Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Friday, August 11, 2023

Mes souvenirs de Ti-Michel Roumer

Ottawa, ce vendredi 11 août 2023

Par Eddy Cavé

Dr Michel Roumer
10 octobre 1945 - 1er août 2023

Fils du poète hors normes Émile Roumer , qui se définissait lui-même comme un anarchiste chrétien, Ti-Michel était porteur d’une fibre qui faisait de lui une compagnie adorable, un charmant camarade: drôle, généreux, imprévisible dans ses actes, ses réparties. Et avec en sourdine un brin de folie romanesque qui va jusqu’à expliquer son « dernier trip » à Jérémie…

Je me rends compte aujourd’hui, avec un recul de près de 30 ans, que c’est à Michel que je dois un des week-ends les plus agréables de mes séjours de travail en Europe. J’étais en effet à La Haye en octobre 1995 pour une affectation de trois mois à la Cour internationale de justice quand, un vendredi soir, je reçus de lui, un appel téléphonique qui bouleversa complètement mon petit train-train de pantouflard. Il venait d’apprendre ma présence en Europe par ma cousine Marlène Séraphin Magloire et il m’appela, tout feu tout flamme, pour rétablir le contact avec moi. Il m’annonce alors tout de go qu’il fête le lendemain son 50e anniversaire et qu’il tient à ce que je sois de la partie.

Abasourdi par cette invitation tardive et tout à fait inattendue, j’essaie tant bien que mal de me défiler, mais sans succès. J’ai mes petites corvées de fin de semaine dans cette ville étrange où tout est fermé quand je termine ma journée de travail en semaine : les banques, les épiceries, les nettoyeurs, les salons de coiffure. Mais Ti-Michel n’en a cure. Il m’attend demain à Francfort, me donne son adresse et me dit avant de raccrocher que je dois seulement me rendre à un guichet de la Lufthansa à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam. Un aller-retour prépayé m’y attend. Devant une telle prévenance, je mets bas les armes et j’avance à reculons vers ce qui se révélera un des plus agréables week-ends de ce séjour de trois mois aux Pays-Bas.

Une fois remis de ma surprise, je me mets en mode départ : il faut faire tout de suite les valises, sortir le passeport, les chèques de voyage. Soudain, une idée me traverse l’esprit : si je prends avec moi mon piano électronique pour une animation surprise, cela ajoutera sans doute une touche d’originalité  à la soirée. L’idée se révèlera géniale. Avec des complicités bien placées dans son entourage, j’atterris à Francfort vers midi et nous dissimulons le piano dans un coin isolé de la maison. Nous trouvons  même le temps de monter un petit scénario à la mode nord-américaine avec Marlène et  Jean-Robert Magloire, la docteure Enide Léger et ses deux jeunes filles, Natacha Castera, sa sœur Agathe Roumer.

Quand, sous le coup de minuit, les jeunes filles et les dames entreront dans le salon avec le gâteau coiffé des 50 bougies au son  Happy Birthday Michel, ce sera une explosion de joie… Je garde de cette soirée et du restant de ce séjour à Francfort-sur-le Rhin le plus beau des souvenirs.

Un autre souvenir très spécial que j’ai de Michel remonte à une Saint-Louis extraordinaire passée à Jérémie. C’était en 1978, au cœur de la réconciliation de Jean-Claude Duvalier avec la population de Jérémie, et, Michel et moi, nous nous étions retrouvés là-bas par pure coïncidence. L’économie haïtienne profitait alors d’un boom mondial des matières premières, et la marmite de café se vendait à 16 gourdes. L’argent coulait donc à flots et c’était chaque jour la fête à Jérémie. Ti-Miche et moi étions comme deux larrons en foire, deux vieux amis qui se retrouvaient, après une quinzaine d’années d’exil volontaire, dans cette ville natale qui se remettait des épreuves de l’été sanglant 1964.

Le périple à Marfranc

Ma plus grande joie de cette Saint-Louis, ce ne furent ni les soirées des 24 et 25 août à Versailles, ni la grand-messe du matin à la Cathédrale ou la traditionnelle procession de l’après-midi. Ce fut le périple à Marfranc, d’où Ti- Miche, accompagné de sa première épouse Brigitte, devait se rendre à Ravine-à-Charles où vivait son parrain,  un grand don du nom de Jédius. Confortablement  installé sur l’autre versant de la Grand’Anse, ce vieil ami de Mèt Emil  avait pris toutes les dispositions pour recevoir le couple de façon grandiose.

Ma grande surprise en arrivant au maché ce jour-là fut de découvrir que tout le village savait que Ti-Michel, « ti pa Mèt Emil la », était de passage avec son épouse allemande et qu’il allait passer quelques jours avec elle chez son parrain Jédius. Ce grand seigneur avait envoyé, dès le lever du soleil,  un cavalier accompagné de deux superbes chevaux au marché du village avec la mission d’escorter et de lui ramener avec tous les honneurs ses deux invités de marque. Aussi sommes-nous, dès notre arrivée au marché,  entourés d’une meute de curieux qui nous font un accueil tout à fait inattendu.

La grande attraction du moment, c’est Brigitte, une blonde bien bronzée par le soleil d’Haïti et qui s’est frisé les cheveux. Une vraie curiosité pour la population. Des deux côtés de la route qui traverse le marché, tout le monde nous salue avec joie et répète à satiété que ce sont les invités de Jédius, en route vers Ravine-à-Charles. Brigitte suscite une fascination qui s’exprime dans les mots « Gade yon blan cheve pit. Sé Madan Ti-Michel wi, fiyòl Jedius la ». En outre,  les enfants croisés sur la route ne peuvent pas résister à la tentation de la toucher.                Visiblement, cela amuse plutôt Michel qui continue tranquillement sa marche vers « la passe » où l’attendent le guide et  les chevaux.

Pendant ce temps, Michel bavarde avec les uns et les autres, et Brigitte, qui  ne comprend pas trop ce qui se passe, commence à manifester un léger agacement. Visiblement, elle ne comprend pas cette tentation irrésistible de la toucher. Je la rassure et lui donne le bras pour écarter un peu ces gamins que les Québécois ici appellent des « toucheux ». 

Chemin faisant, nous prenons le temps de faire une petite visite aux notables de la place, notamment Lapériè, qui a repris l’ancienne guildive des Cavé à Tessier; Marc Defay, ancien directeur de l’Asile de Marfranc; Mesgar Gauthier dont l’arrivée dans la grosse Chrysler  New Yorker est annoncée par une débauche de décibels qui  secoue tout le marché. La voiture longe la rue principale à pas de tortue pendant que la radiocassette tourne en boucle le dernier grand succès de Coupé Cloué, Map Di. Ti-Miche et moi ne savons pas où donner de la tête. Comme les passants d’ailleurs. Nous découvrons la nouvelle Grand’Anse où  Mesgar Gauthier est le nouveau Nono Lavaud, mais en plus bruyant et moins joufflu.

Les pipirites 

Michel est au comble de la joie  quand il découvre les nouveaux  pipirit, retrouve les anciennes saveurs de son enfance et les fait découvrir à Brigitte : le traditionnel  doukounou enveloppé dans une feuille de bananier; les bananes pesées et les greton  fraichement préparés par les vendeuses ambulantes de fritailles; l’eau de coco; les kachiman,  les kaymit et kalbasi;  les mango sann, yil, kakòn et miska. Après maintes péripéties aussi désopilantes les unes que les autres, nous arrivons au passage où les invités de marque du vieux Jédius récupèrent leurs chevaux et se mettent en selle. Ouf, on dirait les mariés d’une noce champêtre !

Deux ans plus tard, en 1980, je ne cesserai pas de penser à cette journée mémorable en visionnant la désopilante comédie Les dieux sont tombés sur la tête. Arrivée presque par hasard dans un village de bushmen au Botswana, une blonde qui me fait penser à Brigitte dirige, mitrailleuse à la main, la résistance d’un petit groupe d’écoliers noirs attaqués par un commando lourdement armé. Je ne puis m’empêcher d’imaginer mon héros Ti-Michel coordonnant une opération de ce genre après s’être abrité derrière un mur de béton… À l’époque où Mèt Emil écrivait Le Caïman étoilé, il m’a dit un jour qu’il rêvait de finir dans la peau d’un gouverneur de la  Louisiane après le démembrement de l’Empire étoilé. 

Le retour à Jérémie aurait été très morne si je n’étais pas accompagné de Francis Antoine, médecin du New Jersey également de passage, qui comme Michel et moi redécouvrait les merveilles et les joies de l’enfance. La traversée de la source de Tessier, aujourd’hui disparue, fut une joie immense. Un souvenir d’une période révolue… Francis me dira plus tard que sa grande joie était d’avoir utilisé durant ce séjour à Jérémie tous les moyens de déplacement de son enfance : l’automobile, la moto, la bicyclette, le cheval, le canot. Et surtout ses jambes.

la source Tessier, avant dernière escale de la route conduisant chez le parrain Jédius

Si le souvenir de ces rencontres avec Ti-Michel en Allemagne et à Jérémie  est particulièrement agréable, cela ne signifie nullement qu’il n’y en pas eu d’autres. Cet enfant gâté de Jérémie visitait régulièrement sa famille au Canada et passait toujours quelques jours chez Philippa et Serge Jabouin ici à Ottawa. C’étaient chaque fois des retrouvailles extrêmement agréables. Mais il y a aussi et surtout les longues conversations que nous avons eues  au sujet des drames de notre ville natale, de la nation commune piétinée et trahie tous les jours par ses propres fils. Un autre sujet de préoccupation était l’obligation  que nous avions de retourner un jour au pays pour contribuer à la reconstruction qui se fait toujours attendre… Et les années ont passé. Notre jeunesse aussi…

Michel Roumer

Le titre « Voir Jérémie et mourir» choisi par Jean-Robert Léonidas pour coiffer  son éloge funèbre résume à merveille la profondeur du drame qui a porté Ti-Miche à entreprendre  ce dangereux pèlerinage en murmurant sans doute avec sa détermination habituelle : «  Va où tu veux, meurs où tu dois. » Et pourtant, il avait recréé à Francfort, où Mèt Emil est mort dans ses bras, son quartier du Mòn Goudwon où sévissait Boyo Madan Antilus et où la chanson Ayida Wèdo faisait les délices des amis. Avec son fils Bohio, d’un côté, et sa fille Aïda, de l’autre, Michel n’avait donc pas à prendre l’avion pour retrouver le petit monde de son adolescence. Mais cela ne lui suffisait manifestement pas…

Michel rêvait toujours de ciels d’un bleu d’azur, d’une cour plantée en cocotiers et en arbres fruitiers; de forêts de bambou, de jardins parfumés par des ilan-ilan;  de baignades quotidiennes dans les eaux chaudes de La Voldrogue et de l’Anse d’azur; de l’amitié chaleureuse de voisins élevés comme lui dans les traditions des konbit et du partage. Il rêvait des visages les plus pittoresques de notre jeunesse : de Majolenn Kodenn, d’Amerik-la-folle, du débardeur Bouriko, du coiffeur ambulant Fanfoulio, de Kalisia, la marchande de poissons, de pisquettes et de cyriques . Il est passé tout près de ces beautés, mais le destin ne lui a pas donné le bonheur  de les confisquer…

Je partage avec toute sa famille et ses proches la tristesse que cause cette disparition soudaine : sa veuve Andrea et leurs enfants Aïda et Raguel Émile; son ex-épouse Brigitte et leur fils Bohio. Ses nombreux sœurs, nièces, neveux et leurs familles, notamment : Philippa Roumer, Serge Jabouin et leurs enfants Philippa, Priscilla et Émilie; Sary Roumer Bastien et Carl-Frédérick, Raynald, Patrick et Judith; Simone Roumer Debrosse et Diandra et Dean Betty Roumer, Cassandre, Taïna, Katiana et Saradgine;  Agathe Roumer et Wolfgang Krust.

Parmi les cousins et cousines qui lui étaient très proches, il y a aussi : Léopold Roumer, Palanka et Noëliah; Mileva Roumer, la fille de Don Maximo que j’ai  rencontrée pour la première fois le mois dernier; Guy Roumer,  Cynthia, Camilo et Manuel; Valérie Roumer Pierre,  Karenine et Benoit; Pepita Roumer Adonis, Tamara et Stéphane; Michelle Roumer Condé, Régine, Chantale, René et Jean-Michel; Mathé Roumer et Serge Fourcand, ainsi que leurs enfants Patricia et Françoise.

Quant aux collègues médecins de la promotion 1971 et aux grandes amitiés des terres de l’exil volontaire, c’est un fait bien connu qu’ils faisaient partie d’une famille élargie et que Michel les confondaient toutes et toutes dans un amour sans bornes.

Faisons enfin une grande chaîne d’amour et d’amitié pour l’accompagner dans sa dernière demeure et chanter en chœur avec  lui : « Ce n’est qu’un au revoir Ti-Miche!»

Eddy Cavé

Tuesday, February 18, 2020

Réflexion sur la vie d'Émile Roumer

De gauche à droite, Blondel Auguste, Eddy Cavé, Mérès Weche, Mireille Jean-
Louis. En second plan, Serge B. Gilbert, Max Dorismond, Georges Séraphin Jr.
                        
C’est dans cette bâtisse en toile de fond qu’a eu lieu, à Ottawa, le samedi 15 février 2020, la séquence additionnelle au documentaire ÉMILIUS NIGER sur la vie et l’œuvre du grand poète Émile Roumer.

Aidés de Martin Cavé en matière de filmage, nous avons pu constituer une plate-forme de réflexion pour faire ressortir, image par image, les particularités de ce personnage exceptionnel, né à Jérémie, mais appartenant à toute la nation haïtienne, par ses prises de position idéologiques en faveur du créole comme base de notre sauvetage national. Sa mémoire s’affiche au même tableau que celle d’un Nicolàs Guillen, cette autre grande figure de l’indigénisme en Amérique Latine.
Rétrospective sur la vie d'Émile Roumer 

Tour à tour, nous avons évoqué des faits saillants de la vie de ce grand poète haïtien qui croyait en la force du créole comme langue d’expression des sentiments humains les plus forts. En ce sens, il projetait de transposer dans notre langue nationale la pièce Othello de Shakespeare, une tragédie homonyme anglaise du XVIIe siècle mettant l’Homme au centre des problématiques de notre planète qui se meurt par trop d’hommerie.

Émile Roumer à Jacmel

En Haïti, dans le contexte humiliant de l’occupation, Émile Roumer prit fait et cause pour les valeurs essentiellement nationales, en substituant au terme Le Citron dor, retenu par ses pairs pour nommer une Revue littéraire, par Revue indigène, en référence aux preux de 1803 qui nous ont légué cette patrie que nous-mêmes avilissons. Par l’essence de ses œuvres, Émile Roumer nous invite à nous réinventer, à l’image de nos aïeux, pour une Haïti essentiellement nationale, en langue et en cultures ; ce dernier terme étant pris dans un double sensː le travail de la terre et le respect de nos us et coutumes.

Mérès Weche

Une exclusive interview d'Émile Roumer avec Jean L. Dominque sur la poésie

Thursday, March 14, 2013

Les larmes de Ti Amélie (Documentaire)

 Les Larmes de Ti Amélie
Par :Jean Erich René erichrene@bell.net


Ti Amélie dont l'image ne s'efface jamais de
  nos rétines.   . .                                                
Sur sa tête trône le plateau des souvenirs de plusieurs générations d'hommes et de femmes de Jérémie, la mémoire collective d'une ville. Postée presque nue sur la Place Dumas, elle est le témoin à la fois oculaire et auriculaire de tous les événements fastes et néfastes. Une vue synoptique à travers le temps et l'espace lui offre le panorama de tous les acteurs qui ont défilé sur cette scène. Aujourd'hui, elle se lasse de tant de décrépitudes et se plaint de l'état de délabrement de nos structures physiques. Où sont les fleurs d'antan , s'nterroge-t-elle ?

Beaucoup d'entre elles se sont fânées. D'autres se sont expatriées pour agrémenter d'autres parterres, sans jamais pouvoir étaler leurs pétales ni exuder le parfum de leur terroir. Cette vie pratiquement en serre, sous les climats tempérés et froids, diminue leur rendement et les empêche de s'épanouir dans toule leur splendeur. En effet, rien n'est plus grand ni plus beau que son chez soi. Nous avons parcouru presque toutes les Capitales du Monde. Nous avons vu des sites merveilleux mais un seul demeure inoubliable : Jérémie notre ville natale symbolisée par Ti Amélie dont l'image ne s'efface jamais sur nos rétines.

Dans les plis de son cache-sexe s'inscrivent des pages d'histoires qu'aucun écrivain n'arrive encore à décrypter. En contemplant ses rues et ses maisons, se défilent dans nos têtes les fresques d'un passé riche de souvenirs et d'émotions. Chaque maison a non seulement un numéro mais porte aussi dans notre imaginaire le nom de la personne qui l'occupait. On y attache également certaines histoires qui touchent les frontières du rêve et de la réalité qu'aucun romancier n'arrive encore à atteindre. Pourtant les personnages ne sont pas fictifs, les récits non plus ne sont pas inventés mais brodés de l'émotion et de la sensiblerie caractéristiques de tous les Jérémiens et de toutes les Jérémiennes.

Il y en a qui sont partis vers de lointains continents sans laisser leurs sillages mais immortalisent leurs témoignages enrichissants, grâce à la mémoire de l'écriture. Pourtant la plupart d'entre nous n'ont pas besoin d'un papyrus ni d'un video pour se remémorer les moindres recoins de la ville. Que ces Jérémiens et ces Jérémiennes perdus à travers le temps et l'espace sachent, qu'en dépit de toute hypocrisie humaine, ils ne sont jamais oubliés. Leurs images demeurent indélébiles dans la mémoire collective.Leurs concitadins, apparemment les plus indifférents, ruminent souvent leurs souvenirs. Tout le monde se souvient encore de certains acteurs riches ou pauvres ignorants ou savants qui ont agrémenté la vie de la cité, chacun à sa façon. De manière inattendue, souvent ils surgissent du décor pour continuer le film de notre existence, là ou ils se trouvent. "L'imagination est la plus grande richesse de l'homme" disait Einstein.

Herve Gilbert
Certains(es) Jérémiens(es) ne résistent pas à la tentation d'y retourner. D'autres, au moins chaque 25 août ,à l'occasion de la St Louis, regagnent leur patelin pour un regain d'énergie, une cure de santé qu'aucune médecine au monde ne puisse leur procurer. Cependant cette redécouverte de Jérémie brasse les souvenirs d'antan et laisse un goût amer sur leurs lèvres. Ils éprouvent un sentiment de culpabilité vis à vis du délabrement de leur ville qui leur a procuré une enfance et une jeunesse heureuse. En dépit de son éloignement et de la faiblesse de sa structure, on peut s'enorgueillir d'avoir vécu dans un cadre enchanteur et à l'abri de ce monde pervers. Quant aux études classiques, la Ville de Jérémie était dotée de bonnes écoles tant au niveau primaire que secondaire. On avait même un embryon d'Université avec l'Ecole Libre de Droit. Nos échantillons d'hommes et de femmes brillent dans toutes branches de la formation professionnelle dans toutes les grandes Universités du Monde.

Emile Roumer
Il devient impérieux pour tous les Jérémiens et toutes les Jérémiennes, quel que soit le lieu où ils se trouvent, de manifester leur sentiment de gratitude envers leur patelin. Ils ne peuvent pas rester indifférents face au dépérissement de ses infrastructures. L'Ecole Frère Paulin qui a formé tant de générations a été fermée vers la fin des années 1990 par l'Evêque de Jérémie, Mgr Willy Romélus. Faute de bâtiment, les Ecoles Clévrain Hilaire et Hortensius Merlet partagent le même local, sans aucune commodité . Pour vous donner une idée beaucoup plus concrète nous illustrons la situation lamentable de notre ville en hébergant des photos qui, mieux que des mots, soient capables de sensibiliser ses fils et ses filles sur les ruines de Jérémie.


Partons à la découverte de Jérémie en vidéo




Le pont de la Grande Anse, trait d'union entre la ville de Jérémie et les autres localités situées de l'autre côté de la rivière, l'un de ses poumons économiques, est dans un piteux état. Son tablier est percé de trous qui comme des traquenards piègent les piétons et déséquilibrent les camions de fort tonnage qui l'empruntent comme un passage obligé.

Le Doyen d'âge Eddy Cavé, dans ses pages illustrées intitulées « De mémoire de Jérémiens », inscrit dans son baptistère 29 avril 1950 comme sa date d'inauguration par le Présent Dumarsais Estimé qui devait partir pour l'exil peu de temps après. Selon la firme de construction, sa durée de vie est de 50 ans. Grâce à des travaux d'entretien, il a pu franchir ce cap. Cependantdurant ces 25 dernières années , il n'a jamais reçu une couche de minium pour le protéger. Dans l'indifférence de l'Etat haitien et au grand risque des usagers et des poids lourds qui l'empruntent régulièrement, sa défaillance est imminente. Ce sera un bond de 61 ans en arrière avec la restitution de la dangereuse barque d'autrefois.

La structure métallique du pont de la Grande Anse est couverte de rouille

Actuellement la structure métallique du pont de la Grande Anse est couverte de rouille qui la ronge comme une verrue. Sans aucune intervention d'urgence bientôt le pont de la Grande Anse sera réduit à un squelette vétuste qui cèdera sous le poids de sa vieillesse. En principe on devrait en construire un autre. Devant son état lamentable nous mêlons notre voix à tous les Jérémiens(es)qui se sentent concernés(es) pour lancer un cri de détresse aux autorités responsables. La percée de la nouvelle route Cayes Jérémie, sans le pont de la Grande Anse est un projet tronqué. La ville de Jérémie sera paralysée faute de ne pouvoir entrer en contact par voie terrestre avec Port-au-Prince, les Cayes aussi bien que les Communes et Sections Communales de l'autre côté de la rive.

Le constat le plus triste c'est de cheminer dans les rues de Jérémie entre des maisons délabrées, manquant des poteaux, des portes et des fenêtres. Certaines sont fermées et n'abritent personne tandis que le problème de logement devient très crucial en ville. D'où l'extension du côté de Numéro 2, Nan Lundi, Bonbon etc. D'autres préfèrent Gébeau, Caracoli, Fond Rouge, Carrefour Sanon etc. Le Centre ville de Jérémie suite à un phénomène d'absentéisme est quasiment vide. En effet, le tissu social de la Grande Anse souffre de certaines lacunes dues au déplacement intégral de certaines familles à Port-au-Prince et ailleurs. Elles refusent de vendre et de louer leurs maisons afin de conserver le souvenir impérissable de leurs Grands-Parents. Un sentiment d'appartenance aussi fort a fait de Jérémie une ville aux portes fermées. Pourtant le Tremblement de Terre de 2010 a considérablement augmenté l'effectif de la population et le coût du loyer. Actuellement les maisons qu'occupaient une seule famille sont transformées en plusieurs appartements sans les commodités d'usage.



Notons que le Service de la Voirie est vacant de puis près de 25 ans. Le Bureau des Services d'Hygiène est fermé depuis la fin des années 1980 et les agents sanitaires renvoyés. Les rigoles sont bondées de fatras. Avec l'augmentation de la population, le Service de distribution d'eau potable n'arrive pas à satisfaire tout le monde. Même lorsqu'on paie un abonnement les robinets sont à sec. Chaque jour on observe un vérirable périple en quête du précieux liquide.


Quant à l'électricité, vaut mieux ne pas en parler. Port-au-Prince la Capitale est plongée dans le blackout. A Jérémie on est en train de revivre les souvenirs de l'IDAI et de l'EDH . La privatisation de la Teleco a entrainé une dangereuse dérive vers le cellulaire qui appauvrit cette populaation qui s'accroche à la modernité de la communication sans fil au détriment de ses besoins primaires. C'est la pagaille !



A noter aussi qu'avec l'élargissement de la famille suite à la naissance dans la diaspora des petits fils sans aucun lien avec Jérémie, le prix de vente d'une ancienne maison devient exhorbitant, au point de dépasser le coût de construction d'une nouvelle bâtisse. Tous les héritiers veulent tirer un profit substantiel des biens de leurs Grands-Parents. Ce dilemme est plutôt courant chez l'ancienne bourgeoisie jérémienne qui séjourne dans la diaspora. Leurs maisons deviennent de véritables musées familiaux.Il faut se défaire de certains préjugés mesquins. On ne peut pas fermer les portes des maisons et faire de Jérémie une cité interdite aux nouveaux habitants. Qui pis est, on ne se donne pas la peine de leur donner une couche de peinture voire de les réparer. Il suffit de faire un tour à la place Dumas pour faire ce triste constat des maisons aux portes condamnées. Le duplex de Mme Béliard Mignon au Carrefour du Marché, la Maison des Vilaire près du Tribunal, l'ancienne Maison des Jabouin à coté de l'Eglise St Louis, le local de l'ancienne Inspection Scolaire de Jérémie sont condamnés. En principe, les propriétaires des maisons qui sont fermées et délabrées à Jérémie doivent débloquer la ville. Dans le cas contraire, il revient au Maire de prendre certaines mesures administratives. Les autorités locales sont-elles imbues de leur rôle pour réanimer cette ville moribonde ? Ce sombre tableau déclenche chaudement les larmes de Ti Amélie .


Jean Erich René
26 octobre 2011






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