Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Monday, December 11, 2017

Joseph Emmanuel "Manno" Charlemagne, le chanteur folk haïtien est mort

Joseph Emmanuel "Manno" Charlemagne
Par Herve Gilbert

Manno Charlemagne, qui était atteint d'un cancer des poumons, est décédé ce dimanche 10 décembre 2017, en Floride, où il était hospitalisé depuis un certain temps, après son intervention chirurgicale. Il était âgé de 69 ans.

Le 31 juillet dernier, le célèbre musicien et ancien maire de Port-au-Prince, Emmanuel «Manno» Charlemagne, a subi une opération chirurgicale pour enlever une tumeur au cerveau, qui avait affecté son élocution, son équilibre et sa capacité à marcher. L'opération de 10 heures, qui a eu lieu à L'hôpital Mount Sinai de Miami Beach, Floride, a réussi à enlever la majorité de la tumeur, mais le chanteur a dû subir de la  chimiothérapie et de la radiothérapie pour neutraliser la partie restante du cancer qui ne pouvait être enlevée chirurgicalement du fait que la lésion pulmonaire  préexistante avait déjà envoyé des métastases au cerveau de Manno, selon le médecin traitant.

Qui est Manno Charlemagne ?
Manno Charlemagne en 1994
Manno Charlemagne  naît en 1948 à Carrefour, au sud de Port-au-Prince. Il ne connaît pas son père et sa mère résidant  à Miami, il est donc élevé par sa tante.  Selon une de ses déclarations à travers une vidéo sur Youtube,  toutes les deux  frédonnaient souvent des airs traditionnels du terroir qui l’ influencaient quoique qu’il f֪ût un adolescent à l’époque.Sa passion musicale sera aussi développée par la suite pour  les artistes haïtiens de l’époque comme:(Dodof Legros, Lumande Casimir, Issa El Saieh, Raoul Guillaume, Gérard Dupervil, Pierre Blain, Joe Trouillot, Guy Durosier, TotoBissainthe, Ansy Derose)sans oublier les musiciens nord-américains comme (Louis ArmstrongBillie Holiday) qu’il écoutait à travers les stations de radio haïtiennes. Il développe aussi un goût en amour pour le rara. A noter aussi qu’il a été un membre de la chorale de son école, dirigée par les Frères de l'instruction chrétienne..

À partir de1968, alors agé de 16 ans, Manno forme Les Remarquables, un  groupe de musique influencé par le rock), puis se tourne davantage vers la musique traditionnelle, avec une nouvelle formation, Les Trouvères. Dans les années 1970, il faisait partie du mouvement de la «kilti libète» ou culture de la liberté qui promouvait la culture populaire, y compris la musique folk acoustique: la musique des campagnes haitiennes est remise à l’honneur. En 1978, avec le musicien Marco Jeanty, il enregistre à Port-au-Prince un premier album, Manno et Marco, qui comprend des chansons engagées “(angaje)” dont la diffusion sur Radio Haïti Inter connaît un grand succès.
L'une des chansons populaires de Manno Charlemagne
  
Comme de nombreux Haïtiens, il subit les exactions des tontons macoutes, miliciens au service des dictateurs Duvalier ; il connaît aussi la prison  et la torture en 1963, à l'âge de 15 ans. Côtoyant des gens de lettres et des artistes (tels que Lyonel Trouillot, Richard Brisson  et Anthony Pascal, dit (Konpè Filo), il se forge une culture politique en lisant des ouvrages de Maxime Gorki et d' Antonio Gramsci.  Ouvertement opposé à la dictature de Jean-Claude Duvalier, Manno Charlemagne s'exile le 4 juillet 1980.



Vivant entre New YorkMontréal, l'Afrique et Paris, il enregistre Konviksyon (1982) et Fini les colonies ! (1984), dont les chansons deviennent des hymnes contestataires en Haïti.

De retour en Haïti le 7 mars  1986, un mois après la chute de Jean-Claude Duvalier, il fonde la “Koral Konbit Kalfou”, groupe de “mizik rasin, un mélange des influences du vaudou haïtien, de la musique traditionnelle et de genres contemporains) avec lequel il parcourt le pays. Il devient bien vite une figure importante de la contestation politique en Haïti. En décembre 1987, alors qu'il sort de chez lui pour interpréter « Nwèl anmè » ("Noël amer", une chanson composée par Beethova  Obas, un membre de la “Koral Konbit Kalfou” pour honorer les manifestants massacrés un mois auparavant par la nouvelle junte au pouvoir), Manno Charlemagne essuie des coups de feu ; il est grièvement blessé. Il sort l'année suivante un nouvel album, Òganizasyon mondyal.
« Si Ayiti pa forè
Ou jwenn tout bèt ladan-l ?  »
« Si Haïti n'est pas une jungle
Que font là toutes ces bêtes ?  »
Son soutien au mouvement populaire de base lui a souvent posé des problèmes avec l'armée haïtienne et, après avoir reçu des menaces de mort, il a passé plusieurs mois dans la semi-clandestinité. Manno Charlemagne était un partisan du mouvement politique Lavalas du président Jean-Bertrand Aristide contre lequel l'armée a lancé un brutal coup d'Etat en septembre 1991. En octobre 1991, après le coup d'État contre le président Aristide, Manno Charlemagne est arrêté violemment à deux reprises puis relâché, grâce à la pression d'organisations de défense des droits de l'homme (Amnesty InternationalMiami's Haitian Refugee Center) et une campagne de presse aux États-Unis demandant sa libération. Craignant une nouvelle arrestation, Manno Charlemagne s'est réfugié à l'ambassade d'Argentine et s'est à nouveau exilé. De 1991 à 1994, c'est le début d'un nouvel exil de trois ans, pendant lequel l'artiste diffuse sa musique engagée, à l'occasion de multiples concerts à Miami, New York et Montréal, où il a rallié les communautés haïtiennes expatriées à l'appui de la démocratie haïtienne. Il a sorti un enregistrement, "La Fimen", Kako Productions, en 1994.
Il s'installe ensuite à Miami, dans une pièce au premier étage du Tap Tap, un restaurant haïtien au sud de la ville ; il donne des concerts réguliers dans ce restaurant et y enregistre en 2004 un album en direct, Manno at Tap Tap.
Suite à l'intervention des Nations Unies pour rétablir le gouvernement constitutionnel en septembre 1994, Manno retourne en Haïti. En juin 1995, il est élu maire de Port-au-Prince, en battant le titulaire d’alors, Evans Paul. il le restera jusqu'en 1999, exerçant son mandat de façon controversée. Sa gestion  comme maire a été marquée  par des difficultés et des gabegies administratives qui ont éclipsé sa carrière musicale. De son propre aveu, accepter de devenir maire a été une grave erreur
En juillet 2005, Manno Charlemagne retrouve Marco Jeanty pour une série de concerts au Tap Tap. Ils décident alors d'enregistrer un nouvel album : en 2006, presque trente ans après leur premier disque, est publié Les inédits de Manno Charlemagne.
Le CD “Les Inedits” de Manno Charlemagne en langue créole est l'un de ses travaux les plus profonds et les plus provocateurs. Ce sont des chansons qui, pendant des années, n'ont été jouées que dans des lieux intimes, entre amis proches, et devant des personnes qui ne craignaient pas d'être incendiaires. Car les avoir joués en public dans les années 1970 ou 1980 aurait été risqué: arrestations, harcèlements, et autres...
« Se touse ponyèt nou pou n lite
Ka lamann pa tonbe ankò
Solèy a klere pou nou tout
E nou tout va jwenn menm chalè  »
« C'est l'heure de nous préparer à la lutte
Car la manne n'est pas encore tombée
Le soleil va briller pour nous tous
Et nous tous recevrons la même chaleur  »


Manno Charlemagne, « Banm yon ti limyè », Òganizasyon mondyal, 1988 et Les inédits de Manno Charlemagne, 2006.
Le 14 janvier 2010, deux jours après le tremblement de terre en Haïti, le chanteur participe au Tap Tap à un concert de soutien aux victimes. En juin de la même année, il se produit à Brooklyn (New York), près de vingt ans après le concert donné au début de son second exil, en 1992. En novembre, il joue au Preservatiom Hall de la Nouvelle-Orléans avec la violoncelliste Helen Gillet.
Manno Charlemagne se produit régulièrement aux États-Unis depuis 2010, aussi bien dans des festivalsf que dans des universités (par exemple, en juillet 2012 à l'université internationale de Floride  et en septembre 2016 à l' université Duke de Caroline du Nord ). Il se produit également en Haïti.
Fin juillet 2017, Manno Charlemagne subit l'ablation d'une tumeur cérébrale dans un hôpital de Miami.


Certes, nos musiciens sont les porteurs, consciemment ou non, de notre histoire, de nos tares, de notre présent et passé culturel comme peuple, comme nation. Et la musique joue un rôle prépondérant dans la vie de chaque  Haïtien.

Habité par une âme de poète et de révolutionnaire, en tant que chanteur, compositeur et activiste politique, Manno Charlemagne fût la conscience vocale d'Haïti depuis plus de 30 ans. . Manno Charlemagne s’est formé un esprit d’avant-garde qu’il a immergé  à travers sa guitare acoustique et sa voix de baryton utilisée comme des armes contre les régimes politiques brutaux d’Haïti, l'indifférence  et même la complicité de l’élite haïtienne et l’ingérance des pays étrangers  qu’il qualifiait “d’Impérialistes”.

À sa famille, ses proches et le pays tout entier, Haïti Connexion Network présente ses profondes et sincères condoléances.

Par Herve Gilbert
Source de réference : Wikipedia

Friday, December 8, 2017

Johnny Hallyday: la plus grande rock-star française est morte

Johnny Hallyday
«Johnny Hallyday», alias Jean-Philippe Smet, comme on l'appelle affectueusement dans l'Hexagone, souffrait depuis plusieurs mois d'un cancer des poumons. Il avait été hospitalisé le 13 novembre pour insuffisance respiratoire, mais son état s'était détérioré par la suite. La plus grande rock-star que la France ait jamais connue est morte dans la nuit du mardi 5 décembre au mercredi 6 décembre à 74 ans, a annoncé  son épouse Laeticia Hallyday dans un communiqué transmis à l'AFP.

Né en 1943 à Paris, Johnny a commencé sa carrière au début des années 60. Il a été le premier à rendre populaire le rock en France, notamment en adaptant des chansons du répertoire rock américain. C'est à ce moment là que le chanteur devient "l'idole des jeunes"

Le président français Emmanuel Macron lui a rendu hommage en affirmant qu'on a « tous en nous quelque chose » du chanteur. « De Johnny Hallyday nous n'oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd'hui pleinement à l'histoire de la chanson française. Il a fait entrer une part d'Amérique dans notre Panthéon national », ajoute le communiqué de l'Élysée.»

Légende du Rock N Roll à  la française , Johnny a conquis des générations de Français avec ses tubes « Les portes du pénitencier », « Que je t’aime »,  « Quelque chose de Tennessee , « J'ai oublié de vivre », « Allumer le feu »…

Ce que l'on ne savait pas à propos de Johnny Hallyday: il a été marié cinq fois. Il y a eu d'abord  Sylvie Vartan, une légende de la chanson française qu'il  rencontre en décembre 1961, à l’Olympia. Babeth Etienne, la deuxième épouse souvent oubliée, Adeline Blondieau (deux fois !), et enfin en 1995, alors agé de 52 ans, il rencontre  Laeticia, 20 ans,  la femme de sa vie; Ils  se marient un an plus tard avec qui il est resté jusqu'au bout – il est mort dans ses bras, le 6 décembre. Mais le rockeur a bien failli être six fois marié :  au printemps 1987, il était tombé sous le charme de la journaliste Gisèle Galante lors d'une interview. Las, au dernier moment, Johnny Hallyday met fin à l'idylle. Pas de mariage pour Gisèle Galante. La journaliste retourne alors à sa vie, loin des paillettes et des paparazzis.  Il s'est séparé l'année précédente de Nathalie Baye, avec qui il ne s'est pas marié mais à eu une fille, Laura.  Le rockeur a l'habitude d'annuler ses fiançailles in extremis – il l'avait déjà fait lors d'un potentiel deuxième mariage avec Babeth Etienne, à qui il a préféré  Nathalie Baye.

L’ÉMOUVANTE DÉCLARATION D’AMOUR DE LAETICIA À JOHNNY HALLYDAY


Johnny Hallyday a enregistré plus de 1000 chansons, vendu 110 millions d'albums dans sa carrière, et laisse derrière lui des millions de fans. Même s'il est  une exception culturelle française, une  grande star dans la francophonie, son succès ne traversera pourtant jamais les frontières de l'Europe. Avec ses tics, son style et ses influences américaines, il reste un incontournable de la culture populaire francophone. Il est le deuxième artiste français après Jean-Louis Aubert à s'être produit au Stade de France. En trois représentations, il attire plus de 200.000 spectateurs.

LES PORTES DU PÉNITENCIER

Outre ses anciennes compagnes, ses amis les plus proches, à l’instar de Line Renaud ou Jean-Claude Camus, les hommages continuent d'affluer, venant de personnalités politiques, de la société civile ou du monde de la culture. Pour l'ancien président Nicolas Sarkozy : "c'est un pan de nos vies qui disparaît comme ça". Ça va au-delà du chanteur, de la musique. C'est un personnage qui comptait dans la vie des Français, ça laisse un grand vide. Pour beaucoup de gens, il représentait l'idée du bonheur" à déclaré Nicolas Sarkozy au funérarium devant sa dépouille.

Un hommage populaire sera rendu au rockeur le plus célèbre de la France   ce week-end  sur les Champs Elysées, à Paris, suivi d’une cérémonie religieuse en l’église de la Madeleine au cours de laquelle le président Emmanuel Macron prendra brièvement la parole.  Il sera inhumé à Saint Barth, l’île sur laquelle le clan Hallyday passait toutes ses vacances. 

Haïti Connexion Network s'incline devant la dépouille de ce géant de la musique française et présente ses condoléances à sa famille et aux millions de ses fans dans la francophonie.

Par Herve Gilbert


LES LARMES DE MICHEL DRUCKER À LA FIN DE SON  ÉMISSION SUR JOHNNY HALYDAY

Friday, November 24, 2017

De Zéro à Héros… Le dilemme d’un Président

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca

Utilisé pour leur besoin primaire
Si j’étais un romancier, je commencerais ce conte fantastique de cette façon : « Flottant dans un lac de dollars verts, où l’existence d’aucune contrainte ne vient perturber la clarté et la douceur de l’onde,  plusieurs roitelets d’Haïti, depuis plus de huit ans, se vautraient allègrement dans la fraîcheur des jours au rythme des tintements des calculatrices multipliant leur richesse à l’infini à chaque « contrat bidon », sans le souci d’un éventuel contrôle externe. Pour eux, la terre est carrée. Tous les chemins mènent tout droit au paradis. Avec les papiers-dollars, ils roulent leurs cigares. Ils y griffonnent des notes d’amour à leurs nombreuses maîtresses. Il y en a tellement qu’ils s’amusent à les assembler pour les utiliser, pour le plaisir de la chose, comme peignoirs ou serviettes de bain et même pour leur besoin primaire à titre de papier hygiénique.  Ils ont le cœur à la fête. Leur printemps est toujours éclatant et leurs yeux sont pétillants d’étoiles. Ils mènent la vie de Pacha. Mais, dans la vapeur éthylique de l’exaltation de l’heure, l’un des écorcheurs se réveille soudainement dans un état de névrose. Il vient de constater brutalement que personne ne pourra cacher indéfiniment le soleil avec sa main. Tout dans la vie a une date de péremption. La frontière entre l’enfer et le bonheur est parfois très mince. En conséquence, tous les lendemains ne seront jamais éternellement chantants.  La terre est en réalité très rondelette. Dans une éventuelle courbe, un jour venu, on peut croiser l’ombre de son cercueil. Ses brusques inquiétudes ont interpellé les autres pilleurs de nation. Ils se proposent immédiatement d’échafauder un plan pour protéger leur arrière ».

« Trouvons, disent-ils, un enfant de la plèbe, à titre de bouclier, comme président. Dans la « Jarre à Chavez », faisons mine d’offrir à ce souffreteux l’occasion et les moyens d’aider le peuple. Reconnaissante, cette masse, enthousiaste et heureuse, le choisira au pied levé pour le placer au Palais national. Et, pour services rendus, cet hurluberlu, sans une once d’ingratitude, se fera le devoir de nous protéger, en cas de règlements, si des intrus nous cherchent noise pour avoir trop bien mangé. Ainsi, de cinq ans en cinq ans, le temps s’allongera, les années passeront, les souvenirs s’effaceront et se délaceront. À nous la belle vie ! ».

Ça, c’est la réalité romancée. Dans la vraie vie, ils ont facilement dégoté dans l’arrière-pays, un jeune surdoué, un peu naïf sur les bords. Il a certes des qualités pour l’entrepreneuriat, mais devant l’offre des maîtres chanteurs, il ne lui est jamais venu à l’idée que, sur cette île maudite,  personne n’a jamais fait cadeau du pouvoir. C’est un écrin de diamant à hauteur de rêves et d’ambitions, objet de maintes tentations de 99,99% de ses habitants.

Un cimetière de bagnards
Pour comprendre la psychose des mystificateurs, il faut constater que les corrompus de la génération post-duvaliériste ont bien appris leur leçon. Quand on a vécu dans le nirvana du plaisir spontané, avec Haïti à ses pieds, riche à millions, on ne peut se permettre d’aller vivre les affres de l’exil. Quand on a connu le firmament entouré de vierges et de beaux anges, on ne peut se permettre de redescendre aux enfers. C’est mourir à grand feu, de chagrin, de remords, de regrets, de dégoût, de solitude en se souvenant des cieux. D’ailleurs, c’est connu, 90% des richards duvaliéristes en exil ont déjà rencontré Baron Samedi, assez jeunes. Or mourir en exil, c’est comme mourir au bagne. Quand on croise parfois les quelques survivants dans les rues des grandes métropoles occidentales, un peu hagards, fuyant les regards inquisiteurs de leurs congénères suspicieux, on reste un peu surpris. Malgré leur richesse mal acquise, ils inspirent une certaine pitié. Et c’est humain. Ils ont perdu de leur superbe, de leur arrogance, de leur flegme,  de leur assurance car, le ciel n’est pas du tout bleu pour eux. D’où le serment solennel des corrompus d’aujourd’hui: Jamais plus d’exil. Nan Kiskeya poun mouri !

Dans le plan bien astiqué, le jeune prodige, choisi des dieux, déploie des efforts incommensurables pour concevoir et développer ses bananeraies, sans penser un instant qu’il est l’objet d’un jeu de dupes. C’est beau,  c’est merveilleux. Des techniciens israéliens ont prêté leur service pour le drainage et l’irrigation. Des machineries neuves et rutilantes unissent le ronronnement de leurs cylindrées à la joie des paysans de la région qui croient apercevoir, enfin au loin, le bout du tunnel. La presse débarque dans la plaine. Un bateau allemand attend les containers de banane dans la rade du Cap. Les vidéos You-tube chantent la consécration de  la rédemption du Nord. Le tout Haïti se voit déjà recouvert de plantules agricoles. Et la plupart d’entre nous sont ravis, car l’espoir porte un nom : Jovenel Moïse.

Les spoliateurs avaient vu juste. Leur plan se déroule comme sur du papier à musique, « en opérant, selon l’expression de L. Trouillot, une perversion efficace de la sensibilité populaire ». Massivement, le peuple a choisi ce jeune président à son image. Haïti chante et danse ! La Caravane du changement s’est mise en branle. La machinerie, toute neuve, héritée des faux projets d’autrefois, jamais utilisée, abandonnée dans les ravins et hangars des campagnes, est reconstituée et mise à la disposition de l’homme de l’heure. Mais, la réalité a vite fait de rattraper le Président tout neuf.

Les caisses sont affreusement à sec. L’International, déjà échaudé, a fermé la vanne. Le prix du pétrole baisse. Le capitalisme frileux ne désire pas danser le tango avec les socialistes du Sud. Le Venezuela est en quasi-faillite. Maduro, le successeur de Chavez, est dans l’eau chaude. La Jarre de Petro Caribe résonne à vide.
Les bananes pleurent... Agritrans cherche un nouveau souffle
(Une courtoisie du Nouvelliste)

À tous les niveaux, c’est la déception pour le jeune Président. Même  Les bananeraies pleurent1 leur abandon dans le nord. Ce fut une pure perte. Les feuilles  des bananiers altières et vigoureuses d’hier, ressemblent à des pantins disloqués aux bras branlants, suspendus le long de leur corps squelettique. Les lacs artificiels sont desséchés.

Les bananes abandonnées 
La fonction publique est surchargée de zombis. Par exemple, dans les ambassades d’Haïti à l’étranger où devraient se loger quatre ou six employés, la liste d’appels peut contenir 70 ou même 100 salariés.  Beaucoup d’Haïtiens de la diaspora, naturalisés, surtout des femmes,  y tirent un chèque mensuel depuis vingt ou vingt-cinq ans. Le Président panique. Il a perdu le contrôle des institutions. Les sénateurs et les députés placent leurs billes en exigeant la nomination de leurs  Ministres, directeurs ou sous-directeurs. C’est, en l’occurrence, du népotisme à plein nez, moyennant le partage moitié-moitié des budgets institutionnels ou des salaires perçus.

Deux ministres haïtiens avec le maire Coderre
Dans la diplomatie, face à d’autres nations, les représentants du gouvernement sont mal vus. À preuve ou à titre d’exemple, entre mille, lors de la crise des réfugiés haïtiens à la frontière canado-américaine, deux ministres de Jovenel sont arrivés au Canada pour, souhaitaient-ils, rencontrer le gouvernement canadien et s’entretenir à propos des réfugiés. Ils ont tous deux reçu une gifle magistrale. Comme des pestiférés, aucun ministre des deux gouvernements (provincial et fédéral) ne daignait les rencontrer. La réputation de toute la camarilla est bien établie, à juste titre, dans les arcanes diplomatiques. Ils sont infréquentables. Ce fut une honte nationale, qui fit tiquer la communauté haïtienne d’outremer.  Dans la semaine de cette gaffe historique, plusieurs compatriotes rentraient au travail en rasant les murs, la queue entre les jambes. Pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, les loustics s’amusaient à clamer que les ministres canadiens avaient peur pour leur portefeuille, car on ne sait jamais, « avec ces dwets longues ». D’autres ont même avancé qu’ils étaient venus réclamer au Canada l’argent destiné à ces démunis pour le gérer à leur place, en tant que bons gestionnaires. Pour éviter d’ulcérer, encore plus, ces éternels sans-papiers qui ne demandent qu’un sursis dans leurs continuels tourments, le Canada préféra ignorer les délégués de César en les envoyant paître dans les champs municipaux, à la rencontre du Maire de Montréal.

En fin de compte, en raison de la faillite économique et du tarissement de l’aide internationale, le jeune gouvernement a dû concocter un budget qui a fait grincer des dents  la diaspora. Debout, tel un seul homme, cette dernière a offert en guise de désapprobation, un concert d’obscénités, aussi salaces que cinglantes, au point de forcer  le régime au pouvoir à déléguer deux de ces ministres à la rescousse pour justifier l’inexplicable.

De crise en crise, l’affaire du contrat-blackout vient hanter Jovenel. À sa découverte, il est tombé des nues et s’est rendu soudainement compte qu’il a été cocufié bien avant la noce.  En se mirant dans un miroir du Palais, ce dernier réfléchit l’image d’un gros ZÉRO, bien noir. Son entourage le convainc qu’il n’a pas rêvé. Et que c’est bien sa tête.

Pour essayer de sauver la face et renverser la vapeur, il proposa d’électrifier Haïti par ses propres moyens d’abord et ensuite, avec l’aide des Chinois. Ce fut en réalité, un bluff pour provoquer le dialogue ou l’ouverture des « contrats bidons » d’électricité. Jusqu’à présent, des Chinois de Pékin, nous avons seulement les spaghettis, la soupe won-ton, les Dry-cleanning, le riz Jasmine et les « « Ti Chinwa - Tèt lobis – dents-bonbons2 », mais aucune électricité. De guerre lasse, devant la criante réalité, le pauvre Jovenel, résigné, prononça son célèbre discours d’octobre dans lequel il dénonça les cinq plaies qui rongent Haïti : « la corruption, la corruption, la corruption, la corruption, la corruption ».

Il est presque trop tard. Les fonds de la « Jarre à Chavez » se trouvent déjà loin, très, très loin. Et c’est à ce moment que le Sénat se réveille pour jouer dans l’esprit des bénéficiaires de César avec une bruyante enquête ci-devant nommée : Commission Sénatoriale Spéciale d’Enquête sur le Fonds Petro Caribe de septembre 2008 à septembre 2016. Jusqu’à présent, la soupe est encore tiède, puisque les  célèbres concussionnaires, tels que cités, ont encore la part belle. Ils se ruent dans les brancards et menacent de poursuivre les commissaires qui ont osé gribouiller leurs noms sur les 656 pages du rapport.

C’est bien dommage pour cette malheureuse nation, anesthésiée par des décennies d’horreur, grevée de prédateurs jusqu’au bout des orteils.  Le peuple aux abois dort tous les soirs, le ventre creux. Sa résilience, pour l’instant, a été poussée jusqu’à l’indifférence. Des corrompus vivent dans une extravagance et une ostentation débridée sans crainte d’être dérangés. Le silence sonore de la justice ne semble perturber grand monde. Haïti rêve d’un éventuel Héros pour la sortir de cette tragédie indélébile. Elle a soif d’un rédempteur.

Monsieur le Président, ces écorcheurs vous ont magistralement ferré comme un vulgaire poisson. Entre leurs mains, vous n’êtes qu’un simple jeu de lego. Donc, extrêmement fragile à résister au premier souffle de la tempête. Ils ont enculé royalement votre gouvernement. Riches à millions, ils peuvent acheter tout le monde, tous les juges et tous les avocats du pays, défenseurs, accusateurs et membres du jury compris. Toutefois, votre force morale est indemne jusqu’à présent. Il ne reste qu’une seule personne pouvant dévier la trajectoire du destin : c’est Vous ! Réveillez-vous ! Soyez notre Héros et mettez vos pieds par terre pour dire : Basta ! Haïti en a marre, d’être le dindon de la farce. Dans l’antre du diable, vivotent aussi des anges. Sachez bien vous entourer. Car, « le monde ne sera pas seulement détruit par ceux qui font le mal, mais aussi par ceux qui les regardent sans rien faire » (A. Einstein). Les coquins sont ultra-puissants. Au moins un milliard cinq cent millions dorment sous leurs oreillers. Ils peuvent vous cueillir comme une mangue. C’est une réalité à ne pas dédaigner. Mais le sacrifice ultime en vaudra la peine. La nation a besoin d’un guide pour sa rédemption. Il est minuit moins cinq. Soyez ce HÉROS qui osera se retourner et dompter les loups. Délivrez-nous de ces barbares. Le peuple vous sera d’une éternelle reconnaissance et l’histoire vous absoudra.

Dans le cas contraire, tous les miroirs d’Haïti et du monde seront programmés pour  vous renvoyer toujours et pour le reste de votre vie, le revers non désiré : le ZÉRO. Et votre inaction ne manquera point de faire le bonheur des libraires du dimanche qui feront de ce rapport une attraction spéciale pour les touristes dans la décoration des étales à la grande foire aux « Livres en folie », en juin 2018, avant qu’il n’aille finir ses jours, comme de coutume, au « Musée des Enquêtes Éternelles d’Haïti ».

Timeline
Max Dorismond

Note (1) : Cliquez sur ce lien bleu pour voir la bananeraie actuellement telle que montrée par une vidéo filmée par le journal Le Nouvelliste

 Note (2) : « Ti chinwa - Tèt lobis – Dents bonbons » : Quolibet péjoratif et taquin, désignant dans les cours d’école, les enfants de descendants des Chinois réfugiés en Haïti dans les années 60. En raison surtout de leurs aïeux qui secouent la tête en guise d’approbation et rient à tout bout de champ, exposant leurs dents  quand ils ne  maîtrisent pas la langue de leur nouveau pays. Écoutez aussi la célèbre pièce de théâtre «  Pèlin Têt ».

Pensée personnelle de fin de texte : Tant mieux si vous vous retrouvez dans l’article. C’est la preuve que j’ai atteint l’essentiel en joignant l’utile à l’agréable quand l’exécrable et  la disgrâce se donnent la main. (MD)

Sunday, November 19, 2017

Enquête Petro Caribe… Du dessert pour les imbéciles heureux

Par Max Dorismond

J’ai éclaté d’un fou rire à fendre un plafond de verre,  après avoir déroulé le document de 656 pages de la Commission au nom redondant : Rapport de la Commission Sénatoriale Spéciale d'Enquête sur le Fonds Petro Caribe de septembre 2008 à septembre 2016 .  Des titres qui annoncent la rigolade, l’insouciance et le refus de l’esprit sérieux, sans obligation de résultat. De prime abord, aucun résumé n’accompagne ce très long rapport pour faciliter la compréhension du simple lecteur. Quel non-initié va se taper ces 656 pages à titre de lecture ? Ah ! Sacrée Haïti Thomas ! Vous possédez de ces spécificités romantiques et poétiques pour endormir le monde tout en chantant « Au clair de la lune, mon ami Petro ».        

Depuis quand avez-vous entendu, ou vu dans ce pays, qu’on mettait la main au collet de l’élite à cols blancs, ou qu’on passait des menottes aux nobles bourgeois. Pour une très rare fois, un Ministre « inintelligent » a été pris en flagrant délit dans une affaire de kit scolaire. Où est-il ? Derrière les barreaux ! Cherchez-en encore !  Il est bruit, ces jours derniers, que « les documents, relatifs à la surfacturation de ces kits, dans laquelle est présumée impliqué cet ancien Ministre des Affaires Sociales et du Travail, (MAST), ont disparu du bureau de l’Assistante Directrice Administrative de la boîte, dans la semaine du 8 novembre 2017. J’ai bien dit, cette semaine. Alors que l’affaire des kits scolaires plane dans l’air depuis le mois de septembre. Les pièces justificatives compromettantes n’ont jamais été confiées à la police. Sapristi ! Alors, qui dit mieux ! Haïti est une nation de Noirs sans noirs où tout le monde est blanc comme neige au soleil. Surprenant paradoxe !

Chers Amis, ne nous illusionnons point, « Pa pété têt nou ». Ne nous laissons-point embobiner comme des saucissons dégénérés. Ne nous laissons point aplatir par cette brique de 656 pages tombée sur nos têtes. Ne soyons pas dupes. Regardons de plus près comment cela marche chez nous.

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Youri Latortue
Président du Sénat
Tout d’abord, la formation de cette Commission ne fut pas de tout repos. Elle a longuement souffert durant sa gestation. La première mouture était instituée par le Président du Sénat, Youri Latortue. Comme dans un entonnoir, tous les Sénateurs voulaient s’y engouffrer pour figurer parmi les signataires. L’intérêt était palpable. Était-ce par patriotisme ? Était-ce dans le sincère dessein d’évaluer les programmes auxquels était destiné le pognon, (les deux milliards de Chavez) ?

Voyons-donc ! La jarre était énorme. Beaucoup de ce fric en circulation s’était volatilisé. Les acteurs, des deux côtés de la barrière, savent pertinemment qu’ils sont bien emmitouflés dans les vapeurs paradisiaques des pays qui lavent plus blanc que blanc.  Et pour cause, certains de nos sympathiques sénateurs rêvent déjà de se convertir en aventuriers à la recherche de « l’Arche d’Argent » égarée dans les flots bleus des méandres internationaux.

Ainsi est arrivé  le moment fatidique pour les intelligents aux doigts croches de venir dire bonjour à Tonton Sénat. C’est aussi simple que cela. Et lorsqu’on va voir Tonton Sénat, on ne peut ouvrir la porte et rentrer aussi facilement. C’est impossible,  car nos deux bras sont supposés être remplis de cadeaux. Donc, ce sera plus commode de toucher la sonnerie avec le coude. C’est toujours le temps des fêtes avant Noël chez ces sympathiques personnages.

En Haïti, chers Frères, tout est une question de clans et de mafias. C’est sur ces entités que reposent les rouages du fonctionnement de la machine gouvernementale. Un jour, en 2013, en vacances là-bas, j’ai été invité à une réunion d’un parti politique, dans un grand hôtel de Port-au-Prince. À mon grand étonnement, parmi les participants présents figuraient plusieurs membres haut placés du gouvernement Martelly, quelques cadres de Lavalass, du RNDP, de Pitit-Dessalines, de LAPEH de Jude Célestin.  Des représentants d’autres petits partis de l’opposition complétaient la liste. Cette assemblée hétéroclite me laissa perplexe et anxieux.

Face à mon étonnement et à mes nombreuses interrogations, mon hôte me fit savoir qu’il voulait justement me surprendre avec cette autre facette cachée d’Haïti que j’ignorais totalement. Il me fit la déclaration suivante :

Ces bruiteurs sont prêts à offrir leur service à qui le
désire, pourvu que l'argent soit de la partie.           
« Dans ce pays, tout est question de rapport de force. Ici, les différents partis politiques sont des adversaires sur papier, pour la galerie, mais jamais dans la réalité. Ils sont tous sous le même parapluie. Ils s’entraident l’un l’autre, le moment venu. Ce nouveau parti, encore sans nom, en est la preuve. Que Martelly vienne à tomber, demain matin, où qu’il atteigne la fin de son mandat, au déclenchement des prochaines élections, ce parti devrait être en mesure de faire du bruit pour se faire valoir. Écrasé, brisé… le chaos, quoi ! Pour ce, il y a des milliers d’individus qui sont prêts à prendre la rue en son nom, moyennant un montant de 500 gourdes chacun. Ces bruiteurs professionnels sont prêts à offrir leur service à qui le désire, pourvu que l’argent soit de la partie. Ainsi, quand le pouvoir bascule et change de camp, les petits amis présents ne seront pas démunis. Ils pourront négocier deux ou trois ministères avec le nouveau locataire du Palais. Chaque clan sera en position de faire du fric. Ce n’est  une question ni de connaissances, ni de compétences, mais plutôt de relations secrètes pour assurer et garantir la richesse de chaque rentier. C’est le : « Pase pranm – Ma pase pran ou. Grate dom – ma grate do ou. Se kolonn ki bat ». De là dérive toute une conjugaison symbolique du verbe manger, l’objet premier de leur obsession : « Je mange – je mange. Tu manges – Je mange.  Il mange – Je mange. Nous mangeons – Je mange. Vous mangez – Je mange. Ils mangent – Je mange ».

Un cynique refrain et des codes initiatiques. Une ribambelle de formules non écrites, mais circonscrites dans la constitution clanique et appliquées à la lettre par la meute. La solidarité en fait foi. La protection de son frère est un devoir. Tout ceci pour conclure que cette nation est condamnée à s’enfoncer au plus profond de l’abîme. Ses élites les mieux préparées contribuent fondamentalement à sa disparition programmée. Mon hôte m’a écarquillé les yeux avec d’autres facéties haïtiennes adaptées à l’ère des banques virtuelles du nouveau siècle. On y reviendra.

Revenons à notre Commission Sénatoriale. Tout cela pour vous signifier que plus le rapport est volumineux (656 pages), plus le risque est élevé pour les contrevenants, dans un pays normal, de finir leurs jours en prison. Mais heureusement pour ces délinquants, Haïti est un pays anormal. Pour répéter le loustic : Haïti, se yon kote. Plus le rapport est épais, plus il n’intéresse personne. Par conséquent, il est destiné à accroître la filière 13, c’est-à-dire, alimenter les poubelles. D’ailleurs,  les présumés interpellés le savent assez bien. C’est de la bouillie pour les chats. De la pression technique pure et simple pour les forcer à cracher une partie des fonds volatilisés.

Le ciel d'Haïti était recouvert de dollars verts
Donc, de 2008 à 2016, le ciel d’Haïti était recouvert de dollars verts, tel un bol de faïence qui réfléchissait la lumière du soleil au point d’aveugler les esprits des gouvernants qui ne se souviennent de rien aujourd’hui. Huit années se sont déjà écoulées sans un mot sur les malversations et, aujourd’hui, les contrôleurs officiels de la nation se réveillent pour s’enquérir des sorties d’argent qui dorment à poings fermés, comme un nourrisson, dans les paradis fiscaux, dans les banques étrangères,  sous des prête-noms, sans aucune crainte d’être retracées. Qui va faire un tour sur la liste des Panama-Papers pour découvrir les noms des sociétés haïtiennes offshore, cachées dans cet état à fiscalité privilégiée ? Personne !

Dans un pays où le pire criminel, assassin, kidnappeur, vendeur de drogue est arrêté le matin, accusé par un juge et enfermé en prison à midi, se voit déloger, libérer dans la même soirée, par un autre juge compatissant, arrivé en limousine noire blindée qui l’invite à prendre un verre à l’Hôtel Oasis. Vous vous attendiez à quoi !

Les contrevenants crachent une par
tie du butin.                                  
Parions un 10 ! Tout ce vacarme, tout ce bruit n’est que du vent, sans sortir de l’ordinaire, pour inviter les intelligents aux doigts croches à passer à table et servir aux convives oubliés les « petits-pois verts » congelés dans les banques étrangères sous peine d’ingratitude seulement. L’autre clan ne peut souffrir de cette rebuffade.  On sèl dwet pa mange kalalou. D’ailleurs, si ces « grands mangeurs » n’avaient pas les yeux plus larges que leur panse, on ne serait jamais arrivé à cette Commission Spéciale. Toutefois, la table est mise. L’avertissement est lancé. Les contrevenants sont condamnés à cracher une partie du butin, s’ils veulent évoluer dans la paix du Seigneur et tabletter le célèbre rapport au « Musée des enquêtes éternelles d’Haïti », comme de coutume. Le cheval rétif ne termine jamais sa route sur la droite ligne, aussi belle soit-elle.

Cette Commission ne demeure en soi qu’une petite leçon pour certains égoïstes têtus d’un clan adverse aveuglés par un amoncellement de billets verts, à éparpiller et à consommer sans partage. Pour plusieurs, parmi le commun des mortels, elle n’est que du gâteau pour les cocus contents qui rêvent toujours en couleur. Personne ne l’ignore. À part les imbéciles heureux qui verront, dans la démarche des Sénateurs, un geste patriotique destiné à fouetter la conscience collective. Comme la Commission sur le blackout, la bible de 656 pages sera un simple accident de parcours, aussitôt toutes les convoitises assouvies. Et puis, règnera demain un long silence qui ajoutera quelques pointillés à notre mémoire pour perpétuer, comme d’habitude, le traditionnel détournements de fonds publics. Cependant, il faut avoir une certaine empathie pour quelques innocents qui vont en pâtir, par effet collatéral. Pauvres, ils le resteront, mais leurs noms seront entachés à jamais dans cette lutte à finir, où les pots d’airain, dans leurs féroces confrontations, laisseront répercuter leurs ondes jusqu’à nos oreilles.

Albums
Max Dorismond

La musique haïtienne en deuil, Boulo Valcourt est mort

Boulo Valcourt  
12 février 1946 - 17 novembre 2017

Par Herve Gilbert
Haïti Connexion Network a appris avec beaucoup de peine  ce vendredi 17 novembre, la mort du célèbre chanteur-guitariste, compositeur et interprète Boulo Valcourt dans un hôpital de New York  à l’âge de 71 ans.

Né au Cap-Haïtien le 12 février 1946, Boulo Valcourt débute dans la musique en jouant de la guitare à l’âge de 16 ans. Déjà à 17 ans, il composait des chansons pour le groupe musical les Copains, qui devait sous peu faire sa première apparition. A cette époque le genre musical dénommé “Twist” faisait la une. Les musiciens du groupe voulaient partager cette nouvelle vogue avec le public.

Guitariste haïtien au phrasé nimbé de toutes les  subtili
tés contemporaines.                                                    
Pour entamer des études en électronique et aviation, il part vivre au Canada pendant un certain temps, mais sa passion pour la musique restait  assez forte. En 1971 à New York, sous la tutelle de Herby Widmaier, directeur de Radio Haïti , il crèe Ibo Combo avec lequel, il sort ses premiers albums. En 1978, Boulo se retrouve avec le Caribbean Sextet qui fut fondé par Toto Laraque, son frère Jean Laraque et Réginald Policard. C’était le début d’une longue collaboration entre ce groupe et lui en tant que chanteur et guitariste.  

A partir de ce groupe musical, il a aussi collaboré avec d’autres grands artistes haïtiens qui jouaient un mélange de compas et d'une forte dose de jazz. Plusieurs morceaux, qui furent des airs à succès du Caribbean Sextet, comme: chat fifi, jolibwa, kòq gagè, madougou, La Pèsonn sont encore réclamés de nos jours après toutes ces années.

Boulo en compagnie de Fred Paul (au centre ) et des
musiciens cubains du groupe Haitiando.                    
Boulo Valcourt a été plusieurs fois honoré pour son travail et a reçu deux prix au festival International de troubadour de Curaçao (1986 Premier prix, 1987 deuxième prix). Pendant toute sa carrière musicale, Boulo a fait pas mal de voyages au Japon, en Afrique, et aux Etats-Unis. En 1991, il a été acclamé au Bénin par d'autres confrères artistes Béninois dans le cadre d'une soirée Média 91 dont il était l'invité spécial à Cotonou. Boulo est le premier artiste haïtien à se rendre en Afrique sur l'invitation d'un organisme d'état français. Si vous demandez à un Japonais, un Européen, ou un Africain  de vous citer un artiste haïtien, très souvent on nomme Boulo  Valcourt  ou Emeline Michel sans hésitation.  Il faut aussi noter que sa collaboration avec de grands musiciens cubains à travers le groupe Haitiando, d’où il a produit environ cinq disques lui a permis de jouir d’une certaine renommée internationale dans le monde latino-américain. 

Avec le Caribbean Sextet, Boulo a donné de nombreuses performances à New York, Montréal et Miami où il a connu un énorme succès. En 1996, il a participé avec ce groupe au festival de jazz de New-Orléans et cette expérience a été très enrichissante et lui a permis de représenter avec fierté Haïti. Le public haïtien lui doit, entre autres, la promotion du style troubadour et du jazz en Haïti et la renaissance de plusieurs de nos airs classiques oubliés dans les tiroirs du passé.

La mort de Boulo représente  une grande perte pour l’industrie de la musique en Haïti . C’est une vraie légende qui s’en va... Boulo Valcourt laisse toute une génération de musiciens dans le chagrin. Pendant toute sa carrière musicale, qu'il soit en train de jouer avec une simple guitare ou bien  qu’il évolue au sein d’un groupe musical  au grand complet, notre troubadour national reste toujours le même: un artiste talentueux doté d’une voix hors du commun qui  a suscité de fortes émotions chez  ses fans et le public haïtien en général. Ses mélodies romantiques ou rythmées captivaient les foules qui ne cessaient de lui demander à quand le prochain CD.

Boulo! c’est dommage que, dans ton vivant comme pour tant d’autres artistes haïtiens,  tu n’aies pas été reconnu à ta juste valeur dans la panégyrie musicale hatienne.

Haiti Connexion Network s’incline devant la dépouille mortelle de notre cher Boulo et présente ses sincères condoléances à sa famille, ses proches et ses milliers de fans affectés par ce deuil.

Hervé Gilbert pour Haiti Connexion Network

 "La Peson'n": Boulo Valcourt
Les paroles  sont de Syto Cavé

Boulo Valcourt : Haiti en Folie 2010


N,B: Boulot Valcourt a fondé des groupes comme « Pikliz », « Djanm », « Haitiando » avec lequel il a sorti plus de 5 disques, « Blues Boys » son premier groupe en Haïti, « Les Copains », « Les Caraïbes » son groupe au Canada , « Horizon 75 » et « Ibo Combo » sans compter  son long passage au sein de « Azor Rasin  » où il a collaboré pendant longtemps.

Saturday, November 18, 2017

Ce 18 novembre 2017, Jovenel Moïse remobilise les Forces armées d’Haïti.

Ce 18 novembre, à l’occasion du 214e anniversaire de la bataille de Vertières, les quelque 150 militaires formés en Equateur ont défilé dans la deuxième ville du pays, le Cap-Haïtien. Il s’agit de la première parade des Forces armées d’Haïti remobilisées par Jovenel Moïse.
Le président Jovenel Moïse dépose une gerbe de fleurs à Vertières
Le locataire du palais national a d’abord rapporté l'arrêté du 6 janvier 1995, qui avait créé une commission de restructuration des forces armées, et celui du 6 décembre 1995 portant dissolution de la force de police intérimaire et consacrant l’existence d’une seule force de police nationale sur tout le territoire de la République.

Jodel Lesage, 63 ans
Lieutenant-Général
(par intérim)
Dans un autre arrêté présidentiel, le chef de l’État a mis sur pied un commandement intérimaire pour le rétablissement des Forces armées d’Haïti composé de six membres : le commandant en chef intérimaire; l’assistant commandant en chef intérimaire; l'état-major général intérimaire ; l’inspecteur général intérimaire ; l’adjudant général intérimaire et enfin l'état-major personnel intérimaire du commandant en chef intérimaire.
Jodel Lesage est le commandant en chef intérimaire. Il va travailler avec d’autres concernés sur la formation du haut état-major de l’armée.Pour le nouveau lieutenant-général, le retour des Forces armées est une nécessité historique, parce que, a-t-il rappelé, c’est l’armée qui a engendré l’État d’Haïti

Sources combinées y compris le Nouvelliste

Un reportage en vidéo avec nos confrères de Tripotaj Lakay