Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Thursday, September 22, 2016

Sexualité : "La femme de 50-60 aurait besoin d'un homme de 30 ans"

La femme d'aujourd'hui revendique haut et fort le droit au plaisir sexuel libéré de la procréation. Pourtant, nombreuses sont celles qui vivent de manière dramatique le conflit entre leur sexualité et les "prisons intérieures". Avec, à la clé, déceptions, frustrations, fatigue, amours déçues, manque de désir et de plaisir. Eclairage.

Psychiatre et sexologue mondialement réputé, Willy Pasini se penche depuis plusieurs décennies sur les questions relevant de l'amour, la séduction, le couple et le désir. Dans son dernier ouvrage (1), il explore l'univers très complexe de la sexualité féminine, depuis les différents aspects du désir jusqu'aux multiples types d'orgasme, en passant par les fantasmes, la perversion, la transgression et l'homosexualité.
Le Vif/L'Express : La libération sexuelle remonte à un demi-siècle. Alors, pourquoi tant de femmes vivent-elles encore dans une "misère" sexuelle ?
Willy Pasini : La Bible et la mythologie contiennent de nombreux modèles féminins négatifs : Eve, Bethsabée, Dalila, Salomé, Pandore, Méduse... La Bible nous a transmis deux modèles de femmes : la Vierge Marie, porteuse de toutes les vertus, et Marie-Madeleine, incarnation du vice. Ces deux modèles ont survécu pendant des siècles dans notre culture occidentale, empreinte de catholicisme. Certes, aujourd'hui, la "prison extérieure", à savoir l'ensemble des règles et des conventions sociales, n'existe quasiment plus. Cela dit, toute une série de " prisons intérieures" n'ont pas été abolies. Dans environ 60 % des cas, elles sont liées à la personnalité de la femme et à son éducation. Il s'agit de grands principes qui ont été inculqués aux femmes et leur imposent de s'y conformer. Ils provoquent des conflits intérieurs, des blocages sexuels ou des problèmes relationnels avec les hommes. On peut citer des femmes qui n'éprouvent pas de désir car la famille plaçait le devoir avant le plaisir. Il y a des familles qui valorisent l'intelligence. On recherche le plaisir intellectuel et on élimine le plaisir corporel. Il y a, aussi, des femmes qui ont un blocage par rapport au plaisir sexuel. Elles sont heureuses dans la vie, en pratiquant une activité sportive exaltante comme le bateau, par exemple, mais pas au lit.
Dans le passé, la sexualité féminine a toujours fait peur aux hommes. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Ce n'est pas la sexualité qui fait peur, mais la femme. Avant, la sexualité était procréative et l'homme ne voulait pas élever les enfants illégitimes. Aujourd'hui, c'est le désir de la femme qui fait peur. Dans le passé, l'homme avait le monopole du désir. De nos jours, le plaisir se partage et la femme en prend la moitié. L'homme est un prédateur, il fonctionne avec son cerveau primitif. Les hommes changent plus lentement que les femmes, ils ont besoin d'une génération pour s'adapter. Certains hommes n'ont pas suivi cette évolution ou se sont inventé d'autres désirs. Ils préfèrent, par exemple, jouer au tennis. L'homme aime la femme active au bureau mais pas au lit. En Suisse et en France, et je suppose que c'est pareil en Belgique, le désir masculin à tous les âges est la première cause de consultation chez les sexologues.
L'intimité sexuelle (le véritable acte sexuel) n'a pas changé en soi. Mais les personnes qui la partagent ont évolué. Comment ce changement se traduit-il chez la femme ?
L'intimité se transforme en "extimité". Les jeunes femmes en quête de sensations fortes préfèrent se montrer nues plutôt que de vivre réellement la sexualité. Aux Etats-Unis, 40 % des femmes pratiquent le sexting qui consiste à envoyer des images sexuellement explicites de soi-même sur Internet. L'extérieur est plus important que l'intérieur. Les femmes veulent être vues. En revanche, chez l'homme, l'exhibition n'existe plus. Les femmes se montrent plus facilement que les hommes dans leur intimité.
Pourquoi, sur le plan sexuel, la femme est-elle supérieure à l'homme ?
Tout d'abord, on peut parler d'une supériorité biologique. Une petite fille de 7-8 ans peut avoir un orgasme clitoridien, ce qui n'est pas possible chez un petit garçon. Quand la fille devient grande, elle peut avoir des orgasmes répétés. Théoriquement, elle peut en avoir cinq : clitoridien, vaginal, anal, utérin et l'orgasme provoqué par la stimulation du point G, une protubérance de la taille d'un pois chiche. Le point G est une découverte récente, confirmée par les scientifiques. Il s'agirait d'un vestige de prostate féminine. Donc, oui, la femme est supérieure à l'homme car elle a une plus grande panoplie de réponses. L'homme ne connaît qu'un seul orgasme.
A quoi sert l'orgasme féminin ?
C'est une question difficile pour la science. Pour certains scientifiques, il ne sert à rien. D'autres disent qu'il éveille chez la femme le désir sexuel. Sur le plan purement biochimique, l'orgasme sert à la procréation. Les contractions utérines attirent le sperme vers le haut. Une femme orgasmique est plus facilement procréative.
Lors de l'orgasme, le cerveau intervient différemment chez l'homme et chez la femme...
Grâce à l'imagerie cérébrale, on peut voir le chemin qui relie le périnée au cerveau. Chez la femme, lors d'un acte sexuel, les aires du cerveau qui " s'allument" sont plus larges et plus impliquées. On a pu démontrer que la zone la plus impliquée, c'est l'aire émotionnelle. La sexualité féminine est liée à la relation interpersonnelle et à l'estime de soi. Autrement dit, le désir de la femme se fonde non seulement sur des mécanismes purement instinctifs, mais aussi sur des mécanismes cognitifs complexes. Chez l'homme, il est uniquement biologique.
Selon vous, la sexualité n'a pas d'âge et les femmes sont plus vaillantes sur le plan sexuel que les hommes...
Dans le passé, on pensait que la ménopause signait la fin de la sexualité. Il s'agit d'un point de vue culturel et sociétal et ce n'est pas vrai. Il y a une différence entre la culture et la biologie. Sur le plan biologique, le désir dépend de la testostérone. C'est le "moteur du désir" chez la femme. Or, la testostérone continue à être secrétée par les glandes surrénales. La femme de 50-60 ans aurait donc besoin d'un homme de 30 ans ! Pour faire simple : le problème de la ménopause chez la femme, c'est le mari.
Selon Elisabeth Lloyd, philosophe des sciences que vous citez, moins de 35 % des femmes atteignent l'orgasme vaginal. Quelle est l'explication scientifique ?
Le vagin, à part le point G, a très peu de points sensibles et de terminaisons nerveuses. C'est la raison pour laquelle l'orgasme vaginal est rare. La nature est bien faite. Si le vagin était pourvu de nombreuses terminaisons nerveuses, l'accouchement serait extrêmement douloureux.
Vous dites que les femmes qui souffrent d'anorgasmie ou d'absence d'orgasme et de plaisir sont plus nombreuses qu'on ne le pense. Pourquoi ?
A cause des "prisons intérieures". Les femmes anorgasmiques n'ont pas reçu d'éducation sentimentale et sexuelle adéquate. L'anorgasmie est liée à la personnalité de la femme, à d'éventuels traumatismes subis dans le passé ou à une identité incertaine. En Inde, les jeunes filles apprennent le plaisir et le désir. Dans la culture occidentale, il y a toujours une séparation entre Marie et Marie-Madeleine.
Quels sont les fantasmes des femmes ?
Ils ont beaucoup évolué au fil du temps. Les fantasmes ayant un fond sentimental sont toujours très courants, mais la palette imaginaire s'est beaucoup élargie. Le fantasme masochiste est le plus important, même si la femme n'est plus masochiste. Elle veut être violentée, prise par la force. Cela nous surprend beaucoup. On peut l'expliquer par le fait que la femme a été obligée de se soumettre à la violence pendant des siècles et cette soumission s'est inscrite dans son cerveau primitif. Pour preuve, le succès du livre Cinquante nuances de Grey.
Un mot sur l'homosexualité féminine. Un choix ?
Aujourd'hui, le sexe ne sert plus à faire des enfants, il sert à autre chose. Si la femme est déçue par l'homme, un peu macho, elle peut être attirée par la tendresse et la dimension érotique d'une relation homosexuelle. L'homosexualité féminine ou plutôt des contacts féminins sont en hausse. Environ 40 % des adolescentes se donnent des baisers, à l'instar du fameux baiser saphique entre Madonna et Britney Spears. On peut aussi parler d'une homosexualité occasionnelle ou sociale.
Votre conclusion ?
La femme un peu trop effrontée, qui a jeté aux orties toutes les croyances, idéologies et habitudes, se sent libre mais elle est seule. Je citerai l'exemple d'une fonctionnaire du Parlement suisse qui a posté sur Facebook des photos où on la voit nue. Elle a perdu son poste. Les filles qui font du sexting ne se rendent pas compte du danger qu'elles courent avec ces photos. C'est donc le côté négatif. Etre libre implique des risques. La liberté a besoin de berges, doit être canalisée, comme une rivière. Sinon, elle devient marécage.
Entretien : Barbara Witkowska
Source : 

Saturday, September 17, 2016

JOYEUX ANNIVERSAIRE MAURICE LEONCE

MAURICE LEONCE  
Photo (Monique Martineau - 2007)


Ottawa, ce vendredi 16 septembre 2016

Par: Eddy cavé eddycave@hotmail.com

À la faveur de la révolution de l’internet, les Jérémiens et autres amis du monde entier ont été informés depuis du début de la semaine de l’approche du 95e anniversaire de naissance de cette belle figure de l’art, des sports, de la littérature qu’est Maurice Léonce à Jérémie. Figure incontournable des moindres aspects de la vie sociale de cette ville, mon ami Moy a marqué la plus grande partie du 20e siècle à Jérémie et il est en train d’imprimer sa marque au 21e , qui a déjà 16 ans.

À 90 ans, dans la posture et les prouesses d’un jeune
  de 20 ans                                                                      
Maurice a tellement marqué mon imaginaire d’enfant, les souvenirs de mon adolescence et ma vision d’adulte de la société jérémienne qu’il m’est impossible d’écrire le moindre texte sur Jérémie sans mentionner son nom à un moment ou à un autre. Joueur étoile de toutes les équipes de football auxquelles il a appartenu depuis les années 1940, la décennie de ma naissance; entraîneur diplômé de football et moniteur attitré d’éducation physique de la ville dans les années 1950, chanteur de charme de la formation musicale Jérémia de Jo Bontemps au début des années 1960, Maurice Léonce a également été toute sa vie un adepte de la médecine préventive à Jérémie. Il a ainsi contribué plus que tout autre à la promotion des habitudes de vie saine, d’un régime alimentaire équilibré, de la modération dans la consommation d’alcool. Avant la vogue de la campagne anti-tabac et de modération dans divers domaines, il a participé très tôt à la dénonciation des dangers de la cigarette,
de l’alcool au volant, que sais-je encore?

À la veillée mortuaire du Dr Jean Martineau, en février
  2007 à Jérémie
                                                              
Quand on cite le nom de Maurice Léonce, la première image qui vient à l’esprit, c’est celle de l’avant-centre infatigable et du buteur redoutable qu’il a été toute sa vie. À la faveur du recul, je me rends compte que son passé de joueur ou d’entraîneur de football ne représente qu’une faible portion de l’héritage, que de son vivant, il a déjà légué à sa ville et aux générations montantes. Dans l’opération de préservation de la mémoire que j’ai entremis avec mon livre "De mémoire de Jérémien", dont le deuxième tome vient de paraître, je n’ai jamais laissé passer une occasion de souligner la stature de ce géant qui, selon le mot de Valère Cécil Philantrope, est celui des fis de Jérémie qui a le plus donné à sa ville... et qui en a sans doute le moins reçu...

Une coïncidence particulièrement significative de la place que Moy occupe dans le cœur des Jérémiens de la diaspora. Je revenais hier, jeudi 15 septembre à Ottawa, d’un lunch au cours duquel Georges Séraphin fils, cousin germain de Maurice, et moi avions abondamment parlé de lui et d’une autre cousine commune Reine-Marie Étienne. Nous venions à peine de quitter le restaurant quand le téléphone a sonné. C’était Guy Cupidon qui, de Montréal, me faisait part de ce projet de célébration des 95 ans de Maurice à l’Alliance française de Jérémie. À New York, à Miami, à Boston, à Chicago, comme dans toutes les villes d’Europe du d’Amérique du Sud, il devait se trouver des dizaines de Jérémiens à parler de lui en même tempŝ et de son apport à la vie sociale e culturelle de sa ville.

Nous nous sommes alors dit qu’en passant par Concepcia Pamphile, il serait possible de lui
transmettre les vœux de Joyeux anniversaire de ses inconditionnels amis et admirateurs du Canada. Important de lui dire surtout qu’il n’a pas semé sur une terre ingrate et que Jérémie se souviendra longtemps de lui. Moy, tu ne sauras jamais à quel point nous t’aimons et te sommes reconnaissants.

Avec ses jeunes amis Ti-Jean Rousseau et Roger Rouzier.
 Crédit photo : Milo Hilai
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Sans occuper de fonctions officielles à Jérémie, Maurice est devenu au fil des décennies l’interlocuteur naturel que tous les étrangers de passage veulent rencontrer. Un dépositaire de l’histoire non écrite de sa ville, ainsi que des vertus et qualités morales qu’on n’enseigne plus à l’école et qu’il s’évertue à inculquer à ses jeunes.

Quand j’évoque le souvenir des beaux soirs du Versailles Club d’Antoine Jean où Maurice charmait les amoureux de sa voix de crooner en chantant « Beaucoup d’amour, beaucoup de peine » ou des boléros de Joe Bontemps, je parle d’un temps « que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître ». Bien qu’elle ne soit pas de la meilleure qualité possible, la photo ci-dessous, prise à New York, nous donne une bonne idée du séducteur qui savait à la fois divertir, séduire et faire rêver les plus prosaïques. Pour la génération qui l’a connu à l’époque, Moy était tout à la fois l’ami sincère et attentionné, la vedette, le poète, l’animateur hors pair, un modèle unique en son genre. Et quand il déposait le micro pour danser, c’était presque un spectacle, et le morceau se terminait toujours par des applaudissements.


Le séducteur des années 70
Aujourd’hui encore, il se passe rarement un mois qu’un étranger revenant de Jérémie ne me parle du charisme, de la générosité ou de l’engagement social de ce citoyen dont le plus grand bonheur est de servir sa ville. J’en veux pour preuves les témoignages de l’ancienne ministre Marie-Laurence Jocelyn-Lassègue qui me disait le mois dernier avoir rencontré à Jérémie une force de la nature nommée Maurice Léonce qu’elle n’oubliera jamais. Qu’il s’agisse de Musset Pierre-Jérôme ou de Lucille Lemire, des amis d’Ottawa qui encouragent le sport à Jérémie avec le concours de Maurice, le témoignage est toujours le même : Maurice est un être exceptionnel sans l’aide de qui il est difficile de réaliser maintenant aucun projet d’envergure dans les domaines du football ou du sport en général. 

Chez lui, au morne Jubilé en 2012, avec l’auteur
J’étais à Jérémie en 2007 et j’étais allé écouter à l’Alliance française une conférence de l’attaché culturel de l’ambassade de France en Haïti sur la coopération franco-haïtienne. L’assistance composée majoritaires d’élèves du secondaire était très jeune. Exception faite des organisateurs de la soirée et des professeurs, il y avait deux hommes d’âge mûr dans l’assistance : Maurice Léonce... et moi. À mon dernier passage chez lui en 2012, nous avons pris ensemble la photo de droite que je garde précieusement en attendant le plaisir d’en prendre d’autres avec lui, à l’Anse d’azur, à la Voldrogue, à la Pointe, au Parc Saint-Louis...

Quand j’essaie de comprendre l’engagement incessant de Moy dans sa communauté et
l’enthousiasme avec lequel il encadre encore la jeunesse de sa ville, une seule pensée me vient à l’esprit  ̈ : « Moy appartient à cette catégorie de personnes qui pensent qu’on n’a rien donné, tant qu’on n’a pas tout donné. »

Par: Eddy Cavé eddycave@hotmail.com

Saturday, September 3, 2016

Donald Trump à la Maison Blanche: une histoire pour se faire peur?

Donald Trump lors de son discours sur l'immigration le mercredi 31 Août 2016
Par: Herve Gilbert herve.gilbert@gmail.com

Une grande méfiance s’installe au sein d’une bonne partie de la société américaine et même dans un secteur républicain avec l’éventualité de l’élection d’un Donald Trump comme président des États-Unis.


Après sa visite surprise et controversée au Mexique à l’invitation du président mexicain Enrique Peña Nieto, et moins de trois heures après que ce dernier lui ait affirmé qu'il ne verserait pas un centime dans l'érection d’un mur frontalier séparant le Mexique des États-Unis, dans un discours phare de la soirée sur l’immigration,  il a affirmé à nouveau  vouloir  construire  "un grand mur" sur la frontière sud des États-Unis, lequel  sera construit aux frais du Mexique qui, selon Trump, ne le sait pas encore.

Le candidat républicain, lors de son envolée de plus d’une heure, a aussi révélé, qu'il n'y aurait aucun espoir de régularisation pour les quelque 11 millions de clandestins présents aux États-Unis.  Trump a dévoilé donc un programme politique, de l’avis de plus d’un, qui va à l’encontre d’un processus d’adoucissement de l’immigration des mexicains et autres illégaux vivant aux États-Unis.

Trump montre une dizaine de parents américains victimes
des immigrants illégaux aux Etat-Unis.                           
En effet, dans un programme en 10 points, le candidat à la présidence Donald Trump a mis l'accent sur l'insécurité et les crimes commis par des immigrants illégaux en présentant une dizaine de parents victimes de ces crimes…  En outre, Il a promis dans son discours de mercredi soir de mettre fin au pouvoir des cartels de stupéfiants au Mexique, et de faire cesser également les trafics d’armes entre le Mexique et les États-Unis. Il a ensuite élaboré un programme dur contre l'immigration illégale, affirmant qu’il imposera “des tests de dépistage idéologique” aux personnes souhaitant émigrer aux États-Unis, sur le modèle de ceux mis en place pendant la guerre froide. Dans l’esprit du milliardaire, ces mesures permettraient d’identifier de possibles extrémistes.

Il entend aussi tripler le nombre d'agents du service fédéral d'immigration (ICE) et créer une force spéciale de déportation de 5000 policiers frontaliers, en plus des quelque 20.000 existant, en justifiant ainsi une tolérance zéro pour les criminels étrangers. Le candidat républicain veut aussi renforcer les contrôles sur les visiteurs pour empêcher le dépassement de visas, réformer le système de visas et donner la priorité à l'immigration légale "selon le mérite, les compétences", repoussant aussi l’idée d'une quelconque amnistie… Il promet en fin de compte de fermer l'accès à toutes les allocations monétaires "qui ne doivent bénéficier qu'aux citoyens et immigrants légaux", qu'à ceux qui partagent les valeurs de « l'Amérique » et aiment ce pays.

L'incroyable Donald Trump...
La question des visas a occupé une grande partie du discours du candidat qui a expliqué la nécessité du renforcement de leur contrôle, du développement d'un fichier biométrique et des poursuites contre ceux qui restent avec un visa périmé. S'en prenant toujours aux sans-papiers, Donald Trump a promis d'être impitoyable “dès la première heure” de son mandat au cours de laquelle il commencera par expulser au moins deux millions de clandestins "criminels". Une fois au bureau ‘oval’ de la Maison blanche, Il annulera immédiatement les décrets de régularisation temporaire signés par Barack Obama, et ordonnera l'expulsion immédiate de tout sans-papiers appréhendé pour des délits.

Selon lui, la politique d'Obama sur l'immigration a été faible et insensée et les immigrants illégaux reçoivent plus que ce qu'ils rendent à la société. D’après lui, Obama et Clinton ont affaibli la sécurité des États-Unis au moyen de frontières poreuses et l’admission de réfugiés qui représentent, toujours selon Trump, un danger potentiel.

Comment les clandestins installés ici depuis des années et sans casier judiciaire pourront-ils obtenir des papiers? "Ils n’auront qu’un moyen et un seul : retourner chez eux et faire une demande de ré-entrée, selon les règles du nouveau système d'immigration que je viens de décrire", a expliqué Donald Trump.

Trump veut un filtrage extrême 
Cependant un tel discours a peu de chance de séduire les classes des immigrés et les classes intellectuelles et moyennes qui représentent une partie importante de l’électorat.  Le plan de Trump au sujet de l’immigration est un véritable arsenal répressif susceptible de satisfaire seulement la base conservatrice de l'électorat républicain, toujours frustrée et en colère du fait qu’elle n’avait pas pu empêcher Obama d’accéder à la présidence des États-Unis. Donc, Trump exploite la colère de ce secteur aux États-Unis qui voit d’un mauvais œil la montée d'une classe moyenne diversifiée lui faisant concurrence avec intelligence, savoir-faire et vision.

Nous immigrants de partout dans le monde ne pouvons donc faire la politique de l’autruche en pensant que Trump ne sera pas élu… Dans une campagne électorale américaine de dénigrement tous azimuts, le vainqueur du 8 novembre sera le candidat qui attaquera le plus fort son adversaire, indépendamment de son argumentation et de son intégrité. 

Si Donald Trump devenait le prochain président des États-Unis le 8 novembre prochain, ce serait comme l’effet d’un ouragan déferlant aux États-Unis - où l’on verrait une vague de départs volontaires et forcés d’immigrants dits illégaux.  Autrement dit, « la vie de millions de familles d’immigrés et de leurs proches serait définitivement changée, en particulier celle des « rêveurs ainsi nommés » ou DREAMERS qui, depuis l’enfance, ont été élevés aux États-Unis de parents arrivés illégalement aux États-Unis. »


Hervé Gilbert 











Friday, September 2, 2016

Les sortilèges de la mémoire d’Eddy Cavé – 1ère partie


Le tome 2 " De mémoire de Jérémien ":
En pensant aux amis disparus (de Eddy Cavé)

Par Leslie Péan, 1er septembre 2016   

L’événement littéraire marquant de la rentrée 2016-2017 sera sans doute la publication du deuxième tome de l’ouvrage d’Eddy Cavé intitulé “De Mémoire de Jérémien” paru aux Éditions du CIDIHCA à Montréal et Pleine Plage à Port-au-Prince. Un vrai journal intime sur lequel se greffe une analyse sociopolitique de la société haïtienne. Un ouvrage rempli de couleurs et d’images qui s’imbriquent harmonieusement dans le texte imprimé. Au fait, le texte renforce admirablement la véracité des photos qui l’accompagnent. Texte ? Photos ? L’un est le complément de l’autre. Au total, 474 pages de textes et 481 photos. Les deux, bien couplés, dessinent de nombreuses personnalités pleines de dynamisme et de finesse. Et c’est justement cette mise ensemble esthétique qui fait vertu dans ce livre.

À ce sujet, l’auteur écrit : « La photo étant chez moi à la fois catalyseur et support de la mémoire, c’est souvent par elle que commencent mes réflexions sur un grand nombre de sujets. C’est ainsi que la seule vue des bandes vidéo, des boîtes de diapositives et des albums photos accumulés après le renversement de la dictature en 1986 a déclenché chez moi une avalanche de souvenirs tour à tour plaisants et bouleversants[1]…» Ces souvenirs constituent dans le cas d’Eddy Cavé un capital bien géré en vue de sa transmission à la postérité.

Elda Pierre, ancienne Inspectrice
du district scolaire de Jérémie.    
Le souvenir des amis disparus est pour l’auteur un baume sur des émotions douloureuses, mais aussi et surtout un prétexte à des analyses plus larges sur les démons qui terrassent Haïti. C’est bien là le manifeste. Le cœur du sujet. Tout l’art d’Eddy Cavé a été d’arriver à ce point d’équilibre et à nous faire vivre la présence des personnages disparus malgré leur absence. Le gros des textes n’est-il pas écrit au présent narratif ? En faisant appel à nos sens et à nos sensations, l’auteur ouvre des fenêtres sur des vies éteintes entre 1998 et 2016. Sur une mémoire qui recèle une puissance sortilège. Point de départ pour des renvois croisés à d’autres personnalités connexes sur une plus longue période.
La maison des Sansaricq convertie en caserne
des macoutes en 1966 et disparue dans les flam
mes vingt ans après.                                           
Dans ses révélations, l’auteur livre un condensé de leurs images dans le style du «langage clair et simple[2] » qui est sa spécialité. Introduction à une rencontre réelle conduisant à l’analyse de la perdition haïtienne. Sans le moindre embellissement ! Les multiples nuances et la singulière richesse de toute la hiérarchie des rapports humains sont présentées avec beaucoup de soin. Cela va du poète Émile Roumer mort en 1991 à la vendeuse ambulante jérémienne Kalisia. Cette empreinte féminine parcourt tout l’ouvrage. On découvre de nombreuses femmes auxquelles Eddy Cavé donne droit de cité. L’adage veut qu’on ne trouve que ce qu’on cherche. Dans ce chantier qu’il inaugure, Eddy Cavé fait défiler les visages de Lucette Ambroise, Elizabeth Philibert, Yanick Rigaud, Josette Bastien, Adrienne Gilbert, Carole Démesmin. Des femmes dont la plupart ont tenu bien haut le flambeau de la lutte contre les tontons macoutes !

L’opération Champosin
Marcel Gilbert, un philosophe au service
de l'humanité   
                                          
Eddy Cavé aborde ainsi les batailles contre l’oppression. Des combats armés avec leur dose de cauchemars et d’hécatombes. Avec la trahison à tous les niveaux des combattants du Parti Unifié des Communistes Haïtiens (PUCH) en 1969 telle que révélée et expliquée par Doña Lidia Sansaricq, la veuve d’Adrien Sansaricq, dans son ouvrage Traición múltiple[3] (Trahison multiple). Cavé présente des martyrs qui ont donné leurs vies pour rompre les digues de la dictature. Dans ce parcours, il indique le rôle des militants qui ont gagné leurs galons en donnant énormément du fil à retordre aux bourreaux. Il signale au passage le boucan allumé par l’Opération Champosin[4] avec l’enlèvement de l’ambassadeur américain Clinton Knox en 1973 et sa libération en échange de onze prisonniers politiques haïtiens. Ce condensé de la résistance au fascisme duvaliériste a permis, entre autres, la libération d’Elizabeth Philibert. Une héroïne encore peu connue réfugiée à Montréal. 

L’effet de monstruosité du pouvoir absolu annule la créativité d’un peuple qui a démarré sur des chapeaux de roue en 1804. Au plaisir de l’indépendance s’est vite adjoint le drame de l’assassinat du fondateur Dessalines. Et depuis lors, le retour du remords refoulé revient systématiquement. L’inventaire des mesquines atrocités jalonnant notre parcours de peuple est époustouflant. Eddy Cavé soulève le rideau combien lourd de la cruauté et de l’épouvante sur les massacres du 26 avril 1963 à Port-au-Prince et de 1964 à Jérémie à l’occasion de la commémoration du cinquantième anniversaire de ces deux tragiques série d’événements. Il écrit : « Le démocrate que je suis ne peut accepter comme un fait accompli l’horreur de ces massacres[5]. »

Les frères Adrien et Daniel Sansaricq
Sur cette lancée, l’auteur rend un hommage mérité aux frères Adrien et Daniel Sansaricq ainsi qu’à leurs camarades tombés au combat en 1969 en Haïti. À contre-courant de la tendance réservant la connaissance à des happy few, Eddy Cavé multiplie sa contribution à la diffusion des lumières. À un moment où des choses commencent à se savoir sur les événements de 1969 avec l’ouvrage Traición múltiple de Doña Lidia Sansaricq, il importe d’empêcher qu’elles ne disparaissent à nouveau sous la chape du silence. D’où la nécessité de les souligner pour qu’enfin elles s’imposent d’elles-mêmes et que le calbindage qui a permis au traître Franck Eyssalem (nom de code Charlie) d’orchestrer son carnage soit révélé au grand jour.

Gérard C. Noël
1931-1996
L’appel à la constitution d’un État de droit est direct. Loin du désespoir, de la dérive et de l’errance. Malgré les échecs enregistrés, souligne l’auteur, « les défenseurs du statu quo ne sont toutefois pas parvenus à changer la volonté de changement[6]. » Dans l’étalage de ses souvenirs, Eddy Cavé refuse de maquiller les noms, de travestir les faits et d’arrondir les angles. Mais il ne donne pas dans la provocation non plus. Il présente les choses telles qu’elles sont et appelle à changer les règles du jeu infernal haïtien et de l’écriture fragmentée qui la sous-tend. Un jeu macabre qui trouve toujours un second souffle dans les assassinats comme ceux d’un Jean Dominique en l’an 2000, d’un Robert Marcello en 2009 ou encore dans celui d’un Robert (Bob) Anglade, propriétaire de l’hôtel « Jardins sur mer », âgé de 74 ans, chez lui, près d’Aquin, le 8 avril 2016.

Par :Lesly Péan 
Une illustration de HCC 

[1] Eddy Cavé, De Mémoire de Jérémien, Tome II, Editions Cidhica, Montréal, 2016, p. 20.
[2] Eddy Cavé, Le langage clair et simple, un passage obligé, Editions Cidhica, Montréal, 2014.
[3] Lidia Sansaricq, Traición múltiple, Editions Cidhica, Montréal, 2015.
[4] Pierre Emmanuel, Opération Champosin, Editions Cidhica, Montréal, 2016.
[5] Ibid., De Mémoire de Jérémien, Tome II, op. cit. p. 214.
[6] Ibid, p. 139.
[7] Ibid, p. 109.
[8] Christophe Wargny, Haïti n’existe pas, 1804-2004 : deux cents ans de solitude, Paris, Autrement, 2004.