Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Tuesday, July 27, 2021

Des révélations de CNN sur l’enquête concernant la mort de Jovenel Moïse

Président Jovenel Moïse
             

La chaîne américaine CNN revient sur les nombreuses entraves auxquelles doivent faire face les officiers de justice chargés d’enquêter sur l’assassinat du président Jovenel Moise, le 7 juillet dernier dans un sujet diffusé ce mardi. CNN dit avoir obtenu en exclusivité des documents qui ont été versés au dossier sur l’enquête sur la mort de Jovenel Moïse. Des documents démontrent à quel point cette enquête s’annonce compliquée.

De nombreuses menaces de mort ont par exemple été proférées, notamment par SMS à l’encontre de greffier, mais aussi à l’encontre de Carl Henry Destin, le juge de paix chargé de l’enquête, qui confie à CNN être, depuis, obligé de se cacher. Des barrages routiers empêchant d’accéder aux scènes de crime ont été aussi érigés. Les documents récupérés par CNN démontrent également des lacunes évidentes de la part de la police haïtienne et des problèmes entre policiers et officiers de justice.

Des témoins essentiels ont, par exemple, tout simplement disparu. Une enquête obscure qui pourrait être une conséquence de la désorganisation d’un système judiciaire sous-financé en Haïti, selon CNN, même si la chaîne pointe aussi l'incertitude autour d’une enquête qui alimente les craintes de forces obscures et mystérieuses.

Plus de trois semaines après l’assassinat du président Jovenel Moïse, inhumé le vendredi 23 juillet 2021, l’enquête se poursuit à Port-au-Prince. De nouvelles arrestations sont annoncées alors que la chaîne CNN révèle des pressions sur ceux chargés d’instruire le dossier.

Qui a tué Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, dans sa résidence privée de la capitale ? Une question toujours sans réponse. La police haïtienne a, pour l'instant, arrêté une vingtaine de mercenaires colombiens, mais semble aujourd’hui concentrer ses investigations sur la garde rapprochée du président. Le commissaire divisionnaire Jean Laguel Civil est ainsi placé en garde à vue, ce 27 juillet. Il était l’un des 4 haut-gradés de la police nationale chargés de la sécurité de Jovenel Moïse, comme nous l’explique Gotson Pierre, le rédacteur en chef d’Alterpresse, qui nous apprend que, toujours dans le cadre de cette enquête, la police a aussi émis un avis de recherche visant Wendelle Coq Thélot, une juge à la Cour de cassation, la plus haute instance judiciaire du pays. La magistrate avait été mise à la retraite par le président Moïse. En parallèle, la chaine américaine CNN révèle des documents présentés comme internes au ministère de la Justice, qui font état de nombreuses menaces, y compris de mort, sur les enquêteurs.

Source : RFI

Tuesday, November 13, 2018

Pourquoi solliciter l’aide de Tarzan dans l’enquête Petro Caribe ?




Par Max Dorismond
 





La version audible est disponible en cliquant  sur le  player ou sur le lien suivant:  

Pour gagner du temps, les spécialistes des simulacres ont trouvé à la dérobade une porte de sortie de secours pour endormir le peuple, la véritable victime de la casse du siècle, en proposant de faire venir des étrangers pour retracer l’argent de Petro Caribe.

Je comprends assez bien que, quand quelqu’un est aux abois, il tient à s’accrocher  à toutes les branches pour éviter la noyade. Je n’en disconviens pas. Mais, je tiens à donner ce conseil à ces manipulateurs d’avoir une once de dignité, devant le peloton d’exécution, en n’allant pas jusqu’à implorer le pardon de leur bourreau. C’est une métaphore  assez  symbolique pour calmer certains esprits suicidaires.

De toute façon, vous êtes complices de tous les bandits légaux. Laissez à l’histoire l’occasion d’ennoblir, pour l’éternité, vos dernières secondes de souffle. Donc, conservez intacte votre dignité d’homme en ne commettant pas l’irréparable, pour l’amour de cette jeunesse bafouée jusqu’à la moelle, de ces jeunes hommes, dont Aimé Césaire retient : « qu’on leur a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, … ». Vous avez failli à votre mission, par la désarticulation de votre subconscient, la dérivation impropre de votre patriotisme. N’empirez pas votre cas en jouant aux  irresponsables. C’est vous que l’histoire jugera. Mais Haïti survivra.

Le blanc se souvient encore de cette raclée
Nous avions flanqué une bonne leçon à l’homme blanc. Par conséquent, sa supériorité ne fut  qu’un leurre. Nous avons détruit son satané mythe en dégonflant le ballon. Il s’était présenté à nos ancêtres comme le Dieu suprême, ou le fils de Dieu. De haute lutte, nos fiers ancêtres s’étaient libérés des ces pittbulls. Et puis, nous leurs héritiers, nous les appellerions à notre secours pour un oui, ou pour un non! Un peu de décence, messieurs! Cessons d’évoluer avec cette culture du fatalisme, de la crainte de l’échec. Qu’avons-nous tiré de ces appels d’urgence dans le passé, à part une flopée d’ONG suivis des requins internationaux, venus partager les carcasses du cadavre.

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le cerveau de mes frères. Je comprends. Vous êtes acculés. Vous êtes haïs. Mais, de grâce, réfléchissez. Pensez à notre célèbre président Nord Alexis, qui a mis en branle le procès de la Consolidation. Utilisez les forces vives de la nation. Elles peuvent résoudre ce petit cas en braquant leurs projecteurs sur  les traces de Petro Caribe, en interpelant d’abord les compagnies exécutrices, ensuite les donneurs d’ouvrage et, en dernier lieu, le payeur. L’affaire serait ketchup1.

Haïti foisonne de vérificatrices et vérificateurs chevronnés
Parlant en connaissance de cause, résultant de ma carrière de vérificateur professionnel des grandes compagnies pour le compte des gouvernements fédéral et provinciaux du Canada, (Banque Fédérale de développement – 2 ans), (Ministère du Revenu du Québec – 30 ans), je sais bien que Haïti n’a point besoin de chercher trop loin pour trouver des spécialistes en ce domaine pour éclairer ses pas. Au Québec, des gestionnaires ou vérificateurs financiers, d’origine haïtienne, ont été utilisés dans la dernière et célèbre  « Commission Charbonneau ». Ils ont contribué à l’emprisonnement du Maire de la Ville de Laval et bien d’autres célébrités de la belle province. Deux de nos compatriotes figuraient dans le lot des fouineurs.

En effet, à l’Université ou dans les bureaux des gouvernements ou des entreprises, j’ai eu l’occasion d’étudier, de travailler, de collaborer avec ces compatriotes hors pairs qui ont brillé de tous leurs feux au firmament de ces institutions. Plusieurs sont à la retraite et certains d’entre eux profitent d’une seconde carrière actuellement en Haïti où vit plus d’une dizaine. Alors, pourquoi appeler l’étranger à la rescousse. Et le coté comique de l’histoire, plusieurs de ces futurs « sauveteurs »  ont sans doute été formés ou entraînés par nous, qui étions leurs mentors.

Ces congénères enquêteurs connaissent bien les détours scabreux de l’argent détourné pour éluder l’impôt gouvernemental, avec la formation continue qu’ils ont reçue tout au long de leur carrière. Expert-comptable, juricomptable, jurifisc, CA ou CPA, CGA, CMA ou RIA2, tous les titres de cette profession leur sont familiers. Certains ont été envoyés en mission fiscale jusqu’en Afrique à titre de formateurs ou enquêteurs. Aucun secret du métier ne leur est étranger. Ils ont « frappé leur corne » avec pire que les Petro Cari-beurres d’Haïti.  Pensons aux blanchiments d’argent orchestrés par la mafia internationale. Ils en ont vu de toutes les couleurs dans l’histoire de la fuite des capitaux.

Pour suivre la trace de l’argent, hier, on était obligé de mettre une loupe et de la patience dans les journaux comptables pour découvrir le magot éludé par d’habiles montages financiers. Ce qui occasionnait un temps fou dans les fils d’Ariane de la compagnie mère et ses satellites.  Aujourd’hui, des logiciels informatiques perfectionnés, venus à notre rescousse, nous facilitent la tâche et la décision finale s’avère implacable et incontestable devant les tribunaux. Avant mon départ à la retraite, on utilisait le logiciel « Accès » pour l’industrie de la construction et du carburant, fiefs du crime organisé. Aujourd’hui, il en existe de plus en plus sophistiqués pour toutes les entreprises majeures.

Enquête selon la Technique de l’Avoir Net ou l’indice de richesse (TANIR)
À titre d’exemple, si on a le malheur d’appliquer, en Haïti, « la Technique de l’Avoir Net et l’Indice de richesse », les ¾ du pays seraient en prison. Elle est utilisée partout dans le monde. Elle se base sur le bilan d’entrée et le bilan de sortie de tous fonctionnaires de l’État, du président au dernier messager.  On l’emploie, en l’absence de toute documentation, dans l’enquête sur les mafiosis, les vendeurs de drogue, les corrompus de tout poil, les voleurs de tout acabit, les doigts trop longs etc… Elle a, pour soupape, le visuel, et, aussi la dénonciation du public, des banquiers, du voisinage etc…

Tous les pays sont fiers des services de nos compatriotes.
Chez l’Oncle Sam, à L’IRS (Internal Revenue Service), le pendant américain du bureau de l’impôt canadien, nos compatriotes sont également légion. Leur mainmise a électrisé la profession d’enquêteurs, tant leur apport est important.  Leur remarquable présence dans toutes les institutions et dans toutes les disciplines des pays d’adoption a d’ailleurs été souligné par le gouvernement de Jean Charest, au Québec, qui n’a pas lésiné sur les félicitations pour glorifier, avec des mots choisis et gratifiants, ces québécois venus d’ailleurs (les Haïtiens) pour leur contribution à l’essor et au bonheur de la belle province.

Alors, pourquoi devrions-nous aller à l’extérieur chercher des pseudos-maîtres? Si, par malheur, vous insistez, vous tenez à cet ailleurs, malgré ces mises en garde, vous y trouverez des dizaines d’Haïtiens disponibles pour effectuer ce boulot. Ce qui prouvera à notre jeunesse qu’Haïti ne souffre plus du syndrome de Tarzan. (Voir mon article, « Haïti et le syndrome de Tarzan  »).

Lentement le pays reprend du poil de la bête.
Messieurs, respirez par le nez! Le vent a changé de direction. Hier, nous étions sous-instruits, les bourses d’études ayant été accordées aux moins méritants, et pas en grand nombre. On préférait les laisser moisir dans les bureaux des institutions au lieu de les offrir aux plus capables, sous le triste prétexte de ne pas alimenter la horde des étudiants communistes. Sauf les enfants des apparatchiks du pouvoir, les macouteaux, étaient privilégiés. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Les bourses d’études pleuvent. Des doctorats foisonnent. Nous sommes des millions à investir les pays des blancs pour quérir tout ce que nos obscurantistes de gouvernants nous avaient refusé. Nous avons acquis de l’expérience. Nous possédons une ribambelle de professeurs émérites sur les cinq continents. Nous avons démystifié le « tarzanisme » s’il faut identifier, ainsi, cette tare. Nul ne peut se permettre de nous présenter le dieu blanc comme le docteur de tous nos maux.

D’ailleurs, voyez aujourd’hui, c’est encore cet instinct de négrillon qui demeure la cause de la prolifération de toute une racaille d’ONG, ces faux réparateurs de pays qui ont contribué au cafouillage de la CIRH (Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti). L’international, profitant de sa promesse, souvent à double face, n’a pas hésité à nous envoyer ses « fiers-à-bras », ses hommes de main, le plus souvent ineptes et illettrés, avec un salaire mirobolant, pour venir jouer au petit colon dans les Antilles.

Saisissons la balle au bond une fois pour toutes
Messieurs, reprenez-vous! La nation demande des comptes. C’est bien vrai. Vous êtes surpris par les réclamations de ce peuple résilient jusqu’à la stupidité. Mais, gardez votre calme. Vous avez, chez-vous, tous les outils nécessaires pour faire face à l’inédit. Oubliez l’étranger. Retracer la route et la déroute de l’argent volé demeure un jeu d’enfant pour certains de vos expatriés, bardés de titres et d’expériences internationales, et non des moindres. Les sciences financières ne leur sont d’aucun secret. Ils peuvent, en chantant, « re-balancer » tout ce qui est débalancé.

Cet avertissement ne vaut pas seulement pour le gouvernement actuel. Il est de notre devoir d’avertir aussi la postérité. Notre pays a trop souffert du sauveur blanc. Veuillez offrir à votre progéniture l’occasion et la sensation de se sentir maîtresse de son destin, d’être la seule boss chez-elle, capable de regarder l’autre dans le blanc des yeux pour lui dire : « Petit blanc, va te faire voir ailleurs! ».

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca



Note

Note – 1 : Expression populaire québécoise signifiant que l’affaire est bien terminée.

Note – 2 : La juricomptabilité : (néologisme d'origine québécoise créé dans  les années 80, correspondant à forensic accounting pour les anglophones) est une discipline juridique récemment apparue en Amérique du Nord, consacrée à la recherche de fraude, de crimes commerciaux ou d’autres comportement illégaux, ou contraires  à l’éthique, liés à l'écriture comptable ou à la gestion des comptes3 dans les bilans comptables ou "états financiers" et les documents fiscaux, etc…

Note – 2 : Jurifisc : C’est un cabinet d'avocats fiscal offrant des services inégalés de vérification fiscale, de litige fiscal, de divulgation volontaire, d'actif et de richesse. Lorsque l'Agence de revenu du Canada (ARC) ou Revenu Québec s'annoncent pour une vérification ou commencent à demander des renseignements, il est normal pour les contribuables visés d'être craintifs. Ils auront affaire à des fonctionnaires spécialisés dont l'objectif en fin de compte est de rapporter des sous aux gouvernements. Ces fonctionnaires connaissent les lois fiscales et les règles techniques parfois trop complexes mieux que la plupart des contribuables

Note – 2 : CA : L’Ordre des comptables agréés. Il regroupait les comptables qui œuvrent principalement en comptabilité publique. C’était l’Ordre le plus connu.

Note – 2 : CGA : L’Ordre des comptables généraux licenciés, les CGA, était le second ordre en importance et regroupait des comptables qui œuvraient le plus souvent en entreprises.

Note – 2 : CMA : L’Ordre des comptables en management accrédités. Il était le troisième ordre en importance et regroupait des comptables qui œuvraient essentiellement au sein d’entreprises de fabrication

Note – 2 : CPA : Après plusieurs tentatives ratées au fil des décennies, les trois Ordres ont été unifiés sous le titre unique de CPA ou de COMPTABLES PROFESSIONNELS AGRÉÉS. L’ordre des CPA compte maintenant 39000 membres au Canada. Depuis l’unification, tous les membres de l’ordre unique des CPA, portent le titre de CPA.


Sunday, November 19, 2017

Enquête Petro Caribe… Du dessert pour les imbéciles heureux

Par Max Dorismond

J’ai éclaté d’un fou rire à fendre un plafond de verre,  après avoir déroulé le document de 656 pages de la Commission au nom redondant : Rapport de la Commission Sénatoriale Spéciale d'Enquête sur le Fonds Petro Caribe de septembre 2008 à septembre 2016 .  Des titres qui annoncent la rigolade, l’insouciance et le refus de l’esprit sérieux, sans obligation de résultat. De prime abord, aucun résumé n’accompagne ce très long rapport pour faciliter la compréhension du simple lecteur. Quel non-initié va se taper ces 656 pages à titre de lecture ? Ah ! Sacrée Haïti Thomas ! Vous possédez de ces spécificités romantiques et poétiques pour endormir le monde tout en chantant « Au clair de la lune, mon ami Petro ».        

Depuis quand avez-vous entendu, ou vu dans ce pays, qu’on mettait la main au collet de l’élite à cols blancs, ou qu’on passait des menottes aux nobles bourgeois. Pour une très rare fois, un Ministre « inintelligent » a été pris en flagrant délit dans une affaire de kit scolaire. Où est-il ? Derrière les barreaux ! Cherchez-en encore !  Il est bruit, ces jours derniers, que « les documents, relatifs à la surfacturation de ces kits, dans laquelle est présumée impliqué cet ancien Ministre des Affaires Sociales et du Travail, (MAST), ont disparu du bureau de l’Assistante Directrice Administrative de la boîte, dans la semaine du 8 novembre 2017. J’ai bien dit, cette semaine. Alors que l’affaire des kits scolaires plane dans l’air depuis le mois de septembre. Les pièces justificatives compromettantes n’ont jamais été confiées à la police. Sapristi ! Alors, qui dit mieux ! Haïti est une nation de Noirs sans noirs où tout le monde est blanc comme neige au soleil. Surprenant paradoxe !

Chers Amis, ne nous illusionnons point, « Pa pété têt nou ». Ne nous laissons-point embobiner comme des saucissons dégénérés. Ne nous laissons point aplatir par cette brique de 656 pages tombée sur nos têtes. Ne soyons pas dupes. Regardons de plus près comment cela marche chez nous.

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Youri Latortue
Président du Sénat
Tout d’abord, la formation de cette Commission ne fut pas de tout repos. Elle a longuement souffert durant sa gestation. La première mouture était instituée par le Président du Sénat, Youri Latortue. Comme dans un entonnoir, tous les Sénateurs voulaient s’y engouffrer pour figurer parmi les signataires. L’intérêt était palpable. Était-ce par patriotisme ? Était-ce dans le sincère dessein d’évaluer les programmes auxquels était destiné le pognon, (les deux milliards de Chavez) ?

Voyons-donc ! La jarre était énorme. Beaucoup de ce fric en circulation s’était volatilisé. Les acteurs, des deux côtés de la barrière, savent pertinemment qu’ils sont bien emmitouflés dans les vapeurs paradisiaques des pays qui lavent plus blanc que blanc.  Et pour cause, certains de nos sympathiques sénateurs rêvent déjà de se convertir en aventuriers à la recherche de « l’Arche d’Argent » égarée dans les flots bleus des méandres internationaux.

Ainsi est arrivé  le moment fatidique pour les intelligents aux doigts croches de venir dire bonjour à Tonton Sénat. C’est aussi simple que cela. Et lorsqu’on va voir Tonton Sénat, on ne peut ouvrir la porte et rentrer aussi facilement. C’est impossible,  car nos deux bras sont supposés être remplis de cadeaux. Donc, ce sera plus commode de toucher la sonnerie avec le coude. C’est toujours le temps des fêtes avant Noël chez ces sympathiques personnages.

En Haïti, chers Frères, tout est une question de clans et de mafias. C’est sur ces entités que reposent les rouages du fonctionnement de la machine gouvernementale. Un jour, en 2013, en vacances là-bas, j’ai été invité à une réunion d’un parti politique, dans un grand hôtel de Port-au-Prince. À mon grand étonnement, parmi les participants présents figuraient plusieurs membres haut placés du gouvernement Martelly, quelques cadres de Lavalass, du RNDP, de Pitit-Dessalines, de LAPEH de Jude Célestin.  Des représentants d’autres petits partis de l’opposition complétaient la liste. Cette assemblée hétéroclite me laissa perplexe et anxieux.

Face à mon étonnement et à mes nombreuses interrogations, mon hôte me fit savoir qu’il voulait justement me surprendre avec cette autre facette cachée d’Haïti que j’ignorais totalement. Il me fit la déclaration suivante :

Ces bruiteurs sont prêts à offrir leur service à qui le
désire, pourvu que l'argent soit de la partie.           
« Dans ce pays, tout est question de rapport de force. Ici, les différents partis politiques sont des adversaires sur papier, pour la galerie, mais jamais dans la réalité. Ils sont tous sous le même parapluie. Ils s’entraident l’un l’autre, le moment venu. Ce nouveau parti, encore sans nom, en est la preuve. Que Martelly vienne à tomber, demain matin, où qu’il atteigne la fin de son mandat, au déclenchement des prochaines élections, ce parti devrait être en mesure de faire du bruit pour se faire valoir. Écrasé, brisé… le chaos, quoi ! Pour ce, il y a des milliers d’individus qui sont prêts à prendre la rue en son nom, moyennant un montant de 500 gourdes chacun. Ces bruiteurs professionnels sont prêts à offrir leur service à qui le désire, pourvu que l’argent soit de la partie. Ainsi, quand le pouvoir bascule et change de camp, les petits amis présents ne seront pas démunis. Ils pourront négocier deux ou trois ministères avec le nouveau locataire du Palais. Chaque clan sera en position de faire du fric. Ce n’est  une question ni de connaissances, ni de compétences, mais plutôt de relations secrètes pour assurer et garantir la richesse de chaque rentier. C’est le : « Pase pranm – Ma pase pran ou. Grate dom – ma grate do ou. Se kolonn ki bat ». De là dérive toute une conjugaison symbolique du verbe manger, l’objet premier de leur obsession : « Je mange – je mange. Tu manges – Je mange.  Il mange – Je mange. Nous mangeons – Je mange. Vous mangez – Je mange. Ils mangent – Je mange ».

Un cynique refrain et des codes initiatiques. Une ribambelle de formules non écrites, mais circonscrites dans la constitution clanique et appliquées à la lettre par la meute. La solidarité en fait foi. La protection de son frère est un devoir. Tout ceci pour conclure que cette nation est condamnée à s’enfoncer au plus profond de l’abîme. Ses élites les mieux préparées contribuent fondamentalement à sa disparition programmée. Mon hôte m’a écarquillé les yeux avec d’autres facéties haïtiennes adaptées à l’ère des banques virtuelles du nouveau siècle. On y reviendra.

Revenons à notre Commission Sénatoriale. Tout cela pour vous signifier que plus le rapport est volumineux (656 pages), plus le risque est élevé pour les contrevenants, dans un pays normal, de finir leurs jours en prison. Mais heureusement pour ces délinquants, Haïti est un pays anormal. Pour répéter le loustic : Haïti, se yon kote. Plus le rapport est épais, plus il n’intéresse personne. Par conséquent, il est destiné à accroître la filière 13, c’est-à-dire, alimenter les poubelles. D’ailleurs,  les présumés interpellés le savent assez bien. C’est de la bouillie pour les chats. De la pression technique pure et simple pour les forcer à cracher une partie des fonds volatilisés.

Le ciel d'Haïti était recouvert de dollars verts
Donc, de 2008 à 2016, le ciel d’Haïti était recouvert de dollars verts, tel un bol de faïence qui réfléchissait la lumière du soleil au point d’aveugler les esprits des gouvernants qui ne se souviennent de rien aujourd’hui. Huit années se sont déjà écoulées sans un mot sur les malversations et, aujourd’hui, les contrôleurs officiels de la nation se réveillent pour s’enquérir des sorties d’argent qui dorment à poings fermés, comme un nourrisson, dans les paradis fiscaux, dans les banques étrangères,  sous des prête-noms, sans aucune crainte d’être retracées. Qui va faire un tour sur la liste des Panama-Papers pour découvrir les noms des sociétés haïtiennes offshore, cachées dans cet état à fiscalité privilégiée ? Personne !

Dans un pays où le pire criminel, assassin, kidnappeur, vendeur de drogue est arrêté le matin, accusé par un juge et enfermé en prison à midi, se voit déloger, libérer dans la même soirée, par un autre juge compatissant, arrivé en limousine noire blindée qui l’invite à prendre un verre à l’Hôtel Oasis. Vous vous attendiez à quoi !

Les contrevenants crachent une par
tie du butin.                                  
Parions un 10 ! Tout ce vacarme, tout ce bruit n’est que du vent, sans sortir de l’ordinaire, pour inviter les intelligents aux doigts croches à passer à table et servir aux convives oubliés les « petits-pois verts » congelés dans les banques étrangères sous peine d’ingratitude seulement. L’autre clan ne peut souffrir de cette rebuffade.  On sèl dwet pa mange kalalou. D’ailleurs, si ces « grands mangeurs » n’avaient pas les yeux plus larges que leur panse, on ne serait jamais arrivé à cette Commission Spéciale. Toutefois, la table est mise. L’avertissement est lancé. Les contrevenants sont condamnés à cracher une partie du butin, s’ils veulent évoluer dans la paix du Seigneur et tabletter le célèbre rapport au « Musée des enquêtes éternelles d’Haïti », comme de coutume. Le cheval rétif ne termine jamais sa route sur la droite ligne, aussi belle soit-elle.

Cette Commission ne demeure en soi qu’une petite leçon pour certains égoïstes têtus d’un clan adverse aveuglés par un amoncellement de billets verts, à éparpiller et à consommer sans partage. Pour plusieurs, parmi le commun des mortels, elle n’est que du gâteau pour les cocus contents qui rêvent toujours en couleur. Personne ne l’ignore. À part les imbéciles heureux qui verront, dans la démarche des Sénateurs, un geste patriotique destiné à fouetter la conscience collective. Comme la Commission sur le blackout, la bible de 656 pages sera un simple accident de parcours, aussitôt toutes les convoitises assouvies. Et puis, règnera demain un long silence qui ajoutera quelques pointillés à notre mémoire pour perpétuer, comme d’habitude, le traditionnel détournements de fonds publics. Cependant, il faut avoir une certaine empathie pour quelques innocents qui vont en pâtir, par effet collatéral. Pauvres, ils le resteront, mais leurs noms seront entachés à jamais dans cette lutte à finir, où les pots d’airain, dans leurs féroces confrontations, laisseront répercuter leurs ondes jusqu’à nos oreilles.

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