Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Friday, August 26, 2022

Comment l’Amérique a échappé à un régime dictatorial

Donald Trump et les chefs d'état-major interarmées des États-Unis (2019)
Photo AFP
 

Il y a tellement d’articles écrits sur le phénomène Trump que nous avons tendance à passer outre pour lire d’autres nouvelles plus croustillantes et utiles. Toutefois, celui de Suzan B.Glasser et de Peter Baker  du magazine The New Yorker”que nous nous sommes empressés de traduire pour nos lecteurs ne devrait pas passer inaperçu. Il a tendance à donner le tournis et la sueur froide : L’Amérique l’a vraiment échappé belle.

Heureusement qu’il y avait ces généraux tels Mark Milley, James Mattis et d’autres confrères qui connaissent leur devoir. Sinon, on se serait pris avec un régime dictatorial aux USA, comme dans les républiques de banane. Car, à titre de loyauté, ces derniers seraient devenus comme les soldats du 3e Reich de l’Allemagne nazi : de loyaux fanatiques, de joyeux lurons.

Le pire, dans cette mascarade, Trump pensait dur comme fer que tous les officiers allemands étaient loyaux jusqu’au bout. Quel crétin! Étant d’origine allemande par son père, n’ayant jamais lu l’histoire de ce pays, il ignorait totalement que plusieurs généraux avaient failli lyncher Hitler en 3 occasions. Quel salmigondis!

              Bonne lecture.

Max Dorismond


La guerre entre Trump et ses généraux

Une traduction de HCC de la version originale anglaise écrite par:

 Susan B. Glasser and Peter Baker (August 8, 2022)

Comment Mark Milley et d'autres au Pentagone ont géré la menace pour la sécurité nationale posée par leur propre commandant en chef ?

Durant l'été 2017, après seulement 6 mois à la Maison-Blanche, à l'invitation du nouveau président français, Emmanuel Macron, Donald Trump s'est rendu à  Paris pour les célébrations de la "Prise de la  Bastille'' fêtée chaque 14 juillet. L’Hexagone a organisé une démonstration martiale spectaculaire pour souligner le centième anniversaire de l'entrée des Américains dans la Première Guerre mondiale. Des chars d'assaut de l'époque ont roulé sur les Champs-Élysées et des avions de chasse vrombissaient dans le ciel. L'événement semble avoir été calculé pour émousser chez Trump, son sens du spectacle et de la grandeur. Il en était visiblement ravi. Le général français en charge du défilé s'est tourné vers l'un de ses homologues américains et a déclaré avec assurance : "Vous allez faire la même chose l'année prochaine."

Bien sûr, Trump est revenu à Washington déterminé à ce que ses généraux lui organisent la plus grandiose parade militaire jamais vue pour le 4 juillet 2018. Ces derniers, à son grand désarroi, ont réagi avec dégoût. "Je préférerais avaler de l'acide", a déclaré son secrétaire à la défense, James Mattis. Luttant pour dissuader Trump, les officiels prétextaient que la parade coûterait des millions de dollars et défonçerait les rues de la capitale.

Mais le fossé entre Trump et les généraux n'était pas vraiment une question d'argent ou d'aspects pratiques, tout comme leurs interminables batailles politiques ne portaient pas seulement sur des points de vue divergents sur l'opportunité de se retirer d'Afghanistan ou sur la manière de combattre la menace nucléaire posée par la Corée du Nord et l'Iran. Le fossé était également une question de valeurs, de la façon dont ils considéraient les États-Unis eux-mêmes. Cela n'a jamais été aussi clair que lorsque Trump a expliqué à son nouveau chef de cabinet, John Kelly - comme Mattis, un général du corps des Marines à la retraite - sa vision de la fête de l'Indépendance. "Écoutez, je ne veux pas de blessés (des vétérans) dans la parade", a dit Trump. "Cela n'a pas l'air bon pour moi". Il a expliqué d’un ton dégoûté que lors du défilé du Jour de la Bastille, il y avait eu plusieurs formations de vétérans blessés, y compris des soldats en fauteuil roulant qui avaient perdu des membres au combat

Kelly semble tomber des nues. Il ne pouvait  en croire ses oreilles. "Ce sont des héros", a-t-il dit à Trump. "Dans notre société, il n'y a qu'un seul groupe de personnes plus héroïques qu'eux - et ils sont enterrés là-bas, à Arlington". Kelly n'a même pas mentionné que son propre fils Robert, un lieutenant tué au combat en Afghanistan, figurait parmi les morts enterrés là.

"Je n'en veux pas (les vétérans)", a répété Trump. "Ça n'a pas l'air bon pour moi".

Le sujet est revenu sur le tapis lors d'un briefing dans le bureau ovale qui comprenait Trump, Kelly et Paul Selva, un général de l'armée de l'air et le vice-président des chefs d'état-major interarmées. Kelly a plaisanté à sa manière impassible au sujet du défilé. "Eh bien, vous savez, le général Selva va être chargé d'organiser la parade du 4 juillet", a-t-il dit au président. Trump n'a pas compris que Kelly était sarcastique. "Alors, que pensez-vous de la parade ?" demanda Trump à Selva. Au lieu de dire à Trump ce qu'il voulait entendre, Selva a été direct :

"Je n'ai pas grandi aux États-Unis, j'ai en fait grandi au Portugal", a déclaré Selva. "Le Portugal était une dictature - et les parades constituaient une forme de démonstration de forces. Or aux USA, nous ne faisons pas cela", a-t-il ajouté : "Ce n'est pas dans les valeurs américaines."

Même après ce discours passionné, Trump n'a toujours pas compris. "Donc, vous n'aimez pas l'idée ?" a-t-il dit, incrédule.

"Non", a répondu Selva. "C'est ce que font les dictateurs".

Les quatre années de la présidence de Trump ont été caractérisées par un degré d'instabilité fantasmatique : accès de rage, tempêtes de Twitter nocturnes, licenciements abrupts. Au début, Trump, qui avait évité le service militaire en prétendant avoir des éperons osseux, semblait être épris de son rôle de commandant en chef et des responsables de la sécurité nationale qu'il avait nommés ou dont il avait hérité. Mais l'histoire d'amour de Trump avec "mes généraux" a été brève et, dans une déclaration pour cet article, l'ancien président a confirmé à quel point il s'était aigri contre eux au fil du temps. "C'étaient des gens très peu talentueux et une fois que je les ai découverts, je ne me suis pas appuyé sur eux, je me suis fié aux vrais généraux et amiraux au sein du système", a-t-il déclaré.

Il s'est avéré que les généraux avaient des règles, des normes et une expertise, et non une loyauté aveugle. La plainte bruyante que le président a adressée un jour à John Kelly était typique : "Putain de généraux, pourquoi ne pouvez-vous pas être comme les généraux allemands ?"

"Quels généraux ?" a demandé Kelly.

"Les généraux allemands de la Seconde Guerre mondiale", a répondu Trump.

"Vous savez qu'ils ont essayé de tuer Hitler en trois fois et qu'ils ont presque réussi ?", a répondu Kelly.

Mais, bien sûr, Trump ne le savait pas. "Non, non, non, ils lui étaient totalement loyaux", a répondu le président. Dans sa version de l'histoire, les généraux du Troisième Reich avaient été totalement soumis à Hitler ; c'était le modèle qu'il voulait pour son armée. Kelly a dit à Trump qu'il n'y avait pas de tels généraux américains, mais le président était déterminé à tester la proposition. (À suivre) 

Note : Étant donné la longueur de l’article, nous avons traduit une partie. Aux lecteurs intéressés de voir le texte au complet avec le lien ci-joint : https://apple.news/AlpeVPGVOQR6QPyYdHj5qhQ


Friday, July 15, 2022

Dette de la France : Il faut stopper la surenchère mémorielle des Haïtiens

Il faut réclamer la somme volée par la France à tous les instants

Par Max Dorismond 

Psitt! Avez-vous entendu parler de la dette de l’indépendance, deux semaines après l’esclandre du New York Times? Non, shutt! ne parle pas trop fort, c’est fini, kaput…!

Les mots au pluriel, tels que réparations, réclamations, donnent la frousse et viennent troubler le sommeil des anciens colonisateurs. En fait, les articles du New York Times sur les détails croustillants et les effets pervers du couteau enfoncé par la France dans la gorge des Haïtiens fraîchement libérés, pour se faire payer la perte de l’île en 1804 pour 150 millions de francs or ou 26 milliards de dollars d’aujourd’hui, ne laissent personne indifférent. 

Ce fut le branle-bas dans les chancelleries étrangères sur les révélations troublantes de cette arnaque historique menée en 1825, à la pointe des canons et de menaces. C’est un sujet épineux que les anciens colonisateurs fuient comme la peste, car il ne faut pas réveiller les escroqueries presque oubliées, les génocides sans le nom. 

Les USA qui venaient de fêter les 155 ans de la libération des esclaves n’ont encore versé un centime aux descendants des Nègres qui ont construit l’Amérique. Les Japonais ont été dédommagés pour la méprise lors de la seconde Grande Guerre. Les Allemands en ont fait de même pour les Juifs après l’holocauste. 

Personne ne veut confronter cette réalité, en réveillant ce sombre épisode savamment camouflé, un crime contre l’humanité qu’on essaie de colmater tant bien que mal pour ne pas faire face à ses responsabilités. Car, en indemnisant un premier négro, un second viendra réclamer sa part de l’ultime rêve. Ainsi, le «Jamais deux sans trois» retrouvera automatiquement ses titres de noblesse et l’Occident en général devra passer à la caisse pour rembourser ses dettes aux descendants des insoumis qui l’avaient enrichi gratuitement en lui permettant de vivre dans l’opulence au-dessus de ses moyens. 

Pour tuer dans l’œuf ce désir jugé inaccessible et non avenu pour le bien-être des Caucasiens, les ambassadeurs de mauvaise volonté de l’International se mettent à cogiter. Dans leur stratégie à divisibilité variable, les prestidigitateurs de la diplomatie offrent leur service à La France. Ils choisissent de vider à blanc le cerveau des Haïtiens en effeuillant un faux sujet brûlant d’actualité pour combler la présidence inexistante au pays avec un nom à la fois adulé et honni, une appellation qui va transmuer l’alchimie de la situation : Jean-Bertrand Aristide. 

C’est un «personnage à balance», adepte du paiement récriminatoire, le premier à lancer la fronde de cette «réclamation-restitution-réparation». Il peut équilibrer ou déséquilibrer l’île à sa guise, avec des discours tonitruants, chargés de symboles et de sous-entendus à défriser les perruques des commissaires. C’est un élément charismatique, un certain dieu, pour la moitié du pays, et presqu’un démon pour l’autre. Ils vont l’agiter tel un épouvantail à moineaux pour détourner l’esprit des Haïtiens de cette dette colossale qui grossit à chaque seconde, à chaque heure, alarmant l’horloge de la mémoire. Il faut «créer une affaire dans l’affaire1» pour rendre la sauce méconnaissable, selon le théorème de Charles Pasqua. 

En réalité, l’International a frappé la bête en plein cœur et Haïti tombe dans le panneau. Plusieurs diplomates en service au pays viennent faire leur tour chez Aristide et puis s’en vont. Ces présences qui détonnent dans le décor suffisent pour emballer les rumeurs. 

Aristide, qui fut deux fois président d’Haïti, ne peut opter pour un troisième mandat dixit la Constitution. Mais les serviteurs de mauvais augure n’en ont cure de ce charabia : ce sont eux les vrais maîtres du jeu. Leur déclaration bidon vaut son pesant d’or. Un dollar à droite, un visa à gauche, l’affaire est dans le sac. Ils ébruitent un faux secret, selon lequel Titide sera nommé Gouverneur d’Haïti. Un titre fallacieux et farfelu du 18e siècle, «à faire rire les oiseaux», déterré et brandi dans les médias comme un miroir aux alouettes. En agitant le spectre de l’avènement du p’tit prêtre, qui les avait énervés et surpris dans les années 2000, raras2, tambours sortent des houmfors3 et la rue se remplit, le temps de crier «ciseaux». Ses partisans occupent le pavé, drapeaux et majorettes multicolores, c’est la réjouissance, la farandole assurée. Manifestations de joie, alcool, clairin4, tafia, tout est là pour faire danser les macaques. 

À l’envers du décor, les provinces s’enhardissent, des pneus brûlent déjà. Les anti-Aristide érigent des barricades. Caoutchoucs, Kalachnikov, machettes, rage et colère dessinent leur vision du moment. Avec des lueurs rougeâtres dans les yeux, ils jurent de confronter l’ex-abbé. Ils veulent le pendre haut et court s’il retourne au pouvoir… 

Une semaine plus tard, on se perd en conjectures. Les jours passent et se ressemblent sans aucune consécration. On oublie tout et on revient au point de départ! 

Adieu réclamations à la France, adieu réparations. L’international se frotte les mains d’aise en riant des enculés. Encore une fois, le chromosome de la division spectrale a joué son rôle. Les chancelleries sablent le champagne. Elles rigolent à bouche en veux-tu. L’Hexagone vient d’enterrer la jarre à Euros comme en 2004 après avoir eu la peau du prêtre-président. 

Les «Transitionistes» ou les «Ti Transit» qui, selon le jeu de mots de feu Jovenel, avaient préparé les jarres vides pour les remplir d’euros, se sont cassé la margoulette. Adieu belle vie, adieu châteaux et Lamborghini en Dominicanie ou à Miami. Adieu cortège de maîtresses. Ariel doit attendre les chiches oboles de l’International pour satisfaire ces Apaches. Le vrai perdant, c’est Haïti, mais on y reviendra encore et encore. 

Le Quai d’Orsay peut, pour le moment, dormir du sommeil du juste. Dans ses pérégrinations actuelles, il se sent soulagé. Avec le rejet du Mali, la prise de conscience de la jeunesse africaine, les effets pervers de la guerre en Ukraine, il n’avait pas besoin de ce regain de réclamation à donner le tournis au président Macron. 

Max Dorismond





-NOTE—

 1 — Le théorème de Pasqua est devenu un classique des scandales politiques, consistant à rendre illisible une affaire en créant des dossiers dans le dossier. «Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien.» Pasqua fut ministre  de l’intérieur sous Chirac.

2 — Le Rara est l’une des grandes fêtes culturelles haïtiennes

3 — Houmfor : sanctuaire de Damballah dans le Vaudou haïtien

4 — Clairin : C’est une eau-de-vie extraite de la canne à sucre en Haïti

Monday, July 11, 2022

Crimes, peur et silence, une trilogie de perdants


Par Max Dorismond

La peur est-elle partie intégrante de l’ADN de ce peuple, qui chantonnait hier encore la bravoure de ses ancêtres. On lapide, on kidnappe, on tue en public, on connaît les auteurs et la vie continue comme avant. Rien de nouveau sous le ciel bleu d’Haïti.

La même musique, l’identique tempo et la routine quotidienne roulent pour les inconscients. Sommes-nous des zombis ? Sera-t-il toujours ainsi pour l’éternité ? Le doute m’habite et me tenaille !

Cette semaine, un article de Haïti Connexion Culturesur la troublante photo d’un présumé assassin devenu l’ombre de lui-même, a bouleversé une génération de jérémiens. De nombreux commentaires écrits ou oraux sont maquillés par souci d’un certain anonymat, preuve que nous tremblons encore dans nos frocs, les yeux givrés d’effroi. La peur nous habite et nous consume à petit feu, la liberté est à ce point étranglée.

Dans les faits, cette terrifiante appréhension, ce silence sépulcral, peuvent-ils conjurer l’objectif des futurs malfaiteurs, des lâches kidnappeurs ou des fieffés criminels patentés de demain ? Ne nous droguons point d’illusions, c’est l’effet contraire qui en résultera. Le chenapan ne cherche que cette opportunité dans la fragilité de notre vulnérabilité pour concrétiser ses noirs desseins.C’est psychologique.

Ainsi, toutes les fautes restées impunies sont appelées à se répéter. Et leur réédition dans le temps offrira l’occasion à certains de créer une mode d’époque, une habitude valorisante dans les mœurs, une autre échelle d’appréciation. Et nous y sommes déjà. À voir les criminels s’exhiber, s’exposer, se donner en spectacle sur les réseaux sociaux, dans les médias après leurs performances, ne surprend personne. C’est la nouvelle évolution au détriment de toute éthique, de tout bon sens moral, pour tous ceux qui ont érigé leur fonds de commerce sous le signe du crime organisé.

En effet, tous ces détours nous amènent à parler de notre Jovenel national dans la cohérence de cette réflexion. Comme une lettre à la poste, la nouvelle n’ébranle personne depuis un an. Ni pleurs ni plaintes…rien. C’est le vide sidéral. Le pauvre a été écrabouillé pour rien, comme pour le plaisir de tuer. Aucune enquête, aucune poursuite ne viennent expliquer ce « crime parfait ». Les rumeurs, les noms de certains des assassins sont parvenus à nos oreilles : Motus et bouches cousues… En Haïti, on juge souvent à l’oral, c’est la première étape de l’impunité, et la vie continue comme à l’ordinaire.

Des menaces sont adressées à tous ceux qui se croient braves pour oser tenter le diable en cherchant un coupable. Tout le monde tremble ! Les « Bêchons Joyeux » sont puissants et maîtrisent la rue. On pense déjà, dans le silence mortifère,aux victimes à venir de l’année suivante.

Dans ce pays, on vous a toujours laissé deux choix : partir ou subir. Cette tragi-comédie m’a insinué cette lancinante question, cette interrogation troublante, à savoir :« Si nos ancêtres avaient, comme nous, l’avantage de trouver un visa pour un ailleurs, Haïti aurait-elle obtenu son indépendance en 1804 ? ».

En fait, devant la perte de notre liberté, face à l’exploitation effrénée de la masse laborieuse, aux humiliations, aux inégalités, aux assassinats arbitraires pour le plaisir d’un tyran ou d’un tyranneau, nous avons, la plupart d’entre-nous, opté pour la fuite sous d’autres cieux, avec la secrète pensée qu’un jour un chevalier de l’Apocalypse viendra nous délester de ces vipères à visière.

Hélas, le temps a passé, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, notre prometteuse jeunesse s’est métamorphosée en croque-mort au passage des saisons et nous voilà encore avec notre passeport en pays d’accueil, sans nul espoir. Tous ceux ou celles que nous avions laissés là-bas avaient chaussé nos bottes pour continuer à fuir au plus vite ce pays damné. Les fils et petits-fils du tigre se sont multipliés dans l’île, et la vie est devenue insupportable.

Nos images sous le pont de Rio Grande


Serons-nous toujours des fuyards pour l’éternité ? Nos images sous le pont traversant le fleuve de Rio Grande, à la frontière du Mexique et du Texas, ont fait le tour de la planète. On ne veut de nous nulle part. Les juifs errants modernes, c’est bien nous. Étant mal placé pour vous demander de vous révolter, je continue comme les autres à espérer, espérer, espérer… presque sans lendemain.

Toutefois, je vous le donne en mille et non de gaieté de cœur : entre le silence et la peur devant le crime, vous réunissez toute la trilogie existentielle pour pérenniser l’enfer quisqueyen1  

Max Dorismond
    





NOTE –

1 – Quisqueyen : nom dérivé de Quisqueya, utilisé poétiquement parfois, par des Haïtiens pour désigner leur pays. Ancien nom de l’île d’Hispañola selon l’histoire. (Wikipédia)

Sunday, July 3, 2022

Devoir de mémoire : Quand une photo d’Abel Jérôme vient chiffonner les Jérémiens

L'ex colonel Auguste Abel Jérôme

Par Herve Gilbert 

Sur le web, cette semaine, la photo d’un vieillard ratatiné, hirsute, hagard, plus proche du cercueil, est venue hanter quelques tristes souvenirs. En ressassant un passé pas tout à fait simple, on lui accole un nom : c’est l’ex-colonel Abel Jérôme, le tombeur de ces dames, le prétendu assassin des familles jérémiennes. Qui l’eût cru! On le croyait increvable, indomptable. Regarde-le hébété, perdu, où est passé sa superbe?

Cet impressionnant militaire qui fut à la fois :  musicien, chanteur, sportif, "nèg bwòdé", "nèg chèlbè". Il avait le goût des femmes, du plaisir et du faste. C’était un personnage singulier qui cherchait à impressionner par sa posture athlétique à l’instar d’un officier SS de l’Allemagne nazie et qui, en même temps, effarouchait par sa double fonction “militaro-macoute” tous ceux qui paraissaient faibles, poltrons. Autrement dit, ce militaire avait la capacité d’être voyou et gentleman à la fois. 

Le spécimen, il faut donc l’avouer, partageait une certaine affinité avec un petit groupe de gens de l'époque.  Des femmes sottes ou moyennement instruites, de différentes couches sociales, gobaient la prestance artificielle de cet officier faussement hautain qui arborait fièrement à sa hanche un colt 45 à la crosse dorée et qui circulait en ville dans une DKW, une décapotable : le pur symbole du macoute duvaliérien arriviste. 

Selon certains observateurs de son clan, ce militaire insatiable a fait réchauffer son lit par beaucoup de jolies femmes et de jeunes filles de la cité durant son passage comme commandant du district militaire de Jérémie, une ère adulée des panégyristes du duvaliérisme. Des fois, il organise des soirées dansantes en sa demeure. Une estafette est envoyée dans les familles pour inviter les jeunes filles de la ville. Malheur au père de famille qui se rétracte lorsque la Jeep se présente devant sa porte. Sinon, le lendemain ne sera pas rose. Quelques gifles bien placées et un cachot pour un mois ou deux, l’attendent à la caserne du capitaine pour avoir contrevenu aux ordres. 

De ma mémoire d'enfant et de celle de mon grand frère Carl, à cette époque, je me rappelle que durant une parade carnavalesque de 1964, les groupes musicaux Dragon et Aroyo déambulaient sur la place Dumas, dénommée autrefois "Carré-Marché". Alors que nous habitions à l'étage de l'établissement de l'Inspection scolaire dont mon père fût le titulaire, du haut de notre balcon, durant le défilé carnavalesque, nous avons vu cet individu grimper sur le char de Dragon, dégainer son arme à feu et tirer en l’air, pendant que la foule s’amusait. 

Surpris et confus, ces fêtards, y compris les musiciens se sont mis à scander à l'unisson : « Abel viré bouda w janw vle, peyi w se pou ou… ». Une réaction reflétant la zombification dont était victime une grande partie de la population en cette période sombre qui devait déboucher 6 mois plus tard sur les “vêpres jérémiennes” ou l’assassinat de familles entières. 29 citoyens furent exécutés avec la complicité présumée de ce commandant notoire. 

Une telle démonstration de fausse puissance ce jour-là par cet individu, en plein carnaval, était là pour impressionner les jolies femmes du quartier et certains « sousous ou restavek », certains profiteurs qui espéraient quelques miettes de sa table. Bien imbu de sa popularité devant ses affamés, Abel Jérôme, pour son autosatisfaction, n’hésitait pas, parfois, à les bastonner quand il le voulait selon ses caprices, comme c’était arrivé à un fameux avocat de la ville, selon la petite histoire. 

Dans cette photo historique, on peut remarquer
la Marie-Jeanne de l'époque, Sanette Balmir.     

Le colonel Abel Jérôme, avant les vêpres de 1964, était un militaire qui avait développé une certaine relation avec un secteur particulier de la ville. On le voyait de temps en temps près de la place Dumas, pavoisant sous les galeries des Allen, des Samedy, des Chevalier, des Vilaire, des Cadet ou chez Gérard Léonidas pour ne citer que ceux-là. Les gens l'abordaient, l'écoutaient, et il leur laissait l'impression d'être une personnalité dotée d’une certaine humanité. Faux, hypocrite : c’était, pourtant, une main de fer dans un gant de velours, « une merde dans un bas de soie ». Il était, en définitive, l’un des nombreux sicaires du cruel dictateur.  

Colonel Jérôme, vous avez connu l’éden hier. Vous voilà aujourd’hui tout rabougri, le visage émacié, buriné par le temps. Seul dans votre tanière, les yeux hagards et loin des fastes du passé, vous remémorez ces temps de chien enragé. Quand on a monté si haut, comme le dit le vieil adage, pour retomber bien bas en refaisant le chemin à l’envers sous les regards méprisant des fils et filles de tous ceux que vous aviez piétinés, meurtris, giflés, bastonnés, assassinés, à qui mieux mieux, c’est toute une épreuve de vie. 

Nous ne sommes pas sans savoir que nous devons tous passer par le chemin de la vieillesse. Mais, il sera moins tortueux, moins ardu, moins tourmenté pour nous. Nos regards ne seront jamais perdus comme le vôtre contemplant le néant et les feux de l’enfer, en se posant l’inénarrable question : « Est-ce que la vie méritait tous ces crimes que j’ai sur ma conscience? ». Le ciel vous fournira l’immanquable réponse!

Contributeurs: Max Dorismond, Carl Gilbert

Herve Gilbert





Mausolée du massacre des vépres de Jérémie



Thursday, June 30, 2022

L'un des derniers acteurs des vêpres jérémiennes de 1964

Abel Jérôme dans son fief jacmelien
      

L'un des derniers acteurs des vêpres jérémiennes de 1964 ferait du bien à l'humanité s'il décidérait de nous dire ce qu'il sait de ces temps lugubres à Jérémie. 

Plusieurs personnes qui avaient l'âge de raison au cours des années 1960 dans la Grande Anse continuent de souhaiter que Abel Jérôme dans un sursaut de révolte intérieure ait pû, avant de mourir, avoir le courage de partager ses mémoires avec la ville de Jérémie qui a tant souffert de son commandement millitaire au début des années 1960...

Les grands hommes sont ceux qui admettent leurs erreurs et sont prêts à faire leur mea culpa, même après près de cinquante ans. 

Il est important que Abel Jérôme qui est relativement en bonne santé, malgré son âge avancé, sâche aussi que les grands hommes sont ceux qui, dans un ultime effort de redressement de soi avant de faire le long voyage, font le sacrifice de dévoiler même les plus grands secrets d'État pour se laver d'un crime de jeunesse pour le bien-être de l'humanité. 

J'ai fait de mon mieux pour dire ce que j'ai sû et vécu à travers " Jérémie, Haiti, il était une fois, une tranche de la petite histoire d'Haiti, mais des situations historiques venant d'un acteur des vêpres jérémiennes complèteraient l'histoire. 

Vas-y Commandant, dis-nous toute la vérité......

 Jean-Pierre Alcindor 

 

Lire dans la même rubrique:

Tuesday, June 14, 2022

Présence Haïtienne en Afrique - Marcel Gilbert

Professeur Marcel Gilbert (vers les années 1960)

Marcel a fait ses études primaires et secondaires dans sa ville natale Jérémie jusqu’à la classe de rhétorique. Il rentre à Port-au-Prince en 1944 pour poursuivre ses études secondaires (classe de philosophie) et supérieures de professorat aux Cours Normaux Supérieurs, ancienne dénomination de l’ Ecole Normale Supérieure.

Il commence une carrière d’enseignant (mathématiques et philosophie) à partir de 1944 dans les lycées de Port-au-Prince (Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, des Jeunes Filles) les principaux collèges de la capitale (Saint Pierre, Catts Pressoir, Adventiste de Dïquini) . Il a aussi enseigné à Jérémie (Lycée Nord Alexis) et au Congo Brazzaville : (Lycées de la Libération & Savorgnan de Brazza).

Directeur du Lycée Pétion (décembre 1956 à Aout 1959, Président de l’Union Nationale des Membres de l’Enseignement Secondaire (Février 1957 –Aout 1959) dans un contexte sociopolitique difficile avec l’arrivée de François Duvalier au pouvoir. Après cinq (5) arrestations, il laisse Haïti en 1965 avec sa famille pour le Congo Brazzaville ou il a séjourné jusqu’à septembre 1986, suite à la chute de la dictature des Duvalier, père et fils. Dans ce pays, il exerce sa profession d’enseignant de mathématiques et de philosophe. Il fut aussi Consultant Spécial du Ministre des Enseignements Secondaire et Supérieur pour l’éducation philosophique. « De 1970 à 1984, il participe à la conception et à la mise en œuvre de la réforme de l’éducation au Congo dite « Ecole du peuple, contestant certaines formes de l’enseignement de la philosophie » nous dit Jacques Georges REID in : Le professeur Marcel GILBERT au Congo, 9 mai 2001).

De retour en Haïti en septembre 1986, Marcel continue sa militance politique pour une Haïti souveraine et plus égalitaire en mettant en place avec un groupe d’éducateurs et d’autres compatriotes « Haïti Groupe de Réflexion sur l’Education HAGREE). Quand la situation l’exige, il publie « Une lettre à la nation » ou il développe, en les actualisant les divers aspects idéologiques, politiques économiques ou culturels de son œuvre de base « L’Unité historique de peuple en Haïti »

Parlant de Marcel Gilbert, Emmanuel Buteau a écrit : « Le professeur Marcel Gilbert, pendant toute sa vie ne s’est jamais métamorphosé en des personnages inhumains et opportunistes. Il a toujours gardé sa simplicité, son ouverture sur les autres, sa droiture, son honnêteté et son sens profond de la responsabilité »

Sources combinées

Lire dans la même rubrique:

Marcel Gilbert, un philosophe au service de l'humanité

Marcel Gilbert  dans une interview avec Jean Dominique explique les racines historiques du duvalierisme

Interview Emmanuel Buteau, Marcel Gilbert, Roger Dorsinville sur la conjoncture de 1987 



Saturday, June 11, 2022

UNE MISE AU POINT SUR CATHERINE FLON ET LES VÉRITÉS HISTORIQUES

Après l’erreur sur la personne qui a fait passer en 1924 un signataire de l’Acte de l’Indépendance, l’officier Malet, pour un colon français de race blanche, voici que se produit une erreur du même genre au sujet de Catherine Flon. La lumière a été faite sur la véritable identité de Malet dans un article que l’historien et généalogiste Peter Frisch a publié en cette année 2022 dans la Revue de la société haïtienne d’histoire, de géographie et de géologie (pages 112 à 123 d’une livraison spéciale contenant les numéros 275 à 282).

De mon côté, j’étais parvenu aux mêmes conclusions que Frisch dans mon plus récent livre Haïti : Extermination des Pères fondateurs et Pratiques d’exclusion, rédigé à peu près en même temps que l’article  en question. C’est finalement par la généalogie qu’on a pu corriger cette erreur sur la personne de Malet. Le vrai signataire de l’Acte n’était pas le colon français Nicolas Mallet, surnommé Malèt Bon Blan, mais l’officier de couleur Jean-Louis Malet.

Dans un souci sans doute louable de faire la lumière sur le cheminement de Catherine Flon, certains chercheurs, trop pressés à mon goût, ont rédigé ces derniers temps diverses notes dans lesquelles ils précisent les dates de naissance et de décès de cette obscure couturière de l’Arcahaie). Jusqu’au début de l’actuelle décennie, personne ne s’était aventuré à se prononcer même timidement sur ces deux points. L’hypothèse la plus plausible retenue par la tradition orale au sujet de son décès est qu’elle aurait péri en mer en retournant à Léogâne le soir du Congrès du 18 mai. Soudainement, deux dates sont apparues : le 2 décembre 1772 pour la naissance à Léogâne et le 27 août 1831 pour le décès. Et il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que cette information soit présentée pour vraie et diffusée officiellement.

Les divers visages attribués à André Rigaud

Dans le même ordre d’idées, il y lieu de signaler une erreur très grave relative aux portraits trouvés pour le général André Rigaud qui a combattu inlassablement les Anglais dans le Sud de Saint-Domingue, perdu la Guerre du Sud contre Toussaint et tenté sans succès une scission de ce département pendant la présidence de son ami et allié Pétion. Une simple interrogation à partir de Google révèle l’existence des trois images ci-dessus du personnage : la première qui semble authentique, avec un nez assez court; une variante de celle-ci dont le nez visiblement allongé donne un air de Pinocchio; la troisième qui n’a aucune ressemblance avec les deux premières. En retraçant l’origine de la dernière photo avec la fonction Reverse Image Search (Recherche-image inversée) de Google, on arrive au général français  Jean- Charles  Pichegru (1761-1804) qui n’a aucun lien avec André Rigaud : https://www.juramusees.fr/decouverte/jean-charles-pichegru/

Considéré comme un des généraux les plus populaires de la Révolution française,  Pichegru est mort en 1804 dans la Prison du Temple, à Paris,  où il était incarcéré sous l’accusation d’avoir comploté contre la France à l’époque où il était général en chef de l’Armée du Rhin. Il était accusé également d’avoir comploté avec les royalistes pour tuer Napoléon et ramener les Bourbons sur le trône de France en 1803. Une  rumeur très vraisemblable veut qu’il ait été assassiné sur ordre de Napoléon. Toutefois, l’enquête officielle indique qu’il s’est plutôt suicidé pour éviter l’opprobre d’une exécution publique. Curieusement, les recherches menées directement sur Google ou à l’aide de la fonction Reverse Image Search sur la photo controversée de Rigaud conduisent au site ci-après de l’auteur bien connu Claude Ribbe et à deux de ses livres, Le général Alexandre Dumas et Une autre histoire : http://une-autre-histoire.org/andre-rigaud-biographie/

La consigne est donc à la prudence !

Quant à la photo correctement identifiée du général Pichegru, elle figure dans une bonne cinquantaine de publications françaises. Notamment au frontispice de la quatrième édition du dixième tome de l'Histoire de la Révolution Française publié en 1834 par Adolphe Thiers et accessible à l’adresse: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1415594r/f37.item.r=Pichegru%20Thiers

Ces mises au point n’auraient pas été possibles sans la vigilance ni le concours initial du chercheur et généalogiste Jean-Édouard Stam, de Montréal. Elles ont seulement pour but d’aider les auteurs et les chercheurs à corriger certaines erreurs historiques très graves et à les encourager à aborder avec circonspection les informations douteuses qui leur parviennent trop souvent. Je souhaite sincèrement que nos démarches ne froissent la susceptibilité de personne et, surtout, qu’elles ne déclenchent aucune polémique inutile.

Eddy Cavé, auteur