Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Wednesday, August 21, 2024

L'ancien président Michel Martelly sous le coup de sanctions américaines


L’action entreprise aujourd’hui contre Martelly, met en lumière le rôle significatif et déstabilisateur que lui et d’autres officiels corrompus ont joué dans la perpétuation de la crise actuelle en Haïti”
, a déclaré Bradley T. Smith, sous-secrétaire américain par intérim au Terrorisme et au Renseignement financier. 

“Martelly a abusé de son influence afin de faciliter le trafic de drogues dangereuses, dont de la cocaïne, vers les États-Unis”, a indiqué le Département du Trésor américain. 

Les États-Unis ont notamment procédé à un gel de tous les avoirs de l’ancien président haïtien sur leur territoire. Toute entreprise et tout individu basé sur le sol américain est désormais interdit de réaliser n’importe quelle forme de transaction avec M. Martelly.

Le président haïtien de 2011 à 2016 est par ailleurs désormais interdit de se rendre aux Etats-Unis. L’ex-chef d’État avait l’habitude de passer son temps entre la République Dominicaine et Miami, en Floride, et réside actuellement dans la ville côtière floridienne. 

Le porte-parole du Département d’État américain, Verdant Patel, a accusé Michel Martelly d’avoir “utilisé son influence afin de faciliter le trafic de drogues” et d’avoir “soutenu plusieurs gangs basés en Haïti”.

Accusé d'avoir facilité le trafic de drogue

Michel Martelly est accusé par le gouvernement américain d’avoir facilité le trafic de drogues vers le territoire américain, ainsi que de blanchiment d’argent et d’avoir entretenu des liens avec les gangs responsables de nombreuses violences en Haïti. 

Le Canada avait déjà pris des sanctions à l’encontre de l’ancien président fin 2022, une décision qui avait à l’époque été saluée par l’administration américaine.

Michel Martelly, originellement un artiste musical populaire également connu sous le surnom de “Sweet Micky”, avait accédé à la présidence haïtienne en 2011, un an après le séisme dévastateur qui avait frappé Haïti.

Les gangs avec qui les États-Unis accusent Michel Martelly d’être de connivence avec des gangs. Ces derniers contrôlent près de 80% de la capitale haïtienne Port-au-Prince et les principaux axes de circulation du pays. Les gangs en question sont accusés de nombreux meurtres, enlèvements et viols. 

Les États-Unis avaient déjà appelé en juillet à un renforcement des sanctions prises à l’encontre de ces bandes armées.

sources combinées

 

Saturday, May 14, 2022

Quand des oligarques cherchent des voleurs pour gérer la nation (Part-1

Pour l’amour de l’argent, ils ont détruit ce si beau pays où les

gens avaient, autrefois, des chansons plein le cœur, et dans l’âme

le désir fou de vivre là où le temps prenait le temps de s’écouler (MxD)


Par Max Dorismond 

Un titre surprenant pour l’étranger de passage, mais nullement farfelu pour la plupart des natifs. Depuis des temps immémoriaux, une publicité subliminale, une offre d’une banalité déconcertante pour certains, anime le quotidien des Haïtiens. Tu rêves de présider ou de gérer la nation, des « amis » te feront une proposition irréfutable. On ne la projettera jamais sur un panneau ou sur un écran, mais elle est là, omniprésente et sans couleur. Autour d’un verre, entre deux meringues, cette invitation intemporelle roule et roucoule sournoisement dans le décor. Les requins cherchent des « idiots utiles » à manipuler au détriment du bien-être collectif. Les candidats sont légion à postuler et à l’honorer. Le cliquetis des espèces sonnantes et trébuchantes interpelle à la ronde. La morale en a pris un coup, les oligarques ont le beau jeu. 

La preuve de l’existence de cette proposition ténébreuse a été confirmée par le dernier assassinat à date du feu président Moïse, qui diffuse un message d’avertissement sans équivoque. Lors de l’interview d’un très célèbre personnage de Pignon, dans le Nord d’Haïti, le Dr Guy Théodore, un ex-candidat malgré lui, d’autres coïncidences étaient venues étayer cette publicité incitative. 

Si vous n’êtes pas frappé d’amnésie, une simple connaissance de l’histoire nationale vous mettrait sur la piste des maîtres chanteurs dès votre plus jeune âge. Une violence inouïe déborde les pourtours de la scène politique et les institutions pourvoyeuses d’argent depuis la naissance du pays : les heureux élus sont habituellement affublés du titre non moins flatteur de « gouvernement de doublure », où une oligarchie prédatrice, agissant toujours dans l’ombre, noue des relations incestueuses avec le pouvoir en place. 

Donc, à propos de cette sulfureuse publicité ou offre non écrite, un langage sibyllin sera servi à souhait aux éventuels prospects, au point qu’ils ne seront point surpris quand le sujet contre nature leur sera murmuré en douceur au coin d’une table, qu’ils soient dans le circuit politique ou rien. Le cas de Sweet Micky ne fut pas l’exception à la règle. L’interpellation lui fut adressée entre deux « yayades ». 

Bref ! Le pouvoir à tout prix et la prédation galopante se révèlent deux composantes entièrement liées dans l’ADN de nos semblables. C’est une culture de pillage et de violences ou le mot concession est nul et mal venu. Les étrangers qui vivent dans le pays rentrent allègrement dans ce jeu de dupe. Souvenons-nous des causes de l’occupation américaine en 1915. Au départ des Yankees, en 1934, ces mêmes étrangers, redoutant la vengeance des locaux désireux de se débarrasser d’eux, avaient supplié le commandement américain, via une pétition, de demeurer pour toujours dans le décor. 

En 1957, à l’arrivée de François Duvalier, qui maîtrisait assez bien les facteurs de l’équation, la vapeur fut renversée. L’élite d’affaires qui contrôlait le pouvoir à sa guise, avec l’appui de l’armée, a été déstabilisée en faveur des Levantins1 qui avaient financé la campagne du Doc. Ces derniers, qui étaient des petits commerçants issus de l’immigration, obtinrent un nouveau statut. On retrouvait à l’époque les Deeb à la magistrature de Port-au-Prince, Boulos père comme ministre de la santé, Baboun en diplomatie, les Kwali, les Cassis, etc. 

Auparavant, ils n’intégraient pas la politique ni ne flirtaient avec les riches du pays qui les méprisaient. Leur condition d’immigrants misérables ne cadrait pas avec l’opulence de la classe bourgeoise qui leur menait la vie dure dans le commerce de détail. Ne pouvant fréquenter cette classe de privilégiés, plusieurs d’entre eux marièrent des Noir(e)s. N’étant pas assez fortunés, certains, au lieu de se payer un voyage dans leurs pays d’origine pour aller prendre mari ou femme, selon la tradition, se rabattaient sur des Haïtien(ne)s pour convoler en justes noces. Le sénateur Edo Zeny de Jacmel est un exemple typique du fruit de cette alliance, quand il parle de son aïeule, son arrière-grand-mère paysanne jacmélienne (Src : https://youtu.be/McFEleDfLJQ?t=3728  à 1 hr: 2 min: 18 sec). 

Au fur et à mesure que François débarrasse le plancher de cette élite prédatrice, qui est soit assassinée, soit emprisonnée, ou exilée, les Arabes renforcent leur position, et s’enrichissent à vue d’œil, clamant leur victoire avec panache et couleurs. Souvenons-nous de ce p’tit Libanais extraverti, du nom de Kouri, alias Kouri Motocyclette, un garde de corps exhibitionniste du président à vie, qui faisait hurler sa sirène annonçant le passage du chef de l’État. 

Devant la débandade des détrônés, ce qui devait arriver arriva, ces éléments déçus se liguèrent à l’étranger et en Haïti pour reprendre leur place. Mais Duvalier ne se laissa point démonter : ce fut la guerre totale. Nous connaissons l’histoire et sa conclusion avec la défaite de ces jeunes décidés à en découdre avec le pouvoir. 

Mais en 1986, quand la dynastie régnante bascula du fauteuil, les survivants de l’exil retournèrent en Haïti en jurant « jamais plus ». En position de force sur le plan économique, les Levantins, bien enracinés dans le décor, n’offraient aucune prise à l’intimidation. Les revenants, après 30 ans d’absence, rentrent au bercail et, face à la réalité, se résignent à diluer leur Barbancourt avec un peu d’eau frappée au coin du bon sens, pour faire équipe avec les méprisés d’hier. Les mariages heureux des enfants confirment aujourd’hui les alliances pour des lendemains noirs pour Haïti. 

Ainsi renaît cette aristocratie déstabilisante et étouffante qui ne recule devant aucun défi pour contrôler le pipeline d’argent : celui, qui maîtrise le pouvoir et toutes les institutions, possède, en réalité, le tout Haïti. 

Au début de ce vacuum est arrivé le charismatique Jean-Bertrand Aristide, avec un discours emballant et une popularité à toute épreuve. La « théologie de la libération » venue de l’Amérique du Sud s’est propagée à la vitesse de l’éclair sur une nation entière, assoiffée de justice sociale. Elle buvait ses théories et ses préceptes à grande lampée. Mais, c’était sans compter avec cette oligarchie bicéphale et puissante, décidée à ne donner aucune chance au petit peuple. 

Ce sera la première salve des revenants et leurs associés. Devant la réplique de JBA, avec son mouvement Lavalas, synonyme de « taboula raza », beaucoup d’argent a été dépensé par cette élite pour déstabiliser et barrer la route au petit prêtre intimidant des bidonvilles qui avait refusé l’alléchante offre du donnant-donnant. 

En conséquence, des lobbyistes ont été embauchés pour rallier des politiciens étrangers à leur dessein. L’appel téléphonique à Aristide d’un sénateur américain, sous l’instigation du père d’Andy Apaid, du Groupe des 184 et de la plateforme GNB, est une preuve palpable de la détermination de cette équipe : « money talk… ». Et instantanément, le fringant Apaid avait obtenu l’autorisation pour aller narguer le pauvre peuple lors d’une tournée triomphale à Cité-Soleil. 

Titide a perdu une bataille. Plus tard, le temps de le dire, le p’tit prélat a été saisi manu militari et envoyé à Bangui, apporter la bonne parole aux Africains ou aller jouer avec de vrais lions sous les baobabs. 

Depuis lors, les associés ont tracé la ligne à suivre. Il n’y a plus d’armées, mais ils ont leurs gangs bien équipés, qui veillent au grain. Haïti est foutue ! S’en est fait de lui. Ce sont les oligarques qui choisissent tout le monde, du président au directeur. Aucun fauteuil ne sera occupé sans leur approbation.   Lire la suite...

Max Dorismond

 




-NOTE –

1 – Levantin signifie qui vient du levant. D’un point de vue occidental, cette région du monde indique les côtes de l’Asie, le Proche-Orient et l’Égypte. L’adjectif levantin peut désigner un peuple ou une nation. (Src. : Internaute.fr)

Thursday, February 20, 2020

Sweet Micky au Carnaval du Cap-Haïtien : 23 millions de gourdes en cours de décaissement


Michel Martelly et sa team "Bandi Legal" seront au Cap-Haïtien au grand complet durant la période carnavalesque, du 20 au 26 février 2020.

Certains barons du Palais National frustrés pour avoir été écartés à la dernière heure de la fameuse et couteuse délégation ont décidé de vendre la mèche avec un luxe de détails. Ce sont eux qui ont laissé fuiter cette liste soumise par l'équipe de Martelly pour les per diem des policiers. À quelque chose malheur est bon, grâce à eux le peuple va être au courant de ce à quoi vont servir les 23 millions de gourdes que le MEF va décaisser pour Sweet Micky à partir des fonds du service de renseignement du MICT.

Une longue délégation de 153 membres sera au Cap-Haïtien aux frais du trésor public durant les 6 jours de festivités. Toutes les teams et sous-teams sont mobilisées, des "bandits légaux de salon" comme Grégory Mayard Paul jusqu'à la garde prétorienne de Tèt kale constituée de Roro Nelson, Mick-Avin, Jojo Lorquet, Gamall Augustin, entre autres. 

34 policiers sont mobilisés pour sécuriser cette importante délégation. À ces policiers venus de Port-au-prince s'adjoindront toutes les ressources de la PNH du Nord.

L'équipe de Martelly loue un hôtel luxueux dans les hauteurs du Cap. Durant les 6 jours du séjour, aucun client ne sera reçu par l'hôtel s'il ne fait pas partie de la team "bandi legal". Tous les services seront exclusivement dédiés à l'équipe de Sweet Micky du 20 au 26 février 2020. Et tout ça pour une bagatelle somme de 115 000 dollars américains selon des détails fuités du staff de management.

Durant les soirées du 20, 21 et 22 février les restaurants luxueux du Cap sont réservés uniquement à cette délégation. La somme du contrat n'est pas encore parvenue mais arrivera bientôt.

80 motocyclettes à 4 roues sont louées à 50 usd par heure pour une journée  à la Citadelle le 21 février.

La famille Laroche a un contrat de 54 000 dollars americains pour réserver Hôtels, motomarines et restauration pour l'équipe à Labadee et ses environs. 

La compagnie Helico S.A de Shérif Abdallah a un contrat de location de  4 hélicoptères pour évacuation d'urgence à raison de 780 usd par heure, qu'ils volent ou pas. 2 seront réservés exclusivement à la famille Martelly qui sera là-bas au grand complet.

Le Palais (Ardouin Zéphirin) avait proposé de mettre certains véhicules de l'État à leur disposition mais Sophia Martelly et Roro Nelson ont refusé. Ils optent pour la location de voitures. Le contrat sera signé cet après-midi et nous l'aurons sûrement. Selon notre source, cette question de voiture serait à la base du désaccord entre l'équipe de Martelly et celle du palais et a provoqué la fuite de ces informations.

Le plus fou dans tout ça, ils prévoient de l'argent pour ' neutraliser 'toutes les bases du Cap-Haïtien. De Cité Lescot à Madeline, de Nan Bannann à Petite-Anse, de Fatima à Vertières (zone Esso), de Dèyè Ravine à Ste Philomène, tous les trouble-makers vont recevoir de fortes sommes pour ne pas pertuber cette fête que Michel Martelly veut grandiose en vue de préparer son retour sur la scène politique.

Les organisations qui protestent contre l'arrivée de Sweet Micky dans la métropole du Nord seront mises hors d'état de nuire. Une lourde opération d'infiltration est en cours et les derniers récalcitrants  feront face à des "teams ripostes" armés jusqu'aux dents qui ont pour mission de recourir à toutes les méthodes pour neutraliser les protestataires par tous les moyens.

Le char de Sweet Micky est déjà arrivé dans la ville du Cap tôt ce mercredi matin. Une partie de l'équipe est déjà sur place dont le fameux Ti Vlad, chargé de coordonner avec les équipes de terrain. Pour rappel : ce fameux Ti Vlad a été identifié comme le point focal  entre l'équipe de Martelly et le caïd Arnel Joseph. 

Toujours selon la même source, Michel Martelly prévoit d'aller rendre hommage à Saint Jacques Majeur à la Plaine-du-Nord et son patron St Michel dans la plage de Camp-Louise. 

Dossier à suivre. Plus de détails à venir. Les sources promettent d'autres choses qu'elles sont entrain de confirmer.

En attendant, faites circuler ces détails partiels afin que tous les capois soient au courant de cette fête que leur ville recevra du 20 au 26 février 2020. 

A. Jr D.
Okap Lakayanm

Une longue délégation de 153 membres sera au Cap aux frais du trésor public durant les 6 jours de festivités. 



Thursday, January 11, 2018

CHILI – HAITI : ENTRE LA NOSTALGIE ET L’ESPOIR


Le duo Martelly-Magdala lors du festival le 16 décembre 2017


Par Eddy Cavé eddycave@hotmail.com

Ottawa, ce 26 décembre 2017

Je mentirais si je disais que je n’ai pas ressenti un profond malaise en visionnant les premières séquences du spectacle affreux que l’ex-président Michel Martelly a donné le 16 décembre dernier au théâtre Caupolicàn de Santiago du Chili. Je mentirais également si je disais que j’ai perdu tout espoir en l’avenir de la démocratie en Haïti. En réalité, mes pensées oscillent entre une certaine nostalgie et un espoir incertain. Entre le souvenir de mes années d’étudiant à Santiago et le souhait que la diaspora haïtienne du Chili puisse apporter une contribution positive aux mutations de toutes sortes qui s’opèrent dans ce pays.

Teatro Caupolicán, Santiago de Chile
Entre ces deux extrêmes, il y a une large gamme de souvenirs, d’états d’âme et d’émotions intermédiaires déclenchées par les images insolites et les propos orduriers de ce spectacle de plus d’une heure de l’ancien président haïtien. Je pense notamment à l’émerveillement et aux joies de mes premiers jours au Chili en 1965 ; à mon apprentissage de la vie adulte en dehors de l’autorité familiale restée à Jérémie ; à la découverte d’une démocratie formelle très avancée pendant que François Duvalier restaurait ce qu’il appelait la « tradition de la présidence à vie ». Je pense aussi à l’enrichissement intellectuel et professionnel que le Chili offrait aux cadres d’Amérique latine fréquentant les instituts spécialisés créés par L’OEA et l’ONU à Santiago. J’en garde encore le meilleur des souvenirs.

Je ne saurais en même temps passer sous silence ma déception de découvrir à cette époque le conservatisme d’une élite chilienne qui, dans la discrétion de ses salons, manifestait un profond dédain pour les citoyens d’origine modeste ; l’illusion des amis chiliens convaincus que leur pays avait trouvé un équilibre démocratique parfait dans la répartition de la force publique entre l’Armée (El Ejercito) et la Police (Los Carabineros).

Le bombardement de la Moneda  durant le coup d'État
contre Allende le 11 septembre 1973.                         
Dans leur naïveté et l’auto-admiration dans laquelle ils se complaisaient, mes amis socialistes et communistes chiliens allaient jusqu’à expliquer la révolution cubaine par l’influence du climat, ce qui m’offensait presque : « Pero, Joven, son Tropicales !» (Mais ; jeune homme, ces révolutionnaires sont des gens des Tropiques !) Sous-entendu : Nous, nous sommes des citoyens des pays tempérés !

Un matin de septembre 1973, un certain Augusto Pinochet alignait ses chars d’assaut  devant le palais de La Moneda et mettait en veilleuse l’équilibre démocratique qui avait porté Salvador Allende au pouvoir. J’avais toujours dit à mes amis chiliens qu’un coup de force des « milicos » n’était pas impossible dans ce pays protégé en trop grande partie à mes yeux par la théorie de « l’idiosyncrasie chilienne ». Six ans après mon départ du Chili, la confirmation de mon hypothèse, bien intuitive, m’attristait profondément…

L’émigration haïtienne au Chili
Durant un séjour de deux semaines en Haïti, en mai dernier, j’ai eu l’occasion d’observer plusieurs fois, à l’aéroport Toussaint Louverture, les longues files des jeunes compatriotes attendant patiemment le signal de l’embarquement vers Santiago, le nouvel Eden. En cinquante ans, Le Chili avait donc fait un tel bond qu’il était en mesure d’accueillir un flux continuel de travailleurs émigrés, noirs de surcroît, et de leur offrir des perspectives d’avenir alléchantes.

Le calcul arithmétique était simple. Au rythme moyen de 500 émigrés par jour, selon mes interlocuteurs, Haïti déverserait en 100 jours 50 000 émigrés sur la terre de Pablo Neruda et de Gabriela Mistral. C’est en réalité ce qui s’est produit. Au point que le couple Martelly a inscrit Santiago du Chili sur le calendrier de ses tournées à l’étranger et qu’il a rempli le CAOPOLICAN la semaine dernière. Dans une entrevue accordée au reporteur-photographe chilien Fernando Fuentes, Martelly a lui-même précisé que la communauté haïtienne du Chili, qui était de 4000 habitants lors de sa visite au président Sebastián Piñera en 2011, avait dépassé le cap des 100 000 en 2017.

Magdala & Sweet Micky
Le summum de l'indécence
Ma grande déception, c’est que ces centaines de jeunes accourus pour acclamer les frasques de Michel Martelly sont dans une large mesure des victimes de l’échec des politiques des dernières décennies et des années de carnaval permanent du chanteur-président. Un exhibitionionisme qui n’a rien à voir avec les spectacles que les Chiliens ont l’habitude de voir avec des orchestres de salsa comme LA MAESTRANZA de Santiago.

Quand, croyant bien faire, un compatriote apporta à l’ex-président un drapeau bleu et rouge, symbole de notre fierté, ce dernier l’enroula autour de son crâne pour compléter son déguisement. Comble de l’inconscience, les Haïtiens lui ont réservé un accueil triomphal. Comme le font nos compatriotes beaucoup plus aisés de Miami, de New York, de Washington, de Montréal. Si la tendance actuelle devait se poursuivre, le vote populaire le renverrait au Palais national aux prochaines élections. Lui ou un autre des anciens dirigeants indexés dans les divers rapports et articles sur la corruption en Haïti. Tout comme trois condamnés du procès de la Consolidation, tenu sous Nord Alexis en 1903-1904, ont accédé par la suite à la présidence d’Haïti : Cincinnatus Leconte en 1911, Tancrède Auguste en 1912, Vilbrun Guillaume Sam en 1915. 

Ma nostalgie du Chili des années 1960
Le Chili de cette période est encore pour moi un doux souvenir et, dans ma naïveté habituelle, je pensais que ses aspects positifs avaient peu changé. Par exemple, c’était à ma connaissance le seul pays où le cireur de chaussures, confortablement installé sur une place publique, portait chemise blanche, veston, cravates, lisait son journal (en général El Siglo, l’équivalent local de L’Humanité), vous faisait la conversation sur n’importe quel sujet. Du sommet à la base de la pyramide sociale et de la base au sommet, c’était la même chose.

C’était certes le Chili d’une grande poussée inflationniste, du laboratoire d’idées et de stratégies de développement de la CEPAL, de l’économiste Anibal Pinto, mais aussi celui de Nicanor et de Violetta Para, de Pablo Neruda, du sénateur Salvador Allende, des présidents Jorge Alessandry et Eduardo Frey. Et dans la minuscule communauté haïtienne de Santiago, il y avait un code de conduite calqué sur celui de la Cité, autogéré et rarement transgressé. Si même pendant l’été, un étudiant s’avisait de déambuler dans le centre-ville dans une tenue inappropriée, il était réprimandé par ses pairs. D’ailleurs, dès l’arrivée d’un nouvel étudiant au pays, les devanciers lui expliquaient les coutumes locales, le code vestimentaire, le statut d’échantillon, pour ne pas dire de curiosité du Noir, dans un pays qui ne semblait en connaitre qu’un seul, le grand Pélé.

Eddy Cavé (A la plaza Italia de Santiago  en 1966)
Cinquante ans après avoir quitté le Chili, le souvenir de cet aspect de la vie sociale à Santiago dormait encore tranquillement dans ma mémoire quand les premières images du spectacle de Michel Martelly ont commencé à défiler sur l’écran de mon ordinateur. Encore un peu, je tombais de ma chaise. C’est vrai que c’est l’été là-bas maintenant et qu’on s’habille plus légèrement qu’en hiver, mais certains accoutrements m’ont pour le moins surpris. Impossible par ailleurs d’imaginer l’ancien président Edouardo Frey se déhanchant sur la grande scène du CAOPOLICAN sous les applaudissements passionnés des démocrates chrétiens du pays… Je n’en dirai pas plus.

Des motifs d’espoir
Il y a exactement un mois, la jeune communauté haïtienne du Chili était à l’honneur au palais de La Moneda. La présidente du pays, Mme Michelle Bachelet, honorait le jeune héros Richard Joseph qui avait quelques jours plus tôt sauvé, au péril de sa propre vie, une Chilienne qui s’était jetée du balcon d’un 9e étage, dans la commune Independencia. Voyant la jeune femme se projeter dans le vide, Richard Joseph ne s’était pas précipité sur son téléphone, comme de nombreux autres témoins, pour filmer la scène. Il a plutôt offert son corps comme amortisseur et sauvé la vie de cette femme en détresse. Cela faisait moins de trois ans qu’il vivait à Santiago et il devient du jour au lendemain un héros national.

Le héros haïtien Richard Joseph honoré par la présidente
du Chili, Michelle Bachelet.                                           
Si le Chili a l’habitude des sauvetages spectaculaires, il n’a pas moins grandement apprécié l’exploit de Richard Joseph. On se souvient encore du sauvetage, effectué en 2010, des 33 travailleurs de la mine d’or et de cuivre San Jose, dans le désert d’Atacama. Réfugiés à plus de 600 mètres sous terre, ces ouvriers avaient tenu le coup pendant plus de deux mois avant d’être ramenés à la surface à l’aide d’une capsule. Cet exploit avait fait le tour du monde et contribué à alimenter la traditionnelle solidarité chilienne. À une échelle beaucoup plus modeste, Richard Joseph s’était signalé par sa bravoure et sa générosité exemplaires. En outre, il avait fait les manchettes et attiré l’attention de l’opinion publique sur le fait que notre jeune communauté, même privé de grands moyens financiers, était en mesure de contribuer au bien-être et à l’épanouissement de la société du pays d’accueil.

de la chilienne                                                            
Cela dit, je crains fort que les manifestations culturelles souvent bruyantes de notre communauté ne bouleversent pas trop rapidement les habitudes de cette société très conservatrice dont les modèles traditionnels sont Paris, Londres et Madrid. Une société qui admire avec modération ce qui vient des Tropiques et ne correspond pas tout à fait à ses critères et traditions.

Le code de conduite haïtien des années 1960
J’ai parlé au début de cet article du code de conduite que s’était imposé spontanément la minuscule communauté haïtienne de Santiago et qui se résumait ainsi : À Rome, tu fais comme les Romains. Pour les Tropicaux exubérants, passionnés, bruyants et bouillants d’énergie que nous étions, ce n’était pas du tout naturel. D’autant plus que le code de conduite était assorti d’un code vestimentaire très strict : chemise blanche, cravate, veston en toutes circonstances, sauf les matchs de foot l’été.

Rony Smart, Paul Lucien Baron et J-Claude Cambronne
à Santiago en 1966.                                                   
Ainsi, il n’était pas question d’interpeler bruyamment un ami sur un trottoir du centre-ville, de rire aux éclats ou d’élever la voix dans les transports publics, de jouer les comédiens dans les rues, etc. Cela ne se faisait tout simplement pas. Les premiers arrivés transmettaient chaque année le message aux nouveau-venus et l’ambassadeur André Fareau se chargeait de nous  le rappeler continuellement. C’est ainsi que la communauté haïtienne a pu laisser d’excellents souvenirs à Santiago et préparer le terrain pour une immigration qui ne partage pas nécessairement ses valeurs. L’ancien premier ministre Rosny Smarth, qui étudiait à l’époque l’agronomie à Santiago et qui a été récemment ambassadeur d’Haïti au Chili, est un des survivants de cette époque héroïque.

Le mot de la fin
Je suis certainement trop loin et trop vieux pour donner maintenant aux compatriotes qui émigrent, au Chili ou dans tout autre pays, des conseils sur le code de conduite et sur le code vestimentaire à adopter. Dans la descente aux enfers que connaît actuellement le pays, les chances d’être écouté sont peut-être très minces.

Entre la nostalgie et l’espoir, je me réfugie en cette veille de Noël dans un douloureux et interminable questionnement : La dictature a-t-elle changé notre manière d’être, de vivre et de penser au point de nous abêtir de manière irrémédiable ? Le dispositif de déshumanisation mis en place au cours des 50 dernières années a-t-il détruit nos repères au point de faire de nous de purs automates ? Pendant que je me pose ces questions, j’écoute à la radio haïtienne les nouvelles de l’assassinat du révérend père Joseph Simoly et les premières rumeurs d’un attentat à l’arme automatique contre le dénommé Ti Wil des Gonaïves. Haïti est-elle sortie du périmètre du vivre ensemble et que faut-il faire pour l’y ramener ?

SWEET MICKY &  MAGDALA  
Teatro Caupolicán, Santiago de Chile
Entre l’éloge du dénigrement de l’être haïtien que le duo Martelly-Magdala vient de présenter au Caopolicàn  et le film des funérailles de Manno Charlemagne diffusé ce matin sur Youtube, le choix n’est pas très difficile. Je préfère de loin me réfugier avec Manno dans la nostalgie du combat perdu de la chanson engagée que de me torturer à regarder le spectacle de mauvais goût offert par Martelly à une diaspora inconsciente et en panne de repères 


Par Eddy Cavé



Sunday, February 7, 2016

« Le carnaval dure trois jours, la renommée de Liliane est pour l’éternité »


Liliane Pierre-Paul
Parce que le président de la République a osé s’en prendre à elle dans sa méringue carnavalesque en des termes à connotation sexuelle, un vibrant hommage a été rendu vendredi à la journaliste Liliane Pierre Paul, pour dire non à l’inacceptable, la vulgarité, l’insulte, l’inculture, oui à l’intelligence et à la dignité humaine, sous les yeux de patrons de médias, d’artistes, de politiques, de militants des droits humains…

L’ambiance est lourde dans la salle Catteleya de Karibe. Salves d’applaudissements. Le générique de son emblématique édition de nouvelles frédonnée. Emotions. Réminiscences. Robe marron, la tête nouée d'un foulard vert, Liliane, fidèle à son style, s’amène derrière le pupitre. Elle cherche le mot juste, elle qui s’est pourtant attelée sans succès à éluder tout ce concert de louanges, toutes ces apothéoses. Entre des « sentiments confus » et l’envie de dire un merci à la hauteur des hommages, la journaliste, icône de la presse haïtienne, glisse : « C’est du baume sur mon cœur endolori ! » Réapplaudissements nourris. Sourires. Ambiance plombée. Liliane Pierre Paul se lâche. Elle parle de ses expériences, de son vécu, comme un retour aux sources.

Liliane très émue pendant que Jean Jean Roosevelt lui
 chante la chanson qu'il a composée pour elle.              
« Je partage ce moment avec mon confrère Jean Monard Métellus », dit Liliane, soulignant que Jean Monard et lui viennent de vivre cinq ans de martyre sous le régime Tèt Kale. Et voilà, enchaîne-t-elle, pour boucler la boucle, il s’en prend à nous via son « carnaval fatras ». « Ça a une signification et la population réagit ». Justement, dans la méringue carnavalesque de Michel Martelly, chanteur de Sweet Micky et président, celui-ci s’attaque à la journaliste en des termes à connotation sexuelle. Liliane parle d’« une agression sans nom de la part du plus puissant de la République avec les moyens de l’Etat ». Le public retient son souffle. Elle fait des clins d’œil à feu Jean Léopold Dominique, son ancien patron de Radio Haïti Inter, celui qui lui a montré la voie dans le métier de journaliste vers les années 70-75.

Bien avant que Liliane ne revienne sur ses débuts, ses combats pour la démocratie, la liberté d’expression, Jean Jean Roosevelt, qui s’est fendu en début de semaine d’une chanson en son honneur, a chanté pour elle, sous ses yeux émus. Le phrasé de JeanJean a enveloppé la salle. L’assistance est émue. JeanJean chante, le sanglot dans la voix : « Reste debout, n’abandonne pas, ne change pas surtout… » On fredonne. On répète avec lui cet air qui cartonne sur la Toile. Liliane est émue. Des filets de larmes coulent sur ses joues. Ils s’embrassent. S'ensuivent encore des émotions...

Magalie Comeau Denis, ancienne ministre de la Culture, y est allée, elle, de ses mots, de sa verve.« Liliane resplendit. Elle est belle. Elle est belle de son engagement, de son indocilité, de ses combats pour la liberté, de son amour pour Haïti […] », a insisté Magalie Comeau Denis avec une force de caractère qui n’a d’équivalent qu’elle-même. A ses yeux, Liliane est « une femme dont la vie entière est dédiée à chasser les ténèbres ». « Droiture, sens de l’éthique, intégrité, tête haute. Alors elle fait peur, elle inquiète. Parce qu’elle est mue par ses convictions, elle ne peut être que porteuse de victoire », affirme-t-elle, avant de rappeler que « rendre cet hommage à Liliane c’est aussi célébrer les acquis démocratiques pour lesquels elle a payé d’elle-même ». Elle croit que Liliane est une résistante, une amoureuse de la liberté et ennemie du silence, qui a risqué sa vie et celle de sa famille.

Très en colère contre cette méringue qui, bizarrement, cartonne sur la Toile, Magalie Comeau Denis ne fait pas dans les détails, dans l’à-peu-près. « Ceux qui cultivent la haine, l’insulte, la vulgarité, la souillure ne sont que de pauvres esclaves impuissants, prisonniers de leurs passions tristes, totalement impuissants, entièrement dominés par des forces qui naissent de l’ignorance, de la misère, de l’inculture […] », assène-t-elle, avec emphase. Et d’ajouter : « Que peut un carnaval fatras ? Que retiendra l’histoire de son auteur ? Qu’en raconteront les livres aux enfants de ses enfants ? » Elle est applaudie. Silence. Comme une déclaration, une marque de révérence à Liliane, elle rajoute à son adresse : « Tu fais partie de ceux et celles qui contribuent à la beauté du monde… Quelle femme forte… Quel humanisme. »

Un artiste remettant à Liliane son portrait peint sur toile
(Photo: Le Nouvelliste)
Danielle Magloire, sociologue, militante des droits humains, indique que Liliane, par son souci de contextualiser les nouvelles, est une éducatrice. « Elle est une éducatrice pour les jeunes, pour nous aussi les personnes âgées, avec ses rappels, ses mises en contexte quand elle présente les infos », explique-t-elle, insistant sur le fait que « Lili », malgré l’exil, les turbulences, est un « cap toujours gardé et un engagement non atténué ». Danielle Magloire, elle qui a vécu la dictature dans toute sa férocité et qui en a fait les frais, explique que quand « nous disons Lili, c’est avec beaucoup d’affection, de respect ».

Danielle Magloire, qui estime que le travail de Liliane contribue à améliorer l’image des femmes dans toute la société haïtienne, est persuadée que le « carnaval fatras de Sweet Micky », comme elle l’appelle, ne peut aucunement ternir l’image de Liliane. « Pour ternir l’image de quelqu’un, encore aurait-il fallu en avoir la capacité », soutient-elle avant que Lyonel Trouillot n’en prenne le relais. Clope à portée de main, l’auteur de La belle amour humaine n’est pas du tout verbeux. « Notre Liliane, c’est celle qui a vécu sous les Duvalier. C’est celle qui a risqué sa jeunesse alors qu’elle aurait pu faire autre chose comme d’autres jeunes de sa génération », dit-il de sa voix grave. Liliane, croyant qu’avec ce carnaval le président Martelly s’est donné des « funérailles internationales », regarde. Elle écoute, hoche la tête par moments ; elle qui a pris des risques et voilà qu’aujourd’hui toute la société en bénéficie. 
Jean Jean Roosevelt "RESTE DEBOUT" 
Hommage à Liliane Pierre Paul
Le chroniqueur sportif Patrice Dumont pense que le travail de tous ceux qui s’engagent dans ce pays a un « sens philosophique parce que nous avons à nous battre tout le temps contre l’ « animalité pure ». Philosophe, il a plaidé pour l’émergence d’une autre personne humaine en Haïti. Pour y arriver, il invite à suivre Liliane dans une véritable profession de foi pour que chaque jour, «nou vi n pi moun jan nou te toujou moun nan e pou moun gen 1% moun lakay yo, vin gen 99% moun. » Pour Marvel Dandin, Lilianne est une personne très humble, très réservée, elle ne se sent pas à l’aise avec tout ce concert d’hommages. Il parle de « crime artistique » pour qualifier la méringue de Michel Martelly. Il a plaidé pour un « engagement de tous », pour une autre société. « Si nou pè, nou bannann », dit-il, sous une salve d’applaudissements et de rires.

Liliane Pierre-Paul posant avec Maître Gérard Gougue
(Photo Le Nouvelliste)
Gérard Gourgue, 90 ans, avec son naturel humour, exhibe son amour pour la femme haïtienne. « Je suis indigné et étonné de voir des gens, des néophytes dans la politique, qui ne connaissent pas ce pays, son histoire, qui ne connaissent que le tambour, se permettent d’opiner sur Liliane », s’exclame-t-il. Il croit que la femme haïtienne est une femme de courage, de dignité… « Le carnaval dure trois jours mais la renommée de Liliane dure pour l’éternité », soutient-il avec l’éloquence qu’on lui connaît avant que Liliane ne reçoive des fleurs, des plaques d’honneur et un portrait signé d’un jeune artiste haïtien qui a étalé toute son affection, tout son amour, à la présentatrice vedette de la très populaire édition de nouvelles « jounal 4è » Radio Kiskeya.
Yves Lafortune, l'organisateur de la journée d'hommage
 saluant Liliane Pierre Paul.                                         
Yves Lafortune, lui qui a piloté cette initiative citoyenne, a effleuré la contribution du personnage dans la construction de la démocratie en Haïti. Il a dressé un réquisitoire implacable des maux de notre pays. « Il nous faut retrouver notre dignité. Il nous faut de nouvelles élites », a-t-il dit, s’adressant à Liliane, objet de toutes les amours. Ce vendredi, à Karibe, le dos à la démagogique méringue de Martelly, Liliane est heureuse. Heureuse d’entendre les vers de James Noël, les diatribes de KEB contre le statu quo, bref, heureuse de voir cette brochette de personnalités lui témoigner leurs sympathies. Preuve qu’il y a encore en Haïti une minorité qualitative de gens qui croient dans la dignité, dans les vertus humaines… 

Source: Le Nouvelliste
Juno Jean Baptiste jjeanbaptiste@lenouvelliste.com

Hommage à Liliane Pierre Paul
Havana GuitarNight - partie1 
Poésie en background ( Jean L. Dominique )

Hommage à Liliane Pierre Paul
Havana GuitarNight - partie 2

Saturday, February 6, 2016

Chant du cygne de Michel Martelly

LE PRÉSIDENT HAÏTIEN PERSISTE DANS L’INSULTE FAITE AUX FEMMES

Par Robert Berrouët-Oriol
Montréal, le 4 février 2016
Robert Berrouët-Oriol
On le savait en public vulgaire et ordurier… Sa déjà vieille « carrière » de musicien –plus précisément de clown amuseur public--, est dans le champ artistique jonchée de détritus paroliers, d’appels aux pulsions violentes les plus archaïques et discriminantes. Malgré cela, ou sans doute à cause de cela, une partie de la petite bourgeoisie pétionvilleoise traditionnellement privilégiée ainsi qu’une ample frange du lumpen prolétariat des grandes villes flanquée de « lumpen professionnels » et de « lumpen intellectuels » ont plébiscité la musique obtuse de Sweet Micky autoproclamé « président du konpa ». De là à vouloir fantasmatiquement devenir président tout court du pays, il n’y avait qu’un pas à franchir et il l’a fait sous la houlette de certains occultes « amis » d’Haïti et dans le droit fil d’une mesurable faillite de l’État haïtien.

On le savait en public grossier et scatologique, méprisant les intellectuels, les écrivains comme les poètes, et voici que par un obscur golpe électoral concocté en vase clos l’Organisation des États américains (OEA) a su l’imposer en 2011 comme président de la République d’Haïti. Ce golpe électoral foulait lors aux pieds la vérité des urnes dans un contexte où moins de 20% de la population d’Haïti s’était prévalu de son droit de vote…

Michel Martelly (à gauche) et Jean-Claude Duvalier (à droite)
L’autoproclamé « président du konpa », devenu président d’Haïti à l’aune d’une périlleuse magouille, s’est appliqué dès son arrivée au pouvoir à instituer le règne des « bandits légaux » dans l’Administration du pays et à afficher ses liens avec les plus connus des narcotrafiquants haïtiens. Admirateur des Léopards de Jean Claude Duvalier –corps militaire anti guérilla de préservation du pouvoir de la dictature mis sur pied par la CIA au début des années 1970--, ami affiché des narcotrafiquants de l’Armée d’Haïti qui ont fomenté le coup d’État de 1991, Sweet Micky alias Michel Martelly est également connu pour sa misogynie, son mépris affiché des femmes, en particulier pour les femmes qui représentent en Haïti un modèle citoyen.

Mépris halluciné des femmes 
On l’a vu à l’œuvre ces derniers mois et les frasques du chanteur-président n’ont pas manqué de soulever un tollé dans les médias sociaux comme dans la presse traditionnelle. Ainsi, le Nouvelliste d’Haïti rapporte les propos de plusieurs interlocuteurs qui assument à visière levée que Michel Martelly est « […] une honte pour le pays, il n’est pas à sa place, il déshonore la fonction de président de la République, […] il n’est pas lucide… » […] les réactions après les injures du chef de l’État contre cette dame lors d’un meeting à Miragoâne mardi dernier [28 juillet 2015] ne sont pas tendres envers le locataire du palais national. Dans les réseaux sociaux et dans les médias, les gens ont exprimé leur colère contre le président de la République. » [… S’exprimant elle aussi,] « La militante de défense des droits de la femme, la sociologue Danielle Magloire, considère comme une agression sexuelle les propos de Michel Martelly contre cette dame à Miragoâne. » (« Michel Martelly a encore frappé fort…» ), Le Nouvelliste du 30 juillet 2015.  

Plus près de nous, la presse nationale et internationale s’est indignée avec raison face au déferlement de haine et de mépris contenu dans la méringue carnavalesque que diffuse en Haïti Sweet Micky alias Michel Martelly (voir l’article «Le carnaval démagogique du président d Haïti », journal Libération, édition du 2 février 2016); voir aussi l’article le plus récent, « Haïti-Médias : concert de condamnations de la chanson sexiste de Martelly contre la journaliste Liliane Pierre Paul », AlterPresse, édition du 4 février 2016 : ).

Calomnieuse, méprisante et ouvertement sexuellement agressante, la version 2016 de la méringue carnavalesque du chanteur-président s’intitule « Ba l bannann nan » (« donne-lui la banane ») et de nombreux médias haïtiens refusent courageusement de la diffuser alors même que dans la nuit du 30 novembre 2015 les locaux de Radio télé Kiskeya ont été l’objet de tirs d’armes à feu (voir l’article «Attaque armée contre les locaux de Radio Télé Kiskeya » : ). La méringue carnavalesque du chanteur-président cible avec violence deux journalistes de renom, Jean Monard Métellus, qui dirige l’émission « Ranmasé » de Radio télévision caraïbes, et Liliane Pierre-Paul, animatrice du journal quotidien en créole de Radio Kiskeya, « Jounal katrè ». Depuis Port-au-Prince l’Agence en ligne AlterPresse, tout en rappelant l’hostilité constante de Michel Martelly à l’égard de la presse, fait un état des lieux en ces termes :

Liliane Pierre-Paul
« Un fragment d’une méringue carnavalesque de « Sweet Micky » (Michel Martelly), dans laquelle est fredonné le refrain Ti Lili (en référence à la journaliste Liliane Pierre-Paul, que Martelly voudrait ridiculiser), circule sur les réseaux sociaux, depuis la fin de l’année 2015. Cette meringue attentatoire de Michel Martelly cible la journaliste et directrice de programmation de Radio Télé Kiskeya, Liliane Pierre-Paul, qui a été déjà qualifiée par Martelly de Ti Lili dans le cadre d’une interview à Radio Télévision Caraïbes (Rtvc). Dans une note datée du 16 décembre 2015, l’Association nationale des médias haïtiens (Anmh) a dénoncé cette méringue carnavalesque de « Sweet Micky », qui a repris son costume de musicien-amuseur public à travers cet acte inqualifiable, qui traduit son irresponsabilité et son incurie. » (« Haïti-Culture : le carnaval national 2016, prévu à Port-au-Prince du 7 au 9 février, malgré le marasme économique et une période tumultueuse », AlterPresse, édition du 19 janvier 2016.

Dans une société haïtienne archaïque et profondément machiste, l’attitude de Sweet Micky alias Michel Martelly participe d’un séculaire mépris des femmes et d’un lourd déficit de citoyenneté légué par la dictature duvaliériste. Alors même que la période du carnaval est celle durant laquelle s’exprime la défiance, la critique satirique, la dérision, les « pwen » et autres piques peu amènes pour les pouvoirs en place, l’actuel locataire du Palais national entend lui aussi « jouir de la liberté d’expression » pour contrer ceux qui ont osé porter un regard critique sur son erratique gestion du pays ces cinq dernières années. Mais pour répondre aux journalistes assimilés à des détracteurs, Sweet Micky alias Michel Martelly emploie le seul langage qu’il connaît, celui du rapport de forces inégal, de la calomnie sous le manteau de l’impunité, de la menace implicite et de la néantisation des femmes selon l’évangile misogyne. Fidèle à lui-même, il s’exprime de manière vulgaire et scatologique : il fait du Sweet Micky drapé en président de la République. Et puisque la sexualité-de-domination est le lieu par excellence de l’infantilisation, du mépris et de la néantisation des femmes, c’est sur le terrain d’une sexualité violentée qu’il convie celle qui est visée par son mépris, « Ti Lili » (« Petite Lili »), surnom de Madame Liliane Pierre-Paul que seuls les amis intimes et les proches parents ont le droit d’utiliser. En créole haïtien, le « ti » réfère aussi à une catégorisation de « petit », de subalterne, de « moitié de », de second rôle, et le chanteur-président le sait bien lorsqu’il choisit de catégoriser ainsi une journaliste connue pour sa droiture et qui, emprisonnée et torturée dans les années 1980, a été violentée dans sa chair sous la dictature de Jean Claude Duvalier.Madame Liliane Pierre-Paul a été violentée à l’instar de l’actuel « premier Ministre » Evans Paul qui, lui, arrêté et torturé à la même époque, a choisi en dehors de toute justice-réparation la voie peu reluisante de la compromission avec ses bourreaux : il n’a pas hésité à serrer la main et à poser aux côtés du nazillon Jean Claude Duvalier et du zenglendo Prosper Avril, aux Gonaïves, le 1er janvier 2014. 

KPLIM, Jean-Claude Duvalier, Michel Martelly, Prosper Avril
(De gauche à droite)
En pratiquant le dénigrement et le mépris pour Liliane Pierre-Paul --considérée comme un symbole de la démocratie en Haiti--, dans la méringue carnavalesque « Ba l bannann nan », Sweet Micky alias Michel Martelly tente de saper les conquêtes féministes des trente dernières années ainsi que les acquis mesurables mais encore fragiles du camp démocratique haïtien dans ses différentes composantes. Sans tomber dans le piège de la provocation « détournante » du locataire du Palais national d’Haïti, il importe de bien comprendre que le chanteur-président poursuit un objectif stratégique que l’on peut également retracer dans la récente cabale menée sur Storm TV par des proches du pouvoir tèt kale :

« Le directeur général de la station [Radio télévision Kiskeya], Marvel Dandin, qui intervenait au cours du dit journal, a cité deux proches de Michel Martelly connu sous les noms de Ronald (Roro) Nelson et Jojo Lorquet, dans le cadre d’une émission réalisée sur Storm TV, qui s’amusaient à « dénigrer la directrice de programmation de Radio/Télé Kiskeya ». « Si Liliane a une famille, qu’elle le présente à la population », a déclaré l’un des deux individus susmentionnés. « Si Liliane avait un fils ou une fille, ce serait celui ou celle qu’elle avait eu d’un officier de l’armée d’Haïti pendant qu’elle était en prison », a renchéri l’autre animateur de l’émission diffusée sur Storm TV. » (« Liliane Pierre-Paul, victime de « dénigrement » de la part de deux proches du président Martelly », Radio télévision caraïbes, 24 janvier 2016 : )

Détourner l’attention citoyenne de la catastrophe électorale de 2015
En définitive, avec  la méringue carnavalesque « Ba l bannann nan », et à l’aide de la cabale conduite sur Storm TV, il s’agit pour Sweet Micky alias Michel Martelly de détourner l’attention citoyenne de la catastrophe électorale de 2015 et de la fin constitutionnelle du mandat du président le 7 février 2016… afin qu’il puisse parachuter un successeur qui lui soit dédié ou qui lui soit lié, comme après 1986 les tontons macoutes avaient tenté de prolonger la durée de vie du duvaliérisme sans Jean Claude Duvalier. Le pouvoir néo-duvaliériste de Sweet Micky alias Michel Martelly connaît parfaitement son modèle, le jeanclaudisme illusionniste, et il entend poursuivre sa stratégie garantissant la perduration du néoduvaliérisme en Haïti (voir Robert Berrouët-Oriol : « Le retour du duvalierisme en Haïti sous le manteau rose de la «  réconciliation nationale »). Il est donc « logique » que ce pouvoir néo-duvaliériste attaque aussi violemment Liliane Pierre-Paul et Jean Monard Métellus : en réalité c’est l’idée même de démocratie et d’État de droit qui est attaquée sous couvert de méringue carnavalesque. 

Tel me semble être le véritable enjeu à l’œuvre dans la conception et la diffusion de la méringue carnavalesque « Ba l bannann nan », dans la manière dont Sweet Micky alias Michel Martelly exprime sa tortueuse misogynie, son profond mépris des femmes haïtiennes qui est, en structure profonde de son propos, un radical mépris pour l’entrée des femmes haïtiennes dans une citoyenneté moderne et responsable. Et pareil mépris se donne également à voir dans d’autres secteurs de la vie nationale. Ainsi, la présidence du chanteur-amuseur public a réactivé et alimenté le préjugé de couleur en Haïti, l’arrogance méprisante des mulâtristes contre le reste de la population ; elle a pour l’essentiel mobilisé (rale yon bak) et conforté ce que la société haïtienne a de plus obscur, de plus réactionnaire et de plus mystificateur dans la gouvernance du pays, au point où certaines âmes pieuses ivres de promesses se sont laissé piéger, ont cru que le tandem Martelly/Lamothe avait une « vision éducative » pour le pays (projet Psugo) sinon une « vision équilibrée de la question linguistique haïtienne » et du créole (projet Académie créole)…

Début février 2016, l’un des termes de l’alternative qui se tisse est bien de contrer efficacement la stratégie de perduration du néoduvaliérisme en Haïti dans l’après Martelly : le très court terme saura le montrer. L’autre terme pourrait être l’exercice du droit citoyen de Jean Monard Métellus et de Liliane Pierre-Paul de porter plainte dès le 8 février 2016 contre le dénommé Michel Martelly redevenu simple citoyen et ne bénéficiant plus de l’immunité attachée à la fonction présidentielle. Pareille plainte devant les juridictions nationale et internationale compétentes sera un temps fort et aura valeur d’enseignement, notamment pour les jeunes, dans le combat des femmes haïtiennes pour le respect et la dignité et vers l’accès à la pleine citoyenneté.

Hommage de Jean Jean Roosevelt à Liliane Pierre Paul

"Reste debout"