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Sunday, September 8, 2013

Tony Moise, un pan de la musique haïtienne s'en va ...



Version Anglaise
Par:Herve Gilbert herve.gilbert@gmail.com

Tony Moise

La nouvelle de la mort de Tony Moise est tombée comme une douche froide la semaine dernière. En effet, cette grande étoile qui a contribué à l'émancipation de l'univers musical haïtien est succombée des suites de complications cardio-vasculaires dans un hôpital de New York le vendredi 30 août 2013.


Anthony Moïse, ou Tony tout court, maestro, premier saxophoniste des Shleu Shleu, le premier mini-Jazz Haïtien, avait 72 ans.

Ce dernier faisait partie de la première version du mini-Jazz en Haïti, ce jeune groupe qui avait été formé le 25 Décembre 1965 par un groupe d'étudiants du Bas Peu-de-Chose à Port-au-Prince, Haiti.

Vers les années 1965, dans une multiplicité de genres musicaux: compas, cadence rampa, ambatonèl, ballade, traditionnèl, raboday, yanvalou, ibo etc...qui ont caractérisé l'époque, un groupe de jeunes musiciens décida d'instaurer un autre style dans l'art musical haïtien . Avec à sa tête comme impressario, Hugues "Dada" Djakaman d'origine syrienne, ce groupe musical d'un style simple et rythmé allait en moins de cinq ans insuffler une nouvelle inspiration qui ne tardera pas à déboulonner le prestige des vieux ténors de la musique d'alors.

Ces jeunes musiciens se sont transférés de deux groupes musicaux différents: les "Manfoubins" de Bas Peu-de-Choses et les Frères Lorenceau, pour donner naissance aux Shleu-Shleu devenu officiellement le premier mini-Jazz haitien.

Rappelons pour l'histoire que les Manfoubins de Bas-Peu-de-Chose étaient originellement composés des frères Smith et Fred Jean-Baptiste, Serge Rosenthal, Léon Millien, Edouard "Doudou" Crêvecoeur, Peddy Charles, tandis que Clovis Saint Louis, Hans "Gwo Bebe", Milot Toussaint et Tony Moise faisaient partie du groupe "les Frères Lorenceau" .

En rencontrant les gars des "Manfoubins", Tony Moise se présenta d'abord comme guitariste initié, puisqu'il évoluait auparavant en cette position dans d'autres groupes musicaux. Mais il devait devenir par la suite le saxophoniste du groupe après avoir développé aussi son habileté à cet instrument auquel il n'apportait auparavant que des balbutiements. Dès lors, ce fut le début d'une grande et riche carrière musicale au sein du groupe rebaptisé plus tard sous le nom des Shleu-Shleu par l'impressario Dada Djakaman .

Nemours Jean-Baptiste le roi du Compas direct fut le premier, au cours d'un bal à Cabane Choucoune où les Shleu-Shleu jouaient pour la première fois, à dénommer ces derniers "mini- Jazz" du fait que ce groupe avait un nombre restreint de musiciens alors qu' à l'époque les groupes musicaux ou orchestres en comptaient au moins une quinzaine.

Les Shleus Shleus en effet étaient dotés seulement d'un saxophonist alto, de deux guitares, d'une guitare basse, d'un jeu de batteries, d'un tambour et d'un tam tam comme instruments de base.

Il faut dire aussi que le terme "mini" * évoquait aussi une référence à la mode de "mini-jupe (jupette à raz le cul) de l'époque, importée en Haïti vers la deuxième moitié des années 60 sous l'impulsion de la styliste nord-américaine Mary Quint qui propageait ses fameuses inventions du "miniskirt" (mini-jupe) , par rapport au "maxi", (robe longue de gala).

Ces nouveaux conquérants jouant une musique dansante, entrainante et fraiche ont vite conquéri la jeunesse d'alors qui ne se reconnaissait pas dans la musique des grands orchestres de l'époque, tels que le Jazz des Jeunes, l'ensemble de Nemours Jean-Baptiste, la cadence rampa de Webert Sicot, pour ne citer que ceux-là. Et pendant cinq années ils vont tenir très haut le pavé, gravant deux supers albums avec des morceaux hits tels que : Ti Carme, dans la vie, vacances, Alfredo, Haïti mon pays, Maille, ma poupée, Haïti terre de soleil, Devinez etc... Ces tubes annonçaient la montée d'une nouvelle génération et une nouvelle ère musicale. Entretemps d'autres groupes musicaux du même style et de même formule avaient pris naissance dans le pays.

Nous, petits ou grands, de près ou de loin, avons vu Tony évoluer et conquérir avec Les Shleu Shleu le cœur de la jeunesse haïtienne, toutes couches et classes sociales confondues. Une génération qui est aussi la nôtre puisqu'elle avait aussi bercé notre adolescence.

Qui ne sont pas tombés amoureux un jour, un soir, dansant aux sons d'une Maille, d'une Ti-Cam, d'une Solange à Boutilliers ou ailleurs ou bien nous berçant avec les notes langoureuses du saxophoniste Tony Moïse?

Combien d'entre nous n'ont pas rencontré leurs premières amours, échangé leurs premiers baisers, vécu des moments idylliques et inoubliables avec comme fond sonore une mélodie des Shleu Shleu, soit à Cabane Choucoune, Ibo-Lélé, Villa-Créole, ou durant une de ces soirées dansantes au Rond-Point Night Club, à la Cité de l'Exposition, au Bicentaire et même pendant un bal de salon ? Les mélomanes se souviendraient longtemps encore de ce chanteur, troubadour, saxophoniste très habile et compositeur de charme...

Serge Rosenthal
Serge Rosenthal, guitariste de la bande témoigne : « Tony était un saxophoniste très habile, d'un talent émérite. Il s'est fait remarquer par ses mélodies et ses compositions. Lui et moi formions un très beau tuyau. Comment oublier la dernière fois que nous avons joué ensemble ? C'était en 2009. En Haïti puis à Miami... »
Revivons  un de ses hits d'autrefois en vidéo
 

La disparition de ce chanteur, guitariste, saxophoniste et compositeur au talent remarquable nous surprend et nous déchire le cœur à Haiti Connexion Culture. Ce maestro, qui depuis de nombreuses années souffrait de problèmes cardiaques, continuait malgré tout à travers les réseaux sociaux à nous faire revivre la délectation de ses belles compositions de l'original Shleu-Shleu si entretenues par sa dextérité au saxophone. Il a posté sur le Youtube plusieurs de ses vidéos clips enregistrés soit durant les soirées dansantes ici aux Etats Unis ou soit en studios. Nous lui suivions régulièrement et savourions avec délectation ses légendaires compositions .
Le départ de Tony va laisser, à n'en pas douter, un vide béant dans le monde musical haïtien . C'est tout un pan de la musique haïtienne des années 1960/1970 qui s'en va avec lui. Ce musicien représente aussi avec ses pairs des Shleu-Shleu l'un des mordernisateurs du Compas direct . Ils sont définitivement les pionniers d'une autre tendance musicale en Haiti durant les décennies 60.

Tony Moïse, tu nous as quittés, mais ta musique te survivra pendant des générations encore, parce que la bonne musique, dit-on à juste titre, est hors du temps.
Par :Herve Gilbert herve.gilbert@gmail.com
Savourons cette collection de chansons folkloriques arrangées et interprétées par Tony Moise