Pour l’amour de l’argent, ils ont détruit ce si beau
pays où les
gens avaient, autrefois, des chansons plein
le cœur, et dans l’âme
le désir fou de vivre là où le
temps prenait le temps de s’écouler (MxD)
Par Max Dorismond
Un titre surprenant pour l’étranger
de passage, mais nullement farfelu pour la plupart des natifs. Depuis des temps
immémoriaux, une publicité subliminale, une offre d’une banalité déconcertante
pour certains, anime le quotidien des Haïtiens. Tu rêves de présider ou de
gérer la nation, des « amis » te feront une
proposition irréfutable. On ne la projettera jamais sur un panneau ou sur un
écran, mais elle est là, omniprésente et sans couleur. Autour d’un verre, entre
deux meringues, cette invitation intemporelle roule et roucoule sournoisement dans
le décor. Les requins cherchent des « idiots utiles » à manipuler au
détriment du bien-être collectif. Les candidats sont légion à postuler et à
l’honorer. Le cliquetis des espèces sonnantes et trébuchantes interpelle à la
ronde. La morale en a pris un coup, les oligarques ont le beau jeu.
La preuve de l’existence
de cette proposition ténébreuse a été confirmée par le dernier assassinat à
date du feu président Moïse, qui diffuse un message d’avertissement sans
équivoque. Lors de l’interview d’un très célèbre personnage de Pignon, dans le Nord
d’Haïti, le Dr Guy Théodore, un ex-candidat malgré lui, d’autres coïncidences étaient
venues étayer cette publicité incitative.
Si vous n’êtes pas frappé
d’amnésie, une simple connaissance de l’histoire nationale vous mettrait sur la
piste des maîtres chanteurs dès votre plus jeune âge. Une violence inouïe déborde
les pourtours de la scène politique et les institutions pourvoyeuses d’argent
depuis la naissance du pays : les heureux élus sont habituellement affublés
du titre non moins flatteur de « gouvernement de doublure », où une
oligarchie prédatrice, agissant toujours dans l’ombre, noue des relations
incestueuses avec le pouvoir en place.
Donc, à propos de cette sulfureuse
publicité ou offre non écrite, un langage sibyllin sera servi à souhait aux
éventuels prospects, au point qu’ils ne seront point surpris quand le sujet contre
nature leur sera murmuré en douceur au coin d’une table, qu’ils soient dans le
circuit politique ou rien. Le cas de Sweet Micky ne fut pas l’exception à la
règle. L’interpellation lui fut adressée entre deux « yayades ».
Bref ! Le pouvoir à
tout prix et la prédation galopante se révèlent deux composantes entièrement
liées dans l’ADN de nos semblables. C’est une culture de pillage et de
violences ou le mot concession est nul et mal venu. Les étrangers qui vivent
dans le pays rentrent allègrement dans ce jeu de dupe. Souvenons-nous des
causes de l’occupation américaine en 1915. Au départ des Yankees, en 1934, ces
mêmes étrangers, redoutant la vengeance des locaux désireux de se débarrasser
d’eux, avaient supplié le commandement américain, via une pétition, de demeurer
pour toujours dans le décor.
En 1957, à l’arrivée de
François Duvalier, qui maîtrisait assez bien les facteurs de l’équation, la
vapeur fut renversée. L’élite d’affaires qui contrôlait le pouvoir à sa guise,
avec l’appui de l’armée, a été déstabilisée en faveur des Levantins1 qui avaient financé la campagne du Doc.
Ces derniers, qui étaient des petits commerçants issus de l’immigration, obtinrent
un nouveau statut. On retrouvait à l’époque les Deeb à la magistrature de Port-au-Prince,
Boulos père comme ministre de la santé, Baboun en diplomatie, les Kwali, les
Cassis, etc.
Auparavant, ils n’intégraient
pas la politique ni ne flirtaient avec les riches du pays qui les méprisaient. Leur
condition d’immigrants misérables ne cadrait pas avec l’opulence de la classe
bourgeoise qui leur menait la vie dure dans le commerce de détail. Ne pouvant
fréquenter cette classe de privilégiés, plusieurs d’entre eux marièrent des Noir(e)s.
N’étant pas assez fortunés, certains, au lieu de se payer un voyage dans leurs
pays d’origine pour aller prendre mari ou femme, selon la tradition, se rabattaient
sur des Haïtien(ne)s pour convoler en justes noces. Le sénateur Edo Zeny de
Jacmel est un exemple typique du fruit de cette alliance, quand il parle de son
aïeule, son arrière-grand-mère paysanne jacmélienne (Src : https://youtu.be/McFEleDfLJQ?t=3728 à 1 hr: 2 min: 18 sec).
Au fur et à mesure que
François débarrasse le plancher de cette élite prédatrice, qui est soit
assassinée, soit emprisonnée, ou exilée, les Arabes renforcent leur position,
et s’enrichissent à vue d’œil, clamant leur victoire avec panache et couleurs.
Souvenons-nous de ce p’tit Libanais extraverti, du nom de Kouri, alias Kouri
Motocyclette, un garde de corps exhibitionniste du président à vie, qui faisait
hurler sa sirène annonçant le passage du chef de l’État.
Devant la débandade des détrônés,
ce qui devait arriver arriva, ces éléments déçus se liguèrent à l’étranger et
en Haïti pour reprendre leur place. Mais Duvalier ne se laissa point
démonter : ce fut la guerre totale. Nous connaissons l’histoire et sa
conclusion avec la défaite de ces jeunes décidés à en découdre avec le pouvoir.
Mais en 1986, quand la
dynastie régnante bascula du fauteuil, les survivants de l’exil retournèrent en
Haïti en jurant « jamais plus ». En position
de force sur le plan économique, les Levantins, bien enracinés dans le décor, n’offraient
aucune prise à l’intimidation. Les revenants, après 30 ans d’absence, rentrent
au bercail et, face à la réalité, se résignent à diluer leur Barbancourt avec
un peu d’eau frappée au coin du bon sens, pour faire équipe avec les méprisés d’hier.
Les mariages heureux des enfants confirment aujourd’hui les alliances pour des
lendemains noirs pour Haïti.
Ainsi renaît cette aristocratie
déstabilisante et étouffante qui ne recule devant aucun défi pour contrôler le pipeline
d’argent : celui, qui maîtrise le pouvoir et toutes les institutions, possède,
en réalité, le tout Haïti.
Au début de ce vacuum est
arrivé le charismatique Jean-Bertrand Aristide, avec un discours emballant et
une popularité à toute épreuve. La « théologie de la libération » venue de l’Amérique
du Sud s’est propagée à la vitesse de l’éclair sur une nation entière, assoiffée
de justice sociale. Elle buvait ses théories et ses préceptes à grande lampée. Mais,
c’était sans compter avec cette oligarchie bicéphale et puissante, décidée à ne
donner aucune chance au petit peuple.
Ce sera la première salve
des revenants et leurs associés. Devant la réplique de JBA, avec son mouvement
Lavalas, synonyme de « taboula raza », beaucoup
d’argent a été dépensé par cette élite pour déstabiliser et barrer la route au
petit prêtre intimidant des bidonvilles qui avait refusé l’alléchante offre du
donnant-donnant.
En conséquence, des lobbyistes
ont été embauchés pour rallier des politiciens étrangers à leur dessein. L’appel
téléphonique à Aristide d’un sénateur américain, sous l’instigation du père d’Andy
Apaid, du Groupe des 184 et de la plateforme GNB, est une preuve palpable
de la détermination de cette équipe : « money talk… ». Et
instantanément, le fringant Apaid avait obtenu l’autorisation pour aller narguer
le pauvre peuple lors d’une tournée triomphale à Cité-Soleil.
Titide a perdu une
bataille. Plus tard, le temps de le dire, le p’tit prélat a été saisi manu militari
et envoyé à Bangui, apporter la bonne parole aux Africains ou aller jouer avec de
vrais lions sous les baobabs.
Depuis lors, les associés ont
tracé la ligne à suivre. Il n’y a plus d’armées, mais ils ont leurs gangs bien
équipés, qui veillent au grain. Haïti est foutue ! S’en est fait
de lui. Ce sont les oligarques qui choisissent tout le monde, du président au
directeur. Aucun fauteuil ne sera occupé sans leur approbation. Lire la suite...
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| Max Dorismond |
-NOTE
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1 – Levantin signifie qui
vient du levant. D’un point de vue occidental, cette région du monde indique
les côtes de l’Asie, le Proche-Orient et l’Égypte. L’adjectif levantin peut
désigner un peuple ou une nation. (Src. : Internaute.fr)