Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Wednesday, March 30, 2016

Cuba et l'ignorance de certains journalistes (par Léo Paul Lauzon)

Président Obama lors de son discours à Cuba

Il faut grandement féliciter le président des États-Unis d’avoir effectué cette visite historique à Cuba afin d’essayer d’harmoniser les relations diplomatiques entre les deux pays. Mais la levée de l’embargo économique, qui coûte chaque année des milliards de dollars à Cuba, n’est pas pour demain. Ce n’est pas seulement les républicains américains qui s’opposent à la fin de cet odieux et criminel embargo, mais aussi l’État de Floride qui perdrait alors des milliers de touristes au profit de Cuba. Il y a aussi l’industrie pharmaceutique qui ne veut pas voir déferler aux States les médicaments développés par la dynamique industrie étatique pharmaceutique cubaine, ainsi que la lucrativebusiness des hôpitaux et des médecins privés américains cotés à la Bourse qui verrait des millions de malades aller se faire soigner sur l’île socialiste. C’est également sans compter les producteurs de fruits et de légumes, etc.
Ce n’est qu’en 2015 que les États-Unis ont retiré Cuba de leur liste noire des États «soutenant le terrorisme». Vraiment ridicule. Parlant de terrorisme, que font les States sur l’île même, à Guantanamo pour être plus précis? Des centaines de personnes emprisonnées sans procès et torturées en plus de ça. Que les Américains, par respect pour le peuple cubain, posent leurs gestes ignobles ailleurs que sur l’île cubaine. Guantanamo, qui fait partie intégrante de Cuba et qui lui a été subtilisée, pour ne pas dire volée, il y a environ 100 ans, doit être restituée à Cuba. C’est la moindre des choses.
À propos des reportages sur Cuba dans notre presse écrite
Mes amis, vous le savez bien, ma patience est presque infinie, et je fais toujours preuve d’une retenue et d’une réserve exemplaires. Mais là, en lisant les comptes-rendus de nos journalistes de la presse écrite sur le récent voyage de Barack Obama à Cuba, j’ai sauté une coche et des fils se sont touchés. Ça ne se peut pas. Pour la millième fois, nos journalistes en ont profité pour déblatérer de nouveau sur Cuba. Ben oui, tout le monde sait qu’à Cuba les gens sont épiés et surveillés (pourtant autant qu’aux États-Unis) et qu’en plus, ils sont ostracisés, emprisonnés et même torturés. Un système plus que totalitaire que nous répètent à satiété nos journalistes. À Cuba, il n’y a pas de criminels, seulement des prisonniers politiques. En plus de subir la répression, les Cubains sont tous pauvres et sous-alimentés qu’ils nous disent. L’enfer ce n’est pas l’autre, c’est Cuba.
Je m’excuse, mais tenir de tels propos sur Cuba relève de l’ignorance et d’un niveau d’endoctrinement maladif chez certains de nos «professionnels» de l’information qui sont pourtant censés produire une information neutre et objective. Oh, pas du tout, je n’insulte pas les journalistes en disant ça, je ne fais que constater empiriquement ce qui a été écrit sur Cuba dans nos médias. Je me dois de parler franchement à certains de mes amis journalistes.
Des réalisations extraordinaires passées sous silence
Cuba a un des meilleurs systèmes de garderies, de santé, d’éducation, d’aide internationale, etc. au monde, et ça, pour nos journalistes émérites, ne compte pas. À Cuba, toutes les personnes, peu importe leur statut, ont un médecin de famille et plus; se font soigner et opérer rapidement; n’attendent pas vingt heures à l’urgence; jouissent de la gratuité des médicaments; ont le privilège d’aller de la garderie à l’université gratuitement; ont un meilleur système de transport en commun qu’ici, etc. Toute une dictature! Être soignés et éduqués comme le sont les Cubains, ça ne fait pas partie de la sacro-sainte notion de liberté individuelle qu’ont mes amis journalistes.
Je le demande: elle est où la «liberté» quand vous n’avez pas de médecin de famille et quand vous attendez vingt heures à l’urgence? Ou encore plus d’un an avant de vous faire opérer? Elle est où votre liberté quand vos enfants fréquentent des écoles avec plein de moisissures et quand les jeunes vont à l’école sans rien avoir mangé et qu’ils n’ont pas droit à des services spécialisés comme à Cuba? Ben oui, ici la notion de démocratie et de liberté est assimilée principalement au fait de pouvoir aller voter aux quatre ans pour l’un des trois partis politiques qui ont, disons-le, à peu près tous le même programme (CAQ, PQ et PLQ).
Quelques faits sur Cuba
Pauvres et privés de liberté les Cubains, vous dites? Pouvez-vous alors m’expliquer pourquoi Cuba est l’un des pays les plus riches en centenaires au monde par habitant? «Le club des 120 ans. Le secret des centenaires cubains» (Le Journal de Montréal, 21 mai 2010). Ils ont la couenne dure ces Cubains pour vivre aussi vieux en étant opprimés et affamés toute leur vie. Commencez-vous à vous poser des questions, mes amis?
Saviez-vous que l’indice de développement humain de l’ONU place Cuba parmi les plus avancés (44e rang sur 187 pays) pour ce qui est de l’espérance de vie à la naissance, le niveau d’éducation et le niveau de vie? Eh oui, le niveau de vie, mes amis. Saviez-vous aussi que les taux de mortalité infantile et prénatale sont plus bas à Cuba qu’aux States? Et puis, saviez-vous qu’à Cuba on compte seulement 3 % d’analphabètes contre environ 12 % au Québec? Saviez-vous que l’espérance de vie à la naissance atteint le même niveau que les pays développés (78 ans)? Toujours selon l’ONU, l’indicateur de développement humain est de 8 ½ sur 10 à Cuba. Je suppose que tous ces faits ne font pas des Cubains des gens effectivement plus libres que dans la majorité des pays du monde et même plus qu’au Québec? Eh oui, plus qu’au Canada.
Aide internationale fournie par Cuba
Paroles du secrétaire d’État américain John Kerry concernant l’épidémie de fièvre Ebola: «Je voudrais remercier Cuba pour son aide dans la lutte internationale contre la fièvre hémorragique. Cuba, un pays d’à peine 11 millions d’habitants, a dépêché 165 professionnels de la santé en Afrique de l’Ouest et prévoit en envoyer près de 300 de plus» (La Presse, 27 octobre 2014, texte de Richard Hétu). Mes amis, le Québec supposément démocratique a envoyé combien de docteurs en Afrique?
Ah ben, en voilà une autre bonne rapportée dans Le Journal de Montréal du 12 juillet 2013: «L’Organisation mondiale de la santé a officiellement déclaré hier Cuba comme le premier pays au monde à avoir éliminé la transmission du virus du sida (VIH) et de la syphilis de la mère à l’enfant». Toujours rien à voir avec les notions de liberté et de démocratie?
J’en aurais plein d’autres qui pourraient vous aider à vous ouvrir les yeux et les oreilles, mais en voici une drôle: «Des Américains étudieront la médecine à Cuba» (La Presse, 29 octobre 2015). C’est l’université du Michigan qui va envoyer ses apprentis médecins étudier dans les hôpitaux cubains. Tiens, une autre dernière: «Se faire soigner à Cuba. Des Québécois s’y rendent même pour traiter leur cancer» (Le Journal de Montréal, 23 mars 2009). Et pas seulement des Québécois, loin de là!
Visites du pape à Cuba
En 2012, visite du pape Benoît XVI à Cuba, 14 ans après celle de Jean-Paul II. En 2015, visite du pape François à Cuba et en 2016, toujours sur l’île «communiste», le pape François rencontre le chef de l’Église orthodoxe russe Kirill. Mais que font ces religieux dans un pays qui, selon nos amis journalistes, brime les libertés individuelles, emprisonne les opposants, même les soi-disant résistants «modérés» et opprime sa population? Ben oui, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, l’Ukraine «libérée», le Honduras ou encore l’Érythrée apparaissent comme des formidables démocraties lorsqu’on les compare à Cuba. Vraiment tout le monde sait ça. Ah ben! c’est à La Havane en 2015, et c’est Cuba qui a agi comme médiateur dans les conflits meurtriers opposant le gouvernement de Colombie et la guérilla des FARC. Franchement, un pays de la droite comme la Colombie, qui choisit Cuba, ce pays maudit, comme conciliateur... Mes amis journalistes, j’espère que vous commencez à comprendre!
Leçon d’histoire
Mes amis, depuis la révolution cubaine, initiée par Fidel Castro il y plus de cinquante ans, les Américains et d’autres ont financé généreusement plusieurs organisations cubaines et étrangères, souvent des ONG avec des noms très angéliques, afin de renverser le gouvernement socialiste cubain, comme ils l’ont fait récemment avec succès en Ukraine, au Honduras, en Égypte, etc. Aie! Cuba est à 90 kilomètres des States. Si les Américains n’ont pas réussi leur putsch, c’est grâce au peuple cubain, éduqué et conscientisé, qui tient à son merveilleux système. Un point c’est tout. Ah oui, les States ont manigancé plusieurs fois afin de liquider Fidel Castro. Pour les journalistes, il faudrait laisser passer toutes les ONG et tous les dissidents «modérés» financés par l’étranger afin de renverser le gouvernement cubain et d’agir à leur guise sur l’île. Renverser le gouvernement actuel à Cuba au profit de qui au juste? Des gens qui, comme ici, instaureraient le principe de l’utilisateur-payeur dans les services publics cubains mille plus développés et accessibles qu’au Québec?
On peut regarder ce qui est déjà arrivé en Amérique du Sud en lisant bien ces titres d’articles de journaux:
«Henry Kissinger a appuyé la dictature militaire en Argentine. Selon des documents déclassifiés, l’ex-secrétaire des États-Unis a approuvé la répression sanglante de la junte au pouvoir entre 1976 et 1983» (La Presse, 23 août 2002).
«Guatemala: la CIA derrière un coup d’État en 1954» (La Presse, 16 mai 2003). Et qui fut derrière le récent putsch au Honduras? Et qui était derrière l’enlèvement du défunt président du Venezuela Hugo Chavez?
«La CIA admet ses liens avec le chef de la police secrète chilienne sous Pinochet» (Le Journal de Montréal, 20 septembre 2000). Et qui a financé les contras au Nicaragua afin de renverser le président élu Daniel Ortega?
Ben non, ces choses-là ne pourront jamais se produire à Cuba. De toute façon, même quand il y a un putsch militaire qui renverse un gouvernement élu démocratiquement comme en Égypte, en Ukraine et au Honduras, si le nouveau gouvernement mis en place par les militaires est du côté des Occidentaux et est favorable au libre marché, c’est alors une bonne dictature. Il y a, comme ça, dans le monde, les bonnes et les mauvaises dictatures.
Et la démocratie au Québec dans tout cela
Quand un premier ministre déclare ce qui suit, comme l’a fait Philippe Couillard, faut nécessairement se poser des questions sur la vraie valeur de notre démocratie: «Non, la majorité n’a pas toujours raison. Le courage politique consiste à affirmer et à maintenir des positions différentes [allô démocratie] si elles s’appuient sur des principes profonds» (La Presse, 12 décembre 2013). Couillard qui parle de principes profonds, faut le faire. Et où est la démocratie quand le PLQ impose ses mesures d’austérité à l’encontre de la volonté de la majorité et quand le premier ministre a le culot de déclarer: «Les coupes ont touché les plus vulnérables admet Couillard» (Le Devoir, 23 septembre 2015). Pas les plus riches, mais les plus vulnérables. Au contraire, des coupes qui ont profité aux gras dur en «libérant» des fonds publics.
Et puis, quand dans une province comme le Québec on érige la corruption en système, on devrait se garder une petite gêne quand vient le temps de faire la leçon aux autres pays en termes de démocratie et de liberté individuelle, notamment les journalistes. Pourquoi ne pas venir avec moi en décembre prochain à Cuba dans ce petit village (Guanabo) de 5000 habitants situé à environ 40 kilomètres de La Havane. Je vous ferai alors visiter une garderie, une école secondaire, une clinique médicale et, prenant le transport en commun qui mène directement à La Havane, on ira visiter un hôpital, une école de médecine et une université. Ah oui, à Guanabo, on assistera ensemble à une assemblée d’un arrondissement et d’une commission scolaire. Vous allez voir que les Cubains n’ont pas la langue dans leur poche. On parlera aussi aux gens dans la rue et on observera leur façon de faire. Ça coûtera ce que ça coûtera aux organes de presse, mais ça va valoir la peine. En passant, couvre-feu à 10 heures le soir, et pas question de partir sur la «go». On aura une grosse semaine de travail devant nous; faut admettre qu’on part de loin.
CA_LeoPaul_Lauzon


Monday, March 21, 2016

Président Obama à son arrivée à La Havane: "Comment ça va Cuba?"

Air Force 1 lors de sa descente finale sur l'aéroport
Jose Marti de la Havane le dimanche 20 Mars 2016.
Le président Barack Obama est arrivé, dimanche 20 mars, à La Havane (Cuba), pour une visite historique de trois jours, la première tournée d’un président américain depuis quatre-vingt-huit ans. En effet, aucun président américain  en exercice, après Calvin Coolidge en 1928, ne s’est rendu à Cuba. "Président Coolidge, lors de sa visite en 1928,  était venu sur un navire militaire, cela lui avait pris trois jours tandis que ce voyage m'a pris seulement trois heures", a déclaré Barack, lors de sa première adresse aux diplomates américains postés à Cuba.
L'avion présidentiel Air Force One s'est posé, sous la pluie, en fin d'après-midi à La Havane sur l'aéroport Jose Marti, du nom du père de l'indépendance de cette ancienne colonie espagnole.

La famille présidentielle foulant le sol cubain
"¿Que bola Cuba?" ("Comment ça va Cuba ?"), a lancé M. Obama sur son compte Twitter en utilisant une expression populaire, quelques secondes après l'attérissage d'Air Force One. "Je viens d'atterrir, je suis impatient de rencontrer et d'écouter les Cubains".

Accompagné de son épouse, Michelle Obama, et de leurs deux filles, Sasha et Malia, le président américain s’est rendu, sous une pluie battante, dimanche soir dans la cathédrale de La Havane, trésor baroque du XVIIIe siècle. Il y a rencontré le cardinal Jaime Ortega, qui a joué un rôle majeur dans  la percée diplomatique de décembre 2014.

Plusieurs militants du mouvement dissident "des dames
en blanc" ont été arrêtés à l'issue de leur procession do
minicale peu avant l'arrivée d'Obama à Cuba.               
Avec ce voyage, Obama, qui quittera la Maison Blanche dans dix mois, a un objectif clair: rendre irréversible le spectaculaire rapprochement engagé le 17 décembre 2014 avec le président Raul Castro. Quelques heures avant son arrivée, les autorités cubaines ont arrêté plusieurs dizaines de dissidents lors de l'habituelle procession dominicale des Dames en Blanc près d'une église de l'ouest de La Havane.

Barack Obama, qui doit rencontrer des dissidents mardi, a prévenu qu'il évoquerait "directement" les droits de l'homme lors de ses entretiens lundi avec Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel voici presque 10 ans.
Avant sa venue, Barack Obama a pris de nouvelles mesures pour faciliter les visites des Américains à Cuba et pour la participation de cette dernière au commerce  international.

Président Obama saluant la mémoire de Jose Marti, le
père de la révolution cubaine.                                      
Cette visite, qui durera jusqu’à mardi, vise à rendre « irréversible » le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba, amorcé par Barack Obama en décembre 2014, souligne la Maison Blanche. Les relations diplomatiques ont été rétablies en juillet entre les deux pays, qui continuent néanmoins d’entretenir de profonds désaccords.


Instauré après l’arrivée au pouvoir des révolutionnaires emmenés par Fidel Castro, frère de l’actuel président, en 1959, l’embargo américain sur Cuba reste néanmoins en vigueur. Le président américain espère que ce dernier pourra être levé par le Congrès américain.


Rencontre avec Raul Castro et discours au peuple cubain

Outre la rencontre avec son homologue cubain, Raul Castro, au deuxième jour de sa visite historique dans la capitale cubaine ce lundi 21 mars , Barack Obama a salué, un « jour nouveau » dans les relations entre les Etats-Unis et Cuba, même s’il a reconnu que de réelles « différences » demeuraient entre les deux pays.

L'historique poignée de mains entre Barack Obama et
Raul Castro, la première publique lors de leur rencon 
tre à Cuba le lundi 21 mars 2016.                                
.                                              
« Nous avons eu une bonne discussion sur les questions de démocratie et de droits de l’homme », a assuré le président américain à l’issue d’un entretien avec son homologue cubain au palais de la Révolution. « J’espère que ma visite ici montre à quel point nous sommes prêts à  entamer  un nouveau chapitre dans les relations cubano-américaines », a-t-il insisté.
La rencontre  de ce lundi  avec son homologue cubain, Raul Castro, a été suivie d’une apparition conjointe devant la presse et d’un dîner d’Etat, le point d’orgue de la visite de Barack Obama aura lieu mardi avec le « discours au peuple cubain » que compte prononcer le président américain depuis le Gran Teatro de La Havane, et qui sera retransmis par la télévision cubaine. Barack Obama doit aussi rencontrer mardi des personnalités de son choix, dont des opposants au régime castriste.
Les deux présidents lors de leur point de presse
Alors que Barack Obama entame dimanche une visite historique de trois jours à Cuba, les multinationales américaines ont pris les devants. La chaîne hôtelière Starwood (Le Meridien, W, Westin, Le Sheraton) a ainsi annoncé samedi qu'elle allait ouvrir des établissements sur l’île communiste, une première depuis la révolution de 1959. Les relations commerciales entre les États-Unis et Cuba continuent de se radoucir. Les Américains vont bientôt pouvoir importer davantage de produits de l’île et s’y rendre plus facilement.


Les deux chefs d'Etat passant les troupes en revue
Cet investissement de plusieurs millions de dollars porte sur l'ouverture de deux hôtels en 2016, a indiqué le groupe. Starwood a en outre signé une lettre d'intention avec les autorités cubaines pour un troisième établissement.

Starwood va gérer l'hôtel Inglaterra, ouvert en 1875 et disposant de 83 chambres en plein coeur de la Havane, qui va rejoindre son portefeuille de propriétés de luxes, détaille-t-on dans le communiqué.

La chaîne va aussi reprendre l'hôtel Quinta Avenida, également situé dans la capitale. Celui-ci ouvrira en fin d'année sous la marque Sheraton et disposera de 186 chambres.
Enfin, Starwood devrait gérer l'hôtel Santa Isabel, également à la Havane, une fois qu'il aura obtenu le feu vert du département américain du Trésor, l'équivalent du ministère des Finances et de l'Économie.

Starwood, premier d'une longue liste? 
Les accords entre Starwood et les autorités cubaines sont les premiers grands marchés conclus par un groupe américain depuis la décision de Barack Obama fin 2014 de normaliser les relations entre les deux pays. Une normalisation qui reste néanmoins encore suspendue à la levée, par le Congrès américain, de l'embargo économique imposé en 1962 par Washington. Pour pouvoir établir leurs enseignes à Cuba, les groupes candidats doivent ainsi déposer des demandes de licences auprès du Trésor américain, gardien des sanctions économiques américaines. Starwood assure les avoir obtenues.

D'autres entreprises américaines pourraient annoncer dans les tout prochains jours leur implantation à Cuba. C'est le cas de Marriott International, concurrent de Starwood, dont le patron Arne Sorenson ferait partie de la délégation accompagnant le président américain pour son voyage historique dans l'île communiste du 20 au 22 mars. L'opérateur télécoms AT&T est aussi en discussions avec la compagnie nationale de télécommunications cubaine ETECSA.

Sources : AFP, Le Monde, BFO


Etats-Unis-Cuba, l’heure de la réconciliation

Monday, March 14, 2016

Le tremblement de terre de 1842 au Cap-Haïtien (Haïti)

Une tranche d'histoire d'Haïti - (L'événement de 1842) 
Par Julmiste Manius 
Entrée principale de la ville du Cap-Haïtien
Le samedi 7 mai 1842, un violent tremblement de terre que l'on considère comme la plus grande catastrophe naturelle de son histoire frappait la République d'Haïti. Ressenti dans presque toutes les parties de l'île, cet épouvantable séisme allait détruire toutes les villes de sa côte atlantique et anéantir en un moment des agglomérations comme le Môle Saint-Nicolas, Port-de-Paix et Fort-Liberté. Les secousses, qui durèrent environ six minutes, firent également des dégâts à Port-au-Prince, à Saint-Marc et aux Gonaïves, mais la ville la plus touchée du pays sera le Cap-Haïtien, l'ancienne capitale de Saint-Domingue qui, d'un seul coup, fut réduit en cendres. C'était alors une cité florissante qui prospérait par son négoce maritime, une ville pleine de vie et de mouvement dominée par une classe de grands planteurs opulents et par un non moins fastueuse bourgeoisie d'affaires.

Juste avant la catastrophe, le Cap était encore considéré, avec New Orléans et Québec, comme l'un des trois principaux centres commerciaux et culturels de l'Amérique francophone.

La ville n'est pas grande mais elle est très bien tracée,
                     
John Candler, l'auteur d'un Brief notices of Hayti, un ouvrage publié peu de temps avant la destruction de la ville, rapporte que le Cap lui paraissait assez semblable à Saint-Pierre de la Martinique avec 27 rues orientées d'est en ouest et coupées à angle droit par 19 autres allant du nord au sud. Candler décrit aussi les maisons, d'immenses bâtisses dont les rez-de-chaussé sont occupés par des commerces, des étables ou des entrepôts alors que les familles résident dans les deux ou trois étages supérieurs. John Candler Brief notices of Hayti, un ouvrage publié peu de temps avant la destruction de la ville.

Dans ses Mémoires encore inédits, mais dont quelques extraits ont été publiés en 1942 grâce aux soins de son neveu, M. Elie Lambert, l'écrivain et homme d'État haïtien, Demesvar Delorme, un témoin direct de la catastrophe, parle du Cap comme d'une «ville de politesse, de manières recherchées, quintessenciées même, raffolant du roman, du chevaleresque, aimant les épiques récits de galantes aventures, comme l'Espagne de Cervantès».

Le Paris de Saint-Domingue
L'église de Milot, détruite elle aussi par le tremble
ment de terre a été restaurée vers les années 30  
                                                                      
Même après la chute du royaume de Christophe, le Cap-Haïtien qui disputait encore à Port-au-Prince l'hégémonie financière et intellectuelle d'Haïti, ne le cédera vraiment à sa rivale qu'après le tremblement de terre de 1842. En un moment, cette ravissante cité de pierre avec ses édifices, ses belles demeures, ses vastes entrepôts, ses riches commerces et tous ses superbes monuments coloniaux qui en faisaient le Paris de Saint-Domingue, (si finement décrit par Victor Hugo dans Bug-Jargal) se trouvèrent anéantis. On estime généralement à cinq mille le nombre des victimes ensevelis sous les décombres, soit presque la moitié de la population de la ville.

Demesvar Delorme
Demesvar Delorme jouait aux billes avec son frère, lorsqu'il remarqua que certains des soldats qui défilaient lors de la parade du samedi trébuchaient et tombaient de façon assez grotesque. «Un bruit sourd, nous dit-il, un grondement lointain, lugubre, comme sortant d'un gouffre profond se fait entendre du côté de l'est. [...] Nous chancelons, mon frère et moi tombons aussi. Le mur de la caserne au nord s'ébranle et tombe presque en même temps que nous. [...] Le clocher de la cathédrale que j'avais en face se mit à balancer dans l'air, les cloches sonnant à route volée en carillon sans rythme, sinistre, un glas horrible. Le clocher s'écroule, les parties hautes les premières. Puis l'église s'abat, et toutes les maisons environnantes, et toutes les maisons que je voyais, et enfin la ville entière. Tout cela avec un bruit sans nom, grondant au milieu d'une buée épaisse sortie des murailles brisées et qui s'épaississent de plus en plus était devenu un nuage noir, lugubre, comme ceux des grosses tempête sur mer, et bientôt sillonnée comme eux de lueurs rouges, ardentes, agitées en tous les sens».

La cathédrale Notre Dame a été restaurée en 1942,
cent ans après son écroulement sous le gouverne-  
ment d'Elie Lescot.                                                   
Après la catastrophe, Delorme nous dit comment il se rendit en vitesse chez ses parents où l'on commençait à peine à se réjouir du fait que personne n'avait péri, lorsqu'un de ses oncles maternels vint aux nouvelles avec ses vêtements maculés de sang. L'oncle s'empressa de leur expliquer qu'il s'agissait du sang d'une infortunée marchande du marché communal qu'il venait d'aider à dégager des décombres après qu'elle eut reçu une poutre sur les jambes. Peu après, tous les membres de la famine Delorme se rendaient au Champ-de-Mars. C'est sur cette grande place ou cinquante ans auparavant Sonthonax proclamait la liberté des esclaves de Saint-Domingue qu' ils passèrent la nuit à la belle étoile pendant que les incendies faisaient rougeoyer la ville tout autour d'eux. En effet, comme le séisme était survenu à l'heure où l'on préparait le repas du soir, les feux de cuisine n'avaient pas tardé à transformer les ruines en un immense brasier.

La population, épouvantée par les répliques intermittentes qui durèrent au-delà d'un mois, ne dormait plus que dans la rue, sur les places publiques ou encore dans l'édifice miraculeusement épargné abritant l'ancien opéra royal de Christophe. (Aujourd'hui loge maçonnique l'Haïtienne). Le petit Demesvar, il était alors âgé de 11 ans, nous dit qu'à son réveil, au lendemain du cataclysme, il vit arriver le gérant de l'habitation de ses parents sur un cabrouet tiré par des bœufs. Il venait les chercher dans cet équipage pour les conduire avec armes et bagages à la campagne ou ils allaient vivre désormais.

L'événement
Les vestiges du palais de Sans-Souci sévèrement
endommagé par le tremblement de terre de 1842 
Le Cap-Haïtien porte aujourd'hui encore les nombreux stigmates de cet affreux tremblement de terre que par euphémisme, ses habitants appelleront «l'événement». La cathédrale du Cap, un imposant édifice de style néo-classique, ne sera entièrement restaurée que cent ans après son écroulement, en 1942, sous le gouvernement d'Elie Lescot. Le séisme n'épargna pas la Citadelle et infligea des dommages irrémédiables au palais de Sans-Souci, dont la chapelle sera cependant fidèlement reconstruite sous l'administration de Stenio Vincent. Au fait, tout le patrimoine bâti de la ville a été anéanti au moment du tremblement de terre de 1842 et le Cap contemporain n'est que la reproduction architecturale du premier.

Aucune de ces imposantes résidences de deux ou trois étages n'ont résisté à la force du séisme et la nouvelle ville a été construite sur l'épaisse couche de gravats de l'ancienne. Signalons que la ville coloniale avait été édifiée avec l'ardoise, la tuile, la pierre de taille, le granit ainsi que d'autres matériaux nobles arrivant de France, plus particulièrement des environs de Nantes et de La Rochelle. Il va sans dire que des fouilles archéologiques seraient extrêmement instructives sur l'aspect matériel de la cité détruite et du mode de vie de ses habitants.

La ville se trouve sur la côte ouest de la baie du 
Cap-Haïtien, à l'embouchure de la rivière Haut-du
-Cap et est dominée par le morne Jean qui culmine
à 718 mètre d'altitude. (Cliquez pour agrandir)    
Pour en revenir au désastre de 1842, il n'est peut-être pas inutile de rappeler que les Capois affrontèrent seuls toutes ces grandes épreuves morales et matérielles qui les accablaient. Après «l'événement» en effet, aucun secours ne fut organisé par les autorités haïtiennes et aucune assistance ne parvint non plus de l'étranger. Il faudra attendre 1844, pour que le gouvernement haïtien, après une visite du président Philippe Guerrier, accorde cinquante mille gourdes à la ville qui serviront à reconstruire le quai et à déblayer les rues de leurs décombres. Pendant tout le XIXème siècle et au-delà, la ville restera parsemée de ruines familièrement appelées «masures» ou «cailles boulés», vestige de la catastrophe de 1842.
  
Ce n'est que vingt-cinq ans plus tard qu'une nouvelle prospérité allait permettre la lente reconstruction du Cap, mais en 1842, Haïti perdait sa deuxième ville en importance, une ville brillante, un centre économique florissant qu'elle ne retrouvera peut-être jamais tout à fait.

Vingt-cinq ans plus tard Haïti perdait sa deuxième ville en importance

Vue panoramique de la ville du Cap, Au premier plan le 
centre-ville et la cathédrale. Sur la droite, la ville se pro
longe vers la barrière bouteille. Une partie de l'aéroport
 est visible au fond.                                                  
Selon la tradition, le président Jean-Pierre Boyer, en apprenant la nouvelle du désastre aurait déclaré à son entourage: «Enfin! Ce nid de conspirateurs a cessé d'exister!» Signalons par ailleurs que, par crainte d'épidémie, le Cap fut mis en quarantaine. Tout son trafic maritime fut détourné vers la ville des Gonaïves qui connut depuis un tel essor qu'elle est devenue aujourd'hui la quatrième en importance de la République d'Haïti.

Parmi les nombreuses victimes du terrible tremblement de terre de 1842 on compte le célèbre poète et journaliste Jules-Solime Milscent, le fondateur de L'Abeille Haytienne, la première revue littéraire et politique d'Haïti. Fils d'un colon et d'une négresse libre, il était né en 1778 à la Grande Rivière du Nord.

Une adaptation de Haïti Connexion Culture


Quelques images de la ville du Cap-Haïtien
avec ses maisons  de type colonial
L'ancienne capitale économique de Saint-Domingue, alors appelée Cap-Français, a gardé sa physionomie avec ses rues tirées au cordeau, ses belles demeures pour beaucoup reconstruites après 1842.





La Citadelle La Ferrière de Milot est un ouvrage militaire construit au début du XIXe siècle en Haïti par Henri Christophe. C'est la plus grande forteresse des Caraïbes : à 900 mètres d'altitude, elle se trouve à 15 km au sud de Cap-Haïtien, dans le département du Nord d'Haïti.
La forteresse est construite après l'indépendance en 1804 pour défendre la partie nord de l'île d'Haïti contre un éventuel retour des Français. 20 000 personnes participent aux travaux de construction qui durent quatorze années. Il est à noter que 2000 de ces travailleurs périssent au cours de la construction. Ce « sang mélangé au mortier de l'édifice » est la cause de la solidité de la Citadelle, selon les guides touristiques Haïtiens.
Les bâtiments ont été en partie détruits par le tremblement de terre de 1842. Le Parc national historique - Citadelle, Sans Souci, Ramiers est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1982. Des travaux de reconstruction, menés par l'Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN) ont permis de sauvegarder des éléments de cet ensemble.
Une plaque a été déposée vers 1990 pour rappeler aux Haïtiens visitant ce lieu que le roi Henri Ier, qui s'était suicidé le 8 novembre 1820 au palais de Sans-Souci, a été enterré en sa Citadelle. Ce lieu a une valeur patriotique importante aux yeux des Haïtiens.




Labadie est la plus grande et la plus belle station balnéaire du pays. Très réputée pour ses activités nautiques, pour les croisiéristes du monde entier. Cette station touristique est louée à la Royal Caribbean International par l'État haïtien depuis 1985. Royal Caribbean International fournit ainsi la plus grande contribution aux revenus touristiques d'Haïti depuis 1986, employant 300 locaux, et permettant à 200 autres de vendre leurs produits sur le site. Elle paye à l'État haïtien 6 USD par touriste. Le nom de Labadie vient du marquis de La Badie qui était propriétaire des lieux au XVIIIe siècle




Dans une petite crique, en face du village, se trouve un petit hôtel peu fréquenté. On peut y passer la journée, manger du poisson grillé ou de la langouste et se prélasser sur la plage. Si l’on désire aller visiter le village, il suffit de héler un bateau taxi.








Monday, March 7, 2016

Hommage d’Haïti Connexion Culture à Emmanuelle Gilles

A Toi Emmanuelle ! 
A l’occasion de la journée de la Femme, Haïti Connexion Network a choisi de te dire quelques mots d’appréciations.

En effet, depuis presque 10 ans, que ce soit à travers nos forums ou bien sur la Page : LES AMIS DU LIVRE DE HAITI CONNEXION NETWORK, tu te révèles électrisante. Ta contribution se révèle un atout pour nous. Les réponses des lecteurs en font foi. Les mots nous manquent réellement pour te décrire l’émerveillement qui nous anime devant tant de créativités et de diversités apportées quotidiennement par des informations solides, des documentaires importants accompagnés de photos exotiques pour le plaisir du sens et de l’esprit.

Tu fais preuve d’une femme impressionnante, attentive, intelligente et admirable. Une femme avec une grande F capable d’exprimer haut et fort sa pensée. Tu es d’un apport naturel pour notre société. Un actif qu’on ne peut dédaigner.

Tu as reçu du ciel le pouvoir de dire les choses dans toute leur simplicité. En réalité, tu nous a prouvé à travers tes écrits que la beauté d’une femme ne réside pas seulement dans ses toilettes, ni sur sa figure et encore moins dans sa coiffure. Sa beauté réside dans sa pensée, dans sa manière d’être, dans ses yeux qui sont la porte d’entrée de son cœur, là où se trouve l’amour. Et c’est ce qui explique pourquoi à travers tes textes on peut voir la couleur de ton âme.

En ce jour de la fête de la femme, nous de Haïti Connexion Network, profitons de cette tendre occasion pour te dire, Manue : Bonne fête !


En cette journée  de la fête de la femme, toutes les femmes haïtiennes attendent un joli petit mot à leur endroit !

Hommage aux femmes (Journée de la femme 8 mars)
Version .pps sur mon site : www.lapetitedouceur.org / Merci de partager! Vidéo conçue pour rendre hommage à la femme, que ce soit pour la journée internationale de la femme le 8 mars ou à toute autre occasion !
Posted by La petite douceur du coeur on Tuesday, March 8, 2016


Tout en renouvelant nos voeux  de bonne fête à toutes les vaillantes femmes d’Haïti. Nous vous invitons à regarder un mini- album de quelques célébrités haitiennes en Haiti et à l'étranger sur l’un de nos boards sur Pinterest, des héroines qui grâce à leurs forces intellectuelles, physiques ou morales, par la plume ou par l'action sociale, ont travaillé pour améliorer le statut de vie de leurs frères et soeurs de misère et de leurs familles démunies ou éprouvées.
Quelques célébrités haïtiennes en Haïti et à l'étranger

Cet album n'est pas exhaustif, nous y mettrons une mise à jour au fur et à mesure 

Le révérend prêtre Eddy JULIEN s’est retiré !

Très chers amis,
Eddy Cavé
À la demande de notre ami Pèpè Smith, je vous transmets le texte de souvenirs qu’il vient de terminer pour saluer le révérend prêtre Eddy Julien, qui fut pour lui un frère aîné, un guide, un mentor.

À la différence de Pèpè, beaucoup plus jeune que nous deux, je me suis lié d’amitié avec Eddy Julien dès l’âge de 5 ans, à mon arrivée à l’école Frère Paulin  de Jérémie, aujourd’hui disparue. Dans la classe du vénéré professeur Séjour Cajoux, nous étions trois Eddy le jour de la rentrée des classes : Eddy Julien, Eddy Lévêque, Eddy Cavé. Au terme du cycle des études primaires, nous étions encore ensemble tous les trois, sans avoir jamais eu la moindre discussion. Ni dans les salles de classes, ni sur la cour de l’école ni sur les terrains de jeux avoisinants.

Eddy Julien s’étant orienté dès le départ vers la prêtrise, il a suivi un cheminement complètement différent de celui des deux autres Tokay,  mais qui a été marqué par des nombreux croisements, qui furent autant d’occasions de fort agréables réminiscences. La dernière fois que nous nous sommes tous rencontrés, c’était  à Long Island en décembre 2009, à la sortie de mon livre de souvenirs De mémoire de Jérémien. Eddy Lévêque avait organisé pour la circonstance un souper qui réunissait, en plus des trois Tokay, Frédéricq Cadet, que nous appelions Dak, Jean-Claude Chassagne, de passage à New York, Donald Ferdinand et quelques amis non-jérémiens.

Ce fut pour moi un moment de rêve, chargé d’émotions et de signification. Je n’ai malheureusement pas encore retrouvé le fichier électronique des photos prises ce soir-là, mais je suis certain de les avoir.

Plus de cinq ans se sont passées et nous n’avons communiqué depuis lors que par personnes interposées. Dans l’intervalle, plusieurs des amis d’enfance nous ont devancés dans l’éternité, notamment Yves Bijou en 2014, Dieffen Azor et Serge Picard en 2015. Je suis en train de consigner les souvenirs de cette génération dans un livre qui sort cet été et qui aura sûrement pour titre En pensant aux amis disparus. J’ai bon espoir de retrouver d’ici là les photos retraçant le parcours d’Eddy et celles prises à New York…          

Je dois partir pour assister à une messe que l’ami commun Hugues Lamour fait chanter ce midi à la paroisse haïtienne du Sacré-Cœur à Ottawa pour le repos de l’âme de ce grand Jérémien.  Nous en reparlerons.

Eddy JULIEN s’est retiré!
Par Pierre-Michel Smith
Miami, le 5 mars 2016
Sa dépouille retourne le 10 mars 2016 à la terre dont elle est tirée. Eddy appartient au patrimoine de cette ville, à la Grand'Anse tout entière. Tout jeune, petit séminariste de Maznod, par ce don de simplicité digne, par cette attention aux autres, accueillante, embrassante, il a su acquérir la sympathie. Il était la source.  Tout un réseau d’autres jeunes s’y ravitaillaient. Chez lui une petite bibliothèque où la lecture de Saint-Exupéry, Emmanuel Mounier, de l’Abbé G. Courtois, François Mauriac, Charles Péguy, Teilhard de Chardin, du Chanoine Jacques Leclercq ennoblit l’esprit et le guide vers les hauteurs et les profondeurs. En ce temps-là, la jeunesse de Jérémie ignorait la fièvre de la possession, contrairement à celle d’aujourd’hui. Le souci était ailleurs. L’argent et le confort ne sauraient la combler.

J’étais en 7e au Collège Saint-Louis de Jérémie quand Willy Saint-Elmé, Guy Dupoux, Edwin Madiou, Eddy Julien ont donné mon nom au père Péron pour m’inscrire en 6e au Petit Séminaire de Camp-Perrin. Les trois premiers se sont évanouis longtemps déjà. Il restait le chef d’orchestre Eddy Julien, zélé, actif, dont le rôle consistait à obtenir l’accord des autres en vue du bien commun. C’était le début d’une amitié sans trêve entre cet homme et moi. Il fut pour moi un maître et un grand maître; un homme très doux, très puissant, toujours maître de lui : tout ce qu’il y a d’humain et tout ce qu’il y a de divin.

À la fermeture inattendue et brutale du Grand Séminaire des Jésuites de Turgeau (P-au-P) par François Duvalier, Eddy est revenu à Jérémie enseigner au Collège Saint-Louis, puis aider dans les paroisses des alentours. Ensuite, ce fut le débouché inespéré pour les séminaristes d’aller continuer au Canada avec le Père Parent chez les Volontas DEI. Les études théologiques terminées, Eddy a requis une année de réflexion. Il est nommé en charge de la Maison des Volontas dans le quartier populaire de Bolos, une agglomération pleine de déchéances et de laideurs, un micro-pays authentique où vivent des gens modestes, pauvres, des petits, des enfants qui sont le nombre et la force et l’avenir de notre pays. Il rassemble chaque semaine les jeunes des ghettos avoisinants pour leur ouvrir tous les chemins de l’esprit, de l’espoir, de la réussite. Être pauvre pour lui ne devrait pas être un handicap social, un obstacle à certaines filières d’éducation, à divers métiers sans oublier l’accès aux soins. Il a passé une année dans ce milieu à porter parole, à être visible partout, à rendre témoignage.
Père Julien (G) et Pierre Michel Smith
Après cette expérience, Eddy est ordonné prêtre à l’église Saint-Louis de Jérémievers 1965. À 25 ans, il lui est confié immédiatement la paroisse des Irois, sans prêtre auparavant. Il s’y est installé dans deux petites pièces sans eau, sans électricité, sans meubles, sans latrine. Débordant d’énergie et d’idées nouvelles, grâce aussi à la générosité de Madame Armand, de Port-au-Prince, qui l’avait comme adopté, il a monté une structure solide: une église, un presbytère, un atelier de couture, des jeux pour les jeunes. Il en a fait une bourgade de gaieté, pleine de vie, d’animation. Sa vie, une vie simple, presque austère. Sa foi est un roc.

Son principal souci: comment mobiliser les gens, organiser la population sans avoir á mendier l’aide étrangère; comment faire adhérer ce monde á un projet collectif d’auto-développement, un développement auto-géré. Il ne veut pas seulement gaver le paroissien de chants, de liturgie. Il veut également s’occuper de son corps mal nourri, malingre, malade, squelettique et nu.
À la fin des études dentaires, avant de partir pour le Canada, Eddy Julien m’invite à rendre á la Cité un peu de ce que j’ai reçu gratuitement du pays, à soigner cette population qui n’a jamais connu de dentiste. La séduction est extrême: faire un peu d’argent, faire un peu de bien. Les gens m’ont attendu á la queue leu leu aux Irois, à l’Anse d’Ainault, à Dame-Marie. Dans les mornes, à dos de bête, Gérard Jean-Juste fraîchement ordonné prêtre me servant d’assistant, on allait à travers des chemins de crête, étroits entre deux précipices, au-devant des paysans.
Un beau jour, Eddy m’est arrivé comme ça au Canada, il n’est plus aux Irois. Quel choc!  « Et ce beau travail d’amour, à force d’ordre, de prudence, de patience, d’économie, lui ai-je dit? Et ce groupe de jeunes qui t’accompagnent, cette famille unie, cette solidarité inexprimable entre les gens du groupe, cette atmosphère de tendresse, de fraîcheur et de calme? Tout s’est-il émietté? » Connaissant l’autre versant de mon frère Eddy, j’ai deviné dans mon cœur qu’il s’est brouillé avec l’Évêque ou le Supérieur. Autant une grande passion contre l’injustice humaine, autant une sainte horreur de toute autorité au-dessus de lui, surtout quand cette autorité a l’air dure, écrasante, distante, méfiante. Rebelle, libre, indépendant quand il acquiert la certitude d’une vérité, il s’y maintient coûte que coûte.
D’une sensibilité à fleur de peau, dis-je, il est vite écorché, vif. Et quand cela arrive, orgueilleux, il freine la circulation des idées. Il peut devenir un homme de marbre qui a la froideur, l’impassibilité du marbre, qui peut refuser à un ami tout contact, toute relation jusqu’à la connivence d’un sourire, qui ne dit même pas quelque chose de beau comme bonjour.
Eddy est resté longtemps à Ottawa aux études avant de retourner une nouvelle fois dans la Grand’Anse pour s’impliquer dans une nouvelle aventure à Léon, s’élancer à la conquête de nouvelles tâches et de nouvelles responsabilités. Servir est un souci constant, une préoccupation constante chez lui. Il s’y est donné corps et âme, s’est surpassé et s’est crevé. Après plus d’une décennie de soins et d’amour prodigués à Léon, il est revenu la santé chancelante, fragile à New York. Il exerce le sacerdoce à Long Island avant de tomber malade et de partir la semaine dernière dans d’horribles conditions de misères et de souffrances.
La veille de son retour à Jérémie, novembre dernier, pour attendre la fin, j’ai passé avec lui deux heures chez sa cousine Jacqueline Clerville; entre deux vieux amis de toujours, une amitié fraternelle dont la loyauté et la dignité ne se sont jamais démenties. Deux heures de grâce, câlines, réchauffantes qui apaisent sa tristesse inexprimable. On se souvient de tout avec ardeur, avec une bouffée de joie indescriptible. Là, j’ai compris que c’était le temps pour lui de dire adieu au ciel, à la terre, aux oiseaux et aux fleurs.
Eddy Julien n’est pas seulement un homme de terrain, un homme d’action, de foi ardente, d’un dévouement sans limites aux causes qu’il croit bonnes. C’est aussi une âme poétique, une intelligence cultivée, un esprit éclectique, fin, aéré, perçant. Il écrit des choses belles et profondes. La lecture de ses écrits, l’exercice de sa pensée prodiguent d’ineffables délices comme tout ce qui participe de l’intelligence. Ses rapports, ses articles, ses lettres sont des écrits incroyablement beaux, merveilleusement raffinés dans l’ordre du cœur. Un homme sans aucune infatuation, mais doué de ressources insoupçonnables. Il est regrettable qu’il n’ait pas écrit et publié à profusion comme son camarade de Séminaire Laënnec Hurbon.
Je ne sais vraiment quel hommage rendre à l’humanisme et à l’engagement de cette personnalité incontournable qui fait partie des restes de cette gigantesque race d’hommes qui s’éteignent en Haïti homme par homme et pour toujours et qui, remarquables pour la plupart, ne sont jamais devenus célèbres.

SALUT ET ADIEU, vieux frère.

Dr Pierre Miche Smith
Pierre Michel Smith DMD- M.D. pms161@yahoo.com
Miami, Montréal