantes étrangères qui ont saisi les terres de la RD tout de suite après l’occupation? 5 à 10% des terres arables dominicaines dont une partie abrite la plus grande industrie sucrière à la Romana, sont contrôlées par Gulf and Western dont le siège central se trouve à New York. Ces terres constituent un total de 1113 km2 dont 44% en production de canne à sucre et 47% en terres d’élevages. Le « Gulf et Western » contrôle non seulement l’industrie sucrière mais une partie de l’économie nationale de la République Dominicaine. Rappelez-vous que les grandes puissances n’ont que des intérêts. Jusqu’ici, malgré les nombreuses manifestations, les négociations, les déclarations de haut placés, la République Dominicaine entend régulariser le statut des immigrants Haïtiens qui d’après eux envahissent leur pays. Pour accorder une légitimité à la décision de réduire le nombre des Haïtiens chez eux, ils ont fait appel à l’expertise même des instances internationales en vue de développer leur plan de régularisation. Avec ou sans manifestations, leur plan sera mis en œuvre! Dans la mesure où cette décision n’affecte pas la production sucrière avec la main d’œuvre esclavagiste haïtienne, la RD ne recevra aucune pression. Et si elle en recoit c’est pour mieux preserver l’esclavage auquel sont soumis les Haitiens depuis 1919.


Des coupeurs de canne en RD
Pouvons-nous forcer un pays à nous aimer ou à accepter de force nos compatriotes sur leur territoire et même quand certains traversent la frontière illégalement a la recherche d’une vie meilleure, et de surcroit sont traités pire que des animaux pour ceux qui survivent dans les bateys et dans les milieux populaires? Cette conduite de Grenoble devrait nous faire mal. C’est comme si on demandait à Hitler d’accorder la nationalité Allemande aux Juifs et de les intégrer en Allemagne, ou les Arméniens en Turquie.
Si les Dominicains sont tenus d’accorder cette « vie meilleure » que cherchent les Haïtiens et Haïti, quelle est sa responsabilité vis-à-vis de ses propres citoyens? Je me demande le sens de la révolution de 1804 lorsqu’on constate la complicité des Haïtiens eux-mêmes dans le trafic de leurs ressortissants érigés en esclaves dans l’ile voisine. A ce stade des conflits, les autorités Haïtiennes ont l’obligation de venir en aide à leurs citoyens en République Dominicaine et les aider à régulariser leur statut, soit en leur accordant la nationalité haïtienne pour ceux qui sont dans une situation d’apatride, d’aider ceux qui possèdent déjà la nationalité Dominicaine et qui sont menacés illégalement par cette mesure. Ainsi, nous mettrons fin à cette guerre picrocholine.
Les Haïtiens dans l'un des bateys
Il est inconcevable que le gouvernement Haïtien ait adopté une attitude aussi irresponsable et insensible envers ses propres citoyens. L’attitude du gouvernement prouve que les masses Haïtiennes en République Dominicaine encourent les mêmes préjugés infligés à la fois par les Dominicains qui les chassent et par les Haïtiens qui les abandonnent à leur sort. Les deux gouvernements sont du même tonneau. Les internationaux exploitent leur territoire et nos sous classes et s’enrichissent aux dépens des deux républiques. Le problème est donc plus complexe qu’on le pense. Il est impératif que les autorités Haïtiennes prennent des mesures pour encadrer la masse et stopper l’humiliation des Haïtiens en République Dominicaine, aux Bahamas, dans les Dom Tom, les iles Turques et Caicos etc… par des actions concrètes et durables. Les manifestations envers les Dominicains à mon avis c’est comme tuer un âne à coups de figues.


Les présidents Trujilio (RD) et Lescot (Haïti) trinquant leur
verre lors de leur rencontre de 1939 en Domincanie.         
Si nos autorités avaient un minimum de gêne et de sensibilité patriotiques, ils auraient fait preuve d’imagination car franchement, il existe maintes alternatives de solution que de quémander une nationalité dominicaine lorsque le gouvernement Haïtien ne dispose même pas d’un livret de passeport à l’intention de ses ressortissants. Je vous présente de mon point de vue quelques-unes des alternatives valables qui peuvent être prises dans l’immédiat et à long terme pour mettre une fin au dilemme des Haïtiens en République Dominicaine :


Dans l’immédiat :

1) Organisation d’un téléthon invitant chaque Haïtien à l’intérieur comme à l’extérieur à contribuer $20 par tête ou 1000 gourdes – 1 million de personnes a 20 dollars en une semaine, on aurait déjà collecté 20 millions de dollars, ou 2 millions de personnes contribueraient 40 millions de dollars.
2) Les Haïtiens des bateys vivent dans des campements permanents très sommaires et dépourvus de tous services tandis que les colons de la Gulf et Western produisent un volume annuel de production supérieur à 1,3 milliard de tonnes de sucre. Les Haïtiens doivent demander officiellement a la République Dominicaine de mettre fin à effet immédiat aux travaux des travailleurs Haïtiens dans les Bateys. Rapatriement total des Haïtiens travaillant dans les Bateys.
Haïtiens réfugiés dans le camp (batey) Munoz à Puerto Plata
3) Une nouvelle loi à introduire dans la constitution Haïtienne «Aucun Haïtien doit être soumis aux travaux forces dans un autre pays». Aucun Haïtien dorénavant ne doit travailler dans les bateys. Annulation de tout contrat illégal entre la République Dominicaine et Haïti relatif à l’exploitation des Haïtiens dans les Bateys. La République Dominicaine doit employer leurs ressortissants dorénavant dans les bateys. Les braceros ne doivent jamais plus être associés aux Haïtiens, si nou avons encore une dignité à préserver.
4) Le gouvernement devrait disposer d’une zone vierge, en particulier dans le nord d‘est pour le rapatriement de ses citoyens, ces zones étant inhabitées sans aucun plan de développement serviraient à la construction d’une nouvelle ville qu’on nommerait « la ville fierté»;
5) 40 millions de dollars construiraient près de 8,000 maisons à $5,000 dollars par famille sans les couts de la main d’oeuvre. Ces maisons seraient construites en utilisant la force des rapatriés comme main d’œuvre. En d’autres termes, ils auraient du travail et comme fruits, ils auront leur propre habitat.
6) Les rapatriés auraient droit à une cantine trois fois par jour durant toute la période de la construction de leur logement qui se ferait simultanément.
7) L’Etat ferait appel à des volontaires parmi des ingénieurs Haïtiens désireux d’assister nos compatriotes dans le projet moyennant une réduction d’impôts pour leur contribution qu’ils auront à déclarer lors du paiement des impôts.
8) L’Etat Haïtien devrait mettre des bus à disposition des Haïtiens dans les endroits annoncés pour leur rapatriement et empêcher que la République Dominicaine déporté nos frères et sœurs mais plutôt les Haïtiens rapatrient leur peuple. L’achat des bus aurait été plus utile qu’un concert de quelques heures sur le Champ de Mars.
9) Un Comité d’accueil sérieux et efficace devrait être établi dans les zones frontalières qui enregistrerait leurs noms et d’autres détails les concernant ;
10) Un recensement de tous les rapatriés devrait être réalisé en vue d’une meilleure planification de leur réintégration.
11) A l’arrivée des rapatriés, des tentes seraient mises à leur disposition comme logements temporaires Ils se rendront au travail pour une durée déterminée dans la construction de leur habitat.
12) Dans un deuxième temps, l’Etat devrait aider les nouveaux résidents à travailler dans des plantations que l’Etat devrait prévoir dans le cadre du développement de l’agriculture. Par exemple, planter des légumes et des fruits pour la consommation locale. Il est à noter que la firme Haïtienne qui fournit la MINUSTHA en légumes les obtient de la République Dominicaine.
13) Développement d’une industrie haïtienne de canne à sucre la ou les Haïtiens peuvent travailler et produire le sucre localement; Une étude de faisabilité devrait être réalisée à cet effet en vue d’une action concrète.
14) En attendant les récoltes, chaque famille recevrait une allocation de 5,000 gourdes afin d’injecter dans la nouvelle vie une activité économique. Les 5,000 gourdes devraient aider la famille à une activité entrepreneuriale (achat et vente des produits) pour commencer.
15) L’Etat se chargerait de construire un lycée dans la zone qui tiendrait compte de la langue Espagnole qui serait largement parlée dans la nouvelle ville.
16) Ceux qui ont des familles en Haïti et qui ne font pas parti des Haïtiens nés et grandis en RD devraient rejoindre leur famille.
Dans un long terme : 


1) Il est absolument essentiel que la décentralisation des villes ait lieu et qu’un gouvernement local soit développé et sa capacité renforcée dans toutes les villes. Le gouvernement local doit assurer le développer de sa zone respective sans passer par Port-au-Prince. Ceci est sérieux si on veut éviter d’exacerber le problème d’émigration de notre peuple vers l’ile voisine et d’autres villes des Caraïbes.

2) Relancement d’un plan de production agricole pour éliminer toute importation de la République Dominicaine, c’est une conséquence que la RD devra assumer. Haïti ne doit plus accommoder l’économie dominicaine si ce n’est que par des échanges commerciaux mutuels.
3) Investir dans la recherche minière de manière à créer une main d’œuvre dans le secteur minier. Le développement d’une main d’œuvre qualifiée à travers le pays doit être parmi les points importants de l’agenda de chaque gouvernement.
4) Analyse et recherche sur les capacités de rendement dans chaque zone géographique et impliquer la population dans le développement de leur ville. Si nous cherchons notre corne d’abondance, nous la trouverons ;
5) Prévoir une protection de nos champs agricoles afin d’éviter des actes de sabotage par les voisins.
6) L’Etat Haïtien doit investir dans la construction de campus universitaires dans plusieurs départements géographiques au service d’un plus grand nombre d’Haïtiens afin que nos étudiants n’aient pas à verser $10,000 dollars par tête aux universités privées Dominicaines. A noter que 70% des étudiants dans les universités privées en RD sont des Haïtiens, ce qui revient à dire que ces universités ont été créées pour attirer des devises haïtiennes. Ce sont des devises qui seraient utiles à notre pays.
7) Haïti doit se moderniser et pour cela, il faut la participation de tous les membres de ses élites. On ne peut blâmer le professeur qui admet « qu’Haïti se trouve actuellement « au bord du précipice de l'histoire », il nous appartient de renverser la tendance. Nous ne pouvons demeurer une société perpétuellement en crise. L’écrivain Dorvilier constate que cette « longue crise haïtienne du développement résulte du fait que les principaux sous-systèmes culturel, social, politique et économique n'ont pas su remplir adéquatement leurs fonctions respectives. Ils ont en effet fonctionné de manière anachronique, perverse et chaotique. » Une nouvelle direction s’avère donc nécessaire ;
8) Pour citer le sociologue Claude Souffrant « Haïti entretient des archives et des musées, institutions de conservation du passé. La sociologie haïtienne contemporaine demeure obstinément diachronique. Chez ses meilleurs représentants, les vues prospectives sont rarement développées au-delà des limites ... le regard haïtien est fixé sur son passé. Avec ce regard borgne, on entre dans l'avenir, inattentif à la nouveauté du temps, insouciant à l'inédit qu'amène le futur, imperméable aux innovations, prisonniers de l'héritage sacré des anciens, répétant le discours bègue du passé, le discours de l'aliénation. » Moi je dis, relevons le défi du développement, regardons vers l’avenir et utilisons nos moyens et développons les possibilités. Faisons preuve d’innovation !
9) Haïti a besoin d’une révolution industrielle. Beaucoup d’Haïtiens de la diaspora souhaitent investir dans leur pays mais la situation sécuritaire, le monopole de l’Elite économique aussi bien que le style mafieux observé dans la gestion des affaires publiques les découragent. Haïti importe pratiquement tout de la République Dominicaine et même les produits de première nécessité qui auraient pu être fabriqués sur place. Le gouvernement doit faciliter le développement de l’industrie afin d’élargir l’économie et de réduire le monopole par quelques familles.
10) Chaque président sortant doit laisser leurs empreintes en établissant, ou sponsorisant ou une industrie locale, ou une ou des institutions dans les domaines suivants ;


• Agriculture

• Education/Formation (Sciences techniques)

• Industries pour la fabrication de produits de première nécessité

• Santé

• Logements

• Environnement

• Mines et energie

11) Développer une campagne d’information et de conscientisation sur le maltraitement des Haïtiens en République Dominicaine, en particulier les bateys à l’intention des masses à travers des documentaires filmés. Ceci servira à décourager les Haïtiens à s’enfuir vers la RD. Apprendre aux Haïtiens à conserver leur dignité, et leur fierté, Les inculquer une responsabilité citoyenne. c’est un minimum qu’on leur doit.
12) L’explosion démographique pèse très lourd sur le développement du pays. Le gouvernement ne planifie jamais pour sa population mais pour une poignée de gens, est ce pourquoi il ne réalise jamais un recensement annuel. Loin de planifier pour eux, il les abandonne, les isole et les laisse à la recherche de leur propre survie. A cause de leur statut de sous-classe, ils sont marginalisés partout où ils vont et sont traités comme des parias.
13) Repenser la gouvernance car sans une réforme totale des institutions et des engagements phares à être respectés par tous les secteurs, on ne saurait nous orienter vers la modernité. Il faut une consultation citoyenne et une commission nationale de réformes des institutions et de l’Etat afin de construire un Etat solide. Pour l’instant, l’Etat est une foire d’empoigne à la solde des dirigeants et de l’élite économique aussi bien que quelques poignées d’opportunistes.
14) Les préjugés envers les masses Haïtiennes sont aussi à l’origine des problèmes. Garder un peuple dans l’ignorance parce qu’ils sont en majorité noire, est un crime contre l’humanité. C’est l’occasion pour que les autorités haïtiennes réparent le tort qu’ils ont fait à la grande majorité livrée à elle-même. Nous ne pouvons plus faire litière d’une situation des plus macabres que nous avons occasionnée durant deux siècles.
15) Une table ronde doit être organisée invitant les élites du pays (économique, politique et intellectuel) vers le développement d’un « compact » national à s’engager dans des responsabilités propres. Comme l’a fait remarquer le Professeur de l’Administration Publique louis Coté, « Le premier indicateur qui permet de savoir si un Etat va se développer ou s'inscrire dans la modernité, c'est un projet commun de développement partagé par l'ensemble des élites » ; L’assiette au beurre doit prendre fin car nul n’est né dans la pourpre dans notre pays.
16) Nous avons perdu la face au monde entier et nous avons trop longtemps frisé le ridicule. Si nous ne pouvons pas nous entendre pour faire cet ultime sacrifice en vue de ramener notre pays aux portes de la modernité, je repose la question à savoir « A quoi servait la révolution de 1804 » ? sinon mettons-nous à pied d’œuvre pour construire l’Etat.


Emmanuelle Gilles
3 Juillet 2015