Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Monday, March 14, 2016

Le tremblement de terre de 1842 au Cap-Haïtien (Haïti)

Une tranche d'histoire d'Haïti - (L'événement de 1842) 
Par Julmiste Manius 
Entrée principale de la ville du Cap-Haïtien
Le samedi 7 mai 1842, un violent tremblement de terre que l'on considère comme la plus grande catastrophe naturelle de son histoire frappait la République d'Haïti. Ressenti dans presque toutes les parties de l'île, cet épouvantable séisme allait détruire toutes les villes de sa côte atlantique et anéantir en un moment des agglomérations comme le Môle Saint-Nicolas, Port-de-Paix et Fort-Liberté. Les secousses, qui durèrent environ six minutes, firent également des dégâts à Port-au-Prince, à Saint-Marc et aux Gonaïves, mais la ville la plus touchée du pays sera le Cap-Haïtien, l'ancienne capitale de Saint-Domingue qui, d'un seul coup, fut réduit en cendres. C'était alors une cité florissante qui prospérait par son négoce maritime, une ville pleine de vie et de mouvement dominée par une classe de grands planteurs opulents et par un non moins fastueuse bourgeoisie d'affaires.

Juste avant la catastrophe, le Cap était encore considéré, avec New Orléans et Québec, comme l'un des trois principaux centres commerciaux et culturels de l'Amérique francophone.

La ville n'est pas grande mais elle est très bien tracée,
                     
John Candler, l'auteur d'un Brief notices of Hayti, un ouvrage publié peu de temps avant la destruction de la ville, rapporte que le Cap lui paraissait assez semblable à Saint-Pierre de la Martinique avec 27 rues orientées d'est en ouest et coupées à angle droit par 19 autres allant du nord au sud. Candler décrit aussi les maisons, d'immenses bâtisses dont les rez-de-chaussé sont occupés par des commerces, des étables ou des entrepôts alors que les familles résident dans les deux ou trois étages supérieurs. John Candler Brief notices of Hayti, un ouvrage publié peu de temps avant la destruction de la ville.

Dans ses Mémoires encore inédits, mais dont quelques extraits ont été publiés en 1942 grâce aux soins de son neveu, M. Elie Lambert, l'écrivain et homme d'État haïtien, Demesvar Delorme, un témoin direct de la catastrophe, parle du Cap comme d'une «ville de politesse, de manières recherchées, quintessenciées même, raffolant du roman, du chevaleresque, aimant les épiques récits de galantes aventures, comme l'Espagne de Cervantès».

Le Paris de Saint-Domingue
L'église de Milot, détruite elle aussi par le tremble
ment de terre a été restaurée vers les années 30  
                                                                      
Même après la chute du royaume de Christophe, le Cap-Haïtien qui disputait encore à Port-au-Prince l'hégémonie financière et intellectuelle d'Haïti, ne le cédera vraiment à sa rivale qu'après le tremblement de terre de 1842. En un moment, cette ravissante cité de pierre avec ses édifices, ses belles demeures, ses vastes entrepôts, ses riches commerces et tous ses superbes monuments coloniaux qui en faisaient le Paris de Saint-Domingue, (si finement décrit par Victor Hugo dans Bug-Jargal) se trouvèrent anéantis. On estime généralement à cinq mille le nombre des victimes ensevelis sous les décombres, soit presque la moitié de la population de la ville.

Demesvar Delorme
Demesvar Delorme jouait aux billes avec son frère, lorsqu'il remarqua que certains des soldats qui défilaient lors de la parade du samedi trébuchaient et tombaient de façon assez grotesque. «Un bruit sourd, nous dit-il, un grondement lointain, lugubre, comme sortant d'un gouffre profond se fait entendre du côté de l'est. [...] Nous chancelons, mon frère et moi tombons aussi. Le mur de la caserne au nord s'ébranle et tombe presque en même temps que nous. [...] Le clocher de la cathédrale que j'avais en face se mit à balancer dans l'air, les cloches sonnant à route volée en carillon sans rythme, sinistre, un glas horrible. Le clocher s'écroule, les parties hautes les premières. Puis l'église s'abat, et toutes les maisons environnantes, et toutes les maisons que je voyais, et enfin la ville entière. Tout cela avec un bruit sans nom, grondant au milieu d'une buée épaisse sortie des murailles brisées et qui s'épaississent de plus en plus était devenu un nuage noir, lugubre, comme ceux des grosses tempête sur mer, et bientôt sillonnée comme eux de lueurs rouges, ardentes, agitées en tous les sens».

La cathédrale Notre Dame a été restaurée en 1942,
cent ans après son écroulement sous le gouverne-  
ment d'Elie Lescot.                                                   
Après la catastrophe, Delorme nous dit comment il se rendit en vitesse chez ses parents où l'on commençait à peine à se réjouir du fait que personne n'avait péri, lorsqu'un de ses oncles maternels vint aux nouvelles avec ses vêtements maculés de sang. L'oncle s'empressa de leur expliquer qu'il s'agissait du sang d'une infortunée marchande du marché communal qu'il venait d'aider à dégager des décombres après qu'elle eut reçu une poutre sur les jambes. Peu après, tous les membres de la famine Delorme se rendaient au Champ-de-Mars. C'est sur cette grande place ou cinquante ans auparavant Sonthonax proclamait la liberté des esclaves de Saint-Domingue qu' ils passèrent la nuit à la belle étoile pendant que les incendies faisaient rougeoyer la ville tout autour d'eux. En effet, comme le séisme était survenu à l'heure où l'on préparait le repas du soir, les feux de cuisine n'avaient pas tardé à transformer les ruines en un immense brasier.

La population, épouvantée par les répliques intermittentes qui durèrent au-delà d'un mois, ne dormait plus que dans la rue, sur les places publiques ou encore dans l'édifice miraculeusement épargné abritant l'ancien opéra royal de Christophe. (Aujourd'hui loge maçonnique l'Haïtienne). Le petit Demesvar, il était alors âgé de 11 ans, nous dit qu'à son réveil, au lendemain du cataclysme, il vit arriver le gérant de l'habitation de ses parents sur un cabrouet tiré par des bœufs. Il venait les chercher dans cet équipage pour les conduire avec armes et bagages à la campagne ou ils allaient vivre désormais.

L'événement
Les vestiges du palais de Sans-Souci sévèrement
endommagé par le tremblement de terre de 1842 
Le Cap-Haïtien porte aujourd'hui encore les nombreux stigmates de cet affreux tremblement de terre que par euphémisme, ses habitants appelleront «l'événement». La cathédrale du Cap, un imposant édifice de style néo-classique, ne sera entièrement restaurée que cent ans après son écroulement, en 1942, sous le gouvernement d'Elie Lescot. Le séisme n'épargna pas la Citadelle et infligea des dommages irrémédiables au palais de Sans-Souci, dont la chapelle sera cependant fidèlement reconstruite sous l'administration de Stenio Vincent. Au fait, tout le patrimoine bâti de la ville a été anéanti au moment du tremblement de terre de 1842 et le Cap contemporain n'est que la reproduction architecturale du premier.

Aucune de ces imposantes résidences de deux ou trois étages n'ont résisté à la force du séisme et la nouvelle ville a été construite sur l'épaisse couche de gravats de l'ancienne. Signalons que la ville coloniale avait été édifiée avec l'ardoise, la tuile, la pierre de taille, le granit ainsi que d'autres matériaux nobles arrivant de France, plus particulièrement des environs de Nantes et de La Rochelle. Il va sans dire que des fouilles archéologiques seraient extrêmement instructives sur l'aspect matériel de la cité détruite et du mode de vie de ses habitants.

La ville se trouve sur la côte ouest de la baie du 
Cap-Haïtien, à l'embouchure de la rivière Haut-du
-Cap et est dominée par le morne Jean qui culmine
à 718 mètre d'altitude. (Cliquez pour agrandir)    
Pour en revenir au désastre de 1842, il n'est peut-être pas inutile de rappeler que les Capois affrontèrent seuls toutes ces grandes épreuves morales et matérielles qui les accablaient. Après «l'événement» en effet, aucun secours ne fut organisé par les autorités haïtiennes et aucune assistance ne parvint non plus de l'étranger. Il faudra attendre 1844, pour que le gouvernement haïtien, après une visite du président Philippe Guerrier, accorde cinquante mille gourdes à la ville qui serviront à reconstruire le quai et à déblayer les rues de leurs décombres. Pendant tout le XIXème siècle et au-delà, la ville restera parsemée de ruines familièrement appelées «masures» ou «cailles boulés», vestige de la catastrophe de 1842.
  
Ce n'est que vingt-cinq ans plus tard qu'une nouvelle prospérité allait permettre la lente reconstruction du Cap, mais en 1842, Haïti perdait sa deuxième ville en importance, une ville brillante, un centre économique florissant qu'elle ne retrouvera peut-être jamais tout à fait.

Vingt-cinq ans plus tard Haïti perdait sa deuxième ville en importance

Vue panoramique de la ville du Cap, Au premier plan le 
centre-ville et la cathédrale. Sur la droite, la ville se pro
longe vers la barrière bouteille. Une partie de l'aéroport
 est visible au fond.                                                  
Selon la tradition, le président Jean-Pierre Boyer, en apprenant la nouvelle du désastre aurait déclaré à son entourage: «Enfin! Ce nid de conspirateurs a cessé d'exister!» Signalons par ailleurs que, par crainte d'épidémie, le Cap fut mis en quarantaine. Tout son trafic maritime fut détourné vers la ville des Gonaïves qui connut depuis un tel essor qu'elle est devenue aujourd'hui la quatrième en importance de la République d'Haïti.

Parmi les nombreuses victimes du terrible tremblement de terre de 1842 on compte le célèbre poète et journaliste Jules-Solime Milscent, le fondateur de L'Abeille Haytienne, la première revue littéraire et politique d'Haïti. Fils d'un colon et d'une négresse libre, il était né en 1778 à la Grande Rivière du Nord.

Une adaptation de Haïti Connexion Culture


Quelques images de la ville du Cap-Haïtien
avec ses maisons  de type colonial
L'ancienne capitale économique de Saint-Domingue, alors appelée Cap-Français, a gardé sa physionomie avec ses rues tirées au cordeau, ses belles demeures pour beaucoup reconstruites après 1842.





La Citadelle La Ferrière de Milot est un ouvrage militaire construit au début du XIXe siècle en Haïti par Henri Christophe. C'est la plus grande forteresse des Caraïbes : à 900 mètres d'altitude, elle se trouve à 15 km au sud de Cap-Haïtien, dans le département du Nord d'Haïti.
La forteresse est construite après l'indépendance en 1804 pour défendre la partie nord de l'île d'Haïti contre un éventuel retour des Français. 20 000 personnes participent aux travaux de construction qui durent quatorze années. Il est à noter que 2000 de ces travailleurs périssent au cours de la construction. Ce « sang mélangé au mortier de l'édifice » est la cause de la solidité de la Citadelle, selon les guides touristiques Haïtiens.
Les bâtiments ont été en partie détruits par le tremblement de terre de 1842. Le Parc national historique - Citadelle, Sans Souci, Ramiers est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1982. Des travaux de reconstruction, menés par l'Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN) ont permis de sauvegarder des éléments de cet ensemble.
Une plaque a été déposée vers 1990 pour rappeler aux Haïtiens visitant ce lieu que le roi Henri Ier, qui s'était suicidé le 8 novembre 1820 au palais de Sans-Souci, a été enterré en sa Citadelle. Ce lieu a une valeur patriotique importante aux yeux des Haïtiens.




Labadie est la plus grande et la plus belle station balnéaire du pays. Très réputée pour ses activités nautiques, pour les croisiéristes du monde entier. Cette station touristique est louée à la Royal Caribbean International par l'État haïtien depuis 1985. Royal Caribbean International fournit ainsi la plus grande contribution aux revenus touristiques d'Haïti depuis 1986, employant 300 locaux, et permettant à 200 autres de vendre leurs produits sur le site. Elle paye à l'État haïtien 6 USD par touriste. Le nom de Labadie vient du marquis de La Badie qui était propriétaire des lieux au XVIIIe siècle




Dans une petite crique, en face du village, se trouve un petit hôtel peu fréquenté. On peut y passer la journée, manger du poisson grillé ou de la langouste et se prélasser sur la plage. Si l’on désire aller visiter le village, il suffit de héler un bateau taxi.