Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Friday, June 5, 2015

Charles Aznavour. A 91 ans, il sort son 51e album

Aznavour. « Ça m’amuse follement d’être le plus vieux ! »
Recueilli par : Michel Troadec

Charles Aznavour aura 91 ans dans quinze jours et il donne toujours des concerts à travers le monde pour présenter un 51e album placé sous le signe de la nostalgie.

Charles Aznavour
Un disque entraînant, vivant, comme lui, toujours vert, prompt à répondre même s'il est parfois dur d'oreille… Il est monté pour la première fois sur scène à 9 ans, ce qui lui permet d'afficher quatre-vingt-deux ans, ce qui lui permet d'afficher quatre-vingt-deux ans de carrière ! Raison de plus pour l'écouter…
Vous vous rendez compte que c'est votre 51e album ?

Et il se trouve que je l'aime cet album. Je vous assure que je ne dis pas ça à chaque fois ! C'est une question de chansons. Quand elles sont trop loin les unes des autres, quand les thématiques sont trop éloignées, ça m'embête un peu. Ce qui n'est pas le cas ici.
C'est une question d'inspiration ?

Je suis bien obligé d'accepter le mot inspiration, qui n'est pas un mot vrai pour moi, car je suis un méthodique. Je me mets devant une table de travail, avec une feuille blanche, et je me dis : « Maintenant, tu vas écrire une chanson ». Je peux rester longtemps ainsi, ça ne me fatigue pas du tout. Jusqu'au moment où, parmi les idées qui me passent à travers la tête, l'une se dégage. Je l'écris. Et là, commence un travail entre le puzzle et les mots croisés. Tant que ce n'est pas fini, je ne mange pas, je ne bois pas.

Chez vous, la musique vient après ?

Toujours. Je n'ai écrit que deux chansons sur de la musique. La première fois, c'était sur du Purcell (il la fredonne). La deuxième, c'était La plus belle pour aller danser (pour Sylvie Vartan). J'avais trouvé le titre. Il me plaisait. C'est ce titre qui a amené le texte. Il se trouve qu'il tombait bien sur la musique.

Écrire de nouvelles chansons vous paraît indispensable ?

Bien sûr. D'abord, parce que je ne me vois pas sur scène en interprétant juste de vieilles chansons. Je veux bien être un chanteur âgé mais je ne veux pas être un auteur vidé. Les nouvelles chansons fortifient les anciennes. Si je dois arrêter quelque chose, ce ne sera pas l'écriture mais la scène.

Qu'est ce qui est important dans une chanson ?

L'entrée et la sortie. Parce que c'est là qu'est l'inspiration, l'imagination. Au centre, on peut se contenter de faire un bon travail. C'est important de le dire. Pour que les jeunes générations puissent voir si ça leur convient aussi.

Vous avez dit qu'en France, c'est le texte qui compte avant tout ?

Dans une émission de la BBC, on m'a demandé quelle était la différence entre la chanson chez eux et chez nous. J'ai répondu que ce n'était pas difficile : eux, c'est la musique, nous, c'est le texte. Même si nous savons aussi composer de jolies mélodies, nous n'avons pas inventé la rumba, ni le jazz… Et eux ne nous ont pas encore prouvé qu'ils avaient des auteurs importants. Tout le monde ne peut pas écrire Avec le temps !

Vous avez un faible pour Johnny Hallyday…

On se voit avec Johnny. Dans mon prochain album, j'aimerais chanter un duo avec lui, que j'ai déjà écrit. Un texte très dur. Je voudrais qu'on soit deux à le dire. Si ça lui plaît, il me discutera peut-être la musique, mais pas le sujet.

Quel est votre quotidien ?

Simple comme bonjour. Je me lève tôt. J'écris ou je joue du piano. Pendant des heures. Même si ça ne produit pas. C'est une hygiène de vie. Ensuite, on déjeune en famille. On adore ça. Dans l'après-midi, il m'arrive de regarder un film ou deux. Le soir, je me mets au lit de bonne heure. Je lis. Et je travaille aussi quelque chose pendant une bonne demi-heure, par exemple une langue étrangère. Je n'ai pas de mémoire. Si je n'avais pas fait ça, je n'en aurais plus du tout.

Vous ponctuez ce quotidien de concerts un peu partout dans le monde ?

Oui, récemment Saint-Pétersbourg, Moscou. Bientôt à Madrid, puis Amsterdam en Hollande et la Russie à nouveau.

Vous aimez cette vie ?

Je suis un gitan moi, un titi parisien du voyage.

La solitude vous fait peur ?

Non, je l'aime. Quand je suis face à moi-même, je me connais mieux, je me porte mieux, je me comporte mieux. J'ai construit Aznavour en connaissant mes lacunes, mes difficultés.

J'imagine que ça vous paraît extraordinaire de donner encore des concerts à plus de 90 ans ?

Ça m'amuse follement d'être le plus vieux. J'ai été longtemps le plus jeune de la Sacem. Disons plutôt que je ne serais pas le plus vieux. Je serais le plus âgé…

Vous pouvez être fier de votre vie ?

Non, je ne suis pas fier de moi. Je suis content de moi et de ce que j'ai fait. La fierté, c'est par exemple si on est beau. C'est moins important.

Qu'aimeriez-vous qu'il reste de vous ?

Il ne restera rien. Je ne crois pas à la postérité. Les gens de cette génération me connaîtront. Mais après…

Repères

1924 : Naissance à Paris, de parents arméniens
1946 : Il est remarqué par Édith Piaf
1960 : Il chante « Je m'voyais déjà », refusée par Montand
1961 : Il écrit "Retiens la nuit" pour Johnny
1963 : Il chante à New York
1989 : Sa chanson "Pour toi Arménie" est un succès
1996 : Il pousse la carrière de la chanteuse Lynda Lemay
1997 : César d'honneur pour sa carrière au cinéma
2009 : Nommé ambassadeur d'Arménie en Suisse
2015 : 51e album "Encores" (Universal)