Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Saturday, November 7, 2015

« LES MEMES CAUSES PRODUISENT LES MEMES EFFETS »

Par Emmanuelle Gilles 
Emmanuelle Gilles
On constate toujours les mêmes problèmes à chaque période électorale… Un gouvernement qui impose un candidat pour se maintenir au pouvoir, une puissance qui s’ingère cavalièrement dans le processus électoral haïtien et qui impose ses résultats. Un gouvernement qui n’arrive pas à s’autonomiser et financer ses élections, une opposition qui n’arrive pas à s’unir autour d’un consensus, un Conseil Electoral  qui dresse une loi qui ne tienne pas compte des obstacles. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, on penserait qu’on essayerait de changer la donne et percer le mystere de la boite de pandore !
Lorsqu’Opont avait déclaré que le président qui a été proclamé gagnant en 2010 n’était pas celui qui a été élu. Je suis tombée des nues. C’était grave car la confiance de toute une population a été violée. Comme vous l’aurez remarqué, par principe, j’avais supporté le président élu et lui donner le bénéfice du doute car à mon avis, on ne vote pas pour un président pour le renverser deux ans après parce qu’on n’est pas satisfait. En votant pour un chef d’Etat, on vote son programme, sa vision et ses intentions. Nous autres haïtiens, nous avons une autre culture qui sous-entend aimer un président comme un icone, le tolérer dans toutes ses dérives sans discernement ou le détester à le renverser. Il n’y a pas de commune mesure ou d’analyse objective, c’est-à-dire savoir reconnaitre ce qu’il y a de positif ou de négatif et même de diabolique chez certains. Comme l’avait dit Blaise Pascal « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Pour beaucoup, Il est tout simplement question de profiter du pactole. L’absence de structures laisse entrevoir que le gouvernement en Haïti est un moyen sûr de faire fortune dans un très bref délai. Ceci dit, en revenant sur les manifestations sans cesse pour le pouvoir, il était normal qu’on privilégie la stabilité politique dans la mesure ou on comprend que le développement d’un pays à long terme y dépende et le « kraze brize dans les rues n’ont jamais avancé notre pays ou notre cause, au contraire ces pratiques découragent le développement de bons partenariats cruciaux pour une bonne coopération au niveau bilatéral et international. Bref !!
Lorsqu’un gouvernement est « élu », on se doit de souhaiter sa réussite dans l’intérêt du pays et jusqu’à nouvel ordre sans pour autant supporter la personnalité. Je suis stupéfaite de voir des gens soi-disant éduqués, qui n’arrivent pas à faire une distinction entre la personnalité et la fonction. En fait, le problème qui caractérise les fanatiques invétérées par rapport aux analystes éclairés c’est leur opportunisme, leur attente personnelle d’un gouvernement. Je ne serai jamais dans la logique de déstabilisation et des manifestations dans le vide sans une alternative viable. Je suis pour la destitution d’un gouvernement qui commet des délits graves à travers un processus légal et non des manifestations de rue ou par la voie du dechoukage. Si les structures n’existent pas pour contrôler les excès d’un gouvernement et prendre des sanctions appropriées, il faut voir que le problème est grave et le demeurera aussi longtemps qu’il n’est pas abordé! Le pays est incapable de se doter d’un conseil constitutionnel ou d’un conseil Electoral permanent, deux obstacles majeurs à la stabilisation du pays. Chaque gouvernement élu est bonnet blanc et blanc bonnet a tour de rôle et je me demande pourquoi continuer à organiser de mascarades d’élection-leurres quand on connait les résultats à l’avance et l’entité qui tire les ficelles. Au niveau institutionnel, quels résultats avons-nous remarqué? aucune réforme constitutionnelle, aucune réforme institutionnelle, aucune politique de décentralisation, de l’administration publique et aucune politique multisectorielle susceptible de susciter même une lueur d’espoir dans un pays condamné à la pauvreté par ses propres leaders.
Lorsque l’on sait que les mêmes causes produisent les mêmes effets et on persiste à œuvrer dans la même direction depuis des décennies, même lorsque les statistiques nous classent parmi les derniers en tout, on n’est pas seulement de mauvaise foi, on est méchant! On peut bien me demander pourquoi « ON » ? C’est parce que c’est nous qui votons, c’est nous qui revendiquons ! C’est ce qui nous rend tout aussi complice !
Si Martelly a réalisé certains projets et mis en branle quelques programmes, il faut le reconnaitre, Malheureusement, j’ai été particulièrement écœurée par la désinvolture avec laquelle le Président avait géré le dossier des Haïtiens en République Dominicaine aussi bien que la mise en liberté de certains bandits notoires. Comme tous ses prédécesseurs, ils ont tout fait pour influencer le système judiciaire, un signe qu’ils n’ont pas le souci de renforcer les institutions. Rien de nouveau ! En outre, le vol, la corruption l’abus de pouvoir par la famille se confirmaient a vu d’œil. Je serais peut-être inconsciente de ne pas faire preuve d’objectivité, de donner au gouvernement ses mérites là où elles sont dues et de condamner de façon virulente les nombreuses violations et abus de pouvoir. Il me semblerait que le Chef d’Etat chanteur n’a pas suffisamment frisé le ridicule. A cela s’ajoute son intention d’imposer son candidat en nous faisant le coup du père François tout comme en 2010 avec Préval et en 2000 avec Aristide. S’agissant du « Nègre bananne », dont jusqu’ici le seul péché c’est de se faire passer pour une marionnette du pouvoir, Il n’est pas surprenant que des mains externes y soient trempées mais en même temps la sortie d’Aristide peut avoir été le déclencheur du vote en faveur de Jovenel Moise dans certains secteurs dans le but de contrecarrer une autre ère lavalassienne. Haïti est un pays condamné par ses propres leaders et des hommes influents du secteur privé en complicité avec le nord. L’on doit se demander où sont les penseurs d’Haïti lorsqu’on est réduit à ce stade d’asthénie et d’alanguissement où on ne peut que crier « AU SECOURS » et Haro sur le baudet ! La patrie est en grand danger de mort ! Il faut des opérations chirurgicales ponctuelles pour la sauver.
Notre constitution est la règle la plus élevée de l’ordre juridique de notre pays. Elle est le mode de fonctionnement d'un pays, Elle doit être efficace à garantir les droits et libertés des individus et la séparation des pouvoirs. Dans la mesure où notre système politique a échoué, et tout le monde le constate, un amendement constitutionnel s’impose pour débloquer une situation récurrente défavorable à notre pays. Mes recommandations sont les suivantes :
D’un point de vue constitutionnel :
1) En aucun cas les Elections ne peuvent être financées par des fonds étrangers, c’est déjà un moyen d’éviter l’ingérence des étrangers dans le processus, moyennant que les acteurs nationaux prennent leurs responsabilités;
2) En aucun cas un Diplomate étranger ou un représentant ne peut influencer le vote du peuple ou imposer un candidat ;
3) Vu les circonstances de conflits constants, les couts élevés et l’ingérence extérieure, les élections ne se feront plus par suffrage universel directe, une possibilité serait que le choix du président se fasse par vote au niveau des parlementaires de haut niveau mandatés par leur région respective; Pour réduire les couts des élections, un système parlementaire aurait été plus approprié. 
4) Le Conseil Electoral Permanent doit être constitué dans l’immédiat selon la lettre de la constitution autrement les élections ne pourront être validées sans un Conseil Electoral Permanent ;
5) Un Conseil Constitutionnel doit être établi dont le rôle est de veiller au respect des lois constitutionnelles, servir d’arbitrage entre l’exécutif et le législatif en cas de conflits et serait responsable de prendre des décisions pour sanctionner un chef d’Etat ou un parlementaire accusé de violations (vols, crimes, corruption etc….) à partir d’un audit par ce conseil ;
6) Les délibérations du Conseil Constitutionnel doivent être télévisées pour le grand public ;
7) Les élections doivent être organisées par le Conseil Electoral permanent seulement après le départ du gouvernement ; Un gouvernement provisoire est formé durant la période électorale en attendant la proclamation des résultats. Le gouvernement provisoire n’aura aucun rôle dans l’organisation des élections.
8) Les parlementaires doivent être âgés de 45 ans minimum, licenciés en droit et diplômés de l’université, ou ayant une expérience approfondie dans le domaine du droit en lieu et place d’un diplôme universitaire, une condition pour être candidat au Senat. A noter que les parlementaires sont appelés à voter des lois, des conventions et des traités, à les analyser et à les ratifier. Il est important qu’ils soient bien formés afin de remplir les tâches qui leur incombent avec efficacité.
9) Eliminer la chambre des députés. Ce système bicaméral ne fait que grossir le budget de l’Etat. Le pays peut bien gouverner avec un système monocaméral. 
10) En remplacement de la chambre des députés, je propose que chaque département ait un gouverneur pour administrer leur région respective ;
11) Pour être élu chef d’Etat, il faut être âgé de 45 ans ou plus, avoir une formation universitaire et un certificat de bonne vie et mœurs;
12) Un audit doit être opéré à la fin du mandat de chaque président et du Premier Ministre ;
13) Déclaration des biens du Chef de l’Etat avant et après leur mandat ne doit pas être une option mais une loi à observer. 
14) Un gouverneur par département géographique responsable du développement de leur département respectif ; Leur rôle serait de mettre en valeur les ressources de leur région, créer des activités économiques, mobiliser des ressources et réduire la pauvreté ;
Loi Electorale :
1. Pour être candidat à la présidence, et recevoir des fonds de campagne, il faut avoir été militant dans un parti pendant une période de 5 ans, et les membres du parti doivent évaluer la capacité du candidat à remplir la fonction de Chef d’Etat ; C’est la responsabilité d’un parti de s’assurer qu’un candidat à la présidence remplisse les conditions requises !
2. Les candidats indépendants et non issus d’un parti politique doivent payer une somme d’argent à l’Etat et ne seront guère éligibles à recevoir des primes pour leur campagne ; Ainsi aucun candidat ne puisse se déclarer candidat a quelques mois des élections sans préparation au préalable.
3. Aucun candidat ne pourra poser sa candidature à un poste politique si le parti n’a pas été créé et reconnu par l’Etat cinq ans auparavant. C’est ainsi qu’on évitera qu’un quidam vienne briguer la présidence quelques mois avant les élections ou qu’un chef d’Etat créé un parti dans le but de se présenter aux élections. 
4. Une fois que la constitution interdit noir sur blanc l’ingérence étrangère et les politiques imposées à la nation, le Chef d’Etat qui se voit contraint doit pouvoir se servir de la constitution en guise de réponse formelle.

Il reste à savoir s’ils vont continuer sur cette même lancée sans tenir compte que les mêmes causes produisent les mêmes effets! Comme disait Albert Einstein, « c’est de la folie de penser qu’en faisant tout le temps la même chose, vous pouvez obtenir des résultats différents! »

Emmanuelle Gilles
3 novembre 2015




Wednesday, July 15, 2015

A QUOI SERVAIT LA REVOLUTION DE 1804 ? Tranchons le nœud gordien de la crise perpétuelle Haïtienne!

Par:Emmanuelle Gilles
Le conflit entre la République Dominicaine et Haïti autour de la déportation des Haïtiens ne date pas de cette semaine ni de ce mois. Depuis le début du millénaire, plusieurs douzaines d’Haïtiens étaient régulièrement arrêtés de façon arbitraire et déportés sur le champ vers Haïti. Ces actes étaient perpétrés tous les vendredis par des officiers de migration envers les Haïtiens à peau noire. Le quotidien de la RD « El Caribe » exposait cette pratique sous le titre «les Rafles du Vendredi ». Le problème des Haïtiens en République Dominicaine à plusieurs facettes, d’une part il existe un flux d’Haïtiens traversant la frontière illégalement, d’autre part, ils sont vulnérables a des violations de droits humains des plus odieuses. Les récentes mesures ont été annoncées par les Dominicains depuis plus d’un an. Le gouvernement Haïtien disposait amplement du temps pour organiser la réintégration des Haïtiens et leurs descendants dans notre pays comme tous pays soucieux de leurs ressortissants. Force est de constater que ce n’est ni le premier et ce ne sera peut-être pas le dernier gouvernement à afficher leur indifférence vis-à-vis nos compatriotes de l’autre côté de l’ile. Depuis la présidence de Sténio Vincent, le Traffic des Haïtiens remplissait leur poche au grand dam d’un peuple bafoué, qui jadis n’oserait rêver du denier de la veuve. 


Tenu au rencart depuis deux siècles, La tentation de Venise devient l’unique porte de sortie de la masse isolée. Le gouvernement Haïtien doit prendre les enfants du bon Dieu pour des imbéciles, lorsque, pour maintenir ses relations intéressées avec la République Dominicaine avait opté pour des négociations bilatérales sachant que ces négociations n’auguraient rien de concret. Quel résultat pouvait-on espérer d’une oligarchie raciste et xénophobe? Les pressions internationales auraient peut-être été plus musclées, mais faites gaffe et gardons-nous d’être trop naïfs car l’oligarchie occidentale, elle aussi a ses intérêts de l’autre côté de l’ile. Les Espagnols, le tourisme. Les Italiens et les Américains, l’industrie sucrière. L’immobilier pour l’ensemble et l’élite économique Haïtienne, la source de leur commerce étant des revendeurs et non des producteurs. Le développement économique de l’ile voisine attire la main d’œuvre haïtienne, alors qu’en Haïti, leur modèle n’est pas ce qu’il faut pour Haïti, n’est-ce pas paradoxal ? A la place de l’investissement en Haïti, ce sont les Haïtiens qui sont eux-mêmes soumis à l’exploitation étrangère tandis que leur pays languit dans un conservatisme absurde pour préserver un monopole égoïste déjouant la compétition. La meilleure façon de moucher les voisins c’est de couper les ponts avec eux et stopper l’importation de leurs produits.
Guy Alexandre,ancien Ambassadeur
d'Haïti en République Domincaine.   
Rendons hommage au feu Guy Alexandre pour les efforts déployés en vue de la coordination d’une réponse internationale, en dépit de ses démarches irrésolues et avortées. Que son âme ait succombé d’indignation en constatant la complicité du gouvernement Haïtien avec son homologue Dominicain, on s’en souviendra. 


Très souvent, on parle de pression, pensons-nous vraiment qu’il peut exister une pression internationale envers la République Dominicaine dont le plus fort des capitaux générés dans ce pays appartiennent aux forces puissantes étrangères qui ont saisi les terres de la RD tout de suite après l’occupation? 5 à 10% des terres arables dominicaines dont une partie abrite la plus grande industrie sucrière à la Romana, sont contrôlées par Gulf and Western dont le siège central se trouve à New York. Ces terres constituent un total de 1113 km2 dont 44% en production de canne à sucre et 47% en terres d’élevages. Le « Gulf et Western » contrôle non seulement l’industrie sucrière mais une partie de l’économie nationale de la République Dominicaine. Rappelez-vous que les grandes puissances n’ont que des intérêts. Jusqu’ici, malgré les nombreuses manifestations, les négociations, les déclarations de haut placés, la République Dominicaine entend régulariser le statut des immigrants Haïtiens qui d’après eux envahissent leur pays. Pour accorder une légitimité à la décision de réduire le nombre des Haïtiens chez eux, ils ont fait appel à l’expertise même des instances internationales en vue de développer leur plan de régularisation. Avec ou sans manifestations, leur plan sera mis en œuvre! Dans la mesure où cette décision n’affecte pas la production sucrière avec la main d’œuvre esclavagiste haïtienne, la RD ne recevra aucune pression. Et si elle en recoit c’est pour mieux preserver l’esclavage auquel sont soumis les Haitiens depuis 1919.


Des coupeurs de canne en RD
Pouvons-nous forcer un pays à nous aimer ou à accepter de force nos compatriotes sur leur territoire et même quand certains traversent la frontière illégalement a la recherche d’une vie meilleure, et de surcroit sont traités pire que des animaux pour ceux qui survivent dans les bateys et dans les milieux populaires? Cette conduite de Grenoble devrait nous faire mal. C’est comme si on demandait à Hitler d’accorder la nationalité Allemande aux Juifs et de les intégrer en Allemagne, ou les Arméniens en Turquie.
Si les Dominicains sont tenus d’accorder cette « vie meilleure » que cherchent les Haïtiens et Haïti, quelle est sa responsabilité vis-à-vis de ses propres citoyens? Je me demande le sens de la révolution de 1804 lorsqu’on constate la complicité des Haïtiens eux-mêmes dans le trafic de leurs ressortissants érigés en esclaves dans l’ile voisine. A ce stade des conflits, les autorités Haïtiennes ont l’obligation de venir en aide à leurs citoyens en République Dominicaine et les aider à régulariser leur statut, soit en leur accordant la nationalité haïtienne pour ceux qui sont dans une situation d’apatride, d’aider ceux qui possèdent déjà la nationalité Dominicaine et qui sont menacés illégalement par cette mesure. Ainsi, nous mettrons fin à cette guerre picrocholine.
Les Haïtiens dans l'un des bateys
Il est inconcevable que le gouvernement Haïtien ait adopté une attitude aussi irresponsable et insensible envers ses propres citoyens. L’attitude du gouvernement prouve que les masses Haïtiennes en République Dominicaine encourent les mêmes préjugés infligés à la fois par les Dominicains qui les chassent et par les Haïtiens qui les abandonnent à leur sort. Les deux gouvernements sont du même tonneau. Les internationaux exploitent leur territoire et nos sous classes et s’enrichissent aux dépens des deux républiques. Le problème est donc plus complexe qu’on le pense. Il est impératif que les autorités Haïtiennes prennent des mesures pour encadrer la masse et stopper l’humiliation des Haïtiens en République Dominicaine, aux Bahamas, dans les Dom Tom, les iles Turques et Caicos etc… par des actions concrètes et durables. Les manifestations envers les Dominicains à mon avis c’est comme tuer un âne à coups de figues.


Les présidents Trujilio (RD) et Lescot (Haïti) trinquant leur
verre lors de leur rencontre de 1939 en Domincanie.         
Si nos autorités avaient un minimum de gêne et de sensibilité patriotiques, ils auraient fait preuve d’imagination car franchement, il existe maintes alternatives de solution que de quémander une nationalité dominicaine lorsque le gouvernement Haïtien ne dispose même pas d’un livret de passeport à l’intention de ses ressortissants. Je vous présente de mon point de vue quelques-unes des alternatives valables qui peuvent être prises dans l’immédiat et à long terme pour mettre une fin au dilemme des Haïtiens en République Dominicaine :


Dans l’immédiat :

1) Organisation d’un téléthon invitant chaque Haïtien à l’intérieur comme à l’extérieur à contribuer $20 par tête ou 1000 gourdes – 1 million de personnes a 20 dollars en une semaine, on aurait déjà collecté 20 millions de dollars, ou 2 millions de personnes contribueraient 40 millions de dollars.
2) Les Haïtiens des bateys vivent dans des campements permanents très sommaires et dépourvus de tous services tandis que les colons de la Gulf et Western produisent un volume annuel de production supérieur à 1,3 milliard de tonnes de sucre. Les Haïtiens doivent demander officiellement a la République Dominicaine de mettre fin à effet immédiat aux travaux des travailleurs Haïtiens dans les Bateys. Rapatriement total des Haïtiens travaillant dans les Bateys.
Haïtiens réfugiés dans le camp (batey) Munoz à Puerto Plata
3) Une nouvelle loi à introduire dans la constitution Haïtienne «Aucun Haïtien doit être soumis aux travaux forces dans un autre pays». Aucun Haïtien dorénavant ne doit travailler dans les bateys. Annulation de tout contrat illégal entre la République Dominicaine et Haïti relatif à l’exploitation des Haïtiens dans les Bateys. La République Dominicaine doit employer leurs ressortissants dorénavant dans les bateys. Les braceros ne doivent jamais plus être associés aux Haïtiens, si nou avons encore une dignité à préserver.
4) Le gouvernement devrait disposer d’une zone vierge, en particulier dans le nord d‘est pour le rapatriement de ses citoyens, ces zones étant inhabitées sans aucun plan de développement serviraient à la construction d’une nouvelle ville qu’on nommerait « la ville fierté»;
5) 40 millions de dollars construiraient près de 8,000 maisons à $5,000 dollars par famille sans les couts de la main d’oeuvre. Ces maisons seraient construites en utilisant la force des rapatriés comme main d’œuvre. En d’autres termes, ils auraient du travail et comme fruits, ils auront leur propre habitat.
6) Les rapatriés auraient droit à une cantine trois fois par jour durant toute la période de la construction de leur logement qui se ferait simultanément.
7) L’Etat ferait appel à des volontaires parmi des ingénieurs Haïtiens désireux d’assister nos compatriotes dans le projet moyennant une réduction d’impôts pour leur contribution qu’ils auront à déclarer lors du paiement des impôts.
8) L’Etat Haïtien devrait mettre des bus à disposition des Haïtiens dans les endroits annoncés pour leur rapatriement et empêcher que la République Dominicaine déporté nos frères et sœurs mais plutôt les Haïtiens rapatrient leur peuple. L’achat des bus aurait été plus utile qu’un concert de quelques heures sur le Champ de Mars.
9) Un Comité d’accueil sérieux et efficace devrait être établi dans les zones frontalières qui enregistrerait leurs noms et d’autres détails les concernant ;
10) Un recensement de tous les rapatriés devrait être réalisé en vue d’une meilleure planification de leur réintégration.
11) A l’arrivée des rapatriés, des tentes seraient mises à leur disposition comme logements temporaires Ils se rendront au travail pour une durée déterminée dans la construction de leur habitat.
12) Dans un deuxième temps, l’Etat devrait aider les nouveaux résidents à travailler dans des plantations que l’Etat devrait prévoir dans le cadre du développement de l’agriculture. Par exemple, planter des légumes et des fruits pour la consommation locale. Il est à noter que la firme Haïtienne qui fournit la MINUSTHA en légumes les obtient de la République Dominicaine.
13) Développement d’une industrie haïtienne de canne à sucre la ou les Haïtiens peuvent travailler et produire le sucre localement; Une étude de faisabilité devrait être réalisée à cet effet en vue d’une action concrète.
14) En attendant les récoltes, chaque famille recevrait une allocation de 5,000 gourdes afin d’injecter dans la nouvelle vie une activité économique. Les 5,000 gourdes devraient aider la famille à une activité entrepreneuriale (achat et vente des produits) pour commencer.
15) L’Etat se chargerait de construire un lycée dans la zone qui tiendrait compte de la langue Espagnole qui serait largement parlée dans la nouvelle ville.
16) Ceux qui ont des familles en Haïti et qui ne font pas parti des Haïtiens nés et grandis en RD devraient rejoindre leur famille.
Dans un long terme : 


1) Il est absolument essentiel que la décentralisation des villes ait lieu et qu’un gouvernement local soit développé et sa capacité renforcée dans toutes les villes. Le gouvernement local doit assurer le développer de sa zone respective sans passer par Port-au-Prince. Ceci est sérieux si on veut éviter d’exacerber le problème d’émigration de notre peuple vers l’ile voisine et d’autres villes des Caraïbes.

2) Relancement d’un plan de production agricole pour éliminer toute importation de la République Dominicaine, c’est une conséquence que la RD devra assumer. Haïti ne doit plus accommoder l’économie dominicaine si ce n’est que par des échanges commerciaux mutuels.
3) Investir dans la recherche minière de manière à créer une main d’œuvre dans le secteur minier. Le développement d’une main d’œuvre qualifiée à travers le pays doit être parmi les points importants de l’agenda de chaque gouvernement.
4) Analyse et recherche sur les capacités de rendement dans chaque zone géographique et impliquer la population dans le développement de leur ville. Si nous cherchons notre corne d’abondance, nous la trouverons ;
5) Prévoir une protection de nos champs agricoles afin d’éviter des actes de sabotage par les voisins.
6) L’Etat Haïtien doit investir dans la construction de campus universitaires dans plusieurs départements géographiques au service d’un plus grand nombre d’Haïtiens afin que nos étudiants n’aient pas à verser $10,000 dollars par tête aux universités privées Dominicaines. A noter que 70% des étudiants dans les universités privées en RD sont des Haïtiens, ce qui revient à dire que ces universités ont été créées pour attirer des devises haïtiennes. Ce sont des devises qui seraient utiles à notre pays.
7) Haïti doit se moderniser et pour cela, il faut la participation de tous les membres de ses élites. On ne peut blâmer le professeur qui admet « qu’Haïti se trouve actuellement « au bord du précipice de l'histoire », il nous appartient de renverser la tendance. Nous ne pouvons demeurer une société perpétuellement en crise. L’écrivain Dorvilier constate que cette « longue crise haïtienne du développement résulte du fait que les principaux sous-systèmes culturel, social, politique et économique n'ont pas su remplir adéquatement leurs fonctions respectives. Ils ont en effet fonctionné de manière anachronique, perverse et chaotique. » Une nouvelle direction s’avère donc nécessaire ;
8) Pour citer le sociologue Claude Souffrant « Haïti entretient des archives et des musées, institutions de conservation du passé. La sociologie haïtienne contemporaine demeure obstinément diachronique. Chez ses meilleurs représentants, les vues prospectives sont rarement développées au-delà des limites ... le regard haïtien est fixé sur son passé. Avec ce regard borgne, on entre dans l'avenir, inattentif à la nouveauté du temps, insouciant à l'inédit qu'amène le futur, imperméable aux innovations, prisonniers de l'héritage sacré des anciens, répétant le discours bègue du passé, le discours de l'aliénation. » Moi je dis, relevons le défi du développement, regardons vers l’avenir et utilisons nos moyens et développons les possibilités. Faisons preuve d’innovation !
9) Haïti a besoin d’une révolution industrielle. Beaucoup d’Haïtiens de la diaspora souhaitent investir dans leur pays mais la situation sécuritaire, le monopole de l’Elite économique aussi bien que le style mafieux observé dans la gestion des affaires publiques les découragent. Haïti importe pratiquement tout de la République Dominicaine et même les produits de première nécessité qui auraient pu être fabriqués sur place. Le gouvernement doit faciliter le développement de l’industrie afin d’élargir l’économie et de réduire le monopole par quelques familles.
10) Chaque président sortant doit laisser leurs empreintes en établissant, ou sponsorisant ou une industrie locale, ou une ou des institutions dans les domaines suivants ;


• Agriculture

• Education/Formation (Sciences techniques)

• Industries pour la fabrication de produits de première nécessité

• Santé

• Logements

• Environnement

• Mines et energie

11) Développer une campagne d’information et de conscientisation sur le maltraitement des Haïtiens en République Dominicaine, en particulier les bateys à l’intention des masses à travers des documentaires filmés. Ceci servira à décourager les Haïtiens à s’enfuir vers la RD. Apprendre aux Haïtiens à conserver leur dignité, et leur fierté, Les inculquer une responsabilité citoyenne. c’est un minimum qu’on leur doit.
12) L’explosion démographique pèse très lourd sur le développement du pays. Le gouvernement ne planifie jamais pour sa population mais pour une poignée de gens, est ce pourquoi il ne réalise jamais un recensement annuel. Loin de planifier pour eux, il les abandonne, les isole et les laisse à la recherche de leur propre survie. A cause de leur statut de sous-classe, ils sont marginalisés partout où ils vont et sont traités comme des parias.
13) Repenser la gouvernance car sans une réforme totale des institutions et des engagements phares à être respectés par tous les secteurs, on ne saurait nous orienter vers la modernité. Il faut une consultation citoyenne et une commission nationale de réformes des institutions et de l’Etat afin de construire un Etat solide. Pour l’instant, l’Etat est une foire d’empoigne à la solde des dirigeants et de l’élite économique aussi bien que quelques poignées d’opportunistes.
14) Les préjugés envers les masses Haïtiennes sont aussi à l’origine des problèmes. Garder un peuple dans l’ignorance parce qu’ils sont en majorité noire, est un crime contre l’humanité. C’est l’occasion pour que les autorités haïtiennes réparent le tort qu’ils ont fait à la grande majorité livrée à elle-même. Nous ne pouvons plus faire litière d’une situation des plus macabres que nous avons occasionnée durant deux siècles.
15) Une table ronde doit être organisée invitant les élites du pays (économique, politique et intellectuel) vers le développement d’un « compact » national à s’engager dans des responsabilités propres. Comme l’a fait remarquer le Professeur de l’Administration Publique louis Coté, « Le premier indicateur qui permet de savoir si un Etat va se développer ou s'inscrire dans la modernité, c'est un projet commun de développement partagé par l'ensemble des élites » ; L’assiette au beurre doit prendre fin car nul n’est né dans la pourpre dans notre pays.
16) Nous avons perdu la face au monde entier et nous avons trop longtemps frisé le ridicule. Si nous ne pouvons pas nous entendre pour faire cet ultime sacrifice en vue de ramener notre pays aux portes de la modernité, je repose la question à savoir « A quoi servait la révolution de 1804 » ? sinon mettons-nous à pied d’œuvre pour construire l’Etat.


Emmanuelle Gilles
3 Juillet 2015

Sunday, April 27, 2014

Compte rendu de mon dernier voyage en Haiti

Chers amis internautes,
           Emmanuelle Gilles
Au début de ce mois,  j’ai effectué un voyage d’agrément dans notre pays pour voir mes deux petites jumelles de  4 ans.  Pour débuter les vacances, on a passé un excellent weekend au Club Indigo.  C’était un samedi matin, après le petit déjeuner, nous avons fait le tour de la station balnéaire, et j’ai été étonnée de voir que les clients étaient peu nombreux.  Les membres de la MINUSTHA que les Haïtiens appelaient les Touristas n’étaient plus sur les plages.  Les chiffres d’affaires ne doivent pas être très alléchants.  Les clients étaient en majorité quelques membres de la diaspora et quelques expatriés. Très peu de touristes !  Ce n’était pas la foule…  Ceci dit, la MINUSTHA serait entrée dans sa coquille car ses membres ne fréquentent plus les plages ni les boites haïtiennes.   Même si leurs bottent nous dérangent a vue d’œil mais leur dollar dérange-t-il ?   Les touristas auraient bien pu augmenter l’emploi dans le secteur service car plus ils sont présents plus la demande pour la main d’œuvre augmente.  Dans un système économique, les décisions  de produire, d'échanger et d'allouer des biens et services sont déterminées par l'offre et de la demande établie par le libre jeu du marché.  Il fut un temps où le marché était bien là avec la présence des Touristas.  Bien évidemment, mieux vaut que les Haïtiens s’enfuient en République Dominicaine plutôt que viser les perdiem des touristas en leur offrant de «l’Entertainment ».   Un Hard Rock Café Haïti aurait été amplement suffisant.  Bref, cela ne m’étonnerait pas qu’ils se la coulent douce en RD de préférence là où les touristas seraient les bienvenues, et là où la main d’œuvre haïtienne est plus en demande en dépit des conflits.  

Le pays est-il en Chantier ?
Des images d'Haiti par E.G (Cliquez pour agrandir la photo)
Le gouvernement avance qu’Haïti est en chantier, en effet, j’ai noté quelques bâtiments en construction, en l’occurrence des édifices publics et des routes.  Cependant il n’existe aucun plan de reconstruction en instance d’exécution.  Les travaux sont au ralenti, et d’après des renseignements obtenus auprès d’un employé du gouvernement, le parlement n’aurait jusqu’à présent pas voté le budget pouvant permettre le décaissement des fonds pour les travaux de construction.   Aucune loi n’a été votée malgré leur soumission, c’est le cas de  la loi sur le Fond National pour l’Education et la loi électorale. 
Les Fonds de PetroCaribe alimentent en majeure partie le budget de l’Etat pour les travaux de construction en plus des projets de la BID.  Autrement, Haïti ne reçoit pas d’assistance financière depuis la fermeture du CIRH.  Sans les fonds Petrocaribe, Haïti aurait des difficultés à poursuivre ses projets de reconstruction.  Il n’y a aucune garantie d’activités économiques dans le long terme en absence des fonds petrocaribe. Martelly et Lamothe ont commis l’erreur de miser sur les fonds PetroCaribe sans une forte mobilisation de ressources parallèlement.  Pour survivre, Haïti devra trouver des moyens de diversifier ses sources économiques pour éviter une dépendance totale soit du fond Petrocaribe ou de l’extérieur.   
Les Programme Sociaux en Haïti :
Image d'Haïti (Photo E.G)
Nous avons remarqué qu’Haïti investit des fonds dans différents programmes sociaux, ce qui est un phénomène nouveau puisqu’avec les fonds de la Banque Mondiale et du FMI, les programmes sociaux n’étaient pas permis, on peut constater que le pays dispose de  beaucoup plus de flexibilités pour investir dans le social avec les Fonds Petrocaribe mais il demeure une absence de transparence totale dans les activités de l’Etat.   La corruption bat son plein! C’est la réalité de notre pays.  Espérons que la stabilité du Vénézuela reviendra afin d’éviter une coupure totale de l’aide Vénézuélienne qui alimente en grande majorité l’économie Haïtienne.  Haïti doit trouver des moyens de productions et de génération de ses ressources économiques propres, autrement ces programmes sociaux ne seraient que des initiatives ad hoc qui ne pourront faire l’objet d’un programme à long terme. 
Quels sont les progrès visibles :
Vue d'une agglomération à Port-au-Prince ( Photo E.G)
J’ai noté quelques réalisations telles que la construction de centres sportifs à travers le pays, beaucoup d’aménagements ont été réalisés à Pétion-Ville, Jacmel et d’autres villes de provinces selon les témoignages de mes proches, cependant vu que j’étais seulement à Port-au-Prince et Montrouis, mon rapport sera limité à la Capitale et la situation de l’Ile à  Vache.  S’agissant des aménagements à Pétion-Ville, l’émergence de complexes hôteliers et de supermarchés modernes auraient pu rendre Pétion-Ville attrayante, cependant nous qui avons vécu dans des pays structurés et qui pouvons faire la différence entre des structures urbaines et rurales, ces améliorations sont à peine visibles.   Je regrette de dire qu’aucun changement ne peut se réaliser à Port-au-Prince ou dans les grandes villes sans une déconcentration majeure et sérieuse. A Pétion-ville, on se heurte à une foule dans les rues à toutes les heures.  A quoi bon reconstruire les trottoirs si c’est pour être envahi par des vendeurs de rues qui sabotent tous les efforts.  La surpopulation tue les grandes villes qui sont exposées à tous les risques environnementaux.  C’est une situation catastrophique !  Une copine de l’Ethiopie qui était en Haïti a eu à me dire que Pétion-ville ressemble à une petite ville de l’Ethiopie et non pas sa capitale Addis avec son imposante Hotel Sheraton.  Les habitants de Jalousie qui de plus en plus prennent davantage d’expansion sur les mornes polluent la ville.  On sous-estime le risque que courent les résidents des mornes telles que Jalousie et autres en cas de catastrophes naturelles.  En absence d’arbres dans les mornes avec des constructions sommaires et précaires, les résidents deviennent vulnérables aux effets du danger que représentent ces constructions illégales et anarchiques.  On devrait alors se demander qui dirige le pays, est-ce le peuple ou l’Etat? Ces actions irresponsables des gouvernements successifs, sont-elles irrémédiables à jamais au détriment des normes d’urbanisation ?   Le parc de la Place Boyer nouvellement rénové est occupé quasi quotidiennement par des chômeurs à vie.  Malheureusement, la bidonvilisation n’a jamais été stoppée ni contrôlée car elle constitue une garantie de manœuvres politiques des politiciens apatrides successifs.  Il faudrait un gant de fer pour prendre des décisions musclées pour mettre en œuvre un plan coriace favorisant l’urbanisme à tout prix.  Comment pouvons-nous espérer un changement dans ces conditions? 
Quid de la Reconstruction du Centre-Ville ?

Prise de vue  à Delmas  ( Photo  Emmanuelle Gilles)
Depuis que le gouvernement de Préval avait déclaré le centre-Ville d’utilité publique, un plan de reconstruction avait été établi mais les commerçants se sont plaints de cette mesure argumentant que leur propriété avait été saisie de façon arbitraire.  Le gouvernement de Martelly a levé cette mesure d’utilité publique tout en invitant les propriétaires à participer librement à la reconstruction du centre-ville.  Depuis la levée de la mesure, les commerçants se sont concentrés sur Pétion-ville qui n’a pas un espace adéquat ou structures pour un grand marché économique comme ils le prétendent.  Pétion-ville est petite avec très peu d’espace pour garer.  Tout est coincé.  On parle de magasins, mais en fait, il n’y a que des petites boutiques invisibles et de petites entreprises.  On ne voit rien de l’extérieur, ce n’est pas comme marcher sur Madison Ave à New York ou on peut faire la lèche vitrine.  Mais c’est là où se concentre le nouveau centre-ville.  D’après ce que j’ai appris de certaines sources, les commerçants n’avaient aucune intention de reconstruire le centre-ville après le séisme car ils entendaient vendre leur propriété à des investisseurs potentiels pour des millions. Ils avaient voulu récupérer leur terre à cette fin et non pour participer à une quelconque reconstruction du centre-ville.  De toute manière, pour inciter les commerçants à réinvestir au centre-ville, l’Etat devrait d’abord faire sa part, développer les infrastructures (route, eau, électricité) afin de créer des  incitations pour attirer l’investissement interne ou externe.  L’Etat Haïtien n’a rien offert et s’attend à ce que les commerçants réinvestissent au centre-ville sans leur aide.   En résumé, le Centre-Ville est abandonné à son sort et Pétion-ville ainsi que les quartiers avoisinants, Frères, Delmas et tous les coins du pays sont devenus de véritables marchés de rues incontrôlables.  Grosso modo, les changements ne seront jamais visibles car cette eternelle bidonvilisation des villes ne favorise pas le changement de l’image d’Haïti.  Haïti ne saurait être ouvert aux affaires dans ces conditions.

Les Conflits à l’Ile à Vache :
Bref les conflits de l’Ile à Vache sont très complexes.  La constitution stipule que « L'expropriation pour cause d'utilité publique peut avoir lieu moyennant le paiement ou la consignation ordonnée par justice aux ordres de qui de droit, d'une juste et préalable indemnité fixée à dire d'expert.  Si le projet initial est abandonné, l'expropriation est annulée et l'immeuble ne pouvant être l'objet d'aucune autre spéculation, doit être restitué à son propriétaire originaire, sans aucun remboursement pour le petit propriétaire. La mesure d'expropriation est effective à partir de la mise en œuvre du projet. »  Voilà ce que stipule la constitution.

Dans les années 1957, toute l’ile appartenait à l’Etat, Louis Déjoie avait acheté une petite partie des terres qu’il avait distribuées à quelques Habitants de l’Ile.  Duvalier de son coté, en réalisant les astuces de Louis Déjoie, avaient aussi acheté des terres qu’il distribua aux habitants qui se plaignaient de n’avoir pas bénéficié de la largesse de Déjoie.  C’est ainsi que près de 800 personnes sont propriétaires sur l’ile sur les 15,000 habitants.  Ceux qui ne sont pas propriétaires se sont servis des terres de l’Etat pour l’agriculture de subsistance donc pour leur survie. Les 15,000 habitants de l’ile ne sont donc pas tous des propriétaires.

En déclarant l’ile d’utilité publique, l’Etat Haïtien n’a pas violé les lois car la constitution lui confère ce droit cependant l’état n’a pas respecté les clauses de la constitution qui stipulent que le paiement et une indemnité fixée par des experts devraient être effectués.  Il arrive aussi que selon l’article 39, «les habitants des sections communales ont un droit de préemption pour l'exploitation des terres du domaine privé de l'Etat situées dans leur localité. »

Le gouvernement a commis des erreurs capitales dans le dossier.  Premièrement, Il ne s’était jamais préoccupé de l’ile !  Les habitants de l’ile étaient quasiment livrés à eux-mêmes pendant deux siècles.   Deuxièmement, les habitants de la ville n’ont pas été consultés ni avisés au préalable car Ils avaient aussi leur mot à dire dans les négociations. La déclaration d’utilité publique au prime abord couvrait toute l’ile sans tenir compte des besoins de ceux qui ont habité l’ile toute leur vie.  La mesure n’épargnait pas des investisseurs locaux déjà sur place qui se sont sentis menacés. C’est le cas de cette famille Haïtienne et leur beau-fils Américain qui avaient investi sur l’ile avec chacun leur « share » dans Akaba Bay Resort.  Ils avaient également développé un « master plan » pour le développement touristique de l’Ile à Vache.  Martelly était au courant de ce masterplan.   Apres l’élection de ce dernier, son avocat Gary Lissade aurait fait pression sur les propriétaires de Abaka Bay resort que le président convoitait personnellement. L’Américain au nom de Dietricht aurait écrit une lettre ouverte à Martelly et Lamothe et je cite un des passages :

“I am appalled at the way you are today treating my former neighbors, the inhabitants of Ile a Vache.  My vision had been to attract tourism and investors to the island, but only in complete transparency, cooperation, fair dealing, and respect for the island’s residents.  Instead, you and your officials are lying to the island’s people, expropriating them from their land, unilaterally bulldozing their forest, land and homes, and then terrorizing and brutalizing them with heavily-armed militarized police when they protest. I had seen the Ile a Vache project as a way to give back to Haiti, not to take from her yet again”. 
L’approche du président était arbitraire tout comme les diverses arrestations qui ne sont pas justifiées.  L’idée de rendre l’Ile à Vache un lieu touristique n’était pas celle du gouvernement Martelly et de Lamothe mais plutôt des actionnaires d’Akaba Bay qui avaient soumis à Martelly un plan de développement touristique pour l’ile.  Selon l’investisseur Américain, Martelly et Lamothe auraient décidé de s’accaparer du projet pour en faire leur pour leurs intérêts personnels et non pour le développement économique du pays comme ils l’entendent.

Les manifestations successives qui s’en ont suivi étaient justifiées car l’Etat ne pouvait pas déclarer l’ile d’utilité publique sans un plan qui incorporait un développement communautaire au profit de ceux dont les terres seraient passibles sous cette mesure. Ce plan devrait prendre en compte des infrastructures qui à la fois rehausseraient l’ile et les conditions de vie des Habitants c’est-à-dire, logements, école publique et eau potable avec des possibilités d’emploi.   Les habitants bénéficieraient d’un programme de  perfectionnement de la main d’œuvre, ce qui l’aiderait à participer dans les projets de l’ile.

Récemment des amis ont été a Ile a Vache et m’ont fait un compte rendu que l’ile est plutôt calme et qu’il n’y a plus de manifestations.  Les habitants ont repris leurs activités journalières et on ignore toutefois si le plan du gouvernement a été modifié pour tenir compte des revendications des résidents.  Il n’y a toujours pas de transparence sur le projet de l’Ile à Vache.  Nul n’est au courant du profil des investisseurs et de la source de financement de l’aéroport prévu!  Certains jurent que Martelly et Lamothe ainsi que la Ministre du Tourisme ont de gros intérêts personnels dans le projet, mais il reste à voir s’il s’agit vraiment de leurs intérêts ou de développement économique. 

Le gouvernement a déclaré que «Le projet de l'Ile-à-Vache est une lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales à travers les investissements et la création de richesse».  J’en conviens que c’est même une nécessité et notre pays a besoin de plusieurs sources de revenus pour alimenter notre budget national, est ce pourquoi nous devrions nous rassurer que le projet bénéficierait le pays et non les poches des membres du pouvoir.  De ce fait, Laurent Lamothe et Michel Martelly ne devraient pas être des actionnaires dans ce projet ni non plus réclamer des pots de vin et leur pourcentage au niveau des potentiels investisseurs.   Les Haïtiens doivent être donc vigilants, par là je ne me réfère pas à des politiciens véreux qui profitent de cette situation pour déstabiliser et boycotter mais ceux qui sont véritablement concernés par le développement de notre pays.

Lorsqu’un Président déclare que les caisses publiques sont vides, on devrait réfléchir ? Qui alimente le trésor public ? Quel est le pourcentage  des recettes publiques et des impôts alimentant le trésor public mensuellement?  Ou vont les impôts, et les recettes douanières? Sur quoi repose le budget de l’Etat ?

Programme d’Education gratuite : (PSUGO)
Le programme d’éducation gratuite est une initiative qui devrait être appuyée par tous les Haïtiens désireux de voir un changement au niveau de ce secteur important.  C’est un des plus grands défis qu’un gouvernement ait tenté depuis des décennies.  L’accès à l’éducation pour tous a toujours été une préoccupation majeure pour moi, et c’est l’un des objectifs du millénaire auxquels s’engagent les pays en voie de développement.  Je me suis dit que finalement ce projet contribuera à éliminer l’existence de deux mondes dans un même pays, une situation désastreuse qui pénalise et isole tout un peuple depuis plus de deux siècles.  En d’autres termes, c’est en grande partie l’origine de ce grand fossé entre la masse populaire et les nantis.   Le programme d’éducation du gouvernement revêt toute son importance, cependant, vu la célérité avec laquelle ce programme a été mis sur pied, les structures ne sont pas adéquates pour garantir son succès.  Beaucoup de failles ont été enregistrées.  Dans la liste des écoles ayant reçu des subventions de l’Etat, Des Directeurs d’écoles aussi bien que des députés ont falsifiées des écoles inexistantes pour lesquelles ils percevaient des fonds.  C’est une preuve que la corruption gangrène notre société a un point tel que même nos législateurs ne font pas l’exception.  C’est le paradoxe de la corruption institutionnalisée ! En Haïti la corruption est systémique car sa fréquence est telle qu’elle constitue plutôt la régie plutôt que l’exception, et c’est à cause de ces impasses encouragées par un système judiciaire faible et défaillant que le changement d’Haïti ne peut être espéré. 

Conclusion :
Après le départ de Duvalier, c’était évident pour tous que nos problèmes relèvent d’un système défaillant mis en place pendant des décennies par des gouvernements incompétents. L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement démocratiquement élu en 1990 était l’occasion idéale pour créer ce nouvel Etat qui nous tient à cœur, malheureusement, l’Etat s’est effondré davantage pour  devenir dysfonctionnel quasi en permanence.  Certains décrets de lois créés par le gouvernement de transition ont pu aider à renforcer le fonctionnement de l’Etat cependant La corruption est considérée comme une négation de l’Etat même en tant qu’institution.   Tous ceux qui lèvent leur voix contre l’actuel gouvernement et qui s’attendent à un changement drastique, se leurre car aucun changement n’est possible sans des réformes institutionnelles en profondeur au sein d’un système décomposé et putréfié.  L’institutionnalisation de l’État moderne repose sur l’exigence de règles formelles reconnues par la loi et applicable selon la loi par tous. Avec un parlement opportuniste et incompétent au service unique de ses intérêts politiques, des gouvernements successifs qui abusent de leurs pouvoirs, et d’une société quasiment en déchéance morale.   En dépit d’une constitution et des lois, l’Etat demeure  l’otage du peuple et le peuple l’otage de l’Etat.  On ne peut rien espérer !

Par: Emmanuelle Gilles manugi28@yahoo.fr

Une adaptation de Herve Gilbert


Thursday, November 28, 2013

Edito : UN NOUVEAU « BRAND » POUR HAITI

Par: Emmanuelle Gilles manugi28@yahoo.fr   
Emmanuelle Gilles
Récemment j’ai participé à une conférence regroupant les pays de l’Europe de l’Est, sur l’importance de la Coopération régionale. Le présentateur principal était un représentant du gouvernement de la Bosnie et Herzégovine. Tous les pays des Balkans étaient représentés aussi bien que certains pays du Sud comme le Rwanda, le Vietnam, le Liban et la Turquie.
Le Ministre des Affaires Etrangères de la Bosnie, dans un anglais impeccable a confirmé que l'intégration régionale peut être une puissante source de croissance inclusive et durable. Partout dans le monde, il est constaté que la coopération régionale a contribué à renforcer la stabilité régionale et la croissance dans le commerce, dans les revenus et au niveau de l’emploi. En outre, la coopération dans cette région a permis de faire des avancées dans le dialogue politique et aussi au niveau des relations de voisinage entre les pays, ce qui favorise la réconciliation, la stabilité et une plus grande tolérance. 
D’après le représentant, la coopération régionale a contribué aux efforts des pays à s'attaquer aux problèmes de développement – soit par la promotion d’une croissance partagée et une augmentation du niveau de vie ou par l’amélioration de la sécurité des citoyens et des communautés à travers l’observance d’un état de droit. J’ai remarqué plus particulièrement en Bosnie-Herzégovine, que la coopération régionale est fondamentale pour reconstruire les liens sociaux, culturels, politiques et économiques, qui étaient souvent fragmentés par l'éclatement de l'ex-Yougoslavie.En Haïti, nous faisons une expérience de cette fragmentation au niveau national donc avant même de considérer une coopération régionale, nous devons favoriser une entente nationale. Le Représentant de la Bosnie a précisé qu’après 20 ans de confrontation régionale, ils ont appris des enseignements de leur passé et font savoir qu’il est temps de se trouver un nouveau « Brand » qui commence par la paix et la stabilité au niveau national et régional. Notez bien que la Bosnie est partie d’un pays sous l’influence de la communauté internationale vers un Etat ayant fait le choix de la paix et de la stabilité. Des 60,000 soldats qui constituaient les effectifs totaux de la mission de maintien de paix, ils sont maintenant réduits à 600 soldats. C’est une région ou on trouve autant d’atrocités que de « success stories».  
Nous qui avons eu un passé teinté d’assassinats politiques, de coups d’Etat, d’instabilité et de dictatures féroces, ne devrions-nous pas chercher un nouveau « Brand », ouvrir une nouvelle page ? 
Lorsque sur mon passage, je me frotte à des concepts aussi grands et nobles, lorsque je vois que des pays aplatis par la guerre remontent leur pente et réussissent, comment alors espérez-vous que je me joigne à des soulèvements improductifs, bêtes, égoïstes que nous affichons comme comportement depuis Dessalines quand je connais l’importance de la paix et la stabilité nationale et régionale dans le développement d’un pays.  
Pendant que nous gaspillons notre temps à nous entredéchirer, à nous fustiger les uns contre les autres dans d’éternelles luttes partisanes et destructives, d'autres peuples avancent à grand pas. Les Dominicains désormais profiteront des mines d'or d'Haïti dans notre partie de l’ile où reposent des gisements d’or massifs pendant que nous perdons du temps à nous déballer. Au regard de notre situation, nous sommes à une croisée de chemin ou notre seule issue salvatrice demeure l’union et la cohésion. Nous ne pouvons plus continuer à regarder l’un et l’autre en chiens de faïence. Quand la moutarde nous monte au nez en voulant un miracle en toute vitesse dans une démocratie utopique, on devient impatient, et on se laisse emporter par une colère insensée. Sauver Haïti ne saurait se faire dans un contexte de déraison, de partisannerie et de polarisation, on doit consentir des sacrifices pour la sauvegarde. Notre devise devrait être notre guide « L’UNION FAIT LA FORCE ». Ce noble pari ne saurait être réalisé dans cette constante inimitié qui caractérise notre vie de peuple. Nous devrions nous ranger autour d’une vision commune en dépit de nos désaccords et de nos divergences.  
A quand ce réveil ou nous mettrons nos talents et nos expériences au service du bien commun, en l'occurrence notre pays et notre peuple? A quand le moment où nous mettrons les intérêts de notre pays avant les nôtres ? Force est de constater qu’à l’heure actuelle, en dépit des nombreux cerveaux bien formés, à l’intérieur comme à l’extérieur, le pays souffre de l'absence d'un vrai « think tank » éclairé. Nous nous retrouvons malheureusement avec des partis politiques sans base, sans valeurs avec comme force la destruction sous des prétextes de revendications bidons. Leurs objectifs sont loin de se rendre utile au peuple et au pays quand ils claironnent le départ de chaque gouvernement comme l’unique alternative aux problèmes auxquels nous sommes jadis confrontés. Mais en fait, nul ne demande pour le remplacer par quoi ou par qui? – encore du déjà-vu car le prochain serait soumis au même sort. On penserait qu’ils tireraient les enseignements de ces pratiques, malheureusement, ils passent leur temps à détruire au lieu de se préparer à participer aux urnes et prendre le pouvoir par le mérite de leur slogan et de leur vision comme l’avait fait Daniel Eustache Fignole.  
Cette politique de « Ote toi que je m’y mette » qui date de Dessalines et de Pétion ne nous ont pas appris que tour à tour, ils ont laissé leur peau laissant un pays en flambeau de décennies en décennies. Je comprends que les études d’histoires par cœur n’avaient jamais pénétré notre conscience et notre compréhension, sinon on aurait remarqué qu’Haïti a besoin d’une chance, un « Re-branding ». Ce nouveau « brand » commence d’abord par l’union, la paix, la stabilité et la coopération afin d’avancer.  
Emmanuelle Gilles manugi28@yahoo.fr
 
 
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