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James Carter Le 39è président des États-Unis |
Par Hervé Gilbert
Par l’intermédiaire de notre plateforme, Haiti Connexion Culture, nous saluons la mémoire de Jimmy Carter, 39e président des États-Unis, un véritable ami d’Haïti et un homme d’une rare humanité, qui vient de nous quitter à 100 ans. Il est jusqu'ici le premier ex-président des États-Unis à avoir atteint cet âge vénérable. Après John F. Kennedy, il demeure l’un des rares présidents démocrates à avoir manifesté un intérêt sincère et une profonde empathie envers Haïti. Bien que son mandat ait été relativement court, il a marqué une période de l’histoire où l’idéal humanitaire prévalait sur les calculs politiques.
Le rôle de Carter face à la dictature haïtienne
Sous la présidence de Jimmy Carter, Haïti connut un assouplissement relatif de la dictature de Jean-Claude Duvalier, un régime marqué par la répression et la peur. Bien que limité, cet assouplissement représentait une lueur d’espoir pour un peuple accablé depuis des décennies. Fidèle à ses principes de défense des droits humains, Carter envoya Andrew Young, alors ambassadeur des États-Unis auprès des Nations Unies, pour exhorter Duvalier à respecter les droits fondamentaux des Haïtiens. Andrew Young, figure respectée du mouvement des droits civiques, incarna une politique étrangère centrée sur la justice sociale, un engagement rare et précieux pour Haïti.
La crise des otages en Iran et son impact politique
Cependant, la présidence de Carter fut aussi marquée par la crise des otages en Iran, un événement qui a eu un impact considérable sur sa popularité. En 1979, 52 diplomates et citoyens américains furent pris en otage à l'ambassade des États-Unis à Téhéran par des militants iraniens. L’échec de l’opération militaire pour les libérer et la prolongation de cette crise pendant 444 jours ont fragilisé sa position sur la scène politique. Malgré les efforts diplomatiques constants de Carter pour résoudre la situation, cette humiliation internationale a contribué à ternir son image et à alimenter une perception d’impuissance, qui, associée à des difficultés économiques internes, mena à sa défaite lors de l’élection de 1980 face à Ronald Reagan.
L'héritage contrasté de ses successeurs démocrates
Malheureusement, cet engagement humanitaire ne fut pas poursuivi par ses successeurs. Bill Clinton, souvent présenté comme un ami d’Haïti, prit des décisions aux conséquences désastreuses pour le pays. Ses politiques commerciales, notamment la suppression des tarifs douaniers sur les produits agricoles importés, ruinèrent l’agriculture locale et plongèrent des milliers de familles dans la précarité. De plus, l’action de la Fondation Clinton après le séisme de 2010 a souvent été critiquée pour son manque de transparence et ses résultats limités.
Joe Biden, quant à lui, a aggravé la crise sécuritaire en Haïti par son inaction. Tandis que le pays sombrait dans le chaos, il détourna son attention, consacrant des milliards de dollars à la guerre en Ukraine, tout en négligeant la détresse d’un pays voisin.
Même Barack Obama, premier président afro-américain des États-Unis, a déçu les attentes. Bien qu’Haïti soit la première république noire du monde, il n’a jamais visité le pays durant ses deux mandats, préférant se rendre à Cuba. Ce choix, accueilli avec tiédeur par Raúl Castro, a laissé un goût amer, notamment chez ceux qui espéraient un rapprochement symbolique avec Haïti.
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| Jimmy Carter, 39è président des États-Unis, a vu se succéder de nombreux présidents au cours de sa vie |
Il convient de rappeler de manière concise et précise que c'est sous la présidence de Jimmy Carter que l'aide financière à Haïti, suspendue depuis le gouvernement de John F. Kennedy, a été rétablie. Cette reprise faisait suite à l'engagement de Jean-Claude Duvalier de tenir des élections démocratiques, une promesse faite à l'administration de Carter. Il convient toutefois de souligner que la suspension initiale de cette aide par Kennedy constituait une réponse ferme à la présidence à vie instaurée par Françcois Duvalier, perçue comme incompatible avec les principes démocratiques.
L’héritage intemporel de Jimmy Carter
Jimmy Carter demeure un modèle de leadership moral et humanitaire. Sa vision d’un monde plus juste et son engagement envers les plus vulnérables contrastent fortement avec l’indifférence et les actions nuisibles de ses successeurs. Il a montré qu’un dirigeant pouvait allier puissance et compassion, même dans un contexte international complexe.
Pour Haïti, il reste le symbole d’une époque où les droits humains et la dignité des peuples figuraient au cœur des priorités de la Maison-Blanche. Son héritage, empreint de solidarité et de justice, doit inspirer les générations futures et rappeler que l’action politique n’atteint sa véritable grandeur que lorsqu’elle est au service de l’humanité.
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| Herve Gilbert |