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Thursday, November 6, 2014

Le prix Femina 2014 attribué à l’Haïtienne Yanick Lahens

Par: Herve Gilbert haiticonnexion@gmail.com

Yanick Lahens
Comme des roses d’or, des prix littéraires pleuvent sur Haïti en ce début du XXIème  siècle et nos compatriotes n’en demandent pas mieux. Outre mer, leur talent ne passe pas inaperçu. Cette semaine, ce fut le tour de notre prolifique écrivaine, Yanick Lahens qui a reçu ce lundi  3 Novembre, le  prix littéraire *Femina pour son dernier recueil  «Bain de lune». Roman d'une violente beauté d’Haïti qui invite le lecteur à mille réflexions. Toute l'oeuvre est traversée par la destruction, l'opportunisme politique, les familles déchirées mais aussi les mots magiques des paysans qui se fient aux puissances souterraines. On y découvre aussi dans son style cette musique secrète et absolue, ce quelque chose qui atteint au silence comme une vibration naturelle à soi, cette sensation qui nous lie à la terre natale quelque soit la distance qui nous sépare.


Qui est Yanick Lahens. Pour ceux qui ne lui sont pas familiers, elle n’est pas une inconnue. Elle est l'auteure de nombreux articles, en particulier sur Faulkner et Marie Chauvet, et d'un livre d'essais critiques, L'exil entre l'ancrage et la fuite: l'écrivain haïtien. Elle est aussi l'auteure de trois magnifiques romans :  La couleur de l'aube (2008), Failles (2010), Guillaume et Nathalie (2013), tous parus chez Sabine Wespieser. Elle est membre fondatrice de l'Association des écrivains haïtiens, et contribue régulièrement aux revues culturelles haïtiennes et antillaises telles que Chemins critiquesCultura et Boutures

Yanick Lahens a reçu en 2011 le prix d’Excellence de l’Association d’études haïtiennes pour l’ensemble de son œuvre. Membre du Conseil international d'études francophones, elle a fait partie du cabinet du ministre de la Culture, Raoul Peck (1996-1997). Elle a reçu cette année le titre d’officier des Arts et des Lettres.

Yanick Lahens vit à Port-au-Prince où elle prend une part active dans l'animation culturelle et l'activité citoyenne. Elle est membre du conseil d'administration du Conseil International d'Études Francophones (CIEF). Elle partage aujourd'hui son temps entre l'écriture, l'enseignement et ses activités de conférencière en Haïti et à l'étranger. Haïti Connexion Culture s’associe à cette grande  joie  et prend plaisir à publier les retombées de cette récompense. HG 
Yanick Lahens est la lauréate du Prix
 Femina  avec son livre«Bain de lune»
Paris(AFP) - Vaudou et vent d'ailleurs ont soufflé lundi sur le prix Femina qui a sacré l'Haïtienne Yanick Lahens pour "Bain de lune", ample roman d'une violente beauté sur son pays, traversé par les cataclysmes, les magouilles politiques et les puissances invisibles.Pour le Femina étranger, le jury a choisi une autre femme, l'Israélienne Zeruya Shalev pour " Ce qui reste de nos" Gallimard, traduit de l'hébreu), envoûtante varaition, sur les mystérieux liens tissés entre parents et enfants, au soir de la vie d'une mère.

"C'est une merveilleuse surprise et une reconnaissance pour la littérature francophone en Haïti", a dit à l'AFP, radieuse. J'habite très très loin du monde parisien de l'édition. Ce roman et ce prix, témoignent de la force de la culture haïtienne francophone. Elle est aussi très engagée dans le développement social et culturel de son pays. Je suis très sensible au fait que  le jury a compris que  cette histoire, si elle se passe en Haïti est universelle" .

Yanick Lahens pose après avoir reçu le prix
Femina pour son livre"Bain de lune"         
Pour Christine Jordis, porte-parole de ce jury exclusivement féminin, "Bain de lune" (Sabine Wespieser) est un "beau roman qui a le sens du mystère et de l'invisible et qui nous sort de notre horizon habituel. L'auteure évoque les ancêtres disparus, à l'influence très forte sur les vivants".
En 2013, déjà, les dames du Femina avaient récompensé une romancière venue d'ailleurs, la Camerounaise d'expression française Leonora Miano, pour "La saison de l'ombre" (Grasset). "Mais c'est un hasard", assure Paula Jacques, également jurée.
L'historien de la Rome antique Paul Veyne (84 ans) a remporté quant à lui le Femina de l'Essai pour l'attachant livre de souvenirs, "Et dans l'éternité je ne m'ennuierai pas" (Albin Michel).
- Amour et mort -
Après des études en France, Yanick Lahens est retournée en Haïti enseigner la littérature à l’université jusqu’en 1995. Elle a aussi été journaliste. Elle a cofondé l'Association des écrivains haïtiens, qui lutte contre l'illettrisme, et créé en 2008 "Action pour le changement", qui forme notamment les jeunes au développement durable et a permis de construire quatre bibliothèques en Haïti.

Brossant sans complaisance le tableau de la réalité haïtienne dans ses livres, Yanick Lahens a publié en 2000 son premier roman, "Dans la maison du père" (Serpent à plumes). Chez Sabine Wespieser, sont parus en 2008 "La Couleur de l’aube", prix du livre RFO et prix Richelieu de la Francophonie, "Failles", récit inspiré du séisme qui a frappé Haïti en 2010, puis "Guillaume et Nathalie", prix Caraïbes 2013.

Tout sourire, son éditrice Sabine Wespeiser, à la tête de la maison éponyme fondée... le 11 septembre 2001, s'est réjouie de "ce formidable encouragement pour l'édition indépendante. C'est aussi un excellent signe pour les libraires indépendants qui ont beaucoup soutenu ce roman".
"J'ai aussitôt fait réimprimer 30.000 exemplaires de +Bain de lune+, tiré initialement à 10.000", précise-t-elle à l'AFP.
Dans le roman, un pêcheur découvre une jeune fille échouée sur la grève. La voix de la naufragée, qui en appelle aux dieux du vaudou et à ses ancêtres, scande cet ample roman familial qui convoque trois générations pour tenter d’élucider le double mystère de son agression et de son identité.

Entretien avec Yanick Lahens pour "La Couleur de l’aube

Participants/comédiens  : Entretien réalisé par Nadine Chausse

Près de là, à Anse Bleue, les Mésidor, seigneurs du village, et les Lafleur, se détestent depuis des lustres. Quand Tertulien Mésidor rencontre Olmène (une Lafleur), le coup de foudre est réciproque. Leur histoire va s’écrire à rebours des idées reçues sur les femmes soumises et les hommes prédateurs. Mais, dans cette île balayée aussi par les ouragans politiques, la terreur et la mort s'abattent sur Anse Bleue...

« Je suis très contente. La reconnaissance fait du bien et je suis surtout sensible au fait que le jury a compris que cette histoire, si elle se passe en Haïti, est universelle », a déclaré la lauréate après l’annonce du jury.
Ce sont quatre générations de deux familles et la vie des paysans qui défilent sur 280 pages devant nos yeux. Yanick Lahens a longtemps labouré la terre haïtienne pour faire naître Bain de lune. En Haïti, « vivre et souffrir sont une même chose » nous fait comprendre la narratrice du roman, une inconnue échouée sur une plage. Ici on lutte aussi bien contre la politique des dictateurs que contre les colères de la nature qui s’expriment par des tremblements de terre, des ouragans ou des sécheresses : « Dans toute cette histoire, il faudra tenir compte du vent, du sel, de l’eau, et pas seulement des hommes et des femmes. »

Bain de lune, c’est aussi un combat contre le poids de la généalogie et l’histoire de deux camps, les Lafleur et les très redoutés Mésidor, devenus les seigneurs de l’île : « Remonter toute la chaîne de mon existence pour comprendre une fois pour toutes… Remettre au monde un à un mes aïeuls et aïeules. Jusqu’à l’aïeul franginen, jusqu’à Bonal Lafleur, jusqu’à Tertulien Mésidor et Anastase, son père. »
Un style direct et tranchant
Née le 22 décembre 1953 à Port-au-Prince, Yanick Lahens dépeint ainsi les forces extérieures et intérieures qui sont à l’œuvre dans son pays natal. La beauté des paysages et des gestes, les bains de lune et le chant vaudou, la cruauté d’une existence très dure et d’une politique bien souvent cynique, tout passe par le style direct et tranchant, à la fois empathique et distancé de l’auteure.
Yanick Lahens a fait ses études secondaires et supérieures en France avant de s’installer à nouveau en Haïti pour enseigner la littérature et s’engager contre l’illettrisme. Une action qui l’avait mené aussi dans le cabinet du ministre de la Culture, Raoul Peck, de 1996 à 1997. Cofondatrice de l’Association des écrivains haïtiens, elle est membre du Conseil international d’études francophones et s’affirme aujourd’hui comme une parmi les grandes figures de la littérature haïtienne.

 *Femina  a été créé en 1905 par le magazine La Vie heureuse, soutenu par un autre titre phare de la presse féminine de l'époque, Femina, afin de distinguer des femmes et de faire contrepoids à ces messieurs du Goncourt. Avec le temps, les dames du Femina n'ont plus boudé les lauréats masculins..