Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Thursday, July 4, 2019

Il y a 50 ans tombait Raymond Jean-François


 Bay kou bliye, pote mak sonje 
                                           Pwovèb ayisyen                                                                         

O deux juillet féroce sous une lune basse
Tressautement de l’abeille tapie dans les gouttières
Au coin de la rue 5
Deux juillet de cuivre et de plomb.

Anthony Phelps


Le 2 juillet 1969 tombait sous les balles assassines d’un macoute, le révolutionnaire héroïque Raymond Jean-François.

Il milita aux côtés de Jacques Stephen Alexis fondateur du Parti d’Entente Populaire.
Il participa activement à la grève des étudiants lancée par l’UNEH (l’Union Nationale des Etudiants Haïtiens) en 1960.

D’une extraordinaire capacité d’organisation, sa dévotion à la cause des masses populaires, son esprit d’initiative dans le travail pratique d’organisation accouplé à une grande vision, expliquent son élection  à la direction du parti à l’âge de 18 ans.

Etudiant à l’Ecole Normale Supérieure, il fut arrête en 1961 ainsi qu’une vingtaine d’étudiants et de lycéens. Sauvagement torturé, il eut le bras cassé. « une menace de grève totale des étudiants de ENS », força la dictature à libérer les jeunes.

Sous le pseudonyme de Levantin, il publia dans les journaux du PEP, plusieurs articles de réflexion profonde et d’orientation sur la lutte anti-impérialiste et antiféodale pour une révolution démocratique en Haïti.

Ce 2 juillet 1969, Raymond n’a pas eu la chance de se défendre, à cause d’une défectuosité de son arme. Pour semer ses poursuivants, il aurait pu fuir  au milieu des marchandes  (il était proche du marché). Il ne le fit pas, par peur d’exposer leur vie. Et Il paya de la sienne cette ultime démonstration de générosité. Il fut exécuté à bout portant par l’un de ses poursuivants.  

La militante Adrienne Gilbert qui l’accompagnait fut arrêtée. Après l’exécution de Raymond près du marché du Cap, au coin de la rue 5, son cadavre fut transporté à la morgue de l’hôpital Justinien où il eut la tête tranchée sur ordre du capitaine Gérard Louis. C’était le vœu de papa doc, qui voulait sur son bureau les têtes de ses plus solides adversaires. A l’époque les communistes et révolutionnaires haïtiens.

Plusieurs autres camarades seront également arrêtes le même jour, comme Aymard  le jeune frère de Raymond.  Adrienne Gilbert emmenée aux Casernes du Cap fut sauvagement maltraitée par une horde de macoutes aussi capons que féroces. L’un d’eux, mécontent d’avoir couru pour les rattraper lui éclata le crâne d’un coup de revolver.[1]

Raffinement de cruauté, le capitaine Gérard Louis emmena dans son véhicule. 2 prisonniers, Aymard Jean-François, le jeune frère de Raymond et Adrienne Gilbert. Cette dernière dut faire le voyage  Cap-Port-au-Prince avec au milieu de ses jambes, le seau contenant la tète de son camarade Raymond, récemment exécuté.
Le nom de Raymond Jean-François  appartient à l’Histoire d’Haïti et à celle de tous les peuples de notre Amérique en lutte pour leur libération.

Honneur et Gloire à tous les communistes, révolutionnaires et patriotes tombés pour l’Emancipation de notre Peuple.

Port-au-Prince, 2 juillet 2019
Myrtha Gilbert



[1] Témoignage de Adrienne Gilbert ancienne prisonnière politique de 1969 à 1973.

Monday, June 24, 2019

L’évènement de l’été 2019

Il fait beau, l’été est à nos portes. Vous vous prélassez au soleil et le piaillement des oiseaux vous annonce un avant-goût du paradis. Hop là! Qu’est-ce qui manque à votre bonheur total : un gâteau, des griots, des mangues? Non, non, non! Haïti Connexion Culture vous propose un ouvrage de relaxation, à la lecture divertissante et accrocheuse, le livre de Max Dorismond :
 « Des mots pour conjurer nos maux » 
En fait, notre grand Max Dorismond se passe de commentaire. Écrivain prolifique au style entraînant, il vous prend par la main avec des sujets qui lui tiennent à cœur, pour vous faire découvrir l’insaisissable et l’incompréhensible, l’espace d’un cillement. Le public exigeant lui en redemandait et sans rechigner, il répondait à leur attente, sans sourciller et sans relâche.

Aujourd’hui, faisant d’une pierre deux coups, il nous arrive avec ce bouquin tant espéré, à titre de monument culturel, à garder sous la main pour le bonheur de la postérité. Or, à un moment où les vacances nous interpellent et réclament un peu de répit, voici l’occasion idéale pour vous procurer l’ouvrage tant espéré et partager avec votre auteur de prédilection, les idées et les réflexions les plus ardues sur le devenir de notre coin de terre et aussi du monde.

Le stock est limité. Vous pouvez commander votre exemplaire via whatsApp au numéro 514 241-8383 ou à l’adresse suivante : mx20005@yahoo.ca.


DERNIÈRE HEURE - Nous avons appris que le premier lancement du livre de Max Dorismond se tiendra à Montréal sous l’égide de GRAHM-MONDE, dans l’après-midi du samedi 13 juillet 2019, à la Maison d’Haïti sise au 3245 Ave. Emile Journault Mtl, Qc. H1Z OB1.

Herve Gilbert  Pour HCN

Wednesday, June 5, 2019

À voler sans vergogne comme si demain n’existait pas

Le dédoublement de notre Jojo national


Par Max Dorismond
 
À relire certains de mes articles sur la corruption ambiante de mon pays, je ne suis pas du tout étonné, aujourd’hui, de la tournure des évènements, devant l’étalage médiatique décrivant la casse du siècle en Haïti, dans le décor feutré de Petro Caribe. C’était écrit dans le ciel, Jovenel serait sacrifié au moment venu. Je l’avais bien prédit dans le texte : De Zéro à héros, le dilemme d'un président.

Comme un refoulement d’égoût, son incartade, avec une fraude spectaculaire réalisée sur mesure pour ses deux compagnies qui ont surfé sur deux contrats identiques, différenciés simplement par leur nom respectif, a été mise en évidence pour une raison bien déterminée par le dernier Rapport de la Cour des Comptes : la chute bruyante du roi.

À décortiquer l’exposé d’une telle ignominie, instinctivement nous grimpons dans les rideaux, nous cassons nos chaînes, nous réclamons des cordes pour pendre le pauvre Jojo.

Attention! Notre Jojo national n’est pas le principal et unique voleur. Avec ostentation et flash de projection, on nous l’offre en pâture, pour apaiser nos courroux. Ne jouons pas le jeu des coquins. Ne tombons pas dans le panneau pour oublier les principaux maîtres chanteurs. La marmite est remplie de filous jusqu’à ras bord.

Le cas de Jovenel était devenu encombrant. La fronde sur les réseaux sociaux n’est pas à dédaigner. Elle n’a pas les moyens de forcer l’État à la cohérence, mais sa persistance dérange. L’heure du sacrifice avait sonné. Je vous avais bien écrit que les Ambassades possèdent le dossier de tout le monde, dans mon texte très bien documenté : L'International possède la liste des Petro Caribeurs. À titre d’exemple, le volteface d’Haïti sur le vote contre Maduro (Vénézuela) en est une preuve. Tous les dirigeants d’Haïti, indistinctement, sont tenus par la barbichette.

Dans l’article, De Zéro à héros, le dilemme d’un président, je vous avais noté le plan qui consistait à aller chercher dans l’arrière pays un petit inconnu qui fera « l’affaire ». Et bien, le voici, l’agneau si doux, sur l’autel de la démagogie. Si nous parvenons, nous, de la populace, à descendre Jovenel de son piédestal, « l’affaire serait ketchup ». Les millionnaires seraient aux anges dans leur calcul. Le bateau ivre retournera à son port d’attache, confiant, le cœur léger. Entretemps les années s’écouleront et la prescription leur dira adieu. On passera l’éponge et l’arnaque du siècle ne sera qu’un chatouillement d’aisselles.

C’est bien beau de pointer les 39 000 000,00GHT du contrat encaissé deux fois par notre Jo, pour le même service. Comme Webert Sicot1, dixit Nemours Jn-Baptiste, il a touché deux fois. Mais ce montant divisé par 60,00GHT pour 1,00$ ne représente que 650 000,00$, une pincée de sel. Et pourtant les 4,3 milliards ont été dérobés. Ne les laissons pas nous berner. N’écoutons pas les sanglots de leurs violons. Pour réussir un tel exploit, Jovenel a reçu l’aval de plusieurs barons haut placés. Tous les services indistinctement, tous les ministères qui devraient donner leur aval du double projet avaient bien joué la partition. Avant que la BMPAD délivre les deux chèques, au nom de AGRITRANS et de BETEX de Jovenel Moïse, tous les circuits institutionnels étaient consentants. Que personne ne vienne nous dire le contraire.  Énumérons les coupables, la liste est très longue : Tout moun té jwenn! Aucun n’avait refusé leur tranche de gâteau. La liste des corrompus en réserve de la république est constante et ne se désemplit point.

La sortie spectaculaire d’aujourd’hui n’est que de la poudre aux yeux pour mieux nous endormir. Leur but premier, c’est de ne jamais avoir un procès Petro Caribe aux fesses. Une fois Jovenel sacrifié, ce sera la sainte paix. Le peuple heureux dansera dans les rues. Le roi du carnaval des « gouillades2 » lascives sera sur son char pour faire danser les naïfs avec des refrains grivois à faire pleurer les anges. Et le cirque recommence; c’est la banalisation du mal absolu. Aussi, vont-ils puiser dans la longue liste des candidats potentiels, un homme lige, un autre Alibaba, pour le nommer à titre de bouclier jusqu’à la prochaine pression. Ce dernier ne peut refuser sous peine de passer sous le tordeur. Son dossier est déjà long comme un bras. Tout comme Jovenel, il n’aura pas deux choix. Son curriculum vitae est déjà imprimé.

Ce sera ainsi à chaque scandale, à chaque Katiouboumbe3. Il y aura toujours un magouilleur dédié à mettre en selle : un premier ministre, un ministre, un directeur, un juge, un parlementaire acquis d’avance au jeu du « pwenn fè pa4 » pour perpétuer la couardise et permettre au temps de faire son œuvre de sape en oblitérant les mémoires, comme par enchantement. Analyser le cursus de chaque acteur connu, passé ou présent et vous m’en direz tant. Ce n’est pas pour le plaisir de leurs beaux yeux qu’on remarque le retour de 3 ou 5 de ces messires à chaque nouveau cabinet. Incompétents ou pas, rendement ou pas, ils sont leurs assurances « Tout risque ».

C’est une toile d’araignée gigantesque établie par des « intelligents » pour maintenir le peuple dans son enfer. Les divers gangs « bien arrosés » veillent au grain. Les récalcitrants trop sérieux ou trop bruyants, seront expédiés ad patres avec une balle au front, comme le malheureux Robert Marcelo ou le révérend Père Simoly. Les parlementaires grassement rétribués rassurent en faisant semblant de jouer aux fauteurs de trouble. Si la chaleur du foyer s’intensifie, ils iront jusqu’à démissionner pour permettre à l’heureux élu de gouverner par décret. Et la vie continue.

Toutefois, jusqu’à présent, le mot « démissionner » s’avère être une onomatopée pour conforter les pauvres d’esprit. Dans ces gouvernements qui cumulent échec après échec, avez-vous un jour, déjà entendu parler de démission : démission d’un ministre ou d’un directeur? Jamais! Les gras-durs n’abandonnent pas facilement leurs privilèges. « Pito yo lèd, yo là!5 »

Alors, dans 50 ou 100 ans, les 4,3 milliards de Petro Caribe ne seront qu’un vague souvenir teinté de rose que les adolescents d’aujourd’hui auront à conter à leurs petits-petits enfants avant de s’endormir : Cric-crac. Il était une fois…

Max Dorismond


NOTE
1-      Webert Sicot : Maëstro du célèbre groupe musical Cadence Rampa durant les années 50-60.
2-      Geste lascif à connotation sexuelle au cour d’une danse  
3-      Katioubumbe : mot ou expression créole désignant un scandale, un esclandre…
4-     Pwen fè pa : traduction créole de l’expression (guerrière) « pas de quartier »
5-     Pito yo lèd yo là : Expression créole qui peut se rapprocher de l’expression « se résigner à tout prix »

Monday, May 20, 2019

Les retombées du discours poignant de la Maîresse de l’Arcahaie le 18 mai 2019

Rosemila Petit-Frère Sainvil
Maîresse  de l’Arcahaie

18 mai 2019. La Maîresse de l'Arcahaie vole la vedette à un président inexpressif, noyé dans l'illégalité et la corruption.

Par Jean Willer Marius.

La nouvelle a couru comme un éclair sur les réseaux sociaux, la Maîresse  de l’Arcahaie vient de clouer, au sol dessalinnien, le bec mensonger de tijov. C'est un discours à entendre même si le verbe, on le comprend, est massacrant.

Couronnée de syntagmes anaphoriques, cette plume exercée, issue du verve philosophique arcahéen, qu'elle soit de Montréal, de robert ou d’ailleurs a su attirer la sympathie des critiques les plus acerbes. Noblesse oblige!

Difficile de ne pas remarquer l'élan d'un Pradel Pompilus et le courage d'une Sanite Bélair dans cette nouvele déclaration d'indépendance signée Rosemila Sainvil Petit-frère.

Sans ce discours, modéle aristidien de la Maîresse, la fête du drapeau aurait manqué d'aplomb. Elle a su charrier sur ses larges épaules les revendications de toute une nation en proie à la dictature instaurée en Haiti par des voleurs  arrogants du bonheur d'un peuple acculé et sans défense. Sans s'inquiéter, comme à son habitude, des retombées ou représailles possibles du pouvoir, tenant compte des pratiques duvaliéristes en vigueur. Rosemila n'a pas passé par quatre chemins pour réclamer le dû de toute une jeunesse et indexer des voleurs éhontés qui tiennent le pays en hotage à tous les niveaux de l'administration publique.


La vidéo du discours de la Maîresse, Rosemila Sainvil Petit-frère.

Du palais à la primature en passant par le parlement, les voleurs sont partout et leurs dérives connues et dénoncées ne semblent toujours pas attirer l'attention de leurs protecteurs en haut lieu.

L'arrestation de l'assassin de Jacques Dubois au café trio du cap, un an de cela, représentant direct du président et la révocation quasi instantanée du commissaire en charge, refusant une libération hors des coudées franches des lois supposées rétablir l'équilibre sociétal, prouvent clairement dans quelle direction cette équipe veut entrainer les survivants de ce septennat rose expiré.

De Jackson à Willer, victimes non silencieuses des déboires d'un jovenel replongé en brutalité policière et prisonniers politiques, la République  a maintes et maintes fois souffert de l’avide cruauté de ceux-là  qui sont sensés améliorer son sort.
À la police  nationale qui empêche au peuple de manifester librement et changer son lendemain.

À l'opposition qui, par ses magouilles avec les crésus du phkk est incapable sinon de renverser ce gouvernement despote du moins l'isoler.

À Pp dumont qui fait toujours abstention devant les revendications vitales d'un peuple qui a appris à aimer en lui cet intellectuel pur et ce chroniqueur sportif inégalable, et qui a osé le compter du nombre de ses alliés.

Au groupe des quatre sénateurs pour le combat mené contre la violation systématique de toutes les valeurs républicaines qui avaient fait de nous un état fier avant l'avènement de cette étrange classe de politiciens gargantuesques.

À Rosemila qui a pris son courage à deux mains pour nous rappeler que le petroprocès doit se tenir.

À radio zénith pour cette bataille difficile et exagérément menée.
À ce lecteur avisé qui fera en sorte que notre drapeau piétiné, notre gourde dévaluée, notre honneur disparu renaissent en chassant, bandits légaux et consorts de l'arêne politique haitienne.

Au pénitentiencier national où cet espace sera aménagé pour recevoir les membres du gang galil.

À cette frange de la presse de luxe qui nous fait comprendre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles alors que les gens meurent de faim, les jeunes qui refusent de se prostituer sont voués à une mendicité dégradante.

Nous disons merci!

Haiti renaitra.
Non de code liberté.

Friday, April 12, 2019

Donald Trump - Les shit hole et l’Intelligence Artificielle (IA)


Par Max Dorismond




À la vue de ce titre, et l’état dans lequel végète notre île, le lecteur aura à s’interroger sur le rapport étonnant entre l’intelligence artificielle et Haïti, un pays ankylosé dans le brouillard de l’évolution naturelle des choses, une nation qui a raté toutes les révolutions modernes, agricoles, industrielles, informatiques, et que sais-je! Je comprendrai assez bien son scepticisme. Mais le jeu en vaut la chandelle. Je l’invite à me suivre dans mon analyse.

Aujourd’hui, nous nous trouvons à la croisée de deux révolutions : la technologie de l’information (l’Infotech) et celle de la biotechnologie (la Biothec), dont le jumelage, à force de prouesses algorithmiques1, vient de placer l’humanité entière devant un dilemme inattendu : l’Intelligence Artificielle (IA). C’est un domaine dans lequel nous sommes totalement dépassés, et de très loin, par des robots, capables d’apprendre plus vite que nous, d’agir plus rapidement que nous, avec, à la clé, la possibilité de fabriquer leur propre modèle à l’infini, sans rechigner, sans se fatiguer.

Soulignons entre autres, que les raisons de ces réflexions et recherches avaient, pour origine, une troublante interrogation qui n’a jamais cessé de hanter mon esprit depuis l‘insolent coup de gueule de Donald Trump, lors de l’épisode des « shit hole » contre certains pays du Sud, (de l’Afrique, de l’Amérique latine et des Caraïbes), qu’il a outrageusement humiliés, lors d’une saute d’humeur incontrôlable, sa marque de fabrique.

Je ne pouvais, jusqu’ici, m’expliquer cette insultante rebuffade publique d’un chef d’État, d’un pays hyper puissant par rapport à d’autres, les plus négligeables parmi les négligés, qu’il ne porte pas dans son cœur. De pareilles expressions peuvent se retrouver, par accident, sur les lèvres de n’importe quel officiel, en circuit fermé. Je n’en disconviens pas. Mais, de là à crier sa rage, face aux caméras, il y a loin de la coupe aux lèvres. Pour ce, depuis lors, je me suis attelé à la tâche de trouver la raison de cette déraison, quitte à perdre la notion du temps.

Les robots sont prêts à nous remplacer dans nos usines.
D’entrée de jeu, parlant de l’IA, je dois vous annoncer, cher lecteur, que le travail que vous effectuez, aujourd’hui, n’existera peut-être pas sous sa forme actuelle dans vingt ou vingt-cinq ans. D’ailleurs, le penseur Jean-Jacques Servan Schreiber, dans ses brillantes analyses et synthèses dans son bestseller, « Le Défi Mondial », publié en 1981, avait traité de la notion de la disparition des emplois bien rémunérés avec l’exemple des robots qui fabriquaient déjà de A à Z, depuis le début des années 70, les automobiles Toyota, au Japon. Il prétendait depuis cette époque, que nous nous dirigions tout droit vers une société de loisirs, où les robots étaient prêts à nous remplacer dans nos usines. C’était l’ancêtre de l’IA. Sans omission, tout au long de cet ouvrage, il prenait en compte, d’une façon obsessionnelle, le devenir du Tiers Monde avec l’arrivée de cette nouvelle méthode.

Partant du régime de l’intelligence artificielle, (IA), ce futur appréhendé par J.J. Servan Schreiber est bien palpable dans notre quotidien.  Tout, et absolument tout, sera effectué par une machine intelligente, en un mot, un ordinateur, un robot, ou mieux, par d’autres appareils hyper sophistiqués qui dépassent l’entendement. Plusieurs exemples assez édifiants nous apportent cette surprenante preuve. La triste histoire de la disparition, dans les années 80, de la compagnie Kodak est assez éloquente.

Le système libéral dans lequel nous évoluons est arrivé au bout de son rouleau. Anesthésié par des décennies de succès, il ne voyait pas venir cette transformation radicale. L’adversaire est de taille. Il n’est pas idéologique, mais bien scientifique. Pour nos leaders internationaux, l’apocalypse est pour bientôt. Ils doivent penser à la refondation du Monde. D’autres paramètres devraient être réinventés de toutes pièces pour faire face à la musique. Certains penseurs ont même évoqué la révision de la théorie économique de Karl Max pour éviter le chaos à venir. D’autres vont jusqu’à déclarer que Marx avait amplement raison. Sauf qu’il fût en avance d’un siècle sur son temps.

En effet, selon l’écrivain futuriste, Yuval Noah Harari, dans son récent bouquin : 21 leçons pour le XXIème siècle, ce fut le branlebas général sur terre, le 7 décembre 2017. Un ordinateur de Google, connu sous le nom de Alpha Zéro, est parvenu à dominer et battre en 100 parties d’échec, (28 gains, contre 72 nuls, 0 défaite), un autre ordinateur (Stocfish 8) qui avait accès à des siècles d’expériences humaines accumulées aux échecs, ainsi qu’à des décennies d’expérience informatique et de pratiques compilées dans ses entrailles. Stocfish avait déjà battu les meilleurs joueurs d’échec au monde.  « Il était capable de calculer 70 millions de positions par seconde, contre 80 000 pour Alpha Zéro, auquel ses créateurs n’ont jamais enseigné la moindre stratégie. Alpha Zéro utilisait plutôt les tout derniers principes de l’apprentissage automatique pour s’entraîner aux échecs en jouant contre lui-même ». Son succès repose sur un algorithme légèrement différent. « C’est une version plus générique » (Voir la note 2, ci-dessous pour plus de détails)

En combien de temps Alpha Zéro a étudié ses stratégies pour vaincre Stockfish : 4 heures! 4 petites heures! Donc, face à ce stupéfiant exploit d’un  logiciel imaginatif, d’un ordinateur capable d’apprendre, de gérer de par lui-même une masse astronomique d’informations, de les synthétiser pour pondre la meilleure des décisions et emporter la mise, l’homme s’interroge! Ahuri, il vient de découvrir qu’il n’est plus maître de l’Univers. Son unique atout, demeure, pour le moment, l’absence de conscience, d’émotion et de sentiment d’une machine capable de se reproduire. Souhaitons qu’elle ne puisse en avoir dans le futur pour que nous soyons toujours en contrôle. Autrement, notre chien est mort3.

Donc, en ce fatidique 7 décembre, tout a été remis en question. Bienvenue aux imprimantes 3D qui confectionnent presque tout, sur mesure. De ta chaussure à ta maison, il n’y a qu’un contacteur à presser, et le tour est joué. Des robots qui fabriquent d’autres robots pour fabriquer encore plus de robots intelligents, c’est comme un jeu de Lego. Des machines ou logiciels qui fabriquent ce qu’on veut sans se fatiguer. Des robots qui labourent nos champs et convertissent l’agriculteur en gestionnaire de production. Les voitures autonomes ne sont plus de la fiction. Elles décorent déjà nos autoroutes. Plus tard, l’école sera entièrement virtuelle. Les grands centres universitaires, avec des salles de classe à l’infini, n’auront plus leur raison d’être. Le centre d’enseignement sera réduit à la grandeur d’un téléphone cellulaire. L’interaction entre l’étudiant et son professeur virtuel carbure aux clics d’une souris. Et ce, 24hr/24.

Ces machines intelligentes sont les réels bénéficiaires des algorithmes, ce processus logique permettant la résolution de tout problème en programmation. Ces derniers, sont en mesure d'optimiser leurs calculs au fur et à mesure qu'ils effectuent des traitements.

Voir cette vidéo, « Projet NEOM – 5G : Notre mort programmée » pour voir exactement où nous en sommes : https://youtu.be/1gKY628VCeY

Plus près de nous, dans les restaurants Mc-Donald, par exemple, les serveurs sont en voie de disparition. Leur nombre a été radicalement réduit. Le client prépare lui-même son menu sur un clavier ou sur un panneau robotisé. Et il est servi sans avoir le temps de dire merci. Dans les grandes chaînes de distribution, telles que Walmart ou Cotsco, certaines caisses automatiques, sans caissier, s’occupent du client et lui remettent sa marchandise, moyennant une preuve de paiement.  

Les penseurs devraient se presser. Il est minuit moins cinq. La vision d’un chômage systémique effraie. L’homme n’était pas né pour l’oisiveté seulement. Ni pour quémander non plus. Son ADN n’a pas été modifié en ce sens. Les préceptes sociaux devraient être revus et corrigés. La civilisation risque de payer un prix fort. Quoi faire?

Pour le moment, les leaders du monde occidental jouent avec la notion d’un salaire de base universel pour tous. En réalité, dans les pays développés, cela existe déjà sous toutes formes d’appellation : allocation familiale, social welfare aux USA, bien-être social, assurances salaires, assurance maladie, assurance chômage, divers services sociaux gratuits, etc... Ils ont été plus loin encore dans leur vision du futur. Vu que c’est une petite élite qui, demain, va posséder  tout l’argent du monde, en produisant exclusivement à coût nul, sera-t-elle prête à partager ce butin entre tous pour ce salaire providentiel?

Hormis les grandes économies qui redistribuent, déjà, une partie du gâteau à une fraction de leur population, il faut revoir de fond en comble le système libéral, le libre échange, le libre commerce, l’exploitation à outrance de l’Afrique, etc... Tout sera remis en question. Or, l’horizon d’un monde entièrement robotisé, selon les prévisionnistes, c’est pour l’année 2050!

En définitive, que deviendra le Tiers-Monde avec ses milliards d’affamés et de chômeurs, qui seront vite classés comme des entités inutiles? À la mention de ces arguments, vous commencez à saisir, assez bien, la raison du renforcement de l’Espace Shengen4 en Europe. Vous comprenez maintenant pourquoi Trump tient coûte que coûte à son mur. Voyez-vous aussi la résurgence du Klu-Klux-Klan, des groupes Néo-Nazi et le thème non équivoque de sa campagne : Make America great again. (MAGA).

Devinez aussi dans quel contexte, après avoir assisté à un briefing5 officiel sur l’état du monde, au lendemain de son investiture, notre surprenant Donald, exaspéré, s’est laissé emporter par la déception. Lui, qui voit en chaque chômeur, un paresseux, un parasite à écrabouiller. Comment envisager qu’il pourrait récompenser « des crétins » avec ses propres sous ou avec les profits générés par les affaires florissantes des riches de ce monde? De là à prononcer son verdict malodorant, le fameux « trou de merde », il n’y a qu’un pas.

Le futurologue Noah Harari en a fait mention dans son bouquin, en se demandant, si les contribuables des pays développés étaient prêts à payer un salaire aux  « chômeurs des pays de merde » (page 58). Or du train où vont les choses en Haïti, au Venezuela, en Amérique du Sud, en Afrique, au Moyen-Orient, etc…, Trump, ne caresse-t-il pas le rêve d’emmurer les États-Unis, une fois pour toutes, en prévision des invasions barbares?

Toutefois, le moment est venu de déshabiller les hypocrites qui nous martèlent, à longueur de discours soporifiques, leurs valeurs libérales et démocratiques, tels que: l’égalité, les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, sans y croire, sans une once d’humanité. Nous sommes acculés à faire preuve de clairvoyance, de prévoyance et d’intelligence pour éviter le chaos annoncé, à l‘ère du Big Data, à l’approche du 5G. Étant tous, partie intégrante du village global, citoyens de « pays de merde » ou non, serrons-nous les dents pour faire face à l’opéra.

Max Dorismond

           
Note -1 : Algorithme : C’est une suite finie et non ambiguë d’opérations ou d'instructions permettant de résoudre une classe de problèmes. (Src. : Wikipédia)
Note – 2 : Apprendre à partir de rien

News sur les échecs | Jouer aux échecs en ligne: Intelligence ...

…… Rappelons que la précédente mouture, AlphaGo Zero, avait prouvé au mois d’octobre dernier sa capacité à mettre KO toutes les intelligences artificielles championnes de Go en seulement 40 jours. AlphaZero repose sur un algorithme légèrement différent. « C’est une version plus générique », indique l’équipe de DeepMind dans son article. Elle n’a donc pas été conçue spécifiquement pour gagner au Go mais à n’importe quel jeu combinatoire. Avec toujours une configuration informatique très particulière puisque la société dispose d'une énorme capacité de calcul avec seulement 4 TPUs, des processeurs conçus pour les programmes d'apprentissage automatique. Comme pour AlphaGo Zero. 
La méthode reste également la même. « Il s’agit de recourir à de l'apprentissage par renforcement non supervisé, c’est-à-dire à partir de rien », nous fait observer Tristan Cazeneuve, professeur à l'Université Paris Dauphine et expert en intelligence artificielle. Au lieu de se nourrir de millions de parties jouées par des humains pour en tirer des enseignements et imiter les coups les plus brillants, l’idée est de progresser « tabula rasa », c’est-à-dire uniquement en expérimentant et en jouant contre soi-même. Avec les règles des jeux pour seul postulat de départ. Src : Chess & Strategy _ L’actualité internationale du jeu d’échec.

Note – 3 : Expression québécoise qu’on peut traduire en créole par :  « ka nou grav » ou « chin mangéw »

Note – 4 : Espace Schengen comprend les territoires des 26 États européens — 22 États membres de l'Union européenne, et 4 États associés, membres de l'AELE — qui ont mis en œuvre l'accord de Schengen et la convention de Schengen signés à Schengen(Luxembourg), en 1985 et 1990. L'espace Schengen fonctionne comme un espace unique en matière de voyages internationaux et de contrôles frontaliers, où le franchissement des frontières intérieures s'effectue librement, sans passeport, sans contrôle. (Src. : Wikipédia)

Note – 5 : Briefing : réunion d’information, de définitions des objectifs

Saturday, April 6, 2019

Encore deux mots à Madame Mirlande Manigat


Par Charles Dupuy

Dans l’article que Madame Mirlande Manigat a consacré à l’affaire de la Consolidation, j’ai pu relever deux erreurs historiques que je me fais le devoir de signaler ici dans l’intérêt du public. Il faut comprendre que Madame Manigat est un professeur d’université dont l’autorité intellectuelle qu’elle exerce sur les catégories cultivées de chez nous ne fait aucun doute. Aussi, laisser sans réponse ces deux écarts historiques serait en quelque sorte les valider aux yeux du public, du jeune public en particulier.

Voici donc la première de ces deux erreurs qui se sont glissées sous la plume de Madame Manigat. Quand elle écrit: «La genèse de ces précarités [économiques d’Haïti] oblige à rappeler les exigences de l’Ordonnance de Charles X de 1825, aux termes desquels l’État haïtien a dû accepter, comme prix de la reconnaissance de l’indépendance, le paiement de 150 millions de francs-or», elle laisse entendre qu’Haïti a dû payer 150 millions de francs-or à la France. C’est une erreur. En réalité, la fameuse dette de l’indépendance s’élevait à 60 millions de francs-or. Voyons comment. Il faut d’abord savoir que le 4 juillet 1825 le baron de Mackau débouchait dans la rade de Port-au-Prince à la tête d’une escadre de treize navires pointant 528 canons sur la ville afin de forcer le gouvernement haïtien à ratifier les termes de l’Ordonnance de Charles X, «octroyant» (sic) l’indépendance aux Haïtiens moyennant le paiement de 150 millions de francs-or. (Comme il l’écrira plus tard, Mackau entendait qu’Haïti «devienne une province de la France rapportant beaucoup et ne coûtant rien») Malgré les objurgations du général Bonnet, son ministre de la Guerre, le président Jean-Pierre Boyer préféra ratifier l’entente. C’était, dira Boyer, dans l’intention d’épargner à la nation les malheurs de la guerre, d’assurer la stabilité de l’État et la sécurité intérieure du pays. Toutefois, cette capitulation souleva un tel tollé que les garnisons du Nord et la Garde présidentielle elles-mêmes menacèrent de se rebeller. L’impopularité de la décision fut si vive que Boyer, mesurant l’ampleur de sa fausse manœuvre diplomatique, préféra négocier avec les autorités françaises un allègement des indemnités. Arrivé sur le trône de France, Louis-Philippe annula l’Ordonnance de 1825, reconnut Haïti comme un État libre et souverain et réduisit le montant des réparations à… soixante millions. C’était le 12 février 1838. Il ne faudra pas moins de cinquante ans (un demi-siècle tout rond) à la république d’Haïti pour liquider la dette de l’indépendance. En effet, c’est en 1885, sous la présidence de Lysius Félicité Salomon, que fut éteinte cette fameuse dette dans son intégralité. Je le répète, la dette de l’indépendance fut effacée en 1885, sous Salomon, et non pas en 1947 comme le répètent trop souvent ceux qui confondent la dette de l’indépendance et celle de 1922 contractée auprès des banquiers de Wall-Street pendant l’Occupation américaine, laquelle dette fut acquittée en 1947 après une mémorable campagne menée sous le gouvernement d’Estimé.        

Si j’ai insisté sur la question, c’est parce que depuis quelques années, en Haïti, une certaine opinion réclame de la France le remboursement de la dette de l’Indépendance, mais encore faut-il connaître le montant exact de la somme qu’il nous faut aller revendiquer auprès des fonctionnaires parisiens. Soixante millions de francs-or, voilà la somme que, rubis sur l’ongle, nous avons payée à la France, le montant total certifié de cet étouffant carcan financier, de cette contrainte économique infamante et qui explique pour une bonne part le sous-développement d’Haïti.        

Plus loin dans son article, Madame Manigat écrit: «au début du 19ème siècle, Haïti subissait les effets de la diplomatie des canonnières dont d’ailleurs elle avait fait l’humiliante expérience avec une série d’affaires: Maunder en 1866, Batsch en 1872, et récemment, l’affaire Luders entraînant le sabordage de la Crête-à-Pierrot par l’amiral Killick.» Disons tout simplement que l’affaire Luders se déroula en 1897 à Port-au-Prince et que l’amiral Killick aura fait sauter la Crête-à-Pierrot dans la rade des Gonaïves en 1902. Donc cinq ans plus tard. Les deux affaires n’étant liées en aucune façon. Il faut savoir ici que Killick avait pris fait et cause pour Anténor Firmin lors de la guerre civile de 1902, et c’est ainsi qu’il intercepta dans le canal de Saint-Marc un navire allemand, le Markomannia, dont il confisqua la cargaison d’armes destinées à la garnison du Cap qu’il transportait dans sa cale. Déclarée pirate par Port-au-Prince, laCrête-à-Pierrot allait être arraisonnée par un cuirassé allemand, le S.M.S Panther, quand l’amiral Killick, afin d’épargner à sa canonnière le déshonneur de la capture, préféra se faire sauter avec son navire. Ce sabordement spectaculaire marquait aussi la fin des derniers espoirs de victoire pour Firmin dépourvu dès lors de tout moyen militaire efficace dans sa guerre.      

Quant à l’affaire Luders, je rappelle qu’elle s’est déroulée à Port-au-Prince en 1897 juste après la condamnation du citoyen Émile Luders par le Tribunal de Paix et la Chambre correctionnelle. Le 6 décembre 1897, deux navires-écoles de la flotte allemande, leCharlotte et le Stein, entraient dans la baie de Port-au-Prince afin de réclamer une indemnité de vingt mille dollars, des excuses à monsieur Luders et un salut de vingt et un coups de canon au drapeau impérial allemand. Signalons que c’est justement la Crête-à-Pierrot qui tira cette salve de vingt et un coups de canon à laquelle répondirent les navires allemands.        

Puisque nous parlons d’Émile Luders, disons pour finir que cet homme qui était de père allemand mais de mère haïtienne est revenu en Haïti après la fameuse affaire pour s’établir de nouveau à Port-au-Prince et prospérer dans le commerce. Un de mes vieux amis m’a raconté comment, poussé par la curiosité, il est allé lui-même dans le magasin de Luders à la Grand-Rue. Et c’est là qu’il a vu un vieil homme assis à son bureau qui, paisiblement, brassait des affaires. C’était Émile Luders. C’était dans les années 1950. C.D.coindelhistoire@gmail.com
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Encore deux mots à Madame Mirlande Manigat