Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Tuesday, February 23, 2016

Le concept du Mois de l’Histoire des Noirs fait tomber mon cœur à l’eau…

Michaëlle Jean-1957
Une femme, une histoire, un symbole. Grande dame d'origine haïtienne, ex-Gouverneure Générale du Canada, première femme noire accédant à cette prestigieuse fonction...
             
 Marie Flore Domond
Au nom de la légalité des chances, il y a  45 ans déjà, le Parti Libéral Fédéral ayant à sa tête le premier Ministre-père, Pierre Élliot Trudeau, avait adopté une politique  officielle du multiculturalisme, afin que les groupes minoritaires bénéficient d’une plus grande reconnaissance et d’un soutien à la préservation de leurs cultures. Cette politique a été mise en œuvre pour promouvoir le respect de la diversité culturelle et le droit des groupes ethniques à préserver et développer leur propre culture au sein de la société canadienne.

Le gouvernement s’est engagé à appuyer le multiculturalisme de quatre manières spécifiques : aider les groupes culturels dans leur développement et leur croissance; aider les membres de groupes culturels à surmonter les obstacles à leur pleine participation dans la société; promouvoir des échanges fructueux entre groupes culturels; aider les immigrants à apprendre le français ou l’anglais.

Toujours selon le contenu de l’article intitulé La politique canadienne du multiculturalisme de 1971, le multiculturalisme constituait principalement une reconnaissance symbolique de la diversité culturelle plutôt qu’un changement substantiel dans la politique du gouvernement.[5] Peu de ressources a été dévolué par le gouvernement pour la mise en œuvre de projets multiculturels, et la politique est restée marginale pendant de nombreuses années.

Face à cette mesure, nous nous sommes contentés de la portée minimaliste. La communauté noire a adopté le modèle de la consolation dérisoire de la commémoration de leur passé négroïde, en  disposant d’un mois pour végéter dans des petits rassemblements isolés et moyennement subventionnés qui laissent une impression de simples faits divers aux yeux des grands réseaux de médias d’influence.

Personnellement, je conçois le multiculturalisme comme un mouvement, une opportunité de visibilité et de revendication des membres de la diversité culturelle ! Mais, la diversité culturelle est-elle exclusivement noire? Si non, pourquoi ne pas attribuer cette petite reconnaissance conjoncturelle, ponctuelle aux autres ethnies visibles ou linguistiques qui forment la mosaïque canadienne – québécoise.

Pourquoi ne pas instaurer une journée nationale de congé payé pour tous les ressortissants noirs, accompagnée d’un Te Deum officiel organisé par les dignitaires à la mémoire des Héros Noirs, le même jour. - Mettre sur pied un fond international privilégiant une reconnaissance mondiale des Inventeurs de race noire ; et que le patrimoine désigné soit par une œuvre picturale pour un musée. – aider à financer plus d’ouvrages écrits par des membres de cette communauté visible voir même l’édition à grande échelle de travaux intellectuels mettant en valeur leurs grandes figures? Initier un Prix géré par une institution académique. - Ériger une statue devant un édifice de prestige représentant la fierté du pays d’origine de la personnalité en question.
- Que le Mois de l’Histoire des Noirs soit une période de politique d’embauche accrue des entités de la communauté noire ! Voilà, à mon sens autant d’avenues que pourrait emprunter le sort de l’événement, plutôt que cette voie de garage biaisée…
Vous voulez avoir une idée du potentiel de la race noire ? Rien de très forçant, sur le site nommé Archives, on peut répertorier pas moins de quarante têtes d’affiches noires et célèbres. Certaines me sont totalement inconnues à force d’être ensevelies par une sorte de conspiration du silence. www.associationarchive.com. Allez-y voir, vous me donnerez des nouvelles.
Faut-il continuer la célébration du Mois de l’Histoire des Noirs en passant par la petite porte ? 
Action-Réaction:Madeleine Bégon s’articule vivement face à ma réflexion
         Madeleine Bégon
Personnellement je n’aime pas ce terme de multiculturalisme. C’est comme si on voulait faire un bouillon et on revendiquerait l’unicité de chaque élément contenu dans le bouillon séparément. C’est un peu contradictoire. Et c’est ce qui a fait naître et qui entretient la réticence des Canadiens face à ce concept. Tout peuple a le réflexe (légitime) de protéger ses combats, ses angoisses et ses appréhensions face à tout envahissement sauvage ou planifié comme celui du à l’immigration.

En réalité, quelles sont les mesures mises en place pour atteindre ces 4 objectifs? Les statistiques sont criantes quant à la place de ces minorités ethnoculturelles au sein de l’administration publique, dans les sphères politiques, dans les noyaux décisionnels des grands organismes publics et dans les médias. En 2016 on se bat et se débat encore dans les avenues scabreuses de la revendication de notre existence maintenue hors des écrans. Alors que nous possédons des voix et des visages valables, on subit encore le fait que NOTRE histoire soit racontée par d’autres.

Ces gouvernements prônant depuis des années ce multiculturalisme n’ont toujours pas su prendre les moyens nécessaires afin que les choses changent voire se modifient pour ces groupes. Pourquoi ne met-on pas par exemple des conditions d’accession aux subventions gouvernementales pour des professionnels de cette communauté? Ce n’est un secret pour personne que nous sommes mis de côté par les acteurs financés par les taxes de TOUS comme Radio-Canada, la SODEC et autres organismes dont la mission serait de valoriser toutes les cultures. Cette réclusion explique l’explosion au niveau médiatique par la création au sein des groupes ethniques par désespoir de cause, d’une multiplicité de radios et de chaînes de télévision en langue tierce.

Pris dans son essence, je suis encore et toujours perplexe par l’attitude de certaines personnalités, certaines voix qui selon moi devraient s’élever dans l’autre sens. Ça tient de la résignation ou de l’amnésie collective de se contenter d’un simulacre de reconnaissance ou de valorisation ponctuelle de son existence niée ou presque partout ailleurs dans les sphères de la vie nationale. La communauté noire elle est présente depuis 1608. Cet événement  témoigne de cette mentalité de ramasseurs de miettes tombant de la table des maîtres. Dans ce contexte de reconnaissance symbolique il faudrait aussi considérer le passé non-négroïde, non esclavagiste des autres communautés qui y ont goûté à leur manière au fil des siècles et qui ont participé à la construction sociale et économique de ce pays. Le Canada et la province de Québec ont dans leurs sillons la sueur et le sang des Noirs certes, mais aussi ceux des Chinois par exemple. Alors, il faut leur accorder AUSSI un mois de l’année pour leur petit show subventionné que je considère comme une nanane offerte aux singes qui le temps d’une intermission dansent, chantent et déclament pour oublier les barreaux psychologiques de leur cage…chômage, profilage racial et j’en passe. 
Dans ce même ordre d’idée de célébration (comme celle de la fierté gaie),  devrait ou ne devrait-on pas, par esprit de justice instituer aussi le mois de l’histoire des jaunes…en mémoire des milliers de Chinois qui ont sué et dont bon nombre ont laissé leurs membres (pieds et mains) voire leur vie dans la construction des chemins de fer! 
S’il fallait poser des gestes de reconnaissance spécifiquement ET uniquement au cours du mois de l’histoire des Noirs, qu’en est-il du reste de l’année? L’idée ressemble pas mal au black Friday…La vraie reconnaissance de cette communauté devrait se manifester par un accès au quotidien aux mêmes structures menant vers le succès que le reste de la société permettant aux Noirs de faire valoir leurs compétences.
En attendant une idée plus brillante, contentons-nous des danses commandées. Lajan fe maryonèt danse dit-on dans ma langue maternelle (l’argent fait danser la marionnette).
En passant, qui a choisi le mois le plus froid de l’année comme mois de l’histoire des Noirs? 
Propos de Madeleine Bégon