Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Friday, April 12, 2019

Donald Trump - Les shit hole et l’Intelligence Artificielle (IA)


Par Max Dorismond




À la vue de ce titre, et l’état dans lequel végète notre île, le lecteur aura à s’interroger sur le rapport étonnant entre l’intelligence artificielle et Haïti, un pays ankylosé dans le brouillard de l’évolution naturelle des choses, une nation qui a raté toutes les révolutions modernes, agricoles, industrielles, informatiques, et que sais-je! Je comprendrai assez bien son scepticisme. Mais le jeu en vaut la chandelle. Je l’invite à me suivre dans mon analyse.

Aujourd’hui, nous nous trouvons à la croisée de deux révolutions : la technologie de l’information (l’Infotech) et celle de la biotechnologie (la Biothec), dont le jumelage, à force de prouesses algorithmiques1, vient de placer l’humanité entière devant un dilemme inattendu : l’Intelligence Artificielle (IA). C’est un domaine dans lequel nous sommes totalement dépassés, et de très loin, par des robots, capables d’apprendre plus vite que nous, d’agir plus rapidement que nous, avec, à la clé, la possibilité de fabriquer leur propre modèle à l’infini, sans rechigner, sans se fatiguer.

Soulignons entre autres, que les raisons de ces réflexions et recherches avaient, pour origine, une troublante interrogation qui n’a jamais cessé de hanter mon esprit depuis l‘insolent coup de gueule de Donald Trump, lors de l’épisode des « shit hole » contre certains pays du Sud, (de l’Afrique, de l’Amérique latine et des Caraïbes), qu’il a outrageusement humiliés, lors d’une saute d’humeur incontrôlable, sa marque de fabrique.

Je ne pouvais, jusqu’ici, m’expliquer cette insultante rebuffade publique d’un chef d’État, d’un pays hyper puissant par rapport à d’autres, les plus négligeables parmi les négligés, qu’il ne porte pas dans son cœur. De pareilles expressions peuvent se retrouver, par accident, sur les lèvres de n’importe quel officiel, en circuit fermé. Je n’en disconviens pas. Mais, de là à crier sa rage, face aux caméras, il y a loin de la coupe aux lèvres. Pour ce, depuis lors, je me suis attelé à la tâche de trouver la raison de cette déraison, quitte à perdre la notion du temps.

Les robots sont prêts à nous remplacer dans nos usines.
D’entrée de jeu, parlant de l’IA, je dois vous annoncer, cher lecteur, que le travail que vous effectuez, aujourd’hui, n’existera peut-être pas sous sa forme actuelle dans vingt ou vingt-cinq ans. D’ailleurs, le penseur Jean-Jacques Servan Schreiber, dans ses brillantes analyses et synthèses dans son bestseller, « Le Défi Mondial », publié en 1981, avait traité de la notion de la disparition des emplois bien rémunérés avec l’exemple des robots qui fabriquaient déjà de A à Z, depuis le début des années 70, les automobiles Toyota, au Japon. Il prétendait depuis cette époque, que nous nous dirigions tout droit vers une société de loisirs, où les robots étaient prêts à nous remplacer dans nos usines. C’était l’ancêtre de l’IA. Sans omission, tout au long de cet ouvrage, il prenait en compte, d’une façon obsessionnelle, le devenir du Tiers Monde avec l’arrivée de cette nouvelle méthode.

Partant du régime de l’intelligence artificielle, (IA), ce futur appréhendé par J.J. Servan Schreiber est bien palpable dans notre quotidien.  Tout, et absolument tout, sera effectué par une machine intelligente, en un mot, un ordinateur, un robot, ou mieux, par d’autres appareils hyper sophistiqués qui dépassent l’entendement. Plusieurs exemples assez édifiants nous apportent cette surprenante preuve. La triste histoire de la disparition, dans les années 80, de la compagnie Kodak est assez éloquente.

Le système libéral dans lequel nous évoluons est arrivé au bout de son rouleau. Anesthésié par des décennies de succès, il ne voyait pas venir cette transformation radicale. L’adversaire est de taille. Il n’est pas idéologique, mais bien scientifique. Pour nos leaders internationaux, l’apocalypse est pour bientôt. Ils doivent penser à la refondation du Monde. D’autres paramètres devraient être réinventés de toutes pièces pour faire face à la musique. Certains penseurs ont même évoqué la révision de la théorie économique de Karl Max pour éviter le chaos à venir. D’autres vont jusqu’à déclarer que Marx avait amplement raison. Sauf qu’il fût en avance d’un siècle sur son temps.

En effet, selon l’écrivain futuriste, Yuval Noah Harari, dans son récent bouquin : 21 leçons pour le XXIème siècle, ce fut le branlebas général sur terre, le 7 décembre 2017. Un ordinateur de Google, connu sous le nom de Alpha Zéro, est parvenu à dominer et battre en 100 parties d’échec, (28 gains, contre 72 nuls, 0 défaite), un autre ordinateur (Stocfish 8) qui avait accès à des siècles d’expériences humaines accumulées aux échecs, ainsi qu’à des décennies d’expérience informatique et de pratiques compilées dans ses entrailles. Stocfish avait déjà battu les meilleurs joueurs d’échec au monde.  « Il était capable de calculer 70 millions de positions par seconde, contre 80 000 pour Alpha Zéro, auquel ses créateurs n’ont jamais enseigné la moindre stratégie. Alpha Zéro utilisait plutôt les tout derniers principes de l’apprentissage automatique pour s’entraîner aux échecs en jouant contre lui-même ». Son succès repose sur un algorithme légèrement différent. « C’est une version plus générique » (Voir la note 2, ci-dessous pour plus de détails)

En combien de temps Alpha Zéro a étudié ses stratégies pour vaincre Stockfish : 4 heures! 4 petites heures! Donc, face à ce stupéfiant exploit d’un  logiciel imaginatif, d’un ordinateur capable d’apprendre, de gérer de par lui-même une masse astronomique d’informations, de les synthétiser pour pondre la meilleure des décisions et emporter la mise, l’homme s’interroge! Ahuri, il vient de découvrir qu’il n’est plus maître de l’Univers. Son unique atout, demeure, pour le moment, l’absence de conscience, d’émotion et de sentiment d’une machine capable de se reproduire. Souhaitons qu’elle ne puisse en avoir dans le futur pour que nous soyons toujours en contrôle. Autrement, notre chien est mort3.

Donc, en ce fatidique 7 décembre, tout a été remis en question. Bienvenue aux imprimantes 3D qui confectionnent presque tout, sur mesure. De ta chaussure à ta maison, il n’y a qu’un contacteur à presser, et le tour est joué. Des robots qui fabriquent d’autres robots pour fabriquer encore plus de robots intelligents, c’est comme un jeu de Lego. Des machines ou logiciels qui fabriquent ce qu’on veut sans se fatiguer. Des robots qui labourent nos champs et convertissent l’agriculteur en gestionnaire de production. Les voitures autonomes ne sont plus de la fiction. Elles décorent déjà nos autoroutes. Plus tard, l’école sera entièrement virtuelle. Les grands centres universitaires, avec des salles de classe à l’infini, n’auront plus leur raison d’être. Le centre d’enseignement sera réduit à la grandeur d’un téléphone cellulaire. L’interaction entre l’étudiant et son professeur virtuel carbure aux clics d’une souris. Et ce, 24hr/24.

Ces machines intelligentes sont les réels bénéficiaires des algorithmes, ce processus logique permettant la résolution de tout problème en programmation. Ces derniers, sont en mesure d'optimiser leurs calculs au fur et à mesure qu'ils effectuent des traitements.

Voir cette vidéo, « Projet NEOM – 5G : Notre mort programmée » pour voir exactement où nous en sommes : https://youtu.be/1gKY628VCeY

Plus près de nous, dans les restaurants Mc-Donald, par exemple, les serveurs sont en voie de disparition. Leur nombre a été radicalement réduit. Le client prépare lui-même son menu sur un clavier ou sur un panneau robotisé. Et il est servi sans avoir le temps de dire merci. Dans les grandes chaînes de distribution, telles que Walmart ou Cotsco, certaines caisses automatiques, sans caissier, s’occupent du client et lui remettent sa marchandise, moyennant une preuve de paiement.  

Les penseurs devraient se presser. Il est minuit moins cinq. La vision d’un chômage systémique effraie. L’homme n’était pas né pour l’oisiveté seulement. Ni pour quémander non plus. Son ADN n’a pas été modifié en ce sens. Les préceptes sociaux devraient être revus et corrigés. La civilisation risque de payer un prix fort. Quoi faire?

Pour le moment, les leaders du monde occidental jouent avec la notion d’un salaire de base universel pour tous. En réalité, dans les pays développés, cela existe déjà sous toutes formes d’appellation : allocation familiale, social welfare aux USA, bien-être social, assurances salaires, assurance maladie, assurance chômage, divers services sociaux gratuits, etc... Ils ont été plus loin encore dans leur vision du futur. Vu que c’est une petite élite qui, demain, va posséder  tout l’argent du monde, en produisant exclusivement à coût nul, sera-t-elle prête à partager ce butin entre tous pour ce salaire providentiel?

Hormis les grandes économies qui redistribuent, déjà, une partie du gâteau à une fraction de leur population, il faut revoir de fond en comble le système libéral, le libre échange, le libre commerce, l’exploitation à outrance de l’Afrique, etc... Tout sera remis en question. Or, l’horizon d’un monde entièrement robotisé, selon les prévisionnistes, c’est pour l’année 2050!

En définitive, que deviendra le Tiers-Monde avec ses milliards d’affamés et de chômeurs, qui seront vite classés comme des entités inutiles? À la mention de ces arguments, vous commencez à saisir, assez bien, la raison du renforcement de l’Espace Shengen4 en Europe. Vous comprenez maintenant pourquoi Trump tient coûte que coûte à son mur. Voyez-vous aussi la résurgence du Klu-Klux-Klan, des groupes Néo-Nazi et le thème non équivoque de sa campagne : Make America great again. (MAGA).

Devinez aussi dans quel contexte, après avoir assisté à un briefing5 officiel sur l’état du monde, au lendemain de son investiture, notre surprenant Donald, exaspéré, s’est laissé emporter par la déception. Lui, qui voit en chaque chômeur, un paresseux, un parasite à écrabouiller. Comment envisager qu’il pourrait récompenser « des crétins » avec ses propres sous ou avec les profits générés par les affaires florissantes des riches de ce monde? De là à prononcer son verdict malodorant, le fameux « trou de merde », il n’y a qu’un pas.

Le futurologue Noah Harari en a fait mention dans son bouquin, en se demandant, si les contribuables des pays développés étaient prêts à payer un salaire aux  « chômeurs des pays de merde » (page 58). Or du train où vont les choses en Haïti, au Venezuela, en Amérique du Sud, en Afrique, au Moyen-Orient, etc…, Trump, ne caresse-t-il pas le rêve d’emmurer les États-Unis, une fois pour toutes, en prévision des invasions barbares?

Toutefois, le moment est venu de déshabiller les hypocrites qui nous martèlent, à longueur de discours soporifiques, leurs valeurs libérales et démocratiques, tels que: l’égalité, les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, sans y croire, sans une once d’humanité. Nous sommes acculés à faire preuve de clairvoyance, de prévoyance et d’intelligence pour éviter le chaos annoncé, à l‘ère du Big Data, à l’approche du 5G. Étant tous, partie intégrante du village global, citoyens de « pays de merde » ou non, serrons-nous les dents pour faire face à l’opéra.

Max Dorismond

           
Note -1 : Algorithme : C’est une suite finie et non ambiguë d’opérations ou d'instructions permettant de résoudre une classe de problèmes. (Src. : Wikipédia)
Note – 2 : Apprendre à partir de rien

News sur les échecs | Jouer aux échecs en ligne: Intelligence ...

…… Rappelons que la précédente mouture, AlphaGo Zero, avait prouvé au mois d’octobre dernier sa capacité à mettre KO toutes les intelligences artificielles championnes de Go en seulement 40 jours. AlphaZero repose sur un algorithme légèrement différent. « C’est une version plus générique », indique l’équipe de DeepMind dans son article. Elle n’a donc pas été conçue spécifiquement pour gagner au Go mais à n’importe quel jeu combinatoire. Avec toujours une configuration informatique très particulière puisque la société dispose d'une énorme capacité de calcul avec seulement 4 TPUs, des processeurs conçus pour les programmes d'apprentissage automatique. Comme pour AlphaGo Zero. 
La méthode reste également la même. « Il s’agit de recourir à de l'apprentissage par renforcement non supervisé, c’est-à-dire à partir de rien », nous fait observer Tristan Cazeneuve, professeur à l'Université Paris Dauphine et expert en intelligence artificielle. Au lieu de se nourrir de millions de parties jouées par des humains pour en tirer des enseignements et imiter les coups les plus brillants, l’idée est de progresser « tabula rasa », c’est-à-dire uniquement en expérimentant et en jouant contre soi-même. Avec les règles des jeux pour seul postulat de départ. Src : Chess & Strategy _ L’actualité internationale du jeu d’échec.

Note – 3 : Expression québécoise qu’on peut traduire en créole par :  « ka nou grav » ou « chin mangéw »

Note – 4 : Espace Schengen comprend les territoires des 26 États européens — 22 États membres de l'Union européenne, et 4 États associés, membres de l'AELE — qui ont mis en œuvre l'accord de Schengen et la convention de Schengen signés à Schengen(Luxembourg), en 1985 et 1990. L'espace Schengen fonctionne comme un espace unique en matière de voyages internationaux et de contrôles frontaliers, où le franchissement des frontières intérieures s'effectue librement, sans passeport, sans contrôle. (Src. : Wikipédia)

Note – 5 : Briefing : réunion d’information, de définitions des objectifs

Saturday, April 6, 2019

Encore deux mots à Madame Mirlande Manigat


Par Charles Dupuy

Dans l’article que Madame Mirlande Manigat a consacré à l’affaire de la Consolidation, j’ai pu relever deux erreurs historiques que je me fais le devoir de signaler ici dans l’intérêt du public. Il faut comprendre que Madame Manigat est un professeur d’université dont l’autorité intellectuelle qu’elle exerce sur les catégories cultivées de chez nous ne fait aucun doute. Aussi, laisser sans réponse ces deux écarts historiques serait en quelque sorte les valider aux yeux du public, du jeune public en particulier.

Voici donc la première de ces deux erreurs qui se sont glissées sous la plume de Madame Manigat. Quand elle écrit: «La genèse de ces précarités [économiques d’Haïti] oblige à rappeler les exigences de l’Ordonnance de Charles X de 1825, aux termes desquels l’État haïtien a dû accepter, comme prix de la reconnaissance de l’indépendance, le paiement de 150 millions de francs-or», elle laisse entendre qu’Haïti a dû payer 150 millions de francs-or à la France. C’est une erreur. En réalité, la fameuse dette de l’indépendance s’élevait à 60 millions de francs-or. Voyons comment. Il faut d’abord savoir que le 4 juillet 1825 le baron de Mackau débouchait dans la rade de Port-au-Prince à la tête d’une escadre de treize navires pointant 528 canons sur la ville afin de forcer le gouvernement haïtien à ratifier les termes de l’Ordonnance de Charles X, «octroyant» (sic) l’indépendance aux Haïtiens moyennant le paiement de 150 millions de francs-or. (Comme il l’écrira plus tard, Mackau entendait qu’Haïti «devienne une province de la France rapportant beaucoup et ne coûtant rien») Malgré les objurgations du général Bonnet, son ministre de la Guerre, le président Jean-Pierre Boyer préféra ratifier l’entente. C’était, dira Boyer, dans l’intention d’épargner à la nation les malheurs de la guerre, d’assurer la stabilité de l’État et la sécurité intérieure du pays. Toutefois, cette capitulation souleva un tel tollé que les garnisons du Nord et la Garde présidentielle elles-mêmes menacèrent de se rebeller. L’impopularité de la décision fut si vive que Boyer, mesurant l’ampleur de sa fausse manœuvre diplomatique, préféra négocier avec les autorités françaises un allègement des indemnités. Arrivé sur le trône de France, Louis-Philippe annula l’Ordonnance de 1825, reconnut Haïti comme un État libre et souverain et réduisit le montant des réparations à… soixante millions. C’était le 12 février 1838. Il ne faudra pas moins de cinquante ans (un demi-siècle tout rond) à la république d’Haïti pour liquider la dette de l’indépendance. En effet, c’est en 1885, sous la présidence de Lysius Félicité Salomon, que fut éteinte cette fameuse dette dans son intégralité. Je le répète, la dette de l’indépendance fut effacée en 1885, sous Salomon, et non pas en 1947 comme le répètent trop souvent ceux qui confondent la dette de l’indépendance et celle de 1922 contractée auprès des banquiers de Wall-Street pendant l’Occupation américaine, laquelle dette fut acquittée en 1947 après une mémorable campagne menée sous le gouvernement d’Estimé.        

Si j’ai insisté sur la question, c’est parce que depuis quelques années, en Haïti, une certaine opinion réclame de la France le remboursement de la dette de l’Indépendance, mais encore faut-il connaître le montant exact de la somme qu’il nous faut aller revendiquer auprès des fonctionnaires parisiens. Soixante millions de francs-or, voilà la somme que, rubis sur l’ongle, nous avons payée à la France, le montant total certifié de cet étouffant carcan financier, de cette contrainte économique infamante et qui explique pour une bonne part le sous-développement d’Haïti.        

Plus loin dans son article, Madame Manigat écrit: «au début du 19ème siècle, Haïti subissait les effets de la diplomatie des canonnières dont d’ailleurs elle avait fait l’humiliante expérience avec une série d’affaires: Maunder en 1866, Batsch en 1872, et récemment, l’affaire Luders entraînant le sabordage de la Crête-à-Pierrot par l’amiral Killick.» Disons tout simplement que l’affaire Luders se déroula en 1897 à Port-au-Prince et que l’amiral Killick aura fait sauter la Crête-à-Pierrot dans la rade des Gonaïves en 1902. Donc cinq ans plus tard. Les deux affaires n’étant liées en aucune façon. Il faut savoir ici que Killick avait pris fait et cause pour Anténor Firmin lors de la guerre civile de 1902, et c’est ainsi qu’il intercepta dans le canal de Saint-Marc un navire allemand, le Markomannia, dont il confisqua la cargaison d’armes destinées à la garnison du Cap qu’il transportait dans sa cale. Déclarée pirate par Port-au-Prince, laCrête-à-Pierrot allait être arraisonnée par un cuirassé allemand, le S.M.S Panther, quand l’amiral Killick, afin d’épargner à sa canonnière le déshonneur de la capture, préféra se faire sauter avec son navire. Ce sabordement spectaculaire marquait aussi la fin des derniers espoirs de victoire pour Firmin dépourvu dès lors de tout moyen militaire efficace dans sa guerre.      

Quant à l’affaire Luders, je rappelle qu’elle s’est déroulée à Port-au-Prince en 1897 juste après la condamnation du citoyen Émile Luders par le Tribunal de Paix et la Chambre correctionnelle. Le 6 décembre 1897, deux navires-écoles de la flotte allemande, leCharlotte et le Stein, entraient dans la baie de Port-au-Prince afin de réclamer une indemnité de vingt mille dollars, des excuses à monsieur Luders et un salut de vingt et un coups de canon au drapeau impérial allemand. Signalons que c’est justement la Crête-à-Pierrot qui tira cette salve de vingt et un coups de canon à laquelle répondirent les navires allemands.        

Puisque nous parlons d’Émile Luders, disons pour finir que cet homme qui était de père allemand mais de mère haïtienne est revenu en Haïti après la fameuse affaire pour s’établir de nouveau à Port-au-Prince et prospérer dans le commerce. Un de mes vieux amis m’a raconté comment, poussé par la curiosité, il est allé lui-même dans le magasin de Luders à la Grand-Rue. Et c’est là qu’il a vu un vieil homme assis à son bureau qui, paisiblement, brassait des affaires. C’était Émile Luders. C’était dans les années 1950. C.D.coindelhistoire@gmail.com
(450) 444-7184 / (514) 862-7185            

Encore deux mots à Madame Mirlande Manigat

Thursday, March 21, 2019

Pleins feux sur la culture haïtienne, avec l’écrivaine Yanick Lahens


 Par: Hugues Saint-Fort

La culture haïtienne, l’histoire d’Haïti et la langue créole haïtienne vont trouver une nouvelle occasion de scintiller et d’irradier aujourd’hui jeudi 21 mars 2019 à Paris. En effet, c’est ce soir, à 18h00, donc, dans moins de deux heures que l’écrivaine haïtienne Yanick Lahens donne sa leçon inaugurale au Collège de France, haut lieu du savoir, et situé dans le 5ème arrondissement, au cœur du Quartier Latin, juste à côté du campus de la Sorbonne.

D’abord, deux mots à propos du Collège de France. A ma connaissance, c’est la seule institution universitaire dans le monde qui permet un libre accès au savoir car « les cours du Collège de France sont accessibles à tous, gratuitement et sans inscription, dans la limite des places disponibles. » Devenir professeur (e) au collège de France est le grade suprême dans le monde universitaire français.

« Yanick Lahens est la première personnalité à occuper cette chaire créée en partenariat avec l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Le collège de France et l’AUF entendent ainsi illustrer la diversité et la richesse des mondes francophones en donnant une tribune aux chercheurs des pays ayant le français en partage. Créée pour trois ans, cette chaire accueillera chaque année une grande voix de la francophonie issue de différents domaines des lettres, des arts et des sciences. »

La leçon inaugurale de Yanick Lahens, chaire Mondes francophones (2018-2019) s’intitule « Urgence (s) d’écrire, rêve (s) d’habiter ». Rappelons que Yanick Lahens a obtenu le prix Femina 2014 pour Bain de lune (Sabine Wespieser éditeur). Dans la tradition du Collège de France, la leçon inaugurale est un moment extraordinaire et certaines d’entre elles sont restées célèbres, comme celle de Michel Foucault ou de Pierre Bourdieu.

Yanick Lahens a été invitée ce midi à l’émission La grande tabled’Olivia Gesbert sur France Culture. Pour écouter cette émission, veuillez cliquer sur le lien suivant :https://www.franceculture.fr/programmes

Vous tombez alors sur la grille des programmes à la date du jeudi 21 mars. Vous descendez alors le curseur jusqu’à l’heure 12h02 et l’émission La Grande table culture, Yanick Lahens, l’urgence d’écrire. Vous cliquez ensuite sur le tire La Grande table culture. L’émission dure 28 minutes.

Un passage qui a retenu mon attention de linguiste est celui où Olivia Gesbert a posé cette question à Yanick :

___C’est une langue qui a frôlé la mort, le créole ?

----Ah jamais, a répondu Yanick avec fougue et conviction !

Je vous engage à écouter cet entretien de Yanick avec Olivia Gesbert et puis, bien sûr, la retransmission en direct de la leçon inaugurale en cliquant sur ce lien :

https://www.college-de-france.fr/site/yanick-lahens/Retransmission-en-direct-li-yanick-Lahens.htm

Bonne écoute !

Hugues Saint-Fort

New York, 21 mars 2019  

Tuesday, March 19, 2019

« Le peuple s’est rendu compte qu’il était pauvre »

Le panorama de la zone des gens pauvres en Haïti

Par Max Dorismond

Ce surprenant constat, en titre,  de Restif de la Bretonne, en 1789, lors de la Révolution française, a été ramené dans le décor par l’écrivain Lionel Trouillot, lors d’une interview, suite aux récents évènements du 7 au 12 février 2019 en Haïti.  Il a provoqué chez-moi un déclic qui vient me confirmer les raisons de ce drame, maintes fois annoncé dans mes écrits et dans ceux d’autres auteurs depuis belle lurette.

Personne ne pleure pour les têtus qui jouent aujourd’hui à l’étonné et à l’offensé, en classant ce déferlement prophétisé sous la rubrique de l’irrationnel, de la sauvagerie gratuite d’une masse hideuse, tout en oblitérant leur sourde et inqualifiable violence, le moteur de ce retour d’ascenseur. C’était écrit dans le ciel. C’était prévisible. Mais avec ce peuple bon enfant, aimant rire, chanter et danser, le sursis s’était prolongé. Ayant grandi maintenant, voilà sonner la fin du carnaval des morts-vivants, la fin de la bamboche tropicale.

La terre des ingrats – L’île aux oublieux
Comment sommes-nous arrivés là? En sillonnant l’histoire du pays, vous pouvez facilement détecter les balbutiements de son destin. Avec la découverte du Nouveau Monde, tous les éclopés de l’Europe, les marginaux, les gueux, les pauvres entre les pauvres avaient fait voile vers ses rivages. À l’appel des vainqueurs de la guerre de l’indépendance haïtienne, tous les persécutés de la terre, qui posaient leurs pieds sur l’île, étaient automatiquement Haïtiens. Vinrent ensuite les autres  conflits d’ailleurs et plus tard, les grandes guerres, avec leur lot de persécutés, d’assoiffés de paix, qui ont retrouvé le chemin de cette jeune nation, en suivant l’étoile des Nègres. Dans le rêve de nos ancêtres, cette tribu de rescapés de la géhenne serait naturellement solidaire par nature. C’est sans compter avec la cupidité humaine. Hélas!, Ils se sont trompés d’histoire d’amour.

Ces estropiés du destin n’en avaient cure des premiers habitants qui les avaient reçus à bras ouverts. Pour eux, ce ne sont que des imbéciles à enculer, des niaiseux qui ne savent que faire de leur riche héritage. Ces ingrats rescapés se sont associés avec les tristes sirs de l’élite du pays pour commettre leurs basses œuvres. Tout a été calculé pour exploiter et contrôler la masse jusqu’à l’os : privation de connaissances, fermeture des écoles, confinement à la terre dans l’arrière pays, retour à l’esclavage sans le mot, isolement absolu et division du peuple sur une base de couleur. Sauf un mur de la honte n’a pas été érigé, mais il est virtuellement là, dans les esprits, et contribue  à  la segmentation et au déchirement entre frères de sang.

Souvenirs indélébiles
La terre n’est pas un bloc monolithique. Nous savons tous que la vérité est fade et le mensonge croustillant. Néanmoins, une fausseté, implantée au Nord, finira toujours par pousser la vérité à émerger au Sud. Cette dernière est indomptable. L’éternité ne peut se prévaloir contre elle.

J’ai souvenance encore, dans ma province natale, de l’attroupement sur la Place Dumas (Jérémie), autour de celui qui revient d’une virée à la capitale, Port-au-Prince. Je revois encore le héros du jour, en conférence, entouré des jeunes de son âge, émerveillés, qui vinrent s’enquérir des dernières actualités : les récentes tubes de Nemours Jean-Baptiste, les dernières chansonnettes françaises, les nouvelles tenues à la mode,  l’ambiance au Rex Théâtre,  le nombre de voitures dans les rues,  les devantures de magasins illuminées par des néons multicolores,  la Place du Bicentenaire, la nuit, avec ses fontaines lumineuses valsant sur un air de Strauss, la largeur de la Grand’Rue, les buildings, les Supermarchés sans employés pour te guider en te surveillant, les fresco, les hamburgers, les crêmes glacées multicolores, agrémentées de raisins, aux arômes de whisky etc…, etc…

À beau mentir qui vient de loin! Le messager nous en mettait plein le casque. Et on allait se coucher moins niaiseux, la tête enrubannée de rêves, de voyages dans la capitale située seulement à cinq heures de bateau en suivant la côte. On avait l’air d’arriérés, d’attardés, mais on n’osait point accoler ces loufoques épithètes à nos déficiences. L’orgueil étant plus fort que l’éclat du soleil, on ne saurait voir, ni imaginer que notre coin de province avait été ignoré par les prédateurs en place. Pas même une bibliothèque publique n’existait dans la ville. L’électricité était intermittente. On étudiait sous les rares lampadaires disponibles. Ce n’est que plus tard, devenu grand, qu’on a pu comprendre le dessein des élites : Pour elles, plus il y a d’idiots dans l’arrière-pays, moins il y aurait d’ambitieux, mieux leur confort serait assuré. Le gâteau est mince. Il fallait minimiser les attentes. À l’époque, nous n’étions que six millions!

Le réveil des castrés et le bal des maudits -
Le revanchard François Duvalier, pour  concrétiser une secrète pensée qu’il caressait depuis son jeune âge, fit venir, chaque 22 mai, sa date mythique, de l’arrière-pays, des camions remplis de paysans, sortis de force de leur quotidien pour venir le fêter à Port-au-Prince. Cinquante pour cent d’entre eux n’ont jamais regagné leurs pénates. Et c’était fait à dessein. D’où la prolifération d’une masse de chômeurs incontrôlables et la démographie galopante dans une capitale exsangue.  Un aéroport pour turbo-jets a été érigé, en dernier lieu, pour faciliter le départ des récalcitrants, car le nombre des assassinats d’opposants commençait à déranger au niveau médiatique. Hitler avait ce même dilemme avec les fusillades des juifs. Il a trouvé la solution dans les chambres à gaz. Les tyrans sont tous des génies du mal.

Le summum, et ce n’est guère négligeable, le créole devint la langue officielle. Les simagrées de nos petits Français mal dégrossis, de nos derniers colons oubliés dans les tropiques, ont été démystifiées. La parole s’est libérée. Le pauvre n’est plus muet. L’élite avait perdu son instrument de subordination.

Les poètes au pied de Ti-Amélie à Jérémie
Ainsi, à la faveur des allers-retours des voyageurs en pays évolués, comme sur la Place Dumas, à Jérémie, les ténèbres des esprits se dissipent et une autre réalité commence à germer dans la tête des nécessiteux, à savoir que leur déchéance n’était pas du tout une fatalité du destin.

Entretemps, le siècle de l’électronique, de l’informatique, des métadonnées, des réseaux sociaux frappent à la porte. Le voyageur, venu de loin, n’a point besoin de venir faire son petit tour héroïque. Juste un clic… Et le monde s’ouvre par enchantement, dans  toute sa splendeur et dans toutes ses horreurs sous les yeux des spoliés. Le réveil s’est fait chair.

Qu’est-ce qu’ils ont vu? Quelques privilégiés, jouissant de tous les avantages du pays, nomment et révoquent les présidents, comme ils changent de chemise. L’inégalité sociale et l’injustice affligeante avaient une île… etc. La succincte énumération ci-dessous, vous apporte, entre mille,  un  certain aperçu du constat ahurissant des déshérités  en comparaison de leur vécu avec celui d’une minorité qui exploite,  pille et gaspille sans vergogne, sans aucune empathie. 

1 - Les parlementaires, humbles et augustes notables d’autrefois, se révèlent aujourd’hui des prédateurs millionnaires qui ne se déplacent plus à pied, mais dans des voitures de grand luxe avec chauffeur privé. Il y en a un qui possède son jet personnel.

Maison d'un directeur  après 9 mois en fonction...
2 – Des pauvres d’hier qui se transforment en châtelain l’espace d’une nomination à un poste ministériel ou de direction.

3 – Les enfants des riches ou des privilégiés du pouvoir ne fréquentent plus les écoles d’Haïti qui en ont pris pour leur rhume. Ils préfèrent enrichir les institutions d’outremer.

4 – Les hôpitaux n’existent que de nom. Les maîtres de céans ne se soucient pas de ce détail. Ils se font soigner à l’étranger aux frais de la reine. Leurs femmes enceintes, ou leurs nombreuses maîtresses, accouchent sous d’autres cieux et l’enfant à naître devient naturellement citoyen étranger.

5 – La jeunesse dorée n’a cure de la misère des faméliques. Des Dîners en blanc sont organisés pour meubler leur passe-temps, malgré l’insolente indigence du reste de la population. Leurs quartiers emmurés et huppés ressemblent à des coins de paradis. Tandis que les gueux végètent au milieu de leurs déchets où pullulent des cadavres résultant des luttes entre gangs, armés par les prédateurs, les mafieux du pays.  Une population d’animaux squelettiques et affamés, cochons chèvres, chiens, à la recherche d’une quelconque charogne, leur tiennent compagnie.

6 – D’anciennes grandes vedettes internationales, surtout en fin de carrière, sont invitées, à prix d’or, pour animer leur oisiveté.

7 – Une tentative d’extorquer la diaspora a été tentée. Mais cette dernière, expérimentée, en a déjà vu et entendu pire, les a envoyés promener. Donc, le petit peuple, comme de coutume, a été mis à contribution.

8 – C’est la course effrénée après le dollar vert. Tout tourne autour de ce pivot. Le pouvoir est un aimant irrésistible. Personne ne peut caresser le rêve d’une carrière. Il n’aura jamais le temps. Puisque derrière la porte piaffe une armée de candidats, prêts à l’égorger pour le remplacer, le plus vite possible.

9 – Des familles éplorées ont été mises à la porte de leurs foyers centenaires, par de faux réclamants. Munis de faux mandats exécutoires, ils sont accompagnés d’une flopée de malfaisants : faux policiers, juges corrompus, avocats tordus, notaires sans scrupules et des hommes de mains, des bruiteurs, pour impressionner le quartier.

10 – Des terres ancestrales furent saisies de cette façon. Dans les quartiers aisés de Pétion-Ville, par exemple à Vivi-Michel, là où les propriétés ont une valeur substantielle, les possédants ont été obligés de se regrouper sous l’aile d’un voisin expérimenté, l’ex-commissaire Claudy Gassant, pour faire face à cette gangrène qui chiffonne le tissu social.

Une des maisons dans la zone huppée de Belvil
Et voilà! Aujourd’hui, ces pauvres, ces dénués de destin se réveillent brutalement et réclament leur dû devant cet étalage de richesses qu’il regarde avec des yeux d’envie, et le ventre vide. Ils tiennent à mettre fin à cette inégalité éternelle pour voir luire la lumière. Aucun dieu n’avait jamais, au grand jamais, inscrit le M de la misère sur leur front à leur naissance. Donc, personne ne peut s’arroger le droit de les abêtir toute leur vie durant. Une limite s’impose! La violence insolente a trop duré. Le temps du partage a sonné. It’s Now or Never!

Mesdames, Messieurs, sauf l’argent et l’arrogance était votre crédo. Au train où se dessine l’horizon, avec cette masse de jeunes désoeuvrés qui occupent vos rues, en criant leurs désespoirs, vous êtes condamnés à sonder l’envers de votre stratégie pour démêler les écheveaux. Sinon, votre chant de libera ne sera pas long à se faire entendre dans la vallée des ténèbres.

Max Dorismond

Thursday, March 14, 2019

Et si la jeunesse haitienne prenait son destin en mains

L'État haïtien n'arrive pas à subvenir aux besoins de sa jeunesse.
 S'expatrier est une alternative.
« La jeunesse, aujourd’hui, comme toutes les jeunesses, est en révolte contre la société, et c’est une bonne chose en soi. Mais la révolte n’est pas la liberté parce qu’elle n’est qu’une réaction qui engendre ses propres valeurs, lesquelles, à leur tour, enchainent. On les imagine neuves, mais elles ne le sont pas : Ce monde nouveau n’est autre que l’ancien, dans un moule différent. » (Jiddu Krishnamurti)

« C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale » (Georges Bernanos)

A chaque fois que j’écris sur la jeunesse en Haiti, le feedback est toujours négatif. Des dizaines de jeunes m’écrivent pour me dire qu’il ne faut pas fier les jeunes en Haiti qui sont pour la plupart des opportunistes et qui sont des vendus à la recherche de pains. Je leur demande à mon tour si on ne peut pas compter sur les jeunes d’aujourd’hui, comment allons-nous nous libérer du joug du système « peze souse » et de l’esclavage moderne imposé par le Core Group et par nos élites ? J’ai été fier hier de regarder une vidéo de Kemi Seba, président de l’ONG Urgences Panafricaines lançant son parti politique au Bénin sur un campus universitaire. Kemi Seba est un fonceur, il a la fougue d’un grand guerrier et il rugit comme un lion. A rappeler que Kemi Seba est un autodidacte. Aujourd’hui, les jeunes haitiens qui n’ont pas accès à une éducation de qualité à cause de l’Etat haitien peuvent s’instruire sur l’internet à travers des moteurs de recherches et des universites en ligne (Google, Youtube, Udemy, EDX, Khan Academy) et bon nombre d’autres sites éducatifs. Quand le système vous impose l’ignorance, il faut le contourner pour choisir le savoir et l’intelligence et la connaissance. Haiti se relèvera quand la jeunesse deviendra consciente qu’elle est une force agissante réelle.

Nous sommes à une période de réveil. Mais, il prendra du temps pour arriver au niveau de conscientisation où l’on peut parler du renouveau. Je croyais qu’avec le mouvement Petrocaribe Challenge, la jeunesse haitienne allait enfin planer au-dessus de toutes les querelles de chapelle pour enfin s’affirmer.. Mais, la division a surgi et le mouvement a presque disparu. Personne ne peut mobiliser un millier de jeunes sans qu’il y ait des frictions. Si l’on admet que la plupart des jeunes en Haiti sont corrompus et sont à la recherche de pains, alors qui va amorcer la révolution tant souhaitée. Je ne crois pas que c’est un inconnu, une sorte de grand patron ou de grand blanc qui va venir avec une baguette de chef d’orchestre et qui va dire : « oyez les jeunes, il faut vous mobiliser, il faut vous regrouper pour faire la révolution ». Il n’est pas dans l’intérêt de ceux qui ont contribué à mettre en place ce système de chercher à nous libérer. Il revient à la jeunesse haitienne elle-même de prendre son destin en mains. Durant le mois d’Octobre, après le premier grand rassemblement des petrochallengers le 17 Octobre, un certain groupe dénommé Ayitinouvlea voulait mobiliser les jeunes pour faire des réflexions sur le dilemme haitien, proposer des solutions et s’engager. Mais, jusqu’à date, l’on se demande si c’était du feu de paille. La division c’est ce qui nous tue. Comment surmonter la division et les querelles de chapelle pour construire un mouvement viable ?
Je n’encourage guère les jeunes à travailler pour ensuite supporter un politicien traditionnel ou un intellectuel qui a bossé pour toutes les ambassades, et les ONGs et qui se veut révolutionnaire ou agent de changement d’un seul coup. Les jeunes doivent faire le mouvement et se porter candidats à tous les postes électifs. On n’a pas besoin d’avoir beaucoup d’argent pour monter une structure politique. Du moment qu’il y a de la motivation, la détermination et la volonté, on peut atteindre le sommet. Les jeunes haitiens doivent retourner à l’Histoire d’Haiti pour essayer de comprendre la période charnière de 1791 à 1806. Ces quinze ans dans l’Histoire d’Haiti sont d’une importance capitale pour comprendre ce que nous vivons actuellement dans le pays. On ne crée pas un mouvement à partir du néant, on ne crée pas un mouvement juste par le fait que l’on veut créer un mouvement. Aujourd’hui quand on fait un coup d’œil sur la société haitienne, on voit que les jeunes sont les grandes victimes de la politique néo-libérale mise en place, de la corruption, de la mauvaise gouvernance, de l’ignorance qui est au pouvoir, de l’incapacité des dirigeants à diriger et à proposer des solutions viables. La jeunesse haitienne a toutes les raisons pour se révolter. Je me demande toujours ce que les jeunes attendent pour tout bousiller, pour faire un leve kanpe. Il y a tellement d’opportunistes au milieu des jeunes qui prennent les affairistes politiques comme modèles que l’on a du mal à réunir quelques dizaines de jeunes pour monter un mouvement sérieux.

L’histoire de Kemi Seba me fait penser à de grands leaders jeunes comme Thomas Sankara, Fidel Castro, Jean Jacques Dessalines qui n’avait que 46 ans quand il avait proclamé l’indépendance d’Haiti et qui se livrait dans la bataille corps et âme au début de la trentaine. A l’exception de Toussaint Louverture, tous nos héros de l’indépendance étaient des jeunes. Des sceptiques disent qu’à cause de la pauvreté endémique, les jeunes ne peuvent pas se mobiliser en Haiti pour monter un mouvement sérieux. Au contraire, je crois que dans les conditions matérielles d’existence que nous vivons aujourd’hui, un grand mouvement de mobilisation est possible.. Il faut tout simplement des leaders et des meneurs sérieux, capables et responsables. En Haiti et dans la diaspora, il y a des jeunes qui ressemblent à Kemi Seba, mais peut-être qu’ils n’arrivent pas encore à prendre conscience de leurs grandes capacités et de ce qu’ils peuvent représenter au sein de la jeunesse. J’ai rencontré deux jeunes haitiens à la trempe de Kemi Seba qui ont fait le tour du monde. Ils sont d’avides chercheurs qui sont très intéressés à l’Histoire d’Haiti et qui dédient leur vie à trouver des réponses au dilemme haitien. Il n’est pas facile d’être jeune dans un pays où la délation et la trahison sont des vertus. On vend des luttes pour un plat de lentilles.
Je disais à un ami hier au soir, pourquoi les jeunes en Haiti ne mettent pas en place un parti politique de la jeunesse. On peut bien commencer avec une centaine de jeunes et travailler pour devenir un mouvement globalisant. A bien observer le realpolitics haitien, il y a des jeunes qui sont formés et qui peuvent faire la différence dans la politique. Nous sommes arrivés à un carrefour où l’on ne peut pas compter sur ces vieillards qui ont fait leur temps. Ils ont été grands commis de l’Etat et ils échoué et ils ne veulent pas aujourd’hui céder la place aux jeunes. Les Haitiens ne savent pas qu’il faut laisser la table quand elle est desservie. Je n’encourage pas les jeunes à entrer dans la politique sans se poser les questions fondamentales : « pourquoi nous nous battons, qui sont nos alliés, qui sont nos ennemis, quelles ressources avons-nous à notre portée, qu’est-ce que nous voulons réaliser de concret, sur qui nous pouvons compter, est-ce que nous pouvons réussir ; si oui, quelle stratégie à mettre en place. » J’ai pris plus de cinq ans à étudier les mouvements étudiants en Haiti. L’économiste Leslie Péan a écrit avec de multiples collaborateurs un superbe livre sur le mouvement étudiant des années 60 intitulé : « Entre savoir et démocratie, les luttes de l’Union nationale des étudiants haitiens sous le gouvernement de François Duvalier. » Que de jeunes ont laissé leur peau sous la dictature.

Entre 84 et 94, il y avait le FENEH qui était un mouvement étudiant assez structuré, mais avec le régime lavalas, la plupart des jeunes du FENEH sont devenus activistes politiques et nombre ont intégré le pouvoir lavalas et ont mis fin à cette belle expérience qu’a été le FENEH. Depuis lors, il n’y a que des mouvements entrepris par des abolotchos dont beaucoup étaient d’éternels étudiants. Dans tout pays ostracisé, les révoltes prennent leur source à l’intérieur des universités. Voilà pourquoi on réduit l’UEH à une peau de chagrin. On a détruit toute capacité de résistance et de mobilisation des étudiants haitiens. Nous nous rappelons que sous la présidence de Martelly plusieurs jeunes ont été tabassés et tués à l’enceinte même de certaines facultés. Sous la présidence d’Aristide, les chimères ont malmené des étudiants. Les politiciens connaissent de quoi les étudiants sont capables ; voilà pourquoi ils cherchent toujours à les soudoyer et à les corrompre. Les jeunes d’aujourd’hui, surtout ceux qui ont reçu l’appel de se lancer dans la politique doivent choisir des mentors qui peuvent les guider.. La lutte politique ou encore la lutte pour le changement n’est pas une entreprise individuelle, mais bien collective. On peut avoir en son sein plusieurs espions, mais avec l’expérience partagée avec des adultes expérimentés, on peut arriver à savoir comment mettre des garde-fous pour les neutraliser. On n’entre pas en politique si on est affamé et sans pudeur.  

Pour mettre en place un mouvement de jeunesse véritable ou un parti politique de la jeunesse, les jeunes ont besoin de collecter des fonds pour organiser le parti. Ils ont besoin de créer des alliances mondiales, par exemple ils peuvent s’allier au parti de Kemi Seba et d’autres groupes dans les pays du Sud surtout pour partager leurs expériences dans la lutte pour l’émancipation et l’autodétermination. Ils ont besoin d’être éduqués au sujet du processus démocratique et électoral. Ils doivent sélectionner des candidats parmi eux pour tous les postes électifs. Ils ont besoin d’écrire de nouvelles instructions civiques et mener une campagne de sensibilisation. Ils doivent se porter volontaires pour faire animer des séances sur l’éducation à la citoyenneté. Ils ont besoin de faire preuve de créativité pour gagner de l’argent, par exemple dans le recyclage des déchets, 

l’assainissement, la purification et la distribution d’eau, l’agriculture, la transformation de produits. Ils doivent vendre leur plateforme électorale par des actes au lieu de promesses avant de viser les élections. Faire du social ne doit pas être une action entreprise à des fins électoralistes précisément. Il faut avoir le vouloir d’aider et de servir. Nous avons besoin de serviteurs dans notre pays. Je le dis assez souvent : « servir est ma destinée, serviteur est mon seul titre et ma profession. » La plupart de nos jeunes actuels se servent des autres pour atteindre leurs objectifs personnels. Beaucoup de jeunes n’ont jamais su que le mouvement GNB des étudiants de 2000 à 2004 était financé par le Groupe 184 et des ambassades étrangères. Plusieurs des ténors ont pu faire des études à l’étranger grâce à l’argent récolté dans ce mouvement. Certains ont eu goût de la politique grâce à l’expérience GNB. Aujourd’hui, ils sont à des postes importants, mais ils ne sont pas maîtres de leurs pensées ; Ils ont des patrons.

Pour qu’un mouvement de jeunesse puisse réussir, les leaders ne doivent recevoir d’ordres de quiconque, même de ceux qui les financent. Un mécène reste un mécène. Il peut toujours prodiguer des conseils, mais il n’a pas à imposer sa loi. Je crois qu’il est du ressort des jeunes intellectuels ou des politologues de ce pays d’ecrire des papiers sur la mobilisation des jeunes et comment monter un mouvement ou un parti politique. Je vous recommande cette étude menée par le sociologue Laennec Hurbon que l’on peut trouver sur Google intitulé : « les partis politiques dans la construction de la démocratie en Haiti ». Laennec Hurbon, Alain Gilles et Franklin Midy ont produit une étude de grande qualité et qui est plus que jamais d’actualité. Les jeunes doivent se mobiliser. Quand nous regardons l’échiquier politique, il y a des dizaines de partis. Mais il manque un parti de jeunesse dirigé par des jeunes et pour faire avancer l’agenda des jeunes. Je préconise toujours que les jeunes haitiens doivent se mettre ensemble pour écrire le livre blanc de la jeunesse. Un tel document peut servir de base pour écrire un programme politique. Je peux apporter mon humble contribution dans toute tentative de monter un parti politique et je connais des politologues qui seraient intéressés à mettre leurs connaissances et leurs talents au service des jeunes qui comptent monter un parti politique ou organiser un mouvement politique national. Il faut penser, il faut réfléchir, il faut créer, il faut innover. La politique c’est tout cela. Nous n’allons pas nous débarrasser des thuriféraires et des politiciens traditionnels qui n’ont pas de solutions à nos problèmes sans être proactifs, sans nous positionner nous-mêmes.

Malgré ce qu’on dit, malgré le constat alarmant et déconcertant, j’ai foi en la jeunesse de mon pays. Je suis jeune. J’ai encore quelques années devant moi avant de laisser ce groupe d’âge, mais je crois que je peux aider à faire la différence. Nous ne devons pas avoir peur de nous engager. Je crois qu’avec la magie de l’internet et des réseaux sociaux, on peut être à l’extérieur du pays et l’on est partie prenante d’un mouvement sur le terrain. J’aime entendre quand les gens disent qu’il faut mettre les mains à la pâte voulant dire qu’il faut être sur le terrain. Si l’on est stratège d’un mouvement ou un conseiller, on n’est pas obligé d’être sur le terrain. Nombre de révolutionnaires ont été en exil, et depuis l’exil dirigeaient et organisaient la révolution. Jeunes de la diaspora, il faut vous engager avec votre plume et vos méninges. Ne laisser personne vous intimider avec leur message d’exclusion. Haiti nous appartient aussi. Nous ne faisons pas de différence entre les Haitiens de l’intérieur et ceux de la diaspora. Nous sommes tous dans le même bateau. Quand ça va mal en Haiti, nous de la diaspora, souffrons dans notre chair et dans notre âme. Le message d’aujourd’hui se résume en ces mots : la jeunesse doit s’impliquer socialement, dans la politique et dans l’économie pour créer des opportunités pour elle-même et pour conduire le pays sur la voie de l’autodétermination. » Nous ne pouvons pas construire l’Haiti Nouvelle sans l’apport des jeunes qui sont plus de trois millions à travers le pays. Je dis un grand merci à tous ces jeunes dans les dix départements et dans la diaspora qui se mobilisent pour offrir une alternative au pays. Très prochainement, j’aurai à parler de certaines initiatives sans nommer les initiateurs pour ne pas attirer la foudre sur eux. « Ceux qui vous diront que la jeunesse a besoin d’un idéal sont des imbéciles. Croyez-moi, tout le mal vient des vieillards, ils se nourrissent d’idées et les jeunes en meurent. » (Jean Anouilh). Que vive la jeunesse haitienne !

Kerlens Tilus       03/12/2019
Futurologue
Snel76_2000@yahoo.com
Tel : 631-639-0844
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Hommage à Dantès Bellegarde

Dantès Louis Bellegarde, Secrétaire d’État à l’Instruction Publique sous l’occupation américaine. Il créa la fête de l’université instituée par la Loi du 4 août 1920. En Introduisant le concept de "Nationalisme Éducatif", Dantès Bellegarde donna à l’Université la responsabilité d’être la "Gardienne du Drapeau". Son engagement auprès du peuple haïtien le conduira à dénoncer l’occupation militaire américaine à la Société des Nations. En 1920, il fut nommé à la cour internationale de justice de La Haye. Il fut président honoraire au second congrès Pan-Africain. Ministre désigné à Paris, délégué d’Haïti à la Société des Nations, à Genève, au Vatican, ces diverses tribunes lui permettaient de critiquer l’occupation américaine. À cette époque, les discours de Bellegarde sont considérés comme des chefs-d’œuvre de l’art oratoire et de la diplomatie. Il est honoré en 1922 par le gouvernement français en lui reconnaissant le titre de “Commandeur de la Légion d’honneur”. Il retourne en Haïti en 1936 et redevient Directeur de l’École Normale Supérieure. Chargé de missions à Washington en 1946 et en 1957, il sera appelé à représenter Haïti dans le cadre de rencontres internationales. Il sera aussi professeur invité à l’Université d’Atlanta et dans d’autres institutions internationales. Dantès Louis Bellegarde meurt à Port-au-Prince le 16 juin 1966, une année après la mort de son épouse, Cécile Savain Bellegarde. #PROFILEAYITI #AyitiPam!