Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Friday, July 11, 2025

Wildrick Clédanor, l’élégance tranquille d’un Jérémien exemplaire

Louis Wildrick Clédanor
2 aôut 1946 - 7 juillet 2025

 

Par Hervé Gilbert

Il est des visages et des présences qui ne s’effacent jamais, même lorsque le temps emporte les saisons. À Jérémie, cette ville en pente douce, suspendue entre ciel et mer, certains hommes semblaient appartenir à une mythologie intime, tissée dans les ruelles, les galeries, les regards. Louis-Wildrick Clédanor était de ceux-là — une silhouette familière, une énergie contenue, un souffle de dignité tranquille qui habitait les rues de notre enfance comme une évidence.

Il était aussi le grand frère de feu Parnel Clédanor, tendrement surnommé “Malou” — ce troubadour au timbre rare, cette voix douce et profonde qui berça nos jeunes années et vibrait comme une onde à travers les cœurs et les mémoires. Parti depuis quelques années déjà, il nous a laissés orphelins d’une présence fraternelle et chantante. Et seul le souvenir apaise encore le vide que sa disparition a creusé.

Je présente mes plus sincères condoléances à la famille Clédanor, en particulier à sa sœur Maryse Clédanor Colas, à son époux Jean-Raymond Colas, ainsi qu’à tous les proches et alliés de ce nom dont la seule évocation suscite le respect.

Je me souviens encore. Dans le tumulte feutré de la place du marché, à côté de la maison de Jean Pompée, presque en face du morne qu’on appelait “Sous-Gouvernement”, défilaient ceux que l’on appelait les « costauds » — figures viriles, nobles et puissantes, qui imposaient par leur prestance plus que par leurs mots. Parmi eux, l’image éclatante de Jean Alcide, et celle, plus feutrée mais tout aussi vive, de Wildrick Clédanor, roulant sa bicyclette avec une lenteur presque méditative, ou assis, silencieux et droit, sur la galerie de son ami Fritz Germain, à l’angle des rues Eugène Magron et Hortensius Merlet. Son allure, à la fois modeste et souveraine, était en soi une leçon de présence. Il était un athlète, oui — mais dans le sens le plus vaste et le plus noble du terme : un instituteur, un homme de maîtrise, de rigueur et de dépassement de soi.

Son esprit sportif dépassait de loin les efforts physiques : il incarnait une posture intérieure, une manière d’être au monde avec justesse, verticalité et constance. Par sa seule manière d’occuper l’espace, il révélait une quête intime d’élévation. Il n’élevait jamais la voix, mais il élevait les âmes.

 Avec lui, c’est toute une époque qui ressurgit dans ma mémoire — celle des géants discrets aux musculatures parfaites : Jean Alcide, Joe Bontemps fils, Gérard Thémistocle, Ablamith et Jean-Claude Dussap, Maxan Juste, Willy Alcindor, Pierrot Bontemps, Lahens Eugène, et bien sûr, Wildrick Clédanor. Par leur allure et leur discipline, ils ont sculpté, sans le savoir, une éthique du corps et de l’âme. Ils furent les gardiens d’un idéal silencieux : grandeur sans ostentation, force sans arrogance, loyauté sans bruit.

Maître Wildrick, tu nous laisses le souvenir d’une force paisible, d’un homme dont la vitalité irradiait en profondeur, sans éclats, mais avec une intensité rare. Que ton exemple continue d’éclairer la voie de ceux qui t’ont connu, admiré, aimé.

Et puisse la terre, douce comme l’ombre des flamboyants, t’accueillir avec tendresse. Que ton souvenir — telle une flamme qui ne vacille jamais — continue d’illuminer nos pas dans la pénombre du deuil.


 

Sunday, March 15, 2020

Anniversaire posthume pour notre Malou

Parnel Cledanor  alias Malou

Sans ambages, nous pourrons dire que feu Parnel Clédanor alias Malou, notre Malou national, le fameux chanteur de prédilection des Jérémiens, est encore parmi nous.

Hier, pour soutenir cette assertion, on aurait emprunté, par la magie du rêve, le beau poème du barde africain, Birago Diop :

Le souffle des ancêtres
…Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’arbre qui frémit,
Ils sont dans le bois qui gémit,
Ils sont dans l’eau qui coule,
Ils sont dans l’eau qui dort,
Ils sont dans la case, ils sont dans la foule :
Les morts ne sont pas morts…

Et c’est tristement vrai. Aujourd’hui, la magie de l’électronique nous ramène à cette réalité, avec la voix réelle de Malou que nous pouvons entendre dans ses ritournelles à faire pleurer les anges.

Disons qu’il est dans notre vision, dans nos souvenirs, dans nos rêves. Malou, tu n’as jamais laissé nos cœurs.
Malou chez lui 
À preuve, écoutez-le dans des enregistrements qu’avait réalisés Hervé Gilbert dans ses dernières agapes à Palm-Coast, en Floride, dans un rendez-vous des Jérémiens, chez Alex Apollon. Profitons de cette écoute, pour lui dire merci. Merci de nous avoir accompagnés dans notre exil. Merci d’avoir donné un sens à notre errance. Mille fois encore, merci!
Ambiance à Palm Coast  en 2016

               
Repose en paix et Bon anniversaire, mon grand!

Max Dorismond




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Friday, August 18, 2017

Malou – Une voix aux accents d’éternité

Par Max Dorismond

Parnel Clédanor allias Malou
Personnage charismatique qui ne vivait que pour sa chanson, son micro et sa guitare, Malou cultivait la joie de vivre. Un sourire enjôleur au coin des lèvres était sa marque de prédilection, son empreinte d’artiste. Il était les mots, les strophes de ses chansons. Il les respirait, les buvait à grande lampée et les concrétisait grâce à la magie de l’électronique en une phrasée sonore qui venait te chercher dans tes rêves les plus secrets. Nul n’aurait imaginé cette subite disparition.

Pour les Grand’Anselais, il était MALOU. Pour les autres, c’était Parnel Clédanor. Nous, Jérémiens de la diaspora, n’avons pas eu le temps de lui dire ce qu’il représentait à nos yeux. Nous avons raté l’occasion de lui dire MERCI, deux fois MERCI. C’est très malheureux. La plupart d’entre nous, commettons souvent cette malencontreuse et regrettable erreur, de ne jamais faire part du vivant de nos bienfaiteurs, de l’amour, du respect que nous leur vouons. Cette symbolique déclaration arrive toujours trop tard, à leur disparition, lors de l’ultime adieu.

Malou, aujourd’hui, malgré les sanglots qui affluent dans nos gorges, malgré les larmes qui déboulent en cascade sur nos visages  et nos cœurs qui sont en lambeau, nous avons l’insigne devoir de décrire au monde la place que tu occupais dans notre album de famille.

Lorsqu’en 1964, la fureur aveugle et inexprimable endeuillait nos rues, défigurait notre cité, ta voix si singulière s’élevait derrière les portes closes dans des ritournelles d’une telle tendresse qu’on en venait à chasser nos peines, à éradiquer nos douleurs, nos chagrins et nos traumatismes. Tu nous avais redonné goût à la vie et à l’espoir. On avait retrouvé un certain équilibre pour continuer notre chemin, même cahoteux. Mais, devant l’horizon hermétique d’un pays exangue et zombifié, où « l’inaptocratie » et l’arbitraire avaient droit de cité, nous, de la jeunesse, avions opté pour l’exil. Sans hésiter, tu nous avais suivi à la trace, même si nous avions voyagé à l’envers du rêve de nos ancêtres, bâtisseurs de nation, même si émigrer, c’était mourir un peu.

Au pays d’accueil, quand nos rêves disputaient l’espace au cauchemar, tu étais toujours là pour nous remonter les ailes. Face à la nostalgie chronique, tu nous chantais nos heureux souvenirs : Jérémie, Versailles, la Place Dumas, l’Anse-d’Azur,  les flots bleus de la Grand’Anse et le sable chaud des Antilles. Au cours de ces agapes fraternelles, tes chansons, à l’image de la jeunesse de l’époque, à la mesure de ton personnage, charmaient et interpellaient à la fois tes fans. Voilà comment je t’ai décrit dans l’un de mes articles : « Chansonnier surdoué, les structures musicales de tes poèmes sont d’une inventivité efficace chargée de rythmes et d’émotions. On écoute tes premières chansons, les yeux embués, et les secondes, un peu éberlué, la tête dans les nuages à la recherche d’un premier amour perdu, d’un premier rêve laissé sur les contreforts de « Versailles Night Club ». À t’entendre dans la chanson éponyme, « A Versailles ce soir », on ne cesse de retourner à ce rendez-vous manqué d’un amour imaginaire… ».

  
Pour saisir l’impact, l’apport psychologique de ce célèbre jérémien sur ses congénères souffreteux, en diaspora, veuillez visionner, juste pour l’histoire, une des vidéos des « Amis de la Place Dumas » captée par Hervé Gilbert de Haïti-Connexion Network, à Palm Coast, en Floride et vous comprendrez. À voir les convives se dandiner ou chanter en chœur, vous aurez deviné le défoulement de ces femmes et de ces hommes qui oublient l’espace d’un refrain les affres de l’exil pour retourner, par la magie du rêve, dans le coin de pays qui avait tant bercé leur jeunesse.



J’avais écrit encore  « que tu étais notre chanteur fétiche.  De ta voix sirupeuse, rappelant celle d’Elvis Presley ou le crooner Frank Sinatra, tu nous as entraînés vers des sommets insoupçonnés. Ton talent nous a permis de nous évader dans des excursions exotiques où la mélancolie a été détrônée et la tristesse désarçonnée. En quatre langues, français, anglais, espagnole et créole, tu nous prenais par la main pour nous entraîner avec toi au septième ciel ». En ces moments de détente, le stress de l’exil, la pression de l’Amérique triomphante étaient loin de nos préoccupations. Tu étais purement et simplement la pilule apaisante qui masquait l’effroi de l’absence, le chagrin de l’isolement. Tu étais le point d’intersection entre notre folie et notre soif du mieux-vivre.

Voilà ! Mon cher Malou. Comme les poètes sont éternels, il ne sera jamais trop tard pour les remercier. Pour toi, notre artiste de prédilection, nous ne cesserons jamais de te dire, mille fois : Merci !

Cher Ami, à la place que tu occupes à la droite de Dieu, nous t’invitons à ne pas lâcher le micro. Car au ciel aussi, nous aurons toujours besoin de ta superbe voix.

Bon voyage frérot !  Ce n’est qu’un au revoir ! Repose en paix !

Sunday, August 13, 2017

Malou fait pleurer les Jérémiens

Parnel Clédanor (Allias Malou)
Ottawa le mardi 8 août 2017

Après avoir bercé, charmé, ensorcelé plusieurs générations de Jérémiens et de Jérémiennes, Malou les fait pleurer aujourd’hui  en déposant sa guitare et en éteignant son  micro. Son départ précipité plonge en effet dans la consternation des centaines d’amis et d’admirateurs convaincus qu’il continuerait longtemps encore à animer les retrouvailles annuelles de Palm Coast, des Amis de la Place Dumas, les croisières de la Saint-Antoine Hospital Funds de Miami. Sans parler de ses cercles de fans de New York et du New Jersey, du Canada, etc.  Mais Hélas! 

La nouvelle est tombée dimanche soir à Montréal durant une réunion de Jérémiens où l’on parlait de la soirée culturelle de la veille, une célébration de la vie de Ghislaine Charlier, la mère de Maxon, Jacky et André Charlier et veuve de l’historien socialiste  Etienne Charlier. Ghislaine était une Jérémienne réputée comme conférencière, militante de gauche, historienne, critique littéraire, etc. morte à la veille de son centenaire au début de l’année aux Gonaïves, chez sa belle-fille Gérarda Élysée, l’épouse de Maxon.

Après les décès successifs des poètes Claude C. Pierre, Serge Legagneur et Jean-Claude Fignolé, qui ont été un rude coup pour les lettres jérémiennes et haïtiennes en général, personne ne s’attendait à ce que cet autre volet de la culture qu’est la musique soit frappé aussi vite et aussi durement. Claude Pierre est parti, le 24 juin, Serge Legagneur, le 29 du même mois, Jean-Claude Fignolé le 11 juillet.  On pouvait de bon droit s’attendre à ce que la caravanne des corbillards observe au moins une pause pour reprendre son souffle et nous permettre de reprendre le nôtre. Mais rien de tel ne s’est produit. Les traitements de Malou semblaient donner des résultats encourageants quand brusquement l’hôpital a téléphoné à la famille pour dire que son cœur avait cédé. Quel choc!

Lourd bilan de pertes pour la première partie de l’année post- Matthew  qui a détruit nos écoles, notre hôpital, notre économie, nos infrastructures routières et autres. Avec le départ de Malou, c’est un volet de notre vie culturelle et sociale et de l’histoire du divertissement à Jérémie qui s’écroule.

De quatre ans plus âgé que Malou, je l’ai vu grandir à Jérémie et j’ai suivi avec intérêt ses premiers pas dans la musique. C’est toutefois à l’étranger que j’ai découvert l’artiste achevé qu’il était devenu. Au début des années 1960, tandis que je commence ma carrière d’employé de banque à Jérémie, Malou est déjà un passionné de musique et consacre presque exclusivement ses heures de loisir à ce passe-temps. Durant la journée, il s’installe sur la galerie de la maison familiale et interprète inlassablement ses chansons préférées.  Son genre favori est alors la ranchera mexicaine et son idole, Miguel Aceves Mejia.  Les Javier Solis, Amalia Mendoza et Cuco Sanchez viendront ensuite. 
Les Fantaisistes de Jérémie (1967)
(De la gauche vers la droite) Fito,Gwo Ben,Malou, Renel
Azor allias Doroseau,Gogo Jacob.Second plan:Louperou,
Ti Miguel et Antoine Jean (de la gauche vers la droite).
À la tombée de la nuit, surtout les soirs de pleine lune, il emmanche sa guitare, rejoint sa cohorte d’amis musiciens et part pour les sérénades à La Pointe, sur le Place d’Armes… sous les balcons des fillettes à séduire. Il se fait ainsi une réputation de crooner, de  chanteur de charme qu’il entretiendra  jusqu’à  sa mort. Après la dissolution du groupe Jérémia de Joe Bontemps fils, au début des années 1960, il crée Les Fantaisistes de Jérémie avec quelques copains du groupe embryonnaire Juventa et le soutien actif du visionnaire Antoine Jean, propriétaire de Versailles Night Club. Malgré les amusantes rivalités qui marquent l’apparition du groupe Hispaniola de Wilfrid Siméon, les Fantaisistes volent de sommets en sommets, embrasant les rues de Jérémie pendant les jours gras et partant à l’assaut du très gâté public de Port-au-Prince.  Au Rex Théâtre de la Capitale, ils font un vrai tabac vers 1968 et leurs noms sont sur toutes les lèvres.  Par la suite, après 1970, je prendrai connaissance de leurs progrès à partir du Canada. Je reçois alors régulièrement leurs enregistrements et je suis à la fois les progrès personnels de Malou et ceux des formations qu’il crée.
On y reconnaît de gauche à droite : le guitariste Jean Lindor (Kal Karèt); le batteur Miguel (Manman Kanson), le propriétaire du Cub, Antoine Jean (Tatann); le manager du groupe Benoît Chéry (Gwo Benn); le chanteur Renel Azor ( qui aimait tant les musiciens de Nemours qu’on le rebaptisa Duroseau);  le-chanteur Malou, l’accordéoniste Fritz Henri (Ti Fito). Au premier plan :  le tambourineur Louperou et le fameux Gogo Bòs Benn, qui se passe de présentation.
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El Hombre digital (2004)
Malou a dans l’intervalle diversifié ses styles, son répertoire et s’est affirmé comme un grand animateur. Il chante en français, anglais, espagnol et créole, perfectionne sa diction et son accent dans chacune de ces langues et prend l’habitude d’occuper intégralement les scènes sur lesquelles il se produit. Chemin faisant, il ajoute à son répertoire des classiques français comme La vie en rose, La chanson d’Orphée, Les divorcés, etc.  Doué d’un merveilleux sens de l’organisation, il intègre les synthétiseurs à son attirail et  crée aux États-Unis une formation musicale très légère faisant dans le style des Les Fantaisistes de Jérémie. Il n’a alors aucune difficulté à fidéliser les clientèles jérémiennes du New Jersey, de New York, Nayak, Miami, Boston, Chicago, Montréal, etc.

El Hombre Digital, CD sorti en 2004   est un vrai petit bijou de Malou dans lequel Il chante en français, anglais, espagnol et créole.  Il y a ajouté aussi ses propres grands succès, dont La femme et la boisson, Ti Kalap, Pari Nan Yon Baskou, etc.  Le chanteur a atteint sa pleine maturité, il chante juste, les accompagnements sont bien choisis, le rythme excellent, la diction impeccable, et l’homme maîtrise pleinement  la technologie du numérique. Ce CD est une vraie pièce de collection que j’encourage chaque Jérémien, chaque jérémienne à ajouter à sa collection et à conserver précieusement.

En 2004, je suis à Jérémie pour la Saint-Louis et je redécouvre Malou en vivant une sorte d’euphorie indescriptible. Le style troubadour est à l’honneur et Malou s’y est converti avec bonheur. Il n’a pas fait le voyage cette année-là, mais il a envoyé dans sa ville une cargaison de son dernier CD, Malou,  El Hombre Digital. Un vrai petit bijou que, treize ans plus tard, je ne me suis jamais lassé de jouer et de rejouer : le potpourri réalisé à partir des Divorcés, des classiques de Franck Sinatra, Before the Next teardrop de Freddy Fender. Il y a ajouté aussi ses propres grands succès, dont La femme et la boisson, Ti Kalap, Pari Nan Yon Baskou, etc.  Le chanteur a atteint sa pleine maturité, il chante juste, les accompagnements sont bien choisis, le rythme excellent, la diction impeccable, et l’homme maîtrise pleinement  la technologie du numérique.

Encore un peu, je me serais cru aux États-Unis à l’époque des grands succès de Michael Jackson où vous descendiez d’un taxi où vous aviez entendu le chanteur pendant toute la course et que vous entriez dans un restaurant ou un grand magasin pour être accueilli par la voix du même chanteur. Eh bien, partout où je mettais les pieds à Jérémie, on jouait du Malou qui n’avait pas fait le déplacement : chez Antoine Jean, aux réunions annuelles de Daniel Étienne à Roseaux, de Jean-Claude Tabuteau à Buvette, d’Edwin Magloire, à Rochasse, chez Brunel Pierre à la Haute Ville. Partout. Ce CD est une vraie pièce de collection que j’encourage chaque Jérémien, chaque jérémienne à ajouter à sa collection et à conserver précieusement.

Quatre ans après, en 2008, je retrouvais Malou et Eric Pierre à la veillée mortuaire de Bòs Benn Jacob , le patriarche de Nan Goudron, mon village natal. Ils étaient venus du New Jersey et nos retrouvailles furent quelque chose d’extraordinaire. Le plus émouvant était la présence au salon funéraire de Serge Legagneur, qui avait perdu Eric de vue depuis plus de 40 ans et qui évoquait avec nous leurs souvenirs de quartier : parties de chasse, séances de natation et de plongeon dans le port, etc.  Malou était resté bouche bée à les écouter parler de cette époque où Nan Goudwon  et la galerie des Jacob étaient une sorte de centre d’attraction dans  la ville. 
                 Le groupe  Juventa
(2ème rangée -De la gauche vers la droite) Luc Jeune
Roger, Malou,Emile Jusma (Ti Bwa),Daniel Louis, Herve
Cayemitte.(1ère rangée- De  la gauche vers la droite)
J-Robert Lestage,Ti Jean Lindor,P-Eric Sanon,Ti Miguel,
Chassagne, Jean-Claude Bernard.                                
Je n’oublierai jamais la mine qu’il a faite, le lendemain soir, quand il est passé avec Eric et Cécil Philantrope à l’appartement-bibliothèque de Serge, au boulevard Gouin.  On y marchait pratiquement sur les livres, et ce gars de New York n’en revenait pas de voir notre vieux célibataire vivre seul et déambuler avec le plus grand naturel au milieu de tous ces livres. Raymond Charles, un autre ami de New York, de passage aussi à Montréal, nous expliqua ce soir-là qu’il n’y avait pas à New York un seul concierge qui laisserait un occupant accumuler autant de livres dans un appartement. En général, ils alertent le Service des incendies de la ville et les inspecteurs vous somment de réduire radicalement le risque d’incendie que représente un tel stock de livres.

Par la suite, j’ai raté plusieurs occasions de rencontre avec Malou, en particulier à Miami et à Palm Coast. Mais j’ai continué à m’intéresser à ses travaux, à suivre ses succès, à écouter sa musique. Les comptes rendus des rencontres annuelles  des Jérémiens en Floride abondent en photos et en bandes sonores illustrant les derniers tronçons du long parcours de Malou sur la scène musicale. Le lecteur intéressé trouvera dans les articles de Max Dorismond et des frères Gilbert de Haïti Connexion Network une profusion d’excellents souvenirs à conserver.

Après avoir sonné sur le monde des lettres de la Grand’Anse avec les décès des Ghislaine Rey Charlier, Claude C. Pierre, Serge Legagneur, Jean-Claude Fignolé, le glas s’est tourné vers le monde du spectacle. Malou était un grand artiste jérémien et il a apporté une importante contribution à la vie sociale de sa ville, puis aux communautés jérémiennes de la diaspora nord-américaine. Ne serait-ce que pour cette raison, il a droit à toute notre affection, à notre gratitude et à notre respect. 

Une nouvelle génération qui s’éteint
À l’annonce du décès de Malou, Jean-Robert Lestage a publié sur sa page Facebook une photo du groupe Juventa, qui a donné naissance aux Fantaisistes de Jérémie au début des années 1960. Il soulignait, non sans tristesse, qu’il était le seul survivant du groupe des musiciens. Je viens de faire la même remarque en sortant de ma collection la photo de la page 3 des Fantaisistes, que je dois au sens du partage de mon ami Jean-Renel Azor.  Quand Renel m’a donné cette photo, il n’y figurait que deux survivants, Malou à la guitare et lui au micro. Malou  parti, Jean-Renel reste le seul survivant de la formation qui a pavé la voie à Jean-Jean Roosevelt, à Galaxie et aux groupes modernes de la ville.

Maestro Malou
Repose en paix
En principe, l’extinction graduelle des générations avec le temps ne devrait avoir en soi rien de particulièrement inquiétant. Mais dans le cas de Jérémie et d’Haïti, elle suscite de graves inquiétudes. Non seulement nous ne voyons pas s’affirmer une relève digne de confiance et capable d’enrichir ou même d’entretenir le riche héritage légué par les générations précédentes, rien ne se fait pour ensemencer de nouveau ces terres encore fertiles qui ont donné tant de belles têtes et de belles voix et fait la renommée internationale de la Grand'Anse.

Dans le monde du spectacle, nous avons bien eu Jean-Jean Roosevelt, Steve Brunache, Lody Auguste et bien d’autres mais, pour toutes sortes de raisons, nous ne voyons pas encore pointer à l’horizon le digne remplaçant d’un Malou Clédanor.

Mon cher Malou, je me prosterne très bas devant ta dépouille en te disant :Tu as bien servi ta famille, ta communauté et ton pays. Que ton âme repose en paix!

Eddy Cavé,
Ottawa, ce mardi 8 août 2017
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

Illustrations:HCC


La femme et la boisson

est l'un  des anciens succès des Fantaisistes de Jérémie remanié et rejoué à travers  le disque « El Hombre Digital » en 2004 dans un style “Twoubadou” par Parnel Clédanor dit Malou, le chanteur coqueluche de ce groupe musical qui a existé à Jérémie vers les années 60-70. Lors des retrouvailles annuelles de  Palm Coast  en 2016,  hommes et femmes dansaient  en compagnie  de Malou au rythme de ce hit qui rappellent tant de souvenirs ayant fait des moments heureux. 

Saturday, June 11, 2016

La quatrième édition des Amis de la Place Dumas sous le soleil de la Floride

Par Herve Gilbert herve,gilbert@gmail.com
L'entrée principale de la ville de Palm Coast
La quatrième édition des Amis de la Place Dumas de Jérémie a connu cette année un succès fou à nouveau dans cette petite ville de la Floride appelée “Palm Coast  ou (Côte des Palmiers en français) durant le Mémorial Weekend.

Cette ville  américaine de 89.9 mille mètres carrés  ou 133.9 km2 appartient au comté de Flager autrefois  considérée comme un faubourg de Deltona-Daytona Beach. Elle est devenue une ville  depuis le 31  décembre 1999.  Selon les statistiques,  elle a  connu un développement exponentiel comparativement à d’autres localités de la région.  

La ville de Palm Coast a été fondée en 1969.  Elle a une population d’environ 75.000 habitants selon le recensement de 2014.

Renée Alexis et Fritzner Christophe
Cette localité est  un coin préféré pour bon nombre de Jérémiens qui y ont pris refuge, après avoir vécu un peu partout aux Etats-Unis  ou ailleurs; ils  sont attirés par  la beauté magique  de ce coin paradisiaque de la Floride qui a la mer, la nature et un climat agréable…comme leur patelin de naissance, Jérémie.

Venons en à ce pélérinage annuel auquel de nombreux Jérémiens sont sentimentalement attachés après la fête patronnale de la Saint-Louis célébrée à Jérémie même.

Sous l’égide du couple Alex. Apollon, Gary Florestal et Gabrielle Alexis de regrettée mémoire, les prestigieux pionniers de cette initiative, Palm Coast  tend  à devenir un autre point de rencontre des Jérémiens vivant en diaspora.
  
Les dames reflétaient la coquetterie et l'élégance du
rant le gala du samedi soir à Yatch Club .              
La fête de cette année  a commencé le vendredi vers huit heures du soir dans la résidence du couple Apollon -- Le point de rencontre de la festivité annuelle-- après que plus d’une centaine de fêtards avaient fait le déplacement du Canada, de Connecticut, de la Caroline du Nord, de New York, de Californie, de la Floride et d’Haïti pour participer à ce joyeux rendez-vous  qui représente  ainsi  la grande occasion de retrouvailles.  Tout à coup, l’atmosphère de la maison s’est transformée en une effervessence au milieu de laquelle se dégageaient l’odeur esquise des plats fumants, les notes musicales de morceaux typiquement haïtiens, les bruits de conversations joviales, les rires des invités et l’hospitalité palpable des hôtes.

D’entrée de jeu, on était  servi d’un plat de “Konsonmen tèt Kabrit” que chacun humait et dégustait avec appétit. Puis est arrivée une variété de friture en guise de hors-d’oeuvres comme le griot, la marinade, des acras croustillants et de la banane pesée  dont  les invités se délectaient  à belles dents.

C’était une  vraie ambiance festive où tout le monde était en joie... Le rhum barbancourt, le whisky, le cognac, le vin et la bière coulaient à flot. C’était donc une atmosphère, dirais je  qui invitait à la relaxation et au divertissement.
Vidéo de l'ambiance du vendredi soir à Palm Coast

L’animation musicale  a débuté avec Malou,  notre  chanteur coqueluche des  années 60-70 à Jérémie. De sa voix captivante de troubadour à travers de belles chansons d’amour françaises, espagnoles et anglaises, il emportait aux anges les invités et les mettait en extase, je dirais,  grâce à son répertoire romantique. Il entonnait tubes après tubes. C’était vraiment un moment euphorique où tous les cœurs et les esprits de cette génération haïtienne nostalgique  étaient  à l’unisson  dans cette évasion nocturne qui n’allait pas trop durer  à cause de la tombée de la nuit.

Durant la matinée du samedi,  au bord de la piscine de la somptueuse résidence des époux Apollon aménagée en cette circonstance,  tout y était  pour flatter le palais de ces  invités jérémiens, au moyen d’un banquet  où l’on retrouvait  des mets du terroir typiquement grand’anselais  tels que: Kabich * ou "pain ralé" , bobori ** avec du mambas  ”, douce cocoyer, tablette pistache, noix de coco, des fruits comme du melon, ananas, tomtom*** avec de la viande au (djon djon) ou champignon mixée au calalou , maïs à l’épinar, “piskèt” ****, “Komparèt *****”, lame veritable, salade à l’avocat etc… C’était comme dans une fête champêtre grand'anselaise  ou tout comme dans un pique-nique à Buvette ou à Gébeau durant les vacances estivales  d’autrefois. Cette partie a pris fin vers six heures de l’après midi.
La femme et la boisson 
Vidéo réalisée sur le vif  lors de l'animation musicale de Malou


Dans la soirée de ce même samedi,  vers 8 heures du soir, un gala  suivi d’une soirée dansante  avait été organisée à Yatch Club, un cadre  attrayant  pour les amoureux de la danse.  La soirée a débuté  avec les mots de bienvenue  des hôtes, en l’occurrence  Alex Apollon et Gary Florestal qui avaient fait leur bilan quant à la quatrième édition de cette rencontre annuelle.  Selon eux, des retardataires avaient attendu trop longtemps avant de répondre à leur RSVP.  Car ce retard leur avait causé maintes difficultés à la réalisation de cette colossale fête pour laquelle une planification avancée et minutieuse est requise. Toutefois,  Il souhaitent apporter d’autres atouts à cette ambiance annuelle qui prend de plus en plus d’ampleur année après année.


En début de programme, nous avions eu la performance de deux jeunes danseurs haïtiens James “Salsa” Jolivert et Ronerve Nelson de “Salsa Friday” qui ont apporté une autre note à cette soirée  dansante.

James Jolivert & Ronerve Nelson
Nous estimons que le jeu en vaille  la  chandelle puisque cette rencontre annuelle peut se déboucher  aussi en une foire annuelle d’exposition ou en  un point d’échange culturel si toutefois qu’on y tient .  Cette rencontre annuelle de Jérémiens permettra aussi de remettre cette ville sur la carte, Personnellement, j’étais très content de revoir  notre ambassadeur de la culture, Guy -Marie Louis, doublé d’un poète, ami d’enfance qui vit toujours à Jérémie et qui participe activement à la diversité culturelle de la ville de Jérémie soit à travers le festival national de poésie  soit  au moyen de ses efforts pour replacer Jérémie sur la carte culturelle et touristique.  Nous avons discuté ensemble la nécessité de renforcer son mouvement littéraire afin qu’il devienne une entreprise collective.

Renette Alexis,Eddy  Eliscar,  Renée, Gilianne et
Micheline Alexis ( De la gauche vers la droite )     ,  
Quant au gala, il reflétait  la coquetterie et l’élégance à travers les robes que portaient les dames. Certaines d’entre elles  étaient habillées de la même couleur en portant des robes bustiers, décolletées et d’autres étaient vêtues de robes à dos nu ou en lame, etc... Elles étaient toutes joviales et démontraient une élégance rafinnée. Quant aux messieurs, ils dansaient comme s’ils avaient des fourmis dans les jambes. Hommes et femmes évoluaient sur la piste  au rythme des tubes de Georges Laforest qui pour une fois de plus était à la hauteur de sa tâche. Une soirée des plus réussies qui a finalement pris fin vers 2 heures du matin.

Georges Laforest, l'homme qui met
tait les fourmis dans les jambes.   
Ce n'était pas la fin.  Dimanche matin, jour de la fête des mères haitiennes! Tout a démarré vers midi: une soupe au giraumont (soupe joumou) est servie, des pâtées hareng saure, des “kabich” ,  de l’acassan encore du pain haïtien . Ce début de matinée est alors consacré à l’époque d’or de la chanson française et aux mamans haitiennes.  

Parnel Clédanor de sa voix  langoureuse, et Alix Julien à travers sa guitare frédonnaient les airs qui évoquent des souvenirs d’antan; des ritournelles qui avaient bercé notre jeunesse dans les années 60-70. Clédanor dit «Malou» entonna la chanson hit des Fantaisistes de Jérémie «La femme et la boisson ». Cette chanson, ne laissant personne indifférente, a vite poussé tout le monde à la danse. Hommes et femmes dansaient au rythme de ce  hit qui rappellent tant de souvenirs ayant fait  des moments heureux de notre génération. Malou a une fois de plus électrisé l’atmosphère de Palm Coast.   A travers ses chansons, My Way, Ti Kalap et tant d’autres, nous avions revécu Jérémie dans toute sa splendeur et sa  décadence: nos rêves de jeunesse, nos amours, nos peines et nos chagrins, Versailles et ses kermesses, La Pointe et ses goélands, Bordes et ses arbres fleuris, le Pont de la Grand'Anse,  l'Anse d'Azur  et son sable blanc,  le lycée Nord-Alexis, le collège Saint Louis, la place Alexandre Dumas, l'église Saint Louis, etc ….

L’ambiance attirait même certains voisins curieux qui se sont mêlés de la partie, tant l’air était surchauffé . J’ai profité aussi de l’occasion pour prendre la parole et souhaiter une bonne fête aux mères haitiennes de Palm Coast   via un joli poème sur le thème ‘Maman’ écrit par Fernande Gilbert.

Ce fut aussi  une journée de barbecue, de maïs boucanné, hot dog, hamburger, cotellettes de porc boucané, du poulet boucané, du riz collé au pois rouge et au pois congo.  Tout le monde   dégustait à grandes dents de la viande de barbécue (boucannée). On s’est amusé gaiement jusqu’au coucher du soleil. Nous pouvons ajouter que l’organisation de cette fête jérémienne était parfaite et nous saluons le courage des organisateurs.

Roseline Philantrope (à gauche) et Sherley Millet ont
participé pour la première à cette ambiance annuelle
des Amis de la Place Dumas à Palm Coast.                
En gros, jusqu’à notre départ le dimanche soir, nous pouvons  dire sans ambages  que c’est une quatrième édition qui va faire tache d’huile  tant du point de vue  hospitalier qu'organisationnel. Tout le monde semblait satisfait à tous les points de vue , à notre avis. Nous devons une fois de plus remercier le couple Apollon pour son savoir faire et surtout pour tous les efforts qu’il a consentis en vue de combler l’attente de ses invités .

Sur une note personnelle, j’avoue que Fernande et moi avions tant mangé pendant ces trois jours qu’en arrivant chez nous on a du reprendre très vite  le “treadmill” pour brûler un peu de ces calories…

A la prochaine!

Herve Gilbert
Herve Gilbert
Visionner l'album photos ici...

Bibliographie:

Le kabich * est la partie restante de la pâte à laquelle est ajouté de l'hareng saure où d'autres condiments épicés par le boulanger avant de fermer boutique.

Le bobori ** est comme une  galette de farine de manioc, à laquelle est parfois ajouté de la noix de coco, de l’hareng saure ou d’autres condiments épicés, une spécialité de Jérémie.

Le Tomtom ***
comment manger le
tomtom.                    
Les citoyens en provenance de  Jérémie et de la Grand’Anse vous parlent avec fierté de leur met typique qu’est le TOMTOM qui est  un mélange de sauce de Kalalou, du  champignon noir communément appelé Djon Djon et de l’arbre véritable pilé qui se mange idéalement avec les doigts  Une fois dans la bouche, on l’avale . le Kalalou porte aussi le nom de Gombo.

Pisquette (piskèt) ****
Petits poissons argentés au museau allongé et arrondi très proéminent et dotés d'une gueule largement fendue. Ils se nourissent de plancton, se déplacent en bancs aux mouvements parfaitement coordonnés.On les rencontre près des côtes, à une certaine époque de l’année dans des zones ayant des embouchures ou de surplombs.


Komparèt *****  est un gâteau délicieux de type pain (dense mais léger) où la noix de coco, le gingembre, la farine,  la cannelle sont les ingrédients distinctifs, une spécialité de la ville de Jérémie.








Oswald Pampan (au centre)
Palm Coast 29-05-16
P.S: Au moment où nous nous apprêtons à mettre sous presse cette publication, nous venons d’apprendre la nouvelle de la disparition prématurée d’Oswald Pampan, un ami qui était en notre compagnie durant les moments  de retrouvailles à Palm Coast. En cette douloureuse circonstance, nous présentons nos sympathies à son épouse Suzie Alexis Pampan, ses enfants Jeffrey et Kimberly Pampan  et à ses belles-soeurs Renette et Renée Alexis. Paîx à son âme !  









Autres vidéos réalisées durant le Mémorial weekend à Palm Coast

Ti Kalap & Pari nan yon baskou 

Moman Twoubadou Nan Palm Coast  avèk Malou & Alix Julien

Killing Me Softly With His Song (Malou)

Performance de dance  à Yath Club