Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Friday, September 29, 2023

Pardonnez-moi, monsieur le président

Suite à l’assassinat crève-cœur du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, certains lecteurs m’avaient suggéré de republier la réflexion ci-dessous que j’avais rédigée à l’arrivée de ce dernier au pouvoir en 2017. Me sentant un peu coupable suite à une intime et obsédante interrogation, quant à cette funeste prémonition, j’avais refusé de satisfaire leur demande.

Entretemps, les souvenirs insistent et persistent, d’autres camarades m’annoncent qu’ils continuent à recevoir l’article en question dans leur correspondance. Or, puisque le temps a fait son œuvre, je vous invite à lire à nouveau ce texte prémonitoire annonçant, avant l’heure X, la fin de ce grand amoureux d’Haïti qui a laissé sa peau dans la gueule de ces cannibales aux grandes dents, qui n’hésiteront point à dévorer demain leurs propres enfants…

Bonne lecture. Veuillez cliquer sur le lien ci-bas.

 MaxD.

De Zéro à Héros… Le dilemme d’un Président


Tuesday, August 10, 2021

HOMMAGE À JOVENEL MOÏSE ASSASSINÉ ET QUE JUSTICE SOIT FAITE ....

HOMMAGE

À 

JOVENEL MOÏSE ASSASSINÉ 


ET QUE JUSTICE 

SOIT FAITE ....


Par Pradel HENRIQUEZ 

Dans la nuit du 6 juillet au 7 juillet, entre1h30 et 2h30 du matin, à peu près, un commando constitué de mercenaires colombiens et d'haitianos américains,  a exécuté le Président de la République, Jovenel Moise tout en le torturant et en l'humiliant. 

Cette exécution crapuleuse réalisée visiblement par des professionnels du crime international sous l'instigation d'acteurs économiques et politiques haïtiens, a pu avoir lieu en la résidence privée du couple Jovenel Moise et Martine Moise, sise à Pèlerin 5, non loin de Pétion - Ville.

Il n'y a pas de doute que Jovenel Moise, Président de la République dont le mandat devait arriver à terme le 7 février 2022, avait commis beaucoup d'erreurs .

 Et l'une des plus  graves erreurs du Président Jovenel Moise, a été qu'il avait toujours vécu en voulant faire une " confiance aveugle". Tandis que certains médias et des éléments de la classe intellectuelle, politique et économique se sont mis ouvertement d'accord pour lyncher Jovenel Moise, de sa campagne électorale, 2015 et 2016, à nos jours,  lui, Jovenel Moise, pourtant, n'avait jamais cessé de vivre comme un ange, sur une autre planète.

De fait,  en Conseil des ministres,  Jovenel Moise, en bon philosophe, était toujours fier de rappeler à ses ministres et à ses collaborateurs que ses mains ne sont nullement souillées de sang. Tandis qu'une partie de l'opposition s'amusait à présenter chaque crime commis sur le territoire comme un crime signé Jovenel Moise personnellement. Elle a donc tenté ainsi systématiquement de salir l'image du Président,  comme elle l'avait toujours fait auparavant pour tous les autres Présidents d'Haiti, de notre époque actuelle, tout en essayant de faire passer le Président Moise pour un assassin afin de préparer psychologiquement la voie à son assassinat tragique.

Entretemps,  ce Président qui fait l'objet de tous les complots, s'est engagé "tête baissée" dans des réformes majeures comme celles liées à la Constitution, à la justice,  au code pénal,  à l'électricité ou à l'énergie, aux infrastructures,  aux eaux de surface... pour ne citer que ces secteurs qui pour Jovenel MOÏSE, étaient en fait de véritables priorités politiques.

 Il annule des contrats juteux, s'attaque aux intérêts des classes traditionnelles corrompues croyant pouvoir réformer Haiti qui avec le temps,  n'est devenu rien d'autre qu'une véritable mafia.intraitable et farouche.

 Jovenel  MOÏSE, l'ex-Président, s'imaginait à peine que ces actes à caractère réformiste, pourraient engendrer des répliques à ce point, violentes comme celles qui ont conduit à son assassinat crapuleux.

Madame Martine Moise, épouse de Jovenel MOÏSE,  avoue lors de l'une de ses entrevues, que Jovenel Moise, son époux, était loin de penser que la haine suscitée par ses projets, par ses programmes, par son désir de réformes, par sa foi en un lendemain meilleur, par son discours, par son optimisme en son pays, pouvait déboucher sur un crime aussi violent.

En effet, les classes traditionnelles ont depuis toujours imprimé à notre pays, un système mafieux et ont juré de dénigrer , de détruire,  de tuer sans état d'âme,  quiconque toucherait à ce système. Ces classes n'ont jamais  vraiment aidé à construire notre pays. Au contraire, on aurait dit de vrais flibustiers, ils ont tout torpillé...

Et nous voilà aujourd'hui, dans un trou sans fond.

 Métaphoriquement,  ils ont leurs élèves, ils  ont fait école. Ils ont leurs universités,  leurs sous-fifres,  afin de renouveler le système mafieux avec ses injustices et ses violences par tous les moyens. Ils ont leurs chiens de garde, leurs antennes, ils ont des pépinières de voyous et de délinquants,  des pépinières d'assassins et des laquais qui ont finalement réussi à rendre le pays invivable. Ils ont tout. Ils ont le beurre, l'argent du beurre et la beurrerie comme aurait l'immortel Marc Bazin.

Les dieux du mal  ont gagné.  

Champagne, mesdames et messieurs, champagne...

Ainsi, Jovenel Moise est assassiné dans la nuit du mardi 7 juillet 2021. N'était- ce que le méchant finit toujours par faire une oeuvre qui le trompe et que le Gouvernement précédant celui de Ariel Henry, au lendemain du 6 juillet, n'avait pas jugé bon de déserter en accomplissant ce que notre réalisateur cinématographique, l'immortel Jean Gardy Bien- Aimé aurait appellé sans doute un " miracle de la foi". Il a décidé de traquer magistralement les mercenaires, en les stoppant, en les conservant au frais comme des  " pièces à conviction ", en les montrant au peuple, seul détenteur de l'histoire et de la vérité.

 En quadrillant le pays à temps, en fermant ports et frontières, en réclamant illico que les rues soient

 " blanches", en cernant  comme des vieux rats,  ces petits mercenaires qui se sont retrouvés dans leur  mission comme dans une impasse sans issue, le Gouvernement de Claude Joseph a montré que quelque part, il y avait encore une gestion de la crise. Si non, on en serait aujourd'hui au chaos le plus brutal et le plus inhumain avec, par dessus tout, des délinquants étrangers lourdement armés, en quantité indéfinie jusque-là, en ce matin triste petit matin du mercredi 7 juillet 2021, qui errent à travers nos rues. Ils auraient le pouvoir de frapper à toutes nos portes, de violer nos femmes et nos enfants, de tuer qui ils veulent , d'éxecuter leur fameuse liste de personnalites à eliminer, de faire irruption où ils veulent y compris peut-être au ministère de l'économie et des Finances, à la BRH, Banque nationale de la République d'Haiti et qui sait, au fantasmatique Palais national.

waou...

Dieu seul sait que le dimanche 4 juillet 2021, lors de son dernier Conseil des ministres, juste avant son assassinat,  soit exactement deux ( 2) jours, Jovenel Moise commentait avec nous, les limites de la Constitution de 1987, en la qualifiant  d'ouvrage destiné à satisfaire la soif jamais assouvie des

 " Oligarques corrompus". 

Il a repris nommément pour le Conseil des ministres de ce dimanche 4 juillet 2021,  les  cinq (5) familles haïtiennes gardiennes du système, tout en rappelant que ces cinq (5) noms de famille étaient en fait les cinq (5) articles de la Constitution de 1987 qui n'existe pas en réalité,  selon Jovenel Moise. 

Il n'y a pas une Constitution haïtienne de 1987,  nous dit Jovenel Moise, ce dimanche 4 juillet 2021, il n'y a que cinq (5) articles de la Constitution correspondant à cinq (5) grandes familles bourgeoises haïtiennes qui ont pris d'assaut, selon lui, notre budget annuel,  notre trésor public, notre système politique et économique. 

Est-ce pour cela, entr'autre, qu'il était urgent pour Jovenel MOÏSE,  de changer la Constitution haïtienne et d'en avoir une nouvelle Constitution qui permettrait  d'appliquer le principe de l'équilibre des pouvoirs et d'intégrer la diaspora , la jeunesse et les femmes haïtiennes.

Ainsi, Jovenel Moise , sans se rendre compte que sa philosophie et sa démarche stratégique pouvaient nuire à celles et ceux qui détenaient chez nous, depuis toujours, tous les monopoles possibles et impossibles, a parfaitement milité lors de son mandat présidentiel pour que les chances soient égales pour toutes et pour tous. 

Il était prompt à parler d'inclusion et absolument prêt dans sa logique, à inclure même les Oligarques qu'il avait hâte pourtant  de critiquer, certes, pas pour leurs richesses régulièrement acquises,  mais plutôt ,  comme des prédateurs parfois, pour leur propension à faire main basse sur tout ce qui bouge. Tandis que la misère collective et le sous-développement sont cruels et les élites, tel que cela se passe ailleurs,  détiennent traditionnellement une bonne partie des réponses aux problèmes cruciaux de nos sociétés.  

Pourquoi ailleurs et pas ici ? Pourquoi pas ici ?  Autant se demande Jovenel Moise qui a touché à tout en même temps parce qu'il voulait faire vite. Il a compris trop tard qu'un mandat de cinq (5) dans un pays qui souffre amèrement comme le nôtre, ne devait être croqué qu'à belles dents . Il s'époumonnait, s'impatientait, il s'épuisait à penser aux solutions , à réfléchir aux ressources, à bousculer sans cesse ses ministres qui , dans le temps imparti, ont des obligations de résultats , en particulier au profit des plus faibles, des marginaux, des paysans qui représentent en fait ses semblables. Il s'identifiait à eux constamment.

Il est bel et bien assassiné, Jovenel Moise, dans la nuit du 6 au 7 juillet pour sa vision, ses origines sociales ou sa couleur de peau. A tout cela, j'ajouterais que les circonstances  relatives au financement de sa campagne , s'il en est, comme potentiel Président de la Republique,  n'auraient peut-être jamais dû exposer Jovenel MOÏSE,  à la merci de ces gourous de notre  économie sans scrupule . Bien sûr qu'à l'époque électorale,  soit vers 2015 et 2016,  années de campagne, ces familles étaient en fait loin encore d'être considérées par Jovenel MOÏSE,  comme des oligarques corrompus. 

Dans mes propos illustrant le catalogue destiné au Barrage de Marion (dans le Nord Est du pays), en date du 1e mai 2021, j'avais en fait voulu attirer l'attention du Président de la République,  Jovenel MOÏSE qui a d'ailleurs personnellement supervisé la conception et la réalisation du catalogue à travers son service de communication. 

Inutile de rappeler ici par ailleurs que le Barrage Marion était son dada.

Laissez- moi en passant rappeler que l'inauguration de ce barrage hydroélectrique est pour les habitants de la région du Nord-est et du Grand-Nord en général,  une énorme satisfaction tenue par le chef de l'État,  Jovenel MOÏSE,  s'appuyant sur le modèle cubain qui a développé tout un réseau de micro centrales électriques en régions isolées pour être connectés. 

De l'Antiquité à nos jours, il est prouvé que gouverner un pays n'est jamais une chose simple. Et pire encore, gouverner Haiti... 

On l'a vu depuis plus de 200 ans où justement,  200 ans plus tard,  c'est l'être haïtien qu'il faudrait quasiment réformer pour donner leurs chances aux générations futures. Tant nous sommes méchants et violents. Certes les générations d'avant ont beaucoup souffert , mais elles nous ont foutus aussi dans une horrible souffrance dont nos enfants porteront longtemps les séquelles.

Nos élites ont depuis et jusqu'à nos jours,  pris en otage la population,  les classes moyennes,  les classes politiques,  le secteur socio-économique,  et même,  les quartiers pauvres devenus tantôt des communautés marginalisées,  tantôt des zones de non- droit,  tantôt enfin des ghettos livrés à la drogue, aux armes illégales,  et aux violences diverses les plus meurtrières...Bref.

Je parlais plus haut , dans ce texte, des erreurs du Président Jovenel  Moise.  Dans la liste de ses failles, il est un fait certain que le Président Jovenel MOÏSE n'a pas réussi à juguler la vague de violences organisées par ce que lui, Jovenel MOÏSE,  il appelait toujours les Oligarques corrompus,  sans savoir qu'un jour ou l'autre,  ce sont ces mêmes Oligarques Corrompus et ces mêmes violences traditionnelles d'ailleurs qui allaient l'emporter dans la tombe.

Jovenel Moise faisait une confiance aveugle , dis-je, alors que l'excès en tout nuit...

Parlant d'un ami commun, c'est Jovenel Moise lui même, qui m'a dit alors qu'il me recevait un soir, chez lui, à Pelerin 5, :

Ministre, je lui fais une confiance aveugle...

Quand de la bouche d'un Président de la République, j'ai entendu l'expression "confiance aveugle", j'ai hoché la tête comme si je sortais brusquement d'un sommeil engourdi.

En passant, moi personnellement,   j'ai toujours du mal à faire confiance encore moins une confiance aveugle. 

C'est ce qui m'a fait tiquer chez le Président ce soir-là.

Mais, franchement, avec Jovenel Moise, j'ai une expérience riche et nettement différente de ce qu'une certaine presse traditionnelle a bien voulu formater justement pour préparer psychologiquement son assassinat . Pour moi, ce fût un homme simple. Un homme sage.  Il avait sa manière d'ètre " malin" comme tout bon paysan d'ailleurs, pour échapper peut -être, à la foudre.  Mais il était toujours profondément franc et transparent.

Ce fût, comme on dit vulgairement, un bon paysan de souche, et fier de l'être. Voire même, fier de devoir retourner vivre le reste de sa vie, dans sa campagne. 

Voilà pourquoi, Jovenel  MOÏSE a dédié presque toute sa vie à la paysannerie, quitte à négliger parfois la capitale de Port au Prince,  "source de tous nos malheurs..."

Il le savait d'ailleurs , que Port au Prince était la source de nos malheurs,  et il ne cessait en Conseil des ministres de le répéter , incluant cette obsession pour les Oligarques corrompus . 

En banalisant les intrigues de la capitale Port au Prince, il a payé ainsi le prix de sa vie et nous fait encore penser de nos jours à ce proverbe créole savoureux :

Nan la vi,  ti paille ou pa we a ,  se li ki kreve zye ou...

Car, qui peut disposer de 20 à 30 millions de dollars américains en juillet 2021, en Haiti, pour assassiner un Président de la République ? Qui peut mettre au point une machine aussi huilée qu'infernale pour éliminer physiquement un chef d'Etat ?

Franchement, quand elles font le mal, nos élites, elles le font bien.

 Cet assassinat de Jovenel Moise, aujourdhui et à l'avenir, doit servir d'exemple à tous les chefs d'Etat de la planète , à toutes les femmes et les hommes au pouvoir.

Encore une fois, à partir de l'assassinat de Jovenel Moise planifié, orchestré,  réalisé, evalué et suivi par une frange de la bourgeoise haïtienne, on reste et demeure un mauvais exemple pour toutes celles et pour tous ceux qui dirigent un pays ou qui sont appelés à le faire.

 Je disais que mon

expérience aux côtés de Jovenel MOÏSE,  président de la République entre février 2017 et le 7 juillet 2021, est extraordinaire.  Je découvre un homme loyal, qui a le sens de la parole donnée,  un homme nettement différent de ce qu'une certaine presse et parfois, de ce que des éléments des réseaux sociaux veulent me vendre pour me manipuler.

Avec lui, Jovenel MOÏSE,  comme avec Jean Bertrand Aristide , déjà, entre 2001 et 2004 et même avec René Préval , entre 2006 et 2011, ou enfin, parfois, avec Michel Martelly, en 2011, 2012,  j'apprends désormais que la Presse peut bel et bien vous diaboliser au point de faire de vous, un monstre dont vous êtes fier vous-même...

En mars 2020, Jovenel Moise fait choix de moi comme Ministre de la culture et de la communication au sein du Gouvernement dirigé par Joseph Jouthe.

Jovenel MOÏSE ne m'avait jamais rencontré pas une fois avant de me nommer. Vu que je suis un personnage public depuis une trentaine d'années dans mon pays,  peut-être qu'il me connaissait de loin. 

Je n'en sais rien.

Tout compte fait, l'un fuyant l'autre par discrétion, et réserve, je suis resté ministre durant au moins 1 an sans jamais avoir eu un tête-à-tête avec le Président de la République,  Jovenel Moise qui nous avait filé pourtant ses coordonnées téléphoniques très tôt en mars 2020, juste avant la catastrophe pandémique. 

En effet, la Covid19 a été une véritable épreuve pour le Gouvernement Jouthe qui a bel et bien réussi à sauver la population du désastre sanitaire qui la menaçait. 

Comme je ne l'ai jamais appelé pour solliciter un rendez-vous ou autre chose, il m'a fallu donc attendre près d'un an pour que le Président Jovenel Moise, à l'inverse, m'appelle un jour par téléphone, avec une gentillesse incroyable en vue de me solliciter avec moi, une rencontre. 

Apparemment,  il était prêt à venir chez-moi, ce jour là,  un samedi aux environs de trois (3) heures pm. On finit par convenir que ce serait mieux que moi, je me rende chez lui de préférence,  à Pèlerin 5, à partir de 9 heures pm. J'arrive ainsi dix ( 10) minutes avant l'heure. La sécurité présidentielle était visiblement prévenue de mon arrivée. Elle a ouvert très vite la barrière pour me donner accès à la cour de la résidence présidentielle en attendant que le Président puisse réellement me recevoir. A 9 heures pile,  on fit appel à moi. Le Président me fit  un accueil chaleureux dans son bureau , autour d'une longue table. Enfin on était en tête à tête...Il était épuisé, son visage miné, ses yeux cernés, ses joues crevées, il se battait psychologiquement, ce soir-là pour paraitre heureux, mieux me rassurer, me mettre à l'aise. La conversation eut lieu essentiellement sur la situation sécuritaire du pays qui paraissait paniquer le Président de la République au lendemain de l'échec des opérations policières de Village de Dieu où des agents de Swat Team ont spectaculairement été humiliés par les Gangs criminels de ce Village redoutable situé à l'entrée sud de notre pays. Il avait besoin de comprendre ce que moi, je pensais de la situation gênerale du pays, au titre de ministre de la culture et de la communication qui a une connaissance de l'histoire universelle,  de l'histoire de l'humanité,  et qui connait aussi très bien l'histoire contemporaine agitée de son pays, ou encore, qui était absolument appelé à prendre la parole au nom de toute l'équipe gouvernementale.

Notre unique rencontre de ce genre, en seize ( 16 ) mois de ma collaboration avec le Président Jovenel Moise, dura alors trois ( 3) heures, soit de neuf (9) pm, à minuit.

Au moment de partir, le Président m'offre une accolade chaleureuse en me rappelant que désormais, notre relation devrait plutôt être celle de deux (2) frères, deux complices. Car, tout compte fait, il estima que je venais de lui apporter  une bouffée d'oxygène...

 Il m'a même dit :

"ministre,  ma rencontre avec toi, a changé ma vie. .."

Comme pour le faire rire, j'en ai profité alors pour l'inviter à laisser le Palais national afin de nous rendre ensemble à Village de Dieu qui, de toute évidence,  avait l'air de le traumatiser. Il me répondit que l'idée était merveilleuse , mais que le CSPN , Conseil Supérieur de la police nationale,  devrait d'abord s'atteler à opérer un premier changement positif au Village ....

Pour lui, c'était anormal que l'entrée sud du Pays, notamment avec les gangs de Village de Dieu et de Grand Ravine, soit prise en otage de cette manière. 

Mais, qui avait la charge de donner une réponse à tout cela ? 

Pourquoi cela n'a jamais eu lieu jusqu'à l'assassinat du Président, et qu' aucune réponse n'a été donnée à l'insécurité ?

Pourquoi ? 

Pourquoi ?

Après 89 Conseils des ministres où l'ordre est toujours donné par le chef de l'Etat et adopté en Conseil, ce qui m'a le plus frappé comme ministre de la culture et de la communication de Jovenel MOÏSE,  c'était justement son impuissance...

(je ne suis sûr de rien).  Cette impuissance sensible à mon sens, à peine perceptible,  face à l'insécurité qui a réussi de fait  à le mettre à genoux.   A nous mettre en genoux. Cette impuissance qui a régné en sous-main durant ses quatre (4) ans de pouvoir politique offrant tout un abri à l'insécurité.  

Or, c'est cette insécurité qui finalement a eu raison de notre Président.

En résumé, dans nos Conseils des ministres, le mot insécurité / sécurité était  toujours à l'ordre du jour et provoquait parfois des débats libres, ouverts, spontannés et même houleux. Le Président Jovenel Moise avait à la fois, un respect et une patience énormes à écouter ses ministres. Pour lui , tous les ministres devaient être libres de s'exprimer.

Il y en a qui sont allés jusqu'à rappeler au Conseil des ministres que c'était anormal et inacceptable que Maitre Montferrier Dorval par exemple, soit assassiné dans le quartier même de résidence du Chef d'Etat. Et que c'était mauvais signe,  car les assassins de maitre Dorval, dans leur test, ( de fait, a posteriori,  c'en était bien un test), pourraient bien être les mêmes qui auraient tué le policier Guerby Geffrard,  les mêmes qui auraient tué le journaliste Diego Charles et mon amie Antoinette Duclair. Pas de doute, tuer spectaculairement est devenu une vraie politique appliquée par une frange de l'opposition politique supportée par une certaine économique et subie par tous les pouvoirs politiques en place dans notre pays, durabt les vingt ( 20) dernières années. Jean Bertrand Aristide (octobre 1994- février 1996) et (2001-2004) en a fait l'amère expérience qui l'a donc poussé du haut de sa chair, un jour de funérailles,  à prononcer son fameux "JE VEUX ET JE PEUX " pour montrer à  ses adversaires-assassins que lui aussi, il était capable d'avoir leur peau et que ces adversaires n'avaient nullement le monopole de la violence.  En tuant ainsi, les assassins savent que politiquement, cela peut destabiliser tout le pays. Sans oublier que ces assassins pourraient être aussi, toujours selon nos débats en Conseil des ministres, les mêmes qui attenteraient un jour à la vie du Président.  Puisqu'ils ont réussi leur test- Dorval,  il ne resterait alors qu'à passer à la phase d'assassinat de Jovenel Moise. Celui -ci n'étant pour un secteur toujours hostile, que la principale cible à abattre.

De sorte qu'au Conseil des ministres du dimanche 4 juillet 2021, soit deux (2) jours avant l'assassinat du Président Jovenel Moise, je lui ai suggéré personnellement de revenir avec la mesure d'état d'urgence sécuritaire. Car , par exemple, le massacre de Delmas 32 était révoltant et qu'il fallait absolument lui donner une réplique . 

Aux grands maux , les grands remèdes....

A cette dernière recommandation, Jovenel Moise, le Président de la République, après un long et profond silence, me répondit en mentionant mon nom (pour une toute dernière fois),  qu'il allait " y réfléchir sérieusement.... ".

Tout ceci, sans s'imaginer que c'était en réalité notre  dernier Conseil des ministres...

Si l'insécurité représentait un grave défi, chez Jovenel Moise,  le maitre-mot s'appelle la communication. Pour  Jovenel Moise,  tout ce qui n'est pas dit , n'existe pas. Il faisait sienne ainsi, cette formule d'un chef d'Etat ou d'un intellectuel francais contemporain qu'il reprenait à cor et à cri, qu'il citait tout le temps pour nous au Conseil des ministres.

C'est devenu pour lui une seconde nature de communiquer, de raconter, de dénoncer,  d'expliquer,  de justifier, de projeter. Or, en Conseil des ministres,  un jour, au lendemain du carnaval de Port de Paix, je lui avais précisé que la communication peut être aussi parfois, une arme à double tranchants. 

Pour me justifier, je lui ai dit alors que si le carnaval de Port de Paix a été un succès,  cette année, 2021, malgré les critiques acerbes, les menaces et les appréhensions, c'est tout simplement parce que le ministère de la culture et de la communication avait fait le choix stratégique de ne pas communiquer (théorie de la non- communication) sur l'organisation du carnaval 2021 et sur ses différentes étapes techniques. 

Surprises...

L'expérience nous a montré en effet que dans la vie, dans notre pays,  dans ce monde de toutes les méchancetés, si l'on expose trop souvent ses projets et ses plans, on ne reçoit pas nécessairement des encouragements et des bravos. Au contraire, en communiquant trop sur ses plans , on fournit  aux méchants (es) sans le savoir, les clés, les codes et le timing , qui leur permet ainsi de mieux nous détruire, de mieux nous bloquer et de  boycotter nos rêves.

Or, la communication chez Jovenel Moise est une seconde nature. Personne ne peut le dissuader d'agir parfois sans communiquer , encore moins un ministre de la communication dont le Job est bel et bien de communiquer.

Est-ce pour cela qu' il m'arrivait souvent de me présenter carrément, plutôt comme un MINISTRE DE L'ECOUTE, lol... 

Juste pour faire un peu de provocation....

De fait, j'adore provoquer, polémiquer...

Tout compte fait, avec Jovenel Moise que certains nous campent comme un dictateur, moi, ministre , j'étais absolument libre de dire ce que je veux autour de Jovenel Moise.

 Exactement, comme cette autre ministre, pour ne pas la nommer, était tout aussi libre de piquer des crises de colère en présence du Président de la République. Celui-ci se montrait toujours tolérant. Sans oublier ces nombreux débats contradictoires, passionnés et houleux . Tout se passait sous l'oeil généreux du Président de la république.  Ce dernier prenait toujours par ailleurs, le soin de nous rappeler , durant chaque Conseil des ministres, que la cohésion et  la solidarité gouvernementales étaient incontournables pour que l'équipe gouvernementale puisse être toujours capable de  réagir en bloc solide à toutes les attaques et à toutes les hostilités. 

De fait, si Jovenel Moise a perdu la guerre de l'insécurité, n'en déplaisent à ceux qui ont fait beaucoup d'efforts en ce sens, j'ose ici affirmer que, contre toute espérance, Jovenel Moise  mine de rien, a gagné la bataille de la communication. En tant que NON- VIOLENT dans l'âme, Il  est, on ne peut plus, resté accroché toute sa vie à la philosophie dialectique.

Monsieur le Président, en ce dimanche 4 juillet 2021, de votre dernier Conseil des ministres virtuel, je reste encore fier de vous, de votre retour en arrière à François Rabelais et à sa formule magique :

" Science sans conscience n'est que ruine de l'âme "...

Quand vous avez cité Rabelais lors de ce Conseil des ministres du 4 juillet, notre tout dernier rendez-vous avant votre mort insoutenable, c'était plus qu'un retour à Rabelais ou au 16e siècle de la Renaissance , en réalité. C'était une nécessité philosophique urgente pour notre époque actuelle qui a tout perdu ou presque, en terme de valeurs morales, institutionnelles et professionnelles. 

Vous, Président,  qui avez été tout un pan de votre vie politique, victime d'un certain mode de dénigrement qui tue tout vivant l'homme moderne, et aussi, l'homme historique vous avez voulu être, j'assume avec vous François Rabelais pour rester solidaire de votre mémoire.

A ce stade, l'on se souvient que le Président Jovenel Moise était tout le temps accusé de tous les maux du monde, de tous les maux contenus dans la Boite de Pandore. Il est justement intéressant de noter que si toutes les autres accusations formulées contre lui, sont peut -être vraies (personne ne sait), celles le présentant parfois comme un assassin, restent et demeurent largement fausses. Car, Jovenel Moise aurait été un assassin que celles et ceux qui l'ont assassiné dans la nuit du 6 au 7 juillet, auraient mille fois réfléchi en fait avant de se pointer dans les parages de sa résidence privée.

C'était plutôt un homme de parole, un amoureux de la communication humaine et dialectique. Il n'était pas né à dire vrai pour faire de la politique, encore moins, pour faire de cette politique à l'haitienne, cruelle, sauvage et impitoyable. Il croyait sans cesse aux pouvoirs de la parole et du dialogue. Ce qui, entre les déboires de sa campagne électorale, les premiers jours de son installation au Palais national , les débuts de sa prise de pouvoir, la grande bataille atroce de Petro Challenge, les guerres violentes du " pays lock " et du pays relock, les intrigues et coups-bas de certains de ses Premiers ministres et d'autres proches collaborateurs, ses déboires avec un parlement notamment un Sénat de la République qui n'a pas hésité à faire acquisition de matières fécales comme arme de combat contre les Premiers ministres choisis par Jovenel Moise, et tout ceci, sans oublier le coup d'Etat avorté du 7 février 2021, les échauffourées sur le code pénal et le référendum constitutionnel. Enfin, les sorties du groupe Fantom 509 illustrées par toutes sortes de terreurs et de spectacles violents. Etc...

Depuis la mort macabre du Président, des auteurs d'articles et de tweets à sensation ne cessent de tenter de justifier l'assassinat de Jovenel Moise , d'oser jusqu'à démontrer parfois le bien fondé du crime. Sans vouloir les classer eux-mêmes par exemple, dans une catégorie d'auteurs " intellectuels " de ce meurtre inqualifiable, quel que soit le prétexte, je voudrais prendre le temps d'attirer ma propre attention sur le fait que Jovenel Moise est installé le 7 février 2017 au Palais National et qu'au cours de la même année 2017, il échappait déjà à une tentative d'assassinat tandis que son cortège se trouvait sur la route nationale # 1, la route Nord du pays. 

Ma question : 

Si le coup avait réussi en 2017, quelle explication , quelle justification, allait-on donner alors à la société ?

Bref...

Il faut finalement admettre que la classe politique et les élites en général ont besoin de se ressaisir.  Elles doivent comprendre que la violence et le radicalisme traditionnels dont elles font montre trop souvent, ne conduiront nulle part un pays oû les décideurs refusent de faire des concessions. La classe politique en bloc doit comprendre aussi que l'intolérance en Haiti est en train d'atteindre des proportions inacceptables. Cette intolérance généralisée fait une course effrénée à une autre intolérance qu'on peut appeler une intolérance politique qui elle-même a déjà franchi la ligne rouge. Presque tous les crimes commis dans notre pays au cours de ces 35 dernières années post- Duvalier peuvent être facilement mis sur le compte de notre intolérance à la fois générale et politique. L'assassinat de Jovenel Moise constitue ce pic de toutes les intolérances réunies et nous place d'emblée sur une pente descendante dangereuse. En même temps, que cet assassinat doit du coup nous amener à prendre conscience de la gravité de l'heure actuelle et de la nécessité de chercher , de trouver en nous  un certain sens du compromis à partager autour de nous.

Ce sens de l'autre a permis en définitive au Président Jovenel Moise d'échapper à sa manière,  à tous les pièges, de surmonter tous les obstacles, de traverser tous les océans, toutes les mers, de déconstruire , puis, autant que possible, de construire, grâce à la magie de la (sa) communication.

Tant il inventa les Dialogues communautaires, tant il échoue par contre à réaliser son fameux projet de dialogue national. Mais, son souci, à n'en pas douter,  c'est le "dialogue " quand même. La voie normale quand même. Les élections quand même. Le référendum quand même afin que la postérité, au delà de la catastrophe constitutionnelle de 1987,  puisse bénéficier  d'une toute nouvelle charte adaptée aux goûts de la modernité et  que le pays soit mieux géré au bout de compte. Pour réussir à faire tout cela, Jovenel Moise n'avait jamais cessé de nous convaincre, au Conseil  des ministres que c'est par le biais de la communication qu'on y arriverait. Non, par la force brutale. 

Or, du moment oû l'on commence à gagner les batailles dialectiques, il ne reste qu'une seule alternative à certains adversaires médiocres , c'est celle de recourir aux insultes et aux violences. C'est celles de se référer au couteau, au révolver, au fusil, à la machette, aux poignards, aux complots. 

A tout adversaire qui constate qu'il est en train lentement mais surement, de perdre l'argument dialectique, il reste on dirait l'argument du bâton comme recours. Il reste l'argument de la violence aveugle et sans pitié.

Il reste l'argument de la propagande mensongère. Il reste l'argument du chaos. Il reste l'argument du crime instrumentalisé , plannifié, justifié, vulgarisé, plébiscité par des intellectuels et des leaders d'opinion comme certains le font encore, de nos jours, sur le cadavre de Jovenel Moise. 

On eût dit ce livre intitulé :

 LE CRIME EXPLIQUÉ AUX ENFANTS

A cela, nos intellectuels, les réseaux sociaux et certains de nos journalistes sont brillants pour convaincre. 

Au fait, des étrangers (es) se demandent chaque jour, mais comment faites -vous, comment faisons-nous en Haiti pour assassiner notre propre Président ? 

Certains de nos intellectuels ( es) ont déjà la reponse selon leur degré de cynisme.

Je crois même avoir lu quelque part que Jovenel Moise a tout fait pour mourir. Comme si, sur cette triste terre, il y en a qui possèdent les vertus d'échapper à la mort.

Ainsi, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021,  la violence contre Jovenel Moise s'est tout simplement transformée en assassinat physique et monstrueuse qui révèle du coup les limites intellectuelles et morales des assassins, de leurs complices et des tous les auteurs financiers et intellectuels de ce crime horrible. Celui qui finance un crime est un assassin. Celui qui commandite un crime est un assassin. Celui qui éxécute un crime est un assassin. Celui qui a l'intention de tuer est un assassin. Celui qui fuit la justice quand il est présumé assassin risque de paraitre pour un assassin. Un assassin est un assassin....

En résumé, pour bien comprendre le crime perpétré contre Jovenel Moise,  il s'agit de retenir que c'était bel et bien  l'unique porte de sortie de tous ces/ses adversaires  coincés, traqués, menaçants et violents, de tous ses / ces adversaires-ennemis qui soudain, se sont rendus compte qu'ils ont lamentablement perdu le combat dialectique . 

L'histoire retiendra donc que ces lâches n'avaient, en fin de compte, d'autre choix que d'assassiner physiquement Jovenel Moise croyant en finir ainsi avec ses idéaux et sa mémoire. Encore sont- ils trop médiocres en effet pour savoir qu'on n'efface pas ainsi la mémoire d'un chef d'État élu, encore moins au 21e siècle,  la mémoire d'un Jovenel Moise. Celui-ci de son vivant avait bel et bien déjà prévu de survivre en restant, on dirait un os de poisson, une arête de poisson, éternellement coincé dans la gorge de ses adversaires violents,  de ses ennemis radicaux,  de ses assassins et de tous les des Oligarques corrompus qu'il avait combattus de son vivant.

Ainsi, Jovenel  MOÏSE est donc assassiné 

- à l'instar de tous ces leaders politiques de la planète, 

- à l'instar de tous ces chefs d'Etat martyrs du monde entier,

- à l'instar de tous ces innocents massacrés chez nous, en Haiti,  de toute notre époque contemporaine,  pour assouvir la soif de sang de certaines de nos femmes et  de certains de nos hommes politiques .

- à l'instar enfin, de Jean Jacques Dessalines, le Père de notre patrie et de tous nos autres chefs d'État martyrs, du 19e et du 20e siècle,

il est assassiné,  Jovenel  MOÏSE...

Et que justice soit faite.


Pradel HENRIQUEZ

10 août 2021

New Jersey, USA


Friday, July 23, 2021

Haïti dit adieu à son président assassiné, Jovenel Moïse

La résidence familiale où s'est déroulée les funérailles du président Jovenel Moïse

C’est sous haute sécurité et sur fond de tension,  qu’ont eu lieu, ce vendredi 23, les funérailles du président  Jovenel Moïse assassiné le 7 juillet dernier par un commando armé. Les obsèques ont eu lieu dans la ville du Cap-Haïtien, en présence de la veuve du chef d'État ,  des membres du gouvernement ,des diplomates et de plusieurs délégations étrangères. 

Ses funérailles ont été chantées sur le site familial à Madeline, dans une atmosphère tendue et marquée par une forte incertitude. Sa mort faisant résurgir des tensions historiques au sein de la population septentrionale. Les habitants du nord rappellent que Jovenel Moïse est le cinquième chef d’État originaire de leur région à avoir été tué dans l’ouest, où se trouve la capitale, Port-au-Prince. Certains accusent les Haïtiens de l’Ouest d’avoir perpétré ces assassinats.

Assassiné à l'âge de 53 ans, le chef de l'État a été enterré en toute intimité dans les jardins de la résidence familiale, d'où il était natif.

Son cercueil, recouvert du drapeau national et de l'écharpe présidentielle, était exposé sur une esplanade, ornée de fleurs. La dépouille était gardée par des soldats des Forces armées d'Haïti.

Martine Moïse lors de la cérémonie
La sœur du président, très affectée, un de ses fils et sa veuve Martine Moïse ont tour à tour pris la parole. La veuve du président, gravement blessée lors de l'attaque qui a coûté la vie à son mari. Le visage barré d'un masque portant une photo de son mari, s'est inclinée devant le cercueil de celui-ci. Martine Moïse n'a pas mâché ses mots lors de son oraison funèbre: « On a comploté contre toi, te condamnant à mourir dans la barbarie et la cruauté, toi toujours si loyal envers eux, tu as été abandonné et trahi », a-t-elle dénoncé. 

« Quel crime as-tu commis pour mériter un tel châtiment ? », a-t-elle encore demandé. « Il connaissait bien les vices de ce système pourri et injuste », a affirmé l'épouse en deuil, coiffée d'un chapeau noir, « ce système auquel peu avant lui ont voulu s'attaquer ». « Il s'est retrouvé du jour au lendemain avec tout le système en bloc, en face de lui », a-t-elle poursuivi, ajoutant toutefois ne vouloir « ni vengeance, ni violence.

Le père Robès Charles, le célébrant principal venant de Fort Lauderdale, Floride, s’est aussi interrogé sur l’état du pays : « Y a-t-il encore des hommes et des femmes dans les pays capables de défier la complicité des forces, et pourtant, qui ont conduit à la ruine du pays. »

Un bataillon a rendu les honneurs militaires au chef de l'État, avec notamment l'hymne présidentiel, suivi de l'hymne national. La cérémonie religieuse était dirigée par cinq prêtres.

Mme Moïse a rendu un hommage appuyé à son mari, à la fructueuse carrière d'entrepreneur avant son entrée en politique, et a déploré sa fin tragique, "sauvagement assassiné", "abandonné et trahi". "Vouloir libérer l’État des griffes d’oligarques corrompus, est-ce un si grand méfait ?", a demandé l'épouse en deuil, coiffée d'un chapeau noir.

À Port-au-Prince et dans les grandes villes d'Haïti, plusieurs cérémonies d'hommage distinctes ont aussi été organisées à la mémoire du président assassiné. L'une d'entre elles s'est déroulée en présence d'Ariel Henry, le nouveau Premier ministre qui a pris ses fonctions mardi, promettant de rétablir l'ordre afin d'organiser des élections exigées par la population et la communauté internationale.

La cérémonie a été ponctuée de cris de colère accusant la police de ne pas avoir protégé le président. La police qui a utilisé des gaz lacrymogènes contre les manifestants près du lieu des funérailles, où des pillages de magasins ont également été signalés.  La délégation américaine a quitté précipitamment les lieux, mais la cérémonie s'est poursuivie malgré tout.

Plus de quinze jours après cet acte odieux, l’enquête avance selon la police, mais les commanditaires  ne sont toujours pas connus. Vingt-six personnes au total ont été arrêtées et trois autres ont été tuées après la nuit tragique du 7 juillet. Quarante-cinq interrogatoires et treize perquisitions ont été menées au cours desquelles les autorités ont découvert une soixantaine d'armes à feu, dont certaines appartenaient à la police national d’Haïti.

L’une des pistes explorées pour remonter à l’origine de ce complot est de suivre les mouvements de l’argent employé dans ce scénario. Une piste qui mène, selon la police haïtienne, à un certain Walter Veintemilla et son entreprise « Worldwide Capital Lending Group », basée en Floride. Les enquêteurs tentent notamment de savoir si les forces de l’ordre haïtiennes avaient été infiltrées et se posent toujours la question de savoir comment le commando a pu si facilement accéder à la résidence privée de Jovenel Moïse.

Source combinées

Herve Gilbert




Lire dans la même rubrique:Eloge funèbre de Martine Moïse aux funérailles de son époux ....


Tuesday, July 13, 2021

Le singulier destin de Jovenel Moïse

 

Par Max Dorismond           

Ce qui est arrivé à cette famille, je ne le souhaite pas à mes pires ennemis. C’est très dur, c’est très humiliant et pour le peuple et pour l’image d’Haïti. 

Quand le hasard du destin avait introduit Jovenel, malgré lui, dans la jungle des Ali Baba de la capitale haïtienne, j’avais rédigé un texte subliminal et prémonitoire, en 2017, « De Zéro à Héros... Le dilemme d'un président». J’avais interpellé le côté humain du nouveau chef d’État, pour l’inviter à comprendre le jeu des coquins qui lui avaient confié le pouvoir, avec une arrière-pensée bien arrêtée. Il s’est retrouvé coincé dans les couloirs de la corruption. Dans mon livre, «Des mots pour conjurer nos maux», vous verrez ce texte à la page 218. J’avais exposé le scénario du film, avec deux conclusions possibles : soit qu’il finisse en ZÉRO ou qu’il meure en HÉROS. Il a opté pour le second. Que le ciel ait pitié de son âme et que son nom soit honoré aux frontispices de l’Histoire. 

Président Jovenel et  sa femme Martine Moïse
(7 février 2017)

Arrivé au timon des affaires, le jeune président se croyait dans une cour de récréation où jouaient des enfants de chœur. Oh non! Son constat fut effarant. Le lac immense de la dilapidation était infesté de crocodiles affamés qui gobent tout sur leur passage. Sa première pensée fut pour ses parents et la masse silencieuse du peuple exploité sans vergogne, comme de véritables esclaves s’échinant pour remplir les coffres des prédateurs. Il s’est alors mis en tête de réparer le sacrilège du temps .5 nettoyant Haïti, de la cave au grenier. 

Faisant acte de désobéissance, et pour désarçonner ses commanditaires, il monta au créneau en dénonçant les cinq plaies d’Égypte, soit la corruption, la corruption… Il reçut des avertissements. Certains des oligarques prirent le large, le tapis se rapetissant sous leurs pas. Et les réactions ne se firent point attendre. Les sabotages se multiplièrent sur les chantiers. Les médias complices l’attaquèrent de tous bords. La camarilla de l’opposition fit flèche de tout bois pour le décourager. Les invitations à la prudence ne cessèrent de pleuvoir. Jovenel, tête droite, fonça dans le tas. Il voulait en finir avec ce marché de dupes. 

Néophyte dans cette guerre d’usure, il a commis l’erreur de simplement menacer les renards au lieu de les coincer, en exprimant ses émotions sans faire l’économie de ses avertissements. Ainsi, a-t-il signé son arrêt de mort ! 

Étant riches à millions, ses adversaires, tel que décrit dans le texte témoin, étaient en mesure d’acheter le pays en son entier pour lui fermer le caquet. En réalité, c’est ce qui arriva. Des exécutants se présentèrent chez Jojo avec leur clé, sans invitation, ouvrirent la porte, pénétrèrent dans la demeure comme dans un moulin, et placèrent 12 balles dans le corps du 1ercitoyen de la cité. Le job signé, terminé, ils rentrèrent au bercail pour boire une bonne tasse de café chaud. 

Le message des signataires s’adresse aux futurs présidents d’Haïti

Sans ambages, ce meurtre, signé du sceau de la mafia, laisse une note claire et indiscutable aux éventuels candidats au fauteuil présidentiel et aux postes de ministres, à savoir que lorsque vous êtes choisis par les maîtres du sérail, vous n’aurez droit à aucune fanfaronnade. Keep it quiet ! Tu t’exécutes ou tu crèves ! Tel sera le contrat du futur. Sinon, comme Jovenel, vous passerez au «Blender1». 

Et voilà, la table est mise. Pensez-vous que la clientèle sera au rendez-vous de demain? Suivez mon regard, chers lecteurs. Entre le pouvoir et l’avoir, en Haïti, il n’y a qu’un trait d’union à titre de chemin. Cette piste est et sera toujours encombrée de prospects, de p’tits vicieux qui se voient déjà au nirvana, qui rêvent de la grande vie. Ils seront tous prosternés, les fesses à l'air, au pied des marionnettistes pour être les heureux élus. La mafia locale le sait bien. L’International qui tire toutes les ficelles à son avantage ne l’ignore pas, non plus. 

D’ailleurs, ces faiseurs de rois ont pour habitude de choisir les cabochons les plus bêtes, les plus cancres, les plus dévergondés pour conduire la nation. Et l’élite en général les accepte sans broncher. Cependant, en 2016, pour perpétuer l’impunité, ils ont erré en embauchant, à titre de gardien, Jovenel Moïse, un p’tit gars du Nord qui serait trop heureux, dans leur optique, de franchir le mur de verre. Mais, ils se sont fourré le doigt dans l’œil. Ce fut un colis surprenant. Par conséquent, il leur a fallu tracer un exemple mortifère, une fois pour toutes, pour éviter ce type de dérive. Car, quand on jouit de certains privilèges, on doit être prêt à tuer pour les conserver, sinon, la fin est proche. C’est leur loi. 

À partir de cet échec, ils ont juré de remplir le vide avec un nouveau poulain en vertu de l’habituelle tradition. C’est une formule connue, au point que Erno Renoncourt, un journaliste vedette du blog Médiapart (France) eut à écrire : «Haïti a atteint un tel niveau d’insignifiance, par le déracinement culturel et la déshumanisation des élites qui s’y sont constituées, que la communauté internationale peut, délibérément à sa guise, mettre un chien à la tête de ce pays, qu’il n’y aura aucune indignation collective. Et même qu’il y aura des universitaires, des hommes d’affaires, des journalistes, des professionnels, des ONG pour continuer de vaquer à leur aubaine et à leur petite réussite en se mettant à disposition du nouveau pouvoir pour se rendre utile». (Mediapart).(09-07-21). 

Le monde entier a déjà lu notre romance. Rien de chez nous ne lui est étranger.

Max Dorismond







Note – 1 : Blender : un extracteur à jus. Métaphore définissant la désarticulation du corps du président : crâne écrabouillé, membres brisés, cou éclaté, l’œil perforé, éclats d’os éparpillés, etc

Monday, July 12, 2021

Le commando devait arrêter Jovenel Moïse, non le tuer

Au total, 19 suspects ont été interpellés par la police haïtienne

Des membres du commando soupçonné d'avoir assassiné le président haïtien Jovenel Moïse le 7 juillet à Port-au-Prince ont affirmé aux enquêteurs qu'ils avaient pour mission de l'arrêter, pas de le tuer, rapportent dimanche une source proche de l'enquête et le Miami Herald.

Un commando de 28 tueurs, 26 Colombiens et deux Américains d'origine haïtienne, est soupçonné d'être à l'origine de l'exécution du chef de l'État, un crime qui a plongé dans le chaos institutionnel et sécuritaire un pays déjà fortement déstabilisé.

Les commanditaires et les mobiles de l'assassinat restent à ce stade un mystère pour les enquêteurs, qui ont reçu l'appui des services de police et de renseignement américains et colombiens.

Au total, 19 suspects ont été interpellés par la police haïtienne. Trois ont été tués mercredi au terme d'une fusillade nourrie à Pétion-Ville, banlieue de Port-au-Prince où résidait Jovenel Moïse.

Parmi les suspects, deux Américains d'origine haïtienne, James Solages, 35 ans, et Joseph Vincent, 55 ans, originaires de Floride.

Selon des sources policières et militaires colombiennes, 17 des 28 suspects étaient d'ex-militaires de l'armée colombienne, partis à la retraite entre 2018 et 2020.

L'emmener au palais

Citant des sources ayant parlé à certains des suspects, le Miami Herald rapporte que leur mission était d'arrêter Jovenel Moïse et de l'emmener au palais présidentiel.

James Solages et Joseph Vincent ont dit aux enquêteurs qu'ils officiaient comme traducteurs du commando colombien en possession d'un mandat d'arrêt, selon une source proche de l'enquête. Ils ont affirmé avoir découvert le président haïtien mort à leur arrivée.

La police haïtienne n'avait pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.

Équipe technique américaine sur place

Les États-Unis ont dépêché dimanche une équipe technique en Haïti pour déterminer les besoins des autorités locales en matière de sécurité, notamment, a déclaré à Reuters un responsable de l'administration américaine.

L'équipe informera à son retour le président Joe Biden, qui prendra des décisions pour la suite, a-t-il dit.

Les autorités haïtiennes, qui ont demandé aux États-Unis et à l'ONU l'envoi de troupes pour sécuriser les infrastructures nationales, ont essuyé vendredi un refus de Washington.

Source:Reuters


Monday, January 18, 2021

Position de Madame Mirlande Manigat concernant la fin du mandat de Jovenel Moïse



J’ai résisté pendant longtemps, et non sans regret et une certaine amertume, aux sollicitations venues d’horizons divers afin que je m’exprime publiquement sur la question relative au terme du mandat du Président Jovenel Moise. Je remercie de leur appréciation et de leur confiance ceux qui, en majorité, ont cru opportun et de manier des propos flatteurs , mais je comprends leur curiosité interrogative et leur impatience quant à un silence qui n’était pas une forme de coquetterie intellectuelle dont je n’ai pas besoin, encore moins une indifférence car si je n’ai pas pris part aux débats qui sont en cours, je ne saurais en tant que patriote conséquente, me tenir à l’écart d’une question qui engage l’avenir de mon pays et risque, à brève échéance, de le plonger dans une crise mortifère.

J’ai donc décidé de faire connaitre mon opinion non sur ce qu’il y a lieu de proposer et de faire, mais de m’écarter du piège manichéen dans lequel on peut facilement tomber et qui peut se résumer en une équation simpliste, car l’alternative s’étale entre deux dates qui qualifient et engagent les opinions. Se prononcer pour le 7 février 2022, équivaudrait à accorder un blanc seing au pouvoir actuel et à une partie de la communauté internationale qui s’est prononcée. Choisir le 7 février 2021, signifierait que l’on se range du côté de l’opposition dite démocratique alliée à d’autres secteurs qui n’en font pas partie.

Je refuse de me laisser enfermer dans ce raisonnement binaire et irréfutable, de plus inacceptable pour l’idée que je me fais de la controverse constructive. J’ai passé beaucoup de temps -car les menaces réelles de l’extension du virus m’ont accordé l’avantage de gérer mon horaire- à creuser ce thème, relire mes anciens écrits et en accumuler d’autres pour une saisie convaincante du Droit Constitutionnel haïtien en laissant de côté les options personnelles. Mes habitudes de recherche intellectuelle m’ont tout naturellement guidée d’abord vers la révision des richesses offertes par notre patrimoine normatif et il m’a paru indispensable de consulter, une fois de plus, le récitatif de nos Constitutions, surtout les précédentes à l’actuelle, et retenir ce qu’elles avaient prescrit en ce qui concerne le mandat présidentiel, les applications et les conséquences qui en ont découlé.

Il était aussi gratifiant de prendre l’avis de personnes compétentes, oralement ou par écrit, mais aussi celui de l’opinion publique qui s’exprime, souvent naïvement et mal à propos, mais qui traduit le sentiment profond des citoyens. Cette quête multiforme m’a permis de forger non une opinion mais des analyses que j’espère utiles. C’est avec espérance, honnêteté et engagement que je les soumets à l’attention du public.

Je commence par mettre en cause, je dirais même en accusation notre Constitution de 1987 qu’il convient de saisir comme un tout, c’est à dire en harmonie conceptuelle entre toutes ses dispositions. Elle nourrit les deux pôles de cet antagonisme de dates, car la saisie isolée de l’Article 134-2 permet de justifier les deux options, et ceci est néfaste pour l’orthodoxie juridique, d’autant plus dommageable que la plupart du temps, on le brandit isolément en négligeant non seulement les premières subdivisions de l’Article fondateur, mais aussi la version créole de la prescription et d’autres articles du même corps, par exemple, le 284-2 qui se rapporte au chronogramme de l’amendement intervenu en 2012, et aussi le 149 amendé qui introduit des variantes dans l’établissement du calcul du temps. Car on se trouve en présence de deux temps qui ne concordent pas, le temps constitutionnel qui doit respecter scrupuleusement les prescriptions qui ordonnent les décisions et les prises de position, et le temps politique qui est malléable et changeant au gré des intérêts des dirigeants. C’est ce qui fait la différence entre les exigences de l’état de droit et l’élasticité de la raison d’état qui peut permettre aussi bien une décision opportune même si elle n’est pas totalement conforme aux règles et toute sorte de turpitude. Mais s’agissant des délais, du calcul de consonance avec le Droit impérial comme expression de l’orthodoxie juridique, la Constitution de 1987 et précisément sur la question en débat, elle a tour à tour évoqué le Président de République, ainsi le destin d’un citoyen, ou l’élection présidentielle, c’est-à-dire une fonction anonyme. En outre, l’adverbe de temps immédiatement ouvre la voie à de multiples applications, à charge de le compléter par une date précise.

Pour rester dans le domaine de l’interprétation juridique, on peut se demander que signifie la mention suivant la date des élections (Article 134-1) soit conformément à ou ce qui suit. Certes, le Droit a sa propre grammaire mais celle-ci doit être précise, dénuée d’ambigüité. D’une manière générale, la Constitution statue fondamentalement sur un évènement imparable, les élections, et ne tient absolument pas compte d’autres faits qui l’accompagnent en amont (la campagne électorale) et a posteriori à savoir la proclamation des résultats et l’installation du vainqueur qu’elle évoque par l’expression il entre en fonction le 7 février (Article 134-2, 2ème paragraphe). Enfin, la localisation de ce 7 février dans le calendrier annuel subit des contorsions par la mention est censé avoir commencé l’année de l’élection. Or, reprenant le chronogramme des dernières années, on sait que des élections, comme annoncées, se sont déroulées en novembre 2015, puis elles ont été annulées à cause des dénonciations de fraude par tous les participants sauf ceux du parti au pouvoir. Or, l’annulation d’un évènement n’affecte pas sa nature, sa réalité ni ses conséquences. En termes économiques, elle pourrait passer par profit et perte, deux effets opposés mais comptabilisés et conduire à une réévaluation des modalités.

Les élections ont été reprises en 2016.Il s’est agi d’une continuation et non de l’initiation d’une nouvelle donne. Entretemps, il faut rappeler que l’Organisation des Etats Américains avait refusé de reconnaître cette annulation et annoncé qu’elle ne financerait pas de nouvelles élections. Le fait que le vainqueur n’a prêté serment que le 7 février 2017 n’introduit pas un décalage juridique avec les élections, sinon une inconvenance protocolaire. Juridiquement donc, conformément à la Constitution, le début du mandat de Jovenel Moise a commencé le 7 février 2016 et se termine cinq ans plus tard, le 7 février 2021. Le temps constitutionnel s’impose donc pour identifier les élections; la prestation de serment aurait pu se faire n’importe quand et elle n’affecte pas le terme de l’occupation, qui est une donnée constitutionnelle, mais le début conjoncturel du mandat qui est de nature politique.

Il a paru significatif et utile de remonter le temps et de voir comment les Constitutions antérieures et les acteurs politiques avaient envisagé de résoudre ce conflit entre le temps constitutionnel et le temps politique. De 1804 à 1843, le problème ne s’était pas posé car on avait eu, successivement une monarchie avec Dessalines et deux présidences à vie avec Pétion à partir de 1816 et Boyer de 1818 à 1843.

La Constitution de 1843 prescrit que le Président est élu pour 4 ans. Il entre en fonction le 15 mai. Un Article Unique indique une disposition transitoire, avant que la pratique ne soit formellement inaugurée en 1846 et maintenue depuis lors, en complémentarité ou en alternance avec les Dispositions Générales précise :

En conformité de l’Article 104, le citoyen Charles Herard Ainé (Rivière) ayant réuni la majorité des suffrages, est proclamé Président de la République.

Il entrera en charge immédiatement, (30 décembre 1843) pour en sortir le 15 mai 1848. Un exercice de simulation rétrospective aboutit à cette conclusion : si Rivière Hérard était resté au pouvoir, en fait, il aurait eu un mandat de 4 ans, 4 mois et 15 jours.

En 1867, on retrouve décalage similaire. La Constitution reprend les mêmes dispositions : durée du mandat de 4 ans, entrée en fonction le 15 mai. La Constitution ratifie l’élection de Sylvain Salnave et un Article Unique précise :

En conformité avec l’Article 209 ci-dessus, le citoyen Sylvain Salnave ayant réuni la majorité des suffrages prescrits par la Constitution, est proclamé Président de la République. Il entrera en charge immédiatement (14 juin 1867) pour en sortir le 15 mai 1871.

S’il était resté au pouvoir, Salnave aurait eu un mandat de 3 ans et 11 mois, C’est-à-dire moins que ce que la Constitution lui avait accordé.

De nouveau en 1879, l’Article 101 précise que le Président est élu pour 7 ans et qu’il entre en fonction le 15 mai, mais de nouveau un Article Unique inséré dans les Dispositions Transitoires bouscule le calendrier :
Le citoyen Louis Etienne Félicité Salomon, élu le 23 octobre 1879 Président d’Haiti, sortira de charge le 15 mai 1887.

En fait un mandat de 7 ans, 6 mois et 22 jours. Salomon avait d’ailleurs essayé de le prolonger en appliquant un amendement de l’Article 101 pour lui permettre d’être réélu, mais il fut renversé le 10 août 1888.

La Constitution de 1889 a repris le libellé traditionnel. Elle indique que le Président est élu pour 7 ans, mais, comme d’habitude, un Article Unique stipule que :

Le citoyen Louis Mondestin Florvil Hyppolite ayant obtenu l’unanimité des suffrages de l’Assemblée Constituante est proclamé Président de la République d’Haiti. Il entrera en charge immédiatement pour en sortir le 15 mai 1897.

S’il n’était pas mort en fonction, le 9 octobre 1896, il aurait eu un mandat de 7 ans, 7 mois et 6 jours, en fait plus que ce que prescrit la Constitution.

On peut souligner trois points communs à toutes ces Constitutions. Le premier se rapporte à la fixation en termes calendaires de la fin du mandat. Cette même précaution se retrouve dans les Chartes du 20ème siècle à l’exception de 1918. En 1932, l’Article 76 indique que le mandat prend fin à partir du 15 mai qui précède immédiatement l’élection. En 1935, sous l’influence d’un Président autoritaire, Stenio Vincent, il est inséré une mise en garde contre la tentation des réélections. La seconde particularité commune est la référence au 15 mai, une constance fétichiste que l’on retrouve dans le 7 février adopté depuis le départ des Duvalier. Enfin, le renvoi à l’adverbe immédiatement pour le début des mandats, une référence que l’on retrouve dans la Constitution de 1987.

En application de ces dispositions, le pays a connu deux épisodes particulièrement déstabilisateurs dans son histoire.

La première survint en 1902 et la toile de fond est la fin d’un mandat présidentiel. En effet, à la mort brutale du Président Florvil Hyppolite le 24 mars 1896, l’Assemblée Nationale décida rapidement de combler le vide et elle élit Tiresias Simon Sam comme Président. Le Décret y relatif devait fixer la controverse qui surgir quelques années plus tard quant au terme du mandat du nouveau Président : Il entre en fonction immédiatement et ses fonctions cessent le 15 du mois de mai 1903.

Au regard de la Constitution de 1889, il est indiqué que les fonctions d’un Président cessent le 15 mai lors même que la 7ème année de son exercice ne serait pas révolue (Article 93).

L’affaire fut révélée par un article paru le 9 juillet 1901 dans un journal, Le Signal, à peine lancé au Cap, sous la plume de Raoul Deetjen qui précisa qu’étant député en 1896, lui et ses collègues n’avaient pas perçu la contradiction prospective entre deux dispositions. Selon les principes pétrifiés dans le Droit Constitutionnel, la prescription constitutionnelle jouit d’une préséance par rapport à d’autres actes juridiques lesquels doivent lui être conformes. De ce fait, c’est le Décret de 1896 qui était entaché d’illégalité. Le débat dépassa rapidement les sphères de décision, en particulier le Parlement directement interpellé, et enflamma l’opinion publique à travers les journaux et les conversations privées Pour couper court à de possibles tumultes, Tiresias Simon Sam prépara un communiqué qu’il fit lire par le Ministre de l’intérieur Tancrède Auguste, le 12 mai 1902 à l’ouverture de la première session de la Législature : Une question palpitante d’intérêt et passionne, depuis quelques temps l’opinion publique, à savoir quelle est la date constitutionnelle de ma sortie. C’est donc, Messieurs, pour me conformer à la volonté de la Constitution que j’ai l’honneur de vous notifier mon inébranlable résolution de descendre du pouvoir le 15 de ce mois.

Cette question qui aurait pu, dès lors, être résolue par le Parlement a été le détonateur de secousses combinées qui ont abouti au renvoi des Chambres le 26 mai, l’ébranlement de l’unité territoriale, à l’une des batailles électorales des plus acharnées, au sabordage héroïque de La crête à Pierrot par l’Amiral Hammerton Killick, le 6 septembre, finalement à la prise du pouvoir le 21 décembre 1902, par la force des armes et à la suite d’un vote de parlementaires tétanisés, du Général Nord Alexis face à un citoyen contraint à l’exil qui avait pour lui le prestige, la compétence et l’intelligence, Anténor Firmin. La malice populaire se plait à chantonner que Tonton Nord, inculte, avait vaincu le lettré Firmin. Ce n’est pas exact mais de tels raccourcis s’incrustent dans la mémoire collective. Nord Alexis n’était pas inculte et Firmin a pu lui-même comprendre les motifs de ses échecs politiques par ses analyses concernant les aléas de la politique.

En 1956, une controverse de même origine se produisit. Le Général Paul Eugène Magloire fut élu au suffrage universel le 8 octobre 1950, pour 6 ans. Une première dans l’histoire du pays car jusque là, ce privilège revenait à l’Assemblée Nationale, c’est-à-dire les deux Chambres. L’Article A des Dispositions transitoires, en reconnaissant le fait de l’élection, ajoute qu’il prendra ses fonctions le 6 décembre 1956 et que son mandat prendra fin le 15 mai 1957. Mais l’Article 77 de la Constitution est formel : il entre en fonction le 15 mai de l’année précédant son élection, c’est-à-dire le 15 mai 1950 et, de ce fait, il reste au pouvoir jusqu’en 1956.

Une fois de plus, nous avions en présence deux thèses antagoniques, celle de la durée constitutionnelle et, dans ce cas, il aurait du quitter le pouvoir le 6 décembre, et celle des Dispositions Transitoires, dans ce cas il pouvait manœuvrer pour rester jusqu’au 15 mai 1957. Il a choisi la tangente périlleuse, rester aux commandes des Forces Armées, ce qui lui valut l’hostilité de l’Etat Major. Il dut abandonner le pouvoir le 12 décembre, et le pays dut affronter un cycle dramatique sous la forme de plusieurs Gouvernements provisoires, la retentissante bataille de l’Article 81 de la Constitution relatif au Gouvernement Provisoire, la journée sanglante du 28 mai et, finalement, l’arrivée de François Duvalier au pouvoir le 22 septembre.

Les constituants de 1986-87, comme les parlementaires qui ont concocté les amendements de 2010-2012, ne semblent pas avoir eu la curiosité de consulter les textes et les analyses des conjonctures passées qu’elles ont engendrées. Maintenant, il semble trop tard pour refaire ce qui a été mal fait, mis il reste suffisamment de temps, à l’horloge du sérieux et du patriotisme, pour envisager la tache à accomplir au lendemain du 7 février 2021. Le pays besoin d’un énergique coup de balai pour le remettre sur le chemin du Droit Constitutionnel et de la légalité. Un problème fondamental revient à décider non quelle serait la priorité mais quelle décision est prioritaire. A cause du passif qui s’est accumulé, la première initiative devrait privilégier la question constitutionnelle. La procédure de l’amendement n’est plus de mise car la 50ème Législature s’est installée à pas feutrés, sans l’agencement protocolaire et politique qui accompagne un tel passage. Seule une nouvelle Constitution pourrait permettre de repenser l’Etat, ses institutions et ses responsabilités.

Beaucoup de citoyens évoquent avec nostalgie l’efficacité d’un Conseil Constitutionnel qui n’est d’ailleurs pas prévu dans la Constitution de 1987 mais à travers les 13 amendements y relatifs.

Ces derniers embaument le Conseil Constitutionnel dont les parrains géniteurs chacun de trois des neuf membres sont l’Exécutif, le CSPJ et l’Assemblée Nationale qui demeure virtuelle car elle n’est pas sortie des limbes des deux Chambres. D’autres questions peuvent être abordées dans le cadre de discussions assez larges pour impliquer le plus grand nombre de citoyens, telles la lutte contre le virus, l’insécurité, les différents procès qui encombrent l’agenda judiciaire. La question de la conférence nationale dont l’agenda grossit à travers les prises de position devrait intervenir comme une conclusion solennelle.

Ainsi, le passage de la date fétiche du 7 février 2021 n’est pas un moment banal car elle est chargée de virtualités qui peuvent être prometteuses pour l’avenir ou encore tragiques. Il appartient aux citoyens soucieux de l’avenir du pays de se conditionner pour l’accueillir non avec des flambeaux encensoirs, mais avec le sérieux que réclame l’avenir de notre pays."

Mirlande MANIGAT
Constitutionnaliste
Professeure à l’Université Quisqueya
Présidente d’Honneur du RDNP

Tuesday, July 7, 2020

QUE VEULENT LES HOMOSEXUELS EN SOMME?

Président Jovenel Moïse signe un décret légalisant totalement l’avortement,qui
réduit la majorité sexuelle à 15 ans en ses articles 275, 277, et 305,  dénonce       
l'ancien sénateur Jean Renel Sénatus                   .                                                  

Par Me Maurice CELESTIN-NOEL LECHAPEAUTEUR 

Haïti, un pays foncièrement religieux, fortement guidé par d'inflexibles traditions et "véhiculé" par d'innombrables tabous, se trouve depuis quelques jours en proie à des polémiques très enflammées suscitées par des ajouts apportés à notre code pénal. À la va-vite, le Président de la République, pour des raisons inavouées a cru bon, par décret, dans un flot de décrets tombant comme dans une tempête de neige, d'apporter des nouveautés dans ledit code pénal. Sans prêter attention à la mentalité haïtienne, sans faire cas des us et coutumes du peuple, sans le consulter, comme par un coup de massue, il a fait naître une situation qui obtient l'unanimité contre son gouvernement déjà fortement impopulaire, profondément décrié. 

On se demande pourquoi il a mis le doigt dans cette plaie malodorante? Un sujet tabou. Un plat indigeste. En effet l'homosexualité est considérée comme un châtiment, une honte pour les familles possédant des enfants frappés de ce mal. Avec le temps et l'accès aux informations, grâce à la magie de la technologie moderne, une certaine tolérance de la question commence à s'installer dans le corps social. Pianissimo, les lectures, le visionnement des vidéos, les interactions sociales sont pour beaucoup dans l'acceptation des cas qui se font de plus en plus connaître. Timidement. Mine de rien, les pédés et les lesbiennes prennent de l'espace. Ils se font sinon accepter du moins tolérer.  Ils se trouvent une petite place sous le soleil d'Haïti pour se réchauffer et survivre. La mondialisation aidant, ils s'affranchissent même. Certains, à la limite, arrivent jusqu'à  déranger par leur excentricité. De tout temps, il était dit qu'ils et elles occupaient les grands couloirs de l'administration publique, des studios de beauté, même des églises et des établissements scolaires. Mais cela restait au niveau des "on dit". Cependant, toujours est-il que leur mode de vie, que leur fonctionnement n'étaient pas à l'image de ceux et de celles qui vivaient au temps de nos grands parents. De nos jours, comme je l'ai dit, ils ne sont plus marginalisés, ils ne font plus l'objet de profilage. Ils mènent leur vie sans être inquiétés au point que toute la population et même certains d'entre eux se demandent pourquoi monsieur Jovenel MOÏSE croit devoir presser sur l'accélérateur et accorder le droit de mariage entre personnes de même sexe? A-t-il reçu un ordre? Est-ce une stratégie électoraliste? Ce monde-là serait-il assez puissant pour jouer un rôle important dans la prochaine lutte électorale? En tout cas, on est à se poser toutes sortes de questions.  Serait-ce, enfin, pour jouer à la vedette ou créer la diversion? Nul ne sait. L'essentiel, le coup est parti. La cible est où? On attend pour savoir. 

Dans l'intervalle, il y a lieu de se poser une dernière question de savoir si le Président aurait reçu une sévère injonction, une incontournable mise en demeure, s'il aurait subi une pression de la part de l'association internationale des homosexuels, une association qui couvre le monde entier. Une puissante association dont la solidarité entre les membres est étonnamment inébranlable. 
  
Mais quoiqu'il en soit, le pouvoir doit s'attendre à faire face à une autre branche d'opposition très solide qui réunira même un nombre imposant de ses partisans. L'acte n'était pas bien pensé. Le coup n'était pas bien calculé. La concertation n'était pas au rendez-vous. Pour cela, on doit s'attendre à des conséquences regrettables. Improviser et aller trop vite en besogne ne vont jamais sans contrecoups.  Monsieur MOÏSE, à bien considérer, commet trop souvent les mêmes fautes. Il est trop primesautier et déploie trop rapidement ses ailes de néophyte. François Duvalier disait que "l'on ne doit pas précipiter les événements car en le faisant, on risque de se casser la cheville." Souvent on doit laisser aller les choses sur les pas du temps. Laisser au temps le temps de trouver des solutions aux problèmes qui paraissent insolubles. Les homosexuels, pourquoi sont-ils si pressés. En somme, cet empressement est-il de leur côté ou de celui de monsieur MOÏSE? De toutes façons, il y aura toujours lieu de trouver un terrain d'entente et de conciliation. Les québécois disent "qu'il y a toujours moyen de moyenner." S'ils vivent en communauté, il y a possibilité pour eux de protéger leurs biens acquis durant leur vie à deux. Ce n'est pas nécessairement par le mariage. Ils peuvent prendre des dispositions légales autres. Ils ont le droit de se présenter chez un notaire et opter pour la création d'une société légalement constituée à même de protéger, de garantir leurs intérêts. En cas de séparation, ce qui s'apparente à un divorce, le partage des biens se fera avec aisance suivant les clauses du contrat. Ainsi donc,  à part le bonheur que procurent les apparences du mariage entre hommes et femmes, la société légale dûment enregistrée chez le notaire offre autant de garanties aux partenaires de même sexe  ayant des intérêts communs et vivant en communauté. Et, s'agit-il de l'aspect cérémonial: qu'est-ce qui empêche donc les nouveaux associés de réunir leurs amis pour une soirée festive au cours de laquelle sera sablé le champagne alors que de beaux discours seront prononcés.
  
Lesbiennes et pédés, n'allez pas sur le chemin tortueux et dangereux tracé par Jovenel MOÏSE qui aime jouer à la vedette. Vous risquez de vous briser l'astragale.

"Il y a toujours moyen de moyenner" 

Me Maurice CELESTIN-NOEL rmaurice.celestin@gmail.com

LECHAPEAUTEUR