Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Monday, April 3, 2017

Quand Jérémie retourne à l’âge des cavernes

Sans abri, sans nourriture et abandonnés par leur gouvernement,
après le cyclone Matthew, les Haïtiens retournent à l'âge des hommes 

des cavernes (temps préhistoriques).                                                
 Par Max Dorismond
À voir, en cette fin du mois de mars 2017, des photos d'enfants  au regard perdu et inquiet, des familles recroquevillées, entassées dans les grottes de Fonds Rouge à 20 minutes de la ville, le Jérémien expatrié perd carrément l’équilibre, avec un souffle au cœur, tant les images chiffonnent. C’est un film poignant et fulgurant qui lui prend l’âme en étau. Instinctivement, il se replie sur le déni1, tant la réalité des faits le déstabilise. Une fois sa lucidité recouvrée, une grave question surgit de son for intérieur, à savoir quel crime la Cité a-t-elle commis pour se retrouver aux portes de l’enfer. Est-ce une malédiction divine ? Et pour se dédouaner, une réponse sournoise, telle une volute de fumée, s’infiltre lentement à travers ses méninges.

Six millions de dollars ont été dépensés par le gouverne
ment, il y a trois semaines  pour le carnaval dans la ré-
gion, alors que des familles ont faim et vivent dans les

cavernes ou " Tr0u-Roche". Où sont les priorités ?        
Oui En effet, en août 1964, les tristement célèbres cagoulards de la Cité avaient violé, éventré, dépecé, écorché vif des familles entières. Souvenons-nous des Sansaricq, des Drouin, des  Villedrouin, de l’illustre avocat, Me Alphonse Bazile2 etc…, arrachés en pleine nuit de leur lit pour être dévorés sans autre forme de procès, pour le plaisir du Vampire en chef, siégeant en maître de céans au Palais national. C’étaient les citoyens les plus progressistes, les premiers employeurs de la région, les esprits les plus éclairés. Pour quelles raisons ? Pour rien, juste de fallacieux prétextes pour faire peur aux autres, aux fins de rentabiliser le revolver reçu. C’était l’unique politique de création d’emplois des Duvalier. On coupe les têtes pensantes pour zombifier le reste de la populace aux fins d’éterniser la bêtise humaine, une présidence à vie et la mise à sac de la nation par association. Par sadisme, vanité et cupidité, ces scélérats avaient endeuillé la place et recouvert des quartiers entiers d’un linceul de mort.

Réveillons-nous et reprenons nos sens. Dieu est Amour et non le contraire. Toutefois, il existe une justice immanente. D’ailleurs 75% des criminels de la Cité ont goûté à la sauce de la déchéance et plusieurs ont absorbé l’absinthe amère avant leur départ au « pays sans chapeau ».
 
Un film poignant et fulgurant
Mais, qu’est-ce que  les malheureux qui se retrouvent confinés dans les grottes de Fonds-Rouge ont à voir avec le drame des mulâtres jérémiens rayés de la terre. Évitons d’affubler le ciel de tous nos maux. Voyons de préférence la malhonnêteté débridée de l’être, l’incompétence crasse des analphabètes du pouvoir d’hier et d’aujourd’hui, l’absence de vision des mandataires régionaux qui se complaisent, comme d’habitude, dans les miasmes de la corruption jusqu’au cou.

Je ne cesserai jamais de le marteler. Le Nord et le Sud-Est du pays reçoivent plus qu’ils n’en ont besoin. Le Grand-Sud a toujours été oublié. Les assassinats n’étant point payants, nous ne saurons jamais si les Tontons Macoutes de Jérémie étaient déçus. Étant cyniques et vicieux de nature, ils s’étaient sans doute contentés des quelques vaisselles, quelques bouquins dérobés chez leurs victimes et vendus pour quelques centimes dans l’obscurité. J’ai coutume de comparer les routes et les rues de la Grand’Anse à des pistes de safari africain.  Je ne suis pas du tout étonné de cette tournure dramatique pour ces malheureux Jérémiens, victimes d’une  conjoncture naturelle et de l’incompétence  des mandataires. Il fallait s’y attendre. C’était une catastrophe  annoncée,inscrite depuis des lustres  à l’agenda du temps. Personne n’a jamais levé le petit doigt pour ériger des infrastructures dignes de ce nom pour une région dédiée aux  cyclones dévastateurs et cycliques. Aucun centre d’urgence n’a été prévu.

Ces images sombres  des Haïtiens vivant dans les
cavernes renvoient l'humanité à l'époque préhistorique.
Au début du gouvernement de Martelly, six ministres originaires de Jérémie ou ayant des liens de consanguinité avec des Jérémiens, siégeaient au cabinet. L’espoir, à l’époque, faisait rêver en rose et blanc. Malheureusement, ce ne fut qu’un rêve éphémère. Madame Balmir, du groupe des six, Ministre du Tourisme, avait égrené son programme pour Haïti. Jamais le nom de Jérémie ne fut mentionné. Pour elle, j’avais joint l’utile à l’exécrable à titre d’excuse, pour expliquer à moi-même ce silence tordu. Car, son oncle paternel, le professeur Harry Balmir, lors de la tornade de 1964, avait eu les fesses noircies par les mauvais traitements subis aux mains des singuliers macaques du président à vie. A-t-elle sans doute entendu l’histoire de la bouche de son oncle bien-aimé ? Dans tous les cas, pour Jérémie, elle n’a esquissé qu’un beau sourire et c’est tout. À part la fille du professeur Prosper Auguste, madame Rose-Anne Auguste qui a laissé ses empreintes sur les destinées de la Cité, aucun des quatre autres ministres n’a daigné imprimer son nom sur une porte de la place. Ainsi va la politique de chez-nous. Ne comptez jamais sur les liens du sang. Pour répéter l’autre, « Nagé pou soti ».  Pour tous les Jérémiens ou presque, une fois dans les coulisses du pouvoir , leur solidarité roule à contresens de la mémoire. Sans destin commun avec leurs congénères, leur sentiment de cohésion se liquéfie. Et c’est la fuite en avant. Ils ne verront jamais le soleil se lever deux fois dans la rade.

Le cyclone Matthew a bouleversé les entrailles de la presqu’île du sud depuis plus de six mois. La présidence de Privert ne s’est pas donné la peine de s’enquérir du bien-être de cette partie de la population de l’arrière-pays.

Grand Dieu, où étaient les députés et sénateurs de la zone ? Dans leur liste d’épicerie laissée au président  élu lors de la ratification de J-G. Lafontant pour réclamer des ministères rentables, des postes-clé pour leurs maîtresses analphabètes etc…, il n’y avait même pas un petit mot pour ces souffreteux.  

Président Jovenel  accompagné du Premier ministre  La
fontant, des sénateurs Belizaire et Jacinthe posant devant
la grotte de Fonds-Rouge le 2 avril 2017.
                           
Voilà maintenant le Président Jovenel Moïse qui passe la majeure partie de son temps devant les caméras à théoriser pour amuser la galerie. Je crains qu’il ne nous abonne, lui aussi, aux phrases creuses et aux incohérences. Il dirige le pays en amateur et n’aurait pas vu crever ces pauvres gens si ce n’était le passage dans la zone, de l’ONG Food for the Poor et l’article du journal « Miami Herald » qui l’ont réveillé de sa torpeur. Osons espérer que toutes les promesses faites par le président aux sinistrés de Fonds-Rouge ne sont pas qu’un poisson d’avril.

Max Dorismond


Note -1 : Ce fut ma position. Je m’en excuse. Ma source de vérification était erronée. Elle s’est trompée royalement.

Note -2 : Le très regretté Me Alphonse Bazile est le feu père du Dr. Frantz Bazile, de Mie-Évy Bazile, Michelle Bazile (Marc-Antoine Gauthier), Paule, Andrée et Renée Bazile…etc.




Audio de la visite de Jovenel Moïse aux Fonds Rouge devant les trous où vivent des familles depuis le balayage du cyclone Matthew...




Monday, October 31, 2016

Après le déluge Matthew : des eaux de surface au fond de l’abîme (1 de 2)

Par: Leslie Péan
L'eau de la mer est entrée jusque dans les maisons en
certains endroits de la basse-ville de Jérémie.               
Les dégâts causés par le cyclone Matthew sont connus. La désolation s’est installée dans le territoire de la Grand’Anse où l’on entend même plus le chant des oiseaux. Rares sont les gazouillis des tourterelles et des sèpantye (charpentiers) à tête rouge qui, nichant et faisant leur demeure dans les trous des bois, ont échappé au désastre. Les mauvaises nouvelles alimentent bien des rumeurs et enveniment une situation déjà apocalyptique. Dans l’économie anémiée d’un État en faillite, le passage de l’ouragan dévastateur aggrave encore la situation et accroit les craintes de la déliquescence finale. La moindre alternative sérieuse exige des idées nouvelles permettant de passer des eaux de surface au fond de l’abîme, de l’aide humanitaire à la reconstruction, et d’aller au cœur des tourments qui assaillent la société. Car le cyclone Matthew qui est passé à Cuba avec la même intensité n’a fait aucun mort, tandis qu’il en a fait plusieurs centaines sinon un millier en Haïti.

La basse-ville de Jérémie a été lessivée par l'ouragan.
La différence vient du fait que, malgré le tremblement de terre de 2010, la roue de l'ignorance continue de tourner en Haïti. Surtout au chapitre des questions environnementales. Une méga tendance qui ne produit aucun bien pour la grande majorité de la population. De ce fait, les résultats de la politique de l'ignorance comme modèle de contrôle social sont époustouflants. Les risques pour la société haïtienne ne font qu'augmenter tant que le niveau d'éducation de la population n'est pas relevé. L'État n’a rien fait pour imposer des dispositifs anticycloniques et des normes dans les zones à risque. Des bulletins météorologiques avaient alerté la population plusieurs jours à l’avance et le président Jocelerme Privert s’est adressé à la nation le 2 octobre en disant  : « Mes compatriotes, ne soyez pas têtus, ne dites pas "Dieu est bon" et prendra soin de vous : il faudra évacuer les zones qui représentent un danger. Nous n'avons aucun intérêt à risquer notre vie. »

Son message n’a pas été écouté par tous et nous payons cher, très cher, cette obstination de nos élites à maintenir notre peuple dans une mentalité archaïque qui refuse la modernité.Fondamentalement, la réflexion nécessaire pour prêter secours aux victimes exige un renversement de tendance dans nos comportements irrationnels, dans la manière dont notre société se pense et fonctionne,  dans les fondements de nos rapports avec nous-mêmes et avec la communauté internationale. En effet, l’expérience de la gabegie internationale lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010 est encore dans les esprits et on comprend aisément le refus du gouvernement haïtien de déclarer l’état d’urgence. 


Vue aérienne de Corail dans la Grand'Anse le 7 octobre
2016 après le passage de l'ouragan .                             
Pour remédier à cela, Haïti a besoin de mettre en place en toute transparence un réceptacle (une institution) pour recevoir les conseils permettant de distribuer efficacement l’aide humanitaire mais surtout pour guider les investissements afin qu’ils soient faits au bon endroit. Pour sauver Haïti de la débâcle totale, il importe d’avoir une vraie vision pour investir dans les facteurs de croissance en commençant par l’éducation.

Les vents violents ont causé des destructions dans les secteurs suivants : 1) les habitations non conformes aux normes sécuritaires de construction ; 2) les infrastructures publiques (eau, électricité, téléphone, ports) ; 3) la végétation (arbres déracinés, branches brisées) et 4) le bétail (bœufs, cabrits, porcs, poulets) qui a été tué et transporté par les eaux. La mer et la pluie ont endommagé par des inondations et détruit les biens mobiliers des habitations. Les crues des rivières Rouyonne à Léogane, La Guinaudée à Jérémie,  Ladigue à Petit-Goâve, Serpent et Despins à L’Asile, Voldrogue à Roseaux, Glace sur la route Cayes-Jérémie, etc. ont saccagé les plantations agricoles, pollué les eaux rendues impropres à la consommation et  provoqué des éboulements et glissements de terrain. Enfin, le réseau routier a été gravement  endommagé.

La réponse humanitaire
60.000 maisons ont été détruites en Haïti par l'ouragan.
selon la Croix-Rouge.                                                   
Le grand nombre de personnes qui ont perdu la vie est dû essentiellement au déficit d’État et à la faiblesse du système d’alerte mis en place. D’où le niveau de dévastation dans l’habitat (les maisons), l’agriculture et les infrastructures. L’aide d’urgence dont l’objectif est de faire la soudure entre le passage de Matthew les 3-4 octobre et les premières récoltes ne devrait pas dépasser six mois. Dans la hiérarchie des besoins, la nourriture est principale. Puis viennent l’eau, l’assainissement, l’habitat d’urgence et les soins de santé essentiels. Des distributions de nourriture organisées par le gouvernement et la société civile ont commencé dans certaines localités. La solidarité interhaïtienne s’est manifestée immédiatement. Puis les Américains ont effectué une première distribution de nourriture  le 9 octobre à la capitale et dans le Sud. La nourriture consiste en riz, pois et huile. Il importe d’y ajouter plus de protéines, des légumes, ainsi que des feuilles pour la vitamine C.

Vue partielle de quatre chemins à l'entrée des Cayes
le 5 octobre 2016                                                    
Le calendrier de distribution de nourriture mérite d’être établi par ville et zone affectée afin de rationaliser et de maximiser les effets. Dans le même temps, il s’agit de distribuer des semences à croissance rapide (maïs, choux, manioc, patates douces,  melons, etc.) La politique de l’aide alimentaire à ceux qui ont tout perdu devrait être couplée à une politique de production alimentaire. Une semaine après le passage du cyclone Matthew, dans beaucoup d’endroits, la population attend avec impatience le début de la distribution alimentaire. Haïti a reçu l'aide alimentaire de plusieurs pays. Des dizaines d’ONG dont Food for the Poor, Action contre la Faim, Care,  ont porté les premiers secours à ceux touchés par le  sinistre. Des denrées sont arrivées sur place, mais certains pointent la lenteur de la distribution. Par exemple, c’est le cas aux Cayes où selon un sinistré, « On est là depuis le dimanche 2 octobre. Jusqu’à présent on n’a vu aucune autorité de l’État. Seulement la Croix-Rouge comme institution non gouvernementale a visité, une fois, l’abri provisoire du Lycée Philippe Guerrier des Cayes ». Il importe donc d’augmenter la cadence des activités de distribution surtout dans les zones reculées.

La réponse humanitaire veut être à la hauteur des 10% de la population touchée, dont près d’un demi-million d'enfants dans les régions les plus affectées. Mais cela ne suffit pas étant donné l’ampleur des dégâts et la faiblesse des structures locales. Le moment ne serait-il pas venu, comme l’annonce l’éditorial du journal britannique The Guardian, de mettre en œuvre un vaste programme de réparations de la communauté internationale pour Haïti ? En effet, Haïti a payé à la France pendant un siècle 90 millions de francs-or, soit un montant estimé entre 17 milliards de dollars et 21 milliards de dollars aujourd’hui. La décapitalisation d’Haïti qui s’en est suivie fait paraitre comme une goutte d’eau les 120 millions de dollars sollicités par les Nations Unies pour Haïti pour les trois prochains mois.

Les béquilles dominicaines
Béquilles est un livre à lire pour com
prendre l'univers caché des sortilèges
soutenant les relations entre les élites
des deux pays.                                  
Dans tous les cas, sur le plan multilatéral, selon le bureau des Nations Unies pour l'aide humanitaire (OCHA en anglais), 2.1 millions de personnes sont affectées et 750.000 personnes, dont 315 000 enfants, ont besoin d'une assistance immédiate. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a constitué des réserves pour nourrir 300.000 personnes pendant un mois, dont 25 tonnes sont allouées à Jérémie pour nourrir 9.000 personnes pendant une semaine. D’autres activités sont menées par ACTED (santé),  PNUD (eau, assainissement et hygiène), Catholic Relief Service (sécurité alimentaire), etc. Sur le plan bilatéral, l’aide humanitaire provient de Washington à Cuba en passant par la France, l’Union européenne, la Suisse, l’Allemagne, le Canada, le Venezuela, la Colombie, la République Dominicaine. Washington a envoyé un navire avec 400 Marines. Ces derniers assistent la Police Nationale d’Haïti (PNH) pour sécuriser les convois d’aide alimentaire contre les attaques des pilleurs. La France envoie 60 soldats et 32 tonnes (aide humanitaire, dispositifs de purification d'eau). Cuba a envoyé des médecins et du personnel sanitaire. Le Venezuela et la Colombie ont envoyé des bateaux remplis de provisions alimentaires, de matériels techniques ainsi que d’un hélicoptère pour le transport des équipements.

Hispaniola 
La solidarité de la République Dominicaine avec Haïti est particulièrement appréciable dans cette conjoncture. Des supports, comme je l’ai signalé en 2014 dans l’ouvrage Béquilles — Continuité et des ruptures dans les relations entre la République Dominicaine et Haïti. Des béquilles similaires à celles utilisées jusqu’ici pour monter et descendre des escaliers aux marches inégales pouvant provoquer des chutes, comme l’atteste l’arrêt TC168-13 sur les milliers de Dominicains d’origine haïtienne. Le président Danilo Medina a envoyé un convoi humanitaire de 500 camions et véhicules avec un matériel lourd diversifié, de la nourriture et des techniciens pour aider à la reconstruction. L’aide alimentaire constituée de 25 mille tonnes d’aliments crus est destinée aux populations de Jérémie, Grand’Anse, Roche-à-Bateaux, Ile-à-Vaches, Cayes, Port-à-Piment, etc. 

Cinq unités de cuisine mobile ont été envoyées à Pedernales pour cuire les aliments. D’un autre côté, le Ministère de l’Agriculture dominicain a  expédié des camions contenant 600 mille bananes, 36 mille kilos de patates, 25 mille livres de fromage, 55 mille livres de poulet et  95 mille livres de riz. D’autres produits envoyés sont des saucisses, des sardines, des biscuits, du zinc, et du bois pour la construction des maisons. Cette coopération Sud-Sud inclut également 40 équipements lourds tels que des grues et des camions et plus de 250 experts dominicains. Enfin, l’aide dominicaine comporte aussi le carburant pour les équipements et toute la logistique en matière d’ambulances, d’hélicoptères, d’ateliers mobiles, de centrales électriques mobiles et des équipements pour fournir l'eau potable. (à suivre)

Citation du Président Jocelerme Privert cité dans « Un ouragan se rapproche de Cuba, Haïti et la Jamaïque », Le Figaro, France, 2 octobre 2016.
Edver Serisier, « Les sinistrés s’impatientent », Le National, 11 octobre 2016.
« The Guardian view on Haiti: time to repay our debts », The Guardian, 11 October 2016.
OCHA, Haïti Situation report, No. 8, October 12, 2016.
Leslie Péan, Béquilles –Continuité et ruptures dans les relations entre la République Dominicaine et Haïti, Pétionville, C3 Éditions, 2014.
Presidencia de la República Dominicana, « Toneladas de alimentos camino a Jimaní para entregar mañana a Haití », 11 de Octubre de 2016.

Par: Leslie Péan

Friday, October 7, 2016

Jérémie : l’horreur pendant et après Matthew


L'une des artères de la grand'rue
Une fois que vous avez atterri dans ce qui reste de l'aéroport de Jérémie, la principale ville du département de la Grand'Anse, vous êtes coupé du reste du monde. Adieu Facebook, Twitter, WhatsApp et les autres réseaux sociaux. Aucune compagnie de téléphonie mobile ne fonctionne. Pas d’électricité non plus. « Je sais que vous n’apportez ni eau, ni nourriture, ni médicaments dont on a tellement besoin, mais vous nous apportez de l’espoir. On sait maintenant que Port-au-Prince n’a pas été détruit comme Jérémie, on peut espérer de l’aide », soupire Batiste, un homme dans la cinquantaine.

Un seul mot pour décrire la situation à Jérémie. Désolation ! La ville n’est même pas à genoux. Elle n’a pas la force pour ça. Elle est détruite.  Elle est en ruine. En lambeaux. Méconnaissable. L’ouragan Matthew a emporté la quasi-totalité des maisons en toiture de tôle. Seules quelques constructions en béton ont résisté aux assauts répétés de l’ouragan.

L'ancienne maison de Sanette Balmir (à droite) dans la
zone "Kòtfè...                                                           
« On dirait que quelqu'un avait un remote control (télécommande), il augmentait le volume du vent à chaque fois encore plus. Lorsque le toit de ma maison s'est envolé, je me suis agrippée à un mur avec la main gauche et avec la main droite je tenais fermement mon enfant de trois ans qui pleurait de toutes ses forces… », raconte au Nouvelliste Carmine Luc, une jeune fille de  22 ans qui habite dans une localité appelée Numéro 2 située à environ 15 minutes à moto de la ville de Jérémie. Hier jeudi, c’est la première fois depuis le passage de l’ouragan Matthew qu’elle et ses voisins ont vu un visage étranger. 

« Pour nous mettre à l’abri après que les toits de nos maisons ont été emportés par le vent, on esquivait les tôles qui volaient dans toutes les directions. J’ai vu des gens se faire couper la main, le pied et même le cou par des tôles.  Le vent était tellement puissant qu'il nous renversait », explique Fritznel Antoine, père de trois enfants. 

Toutes les toitures en tole ont été emportées
Sachant que la Grand'Anse n’est pas accessible par voie terrestre, Baptiste, le cinquantenaire, vient chaque jour après le passage de Matthew sur les ruines de l’aéroport, espérant l’atterrissage d’un avion ou d’un hélicoptère en provenance de Port-au-Prince. Il espère avoir les nouvelles de ses enfants qui étudient dans la capitale. « Je sais que l’aide dont on a besoin va prendre encore du temps pour arriver. Mais voir que des gens commencent à venir ici à  Jérémie, c'est une sensation qu'on existe encore et qu'on va finir par prendre les nouvelles de nos familles à Port-au-Prince », soupire-t-il.

La reprise des activités n'est pas pour demain dans le département de la Grand'Anse, particulièrement à Jérémie. «  Ce qu'on veut maintenant c'est de pouvoir donner à manger et à boire à nos enfants et leur donner la possibilité de dormir dans un endroit sec. Après on verra pour l'école, les élections et tout le reste… », fulmine un homme, très agressif, qui a gardé l'anonymat. Il ne savait pas encore que les élections n’auront pas lieu ce dimanche et qu’elles ont été reportées à une date ultérieure. D’ailleurs, personne dans le département de la Grand'Anse ne le savait avant notre arrivée dans la zone. 

Le département a fait un bond de plus de 50 ans en arrière. Si vous avez bien besoin de quelqu’un, il faut aller directement le voir. Pour atteindre le département de la Grand'Anse ces derniers temps, il vous faut soit un bateau ou un hélicoptère ou encore un avion. Cette partie du pays est pratiquement inaccessible par voie terrestre. La piste de l'aéroport de Jérémie est encore opérationnelle ou dans son état habituel. Un avion ou un hélicoptère peut atterrir et décoller, mais à l'aveuglette. Pas moyen de communiquer avec les tours de contrôle. 

L’eau et la nourriture, denrées rares à Jérémie…

« Le verre de riz est passé de 10 à 20 gourdes après le cyclone. Ici, on consomme tous les jours de la noix de coco et de l’arbre véritable abattus par le vent », avance les pieds nus Angélie Léonard, mère de trois enfants qui habite dans la localité de Numéro 2. Dans la zone, il n’existe pratiquement aucun arbre debout. Tout a été renversé par Matthew. 

« Au début, l'eau sortait du robinet avec une couleur rougeâtre. On ne pouvait pas la boire. Maintenant, elle est plutôt claire, on la consomme… On n’a pas le choix d’ailleurs… », indique Angélie Léonard. L’eau potable demeure l’élément le plus rare de la zone. 

Les habitants de ce département ont chacun une histoire à raconter. Comment ils ont vécu les 48 heures d’horreur de l'ouragan Matthew. Ils ont aussi une autre histoire à raconter. Comment ils vivent l’après Matthew. Maintenant, leurs avis sont partagés sur la présence ou l'absence de Dieu. « Où était-il quand mon enfant de deux ans s'était fait déchirer par une tôle? », lance Claude dans une discussion avec des habitants de son quartier. 

« Kiki (le fils de deux ans de Claude, blessé pendant le mauvais temps) est encore vivant, non? Alors il faut remercier le Seigneur d'avoir préservé sa vie », rétorque l’une de ses voisines qui estime que sans l’intervention de la Providence, le mauvais temps emporterait tout le monde sur son passage vu la force de frappe des rafales. 

Comme après le tremblement de terre du 12 janvier dernier, Jérémie ne compte pas autant de morts qu’avait comptés Port-au-Prince, mais le tableau semble avoir été peint par le même peintre. 

Toiture de l'hôpital Saint-Antoine emportée par Matthew
Les autorités locales sont dans la même situation que le reste de la population. Comme tout le monde, elles sont abattues, sinistrées. Personne sur le terrain n’est en mesure d’avancer un bilan sur le nombre de personnes tuées dans le département ni sur les dégâts matériels. Le ministre de l’Intérieur, François Anick Joseph, parle de 38 morts. Il a reconnu ne pas disposer encore de toutes les informations sur le département. 

Le président Jocelerme Privert et des membres du gouvernement devaient hier jeudi visiter Jérémie. En survolant les Nippes, l’hélicoptère qui les transportait a eu une panne mécanique et a dû retourner d’urgence à Port-au-Prince, a appris Le Nouvelliste d’une source bien placée au palais national. Le chef de l’Etat et les autres passagers en sont sortis sains et saufs.

Robenson Geffrard 

source: le nouvelliste
Illustration: Haiti Connexion Culture



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