Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Friday, May 20, 2022

Quand des oligarques cherchent des voleurs pour gérer la nation (Part-2)

 

Pour l’amour de l’argent, ils ont détruit ce si beau pays où les

gens avaient, autrefois, des chansons plein le cœur, et dans l’âme

le désir fou de vivre là où le temps prenait le temps de s’écouler (MxD).

 

Par Max Dorismond 

Le brillant Dr Guy Théodore de Pignon dans le Nord d’Haïti.

C’est dans cette atmosphère délétère que notre bon samaritain, le grand chirurgien béni de Pignon, qui a fait don de sa vie à sa région natale, en érigeant un hôpital phare, cinq étoiles, bâti avec ses propres deniers, a été invité par des amis très intéressés de la diaspora à faire cadeau aussi de sa personne à la nation entière. 

Se sentant désigné, le valeureux médecin ne se fit pas prier. Il voyait la politique en Haïti à l’image des films trompe-l’œil d’Hollywood, où le bien finit toujours par triompher du mal. Dans l’arrière-pays de ses rêves, il n’avait pas bien dosé ou soupesé la dimension d’une telle décision. 

La diaspora jubilait, Le Nord était emballé. Enfin, voici quelqu’un de représentatif, de sérieux, pour la renaissance de l’île, etc. Les qualificatifs élogieux pleuvaient et tout était radieux. Discours à New York, à Boston, à Miami, partout. Le Dr Théodore que j’avais rencontré un été à Port-au-Prince, au début de mes 17 ans, était fiancé à une connaissance qui allait devenir sa première femme. Il venait de terminer sa dernière année de médecine. J’étais doublement ravi pour Haïti, qui allait tomber en de bonnes mains. Mais c’était sans compter sans les barons de l’ombre. 

Hélas, l’enchantement national fut de courte durée. Le brillant chirurgien découvrit après 3 ou 4 mois de campagne qu’il n’avait point la fibre d’un escamoteur. Sans tambour ni trompette, il annonça sa démission un matin. Ce fut une douche froide pour les fanatiques, et Haïti venait de dégringoler aussi vite les marches de l’espoir. Théodore n’avait pas l’étoffe d’un escroc, d’un inconscient, d’un brigand, d’un fossoyeur de nation, tel que l’exige la publicité subliminale sans les mots. Il ne pouvait renier son serment d’Hippocrate. Il avait promis à son père, pasteur de son état, de faire du bien toute sa vie pour son pays. Homme de parole, il ne saurait décevoir le paternel. 

Cette nouvelle assommante fit la joie de la camarilla qui se bouscula au portillon. Plus de 200 partis politiques furent créés à cette époque. La voie était libre. Les années ont passé. À part des spéculations oiseuses, nulle vraie raison n’a été avancée pour expliquer la débandade du gang à Théodore avant cette cruciale vidéo sur Pignon, visionnée récemment. 

Presque, à la dernière minute de cette interface (après 1 h 42 min 28 s), le célèbre Dr trouva l’occasion de mettre les pendules à l’heure, suite à l’invitante question du journaliste, à savoir : « s’il n’aurait pas fait la même chose pour Haïti, s’il était président ? ». https://youtu.be/hSasID1kYYM?t=6146 

Voilà ma gloire ! J’attendais cette réponse depuis plus de 30 ans et me voilà servi à souhait. Le bon samaritain esquissa un sourire narquois, prit tout son temps pour décortiquer la débâcle. « Ce fut, dit-il, une mise en situation qui l’a découragé et forcé à tourner casaque. Étant invité à Port-au-Prince à rencontrer les vrais maîtres du pays, parmi lesquels plusieurs richards de la haute société, qui m’expliquaient que je n’avais pas besoin de m’en faire pour l’argent. Une élection d’ici coûte entre 8 et 10 millions de dollars US. Nous allons les dépenser pour vous, à condition de nous laisser le champ libre en nous donnant la Douane, les Finances, la DGI, les Travaux publics, l’APN, l’AAN, l’OFNAC, la BMPAD1, etc. ». Ainsi, le bon docteur vient de découvrir qu’il s’était trompé de rêve. Adieu Présidence! Adieu populace! Il a pris ses jambes à son cou pour retourner à bride abattue dans son Pignon natal et s’occuper de ses malades. 

Au même moment, l’image de « tassot frit2 » d’un Jovenel Moïse désarticulé réanime ma mémoire endormie. Le corps écrabouillé, les yeux crevés, pour avoir violé les conditions du contrat d’embauche dans la dernière année de services. Les inconscients ont été sans pitié, pour attiser ce message phosphorescent, sans équivoque, au prochain favorisé, à savoir que c’est un jeu de « pwen’n fè pa ». « Ou mange lajen shango, pa vinn ranse, pa vinn plenyen !  C’est à prendre ou à laisser, le pays nous appartient ». 

À partir de cet assassinat crapuleux, les oligarques ont dessiné leur contrat à l’encre écarlate. La publicité ne se perd point dans les nuances. Elle est claire comme un Seven-up. On cherche des voleurs, des vicieux, des escrocs, des sociopathes, des malhonnêtes, des assoiffés de richesses faciles, pour gérer la nation. Le Dr Théodore a eu du flair pour glisser entre leurs doigts et retourner s’occuper de son hôpital à Pignon. Mais le pauvre Jojo, se croyant plus malin, a joué à la roulette russe et a perdu. 

Néanmoins, selon l’histoire, Duvalier, qui n’avait non plus un sou, avait tenté sa chance à ce casino. Étant calme et taciturne, l’élite commerciale pensait avoir mis la main sur un nono paisible qui s’exprimait avec hésitation. Ils croyaient avoir dégoté le meilleur « président de doublure » comme par le passé : la tradition continue. Mais malin et malin et demi, François les a contournés sur leur gauche, avec la création des Tontons Macoutes, qui ne faisaient pas dans la dentelle. Il déstabilisa l’armée corrompue. Nous connaissons la suite. 

Toutefois, l’invitante publicité est toujours omniprésente dans la psyché haïtienne. Presque tous les futurs candidats le savent et n’en ont cure. Ça piaffe derrière la porte. Comme un refoulement d’égout, ils sortent de tous les trous. La liste surchauffe avec 264 partis politiques en avril 2022. Les prospects assoiffés de dollars s’impatientent. Conscients du risque, tous sont fin prêts à jouer le jeu du « pwenn fè pa ». Les affairistes se frottent les mains d’aise. 

Le corps sans vie de Jojo, en fromage de gruyère, ne s’oublie pas du jour au lendemain. Le souhait de soudaines richesses rapetisse le moral. Haïti sera toujours dirigé pour l’éternité par des voyous, des voleurs, des bandits légaux, tant que ces prédateurs sont prêts à acheter « le père, le fils et le sain d’esprit » pour parodier le sociologue haïtien Frédéric Boisrond. 

En dépit de tout, Haïti a-t-elle une chance de s’en tirer ? Depuis plus de 218 ans, ces oligarques gangrènent toute une île. Autrefois, ces loups avides de richesses, même nés dans le pays, changeaient de nationalité pour arnaquer le pouvoir sous toutes les coutures. Haïti remettait des chèques à l’infini. Souvenons-nous de l’affaire Ludërs, par exemple. Plus tard, en faisant brouter l’armée d’Haïti dans leur main, les coups d’État à répétition pleuvaient si le gouvernement se montrait trop timide face à leur requête. 

Aujourd’hui, avec leur fric et leurs gangs, ils assurent leur mainmise en faisant miroiter des offres que les politiciens « grands mangeurs », les quidams sans état d’âme, les renégats en cravate, ne peuvent refuser. 

En contrôlant le pouvoir central, cette oligarchie arrose le reste en dollars :  les juges, les journalistes, les policiers, les hauts fonctionnaires, etc. Entre autres, leurs sicaires bien armés sont là pour refroidir les récalcitrants, les excités, les empêcheurs de tourner en rond. Les politiciens étrangers sont payés via les lobbyistes pour calmer leur semblant d’humanisme aux fins de tolérer le statu quo. Ces riches Haïtiens ont presque tous acheté leur immunité diplomatique pour se protéger de la furie populaire, le jour venu. Une plaque de Consul Honoraire d’un quelconque pays décore l’arrière de leur commerce. Ils sont habituellement de passage ici. Ils résident tous à l’extérieur. 

Ne cherchons pas ailleurs la cause du malheur qui plombe nos ailes. Tout est là, tout a été démontré. Nous avons vendu notre âme au diable pour quelques pièces de monnaie. C’est l’unique raison de notre déchéance. Nous sommes loin de sortir des cavernes, avec ce peuple enfant qui a la résignation en partage, en acceptant toujours, sans broncher, le fardeau que l’inconscience des autres a jugé bon de lui affliger.  

Voilà le vrai problème qui ankylose ce pays depuis des lustres. Nous n’avons pas un buffet d’options. L’unique solution qui reste à Haïti pour stopper les limites de l’inconcevable, c’est d’éradiquer cette race de cancrelats, les considérer comme des vermines nuisibles, pour mieux les écraser. Autrement, nous sommes foutus. Le pays est à bout de souffle, le peuple est aux abois et la misère hurle. Cette chanson ci-jointe, « Gade yon doulè » en est la dernière complainte à nous chiffonner l’âme et le cœur. Écoutons-la : https://youtu.be/pO-I6Fm8q9o . Lire Part 1

 

Max Dorismond





-NOTE - 

1 – DGI : Direction Générale des Impôts / APN : Autorité Portuaire Nationale / AAN : Autorité Aéroportuaire Nationale / OFCNAC : Office National de l’Aviation Civile / BMPAD : Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement.

2 – « Tassot frit : Une particularité de la cuisine haïtienne. Type de viande fumée et braisée.



Saturday, May 14, 2022

Quand des oligarques cherchent des voleurs pour gérer la nation (Part-1

Pour l’amour de l’argent, ils ont détruit ce si beau pays où les

gens avaient, autrefois, des chansons plein le cœur, et dans l’âme

le désir fou de vivre là où le temps prenait le temps de s’écouler (MxD)


Par Max Dorismond 

Un titre surprenant pour l’étranger de passage, mais nullement farfelu pour la plupart des natifs. Depuis des temps immémoriaux, une publicité subliminale, une offre d’une banalité déconcertante pour certains, anime le quotidien des Haïtiens. Tu rêves de présider ou de gérer la nation, des « amis » te feront une proposition irréfutable. On ne la projettera jamais sur un panneau ou sur un écran, mais elle est là, omniprésente et sans couleur. Autour d’un verre, entre deux meringues, cette invitation intemporelle roule et roucoule sournoisement dans le décor. Les requins cherchent des « idiots utiles » à manipuler au détriment du bien-être collectif. Les candidats sont légion à postuler et à l’honorer. Le cliquetis des espèces sonnantes et trébuchantes interpelle à la ronde. La morale en a pris un coup, les oligarques ont le beau jeu. 

La preuve de l’existence de cette proposition ténébreuse a été confirmée par le dernier assassinat à date du feu président Moïse, qui diffuse un message d’avertissement sans équivoque. Lors de l’interview d’un très célèbre personnage de Pignon, dans le Nord d’Haïti, le Dr Guy Théodore, un ex-candidat malgré lui, d’autres coïncidences étaient venues étayer cette publicité incitative. 

Si vous n’êtes pas frappé d’amnésie, une simple connaissance de l’histoire nationale vous mettrait sur la piste des maîtres chanteurs dès votre plus jeune âge. Une violence inouïe déborde les pourtours de la scène politique et les institutions pourvoyeuses d’argent depuis la naissance du pays : les heureux élus sont habituellement affublés du titre non moins flatteur de « gouvernement de doublure », où une oligarchie prédatrice, agissant toujours dans l’ombre, noue des relations incestueuses avec le pouvoir en place. 

Donc, à propos de cette sulfureuse publicité ou offre non écrite, un langage sibyllin sera servi à souhait aux éventuels prospects, au point qu’ils ne seront point surpris quand le sujet contre nature leur sera murmuré en douceur au coin d’une table, qu’ils soient dans le circuit politique ou rien. Le cas de Sweet Micky ne fut pas l’exception à la règle. L’interpellation lui fut adressée entre deux « yayades ». 

Bref ! Le pouvoir à tout prix et la prédation galopante se révèlent deux composantes entièrement liées dans l’ADN de nos semblables. C’est une culture de pillage et de violences ou le mot concession est nul et mal venu. Les étrangers qui vivent dans le pays rentrent allègrement dans ce jeu de dupe. Souvenons-nous des causes de l’occupation américaine en 1915. Au départ des Yankees, en 1934, ces mêmes étrangers, redoutant la vengeance des locaux désireux de se débarrasser d’eux, avaient supplié le commandement américain, via une pétition, de demeurer pour toujours dans le décor. 

En 1957, à l’arrivée de François Duvalier, qui maîtrisait assez bien les facteurs de l’équation, la vapeur fut renversée. L’élite d’affaires qui contrôlait le pouvoir à sa guise, avec l’appui de l’armée, a été déstabilisée en faveur des Levantins1 qui avaient financé la campagne du Doc. Ces derniers, qui étaient des petits commerçants issus de l’immigration, obtinrent un nouveau statut. On retrouvait à l’époque les Deeb à la magistrature de Port-au-Prince, Boulos père comme ministre de la santé, Baboun en diplomatie, les Kwali, les Cassis, etc. 

Auparavant, ils n’intégraient pas la politique ni ne flirtaient avec les riches du pays qui les méprisaient. Leur condition d’immigrants misérables ne cadrait pas avec l’opulence de la classe bourgeoise qui leur menait la vie dure dans le commerce de détail. Ne pouvant fréquenter cette classe de privilégiés, plusieurs d’entre eux marièrent des Noir(e)s. N’étant pas assez fortunés, certains, au lieu de se payer un voyage dans leurs pays d’origine pour aller prendre mari ou femme, selon la tradition, se rabattaient sur des Haïtien(ne)s pour convoler en justes noces. Le sénateur Edo Zeny de Jacmel est un exemple typique du fruit de cette alliance, quand il parle de son aïeule, son arrière-grand-mère paysanne jacmélienne (Src : https://youtu.be/McFEleDfLJQ?t=3728  à 1 hr: 2 min: 18 sec). 

Au fur et à mesure que François débarrasse le plancher de cette élite prédatrice, qui est soit assassinée, soit emprisonnée, ou exilée, les Arabes renforcent leur position, et s’enrichissent à vue d’œil, clamant leur victoire avec panache et couleurs. Souvenons-nous de ce p’tit Libanais extraverti, du nom de Kouri, alias Kouri Motocyclette, un garde de corps exhibitionniste du président à vie, qui faisait hurler sa sirène annonçant le passage du chef de l’État. 

Devant la débandade des détrônés, ce qui devait arriver arriva, ces éléments déçus se liguèrent à l’étranger et en Haïti pour reprendre leur place. Mais Duvalier ne se laissa point démonter : ce fut la guerre totale. Nous connaissons l’histoire et sa conclusion avec la défaite de ces jeunes décidés à en découdre avec le pouvoir. 

Mais en 1986, quand la dynastie régnante bascula du fauteuil, les survivants de l’exil retournèrent en Haïti en jurant « jamais plus ». En position de force sur le plan économique, les Levantins, bien enracinés dans le décor, n’offraient aucune prise à l’intimidation. Les revenants, après 30 ans d’absence, rentrent au bercail et, face à la réalité, se résignent à diluer leur Barbancourt avec un peu d’eau frappée au coin du bon sens, pour faire équipe avec les méprisés d’hier. Les mariages heureux des enfants confirment aujourd’hui les alliances pour des lendemains noirs pour Haïti. 

Ainsi renaît cette aristocratie déstabilisante et étouffante qui ne recule devant aucun défi pour contrôler le pipeline d’argent : celui, qui maîtrise le pouvoir et toutes les institutions, possède, en réalité, le tout Haïti. 

Au début de ce vacuum est arrivé le charismatique Jean-Bertrand Aristide, avec un discours emballant et une popularité à toute épreuve. La « théologie de la libération » venue de l’Amérique du Sud s’est propagée à la vitesse de l’éclair sur une nation entière, assoiffée de justice sociale. Elle buvait ses théories et ses préceptes à grande lampée. Mais, c’était sans compter avec cette oligarchie bicéphale et puissante, décidée à ne donner aucune chance au petit peuple. 

Ce sera la première salve des revenants et leurs associés. Devant la réplique de JBA, avec son mouvement Lavalas, synonyme de « taboula raza », beaucoup d’argent a été dépensé par cette élite pour déstabiliser et barrer la route au petit prêtre intimidant des bidonvilles qui avait refusé l’alléchante offre du donnant-donnant. 

En conséquence, des lobbyistes ont été embauchés pour rallier des politiciens étrangers à leur dessein. L’appel téléphonique à Aristide d’un sénateur américain, sous l’instigation du père d’Andy Apaid, du Groupe des 184 et de la plateforme GNB, est une preuve palpable de la détermination de cette équipe : « money talk… ». Et instantanément, le fringant Apaid avait obtenu l’autorisation pour aller narguer le pauvre peuple lors d’une tournée triomphale à Cité-Soleil. 

Titide a perdu une bataille. Plus tard, le temps de le dire, le p’tit prélat a été saisi manu militari et envoyé à Bangui, apporter la bonne parole aux Africains ou aller jouer avec de vrais lions sous les baobabs. 

Depuis lors, les associés ont tracé la ligne à suivre. Il n’y a plus d’armées, mais ils ont leurs gangs bien équipés, qui veillent au grain. Haïti est foutue ! S’en est fait de lui. Ce sont les oligarques qui choisissent tout le monde, du président au directeur. Aucun fauteuil ne sera occupé sans leur approbation.   Lire la suite...

Max Dorismond

 




-NOTE –

1 – Levantin signifie qui vient du levant. D’un point de vue occidental, cette région du monde indique les côtes de l’Asie, le Proche-Orient et l’Égypte. L’adjectif levantin peut désigner un peuple ou une nation. (Src. : Internaute.fr)

Friday, April 29, 2022

Jérémie – Université ou prison – Faites votre choix


Par Max Dorismond

Ces mots ne viennent pas de moi, mais bien d’une jeunesse jérémienne exaspérée et aux abois, qui crie sa détresse sur la place publique. N’ayant aucun point d’appui où prendre racine pour changer la trajectoire de sa vie, elle prend le public à témoin.  https://youtu.be/ICyRlz2z5zE. 

La voilà dans la rue en plein désarroi, en train d’implorer un dieu pour lui venir en aide, puisqu’en fin de compte, regardant l’horizon fuyant, dans la baie, l’avenir n’annonce rien de bon. Elle avait emprunté le chemin du savoir à l’Université Publique de la Grand’Anse (UPGA) pour dessiner son futur dans un désir d’affirmation et d’émancipation, mais des forces malveillantes en ont décidé autrement. Sidérée par la bêtise humaine, elle prend le taureau par les cornes. 

Quel coin malchanceux ! Dans un passé, que les plus de 50 ans ne sauraient oublier, une partie des têtes pensantes de la ville a été décapitée, pour le simple plaisir d’un ogre. La cité avait perdu son âme et son entrain. Elle était devenue l’ombre d’elle-même. 

Aujourd’hui, dans un sursaut de renaissance, des jeunes qui réclament un peu de lumière pour sortir des cavernes se voient reléguer au rang de prisonniers. C’est leur compréhension et leur constatation dans la plénitude de leur déception. Et ils le crient haut et fort : c’est la première fois, disent-ils, sur la terre qu’une université forme des prisonniers. En réalité, selon leurs doléances, l’UPGA fonctionne comme les prisons d’Haïti : « Gen antre, pa gen sòti ». Ils précisent : l’Université ne produit presque pas de diplômés. Les promotions de 2015, 2016, 2017, 2018, n’arrivent pas à déposer leur mémoire de sortie, faute de documents, de papier, d’argent, d’appareillage et d’organisation ». Nous sommes en 2022. 

Les étudiants se sentent prisonniers de la gabegie. Ne pouvant nullement offrir leur service à autrui, faute de parchemins, ils se voient déjà au bagne de la vie. Ils ne réclament point de kalachnikov pour kidnapper les plus mal pris de l’île, comme c’est la mode présentement, mais de la connaissance à titre d’instruments destinés à faire grandir la vie et non à la détruire. Ils ne veulent point construire un nouveau Village-de-Dieu dans le Sud, mais un Village-de-Lumière. 

Les dirigeants, disent-ils, « gèrent l’Institution comme leurs biens familiaux ». Le budget de l’université a été amplement augmenté. Il est passé en 8 ans de 3 millions à 12 millions de gourdes et les services ont été diminués à l’envers de la flèche des besoins. Les frais d’inscription aussi sont haussés de 500 Gdes chaque année. Mais on manque de tout : Absence de courant électrique, carence d’internet, toilettes non fonctionnelles; aucune d’entre-elles ne fait honneur à leur appellation. La cour est sale, pas d’eau courante. Le service de photocopie est inexistant, la cafétéria est fermée depuis 3 ans. Pas de maintenance pour protéger la vie des usagers contre les microbes ambiants. Le personnel de service augmente chaque année. Les petits cousins, les petits « zanmis » ont le beau rôle. Ils sont chez eux. C’est leur bien privé. Nous demeurons avec l’impression qu’il y a plus de gens de service que d’étudiants et de professeurs réunis. 

Ce sont des interrogations à faire trembler d’effroi. Par gentillesse, les étudiants ne font pas de grabuge, ils réclament simplement des démissions. Mais le temps presse. SVP, ne les laissez pas embrayer en 4e vitesse. 

Chers amis, chers congénères, dans ma jeunesse, la participation à une telle manifestation n’aurait jamais effleuré mon esprit ni celui de mes camarades, en raison des risques de sévices et même de mort. C’était impensable dans l’île des Tontons flingueurs ! Cette peur congénitale a contribué à dessiner le contour de l’Haïti d’aujourd’hui. Je vous en conjure, continuez la bataille puisque la situation le commande et l’impose. Aucune lutte pour la justice sociale ne s’avère jamais vaine, quel que soit le continent. Il s’agit de votre avenir et du devenir de votre coin de terre.

Bonne chance ! 

Max Dorismond





Sunday, April 10, 2022

Cinq raisons pour lesquelles l'Union soviétique s'est effondrée

Le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev a officiellement démissionné de son poste de président de l'Union soviétique. Le lendemain, le 26 décembre, le parlement du pays - le Soviet suprême - reconnaît officiellement l'indépendance de 15 nouveaux États indépendants, mettant ainsi fin à l'existence de l'Union soviétique. Le drapeau rouge orné de la faucille et du marteau, autrefois symbole de l'un des pays les plus puissants du monde, est abaissé au-dessus du Kremlin.

Mikhaïl Gorbatchev

Gorbatchev était arrivé au pouvoir en 1985, à seulement 54 ans. Il a entamé une série de réformes pour donner un nouveau souffle à un pays qui stagnait.

Beaucoup affirment que ces réformes, connues sous le nom de Perestroïka (reconstruction et restructuration) et de Glasnost (ouverture et liberté d'expression), ont entraîné la disparition du pays. D'autres affirment que l'Union soviétique était irrécupérable, compte tenu de sa composition rigide.

Nous examinons ici les raisons sous-jacentes d'un effondrement qui a eu des effets profonds sur la façon dont la Russie se perçoit et interagit avec le reste du monde.

1. L'économie

L'effondrement de l'économie est le principal problème de l'Union soviétique. Le pays avait une économie planifiée centralisée, par opposition aux économies de marché de la plupart des autres pays.

En URSS, l'État décidait de la quantité de chaque chose à produire (combien de voitures, de paires de chaussures ou de miches de pain).

Il décidait également de la quantité de ces produits dont chaque citoyen avait besoin, de leur coût et de leur rémunération.

La théorie voulait que ce système soit efficace et équitable, mais en réalité, il avait du mal à fonctionner.

L'offre est toujours en retard sur la demande et l'argent est souvent dénué de sens.

De nombreux habitants de l'Union soviétique n'étaient pas vraiment pauvres, mais ils ne pouvaient tout simplement pas se procurer les produits de base, car il n'y en avait jamais assez.

Pour acheter une voiture, il fallait s'inscrire sur une liste d'attente pendant des années. Pour acheter un manteau ou une paire de bottes d'hiver, vous deviez souvent faire la queue pendant des heures, pour découvrir que votre taille était déjà épuisée.

En Union soviétique, on ne parlait pas d'acheter quelque chose (kupit'), mais de s'en procurer (dostat').

Ce qui a aggravé la situation, ce sont les dépenses liées à l'exploration spatiale et à la course aux armements entre l'Union soviétique et les États-Unis, qui ont débuté à la fin des années 50.

L'URSS a été le premier pays au monde à envoyer un homme en orbite et elle possédait un arsenal d'armes nucléaires et de missiles balistiques très avancés, mais tout cela était très coûteux.

L'Union soviétique comptait sur ses ressources naturelles, telles que le pétrole et le gaz, pour payer cette course, mais au début des années 1980, les prix du pétrole se sont effondrés, ce qui a durement touché l'économie déjà chancelante.

La politique de Perestroïka de Gorbatchev a introduit certains principes de marché, mais la gigantesque économie soviétique était trop lourde pour être réformée rapidement.

Les biens de consommation restent rares et l'inflation monte en flèche.

En 1990, les autorités introduisent une réforme monétaire qui anéantit les économies, aussi maigres soient-elles, de millions de personnes.

La frustration à l'égard du gouvernement grandit.

Pourquoi est-ce important aujourd'hui ?

La pénurie de biens de consommation a eu un effet durable sur la pensée de la population post-soviétique.

Aujourd'hui encore - une génération plus tard - la peur de se passer des produits de première nécessité persiste.

Il s'agit d'une émotion puissante qui peut être facilement manipulée pendant les campagnes électorales.

2. L'idéologie

La politique de Glasnost de Gorbatchev visait à permettre une plus grande liberté d'expression dans un pays qui avait passé des décennies sous un régime oppressif où les gens avaient trop peur de dire ce qu'ils pensaient, de poser des questions ou de se plaindre.

Joseph Staline

Il a commencé à ouvrir des archives historiques montrant la véritable ampleur de la répression sous Joseph Staline (dirigeant soviétique entre 1924 et 1953), qui a entraîné la mort de millions de personnes.

Il a encouragé un débat sur l'avenir de l'Union soviétique et de ses structures de pouvoir, sur la manière dont elles devraient être réformées pour aller de l'avant.

Il a même joué avec l'idée d'un système multipartite, remettant en question la domination du parti communiste.

Au lieu de simplement tordre le cou à l'idée soviétique, ces révélations ont amené de nombreuses personnes en URSS à penser que le système dirigé par le parti communiste - où tous les responsables gouvernementaux étaient soit nommés, soit élus par des élections non contestées - était inefficace, répressif et ouvert à la corruption.

Le gouvernement de Gorbatchev a tenté à la hâte d'introduire quelques éléments de liberté et d'équité dans le processus électoral, mais c'était trop peu et trop tard.

Pourquoi est-ce important aujourd'hui ?

Vladimir Putin

Le président russe Vladimir Poutine a compris très tôt l'importance d'une idée nationale forte, en particulier pour un gouvernement qui n'est pas entièrement transparent et démocratique.

Il a utilisé des motifs issus de différentes époques du passé russe et soviétique afin de promouvoir un idéal national vénéré pour sa présidence : la richesse et le glamour de la Russie impériale, l'héroïsme et le sacrifice de la victoire pendant la Seconde Guerre mondiale sous Staline et la stabilité calme de l'ère soviétique des années 1970 sont mélangés de manière éclectique afin d'inspirer fierté et patriotisme (et de faire abstraction des nombreux problèmes de la vie quotidienne en Russie aujourd'hui).

3. Nationalisme

L'Union soviétique était un État multinational, successeur de l'Empire russe.

Elle se composait de 15 républiques, chacune théoriquement égale en droits en tant que nations fraternelles.

En réalité, la Russie était de loin la plus grande et la plus puissante, et la langue et la culture russes dominaient de nombreux domaines.

La glasnost a fait prendre conscience à de nombreuses personnes dans les autres républiques de l'oppression ethnique passée, notamment la famine ukrainienne des années 30, la prise de contrôle des États baltes et de l'Ukraine occidentale dans le cadre du pacte d'amitié soviéto-nazi, et les déportations forcées de nombreux groupes ethniques pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ces événements, et bien d'autres, ont provoqué une montée du nationalisme et des demandes d'autodétermination.

L'idée de l'Union soviétique comme une famille heureuse de nations a été fatalement sapée et les tentatives hâtives de la réformer en offrant plus d'autonomie aux républiques ont été considérées comme trop peu et trop tard.

Pourquoi est-ce important aujourd'hui ?

La tension entre la Russie, qui s'efforce de conserver son rôle central et sa sphère d'influence, et de nombreux pays post-soviétiques demeure.

Les relations tendues entre Moscou et les États baltes, la Géorgie et plus récemment - et avec des conséquences désastreuses - l'Ukraine, continuent de façonner le paysage géopolitique de l'Europe et au-delà.

4. Perdre les cœurs et les esprits

Pendant des années, on a dit au peuple soviétique que l'Occident était "pourri" et que ses habitants souffraient dans la pauvreté et la dégradation sous les gouvernements capitalistes.

Cette idée a été de plus en plus remise en question à partir de la fin des années 1980, lorsque les voyages et les contacts directs entre les gens ordinaires se sont multipliés.

Les citoyens soviétiques ont pu constater que dans de nombreux autres pays, le niveau de vie, la liberté individuelle et l'État-providence dépassaient de loin ceux de leur pays.

Ils ont également pu voir ce que leurs autorités avaient essayé de leur cacher pendant des années en interdisant les voyages internationaux, en brouillant les stations de radio étrangères (comme la BBC World Service) et en censurant toute littérature et tout film étrangers autorisés en Union soviétique.

On attribue à Gorbatchev la fin de la guerre froide et l'arrêt de la menace d'un affrontement nucléaire en améliorant les relations avec l'Occident, mais un résultat inattendu de cette amélioration des relations a été que le peuple soviétique a pris conscience de la médiocrité de sa vie par rapport à celle des autres pays.

Gorbatchev est devenu de plus en plus populaire à l'étranger tout en étant de plus en plus critiqué à l'intérieur du pays.

Pourquoi est-ce important aujourd'hui ?

Le gouvernement russe est devenu expert dans la manipulation des messages médiatiques à son profit.

Pour éviter les comparaisons défavorables avec le reste du monde, la Russie est souvent présentée comme unique, tant sur le plan culturel qu'historique - un guerrier solitaire, entouré de mauvais esprits.

Les réalisations scientifiques, la victoire dans la Seconde Guerre mondiale et le patrimoine culturel sont constamment utilisés dans les récits médiatiques pour faire passer un message d'exceptionnalisme national, afin de détourner l'attention des Russes des problèmes quotidiens.

5. Leadership

Gorbatchev savait qu'un changement radical était nécessaire pour arrêter la détérioration de l'économie soviétique et du moral de la population, mais sa vision de la manière d'y parvenir manquait peut-être de clarté.

En mettant fin à la guerre froide, il est devenu un héros pour le monde extérieur, mais, dans son pays, il a été critiqué par les réformateurs qui estimaient qu'il ne prenait pas l'initiative et par les conservateurs qui pensaient qu'il allait trop loin.

En conséquence, il se met à dos les deux camps.

Les conservateurs lancent un coup d'État malheureux en août 1991 pour écarter Gorbatchev du pouvoir.

Boris Yeltsin

Au lieu de sauver l'URSS, cette tentative ratée a précipité sa disparition. Moins de trois jours plus tard, les putschistes tentent de fuir le pays et M. Gorbatchev revient au pouvoir, mais seulement brièvement.

Boris Eltsine en Russie et les dirigeants locaux dans le reste de l'URSS se mettent en avant.

Dans les mois qui suivent, de nombreuses républiques organisent des référendums sur leur indépendance et, en décembre, le sort du super-État est scellé.


Pourquoi est-ce important aujourd'hui ?

Vladimir Poutine est l'un des plus anciens dirigeants de la Russie.

L'un des secrets de sa longévité est de faire passer la Russie en premier, ou du moins de donner l'impression de le faire.

Alors que Mikhaïl Gorbatchev a été critiqué pour avoir abandonné unilatéralement de nombreuses positions de force durement acquises par l'Union soviétique, comme le retrait précipité des troupes soviétiques d'Allemagne de l'Est, Vladimir Poutine se bat bec et ongles pour ce qu'il estime être les intérêts de la Russie.

Poutine était officier du KGB (services secrets soviétiques) en Allemagne de l'Est lors de la chute du mur de Berlin, et a été le témoin direct du chaos provoqué par le retrait soviétique.

Trente ans plus tard, il s'oppose catégoriquement à ce que l'OTAN se rapproche des frontières russes et est prêt à le faire par la force, comme l'indique le récent renforcement des troupes russes près de l'Ukraine.

Sources combinées  : 

Kateryna Khinkulova et Olga Ivshina

BBC Russian


Après la gifle à Chris Rock, Will Smill reçoit à son tour « une gifle» de l’ex-amant de son épouse.

L’ex-amant de Jada Pinkett Smith, l’épouse de Will Smith, prêt à relater sa liaison amoureuse dans les moindres détails dans un livre

Quelques jours après la gifle infligée à Chris Rock, Will Smith s’apprête à subir une autre humiliation. En exclusivité, le média britannique a annoncé ce mardi 5 avril la sortie d’un livre choc, dans lequel l’ex-amant de Jada Pinkett Smith réveille les vieux démons sur leur relation.

« une gifle» à Will Smith

L’humiliation est de trop, le prince de Bélair ayant à peine digéré la gifle  aux Oscars. Will Smith n’est pas au bout de ses peines. Le célèbre journal britannique a dévoilé la sortie d’un ouvrage sans voix

Couple libertin, Will Smith et Jada Smith assument pleinement leurs relations non-conventionnelles

L'ex amant de Pinkett-Smith, August Alsina, a fait allusion à leur liaison dans une nouvelle chanson, "Shake the World", quelques jours seulement après que Will Smith ait agressé Chris Rock aux Oscars.

Il s’agit de l’artiste August Alsina, ancien amant de Jada Pinkett Smith : « l’homme qui est sortie avec sa femme est sur le point de signer un gros contrat à six chiffres dans lequel il détaillera leurs ébats sexuels » a déclaré le journal britannique The Sun. Le rappeur August va expliquer dans les moindres détails de sa relation avec Jada Smith, il parlera aussi les moments passés dans les maisons appartenant à Will Smith.

Les répercussions de cette liaison

En effet, « je veux parler des répercussions qu’ont eues les révélations de tromperie, sur ma carrière et mon moral, cette histoire va fasciner beaucoup de personnes » a-t-il déclaré. Cette relation entre le jeune rappeur âgé de 29 et Jada Smith est tel un choc, que plusieurs maisons d’éditions américaines ont fait des offres au rappeur. Dans le but d’évoquer cette relation, pour rappel la liaison extraconjugale de l’épouse du prince de Bélair avait été dévoilée au grand jour en 2020. « J’affirme avoir couché avec Jada Pinkett Smith pendant un long moment » a déclaré le jeune rappeur sur un plateau de télévision.

Will Smith a-t-il donné l’ordre de coucher avec sa femme?

Couple libertin, Will Smith et Jada Smith assument pleinement leurs relations non-conventionnelles. 

Cette relation a ouvert la porte à d’autres relations d’exister telles que les relations extraconjugales. Les stars d’Hollywood ont toutefois démenti les propos venant du jeune August Alsina, amant de Jada Smith.

Source: Linfodrome.ci

Donald GONLI

Thursday, April 7, 2022

Si le cinéma n’était pas une fiction, Haïti se nommerait Hawaï !

A visionner certaines vidéos, on a tendance à se tromper d'histoire:
Haïti ou Hawaï


Par Max Dorismond

Vivre loin de son pays n’a jamais été une belle promenade vespérale sur les ailes du rêve. Au contraire ! Quand la nostalgie nous tenaille, on se rabat sur tout ce qui nous rappelle notre chère patrie : lectures, poèmes, souvenirs… souvenirs, etc. Or, la technologie, faisant si bien les choses, nous apporte toutes formatées les images, les photos, et même du cinéma en vidéographie.    

Récemment, l’occasion m’a été offerte d’auditionner l’interview d’un ex-ministre de chez nous. Dans une mise en scène de style hollywoodien, interrogé par un journaliste complaisant et primaire, le tacticien se mit à pérorer sur sa carrière passée, sur le côté respectueux des normes et des principes. À le voir couronner de fleurs les noms de certains ex-collègues cités dans ce laps de temps, on dirait qu’ils étaient tous des surdoués, des gens honnêtes et compétents qui avaient su diriger leur barque avec maestria dans ce théâtre de faussetés et d’utopie. À visionner la vidéo, on pourrait se croire sur une autre île. Parlait-il d’Haïti, ce pays honni, le plus pauvre parmi les pauvres où la misère coupable crie sa rage et où l’ignorance se conforte dans toute sa dimension ? C’est la première question qui aurait germé dans l’esprit d’un étranger.    

D’une nation qui collectionne gaffe après gaffe, bêtises après bêtises, le trublion nous en met plein les oreilles en nous brossant un parcours sans faute. À l’entendre, ses collègues ministres ou hauts fonctionnaires étaient des anges aux mains propres. Allez lui demander où se trouvent sa femme et ses enfants. Sa réponse hésitante, pour les situer quelque part sur le globe, ne souffrirait d’aucun remords. Idem pour ses associés. Ont-ils les moyens de leurs ambitions ? Leur salaire officiel préfigure-t-il de telles dépenses : grande maison pour la famille, universités et soins pour les jeunes, une Porshe pour madame qui ne daigne rouler en petites cylindrées, ou un manoir au bord d’un lac bleu « pour les garçons qui fréquentent de grands amis (sic) », etc, et entretemps Haïti se noie.   

Plusieurs audio ou vidéos de cette trempe animent le web, qui en est inondé. Tous les acteurs se justifient en se payant notre tête. Ils nient leur origine pour occulter la misère ambiante de leur subconscient. Ce sont tous des archanges chantant le « Hosana au plus haut des cieux ». Pleins aux as, ils surveillent le prochain scrutin électoral ou font des appels du pied pour se faire voir et ne pas sombrer dans l’oubli, au cas où le présent César au Palais ne s’approprierait le fauteuil pour de bon.   

Aucune critique du pouvoir régnant n’entrave leur discours. C’est la loi du clan. Il n’est pas du tout sage de juger, de contredire les amis en place, surtout quand on a la bouche pleine. C’est un accroc à la politesse ! Sinon, « les zanno kay Sò Mansya1 » sortiront de leur cachette. La décence s’impose, amigos ! 

Dans mon pays d’adoption, après l’hiver, on se découvre au sens physique comme au sens figuré. Les copains sont enchantés de se revoir au grand air, à un barbecue, à une fiesta, après l’enfermement obligé. C’est l’époque aussi où certains frangins d’Haïti viennent faire leur tour, « aux frais de la reine », pour honorer le très cher visa reçu, ou pour se la couler douce avec la deuxième famille, ranimer au passage l’opulent compte bancaire en réserve, se procurer un nouveau Condo à laisser en location, etc... Ces opportunistes, venus de loin et qui inspirent le mépris, nous arrivent parfois avec de fraîches nouvelles à émousser nos envies d’une belle échappée ou avec des sornettes à nous glacer le sang. 

Certains de ces vacanciers véreux, qui occupent ou avaient occupé un poste privilégié au pays, qui ont ou avaient un droit de regard sur les entrées et les sorties de leur institution, connaissent assez bien les secrètes pensées et les non-dits de la diaspora frustrée à propos de ces carriéristes prédateurs chevauchant le système des « Bêchons joyeux », incarnant l’hypocrisie et l’aveuglement.  

 Souvent, au cours de ces festivités circonstancielles, ces hurluberlus, mal à l’aise dans leur peau, voulant se justifier, ne laisseront jamais la soirée écoulée sans se mettre en scène pour parler, en toute confidentialité, de leurs succès, de leurs réalisations saupoudrées de leur haute moralité. À les entendre, ils n’ont jamais volé un sou à l’État. Ils sont indépendants de fortune, étant entrepreneurs, disent-ils, depuis leur jeune âge (sic). Mais, dans la réalité, à cause de leur ignorance et de leur avarice, la misère hurle de partout. La populace est aux abois.

Le plus souvent, diplômés, disent-ils des grandes universités d’outre-mer, le doute à leur propos va en s’accentuant sur la véracité du document présenté à l’embauche, tellement le vernis de la connaissance a pris la poudre d’escampette une fois de retour en Haïti. À preuve, nous pourrons souligner à l’encre rouge la montée en puissance de la médiocrité triomphante au plus haut niveau de l’administration publique.

Franchement, ils sont tous indistinctement des acteurs oscarisables pour leur performance dans le rôle des anges de lumière bénis des dieux. À les écouter discourir sur leur carrière, sur leur passage au timon des affaires, à propos du sérieux de leurs collègues, à propos de leur honnêteté proverbiale, de leur compétence illimitée, on devrait regarder à deux fois pour entrevoir si, d’aventure, ils ne parlent pas d’Hawaï au lieu d’Haïti.

Max Dorismond


NOTE 

1 – « Zanno kay Sò Mansya » : Proverbe créole indiquant que chacun a une histoire bien cachée, pas trop belle à montrer.