Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Monday, December 28, 2015

DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE COMPARÉE

Louis Dejoie
Candidat à la présidence en 1957
En 1957, il y eut dans la campagne présidentielle haitienne deux slogans majeurs, assez forts pour solliciter les bienveillants suffrages des électeurs: celui de François Duvalier (Tout pour une nouvelle Haiti, dans l'unité nationale) et celui de Louis Dejoie (La politique de la terre, la seule, la vraie). Si le premier contenait 43 lettres, le second en avait 34; des caractères qui ne veulent pas dire pour autant que le pays fut une borlette.

À la chute de Paul Magloire, il est vrai, cinq gouvernements provisoires se succédèrent au pouvoir - à peu près ce qu'on entend aujourd'hui par gouvernements de transition - , mais la «chose politique» n'a jamais été aussi vilipandée qu'aujourd'hui, compte tenu que les valeurs républicaines avaient encore un sens, que les partis politiques tels que le PAIN, le MOP et l'UN furent de grandes institutions idéologiques, et que, hormis les Jésuites qui furent considérés comme des tombeurs de gouvernements, un peu partout dans le monde, l'Église s'occupait davantage de sa chapelle évangélique, au détriment, bien sûr,  de l'idéologie religieuse proprement haitienne: le Vodou. Qu'on songe à la fameuse campagne anti-superstituese de 1942, sous la présidence d'Elie Lescot, qui causa des torts irréparables au patrimoine culturel haitien.

La force des slogans politiques 
François Duvalier
Président élu en 1957
Par malice ou calcul politique, l'expression «unité nationale» utilisée par François Duvalier avait un contenu à la fois historique, politique et sémantique. Son rapport à l'histoire semblait remonter à notre devise nationale, «l'union fait la force», mais le vocable «Unité», du latin unitas; caractère de ce qui est Un, unique ( par opposition à pluralité), montrait déjà une option politique totalitaire, qui allait déboucher sur une féroce dictature. Cependant, l'avènement de Francois Duvalier au pouvoir trainait des revendications populaires authentiques, compte tenu de toutes les formes d'exclusions sociales à la base de cet État-Nation, basées sur l'idéologie de couleur et la mauvaise répartition des biens nationaux. 

Tenant compte de cette rengaine, devenue obsolète aujourd'ui, à savoir « Haiti est un pays essentiellement agricole», l'agronome Louis Dejoie avait la possibilité d'asseoir sa campagne sur la nécessité, non seulement  de mettre l'accent  sur la question agraire, qui fut si chère à Toussaint et Dessalines, mais aussi sur le remembrement des terres cultivables en milieu rural. 

En dépit de la cuisante question de couleur, qui n'a jamais été épuisée jusqu'ici, et qui opposa farouchement les partisans de ces deux candidats, la politique de la terre prônée par Louis Dejoie lui valut la faveur d'une bonne partie de la paysannerie, dans l'Artibonite et le Sud du pays, particulièrement à St-Michel de Latalaye,  les Cayes, Ile-à-Vaches et Miragoâne. La vision largement verte de ce candidat mulâtre a été motivée par ses différentes capacités en matière d'agriculture: vétérinaire, spécialiste en génie rural et en chimie agricole, ingénieur-agronome, agro-industriel dirigeant plusieurs usines, et promoteur de la modernisation de l'économie nationale, par le biais de sa société anonyme ETAGILD (Établissements agricoles et industriels Louis Dejoie).

C'est dommage que la banane soit aujourd'ui la seule offre électorale en matière de production agricole, pendant que le café perd de plus en plus pied dans la balance économique nationale. Des produits comme le palma-christi, le sisal, le vétiver, l'hévéa, pour ne citer que ceux-là,  furent traités dans 17 usines agro-industrielles de  Louis Dejoie, réparties dans plusieurs régions du pays.

Tout compte fait, en cette ère de banalisation de l'environnement par nos gouvernements successifs, l'agriculture a très peu de chance de redevenir une motivation électorale majeure, à moins de mesures drastiques pertinentes, car les terres arables ont longtemps pris la route de la mer, comme d'ailleurs les cultivateurs eux-mêmes.