Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Monday, March 10, 2014

La Québécoise Sylvie D. héritière de Guy Durosier, son père....

Par Max Dorismond  mx20005@yahoo.ca

 Sylvie Desgroseilliers
À la voir sur scène, à entendre sa tonalité, un frétillement naturel vous secoue le corps en son entier. Instinctivement, sa chaleur communicative vous transporte quelque part où le soleil est omniprésent, au pays de son paternel, l’irrésistible Guy Durosier ,  le souffle puissant d’Haïti.

Justement, me voilà en vacances en Haïti et principalement à Jacmel  pour  cinq jours, du 22 au 26 février, coïncidant avec le carnaval du dimanche 23. Cette Cité fut décapitée, froissée, dépecée,  émasculée comme un vulgaire chiffon le 12 janvier 2010, lorsque l’île entière a reçu la visite inopinée de l’Enfer. Ce qui m’arracha un poème, une note de colère, dans un « Dialogue avec Dieu  », un style que j’avais chevauché pour la dernière fois de ma vie à l’âge de 18 ans. Or, aujourd’hui, du séisme, presque point de trace.

L'ambiance carnavalesque à Jacmel le 23  février 2014
Reconstruite, proprette,  illuminée, électrifiée, riche, grouillante de vie, Jacmel dit bonjour à la vie. Elle avait rendez-vous avec le bonheur…. le soleil, la mer, les fleurs…la verdure…l’exotisme… Accompagné de ma famille, de  mon épouse et de quelques-uns de ses parents, la table était mise pour  nous faire oublier  la grisaille de l’hiver. Laissons ce coin où il “fait bon vivre”, pour une prochaine réflexion et retournons à cette lointaine rêverie qui vient habiter ma relaxation sous le soleil d’Haïti. Jacmel, on se reverra. Pour l’autre carnaval nous allons l’écouler durant cinq autres jours, du 28 février au mardi 4 mars, au Club Indigo, (Ex-club Med), sur la Côte des Arcadins, pas trop loin des Gonaïves.

Pourquoi donc, cette fille de la neige éternelle, Sylvie Desgroseilliers, vient-elle me hanter jusque chez-nous? Mystère! Est-ce le soleil, la mer ….. ?

Sylvie Desgroseilliers et sa famille
Tout d’abord, sa prestation durant un été à Montréal m’avait fasciné. Sa puissance vocale me rappelle toujours celle de son père en 1970 au Capitole à Port-au-Prince. De plus, elle a publié au début de février, en regard du « Mois de l’Histoire des Noirs », un texte autobiographique : « J’aime ma couleur café….au lait ». Surprenante et sincère, elle n’a laissé personne indifférente. Dans ce court portrait, elle parle de son père, Guy Durosier découvert sur le tard, de sa mère québécoise, de sa vie, de sa famille, de son mari d’origine haïtienne….et surtout de l’appel du chant auquel elle a toujours répondu. Découvrant son talent, sa mère lui parlait toujours de cette grande vedette, qu’est son père. Elle en raffolait et rêva toujours de rencontrer cet Elvis Noir. Finalement, la cloche a résonné avant le départ de Guy pour l’au-delà. Ce fut une deuxième naissance pour la Belle Sylvie.

D’une beauté à faire pâlir les anges du ciel, de couleur café au lait, élancée, avec le profil caractéristique de Guy Durosier et la cadence rythmique des chanteuses de chez-nous. Elle ouvre son tour de chant avec grâce et entrain. La salle s’emballe et la gent masculine tressaille, bien sûr,  à l’envers de leur rêve.  Québécoise et francophone, tributaire d’un talent hors catégorie, héritage du padre, Sylvie envoûte l’Amérique et l’Europe dans les deux langues. Ses tours de chants ne passent jamais inaperçus. Elle remplit les salles le temps de le dire. Adorant le soul, elle effectue en chantant un voyage dans l’interprétation de quelques chansons des femmes qui ont marqué leur époque, telles que: Joséphine Baker, Mahalia Jackson, Billie Holiday, Célia Cruz, Gladys Knight, Etta James, Aretha Franklin, Tina Turner, Patty Labelle, Donna Summer, Gloria Gaynor et la très regrettée Whitney Houston. D’une voix au multiple registre, elle fait passer toute la gamme de l’émotion des principales chanteuses noires qui ont envoûté l’Amérique et le monde. Écoutez-la dans :

Ou cliquer  sur les liens suivants : « Aimer d'amour » - « Amazing Grace »

En fait, depuis sa découverte à Montréal au cours d’un concert, son nom et sa voix habitaient mes souvenirs. Parlant d’histoire des noirs, fille de Durosier ou non, Sylvie possède la vocalise parfaite et nécessaire pour interpréter deux chansons-phares de l’histoire épique des nègres de l’Amérique: le magistral hymne de son père :  Nous  et l’immortelle « Strange fruit » interprétée par Billie Holiday.  A entendre ces deux tubes, d’une époque différente l’une de l’autre, on frémit d’émotion.

Strange fruit
Tout d’abord « Strange fruit », un poème écrit en 1937 et chanté par  Billie Holiday en 1939 après maintes pressions sur cette dernière pour enlever la chanson de son répertoire. Strange fruit ou Fruit étrange, demeure une chanson de protestation rappelant les corps des nègres pendus dans les arbres du sud ». Le fresque ci-dessous vous apporte la dimension de l’œuvre. On la retrouve classée dans la liste des « Chansons du siècle » par la Recording Industry of America en 1995 et par la National Endowment of the Arts en 1999. En 1939,elle fut très appréciée par un certain public et dénoncée par d’autres au point que Mme Holiday fut mise à la porte de La ville de Mobile en Alabama, rien que  pour avoir essayé de fredonner l’œuvre.
«  La chanson Strange fruit de Billie Holiday » 
Nous        
Cette chanson écrite par Guy Durosier et dédiée à Martin Luther King, suite à son assassinat fut un cri de ralliement des noirs francophones et anglophone de l’Amérique. J’ai souvenance encore de cette soirée d’été de 1970 où je l’avais écoutée pour la première fois au Capitol à Port-au-Prince. Presque tous les mouchoirs étaient humectés de quelques  larmes.  La petite histoire aussi, rapporte que l’auteur l’avait interprétée en privé et en anglais pour la famille King. A l’époque, la femme du pasteur, ébranlée par la justesse des mots,  avait jugé nécessaire de conseiller à Guy, comme pour « Strange Fruit » de Billie Holiday, de garder la chanson sous la glace, de crainte de provoquer une explosion raciale dans toute l’Amérique noire meurtrie par l’assassinat de King. « Laisser tomber la poussière, avait-elle dit. Il y a trop d’émotivité dans l’air. Martin serait ravi de l’entendre, mais hélas! ».
« NOUS », cette chanson écrite par Guy Durosier et dédiée à Martin Luther King 

Sylvie Desgroseilliers, avait-elle chanté sa vedette de père? Oui, elle a chanté avec son père grâce à la magie de l’électronique, à l’instar de Nathalie Cole  et  son père, ou de Céline Dion et Elvis Presley.  Elle a tout pour ce faire dans les deux langues.   L’entendre dans l’interprêtation de NOUS, ce deuxième hymne national, ce serait une apothéose, la concrétisation matériel d’un rêve. Certains Américains qui ignorent jusqu’à l’existence de ce monument littéraire, l’auraient consacré, à l’exemple de Strange Fruit, comme une pièce artistique faisant partie de leur patrimoine culturel, tant le poème se déroule avec une justesse et une sensibilité à nous fendre l’âme, à nous extirper une larme. En réalité, ce qu’on peut dire avec une certaine émotion n’exige pas nécessairement de grands discours. Tout a été dit avec des mots simples d’une ampleur violente et cadencée, qui charrient tout : mort, jubilation, exploitation, déception, récits et ironie…etc. « NOUS », cet hymne à notre mémoire de nègre, est diablement évocateur. La chanson est faite d’une succession d’images arrachées à notre psyché et si bien agencées qu’un film se déroule naturellement dans notre tête en l’écoutant.

Aujourd’hui, puisse le ciel nous offrir l’occasion d’entendre un jour Sylvie Durosier Dégroseilliers interpréter ces deux chansons-phares. Cette vision, si concrétisée, nous fera très chaud au cœur et, apportera un brin d’audace à tous les exploités  du monde.

Ecoutez : Si tu m'aimais de Guy Durosier (interprétée par Sylvie)

Par Max Dorismond mx20005@yahoo.ca
Max Dorismond
    














Au Club Indigo
Sur la route des Arcadins (Haïti)


Quelques images du Clud Indigo et de la ville de Jacmel 


Vue panoramique du Club Indigo sur la route des Arcadins (Haïti)


Une des allées du Club Indigo


Vue en perspective de la piscine aux abords du Club Indigo



L'arc de la belle-entrée de la ville de Jacmel
Alliance Française de Jacmel







De l'art pur à Jacmel  (Photo Jacqueline T. Dorismond)