Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Sunday, August 6, 2023

La crise haïtienne est une tique à l'oreille des Dominicains

Le Kenya a proposé d'envoyer des troupes en Haïti
Photo : LISTIN DIARIO


Traduction française de l'article du journal dominicain LISTIN DIARIO / Felipe Ciprien : Crisis haitiana es una garrapata en la oreya de lo dominicanos

Ces derniers jours, les vents d'une invasion militaire d'Haïti ont soufflé, que le gouvernement dominicain et de larges secteurs nationaux considèrent comme la solution à la grave crise généralisée subie par le peuple héroïque d’Haïti. 

Mais seuls ceux qui n'ont pas la moindre idée de ce qu'est la guerre irrégulière et des cordes du pouvoir qui se déplacent en Haïti peuvent nourrir l'espoir qu'en envoyant un millier de soldats de la partie orientale de l'Afrique, l'effondrement d'Haïti pourra être résolu. Un État dominé depuis 12 ans par les mafias politico-entrepreneuriales que les États-Unis, la France et le Canada ont intronisé au pouvoir, avec la complaisance des Nations unies. 

Lorsque le gouvernement des États-Unis a placé Michel Martelly au pouvoir par des méthodes frauduleuses et d'exclusion, en mai 2011, un cycle d'instabilité et de gangstérisme a commencé en Haïti qui ne s'est pas arrêté jusqu'à aujourd'hui. 

Avec ses hordes de miliciens Duvalieristes, parrain de deux coups d'État contre Jean B. Aristide, fanatiques de droite, soutenus par le Parti Populaire Espagnol, chef du Parti Skinhead, entre autres attributs ignobles, Martelly était l'instrument du néocolonialisme pour sombrer Haïti dans le chaos. 

Dans ce pacte fatal, les pouvoirs cherchent à déstabiliser Haïti afin qu'elle n'ait pas d'État, de gouvernement, de parlement, de système judiciaire, de presse libre, d'organisations populaires, ou d'unité nationale afin de justifier une agression militaire qui facilite le vol de ses richesses minières , en échange nourriture de lait en poudre, de blé perime et de bouillie de farine. 

Les corrompus haïtiens gagnent parce qu'ils jouissent d'un pouvoir qu'ils ne pourraient jamais conquérir avec le vote populaire, ils obtiennent des bénédictions impériales et leurs entreprises privées prospèrent alors même que les personnes qu'ils oppriment continuent de saigner à mort. 

Bien que depuis la fin du mandat de Martelly, en 2016, il y ait eu deux présidents , le dernier, Jovenel Moïse, a été assassiné dans son lit à l'aube du 7 juillet 2021, dans un complot organisé à Miami par des mafieux politiques haïtiens. , nord-américains et colombiens. 

Après cette mort violente et scandaleuse, Ariel Henry est devenu Premier ministre avec le soutien des États-Unis, de la France, du Canada et des Nations Unies, assumant tous les pouvoirs qu'il a mis au service des regimes néo-duvalieristes que Martelly et ses associés représentent, mais qui sont essentiellement contre le peuple haïtien. 

Depuis deux ans, Henry est une sorte de roi sur les cendres d'une ville dominée par la faim, l'insalubrité, le banditisme, le crime organisé avec le trafic de drogue, d'êtres humains et d'armes, et le dysfonctionnement absolu des services essentiels à la production et à la vie en société. 

Dans cette odyssée perverse, les gangs armés qui contrôlent aujourd'hui 80 pour cent de la capitale haïtienne, les routes vers le sud-est, le nord et l'est d'Haïti, fleurissent, grâce à l'appui logistique et opérationnel des hauts officiers de la Police Nationale d'Haïti .et la principauté d'Ariel Henry. 

Pourquoi du côté de Martelly, Henry et les commissaires de police haïtiens veulent-ils que l'insécurité persiste en Haïti ? 

Eh bien, justement pour continuer à usurper un pouvoir qu'ils n'ont pas conquis dans les urnes et pour éviter d'avoir à organiser des élections et de maintenir le peuple haïtien dans l'insécurité et sous un régime de fait, que les gouvernements du monde -dirigés par les puissances- reconnaissent comme « légitime ». 

Ce concert harmonieux entre les mafias politiques haïtiennes et les pouvoirs - qui ont des intérêts communs - est ce qui explique pourquoi Ariel Henry demande que des soldats étrangers envahissent Haïti pour perpétuer son régime usurpateur sans élections, alors que les pouvoirs et les Nations Unies cherchent désespérément des mercenaires étrangers pour attaquer Haïti. 

Lorsque les Nations Unies coupent l'aide alimentaire à Haïti, elles sont prêtes à soutenir l'envoi d'armes à feu, de grenades, de violeurs d'enfants et de pillards pour aggraver le chaos. 

Mais les Nations Unies, les États-Unis, la France et le Canada ne sont pas disposés à envoyer des troupes et à arborer leurs drapeaux pour pacifier Haïti. Ils ont l'intention d'attaquer Haïti en utilisant des mercenaires étrangers, dont les dirigeants du Kenya et des Bahamas se sont portés volontaires, pour agir au nom de ces puissances et de l'organisme mondial initialement conçu pour préserver la paix et qui favorise maintenant la guerre.

Il semble très difficile pour le Conseil de sécurité des Nations unies d'approuver l'envoi de troupes en Haïti, car malgré le lobbying entretenu par son secrétaire général, Antonio Guterres, ainsi que le président des États-Unis, entre autres, la position de la Russie et La Chine, qui dispose d'un droit de veto, a été catégorique contre cette possibilité.  

Voici le danger

Si le Conseil de sécurité n'approuve pas l'envoi de troupes en Haïti, personne n'expliquerait comment le Kenya et les Bahamas risqueraient d'envoyer 1 150 soldats dans les Caraïbes pour affronter, dans les ruelles de Port-au-Prince, des milices lourdement armées issues des arsenaux de Miami. 

Les troupes kenyanes arriveraient en Haïti en tant que mercenaires des États-Unis, de la France, du Canada et des Nations Unies, sans mandat attaché au droit international. 

Le Kenya a une armée de moins de 30 000 hommes, sans avions ni navires capables d'atteindre seuls les Caraïbes à une distance de plus de 12 000 kilomètres, installant des camps, interagissant avec leurs langues swahili et anglaise, avec une population qui parle créole et français. Si les Kenyans parviennent à entrer en Haïti, c’est par la volonte des puissance internationales et là encore on devra attendre comment réagiront les gangs armés de Martelly, Henry et la communauté d'affaires haïtienne qui les a utilisés comme déstabilisateurs pour qu'ils jouissent d'un pouvoir que le peuple ne leur a pas donné. 

République DominicaineAussi stupides et soumis que les mandarins kenyans puissent être, je suppose, j'hésite à croire qu'ils entreraient dans le piège haïtien avec une base arrière à plus de 12 000 kilomètres de distance 

Comme la République dominicaine a su combiner la déportation massive d'Haïtiens sans papiers avec la clameur internationale d'invasion militaire d'Haïti, elle doit se préparer à abandonner le territoire national pour un éventuel retrait terrestre des soldats kenyans en danger, il y a aussi les blessés, les morts et le logement sûr de leurs patrons. 

Dès que le premier mercenaire mettra le pied en Haïti, la frontière cessera d'exister car les États-Unis, la France, le Canada et les Nations Unies feront en sorte qu'il soit possible d'y passer librement, dans les deux sens, pour faciliter « l'opération contre les gangs." 

Cette semaine, à Dajabón, ils ont fait la première répétition et ont commencé à préparer le terrain. 

Si les bandes armées haïtiennes ou les milices populaires opposées à l'invasion opposent une résistance farouche et qu'il y a des fuites massives de troupes kenyanes et une population effrayée, que fera le gouvernement dominicain ? Allez-vous ordonner aux militaires de les mitrailler ou de les laisser entrer et s'installer dans des camps à la frontière ? 

Je préviens clairement : avec les mercenaires kenyans des Nations unies et des puissances, la frontière dominicaine-haïtienne sera effacée. 

Les chefs militaires dominicains, s'ils sont professionnels, doivent maintenant exiger que leur commandant en chef émette des ordres écrits quant à la réponse opérationnelle des troupes au cas où des masses haïtiennes et des soldats kenyans vaincus renverseraient le mur frontalier pour s'échapper. 

En cela on ne s'improvise pas et ça me ferait très mal de voir des généraux dominicains en cage à Miami comme le flamboyant général panaméen Manuel Noriega.


Wednesday, December 15, 2021

Dans les sillons de la chute de l’aigle, Afghanistan, Haïti, la Dominicanie…

Par Max Dorismond 

Une inquiétante trilogie à donner le vertige, juste à y voir de plus près. C’est écrit dans le ciel, les empires ne peuvent occuper éternellement le sommet de l’échelle de la domination, de la puissance. C’est une réalité indéniable. À un certain moment de la durée, grisée par le succès, la mécanique de l’Histoire s’enraie pour laisser place à de nouveaux prospects. Notre littérature en recèle assez d’exemples. Souvenons-nous de la civilisation romaine et des conquêtes de César dans la Gaule antique, « de la fière Albion (l’Empire britannique et ses 129 colonies)… la grande nation sur les domaines de laquelle, le soleil ne se couche1 »; pensez au Portugal, à l’Espagne maître des mers. Ils ont tous été asphyxiés par le poids de leurs ambitions démesurées. Comme l’être humain, tout bouge et s’anime, on ne fait que passer. L’actualité n’est pas statique, nul ne peut la sculpter dans le bronze du temps. 

En 2019, Donald Trump, le trublion, au jugement limité, avait posé la question à Jimmy Carter, à savoir si la Chine allait dépasser l’Amérique. Pour toute réponse, il a reçu un « oui » sonore en plein visage, assaisonné de la cruelle vérité, confirmant que cette dernière n’avait jamais de velléité de conquête dans sa culture. Et Carter continua : « J’ai normalisé les relations diplomatiques avec Pékin en 1979. Depuis cette date, savez-vous combien de fois la Chine a été en guerre avec qui que ce soit ? Pas une seule fois! Tandis que nous, nous sommes constamment en guerre… ». 

En effet, c’est le capitalisme triomphant qui a toujours mené le bal, avec les USA aux commandes. Le chapitre de la Mondialisation du commerce, enrobé de leurres, a été écrit sur mesure pour mieux sucer les pays pauvres. Ce fut la goutte de trop. Les yeux endormis se sont entrouverts pour surtout cerner le cannibalisme des grands. Pour leur malheur, les réseaux sociaux sont arrivés à point nommé, et les exploités de la terre se sont engouffrés dans cette clairière sans fenêtres, sans rideaux, pour une mise en commun de leur rancœur, d’un bout à l’autre de l’univers, en internationalisant l’ampleur du vol organisé. 

La terre en avait assez de ces chevaliers aux armes terrifiantes et destructrices, aux bombes nucléaires sans commune équivalence, ne laissant aucun doute sur leurs forces létales. Hiroshima et Nagasaki en avaient fait les frais en silence. 

Toutefois, un matin, un petit peuple colonisé, bien déterminé de l’Asie du Sud-Est (le Vietnam ou l’Indochine 1963-1975)2, s’est réveillé et a foutu une raclée historique à ce maître autoproclamé. Mais bien avant ce fiasco retentissant, il en existait un autre aussi révélateur : c’est l’humiliation de La Baie des Cochons, à Cuba, en 1961. Depuis lors, les fleurs de l’espoir embaumaient les cœurs, rappelant aux minus, aux moins que rien, que la défaite n’a jamais signé aucun contrat avec le faible. Une nation vaincue, c’est dans la nature des choses, mais jamais, on ne peut la contraindre à s’agenouiller pour l’éternité. Sa fierté et sa dignité imposeront tôt ou tard la rébellion. Les Européens ont amèrement expérimenté cette loi dans l’histoire contemporaine. 

Ainsi, ces deux « accidents de parcours », loin de se liquéfier dans l’espace et le temps, avaient animé et attisé la réflexion de tous les exploités du monde, ruminant cet espoir que rien n’est invincible ici-bas quand la détermination et le courage se donnent la main. 

En août 2021, ce fut la répétition en Afghanistan, le sauve-qui-peut général. Une perte sèche, après des milliards dépensés en argent et en armes pour classer cette valeureuse nation au rang des zombis. L’historicité de la situation nous rappelle la fable « Le loup et l’agneau » de La Fontaine. Ce fut, malgré tout, un baume au cœur des exploités de soupirer de satisfaction, suite à cette défaite inattendue des rois de l’occupation, quand la frontière de la déchéance se dessina lentement sous les doigts d’un artiste divin. 

Bien avant, ce fut aussi l’échec en Irak, en Libye, sans parler de l’invasion de l’ambassade des États-Unis en Iran (novembre 1979), de la débandade américaine dans une guérilla urbaine à Mogadiscio, en Somalie (octobre 1993), et de divers autres signes annonciateurs, qui écrivaient l’histoire à l’envers pour l’Oncle Sam. 

Surprise! Novembre 2021, le Cabinet international de conseil en stratégie, Mckinsey & Co, a sonné la fin de la récréation. Les États-Unis ont perdu le titre de pays le plus riche au profit de la Chine. Une nouvelle rendue publique par le média économique Bloomberg. Avec une valeur de 120 000 milliards pour l’Empire du Milieu et 90 000 milliards pour les USA en 2020, la porte est close. 

Malgré tout, ces derniers ne se voient pas le dos au mur. Pour conjurer le sort et faire face à l’inéluctable, cette semaine (8-12-21), selon l’agence de presse Sputnik-France, le budget de la défense américaine a été voté pour atteindre un sommet inégalé de 778 milliards de dollars, dépassant la somme engrangée par 11 pays réunis, dont la Chine. (Voir l’encadré ci-dessous).    

L’aigle à tête blanche a-t-il perdu de sa superbe ? Nous pouvons l’affirmer sans ambages, vu les échecs cumulés. D’autres indices nous confortent dans notre réflexion. Les 16 Américains kidnappés à Port-au-Prince par les « 400 Marozo » et leur chef « Lanmò San Jou » depuis le 19 octobre, laissent tout le monde perplexe. Pour avoir négligé ses propres ressortissants, l’Oncle en a-t-il marre d’ Haïti ou veut-il adresser un nouveau message au reste du globe, à titre d’un changement de paradigme ? L’impression à en extraire n’a étanché la soif de qui que ce soit ! 

Autrefois, Washington n’avait qu’à tourner le pouce et c’était la libération assurée, sans histoire et sans le moindre coup de feu. Mais qu’est-ce qui se passe ? Quelle stratégie se dessine derrière cette excessive complaisance ? D’ailleurs, sans la débandade au Moyen-Orient, « Lanmò San Jou », aurait-il osé ? Tout le monde connaît le refrain ! C’est non ! 

De plus, en écho à ces échecs à répétition survient la rebuffade de la bouche d’un effronté diplomate chinois, Zhang Jun, lors de la conférence interactive entre la Troisième commission et le Rapporteur spécial de l’ONU sur les questions relatives aux minorités. Il a étalé sans retenue sa hargne contre le cynisme des USA et leur clique, preuve que le fruit est bien mûr. Écoutons-le : 

 « … En fait, vous êtes le fauteur de troubles et le plus grand obstacle à la coopération internationale en matière de droits humains… Il est temps de se réveiller ! L’époque où vous brimiez et opprimiez les pays en développement est révolue depuis longtemps… 

… Aux États-Unis et à quelques autres pays (France, Grande-Bretagne…): vos tentatives désespérées de dissimuler votre terrible bilan en matière de droits humains ne fonctionneront pas. Le monde le voit clairement. Les États-Unis ont mené un génocide contre les Indiens d’Amérique. Ils ont réprimé leur propre peuple au point qu’il crie “Je ne peux pas respirer”. Ils ont ignoré la mort de plus de 700 000 ressortissants due à la “pandémie3… »     

Ma crainte, et non la moindre

Si les États-Unis sont tannés et fatigués de jouer au gendarme du monde, devant ces échecs à répétition, certains, loin de s’assagir et de réfléchir, seraient tentées de colmater le vide pour contrecarrer les risques du futur. C’est le cas avec la dernière complainte d’Israël, se sachant vulnérable sans le parapluie US, face aux velléités de l’Iran, avec sa bombe nucléaire en gestation. 

Et du côté d’Haïti, je vais encore plus loin. Avec plusieurs indices prémonitoires en ces derniers temps, la République Dominicaine, à l’est, qui ne portait jamais sa voisine dans son cœur, serait incitée à envahir notre territoire, même pour une journée, pressentant que l’Oncle la laisserait faire en se délestant d’un poids, devenant trop encombrant. Ainsi, la revanche de l’Histoire serait consommée pour ce peuple vindicatif, qui caressait ce rêve depuis des lustres. Pour nos voisins, ce ne serait qu’une simple excursion, une occupation d’un pays édenté sur tous les plans, vidé de ses esprits éclairés, sans gouvernement et sans nulle institution.

Toutefois, ce serait un acte à somme nulle, un geste égoïste, inhumain et inutile, une décision nullement réfléchie de dirigeants sous-informés, car la communauté internationale ne tolérerait jamais une telle forfaiture. En effet,  « la structure géopolitique de l’Amérique, organisée autour de l’OEA et de l’ONU, entrave au départ, la résurgence de telles velléités expansion­nistes4 ». 

Max Dorismond





 — NOTE   —

1 – Albion : ancien nom de la Grande-Bretagne. - Alphonse Leclerc – Revue canadienne - 1873

2 – Vietnam ou Indochine : Indochine, c’était ainsi que les colonisateurs français (1858 à 1949), nommaient l’Asie du Sud-Est, mais pour les communistes de Hô Chi Minh, c’est le Vietnam.

3 — Sources : RI — Réseau International du 25 novembre 2021

4 — Phrase extraite de mon texte « Le mal-être d’Haïti 217 ans après » publié dans l’ouvrage « Des intellectuels haïtiens proposent des pistes de résolution… », page 79, sous la direction de Joël Lorquet. 

Le Congrès américain vient de voter ce 8 décembre en faveur du plus important budget défense de l’histoire des États-Unis …En augmentant son budget militaire à 778 milliards de $$, "Les États-Unis se sont piteusement retirés d’Afghanistan et donc ils veulent envoyer un message de force pour rappeler qu’ils sont toujours numéro un", explique Philippe Moreau-Desfarges… En effet, le départ calamiteux des États-Unis, illustré par les images d’Afghans accrochés aux avions qui décollent, a terni leur réputation de superpuissance…Les États-Unis dépensent ainsi plus pour la défense nationale que la Chine, l’Inde, la Russie, le Royaume-Uni, l’Arabie saoudite, l’Allemagne, la France, le Japon, la Corée du Sud, l’Italie et l’Australie… réunis. … Il investit d’importants montants", explique au micro de Sputnik Philippe Moreau-Desfarges, ancien diplomate et spécialiste des relations internationales. (Src. : Sputnik – France du 9-12-21)

 

 

Thursday, April 20, 2017

Comment comprendre le grand bluff des superpuissances

Le président Trump accueillait son homologue  chinois Xi dans son ranch de Mara-A-Lago en Floride
Trump essaie de jouer à l’intelligent. Un rôle qui ne lui sied guère. Je demeure avec l’impression que Xi Jinping sourie dans sa barbe à écouter ce fanfaron bluffer jusqu’au bout. Or, les Chinois n’ont pas la culture occidentale, c’est-à-dire le prédateur à tout prix qui convoite, accapare brutalement, exploite et contrôle tout au point de laisser le vide là où il passe. C’est la technique de la « Tabula rasa ».
           
Les Chinois sont très patients et réfléchissent et frappent sans faire de bruit. À preuve, ils utilisent dans leur diplomatie « le langage d’une seule Chine » pour ses contrats commerciaux. C’est à prendre ou à laisser. Et Trump s’y est converti sans contrainte. Son audace avec le coup de fil à Taïwan fut un coup d’épée dans la brume. La technique de la Chine, c’est l’occupation économique en priorité. Elle te donne d’abord et prennent ensuite. Tu es libre dans ta politique intérieure. Le risque de coup d’État est presque nul avec elle. La coercition... connait pas. Cette technique a fait ses preuves en Afrique, au point que l’Europe panique et même Mobutu fut surpris de découvrir un colon gentil après avoir reçu un gros cadeau de ce peuple aux yeux bridés. Les prêts sans intérêt de la Chine fait sourciller. De ce train, nous pouvons prévoir la fin du siècle par l’hégémonie de cette dernière sur le tiers monde et peut-être le monde en générale. Nous n’étions jamais habitués à ce type de mains mises en douceur. Ce sera peut-être la fin du néo-colonialisme à l’occidental avant la fin de ce siècle.
                    
          Bonne lecture

Max Dorismond.


Quels enseignements tirer de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, les 7 et 8 avril dernier, en Floride ? Décryptage par le sinologue François Godement.
Les deux dirigeants les plus puissants de la planète dégustaient "le meilleur gâteau au chocolat de tous les temps" quand Donald Trump a annoncé à Xi Jinping qu'il venait d'ordonner le bombardement d'une base militaire syrienne... Mais à part cette incroyable anecdote du président américain sur la chaîne Fox, que faut-il retenir de la première entrevue entre les grands rivaux de la mondialisation ? François Godement, directeur du programme Asie et Chine au sein du think tank European Council on Foreign Relations (ECFR), nous révèle les secrets des relations sino-américaines marquées par l'imprévisibilité de Trump, la grande méfiance de Pékin et une crise ouverte en Corée du Nord...
Quel est le bilan de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping en Floride ? Tout au long de sa campagne, Trump a promis un bras de fer avec la Chine. Or il a arrondi les angles, évité les sujets qui fâchent, dans l’espoir dit-on d’obtenir un beau « deal » commercial. Deal qui n’est pas venu...
On ne sait pas vraiment comment cette rencontre s’est passée. D’habitude, un sommet qui ne donne lieu à aucune conférence de presse, aucun communiqué conjoint, est considéré comme un mauvais sommet. Les Chinois n’ont rien dit, ils se sont contentés de laisser filtrer une offre commerciale particulièrement modeste, alors que la rumeur avait fait miroiter une superbe proposition. De leur côté, les Américains ont reconnu que cela avait été assez dur, et spécialement après les frappes en Syrie qui se sont produites au beau milieu du sommet. Xi Jinping a certes observé un calme olympien. Mais ce raid sur la Syrie a totalement détourné l’attention médiatique, faisant passer le sommet au second plan.
Alors ce sommet est un coup pour rien ?
Je ne le pense pas. Il a permis aux deux adversaires – je dis bien adversaires – de se jauger. Je pense que Xi a compris que l’incertitude sera désormais la règle. Trump est tellement changeant qu’il est impossible de le cerner. Qu’il joue de cette imprévisibilité, ou qu’il en soit le jouet, cela importe au fond assez peu. Ce qui importe, c’est la capacité qu’elle lui donne de bouleverser le train-train des discussions, de déstabiliser les relations. Gros changement pour la Chine, qui avait réussi, au fil des décennies, à formater à son avantage les échanges diplomatiques avec les États-Unis comme avec tous ses autres partenaires.
Quand vous dites « formaté » à quoi pensez-vous ?
A des choses tellement énormes qu’on ne les voit plus. La Chine est par exemple la seconde économie mondiale. La valeur de sa production industrielle a dépassé celle des États-Unis depuis trois ans. Son PIB évalué en parité de pouvoir d’achat est supérieur aussi depuis 2016. Or elle continue d’être classée « économie en développement » et profite des avantages induits. Il y a des déséquilibres commerciaux très conséquents – 385 milliards de dollars d’exportations chinoises vers les États-Unis, 85 milliards dans l’autre sens – et pourtant la Chine continue à protéger son marché intérieur. Autre exemple : elle fait signer à tout le monde des déclarations d’accord sur la politique dite « d’une seule Chine », alors que dans la pratique et à l’évidence, il y en a deux. Avec beaucoup de patience et de ténacité, elle a obtenu du monde extérieur qu’il se plie à sa façon de dénommer les choses, qu’il ostracise Taïwan.
Au cours de ce sommet, Trump n’a pas abordé la question de Taïwan.
Certes, il s’est abstenu de mentionner des thèmes gênants pour la Chine – Taïwan, la liberté de navigation en Mer du Sud, etc. Mais il a lourdement insisté sur un autre point de friction : la Corée du Nord. Il semble avoir parfaitement cerné la priorité de Xi Jinping, à savoir que la Chine a besoin avant tout de sa relation économique avec les États-Unis. On voit donc Trump établir dans ses tweets un lien entre affaires commerciales et dossier Nord-coréen. Si la Chine résoud ce problème, écrit-il, elle peut espérer un accord de commerce « beaucoup plus favorable ». Le tweet suivant est encore plus direct : « Ce serait formidable si la Chine acceptait de nous aider. Sinon nous réglerons le problème sans elle ». Sous-entendu : on en a les moyens, on n’a pas besoin vous.
Je pense que Trump n’a à ce jour rien lâché vis à vis de la Chine.
On a pourtant assisté à une reculade retentissante : après avoir bravé les foudres chinoises en parlant directement au téléphone avec la présidente taïwanaise, Trump et son administration se sont rangés derrière la « politique d’une seule Chine », ce qui revient à céder aux exigences de Pékin.
Les couples présidentiels à Mara-A-Lago en Floride
Ce n’est pas ainsi que je l’analyse. Quand Trump a fait ce geste vraiment surprenant d’un coup de fil à la présidente de Taïwan, il a signifié qu’il ne se plierait pas aux règles habituelles. Depuis, il y a eu ce revirement, et beaucoup y voient une inconséquence. Je pense pour ma part que Trump a compris que la Chine est une grande spécialiste des mots. Alors il lui donne ce qu’elle veut entendre. Qu’est-ce que ça coûte ? Lisez ses tweets : tout est « formidable », « extraordinaire », une « grande réussite », etc. On voit bien que c’est du vent. Rien de ce qu’il dit ne l’engage. Le coup de fil à Taïwan était un message en direction de la Chine, lui signifiant qu’elle devait désormais s’attendre à des surprises. Alors, y a-t-il eu vraiment une reculade ? On le découvrira quand on en saura plus concernant la vente d’armes qui doit se conclure ce printemps. Il est question que les États-Unis fournissent à Taïwan des avions de chasse les plus en pointe, et on parle même d’un système anti-missile, le même que celui qui vient d’être installé en Corée du Sud. Si cela s’avérait, ce serait un défi considérable pour la Chine, et encore un coup de théâtre auquel elle sera contrainte de faire face.
La question de la libre navigation en Mer du Sud n’a pas non plus été mise sur le tapis pendant la rencontre en Floride, alors que Trump n’a cessé d’en parler pendant sa campagne.
C’est vrai. Mais vous noterez que, depuis deux ou trois mois, c’est à dire depuis les déclarations américaines très fermes à propos de la Mer du Sud, les Chinois se sont abstenus de toute avancée. Il n’y a pas eu de nouvelles poldérisations, pas de militarisation de nouvelles îles. Vis à vis des Philippines, on voit Pékin pratiquer le compromis dans le secteur du Scarborough Shoal pourtant revendiqué par la Chine. On peut donc considérer que le message a été reçu cinq sur cinq. La Chine prend Trump au sérieux et s’abstient de toute initiative. C’est indéniable. Trump fait une remise à zéro du compteur. Toute la question est de savoir s’il est capable du suivi stratégique. Capable d’entraîner derrière lui les alliés asiatiques.
Est-ce que ces alliés asiatiques hésitent ?
Énormément. Regardez la campagne électorale en cours en Corée du Sud, dominée par la volonté d’éviter tout conflit. Tous les « petits » pays de la région sont pris dans la même contradiction : ils sont persuadés que la Chine est devenue dangereuse, qu’elle adopte une posture menaçante, qu’elle applique la loi du plus fort, qu’elle ne respecte plus le droit international. Ils voudraient résister, être soutenus, mais ils sont atterrés par l’hypothèse d’un conflit qui mettrait fin à des décennies de paix. D’autant plus que les États-Unis, dont ils dépendent pour leur défense, ne sont pas rassurants. Obama, déjà, avait créé bien des angoisses avec l’ambiguïté de sa stratégie fondée sur la patience, le long terme, le refus de céder à la provocation. Ils n’étaient pas sûrs qu’Obama interviendrait en cas d’agression chinoise. Et d’ailleurs, il n’est pas intervenu aux Philippines. Ses porte-paroles avaient pourtant affirmé qu’il ne resterait pas inerte si la Chine empêchait les Philippins d’accéder aux îlots qui leur appartiennent. Il a tracé une ligne rouge, un peu comme en Syrie, et comme en Syrie il l’a oubliée. Et il a laissé la Chine boucler cette zone au mépris de ses engagements. Quant à Trump, il a énormément inquiété ces pays en supprimant, dès son arrivée à la Maison blanche, le TPP (Trans Pacific Partnership), un accord qui visait à renforcer l’alliance régionale contre la poussée chinoise. Ils se demandent donc toujours si leurs intérêts seront pris en compte.
Revenons au sommet Trump-Xi. Les frappes en Syrie ont eu lieu au moment où les deux hommes étaient en train de dîner ensemble. Pensez-vous que c’était intentionnel ?
Bien sûr. Quelle difficulté y avait-il à différer de quelques heures ces frappes, même compte tenu du tempérament de Trump et de sa préférence pour la réaction immédiate ? Il voulait éviter qu’on puisse dire « Finalement, il est aussi faible qu’Obama », mais il pouvait attendre 24 heures. Ce choix rappelle, en petit, Poutine déclenchant l’invasion de la Géorgie pendant qu’il assistait à l’inauguration des JO à Pékin en 2008. Une façon de montrer au monde toute l’envergure de sa stature.
N’était-ce pas aussi un message adressé à Xi Jinping : voyez de quoi je suis capable ?
Sans doute. Les Chinois ont d’ailleurs été très avares de commentaires et font preuve d’une grande prudence. Ainsi, ils se sont abstenus au vote du Conseil de sécurité. Or, souvenez-vous, il y a quelques semaines, ils n’ont pas hésité à se joindre à la Russie en mettant leur véto à une aide humanitaire à Alep. C’était très peu de temps après le changement de position de Trump sur Taïwan, un revirement qu’ils avaient interprété alors comme un aveu de faiblesse.
Est-ce que ces frappes auront un impact sur la façon dont la Chine gère le dossier nord-coréen ?
Ce n’est pas exclu. En montrant qu’il est à la fois prêt à coopérer et prêt à passer à l’acte tout seul, Trump pourrait obtenir des Chinois quelque chose de plus substantiel. Il ne faut toutefois pas oublier que ces derniers sont des experts en bluff, et savent très bien le détecter. D’autre part, la situation en Corée du Sud est telle qu’une intervention américaine créerait un mouvement d’opinion et pourrait même décider des élections. Trump a devant lui une voie plutôt étroite. Reste que 25 ans d’« engagement » chinois aux côtés de la Corée du Nord n’ont produit que des résultats très maigres, sinon inexistants.
Il serait donc temps de se montrer plus ferme vis-à-vis de Pékin sur tous ces problèmes ?
Trump bénéficie en tout cas d’un sentiment très répandu aux États-Unis. Il y a ses électeurs qui sont persuadés d’avoir été « volés » par la Chine sur le plan économique. Il y a aussi la coalition républicaine, moins modérée que par le passé, ainsi que les stratèges, qui sont eux aussi persuadés d’avoir perdu face à la Chine après des décennies d’engagement. Rappelons que l’administration Obama s’était montrée très accommodante, ayant même débuté par une politique de la main tendue – que la Chine a ignorée. Au lieu de quoi, on a assisté à une attitude de plus en plus assertive et à des avancées militaires en Mer du Sud… Un échec qu’Obama a d’ailleurs implicitement reconnu dans une interview donnée à la veille de la passation de pouvoir. Interrogé sur Trump et la Chine, il a répondu : « C’est parfois une bonne chose, quand quelqu’un arrive avec une nouvelle approche ». Et il a ajouté : « Je ne suis pas sûr que je referais la même chose… »
Le régime chinois a malheureusement pris l’habitude de l’emporter sans guerre, d’avancer ses pions sans buter sur un conflit.
Washington ne peut plus se contenter de belles déclarations – sur le climat, sur la « fructueuse » coopération avec les États-Unis, etc. La Chine est clairement la question stratégique N°1. Comparée à la Russie, qui reste certes une obligation défensive, mais sans grand impact économique, la Chine est au cœur de la zone principale d’échanges des États-Unis, au cœur des grands flux économiques et de la maîtrise technologique. Elle a un budget militaire de 200 milliards de dollars, quatre fois plus que la Russie. On imagine mal que ce soit pour faire du sur place.
  Journaliste
Ursula Gauthier