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Friday, October 9, 2015

LE PASSAGE VERS L’AU-DELÀ D’UN AMI D’ENFANCE EST TROUBLANT.

Par :Jacques Saint-Surin
Jean-Claude Bourdeau
Jean-Claude Bourdeau  fut un ami et frère sur qui l’on pouvait compter du temps de nos déboires de jeunesse. Les années 70 nous ont valu l ’étiquette de « équipe chien » de la part du clan « Ti Kalap » des frères Clérié de Jérémie. Jean-Claude Bourdeau fut un membre solide de notre équipe de débonnaires et d’emmerdeurs admirables de la Cité des Poètes.

Lorsque je parle qu’on était un « gang », je ne voudrais pas que vous ayez la mauvaise connotation de nous assimiler à ces petits cochons trouble-fêtes de nos jours qui emmerdent la paix publique.

« Equipe chien » peut paraitre péjoratif pour ceux-là qui ne savent pas de quoi il en retourne. Cependant, c’était un appellatif admiratif adressé à notre gang de jeunes qui faisait la pluie et le beau temps dans la Cité des Poètes. Nous étions et faisions la pluie et le beau temps à Jérémie de notre génération. Nous avions créé l’ambiance festive et le délire des jeunes filles grand’anselaise. Chefs de scouts, des Jécistes (JEC pour Jeunesse Etudiante Catholique), fondateurs de la Revue Assotor Grand’Anselais et du Ciné-Club, initiateurs des décorations des arbres de Noël de la Place Dumas, animateurs de programmes de Radio Grand’Anse, faiseurs de programmes culturelles et récréatives et surtout « casseurs de gueules » des imbéciles qui nous en voulaient, jalousement, durant les périodes carnavalesques.

Nous n’étions pas des « bullies » (intimidateurs), à l’instar des gangs de Chicago. Mais nous n’avions jamais reculé devant les affronts des pétards de Jérémie, en temps et lieux. Nous n’acceptions point la merde de quiconque, tontons macoutes, agents de préfecture, policiers ignobles de la gendarmerie ou tous politiciens malfamés… et même les fornicateurs en froc. Nous nous croyons, mentalement, au-dessus de la loi, invincible et intouchable… A y penser, peut-être nous agissions, à l’abri de nos parents qui occupaient des positions clés de la vie politico-sociale et culturelle de la ville.
Evidemment, nous étions des « faroucheurs » aimables, des amants désinvoltes et romantiques qui satisfaisaient les désirs des jeunes Juliette et parfois même des vieilles en détresse de débauches sexuelles, en rut ou en quête d’aventures amoureuses.
Fornicateurs, nous ne l’étions pas. Mais comme certains le voulaient le faire croire, nous avions laissé, secrètement, pendre sur nos têtes, la rumeur de la « bagnole hypocrite de Sodome et de Gomorrhe ». Mythe qui alors arrangeait nos mentalités imbéciles de jeunesse.

Ce disant, je ne veux, en aucune manière, ternir la mémoire de feu Jean Claude Bourdeau. Dans notre groupe, chacun de nous fut indépendant des prescriptions du groupe qui n’en définissait aucune. Mais fraternité, fidélité, loyauté et solidarité envers les uns les autres furent la règle. On pratiquait une philosophie distincte de vivre d’amitié et de vivre « un pour tous » On se donnait le bouclier de cette pensée de Dumas : « Un pour tous et tous pour un ». Cependant, chacun de nous remplissait une fonction dans la société jérémienne.

Jean-Claude était un fervent scout et un secouriste à part entière en tant de dégâts et fléaux naturels. Il était le premier à répondre à l’alerte des cyclones et autres problèmes. Il m’emmerdait de ses fausses alertes événements qui n’eurent jamais cours. Jean-Claude habitait en face de ma résidence.

- « Jacques, Jacques, tu dois te réveiller. On doit faire la ronde », alors que je viens juste de fermer les yeux –

« Jacques, Jacques, réveille-toi pour la ronde ».

 Il venait souvent me secouer à 7 heures du matin, au temps de la saison cyclonique.
- Merde, Jean-Claude, foute-moi la paix. Je viens juste de dormir. Tu es bien foutu avec tes fausses alarmes, lui répliquai-je, avec toutes les insultes ordurières qu’on me connaissait. Ma rage, c’est qu’il s’en foutait pas mal tant il était enclin à me réveiller de mes rêves chimériques. Le pire, c’est qu’il ne rétorquait jamais, à mes rhétoriques d’énervements, au cours de sa soi-disant « ronde de vigilance ». Il était d’un stoïcisme qui agaçait mon attitude débonnaire.

- Je sais que tu aimes les gens démunis, me disait-il pour me remonter psychologiquement et adoucir l’atmosphère.

- Ta gueule ou je retourne chez moi, rétorquai-je, avec véhémence.
Tu veux être vieux et prétendre adulte. Moi, je veux rester 18.

- Je lui cherchais querelle. Il me méprisait, ne pétant point dans un morceau de coton pour me l’offrir aux narines. Expression jérémienne ! Il sut comment maintenir l’amitié.


JEAN-CLAUDE BOURDEAU REPOSE DANS LA SAINTE PAIX DU SEIGNEUR!

Jacques Saint-Surin