Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Saturday, September 17, 2016

JOYEUX ANNIVERSAIRE MAURICE LEONCE

MAURICE LEONCE  
Photo (Monique Martineau - 2007)


Ottawa, ce vendredi 16 septembre 2016

Par: Eddy cavé eddycave@hotmail.com

À la faveur de la révolution de l’internet, les Jérémiens et autres amis du monde entier ont été informés depuis du début de la semaine de l’approche du 95e anniversaire de naissance de cette belle figure de l’art, des sports, de la littérature qu’est Maurice Léonce à Jérémie. Figure incontournable des moindres aspects de la vie sociale de cette ville, mon ami Moy a marqué la plus grande partie du 20e siècle à Jérémie et il est en train d’imprimer sa marque au 21e , qui a déjà 16 ans.

À 90 ans, dans la posture et les prouesses d’un jeune
  de 20 ans                                                                      
Maurice a tellement marqué mon imaginaire d’enfant, les souvenirs de mon adolescence et ma vision d’adulte de la société jérémienne qu’il m’est impossible d’écrire le moindre texte sur Jérémie sans mentionner son nom à un moment ou à un autre. Joueur étoile de toutes les équipes de football auxquelles il a appartenu depuis les années 1940, la décennie de ma naissance; entraîneur diplômé de football et moniteur attitré d’éducation physique de la ville dans les années 1950, chanteur de charme de la formation musicale Jérémia de Jo Bontemps au début des années 1960, Maurice Léonce a également été toute sa vie un adepte de la médecine préventive à Jérémie. Il a ainsi contribué plus que tout autre à la promotion des habitudes de vie saine, d’un régime alimentaire équilibré, de la modération dans la consommation d’alcool. Avant la vogue de la campagne anti-tabac et de modération dans divers domaines, il a participé très tôt à la dénonciation des dangers de la cigarette,
de l’alcool au volant, que sais-je encore?

À la veillée mortuaire du Dr Jean Martineau, en février
  2007 à Jérémie
                                                              
Quand on cite le nom de Maurice Léonce, la première image qui vient à l’esprit, c’est celle de l’avant-centre infatigable et du buteur redoutable qu’il a été toute sa vie. À la faveur du recul, je me rends compte que son passé de joueur ou d’entraîneur de football ne représente qu’une faible portion de l’héritage, que de son vivant, il a déjà légué à sa ville et aux générations montantes. Dans l’opération de préservation de la mémoire que j’ai entremis avec mon livre "De mémoire de Jérémien", dont le deuxième tome vient de paraître, je n’ai jamais laissé passer une occasion de souligner la stature de ce géant qui, selon le mot de Valère Cécil Philantrope, est celui des fis de Jérémie qui a le plus donné à sa ville... et qui en a sans doute le moins reçu...

Une coïncidence particulièrement significative de la place que Moy occupe dans le cœur des Jérémiens de la diaspora. Je revenais hier, jeudi 15 septembre à Ottawa, d’un lunch au cours duquel Georges Séraphin fils, cousin germain de Maurice, et moi avions abondamment parlé de lui et d’une autre cousine commune Reine-Marie Étienne. Nous venions à peine de quitter le restaurant quand le téléphone a sonné. C’était Guy Cupidon qui, de Montréal, me faisait part de ce projet de célébration des 95 ans de Maurice à l’Alliance française de Jérémie. À New York, à Miami, à Boston, à Chicago, comme dans toutes les villes d’Europe du d’Amérique du Sud, il devait se trouver des dizaines de Jérémiens à parler de lui en même tempŝ et de son apport à la vie sociale e culturelle de sa ville.

Nous nous sommes alors dit qu’en passant par Concepcia Pamphile, il serait possible de lui
transmettre les vœux de Joyeux anniversaire de ses inconditionnels amis et admirateurs du Canada. Important de lui dire surtout qu’il n’a pas semé sur une terre ingrate et que Jérémie se souviendra longtemps de lui. Moy, tu ne sauras jamais à quel point nous t’aimons et te sommes reconnaissants.

Avec ses jeunes amis Ti-Jean Rousseau et Roger Rouzier.
 Crédit photo : Milo Hilai
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Sans occuper de fonctions officielles à Jérémie, Maurice est devenu au fil des décennies l’interlocuteur naturel que tous les étrangers de passage veulent rencontrer. Un dépositaire de l’histoire non écrite de sa ville, ainsi que des vertus et qualités morales qu’on n’enseigne plus à l’école et qu’il s’évertue à inculquer à ses jeunes.

Quand j’évoque le souvenir des beaux soirs du Versailles Club d’Antoine Jean où Maurice charmait les amoureux de sa voix de crooner en chantant « Beaucoup d’amour, beaucoup de peine » ou des boléros de Joe Bontemps, je parle d’un temps « que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître ». Bien qu’elle ne soit pas de la meilleure qualité possible, la photo ci-dessous, prise à New York, nous donne une bonne idée du séducteur qui savait à la fois divertir, séduire et faire rêver les plus prosaïques. Pour la génération qui l’a connu à l’époque, Moy était tout à la fois l’ami sincère et attentionné, la vedette, le poète, l’animateur hors pair, un modèle unique en son genre. Et quand il déposait le micro pour danser, c’était presque un spectacle, et le morceau se terminait toujours par des applaudissements.


Le séducteur des années 70
Aujourd’hui encore, il se passe rarement un mois qu’un étranger revenant de Jérémie ne me parle du charisme, de la générosité ou de l’engagement social de ce citoyen dont le plus grand bonheur est de servir sa ville. J’en veux pour preuves les témoignages de l’ancienne ministre Marie-Laurence Jocelyn-Lassègue qui me disait le mois dernier avoir rencontré à Jérémie une force de la nature nommée Maurice Léonce qu’elle n’oubliera jamais. Qu’il s’agisse de Musset Pierre-Jérôme ou de Lucille Lemire, des amis d’Ottawa qui encouragent le sport à Jérémie avec le concours de Maurice, le témoignage est toujours le même : Maurice est un être exceptionnel sans l’aide de qui il est difficile de réaliser maintenant aucun projet d’envergure dans les domaines du football ou du sport en général. 

Chez lui, au morne Jubilé en 2012, avec l’auteur
J’étais à Jérémie en 2007 et j’étais allé écouter à l’Alliance française une conférence de l’attaché culturel de l’ambassade de France en Haïti sur la coopération franco-haïtienne. L’assistance composée majoritaires d’élèves du secondaire était très jeune. Exception faite des organisateurs de la soirée et des professeurs, il y avait deux hommes d’âge mûr dans l’assistance : Maurice Léonce... et moi. À mon dernier passage chez lui en 2012, nous avons pris ensemble la photo de droite que je garde précieusement en attendant le plaisir d’en prendre d’autres avec lui, à l’Anse d’azur, à la Voldrogue, à la Pointe, au Parc Saint-Louis...

Quand j’essaie de comprendre l’engagement incessant de Moy dans sa communauté et
l’enthousiasme avec lequel il encadre encore la jeunesse de sa ville, une seule pensée me vient à l’esprit  ̈ : « Moy appartient à cette catégorie de personnes qui pensent qu’on n’a rien donné, tant qu’on n’a pas tout donné. »

Par: Eddy Cavé eddycave@hotmail.com