Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Wednesday, June 24, 2020

Visio-débat au sujet des marches antiracistes qui prennent place aux États-Unis et à travers le monde

Visio-débat en direct le 21 juin 2020 au sujet des marches antiracistes qui prennent place aux États-Unis et à travers le monde suite au meurtre horrible de George Floyd par 4 policiers blancs américains. Ce forum  sponsorisé par Haïti Connexion Network et Radio Francophonie Connexion rassemble des panélistes du Canada et des États-Unis via les plates-formes Zoom et Facebook.  Ces panélistes sont Eddy Cavé depuis Ottawa, Lemarec Destin de Montréal, Max Dorismond depuis Laval au Canada, Dr Carl Gilbert, modérateur, depuis Little Rock, Arkansas (EUA) et avec Hervé Gilbert comme hôte siégeant à Orlando, en Floride.

Saturday, June 20, 2020

Julio Gauthier vient de laisser le train de la vie

Par Max Dorismond

Julio Gauthier
13 Août 1949 - 18 Juin 2020
Ti Jule, pour une surprise, c’en est toute une! Qui aurait pu avoir une pareille vision, une semblable prémonition, voir partir notre Julio aussi abruptement ? Tu étais l’homme de toutes les occasions, un homme de raison. Un être intègre, fier, et sans enflure de l’égo, aussi agréable dans une discussion animée qu’autour d’un barbecue à parler de tout et de rien. Ton charme discret et sympathique plaisait à tout un chacun. Un mot gentil pour lui, un câlin pour elle, une réponse surprenante et comique pour la galerie. De partout, le rire à gorge déployée fusait. Autour de toi, mon Julio, nul ne s’ennuyait. Les petits tourments du quotidien, l’exil, les nouvelles de lakay, noires ou bleues, se prenaient comme un apero... 

Donc, Frérot, qui aurait pensé te voir laisser aussi tôt la caravane. Pétillant d’esprit, remuant des souvenirs de jeunesse, vécus ou glanés çà et là dans l’amphithéâtre jérémien, nous étions toujours suspendus à tes lèvres, écoutant tes narrations, partageant tes analyses sociétales, ou buvant tes anecdotes avec délectation, en attendant la fin toujours rigolote. Tu nous laissais une impression de bonheur éternel, de joie sans bornes que le stress du pays d’accueil n’arrivait pas à ébranler. Nous croyions en ton étoile et ta compagnie était toujours attirante et très recherchée, pour atténuer nos angoisses existentielles et personnelles. Tu aimais le monde et tu carburais à la chaleur humaine.

Dis, qui aurait deviné ce départ hâtif, sans tambours, ni trompettes! Par amour pour tes compatriotes et tes amis, tu as vécu ta maladie en silence. Même tes frères et sœurs n’étaient au courant du drame que tu vivais. Sans te plaindre, tu marchais allègrement vers la porte du débarquement, avec la même gentillesse, le même flegme, le même trait sympathique, sans un dernier au revoir. Sachant que tu seras toujours dans nos cœurs, tu as choisi de ne pas nous dire adieu. Peut-être, est-ce mieux ainsi, tes souvenirs heureux vont continuer à nous délecter pour le meilleur.

Homme affable et tranquille, Julio nous laisse sans voix. Orateur et communicateur hors  pair, il est arrivé très jeune au Québec et s'est très vite intégré à son pays d'adoption. À réfléchir au côté placide de son existence et à son allure débonnaire, je crois avoir trouvé d’où lui est venu ce calme olympien qui lui prodiguait cette allure confiante. Parmi ses anecdotes les plus rocambolesques, je pense avoir retracé la source de cet instinct de gagnant. La voilà!

Julio Gauthier, sa femme Jocelyne, Herve Gilbert, Max
Dorismond, le 13 août 2019 à Montréal, lors du  lance 
ment du livre  de Max Dorismond.                                    
Fils d’un célèbre avocat de la ville de Jérémie, l’un des plus brillants de son époque, Me Félix Philantrope, pour ne pas le nommer, Julio était à la bonne enseigne. Un jour, vers l’âge de 7 ou 8 ans, Julio a commis une maladresse. Son père le gronda et le fit monter seul à l’étage, au grenier, pour y passer la journée en guise de punition. Contrarié, le petit Julio se mit à hurler de toutes ses forces, à ameuter le voisinage, tout en répétant qu’il allait se jeter dans le vide, qu’il allait se tuer.

À bluffeur, bluffeur et demi, Maître Fé, ne fit ni deux, ni trois. Il appela Boss Paisible, un menuisier du quartier, et lui ordonna de monter là-haut et de prendre la mesure du cercueil du pleurnicheur. Boss Paisible s’exécuta et trouva notre Julio debout dans la pièce. Il sortit son ruban à mesurer. À partir du front du futur macchabée, il le déroula verticalement vers son pied en notant sa longueur. Étonné, ce dernier, estomaqué, questionna le menuisier : Pourquoi cette mesure?

C’est pour ton cercueil, mon ami! Ton père t’a entendu crier que tu voulais te tuer, il m’a prié de prendre ta mensuration pour être prêt au cas où tu réalises ton désir!

En entendant le mot cercueil, le petit Julio, pris de panique, péta une coche et dévala l’escalier pour aller demander pardon à son père, et promettre de ne plus jamais menacer de se jeter dans le vide, de ne plus jamais lui déplaire, etc.

Cette leçon de vie d’un père strict a façonné son caractère, a développé sa capacité à reconnaître, qu’en dépit de toutes les différences, les liens humains qui nous unissent sont les plus forts et surpassent tout. Il a choisi d’être toujours gentil avec les autres, de les aider à passer à travers les soubresauts du quotidien, sans heurts et avec bonheur.

C’est sans doute, ce souci de ne pas déranger qui l’a poussé à vivre solitairement sa maladie, avec stoïcisme, sans perturber le bien-être de sa famille, de ses amis et de ses connaissances.

Mon cher Julio, avant de te dire Adieu, nous te disons : M-E-R-C-I pour ton attention constante envers les autres, tout au long de ta vie!

Haïti Connexion Network et moi, présentons nos sincères condoléances à Jocelyne-Frédéric, ta femme, à tes garçons, Jules-André,  Jean-Marc, Hendrick, à tes frères, à tes sœurs, aux familles  alliées : Gauthier, Philantrope, Bazile, Dorismond, Frédéric, Laroche, Clermont, Jacob, Appolon, Binette…et à tous ceux-là, parents et amis et connaissances, que ta soudaine disparition interpelle.

Max Dorismond
Pour Haïti Connexion Network

Friday, June 19, 2020

Déconfinement: le monde est entré dans une « phase dangereuse », dit l'OMS

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS

Le déconfinement est à l'ordre du jour dans de nombreux pays touchés par la pandémie de coronavirus, mais cela fait entrer le monde dans une «phase dangereuse», a mis en garde vendredi l'Organisation mondiale de la santé.
«Le virus continue de se propager rapidement, il reste mortel et la plupart des personnes restent exposées», a averti le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, précisant que ses services avaient recensé jeudi plus de 150 000 nouveaux cas, un record sur une seule journée depuis le début de l'épidémie.

Près de la moitié de ces cas ont été enregistrés sur le continent américain et la pandémie progresse également en Asie du sud et au Moyen-Orient.

Le chiffre des 456 000 morts (et plus de 8,5 millions de cas) a été franchi vendredi, selon des statistiques officielles collectées par l'AFP, mais que les experts estiment largement sous-estimées.
M. Ghebreyesus a admis que «beaucoup de gens sont évidemment fatigués de rester chez eux. Les pays sont désireux de rouvrir leur société et leur économie», mais la fin des mesures de confinement ou de restriction à la mobilité fait «entrer le monde dans une phase nouvelle et dangereuse», a-t-il prévenu.

En Italie, les autorités sanitaires ont observé la semaine dernière des «signaux d'alerte liés à la transmission» du Covid-19, notamment à Rome, indiquant que «la circulation du virus est encore importante» et ont pour cela lancé vendredi un appel «à la prudence».
Deux foyers ont été identifiés ces derniers jours dans Rome, où les autorités sanitaires assurent que la situation est «sous contrôle»: l'un dans un immeuble illégalement occupé d'un quartier populaire, l'autre dans un hôpital.

«Cela devrait inciter à la prudence, car cela indique que dans certaines parties du pays, la circulation du virus est encore importante», pointe le rapport hebdomadaire pour la semaine du 8 au 14 juin de l'Institut supérieur de la santé (ISS).

Dans le pays, des experts partis à la recherche de traces du virus dans des échantillons d'eaux usées ont déterminé qu'il était présent dans les égouts de Milan et Turin dès le mois de décembre 2019, soit deux mois avant que le premier malade ne soit recensé dans le pays.
L'Institut cite également une étude espagnole qui a identifié le virus dans les eaux usées de Barcelone recueillies vers la mi-janvier, «environ 40 jours avant la notification du premier cas autochtone» en Espagne.

«Nos résultats confirment l'évidence acquise désormais au niveau international sur l'importance de la surveillance du virus dans les échantillons prélevés dans les eaux usées», assure Luca Lucentini, un responsable de l'ISS.

Cette technique sera mise en oeuvre en juillet avec la surveillance d'éventuelles traces du virus dans les eaux usées dans des localités touristiques italiennes.

Face à la crise économique gravissime provoquée par la pandémie, les dirigeants de l'Union européenne se sont réunis vendredi par visioconférence, mais n'ont pris aucune décision, prévoyant de se retrouver mi-juillet à Bruxelles pour trouver un accord sur un plan de relance massif.
Un accord sur ce plan de 750 milliards d'euros, destiné à sortir le Vieux Continent d'une récession historique, marquerait une étape majeure dans la construction européenne. Car cette somme sera pour la première fois empruntée au nom de l'UE sur les marchés, brisant le tabou d'une dette commune européenne.

Le sommet virtuel a permis à chaque dirigeant de dévoiler ses objectifs et ses marges de négociation sur la proposition de la Commission destinée à soutenir une économie européenne sinistrée.
Il faudra en particulier vaincre les réticences des quatre «frugaux» - Pays-Bas, l'Autriche, Suède, Danemark - très réservés sur ce plan, qui bénéficieront avant tout aux pays du Sud.
Sur le front de la pandémie, 25 nouveaux cas ont été recensés vendredi à Pékin, portant à 183 le nombre des nouveaux malades depuis la semaine dernière dans la capitale chinoise de 21 millions d'habitants.

Les autorités chinoises ont publié des données scientifiques laissant penser que le virus responsable du rebond épidémique à Pékin serait une version ayant circulé sur le continent européen il y a plusieurs semaines ou mois.

«Il est possible que le virus qui provoque aujourd'hui une épidémie à Pékin ait voyagé depuis Wuhan jusqu'à l'Europe et soit maintenant revenu en Chine», estime Ben Cowling, professeur à l'École de santé publique de l'Université de Hong Kong.

En Ukraine, où les restrictions à la circulation ont été levées le 11 mai, les autorités ont indiqué qu'elles allaient réimposer par endroits des mesures de confinement.

«Dans certaines régions, des restrictions strictes doivent être imposées», a indiqué le ministre de la Santé Maksym Stepanov, le pays ayant enregistré, en trois jours, un troisième record quotidien de nouveaux cas, avec 921 contaminations.

Au Maroc, le ministère de la Santé a fait état vendredi de 539 nouveaux cas, le bilan quotidien le plus élevé dans le royaume depuis l'annonce du premier cas début mars.
Jusqu'ici, le Maroc, 35 millions d'habitants, enregistrait quotidiennement moins d'une centaine de cas en moyenne.

Aux États-Unis, où un rebond du coronavirus a été observé dans une vingtaine d'États, notamment dans le Sud et l'Ouest du pays, l'expert en maladies infectieuses Anthony Fauci a estimé, dans un entretien avec l'AFP, que de nouvelles mesures de confinement ne seront pas nécessaires.
Selon lui, il faut privilégier une gestion très locale et souple de l'épidémie, en particulier sur la question de la réouverture des écoles.

Les États-Unis, où près de 120 000 décès ont été déplorés, sont de loin le pays le plus touché au monde par la pandémie.

Wednesday, June 17, 2020

Condamné pour polygamie : Il a 24 femmes et 149 enfants


La juge a révélé que certaines des épouses avaient à peine 15 ans quand elles s’étaient mariées
Cranabrook, Colombie Britannique, vendredi 29 juin 2018 ((rezonodwes.com))– Winston Blackmore, un citoyen canadien de la Colombie Britannique, ayant 24 femmes et 149 enfants, a été reconnu coupable de polygamie par la justice fédérale.

Un autre résident de cette région, James Oler, avec 5 femmes et 11 enfants, a lui aussi été épinglé pour la même cause. Ils sont tous les deux leaders d’un groupe religieux fondamentalistes.
La juge de la Cour suprême, Sheri Ann Donegan, déclarant qu’il était délicat de trouver une juste sentence, compte tenu de la gravité de leurs infractions, n’a pourtant pas infligé de temps de prison aux deux hommes qui devront purger leur peine en résidence surveillée.
Blackmore a écopé mardi de six mois en résidence surveillée, avec possibilité d’aller travailler et de faire face à des urgences médicales, suivis de douze mois de probation. Oler est, de son coté, condamné à trois mois d’assignation à résidence, suivi de 12 mois de probation.
Selon la juge Donegan, Blackmore. 61 ans, a fait savoir qu’aucune condamnation ne l’empêchera de pratiquer sa foi.  Donegan a également déclaré que les crimes d’Oler ont été motivés par ses «croyances religieuses sincères qui lui ont été inculquées dès son plus jeune âge».



Sunday, June 14, 2020

Les ailes noires des anges gardiens du Québec ont plombé leur envol



Par Max Dorismond

« Ils sont venus, ils sont tous là »! Des rêves pleins la tête et les « bagages minces », ils se présentent à toutes fins utiles à la frontière américano-canadienne, au chemin Roxham et se constituent prisonniers ou réfugiés. Ce sont les immigrants de la nouvelle formule. Pour survivre, ils s’engouffrent dans le milieu hospitalier, surtout dans le réseau des CHSLD1 au salaire minimum en acceptant n’importe quoi.

À ces endroits tristes et désespérants, avec un agenda de fin d’existence, le tableau n’est point invitant. Ils y côtoient les gens du troisième âge, malades, séniles, déments etc, sur leurs derniers milles, dans le train de la vie qui laisse descendre à chaque arrêt, un ou deux de ces candidats qui s’en vont dire bonjour à St-Pierre.

Bien avant le dernier adieu, plusieurs d’entre eux ne recevaient aucune visite. Leurs journées, monotones à souhait, « ne payaient pas de mine ». Ces humbles immigrants, appelés « Préposés au malade », se sont transmués en leurs enfants adoptifs, car leurs services premiers, toilettage, bain, nourriture et autres étaient assurés par ces serviteurs affables, et souriants, tombés du ciel. Ils s’échinent comme de véritables esclaves, avec un salaire de misère, facilitant une généreuse distribution de dividendes aux proprios de ces boîtes de fin de vie. C’est ainsi que, pour plusieurs pensionnaires, ils avaient hérité du nom d’Ange-Gardien.

Puis, soudain, le choc! À la fin de l’hiver 2019, un invisible virus fit son apparition : C’est la covid-19. Un poison foudroyant qui tue sans demander son reste. Les personnes âgées et les employés tombent comme des mouches. Plusieurs des professionnels désertent et prennent congé en catimini. Il s’ensuit une pénurie de main d’œuvre. Pour éviter la désertion, on sort le violon pour louer le courage des braves. Le titre d’Ange Gardien est accolé à tous ceux qui opèrent dans le milieu. C’est la fête, la grosse fanfare, les banderoles… On les applaudit pour tromper la mort.

Hop-là! En s’approchant un petit peu, on remarqua qu’il y manquait beaucoup d’infirmières sur la première ligne de soins. Dans les CHSLD ou autres centres pour aînés, les vrais anges se révèlent être des préposés-immigrants, sans masque et sans protection, qui faisaient le sale boulot sur la ligne de feu. Et pire encore, selon les agences qui les livrent, pieds et mains liées, à ces mouroirs dédiés, ils n’ont pas le droit de refuser de travailler sous aucun prétexte, sous peine de ne pas obtenir le salutaire « document de travail » qui leur procurera le statut de   résident. Joignant l’utile à l’exécrable, ils y travaillent 16 heures et parfois 24 heures, passant en des places différentes pour gagner leur pitance. Ce qui a eu pour conséquence de répandre le virus d’un point à un autre.

Haro sur le baudet! Du jour au lendemain, les anges sont déchus. En pleine pandémie, on a trouvé le bouc émissaire parfait qui distillait le poison fatal. L’émotion a une province. Ah! Les maudits immigrants. Tout a failli basculer, et même le lynchage n’était pas trop loin, si certains malades reconnaissants et d’autres professionnels avisés ne s’étaient pas mis debout, pour sortir du puits la vérité toute nue et se porter à la défense de ces infortunés, exploités à outrance, par des assoiffés de richesse facile, comme jadis, sur le dos des esclaves.

Ces bons samaritains ont prouvé, noir sur blanc, que le système était croche depuis des lustres, au point que les familles disposaient des caméras cachées dans les chambres de leurs proches pour les protéger contre certains abus, pensent-elles, en raison d’une pénurie chronique de main-d’œuvre, depuis l’an 2000. Mais les gestionnaires n’en avaient cure.

En réalité, ce n’est jamais la faute des immigrants. Au contraire, ces pauvres anonymes étaient toujours placés en première ligne. Voilà pourquoi ils tombent et meurent par grappes. Le triste cas du préposé Marcelin François, décédé chez lui, dans un cri de rage, « Mon Dieu, je meurs, laissant mes deux enfants », dixit sa femme, en est une preuve vivante. Au contraire, acclamez-les. Décorez-les. Ils ne sont point des démons. Le système a longtemps roulé sur leur dos. Chercher l’erreur.

En effet, pour avoir une idée précise de la tâche de ces anges aux ailes noires, relisons quelques extraits d’un texte de Pierre Foglia, du journal La Presse de Montréal, écrit en 2014, relatant un instant dans la carrière et la vie des « Préposés au malade », dans les hôpitaux, dans les centres spécialisés, tels les CHSLD, à l’époque où certains parents, outrés de la carence des soins, posaient des caméras cachées dans les chambres de leurs proches.

La caméra pas cachée. (De Pierre Foglia)

« Une plainte monte du couloir. Encore M. Filion, dit une préposée. Encore constipé. La plainte devient une sorte de beuglement. Ça doit être coincé et ça le déchire, commente une autre préposée, j’y vais. Elle entre dans la chambre où M. Filion, prostré, impuissant, humilié sans doute aussi, pleure doucement. La préposée lui prend la main. Là, là, M. Filion, on va arranger ça. Elle baisse son pyjama, défait sa couche et, de son doigt ganté, dégage l’anus du vieux monsieur ».

« La caméra avec laquelle j’écris cette chronique n’est pas cachée. Ce que je vous montre, n’importe qui peut le voir. Prenons la plus courante des tâches, celle qui est répétée le plus souvent dans tous les CHSLD de la province. Le bain partiel quotidien. Avec un gant de caoutchouc, la préposée lave la figure, les fesses, la vulve, le pénis du vieux ou de la vieille. Enlève les champignons de son nombril avec un coton-tige. Éponge le liquide brun et épais qui suinte de ses oreilles… »  

« Nettoyer les ongles des mains. Mais surtout sous les ongles. Je viens de le dire, 80 % des bénéficiaires sont en couche. Plusieurs jouent dedans. Avec la sénilité revient, comme chez les tout-petits, la fascination de la merde. Mais parfois, aussi, c’est tout simplement parce que ça les pique… »

« Les nourrir. Madame X, madame Y, monsieur Z ont pris place dans leur chaise à têtière, qui leur tient la tête droite. Pour les gaver, une seule préposée, assise, elle, sur une chaise à roulettes pour pouvoir aller plus aisément de l’un à l’autre. Hop, une petite cuillère de crème de blé à madame X. Hop, une autre à madame Y. Oups ! Monsieur Z ne veut pas ouvrir la bouche. Miam-miam, la bonne crème ! Hop, elle revient à madame X, qui a régurgité. D’abord lui essuyer les coins de la bouche avec une serviette en papier. S’il vous plaît, monsieur Z, je vais me faire gronder par l’infirmière si vous ne mangez pas. Les lèvres de M. Z se desserrent, il aspire un peu de crème de blé. S’étouffe, la recrache. La préposée en a plein ses lunettes. Finalement, c’est madame Y qui a presque tout mangé. Et quand elle a été bien pleine, elle a déféqué. Hon ! Madame Y ! Venez, on va vous changer… »

« Reconnaissez au moins que ce n’est pas un job comme les autres. Que ce n’est pas un job normal. Reconnaissez que ceux et celles qui la font sont admirables. Pour moins de 400 piastres2 net par semaine, sacrament3, les mains jusqu’aux coudes dans la marde4 de vos parents. Et vous les espionnez? Et vous les traitez de chiens sales? Vous n’avez pas honte? ».

En effet, du jour au lendemain, le public qui rêvait de fêter des anges aux ailes blanches, vient de découvrir tout le contraire. La reconnaissance en a pris pour son rhume. Certains grands-cœurs réclament la résidence permanente pour ces malchanceux. Les gouvernements hésitent. Un programme a été mis sur pied pour embaucher de vrais anges à 26,00$ de l’heure, moyennant une formation de 3 mois, payée 21,00$ l’heure. Les demandeurs d’asile en sont exclus. C’est à ne rien comprendre!

Les politiciens agissent selon le baromètre du vote et non du cœur. À les voir refuser ces immigrants décidés, qui vont jusqu’à s’immoler sur l’autel de la stupidité pour s’intégrer dans leur pays d’accueil aux fins de contribuer à l’édification d’une société juste basée sur la liberté, l’espoir et l’optimisme... C’est à perdre le nord!

Néanmoins, nous n’avons encore rien vu. Pensez-vous que même à 26,00$, l’ange aux ailes blanches aura tout le courage de l’immigrant pour « défaire la couche et, de son doigt ganté, dégager l’anus du vieux monsieur? ». Je les vois déjà! L’avenir nous le dira!

Max Dorismond







Attention : Dernière nouvelle, sous la pression des citoyens estomaqués et des manifestations de rue, aujourd’hui 12 juin 2020, selon la Télé de Radio-Canada, le gouvernement fédéral a décidé d’accorder le statut de Résident aux réfugiés-immigrants, ces « préposés au malade », ces Anges aux ailes noires qui avaient risqué leur vie dans les CHSLD.


Note :
1 – CHSLD : Centre d’hébergement et de soins de longue durée, pour les personnes âgées en perte d'autonomie sévère dont la condition requiert une surveillance constante, des soins spécialisés et dont le maintien à domicile est devenu impossible et non sécuritaire.

2 – Piastre : C’est pour l’auteur un emploi fantaisiste du mot dollar. Dans la réalité, la piastre est le nom commun de différentes monnaies. C'était initialement, au XVI siècle, une monnaie de la république de Venise.

3 – Sacramant : Toujours une utilisation fantaisiste de l’auteur en faisant un jeu de mots avec « sacrement ». Pour tout dire, au Québec, les expressions liturgiques sont utilisées comme jurons.

4 – Marde : Idem pour le mot « merde »

Thursday, June 11, 2020

Ti Amélie, témoin privilégié de grands drames à Jérémie

Ti Amélie dont l'image ne s'efface jamais de nos rétines
Ti Amélie, cette statue érigée sur la place Dumas, est témoin de plein d’histoires dans la ville de Jérémie, dans la Grand’Anse. Depuis son érection sous le président Fabre Geffrard (1859- 1867), elle a les yeux rivés sur l’église Saint-Louis, roi de France. Après le passage de l’ouragan Matthew, la statue semble indiquer au visiteur l’état du désastre. Le toit de l’église a été emporté par les vents violents ; sa façade orientée vers la place est fracturée.
La petite Amélie, couronnée en août dernier par Festi-Amélie, un événement culturel qui porte son nom, s’auréole d'une légende. On prête un grand pouvoir à ce témoin muet. Elle est source d’inspiration pour les artistes. Robert-Josaphat Large l’a immortalisée dans un livre de photographie « Jérémie et sa verdoyante Grand’Anse », Eddy Cavé l’a portée aux nues dans « Jérémie dans la mémoire de la petite Amélie ». Maurice Léonce, 95 ans, nonagénaire encore vert, prend toujours plaisir à raconter l’histoire de cette statue venue d’Italie qui accroche la mémoire jérémienne comme une chanson ou un tableau de maître. Il sait que plusieurs amours qui ont défié le temps ont vu le jour aux pieds de la statue voilée par son cache-sexe.
Élevée dans l’eau, cette statue-fontaine, du lieu où elle est placée, a versé beaucoup de larmes sur les drames qui ont jalonné les jours de la cité des poètes. Les vêpres jérémiennes en 1963 qui sonnèrent le glas de la bourgeoisie mulâtre de Jérémie fêla ses oreilles. Elle dut retenir par cœur le nom des jeunes du groupe Jeune Haïti tombés pendant leur débarquement dans la Grand'Anse sous la dictature du président à vie François Duvalier, pour ne pas oublier une miette de cette histoire rouge de sang dans la mémoire jérémienne.
Quand ce n’est pas une rivière de sang qui coule dans le passé de la Grand’Anse, c’est le vent qui la fouette avec fureur.
En 1954, l’ouragan Hazel souffla des rafales de vents dans les oreilles de la petite Amélie. Elle vit s’abattre la faim, la maladie sur la ville où elle élit domicile au XIXe siècle. De son socle, elle avait regardé de ses yeux inquiets, une foule de paysans tenaillés par la famine prendre d’assaut la ville et construire des bidonvilles avec la bénédiction du président Paul Eugène Magloire. Ainsi naquirent les taudis de Sainte-Hélène et Nan pousyè.
Ti Amélie a connu la férocité de tous les vents mauvais qui ont balayé la Grand'Anse : Flora, Cléo, Ike, tant d’ouragans qui ont mis le doigt sur la question de l’habitat dans ce département. Chaque fois que ces ouragans trouvent sur leur trajet ces habitations, ils provoquent inéluctablement des catastrophes. La statue dressée sur la place Dumas prend l’église Saint-Louis, roi de France, à témoin et nous interroge du regard.
Quand l’État haïtien viendra-t-il poser les questions de l’environnement et de l’habitat ? A quand une réelle prise en charge du territoire haïtien abandonné à son sort ? Ces problèmes, s’ils ne sont pas résolus avec la dernière énergie d’un État digne de représenter son peuple, risquent de s’aggraver. Pourquoi cette attitude suicidaire sur toute question d’ordre environnemental ? S’abandonne-t-on au gré des vents, au gré du comportement anarchique de notre population sur l’environnement et toutes autres catastrophes de la nature jusqu’à ce qu’on soit rayé de la Caraïbe ?
Ti Amélie écrit dans son carnet les saisons cycloniques. Elle sait pertinemment qu’elles reviendront. Une semaine est passée, depuis que Matthew a frappé ; l’ouragan continue de frapper dans les esprits. Autour de la statue, les ruines de la ville; dans sa mémoire, les représentations du coup de ce monstre venu du fond de l’océan Atlantique. Elle regarde les convois humanitaires défiler dans la ville. Elle voit aussi arriver des candidats convertis en humanitaires qui promettent monts et merveilles à cette population aux abois, dans une Grand' Anse blessée, balayée et ruinée dans sa nature naguère si riche et verdoyante.

Tuesday, June 9, 2020

L’Amérique m’a donné le goût d’idolâtrer mes ancêtres nègres

George Floyd - Sculpture d'un Haïtien

Par Max Dorismond



L’Amérique! insolente Amérique! À chaque fois que je visionne une vidéo, une ancienne photo relatant tes scènes de violence ou de barbarie contre les Nègres, il me revient à l’esprit, la superbe ballade martiale chantée par notre célèbre Guy Durosier : « Nous », où il te décrit comme « la civilisée qui est morte deux fois de sa belle mort » etc.

En effet, chère Amérique, avec « L’agent orange » que tu as comme président, tu viens de faire la preuve par dix, une fois de plus de plus, que la fin de l’empire est proche. On prépare déjà ton requiem.

Plus de 400 ans se sont écoulés et ta haine immuable des Nègres, qui t’ont enrichie, n’a pas oscillé d’un iota vers le bas. À voir avec quelle aisance, le policier Derek Chauvin, la main dans les poches assassine George Flyod, on le croirait en safari, quelque part dans une brousse africaine, à la chasse au lion, un genou sur son trophée, le torse bombé et fier, dans une pose triomphante, exhibant l’animal vaincu. Ah, l’Amérique, toi, la civilisée, l’industrieuse, la progressiste!

Comment en est-on arrivé là en plein XXIe siècle?
Nous sommes en face du dernier relent du mépris du Nègre qui sévissait depuis le XVIIe siècle dans la psyché des ancêtres des suprémacistes blancs. Il faut remonter très loin pour retrouver la cause. Avec, par exenple, Montesquieu, se portant à la rescousse de la dégradation de la conscience européenne dans l’ascension esclavagiste, il a fallu déshumaniser le Nègre pour éviter les problèmes avec sa propre chrétienté. En fait, il soutient1 : « On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps si noir » et il renchérit, « Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens ».

Cette même théorie de désensibilisation, de déculpabilisation, cette inventivité au service de l’horreur, a été aussi utilisée par les Allemands contre les Juifs, pendant la 2e Grande Guerre. Elle avait enlevé tout sentiment humain aux soldats du 3e Reich dans l’assassinat inconscient de plus de 6 millions des descendants d’Abraham.

Déshumaniser, c’est faire de l’autre, un animal, un être incapable de s’imbiber d’aucun sentiment de probité. Donc, un être vivant, propriété d’un maître, un bien meuble, un élément voué à subir tous les crimes innommables, sans nulle responsabilité de l’auteur, d’où le plaisir de le lyncher en public, d’écrabouiller sa tête, d’écarteler son corps, de l’écraser comme on se débarrasse d’une punaise, sans aucun remords, à cette époque pas trop lointaine.

 Guy Durosier - Nous 

Dans leur psyché, les Nègres n’ont pas d’âme et l’idée de race devient une conception sociétale. La servitude s’est révélée un crime qui bafoue toutes les lois humaines, celles de la raison et toutes les lois naturelles et morales. Et cette race infortunée se trouva à tout jamais marquée du sceau du tragique.

Au fil du temps, les médias, les universités, les intellectuels ont caché l’histoire de l’esclavage pour ne pas révéler au monde, dit civilisé, les tares, les crimes répulsifs d’une société supposément avancée. Ainsi, les sous instruits, tels que ce policier, éprouvent toujours le désir de prouver à leurs admirateurs que nous sommes toujours au siècle révolu, que l’homme noir est un animal à abattre sans complexe.

Tout ce détour, c’était pour arriver à cette sublime pensée que la liberté, le respect humain ne se quémandent pas. Ça s’acquiert. Point final! Les familles noires américaines pleurent et pleureront toujours, parce qu’on leur avait fait don de cette liberté. Ils n’ont pas eu la chance des Haïtiens. En conséquence, rien ne changera la psychologie des « têtes carrées Yankees ». Elles pataugent encore dans les limbes de l’histoire des siècles antérieurs.

D’ailleurs, si Haïti ne s’était pas mis debout pour arracher, de leur gosier, son indépendance, aujourd’hui encore, bon nombre de nations seraient dans les fers. Par contre, les suprémacistes de l’Occident se sont ligués contre elle, en déployant tous les artifices possibles et imaginables pour lui faire payer son audace, aux fins de l’offrir en exemple à tous ceux qui rêvent à cette échappatoire.

Conséquemment, nous sommes pauvres, il est vrai, mais fiers de marcher, non pas à genoux, mais la tête haute. Un Derek Chauvin fou peut nous tuer chez nous, pour autre chose, mais pas à cause de notre couleur ni de notre classement dans le règne animal. Nos ancêtres avaient rayé cette vision de leur cerveau pour toujours et pour l’éternité.

Pour ce, mes chers et adorables libérateurs, J.J. Dessalines, Toussaint Louverture et les autres, étant loin, je dépose par la pensée, des pétales de roses écarlates sur vos tombes, à chaque jour qui passe, pour vous remercier de nous avoir évité de mourir sous les genoux des racistes à la façon de George Floyd. Mille fois merci!

Max Dorismond



NOTE

1 – Montesquieu ( 1689-1755 ) : « De l’esprit des lois » (1748). Livre xv, Chapitre v