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Friday, September 25, 2015

Science & Vaudou - De Mackandal à Max Beauvoir

Par Aroll Exama, Ph. D. aexama@hotmail.com
Science & Vaudou
De Mackandal à Max Beauvoir
12 septembre 2015, la mort de Max Beauvoir, chef suprême du vaudou haïtien est relayée d’une page facebook à l’autre. Ce hougan, unique en son genre, intéresse plus que la communauté des vaudouisants. L’homme est avant tout un scientifique qui a fait les grandes écoles occidentales. Diplomé en chimie au City College de New York, il poursuivra des études graduées de biochimie à la très renommée La Sorbonne pour couronner le tout avec un doctorat en Biologie. Décidément, ce fils d’Haïti avait tout ce qu’il faut pour briller dans les plus hautes sphères de l’élite scientifique mondiale tout en gardant Haïti dans sa mire. En effet, en 1973, on le retrouve en Haïti expérimentant la synthèse d’hydrocortisone à partir des plantes. Trois ans, plus tard, soit en 1976, il dépose déjà un brevet pour un procédé de production d’hécogénine à partir du sisal (notre pite nationale, connu également sous le nom de jute). La volonté de valoriser les ressources naturelles (médicinales) d’Haïti est évidente. C’est alors qu’il reçoit l’appel du vaudou. Son aventure scientifique avec toutes les retombées dont pouvaient rêver les plantes médicinales d’Haïti allait-elle s’arrêter là ?

L'Ati Max Beauvoir
Plus qu’une curiosité, cette question traduisait mes intérêts d’ordre pratique. En effet, ma femme (infirmière) et moi (docteur en sciences) sommes bien au fait des effets indésirables des médicaments de synthèse au point de chercher à les éviter dans la mesure du possible.

Généralement, nous suivons la démarche médicale typique jusqu’à la confirmation d’un diagnostic clair. Après quoi, nous cherchons d’abord une solution naturelle, du côté des plantes médicinales. Régulièrement, j’arpente les petits magasins haïtiens de Montréal à la recherche d’assorossi, de simen contra etc. J’ai acheté récemment le livre de Marilise Neptune Rouzier sur les plantes médicinales d’Haïti. Cependant, pour en tirer le maximum d’effets sur la santé, certaines données pratiques d’ordre clinique dont la posologie font défaut. Les révélations sur le parcours académique de Max Beauvoir  et sa longue carrière à titre de chef suprême du vaudou m’ont fait rêver un moment. Enfin, me suis-je dit, je vais trouver les informations que je cherchais depuis longtemps sur les plantes médicinales d’Haïti.

C’est là que ma quête a commencé. J’ai interrogé plusieurs sources fiables. En guise de réponse, c’est une autre question qui m’est venue à l’esprit : Que s’est-il passé de Makandal à Max Beauvoir ? Pour ceux qui ne le savent pas, Makandal était le plus impressionnant  des chefs vaudouisants de la période prérévolutionnaire. Son objectif était de renverser le régime blanc esclavagiste et faire des Noirs les nouveaux maîtres de Saint-Domingue (qui reprendra son nom indien d’Haïti à l’indépendance). Pour y parvenir en défiant la machine de répression coloniale, son arme de choix était le poison et pas n’importe lequel. Aux plantes médicinales d’Haïti (c’est la dose qui fait le poison), il combina de l’arsenic et d’autres drogues qu’il achetait auprès des pharmaciens et médecins français eux-mêmes. L’histoire ne dit pas s’il avait découvert la tétrodotoxine, le poison (une toxine) utilisé dans le processus de zombification.

François Mackandal
Fort de cet arsenal, Makandal fonda une école d’empoisonnement  dont il recrutait les disciples parmi les esclaves et aussi des Noirs libres. C’est donc en toute logique (bien que ces soit paradoxal pour un prêtre musulman) que, même après sa mort, son nom fut identifié à presque toutes les formes de fétichisme, d’empoisonnement et de sorcellerie au point où les prêtres vaudou, les fidèles et les talismans seront appelés makandal (Carolyn Fick, 2014). Bookman n’a donc pas été le premier Imam (prêtre musulman) à avoir utilisé le vaudou comme couverture pour ses activités révolutionnaires. Sous le manteau du vaudou, l’industrie de l’empoisonnement, contrôlée par un petit groupe de sociétés secrètes encore actives aujourd’hui, fera basculer le rapport de force. La peur changera de camp. Bookman, Toussaint, Dessalines hériteront d’assez de confiance pour lancer la révolution. On connaît la suite. Les esclaves triompheront de l’armée de Napoléon pour donner naissance à un nouveau pays : Haïti.

211 ans plus tard, peut-on dire que les plantes médicinales d’Haïti ont trouvé une vocation autre que d’éliminer l’occupant à part une utilisation marginale pour la santé et bien sûr la zombification des Haïtiens? La majorité des références que j’ai consultées ignorent l’existence d’un quelconque antidote connu de la tétrodotoxine. Pourtant, les prêtres vaudou maîtrisent cet antidote depuis longtemps dans le processus de zombification. Les opportunités sont sans limite pour ce qui pourrait être qualifié de l’anesthésiant le plus puissant au monde. Dans un pays pauvre et en manque de visibilité (pour des bonnes choses), est-ce déraisonnable de penser qu’un biochimiste hougan du calibre de Max Beauvoir ait pu travailler dans ce sens d’autant plus qu’il était la référence de ceux qui voulaient percer le mystère des zombies ?

              Wade Davis
Quand Wade Davis, un scientifique de l’Université Harvard s’était rendu en Haïti pour chercher une explication au phénomène des zombies, c’est à Max Beauvoir que Bill Clinton l’avait référé. Dans son livre The Serpent and the Rainbow (le serpent et l’arc-en-ciel), Davis raconte comment, avec l’aide de Max et de sa sœur, il a réussi à résoudre l’énigme des zombies. Davis explique que ces personnes, mortes en apparence mais qui ressuscitent quelque temps plus tard ont en fait été empoisonnées par une société secrète en guise de punition pour un crime qu’elles ont commis. Ce poison, la tétrodotoxine, est prélevé dans le poisson-globe, un plat gastronomique au Japon s’il est préparé correctement. Dosé avec précision, le poison provoque une paralysie du corps et réduit la respiration à un niveau si bas que même les médecins s’y laissent prendre et pensent que le patient est mort. Lorsque les effets du poison se dissipent, la société secrète, avec la complicité des gardiens du cimetière, réveille la personne que l’on désigne désormais zombie.

Considérant que : 1) Max Beauvoir voulait valoriser les plantes et autres ressources médicinales d’Haïti (c’est pour cela qu’il était retourné en Haïti) et 2) Il avait les capacités scientifiques et logistiques pour mener à terme une recherche d’envergure dans le contexte d’Haïti (en trois ans seulement, il a complété un projet et déposé un brevet), l’abandon instantané et définitif de son projet scientifique sur la valorisation des plantes et autres ressources médicinales d’Haïti pose des questions pour le moins troublantes :
-      
Avait-il peur lui-même des sociétés secrètes qui terrorisent la population haïtienne à coups d’empoisonnement  et de zombification ?
-      
Avait-il une entente de non concurrence ou de collaboration avec ces sociétés ?
-      Son sacre comme Ati (Chef suprême national du vaudou) serait-il la récompense pour cette longue collaboration ?
Ces questions sont troublantes, je l’admets, mais elles méritent réponse de  la part de ceux qui veulent vendre le vaudou à toute une nation si ce n’est au monde entier.


L’auteur est Conseiller en Recherche & Technologie au Gouvernement du Canada 
Dr. Aroll Exama