Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Tuesday, May 9, 2017

Brigitte et Emmanuel Macron, de l’amour impossible au couple présidentiel

Emmanuel Macron a fait monter son épouse sur scène pour célébrer sa victoire en tête du premier tour, le 23 avril.
Le couple Macron sur scène  le 25 avril lors de la victoire au 1er tour 

À 39 ans, Emmanuel Macron est devenu le plus jeune président de la Ve République et le premier à conduire à l’Élysée une Première Dame de vingt-quatre ans son aînée. Parcours d’un couple atypique qui intrigue et fascine.

Il a 15 ans, elle en a 39. Il est lycéen, elle est professeure de français et de latin au lycée jésuite La Providence d’Amiens. Nous sommes au début des années 1990, sur une scène de théâtre à Amiens. C'est le début de l'incroyable histoire d'amour et de pouvoir entre Brigitte Auzière et Emmanuel Macron. Le jeune lycéen participe à l’atelier-théâtre animé par la prof de lettres. Pour la représentation de fin d’année, il apparaît grimé en épouvantail dans la pièce La Comédie du Langage de Jean Tardieu. « Ah que c’est bon de renaître », déclame-t-il en écartant les bras et en levant les yeux au ciel.

Dans les rangs du public, Brigitte Auzière est séduite par la prestance de l’adolescent. «J’ai trouvé sa présence sur scène incroyable», se souvient-elle dans le documentaire Macron, la Stratégie du météore réalisé par Pierre Hurel.

Brigitte et Emmanuel se rapprochent encore plus lorsqu’ils décident d’adapter une pièce d’Eduardo de Filippo et de la mettre en scène ensemble. Cette collaboration dure des mois. «Nous nous parlions de tout. L’écriture devint un prétexte. Et je découvris que nous nous étions toujours connus […] Nous étions tous deux inséparables malgré des vents contraires», raconte Emmanuel Macron dans son livre Révolution. Il tombe amoureux d’elle, elle est «subjuguée par son intelligence». Deux amants contrariés prêts à triompher de tous les obstacles : l’histoire débute comme une comédie de Molière.

«Ce n’était pas un ado»
Tous deux sont natifs de la capitale picarde, tous deux vivent dans un quartier huppé. Brigitte née Trogneux a grandi dans une famille bourgeoise de chocolatiers ; les parents d’Emmanuel Macron sont médecins. De l’union de Brigitte avec le banquier André-Louis Auzière sont nés trois enfants : Sébastien, Laurence et Tiphaine ; aîné d’une fratrie de trois, le jeune Macron est dans la même classe que Laurence, la fille de sa future épouse.

«Il n’était pas comme les autres, toujours avec les profs, toujours avec plein de livres. Ce n’était pas un ado. Il avait un rapport d’égal à égal avec tous les adultes», rapporte Brigitte Macron dans le documentaire de Pierre Hurel consacré à son époux.

Madame Auzière coache cet élève surdoué, passionné de littérature, qui rêve de devenir écrivain. Elle le pousse à passer le concours général de français et le présente à un concours d’éloquence organisé par le Rotary Club. Il remporte les deux avec succès.

«Je reviendrai et je vous épouserai!»
Mais les parents d’Emmanuel Macron mettent fin à l’idylle naissante. Ils souhaitent que leur fils gagne Paris pour continuer ses études. Le départ est précipité par la rumeur qui enfle : on voit souvent le jeune homme sonner au domicile des Auzière. Dans la ville de province, ça ne passe pas. Le bruit monte aux oreilles d’André-Louis d’Auzière, le couple se déchire, l’adolescent de 16 ans prend la fuite
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Avant de partir, il déclare sa flamme à sa professeure de théâtre. « Vous ne vous débarrasserez pas de moi, je reviendrai et je vous épouserai ! », lance-t-il à la manière du héros stendhalien, Julien Sorel, qui promet d’arracher Madame de Rênal aux bras de son mari.

Comme il l’écrit sans son livre, Emmanuel Macron est «porté par l’ambition des jeunes loups de Balzac». Lycée Henri-IV, hypokhâgne, khâgne, Sciences-Po, l’ENA : seule Normale Sup’ manque à son parcours. Par deux fois, l’étudiant échoue au cours d’entrée de la prestigieuse institution. «Il faut croire que je n’étais pas fait pour ça», relativise-t-il des années plus tard. «La vérité est que je ne jouais pas le jeu. J’étais trop amoureux pour préparer sérieusement le concours. Le cœur et la raison sont incompatibles.»

Son premier amour l’appelle chaque jour, continue de lui prodiguer des conseils et de relire ses ébauches de roman. Elle divorce en 2006 et demande sa mutation à Paris au lycée jésuite Saint-Louis de Gonzague. «Petit à petit, il a vaincu toutes mes résistances. Avec patience», avoue celle qui est redevenue Brigitte Trogneux.

Leurs amours demeurent clandestines jusqu’au jour où le jeune énarque décide de présenter sa compagne à ses amis lors du mariage du petit-fils de Simone Veil. La différence d’âge entre les deux amoureux fait jaser les futurs hauts fonctionnaires, qui, selon les auteures des Macron, se gaussent de «cette quinqua pas super distinguée» au bras de leur camarade.

«Ne rien céder au conformisme»
de son épouse Brigitte                                                             
Pour faire taire les sarcasmes, Emmanuel Macron décide d’officialiser leur union en 2007 par un mariage au Touquet, station balnéaire du Pas-de-Calais où est située la villa familiale des Trogneux.

Il est facilement adopté par les enfants de sa femme, comme le raconte Tiphaine, la plus jeune fille de Brigitte Macron, à BFMTV : «Quand il a décidé qu’il allait se marier avec ma mère il est venu nous voir pour nous faire part de sa décision. C’est un acte fort, il est quasiment venu nous demander sa main»

Emmanuel Macron et Brigitte Macron ont conscience que leur couple n’est pas «normal» mais ils «ne se vivent pas dans la différence», expliquent les auteures du livre Les Macron. Au fil des couvertures de magazine, ils peaufinent leur image : celle d’une famille moderne, où Emmanuel Macron tient à 39 ans le rôle de jeune père des trois enfants de Brigitte et de très jeune grand-père de ses sept petits-enfants.

«Emmanuel a pris sa place naturellement dans la famille, sans brusquer les choses. Quand je sortais trop tard, il m’engueulait gentiment en me disant: 'Sois cool, ta maman s’inquiète'. Mes copines le trouvaient beau gosse, il y était insensible. Brigitte et lui sont soudés comme personne», déclare Tiphaine Auzière, qui a fait activement campagne pour son beau-père.
«Notre famille, c’est mon socle de vie, mon rocher. Notre Histoire nous a inculqué une volonté tenace de ne rien céder au conformisme, lorsque l’on croit avec force et sincérité», écrit Emmanuel Macron dans Révolution.

«On ne travaille pas bien quand on n’est pas heureux»
L’influence de Brigitte Macron dans la construction intellectuelle du candidat à l’élection présidentielle est décisive. La professeure de lettres conduit ses pas dans le monde des livres que lui avait ouvert sa grand-mère. Stimule son esprit critique aiguisé au contact du philosophe Paul Ricœur. Le présente à des personnalités de la culture et des médias : Pierre Arditi, Erik Orsenna, Stéphane Bern, François Berléand…

Mais elle se défend d’être son Pygmalion. «Personne n’influence Emmanuel», assure-t-elle dans Les Macron. Leur relation semble fondée sur une stricte égalité et réciprocité. «On a un fonctionnement de couple qui intrigue. Emmanuel et moi, on part du principe que c’est mieux à deux. Et comme c’est dur, on partage. Moi je trouve ça beaucoup plus sympa que d’être disjoints. J’aurais du mal à vivre autrement», révèle Brigitte Macron.

Omniprésente, elle suit son homme comme son ombre. Lorsque son mari est nommé ministre de l’Économie en 2014, elle emménage à Bercy. Puis, en juin 2015, elle se met en congé de l’Éducation nationale pour «se consacrer à plein-temps à son mari et aux siens».

Lors d’un reportage réalisé pour le Supplément de Canal +, la caméra capture une réunion de travail au ministère de l’Économie et des Finances. Autour d’une table, des conseillers ; à droite d’Emmanuel Macron, l’indispensable Brigitte. «Mon épouse n’est pas dans mon cabinet, elle n’est pas payée par le contribuable français», tient à préciser le jeune ministre qui souligne qu’elle passe néanmoins beaucoup de temps avec lui car «son avis [lui] importe» et qu’ «on ne travaille pas bien quand on n’est pas heureux».



«Un regard bienveillant mais critique»
Après la démission de son mari du gouvernement, Brigitte Macron participe activement à la création du mouvement En Marche ! Et voit les projecteurs se braquer sur elle brutalement. Une semaine après la création du mouvement En Marche ! le 6 avril 2016, elle accorde une interview à Paris Match : leur rencontre, leur famille, le nom de leur chien, elle se livre sans filtre. «Une bêtise», juge Emmanuel Macron. Pas facile de passer des coulisses à l’avant-scène. De peur qu’elle ne trébuche en pleine lumière, l’équipe du candidat encadre de près les déclarations de sa moitié à la presse.

Devenu la coqueluche des magazines, le couple, à qui la porte-parole d’En Marche ! Laurence Haïm conseille de se mettre en scène «comme les Obama», est aussi la cible de nouvelles rumeurs.

Brigitte Macron se dit «blessée» par les ragots qui prêtent à son époux une relation amoureuse avec Mathieu Gallet, le patron de Radio France. Une rumeur démentie publiquement par Emmanuel Macron lui-même.

Les Macron doivent également endurer les railleries des commentateurs et des humoristes au sujet de leur différence d’âge. Des plaisanteries aux accents sexistes, lassantes et éculées : «une cougar à L’Élysée», «Barbie sénior» «grand-mère sait faire un bon café»…
Durant la campagne, Brigitte n’endosse pas de rôle politique officiel : aucun siège au sein des comités politiques, pas de place dans l’organigramme d’En Marche !, pas de bureau au QG de campagne du candidat.

Mais elle est la conseillère indispensable à l’équilibre de son compagnon. «S’il ne la voit pas pendant une heure, il l’appelle», observe François Patriat, sénateur ex-PS et soutien d’Emmanuel Macron. Elle relit ses discours, l’aide à poser sa voix, débriefe ses meetings avec lui.

«Elle porte sur lui un regard bienveillant mais critique, elle ne lui laisse rien passer, elle est très cash. Elle n’hésite pas à lui dire ‘ton livre me tombe des mains’, ‘tu utilises des mots trop compliqués’», se souvient la journaliste de Gala Candice Nedelec.

Elle se rend également aux rendez-vous qu’il ne peut pas caser dans son agenda. Rencontre les associations. Discute avec des membres de la société civile. Lors des déplacements sur le terrain, Madame Macron est appréciée pour son empathie et sa simplicité. «C’est une femme très drôle, qui aime la vie, qui aime rire, une accompagnante active qui a son mot à dire. C’est tout sauf une potiche», confie Candice Nedelec.

«Elle aura son mot à dire»
Le couple s'embrasse sur scène lors de la victoi
  re au premier tour le  25  avril dernier                
Au soir de la victoire d’Emmanuel Macron au premier tour, le couple célèbre la victoire ensemble devant les sympathisants d’En Marche ! rassemblés Porte de Versailles. Un homme et une femme qui se tiennent par la main, s’enlacent et s’embrassent sur scène, comme une répétition en prévision du sacre du dimanche 7 mai. Emmanuel Macron adresse alors un message de remerciement à sa conjointe, «toujours présente et encore davantage, sans laquelle je ne serais pas moi».

Caroline Pigozzi, journaliste à Paris Match qui a interviewé plusieurs fois Brigitte Macron, juge que «c’est une femme qui sait où elle va. C’est une femme de caractère. C’est une femme de pouvoir pour l’homme qu’elle aime, pas du tout pour elle. Elle ne veut pas se mettre en première ligne.»

Quelle Première Dame Brigitte Macron sera-t-elle ? Lors d’un meeting le 8 mars au théâtre Antoine à Paris, le candidat d’En Marche ! avait esquissé le rôle public que tiendrait sa femme s’il accédait à l’Élysée : «elle aura à ce moment-là ce rôle, cette place, cette exigence, pas dissimulée, pas derrière un tweet ou une cachette».

«Elle aura son mot à dire sur ce qu’elle veut être […] Elle aura une existence, elle aura une voix, elle aura un regard. Elle l’aura dans l’intimité à mes côtés comme elle l’a toujours eu, mais elle aura un rôle public parce qu’il en est ainsi et c’est une attente», a-t-il encore détaillé sur TF1 le 27 avril. Les Français l’ont compris, ils devront compter avec Brigitte, «la part non négociable» de leur nouveau président

Source de référence :Ouest-france.fr