HCC- Une trilogie de lettres destinée à élever la réflexion de nos lecteurs à son plus haut niveau.
Au fil des rubriques de HCC, nous faisons de notre mieux pour gâter nos lecteurs avec des textes
fouillés, bien équilibrés et soigneusement illustrés.
HCC - Une érudition immense dans les domaines : « de la politique, de l'histoire, des religions, de la culture et des arts en général. »
Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte...
Le décès de Roberta Flack est une perte énorme pour le monde de la musique
Par Hervé Gilbert
Certaines
voix ont le pouvoir de transcender le temps, de s’infiltrer dans l’âme et d’y
laisser une empreinte indélébile. Roberta Flack, avec son timbre suave et sa sensibilité
à fleur de peau, appartenait à cette catégorie rare d’artistes capables de
capturer l’essence même de l’émotion. De la soul au jazz en passant par le
folk, elle a bercé des générations entières de ses ballades poignantes,
insufflant à la musique romantique une profondeur inégalée. Elle était tout simplement, une véritable storyteller, une conteuse d'émotion dont chaque note portait en elle une histoire. Aujourd’hui
disparue, Roberta Flack laisse derrière elle un héritage musical intemporel.
Roberta
Flack, une étoile de la musique romantique
Née
le 10 février 1937 à Black Mountain, en Caroline du Nord, Roberta Flack s’est imposée comme une chanteuse et
pianiste d’exception. Elle a marqué de son empreinte la soul, le jazz et le
folk, se distinguant par des ballades bouleversantes et éternelles qui continuent de toucher des générations
d’auditeurs.
Un
destin musical précoce
Roberta Flack (1969)
Dès
son enfance, Roberta Flack évolue dans un univers où la musique occupe une
place centrale, bercée par les chants d’église de sa communauté. Dotée d’un
talent prodigieux, elle se révèle rapidement comme une virtuose et, à seulement
15 ans, obtient une bourse complète pour étudier la musique classique à
l’Université Howard. Cette formation exigeante lui confère une maîtrise
exceptionnelle du piano et une sensibilité artistique raffinée. Après ses
études, elle enseigne la musique tout en se produisant dans des clubs de jazz à
Washington D.C., où son génie musical ne tarde pas à être repéré par des
figures influentes du milieu.
L’ascension
vers la célébrité
Roberta Flack (1975)
Le
véritable tournant de sa carrière survient en 1971 lorsqu’elle livre une
interprétation émouvante de The First
Time Ever I Saw your face, choisie par
Clint Eastwood pour son film Play Misty for Me. Ce morceau, empreint
d’une émotion profonde et d’une exécution subtile, connaît un triomphe
retentissant, culminant en tête des classements en 1972 et lui valant le
prestigieux Grammy Award de l’Enregistrement de l’année en 1973.
Flack
renouvelle cet exploit l’année suivante avec Killing me Softly with His Song,
consolidant ainsi son statut d’icône musicale et devenant la première artiste à
remporter ce prix deux années consécutives. Son répertoire s’enrichit de
nombreux autres triomphes, notamment Feel Like
Makin' Love, illustrant son talent unique pour
allier sensualité et sophistication harmonique.
Ses
duos avec Donny Hathaway restent parmi les plus emblématiques de la musique
soul. Ensemble, ils livrent des interprétations magistrales telles que Where
Is the Love et The Closer I get to You,
captivant le public par la symbiose envoûtante de leurs voix et la profondeur
de leur expressivité. Ces titres, empreints d’une douceur infinie, incarnent
avec justesse l’essence du romantisme musical des années 1970.
Un
legs musical indélébile
Roberta Flack (1990)
Sa
musique, omniprésente dans les foyers, faisait partie de ces trésors que l’on
chérissait. Parmi mes premiers vinyles de musique américaine, celui de Roberta Flack occupait une place particulière aux côtés d’icônes telles qu’Ella
Fitzgerald, Marvin Gaye, Donny Hathaway, Donna Summer et Nat King Cole.
Toutefois, c’est sa voix envoûtante et son interprétation poignante qui m’ont
profondément marqué. The First Time Ever I Saw Your Face et The
Closer I Get to You résonnaient avec une intensité rare, tandis que Killing
Me Softly with His Song restait l’un de mes morceaux favoris.
L’héritage
de Roberta Flackest jalonné de compositions intemporelles qui ont marqué les époques et
continuent d’accompagner les moments les plus précieux de nombreux
mélomanes. En 1983, son duo avec Peabo Bryson, Tonight I celebrate My Love for You,
extrait de l’album Born to Love, s’est imposé comme une mélodie
incontournable des mariages et des déclarations amoureuses. Véritble hymne à l'amour, cette chanson distille une émotion pure et sincère. Son refrain,
empreint d’une tendresse infinie, résonne encore aujourd’hui dans l’imaginaire
collectif, témoin éternel de la magie de leur voix entremêlées.
Tonight I celebrate my Love for you
Roberta Flack en duo avec Peabo Bryson (1983)
Tonight I celebrate my
love for you
Ce soir, je célèbre mon
amour pour toi.
It seems the natural
things to do
Cela semble être la chose
la plus naturelle à faire.
Tonight no one's gonna
find us
Personne ne nous trouvera,
We'll leave the world
behind us...
Nous laisserons le monde
derrière nous.
Malgré
la maladie qui l’a contrainte au silence, son influence n’a jamais cessé de se
faire sentir. En 2016, elle a subi un AVC qui a affecté sa capacité à se
produire sur scène. En 2022, elle a été diagnostiquée avec la sclérose latérale
amyotrophique (SLA), ce qui l’a contrainte à cesser de chanter. Elle s’est
éteinte paisiblement le 24 février 2025, entourée de sa famille.
Roberta Flackn’est plus, mais
son souffle musical, lui, ne s’éteindra jamais. Chaque note qu’elle a chantée,
chaque mélodie qu’elle a façonnée demeure gravée dans l’histoire de la musique
et dans le cœur de ceux qui l’ont écoutée. Sa voix continue de flotter, douce et
inaltérable, comme un murmure venu du passé pour enchanter le présent. Et si
ses chansons ont su capturer l’amour et l’émerveillement, alors elles
continueront, à travers les voix et les cœurs qu’elles ont touchés, à vibrer
éternellement.
Par Herve Gilbert Manno Charlemagne, qui était atteint
d'un cancer des poumons, est décédé ce dimanche 10 décembre 2017, en Floride,
où il était hospitalisé depuis un certain temps, après son intervention chirurgicale. Il était âgé de 69 ans.
Le 31 juillet dernier, le célèbre
musicien et ancien maire de Port-au-Prince, Emmanuel «Manno» Charlemagne, a
subi une opération chirurgicale pour enlever une tumeur au cerveau, qui avait
affecté son élocution, son équilibre et sa capacité à marcher. L'opération de
10 heures, qui a eu lieu à L'hôpital Mount Sinai de Miami Beach, Floride, a
réussi à enlever la majorité de la tumeur, mais le chanteur a dû subir de la chimiothérapie et de la radiothérapie pour
neutraliser la partie restante du cancer qui ne pouvait être enlevée
chirurgicalement du fait que la lésion pulmonaire préexistante avait déjà envoyé des métastases au
cerveau de Manno, selon le médecin traitant.
Qui est Manno Charlemagne ?
Manno Charlemagne en 1994
Manno Charlemagne naît en 1948 à Carrefour, au sud de Port-au-Prince.
Il ne connaît pas son père et sa mère résidant
à Miami, il est donc élevé par sa tante. Selon une de ses déclarations à travers une vidéo
sur Youtube, toutes les deux frédonnaient souvent des airs traditionnels du terroir qui
l’ influencaient quoique qu’il f֪ût un adolescent
à l’époque.Sa passion musicale sera aussi développée par la suite pour les artistes haïtiens de l’époque comme:(Dodof Legros, Lumane Casimir, Issa El Saieh, Raoul Guillaume, Gérard Dupervil, Pierre Blain, Joe Trouillot, Guy Durosier, Toto Bissainthe, Ansy Derose) sans oublier les musiciens nord-américains comme (Louis Armstrong, Billie Holiday) qu’il écoutait à travers les stations de radio haïtiennes. Il développe aussi un goût en amour pour le rara. A noter aussi qu’il
a été un membre de la chorale de son école, dirigée par les Frères de l'instruction chrétienne..
À partir de1968, alors agé de 20 ans, Manno forme Les Remarquables, un groupe de
musique influencé par le rock), puis se tourne davantage vers la musique
traditionnelle, avec une nouvelle formation, Les Trouvères. Dans les années
1970, il faisait partie du mouvement de la «kilti libète» ou culture de la
liberté qui promouvait la culture populaire, y compris la musique folk
acoustique: la musique des campagnes haitiennes est remise à l’honneur. En 1978, avec le
musicien Marco Jeanty, il
enregistre à Port-au-Prince un premier album, Manno et Marco, qui comprend
des chansons engagées “(angaje)” dont la diffusion sur Radio Haïti Inter connaît un grand
succès.
L'une des chansons populaires de Manno Charlemagne
Comme de nombreux Haïtiens, il subit
les exactions des tontons macoutes, miliciens au service des dictateurs Duvalier ; il connaît aussi la prison et
la torture en 1963, à l'âge de 15 ans.
Côtoyant des gens de lettres et des artistes (tels que Lyonel Trouillot, Richard Brisson et
Anthony Pascal, dit (Konpè Filo), il se forge une culture
politique en lisant des ouvrages de Maxime Gorki et
d' Antonio Gramsci. Ouvertement opposé à la dictature de Jean-Claude Duvalier, Manno Charlemagne
s'exile le 4 juillet 1980.
Vivant entre New York, Montréal,
l'Afrique et Paris, il enregistre Konviksyon (1982)
et Fini les colonies ! (1984), dont les chansons deviennent des
hymnes contestataires en Haïti.
De retour en Haïti le 7 mars 1986, un mois après la
chute de Jean-Claude Duvalier, il fonde la “Koral Konbit Kalfou”,
groupe de “mizik rasin”, un mélange
des influences du vaudou haïtien, de la musique traditionnelle et de genres
contemporains) avec lequel il parcourt le pays. Il devient bien vite une figure
importante de la contestation politique en Haïti. En décembre 1987, alors qu'il sort de
chez lui pour interpréter « Nwèl anmè » ("Noël
amer", une chanson composée par Beethova Obas,
un membre de la “Koral Konbit Kalfou” pour honorer les manifestants massacrés
un mois auparavant par la nouvelle junte au pouvoir), Manno Charlemagne
essuie des coups de feu ; il est grièvement blessé. Il sort l'année
suivante un nouvel album, Òganizasyon mondyal.
« Si Ayiti pa forè Ou jwenn tout bèt ladan-l ? »
« Si Haïti n'est pas une jungle
Que font là toutes ces bêtes ? »
Son soutien au mouvement populaire de base lui a souvent posé des
problèmes avec l'armée haïtienne et, après avoir reçu des menaces de mort, il a
passé plusieurs mois dans la semi-clandestinité. Manno Charlemagne était un
partisan du mouvement politique Lavalas du président Jean-Bertrand Aristide
contre lequel l'armée a lancé un brutal coup d'Etat en septembre 1991. En
octobre 1991,
après le coup d'État contre le président Aristide, Manno Charlemagne est arrêté
violemment à deux reprises puis relâché, grâce à la pression d'organisations de
défense des droits de l'homme (Amnesty International, Miami's
Haitian Refugee Center) et une campagne de presse aux États-Unis
demandant sa libération. Craignant une nouvelle arrestation, Manno Charlemagne
s'est réfugié à l'ambassade d'Argentine et s'est à nouveau exilé. De 1991 à
1994, c'est le début d'un nouvel exil de trois ans, pendant lequel l'artiste
diffuse sa musique engagée, à l'occasion de multiples concerts à Miami, New
York et Montréal, où il a rallié les communautés haïtiennes expatriées à
l'appui de la démocratie haïtienne. Il a sorti un enregistrement, "La
Fimen", Kako Productions, en 1994.
Il s'installe ensuite à Miami, dans une pièce au
premier étage du Tap Tap, un restaurant haïtien au sud de la ville ; il donne
des concerts réguliers dans ce restaurant et y enregistre en 2004 un album en direct, Manno
at Tap Tap.
Suite à l'intervention
des Nations Unies pour rétablir le gouvernement constitutionnel en septembre
1994, Manno retourne en Haïti. En juin 1995, il est élu maire de
Port-au-Prince, en battant le titulaire d’alors, Evans Paul. il
le restera jusqu'en 1999, exerçant son mandat de façon controversée. Sa gestion comme maire a été marquée par des difficultés et des gabegies administratives
qui ont éclipsé sa carrière musicale. De son propre aveu, accepter de
devenir maire a été une grave erreur…
En juillet 2005, Manno Charlemagne retrouve Marco Jeanty pour une série
de concerts au Tap Tap. Ils décident alors d'enregistrer un nouvel album :
en 2006,
presque trente ans après leur premier disque, est publié Les inédits de
Manno Charlemagne.
Le CD “Les Inedits” de
Manno Charlemagne en langue créole est l'un de ses travaux les plus profonds et
les plus provocateurs. Ce sont des chansons qui, pendant des années, n'ont été
jouées que dans des lieux intimes, entre amis proches, et devant des personnes
qui ne craignaient pas d'être incendiaires. Car les avoir joués en public dans
les années 1970 ou 1980 aurait été risqué: arrestations, harcèlements, et
autres...
« Se touse ponyèt nou pou n lite Ka lamann pa tonbe ankò Solèy a klere pou nou tout E nou tout va jwenn menm chalè »
« C'est l'heure de nous préparer à la lutte
Car la manne n'est pas encore tombée
Le soleil va briller pour nous tous
Et nous tous recevrons la même chaleur » Manno Charlemagne, « Banm yon ti limyè », Òganizasyon
mondyal, 1988 et Les inédits de Manno Charlemagne, 2006.
Le 14 janvier 2010, deux jours après le tremblement de terre en Haïti, le chanteur
participe au Tap Tap à un concert de soutien aux victimes. En juin de la même
année, il se produit à Brooklyn (New York), près de vingt ans après le concert donné
au début de son second exil, en 1992. En novembre, il joue au Preservatiom Hall de la Nouvelle-Orléans avec la violoncelliste Helen Gillet.
Manno Charlemagne se produit régulièrement aux États-Unis depuis
2010, aussi bien dans des festivalsf que dans des universités (par
exemple, en juillet 2012 à l'université internationale de Floride et
en septembre 2016 à
l' université Duke de Caroline du Nord ). Il se produit également en Haïti.
Fin juillet 2017, Manno Charlemagne subit l'ablation d'une tumeur
cérébrale dans un hôpital de Miami.
Manno Charlemagne: en
concert à l’université Duke
Certes, nos
musiciens sont les porteurs, consciemment ou non, de notre histoire, de nos
tares, de notre présent et passé culturel comme peuple, comme nation. Et la
musique joue un rôle prépondérant dans la vie de chaque Haïtien.
Habité par une âme de
poète et de révolutionnaire, en tant que
chanteur, compositeur et activiste politique, Manno Charlemagne fût la
conscience vocale d'Haïti depuis plus de 30 ans. Manno Charlemagnes’est formé un esprit
d’avant-garde qu’il a immergé à travers sa guitare acoustique et sa
voix de baryton utilisée comme des armes contre les régimes politiques brutaux
d’Haïti, l'indifférence et même la complicité de l’élite haïtienne et l’ingérance
des pays étrangers qu’il qualifiait “d’Impérialistes”.
À sa famille, ses proches et le pays
tout entier, Haïti Connexion Network présente ses profondes et sincères
condoléances.