Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Saturday, November 30, 2013

Salon du livre - Quand le Québec dit merci à Haïti

Par : Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca
Haiti à l'honneur
Autrefois, dans un passé pas trop lointain, les cités convoitaient toujours ce qu’il y a de mieux chez le voisin d’à côté. Et un beau jour, l’envahisseur attaque, c’est le pillage. On incendie, on confisque, on emmène femmes et enfants… Quand ce n’est pas suffisant on équipe une armada avec Christophe Colomb en tête. Il fait voile vers le sud, assassine tous les indigènes antillais (indiens) sous de faux prétextes. Ces crimes contre l’humanité furent romantiquement dénommés « La découverte du nouveau monde ». Aujourd’hui, c’est l’inverse, le Canada n’a pas à lever le petit doigt, Haïti lui expédie ce qu’il a de plus précieux : ses enfants, ses plus brillants sujets, ces  Québécois venus d’ailleurs,  au point que la province du Québec, aujourd’hui, espère obtenir l’inespéré, le 12 décembre prochain, un Académicien québécois prénommé : Dany Laferrière.
Le tapis rouge pour Haiti
A leur place que feriez-vous? Nous lui dirions MERCI en déroulant le tapis rouge. Voilà! Haïti a été le premier pays étranger à être invité et mis à l’honneur au Salon du Livre de Montréal. A l’ouverture, fanfare, musique, pompon, Dany Laferrière en tête. C’est la fête. Une délégation d’Haïti avait effectué le déplacement pour la circonstance.
Les écrivains Haïtiens au salon du livre 2014
C’était merveilleux de voir cette île abonnée aux désastres jouir de toute cette attention. C’est à avoir la chair de poule. Depuis 36 ans, je n’ai jamais raté un Salon du livre, depuis sa création en 1977. C’est le seul endroit où je me sens vraiment dans mon élément. Ayant reçu quelques invitations de certains auteurs d’ici, de l’éditeur du CIDIHCA, Frantz Voltaire, l’archiviste bien connu et d’un ancien camarade, un invité spécial, le Dr. Jean-Robert Léonidas, l’auteur le plus lu en France après Dany Laferrière, je ne me suis pas fait prier. J’ai alerté d’autres amis pour les inciter à faire le déplacement, le rendez-vous a été fixé pour le samedi 23 novembre. Plusieurs célébrités et écrivains qui se passent de présentation étaient venus faire leur tour, certains pour s’émouvoir et s’enivrer de cette douce émotion, d’autres pour se faire voir et signer leurs bouquins exposés sur les présentoirs.
Dany Laferrière et la ministre de la
 Culture d'Haiti  Josette Darguste (C)
Citons, Gary Klang et son clan,  Robert B. Oriol, le jongleur des mots, Myrtel Devilmé et Marie Célie Agnant, le Dr. Samuel Pierre et son épouse. Samuel, le scientifique qui ne dort presque, avait à son actif jusqu’en 2007 seulement, plus de 400 publications scientifiques, 6 livres, 16 ouvrages collectifs, 17 chapitres de livres, ainsi que plus de 350 autres publications scientifiques incluant des articles de revue et des communications dans les conférences.… Charles Tardieu propriétaire de l’Édition Hermès, ex-ministre de l’éducation venu directement d’Haïti, Dr. Jean-Robert Léonidas, invité spécial, Gary Victor et  Michel Soucar aussi. Ce fut l’occasion de rencontrer des amis de vieille date, en l’occurrence, Georges Séraphin d’Ottawa et notre réservé Jean-Robert Pierre, venus spécialement pour voir Léonidas.
Un salon multicolore. 
F.Voltaire et M. Dorismond
Ce fut fantastique. Les salons antérieurs étaient toujours remplis. Des visages noirs, on en voyait quelques-uns de temps à autres, noyés dans la cohue. Mais samedi, dans la section 617, Haïti à l’honneur, le noir avait décroché sa lettre de noblesse. Le stand était pris d’assaut de très tôt. Les Canadiens voudraient tout acheter sur Haïti, les Haïtiens en faisaient autant. A vue d’œil, les étals se vidaient de leur contenu. On en ajoutait encore et encore. On eût dit la libération de l’écriture. J’étais sûr qu’ils allaient en manquer. Nos congénères étaient heureux de cette marque de considération. Par un marketing bien orchestré dans la semaine précédente, on montrait au petit écran, des caisses et des caisses de livres, emballées dans de la cellophane, débarquées d’un 737 d’Air Canada de retour de Port-au-Prince. En fait Éric Blackburn, de la librairie « Le port de Tête » y présentait la plus grande collection de livres haïtiens jamais rassemblée. En collaboration avec le dynamique éditeur, auteur-poète d’origine haïtienne, Rodney Saint-Éloi, qui fêtait les 10 ans de sa maison d’édition « Mémoire d’Encrier », Blackburn avait une idée de genie.
Les Haïtiens et les livres
Dr S. Pierre & Dr J-R Leonidas
Le rapport des Haïtiens avec le livre a toujours fasciné l’étranger. J’ai souvenance d’un reportage dans le quotidien « La Presse », d’une journaliste québécoise étonnée de croiser dans un corridor, dans les régions de Carrefour à Port-au-Prince,  un type amaigri, édenté, affamé à première vue, sans chemise, qui lui parlait de Friedrich Nietzsche, le philologue, philosophe et poète allemand. Pendant 10 minutes, elle écouta le bonhomme qui lui tenait un discours sur l’existentialisme et de la philosophie postmoderne. Elle n’en revenait pas.
Personnellement, suis loin d’être surpris. Plusieurs haïtiens, habituellement peuvent vous entretenir de toutes sortes de sujets, le temps d’une causerie. Cette tendance a toujours captivé les québécois qui ne saisissent pas du coup la passion de ces insulaires pour les belles lettres. Si certains évènements littéraires avaient attiré plusieurs Québécois en Haïti, si hier encore Rodney Saint-Éloi a pu emmener 40 écrivains chez lui à Cavaillon et aux Cayes et à Jérémie, il existerait une raison : celle de découvrir le secret d'une petite nation  brûlant d'amour  pour les belles lettres, la musique et les beaux-arts. Un peuple qui pleure ses joies et chante ses peines.
Laury, Samuel & Charles Tardieu
Pourtant, pendant près de 30 ans, sous la dictature des Duvalier, le livre fut bâillonné, banni. C’était la loi de l’obscurantisme. Tout esprit créatif était suspecté. Un camarade à moi fut arrêté à Pétion-Ville par un Tonton-macoute, parce qu’il lisait un livre sur le cubisme, en regard de son cours de peinture. Le Tonton ignare, saisit le bouquin. Ah-Ah, tonna-t-il, Cubisme, Cuba, tu es un communiste, viens avec moi. Arrêté, le malheureux fut amené au poste et fut sauvé par la cloche, in extremis, car le chef, au moins, savait lire. Malgré tout, rien ne pouvait empêcher nos congénères de s’adonner à leur passion : la soif de lire. Les livres, en ces temps de cauchemar furent distribués sous les chemises. L’Haïtien est naturellement curieux. Ils veulent surtout comprendre, saisir l'insaisissable, deviner le pourquoi de son dénuement, la raison de son sous-développement et les causes de la barbarie sauvage omniprésente…etc.  Le livre demeure toujours une passerelle. Aujourd’hui, plus ou moins, la parole et l’écriture sont libérées au point ou Dany Laferrière, passionné des formules surprenantes eut à déclarer, que Haïti est le pays où les écrivains poussent plus vite que les plantes. Une métaphore assez plaisante. 
RODNEY SAINT-ELOI
Rodney, celui par qui tout cet honneur fut attribué à Haïti, soutient qu’il y a près de 100 000 Haïtiens qui vivent au Québec. « Il y a plus d’haïtiens publiés que partout ailleurs sur terre : Stanley Péan a été président de l’Union des écrivains et des écrivains québécois, UNEQ, de 2004 à 2010. Joël Desrosiers a été vice-président de l’UNEQ et de la société littéraire de Laval, alors que Dany Laferrière est considéré comme un auteur québécois. Il a d’ailleurs reçu cette semaine, un  doctorat honoris causa de l’Université du Québec ».
G.Séraphin,J.R Leonidas,J.R Pierre
et Max Dorismond (De G vers D)
Au fait, ce ne fut pas tout. Le Québec est sorti gagnant sur toute la ligne avec ces talentueux immigrants qu’il a accueillis sur son territoire. La liste est trop longue pour une énumération. Dans tous les domaines, au travail, au bureau, dans toutes les professions, le Québec ou le Canada sont surpris de cette profusion de talents, d’hommes disciplinés, organisés, studieux, intelligents qu’ils ont reçu en cadeau, sans avoir à dépenser un sous pour leur formation. Ce ne fut pas par hasard que le Premier Ministre Jean Charest avait écrit en 2007 en préambule du livre du Dr Samuel Pierre, ces Québécois venus d’ailleurs : cet hommage qui ne laisse aucun doute sur le plaisir d’avoir des gens comme nous à titre d’immigrants. Il a écrit : « Il est de ces peuples qui, en se donnant la main, se donnent aussi la chance de se réaliser et de faire avancer la société qu’ils habitent » Nous en sommes fiers et nous ne regrettons pas d’avoir apporté notre pierre à l’érection de l’édifice, car nos enfants, nos petits-enfants et tous les québécois en seront les bénéficiaires des actions positives de ces colorés venus d’ailleurs.

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca

Laval, 28 nov.2013


Autres photos du salon du livre 


Robert Berrouët-Oriol (gauche), Anthony Phelps (droite)


Robert Oriol & Charles Tardieu
   
Gary Victor

Margaret Papillon et Wilnie Brézault Sergile l'auteur du livre intitulé
« 104 heures, dans l'enfer du Kidnapping »

Jean-Robert Léonidas au salon du livre





M.yrtha Devilmé & Marie Célie Agnant