Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Friday, December 16, 2016

Loup-garou en Haïti: mythe ou réalité ?

                                    
Par Jacques Casimir ( Pasteur D'Amoulio) 

Avant-Propos
À chacun selon sa conscience et ses croyances. Dans notre longue quête en vue d'apporter un regard nouveau sur l'histoire et de démystifier certains mythes et croyances, je vous emmène cette fois en pays Loup-garou dans les hautes montagnes d'Haïti . Nous n'allons pas révéler un lieu d'observation en particulier pour protéger et préserver la pérennité de l'espèce qui est en voie de disparition. Bien-sûr, il existe plein de mythes et de phénomènes inexpliqués sur cette île, qui porte aussi le nom de l'île magique. Cette fois, nous allons seulement démystifier le loup-garou au risque de blesser, de heurter et de bouleverser certaines croyances ancestrales.  
                                     
Le mythe du loup-garou est connu depuis l'antiquité. 
Lorsqu'on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, disait Jean-Baptiste de Montesquieu, cela paraîtrait trop tyrannique: il vaut mieux les changer par d’autres mœurs et d’autres manières. Il n'avait pas dit par quoi on devait changer les croyances et les superstitions et par quoi les remplacer ? RÉF :Jean-Baptiste de Montesquieu “Titre de l'esprit des lois , livre XX”.

Que doit-on faire lorsqu'on veut changer les croyances et combattre l'obscurantisme ? là est toute la question. Dans le haut pays Quisqueya Bohio, nom amérindien pour définir l'île montagneuse d'Haïti, les croyances et les mythes ont la vie dure. Ni La force, ni le droit n'arriveront un jour à bout de ces superstitions. Ce travail revient au chercheur historien conséquent qui doit apporter des preuves valables et vérifiables pour démystifier certains faits et amener un nouveau regard historique pour dévoiler l'origine de certaines croyances populaires. Je vous emmène en balade à la recherche du loup-garou qui hante la nuit les contes et légendes d’Haïti. Mythe pour certaines, réalité pour d’autres. Qu’en est-il vraiment ?

Généralement les chercheurs, les biologistes, les naturalistes, les généticiens et autres utilisent la cryptozoologie qui est l'étude des animaux cachés dont l'existence ne peut pas être prouvée de manière irréfutables. Ces formes animales sont appelées cryptides. Dans notre cas, nous n’avons pas besoin de faire cette démarche puisque nous apportons des preuves irréfutables de l'existence de ce loup d'Haïti, la cigoâve ou casque, alias Loup-Garou.

Assoyez-vous confortablement, le voyage va être fait en parti sur des chemins rocailleux. Nous nous rendons dans la plaine de l’Artibonite et dans les villages de montagnes . Pourquoi ces endroits ? Selon des registres coloniaux, sur les biens et cheptels des colons, du premier gouverneur de Saint-Domingue, Jérémie Deschamps du Monsac, rapport du mois de mai 1662, au dernier inventaire des biens des colons fourni par François Barbé de Marbois en 1802, tous révèlent qu’à l’époque la plaine de l'Artibonite était l’endroit où il y avait le plus de bétails dans la colonie de Saint –Domingue. Dans l’ordre naturel des choses, là où il y a bétails et forêt, il y a prédateurs et dans ces villages de montagnes truffés de grottes on peut observer au loin des yeux qui brillent dans la nuit.
1). REF Auteurs : François Barbé de Marbois Titre État des finances des biens de Saint-Domingue, contenant le résumé des recettes et les dépenses publiques du 1er janvier 1788 au 31décembre 1788 (Imprimerie Royale Paris)2) Sources : Extrait des registres du Conseil Supérieur de Saint-Domingue.- Du 30 janvier 1789.Note : Concerne l'obligation de l'inventaire et vérification des biens des colons de chaque année des relevées des registres. Donné au P-au-P. Signé par De Marbois et Fougeron. .-(Port-au-Prince : Chez Bourdon, Imp. Du Roy, 1789).

Sorte de chien-reptile démoniaque qui sucait le sang des
animaux dans les villages et dans les montagnes.           
Le loup-garou dont l’espèce a presque disparu en Haïti est un chien-loup vivant dans la forêt et dans les grottes, il a les yeux phosphorescents luisant dans les ténèbres, il était la terreur des chiens et du bétail qu’il dévorait sans ménagement. Généralement il fuit les humains. Mais il lui arrivait aussi de s’attaquer à l’homme quand il est surpris ou cerné, surtout la nuit. C’est pour cela dans la culture haïtienne on dit souvent : Si ou soti lan nuit Lou garou ap mangéw Traduction: “Si tu sors la nuit, le loup garou va te dévorer”.


Avant l’arrivée des colonisateurs cet animal peuplait l'île, les indiens Tainos et Arawaks l’appelaient Sigoâve ou Cigoâve qui signifie en langue arawak qui brille dans la nuit ou yeux qui brillent dans la nuit; aujourd’hui, les gens l’appellent la cigoâve. Plusieurs naturalistes et scientifiques en visite dans la colonie de Saint-Domingue ont mentionné cet animal dans leurs récits. À partir d'une recherche historique exhaustive, voici les récits de différents auteurs et scientifiques à différentes époques qui corroborent ces faits. C’est à partir des sources multiples que naît l’histoire.

Christophe Colomb avait noté en 1493 dans son journal de bord certains animaux qu'il avait vus. Il a parlé de sirènes dressées dans l'eau qui n'étaient que des lamantins. Ces animaux sont à l'origine de nombreuses légendes. Il a aussi mentionné ces chiens bizarres, féroces et farouches dont les yeux brillent dans la noirceur de la nuit. Sources :Carnet de bord Notes et annexes du deuxième voyage de Christophe Colomb ( Universidad de Granada Espagne)

Un chien-loup sauvage
À partir de 1698 des documents écrits plus concret décrivent l’animal. Le père Labat nous fait la description suivante :« Les casque, ce sont des chiens-loups sauvages un peu différents du loup d'Amérique du nord qui ont peuplé les forêts et ne vont en meute que pour chasser; généralement, il est solitaire; on ne peut croire, dit l'auteur, les dommages qu'ils causent. Ils chassent et dévorent quantité de jeune bétails, on ne manque jamais de les tuer quand on les rencontre. On les appelle casque sans qu'on sache l'origine de ce nom. Ils ont pour l'ordinaire la tête plate et longue, le museau affilé et les yeux scintillants. Plus tard en 1759 François-Alexandre Aubert de La Chesnaye des Bois, a apporté une contribution inestimable dans la classification des animaux. Il décrit l’animal de la même façon que ses prédécesseurs en ajoutant quelques nuances. il dit ceci:« l'animal laisse sur son passage une forte odeur de musc et peut flairer ses proies et la présence humaine à une grande distance, il est très rusé ce qui le rend des fois très difficile à observer dans son milieu naturel 1) RÉF : Auteur Père Jean-Baptiste Labat Titre Voyage aux îles de France de l'Amérique Tome VI 2) RÉF: Auteur François-Alexandre Aubert de La Chesnaye des Bois, Titre Dictionnaire raisonné et universel des animaux ou le règne animal, consistant en quadrupèdes, cétacées, oiseaux, reptiles, poissons, insectes, vers, zoophytes, ou plantes animales: leurs propriétés en médecine ; la classe, la famille ou l'ordre où chaque animal est rangé,( Volume 1 Paris 1759).

Le xoloitzcuintle ,le chien-loup du Mexique
En 1799, arriva à Saint-Domingue, muni de précieuses lettres de recommandations à l’adresse du gouverneur général, le naturaliste Michel Étienne Descourtilz, il nous décrit ceci :« On connaissait il y a plus de 15 ans dans la colonie des animaux féroces non susceptibles d’être apprivoisés, les anciens colons donnèrent à ce chien-loup le nom de casque. D'après le récit donné par le colon grand propriétaire M. Desdunes Lachicotte qui en a tué un dans l’étable de son habitation. Il ne faut pas confondre cet animal avec le  xoloitzcuintle espèce de chien-loup du Mexique, Canis Mexicanus, à queue un peu recourbée. Ce loup à la même figure, les mêmes appétits et presque les mêmes habitudes que les loups d’Europe. Il a cinq doigts aux pieds de devant, quatre à ceux de derrière, les oreilles longues et droites les yeux étincelants mais il a la tête un peu plus grosse, le cou plus épais, la queue moins velue. Sa fourrure est recherchée, vu la variété de ses couleurs. RÉF Auteur : M.E Descourtilz Titre Voyage d’un naturaliste Sources de ses observations à Saint-Domingue ( M.E Descourliz Médecin Naturaliste du Gouvernement et fondateur du lycée colonial de Saint-Domingue) Tome II Paris 1809.

L'hurlement est un extraordinaire langage pour
le loup, il reste encore un mystère pour l'homme
D'après le rapport de M. Desdunes, dont l’enfance fut inquiétée par les hurlements de ces animaux à la tombée de la nuit. Il laissait sur son passage une forte odeur de musc que les chiens dont il était friand, redoutaient en refusant de suivre leur piste. Ces terribles animaux marchaient en troupe et devenaient le fléau des hattes, des poulaillers et des habitations d’élevage (les fermes) qu’ils attaquaient. Leur ardente voracité terrorisait : chevaux, chiens, bêtes à corne, cabris, porcs, moutons devenaient les victimes de leurs dents meurtrières.
RÉF:Auteur Placide David Titre Sur les rives du passé ( Grand prix littéraire des Antilles Paris 1947)
Comment le mythe du Loup Garou est arrivé à Saint-Domingue ? Les colons français de l'époque, majoritairement des paysans, des vagabonds, des repris de justices, des prostituées, venus chercher fortune et respectabilité dans la colonie ont emmené avec eux ces histoires du loup qu'ils avaient vécues en France. Des loups aux yeux scintillants qui dévoraient la nuit le bétail dans les fermes et les poulaillers. Selon la légende ce sont des hommes le jour et des loups la nuit ou mi-homme mi- loup. A partir de cet animal La Cigoâve (Loup d'Haïti) qui faisait la même chose dans la colonie, le mythe s'est répandu.

Pour interdire la fuite des esclaves qui se faisait majoritairement la nuit, le marronnage. Les grands planteurs blancs, propriétaires d'esclaves, amplifiaient la rumeur des loups-garous, des mauvais esprits qui rodaient la nuit autour des plantations qui dévoraient les hommes. C’était une façon astucieuse de garder les esclaves sur les plantations et de prévenir la fuite. Ils les ont même liés aux mythes du Baka, du M'kanda etc., mauvais esprits d'Afrique qui rodent la nuit et dévorent les hommes imprudents. Les colons blancs, eux, sortaient très tard la nuit. De mémoire d'hommes et depuis la fondation de ce pays par Dessalines, on n`a jamais entendu ou constaté qu'un blanc a été mangé par le diable ou un loup garou. Pourtant, il ne manque pas de blancs dans ce pays. Là on se demande : le diable et les loups garous sont-ils racistes ? Si c'est le cas, notre calvaire et nos misères ici-bas continueront dans l'au-delà et rendront caduque cette fameuse parole des prêtres, des pasteurs et autres religieux de tout acabit qui veulent ravir nos âmes et qui dit ceci : Bien heureux les malheureux car le royaume des cieux est à eux. Comme on nous l'a enseigné, très peu d'élus entreront dans ce royaume et si le diable est vraiment raciste, nos âmes ne sortiront jamais du pétrin, nous sommes condamnés à souffrir pour l’éternité. La peur de la nuit est encore inscrite dans l'inconscient collectif des peuples qui ont connu l'esclavage.

En cours de route, nous faisons un détour inattendu de l'autre côté de la frontière en République Dominicaine pour aller à la rencontre du Ciguapa (la Cigôave en espagnol), non loin des montagnes du Bahoruco, plusieurs cas de bétails dévorés dans la nuit par les mauvais esprits, les loups garous. Selon les habitants des villages environnants le Ciguapa sort de sa cachette la nuit pour chercher de la nourriture. Ces animaux sont très habiles pour se cacher des regards des humains. Les archives du journal Listen Diaro, sous la plume de Julian Atiles en 1892 et plus tard par d'autres journalistes en 1967 et en 1973, ont fait mention d'animaux dévorés la nuit que les carcasses retrouvés aux petits matin laissent perplexe et de cris semblables à ceux du loup rapportés par des paysans vivants dans les parages. Sources Voir les archives du journal Listin Diaro des années 1892 -1967-1973.

Pourquoi est-il si difficile de capturer cet animal? Selon les rapports de plusieurs naturalistes en visite dans la colonie de Saint-Domingue redevenue Haïti qui, tous, disent la même chose: ces bêtes sont très méfiantes et tombent rarement dans les pièges qu'on leur tendait. Les organes de l’ouïe , de l'odorat et de la vue sont parfaits chez ces loups . Ils ont la capacité de flairer leur proie à près de deux lieux .
1)Sources Oeuvres du compte de Lacépède contenant l'histoire naturelle des quadrupèdes, ovipares, des serpents,des poissons et des cétacés( TH.Lejeune éditeur Bruxelles 1833) 2) RÉF:Auteurs Alexander Von Humboldt , Aimé Bonpland Titre Voyage aux régions equinoxiales du nouveau continent( Paris 1807)
Quelles sont les causes de la quasi disparition de cet animal?
On les appâtait pour les détruire avec des viandes à moitié corrompus imbibées de mancenillier ou arbor de la muerte ( arbre très toxique des iles des Caraïbes dont le fruit ressemble à une pomme verte : un poison virulent) Dans le livre l’abrégé du système de la nature de Linné par J.E Gilbert Medecin Édition de 1802 : Il dit ceci : « Ces animaux seraient bons à détruire tant pour l’intérêt des fermes ,des grandes habitations que pour l’utilité de leur peau ,sur laquelle les négrillons peuvent se coucher plus mollement que sur les cuirs de bœufs>>.

De la proclamation unilatérale de l’indépendance du pays en 1804 jusqu’en 1844, la protection des ressources forestières fut confiée aux agents de la police forestière ou financière. En 1844, le Secrétariat d’État de l’Agriculture fut institué, mais ce n'est que, seulement à partir de 1926, les grandes loi-cadre furent légiférées pour aboutir à l’institution du Département de l’Agriculture et des Forêts Nationales Réservées (loi du 03 février 1926) Pendant 122 ans, cet animal fut chassé et livré à la vindique populaire 1)RÉF :Auteur J.B. Duvergier Titre Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlement du Conseil D'État (Port-au-Prince Haiti 1824-1949) 2) Sources Recueil général des lois et des arrêts: en matière civile, criminelle, commerciale et de droit public par J-B Serey 1807-1950

Souvent remarqué à distance à cause de ses yeux qui brillent dans la nuit, l'animal fuit généralement à l'approche de l’homme. La croyance populaire veut que ce sont les versets de la bible qui font fuir le loup garou ( la Cigoâve), mais nous ne savons pas de quelle bible il s’agit. D’autres disent que ce sont le loas ( esprits vaudou )qui le font fuir. Si jamais vous rencontrez la cigoâve, restez à bonne distance. Les psaumes, les versets, les vadré rétro satanas ne l'interdiraient pas de vous attaquer, surtout s'il est surpris.

Qu'en est-il des loups-garous aujourd'hui ?

Déguisement de loup-garou ou
vampire moderne.                    
Selon nos recherches ,il en reste plus ou moins 200 spécimens répartis sur tout le territoire surtout dans les régions montagneuses et dans les grottes en grande quantité dans ce pays. Jadis roi des plaines, le loup-garou du haut de sa montagne voit son habitât qui rétrécit comme son pays qui est en train de foutre le camp sous les yeux de ses fils qui s'entre-déchirent. Nous conseillons aux derniers loups-garous qui restent de ne pas fréquenter l’humain car ils risquent d’être exterminés et de disparaître à jamais .Qu’ils se contentent de manger modérément et en cachette le bétail des hommes, par ce que toute espèce à droit à la survie.

Sortez, réappropriez-vous la nuit, l'air marin vous fera du bien. Si au grand jamais vous rencontrez un vrai loup-garou sur votre chemin gardez une distance sécuritaire et s'il vous demande qu'est-ce que vous faites dehors la nuit? Posez lui la même question et dites-lui que vous avez les mêmes droits que lui et que vous devez cohabiter. Cette reconnaissance de l'autre dans ses droits et sa dignité sera peut-être le début d'un renouveau d'Haïti tant attendu.

Il n'y a pas de transformation sans informations. Pour qu'un peuple avance vers le progrès, son histoire ne peut pas se baser sur du n'importe quoi. Désormais! L’histoire d'Haïti se basera sur des faits, des archives, des preuves valables et vérifiables et non sur des mythes. Amen

Au nom de tous les esprits bon ou mauvais qui hantent les chaudes nuits d’Haïti, nous déclarons le loup-garou innocent et acquitté.

Vous voici ramenés à bon port en toute sécurité. Terminus, tout le monde descend.
Nous espérons que vous avez fait bon voyage.



Recherche No JCAS-PO 11-001

Jacques Casimir (Pasteur D'Amoulio)



Illustrations : Haiti Connexion Culture