Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Wednesday, December 15, 2021

Ni dieu, ni diable, ni l’État n’est responsable de nos déboires

La carcasse du camion-citerne qui a fait plus de 62 mort au Cap-Haïtien 

A chaque fois qu’il nous arrive quelque chose de bien en Haïti on est tenté de croire qu’un dieu y a contribué. Parce qu’on avait prié, jeûné, offert des offrandes ou fait des sacrifices. Il faut dire que toute la journée et souvent la nuit, la majorité de nos compatriotes, interpelle Dieu et lui demande d’intervenir dans chaque détail de leur vie, refusant ou n’ayant pas conscience qu’ils sont maîtres de leur destin. Pourtant tout Haïtien devrait savoir qu’“aide-toi le ciel t’aidera”, a plus de sens ici qu’ailleurs.

Quand ça va mal, c’est le diable la cause. La malchance, le mauvais œil, le sort jeté par le voisin, le loa insatiable, insatisfait, revanchard, qui met le grappin sur celui ou celle qui lui a déplu, désobéi ou déçu. La  mort ou le moindre incident, même prévisible, en Haïti sont imputés à un insaisissable mystère. On oublie souvent en Haïti que le premier loup pour l’homme est un homme. Le loup-garou aussi.

Quand les dieux et les diables ne sont pas mis en cause directement, le coupable c’est l’État. L’État haïtien. Ses suppôts et ses supports.

L’État haïtien n’est pas incarné. Nous regardons ce qu’il en reste disparaître totalement sous les décombres de nos querelles, dans le vacarme des rejets exprimés des principes républicains, dévoré par nos incompétences et mauvais choix depuis des années.

L’État est coupable, en vérité, et responsable à cause de ses défaillances en chaînes, de beaucoup de nos malheurs. L’Etat ne nous apprend pas à nager dans l’océan de nos problèmes et nous tend très rarement une perche pour nous sortir de l’eau.

Mais ni l’État, ni le diable, ni aucun dieu n’est responsable dans l’absolu de tout ce qui nous arrive. Nous sommes comptables de notre sort plus souvent que nous ne voulons le reconnaître.

L’accident spectaculaire et meurtrier survenu au Cap-Haïtien dans la nuit du 13 au 14 décembre -- le camion-citerne qui évite une motocyclette et se renverse -- a été perçu par beaucoup au Cap-Haïtien comme un cadeau des dieux. De l’essence, en ces temps durs, qui se retrouve gratuitement à disposition en plein cœur de la nuit, certains y ont vu un signe du destin, un cadeau, une manne du ciel.

Le suraccident -- l’explosion de l’essence et les dizaines de morts et de blessés qui ont suivi -- est vu comme un acte du diable méchant.

Et depuis, on se demande où est l’État ? Où était l’État ? Que va faire l’État ?

L’Etat va faire comme il peut et même se taire sous les blâmes.

Mais la leçon à retenir de la catastrophe de Samarie comme de beaucoup de coups durs qui nous affectent à titre individuel ou comme pays est que ni dieu ni diable ni État ne pense à nous quand nous ne prenons pas soin de nous-mêmes.

Soyons le gardien de nous-mêmes, de nos proches, de nos semblables.

Haïti est disponible pour toutes les catastrophes, ne l'oublions jamais et en toute circonstance.

Frantz Duval, Le Nouvelliste 

 


Sunday, April 18, 2021

Réminiscence d’un Capois après la lecture du texte « Ne me parlez plus de Cap Haïtien » de Max Dorismond

Vue de la cathédrale du Cap-Haïtien
 

Mon cher Dorismond, 

Ne me parlez plus de Cap-Haïtien, ni de Port-au-Prince, ni de Saint-Marc,  ou des Gonaïves 

Nous cultivons les mêmes fibres d’intolérance envers les déchéances béantes de notre pays d’origine, peu importe le patelin où nous avons vu le jour où nous avons grandi… 

Je ne peux être que trop soulagé de découvrir un compatriote qui partage ma rage, mon dégoût et mon indignation 

Il m’est totalement impossible de vivre dans un passé 10 fois lointain de rêves et de locutions ostentatoires toutes faites qui ne reflètent pas la présente réalité du passé récent et du présent 

À mon retour du voyage de septembre 2004, j'ai publié quelques-unes de mes profondes déceptions, à chaque pas que je posais, l’accumulation des haut-le-cœur semblait me conduire lentement vers une crise cardiaque: 

- Vente de déjeuner (12:00) “nan brouet

- Des taxis dont le plancher nous permettait de voir la chaussée.

- Des rues défoncées, mal entretenues 

- Le marché Cluny débordant sur les trottoirs dans les quatre directions

- L’érection de hautes tours d’habitation en pleine ville au bon gré des bâtisseurs

- La mendicité rampante dans les rues et les officines publiques de façon   persistante     et harcelante

- Un avocat qui vous laisse comprendre que toute la structure sociale est corrompue

- Un autre qui vous confie sans la moindre réserve que tout ce qui est perçu comme progrès ici, tire sa source du trafic de la drogue

- Une Cathédrale, jadis resplendissante à l’œil nu qui, maintenant révèle des fissures qui font frémir

- Un hôtel de ville qui n’a de splendeur architecturale que ce qu’il faut de chaux colorée vive, style colonial rococo, pour tenir lieu de trompe-l’œil. Une fois à l’intérieur :  plancher de rez-de-chaussée blanchi comme une pelure de mangue, troué comme un fromage gruyère; un escalier casse-cou, recouvert occasionnellement d’un tapis rouge pour recevoir un invité de marque

- Des murs délabrés, sans la moindre photo-souvenir des lieux pittoresques ou historiques de la ville… Vous en voulez encore…

- De la pure déprime !  Des déchets médicaux humains jetés sur le trottoir de l’hôpital général. Et je vous fais grâce de plus de laideurs environnementales urbaines…

Le jour de ce fameux incendie, j’étais au Cap-Haïtien et parmi mes randonnées, je me suis laissé piquer par la curiosité; arrivé à l’entrée de l’institution sanitaire, j’ai refusé l’offre des autorités policières de pénétrer dans l’enceinte. 

La nouvelle petite bourgeoisie binaire (Lakaiy + diaspora capoise). Le péteur de tête choisit de jongler avec des hypothèses au moyen d’une littérature bidon qui ne trompe point les plus avertis. Idéologiquement, j'ai toujours été contre l’envoi simple de machineries et autres outils sans m’assurer d’un système de réparation et un réseau humain de techniciens de réparation; vos photos justifient et illustrent mes appréhensions. 

Passant forcément par Port-au-Prince, je n'en étais pas plus fier de la CAPITALE NATIONALE. Sur la route nationale No 1 (aller-retour), les récits rocambolesques ne manquent pas et cela explique pourquoi le tourisme intérieur privé ou public n’existe pas de façon organisée. Les villes des Gonaïves et de Saint-Marc, des haltes routières obligatoires assez pittoresques jadis, semblent être transportées du Moyen-Orient avec des écrans de poussière de 19 pouces de profondeur en termes de capacité de vision … 

En prévision du 350e anniversaire de la fondation du Cap-Haïtien, le défaut d’imagination s'est fait sentir selon qu’il s’agissait d’une initiative officielle émanant de la magistrature communale ou de la nouvelle petite bourgeoisie issue des écoles congréganistes. La grossière insulte : on s’est contenté de puiser ou de plagier dans les dossiers d’anciens établissements scolaires qui décrivent les origines coloniales de leurs locations (buts militaires), les plus grandes propriétés foncières accordées au cours des ans par nos gouvernements successifs. 

À passer en revue ce document audiovisuel, on dirait une production néocoloniale sous l’initiative d’un conglomérat d’agents consulaires français dont on s’est promis de ne pas froisser les intérêts dus à la valeur des données historiques privilégiées mises à la disposition du groupe... Une vraie apologie du Cap-Français ! Du Cap-Haïtien, si peu ! même très peu : évènements, personnages, sites de très rares références socioculturelles et artistiques qui ne correspondent point ou, à peine à la réputation ostentatoire qu’on véhicule sur ce milieu urbain depuis plusieurs décennies.           

Travail bâclé! Il y a un hiatus ! La déception, si elle est profonde et lamentable dans sa forme actuelle, celles et ceux qui avaient une occasion en or de faire œuvre de visionnement et de rupture avec un présent et un passé récent, ont manqué leur but .           

“La fière cité christophienne” restera un vocable démagogique vide de contenu que certains s’amusent à démolir et que d’autres ne savent point comment lui donner de la substance…

Jusqu’à nouvel ordre, Ne parlons plus de Cap-Haïtien, lorsqu’on ne sait pas comment et où tirer cette fierté régionale et qu’on a honte ou éprouve de la difficulté à l’intégrer dans un contexte juridico -culturel identitaire (haïtien) d’hier et d’aujourd’hui. Et cela tient pour toutes nos villes d’origine. 

Par : P.-E.T. (Pierre-Eddy Toussaint)



Wednesday, April 7, 2021

Ne me parlez plus de Cap-Haïtien

Cette façade cosmétique cache derrière elle la désolation
 


Par Max Dorismond 

Oh! Chers amis, par ces images, par cette détresse photographique, vous venez de couper d’un seul élan une corde sur laquelle je dansais depuis ma prime jeunesse. Je viens du sud, d’une presqu’île appelée pompeusement la Cité des poètes. Et pourtant, c’est la ville du Cap qui m’avait toujours ensorcelé, subjugué. Ne me demandez pas pourquoi, je l’ignore. Mais, dans ma tête d’adolescent, je m’en souviens encore, c’était le coin à découvrir, c’était la terre de mes muses. Je ne connais point la raison. Mais le Cap m’avait toujours fasciné. 

Je m’étais promis de le visiter au temps de mes études dans la capitale. Je me voyais déjà danser à Feu Vert, la plus invitante boîte de l’époque, la sirupeuse et tendre « meringue » interprétée par le célèbre Guy Durosier, « Septen tu vois la mer », dans les bras d’une éventuelle dulcinée. Rêve inachevé ou lubie d’adolescent, cette suave intention, malgré toutes les possibilités, ne pouvait à cette époque des années 60 se dessiner, même dans le noir, car le tourisme intérieur inexistant s’était transmué en « Tout-risque », avec la perspective d’être incarcéré comme un étranger suspect. 

Ainsi, ne pouvant se concrétiser, cet ardent désir s’était prolongé à l’infini, pour adorer dans tous mes rêves ce coin sublime et fascinant, aperçu une seule fois, de nuit, en allant à Ouanaminthe.           

La totale déception

Et puis, ce matin de mars 2021, sous un ciel morgue et pluvieux, cette vidéo, ci-annexée, offrant une vision apocalyptique de l'Hôpital Justinien de Cap-Haïtien, est venue incendier tous les souvenirs cumulés dans ma tête, de ce patelin, que j’avais imaginé paradisiaque, durant toute une vie, dans mes songes insensés. Quelle tristesse! C’est la fracture de l’espoir. 

Le personnel de l'hôpital Justinien de Cap-Haïtien en grêve

En visionnant les photos de ladite institution, avec les murs défraîchis et la peinture délavée de la section chirurgicale, dans la cour intérieure, je suis tombé des nues. Même l’hôpital de Port-au-Prince ne m’avait autant outragé en ce sens, car, avec le vol et le pillage de la caisse publique, je ne m’attendais pas à mieux. Mais, pour le Cap, ce fut une gifle à doubles mains, un choc sismique éprouvé, comme si cette région évoluait hors du casino royal. Dans mes utopies, je croyais encore que c’était le seul point d’Haïti où le germe de la corruption n’avait nullement pris racine. Mais, hélas, ce n’était qu’un rêve! 

Pourquoi ne changeons-nous pas le nom de l’île d’Haïti, une fois pour toutes, pour l’île-aux-Voleurs ? Les flibustiers dans leur tombe seraient heureux de cette reconnaissance. Au moins, leurs descendants ne les auraient pas tout à fait oubliés. Ce serait un retour de l’Histoire. 

Voir, par exemple, un malade perplexe, faisant fi brusquement de ses maux, prendre la fuite, les pieds nus, pour se protéger de la pluie à l’intérieur même de la bâtisse, où le ciel lui tombait sur la tête, m’a profondément chiffonné. Voir les murs suant le miasme et la crasse vermoulue n’est pas une invitation à récupérer la vie, mais un rendez-vous à rencontrer «Baron Samedi » avant le jour J. 

La brutale réaction

À dire vrai, je ne veux point prêcher la violence, mais je crains de nous voir arriver déjà à ce carrefour, pas trop lointain. Depuis des temps immémoriaux, nous déchirons notre chemise sur la place publique pour réclamer un sursaut de sérieux, un peu de commisération pour les damnés de la nation au nombre de 11 119 950 

Par contre, j’invite mes lecteurs à appuyer sans réserve le personnel médical de l’hospice en grève pour mettre les dirigeants incompétents aux doigts trop longs devant les devoirs de leurs charges : respecter au moins la dignité des Capois. 

Avec cette vidéo explosive, n’importe quel citoyen, ayant le sens du devoir, aurait pu prendre les armes pour foutre le chaos dans ce bordel à ciel ouvert, à faire rager l’honnête Haïtien. C’en est trop. Et puis, à chaque instant, ces prédateurs exultent dans des exhibitions carnavalesques : Cayes, Jacmel, Port-de-Paix, s’il ne faut citer que ces régions. Merde alors! Où plaçons-nous la priorité? De plus, ils ont le culot d’inviter la diaspora à investir, avec des slogans tonitruants : « Haïti open for business ». Pourtant en débarquant au pays, cette dernière ne verrait au premier coup d’œil que cette fatale et surprenante formule : « Haïti open for death ». 

À la première diarrhée, le congénère de retour serait confronté à un double dilemme : une dysenterie, plus la phobie d’aller coucher dans ces lits rebutants, qui déshonorent le terme « Hôpital » dans son intégralité. 

La mort d’un rêve

Adieu, vieille cité capoise! Comme le poète-orphelin, à titre de fils adoptif, je t’ai longtemps bercée, dans mon cœur et au tréfonds de mon âme, tant tu m’avais envoûté. Mais, j’ai fait litière de ce lien pour ne plus te revoir, même dans mes rêves les plus fous.

 

Max Dorismond






Note

1 – Divinité vaudouesque annonçant la mort. « C’est le lwa des morts, l’esprit de la mort et de la résurrection. Il se trouve à l’entrée des cimetières et se met sur le passage des morts vers la Guinée ». (Src. Wikipédia).

2 - Selon les statistiques officielles de 2018, Haïti comptait 12 120 000 habitants. Ici, sauf une cinquantaine d’individus peut se payer le luxe d’une clinique privée.   

Saturday, November 18, 2017

Ce 18 novembre 2017, Jovenel Moïse remobilise les Forces armées d’Haïti.

Ce 18 novembre, à l’occasion du 214e anniversaire de la bataille de Vertières, les quelque 150 militaires formés en Equateur ont défilé dans la deuxième ville du pays, le Cap-Haïtien. Il s’agit de la première parade des Forces armées d’Haïti remobilisées par Jovenel Moïse.
Le président Jovenel Moïse dépose une gerbe de fleurs à Vertières
Le locataire du palais national a d’abord rapporté l'arrêté du 6 janvier 1995, qui avait créé une commission de restructuration des forces armées, et celui du 6 décembre 1995 portant dissolution de la force de police intérimaire et consacrant l’existence d’une seule force de police nationale sur tout le territoire de la République.

Jodel Lesage, 63 ans
Lieutenant-Général
(par intérim)
Dans un autre arrêté présidentiel, le chef de l’État a mis sur pied un commandement intérimaire pour le rétablissement des Forces armées d’Haïti composé de six membres : le commandant en chef intérimaire; l’assistant commandant en chef intérimaire; l'état-major général intérimaire ; l’inspecteur général intérimaire ; l’adjudant général intérimaire et enfin l'état-major personnel intérimaire du commandant en chef intérimaire.
Jodel Lesage est le commandant en chef intérimaire. Il va travailler avec d’autres concernés sur la formation du haut état-major de l’armée.Pour le nouveau lieutenant-général, le retour des Forces armées est une nécessité historique, parce que, a-t-il rappelé, c’est l’armée qui a engendré l’État d’Haïti

Sources combinées y compris le Nouvelliste

Un reportage en vidéo avec nos confrères de Tripotaj Lakay

 



Monday, March 14, 2016

Rétrospective sur le tremblement de terre de 1842 au Cap-Haïtien (Haïti)

Une tranche d'histoire d'Haïti - (L'événement de 1842) 
Par Julmiste Manius 
Entrée principale de la ville du Cap-Haïtien
Le samedi 7 mai 1842, un violent tremblement de terre que l'on considère comme la plus grande catastrophe naturelle de son histoire frappait la République d'Haïti. Ressenti dans presque toutes les parties de l'île, cet épouvantable séisme allait détruire toutes les villes de sa côte atlantique et anéantir en un moment des agglomérations comme le Môle Saint-Nicolas, Port-de-Paix et Fort-Liberté. Les secousses, qui durèrent environ six minutes, firent également des dégâts à Port-au-Prince, à Saint-Marc et aux Gonaïves, mais la ville la plus touchée du pays sera le Cap-Haïtien, l'ancienne capitale de Saint-Domingue qui, d'un seul coup, fut réduit en cendres. C'était alors une cité florissante qui prospérait par son négoce maritime, une ville pleine de vie et de mouvement dominée par une classe de grands planteurs opulents et par un non moins fastueuse bourgeoisie d'affaires.

Juste avant la catastrophe, le Cap était encore considéré, avec New Orléans et Québec, comme l'un des trois principaux centres commerciaux et culturels de l'Amérique francophone.

Les images  rétrospectives du tremblement de terre de 1842 au Cap-Haïtien (Haïti 


La ville n'est pas grande mais elle est très bien tracée,
                     
John Candler, l'auteur d'un Brief notices of Hayti, un ouvrage publié peu de temps avant la destruction de la ville, rapporte que le Cap lui paraissait assez semblable à Saint-Pierre de la Martinique avec 27 rues orientées d'est en ouest et coupées à angle droit par 19 autres allant du nord au sud. Candler décrit aussi les maisons, d'immenses bâtisses dont les rez-de-chaussé sont occupés par des commerces, des étables ou des entrepôts alors que les familles résident dans les deux ou trois étages supérieurs. John Candler Brief notices of Hayti, un ouvrage publié peu de temps avant la destruction de la ville.

Dans ses Mémoires encore inédits, mais dont quelques extraits ont été publiés en 1942 grâce aux soins de son neveu, M. Elie Lambert, l'écrivain et homme d'État haïtien, Demesvar Delorme, un témoin direct de la catastrophe, parle du Cap comme d'une «ville de politesse, de manières recherchées, quintessenciées même, raffolant du roman, du chevaleresque, aimant les épiques récits de galantes aventures, comme l'Espagne de Cervantès».

Le Paris de Saint-Domingue
L'église de Milot, détruite elle aussi par le tremble
ment de terre a été restaurée vers les années 30  
                                                                      
Même après la chute du royaume de Christophe, le Cap-Haïtien qui disputait encore à Port-au-Prince l'hégémonie financière et intellectuelle d'Haïti, ne le cédera vraiment à sa rivale qu'après le tremblement de terre de 1842. En un moment, cette ravissante cité de pierre avec ses édifices, ses belles demeures, ses vastes entrepôts, ses riches commerces et tous ses superbes monuments coloniaux qui en faisaient le Paris de Saint-Domingue, (si finement décrit par Victor Hugo dans Bug-Jargal) se trouvèrent anéantis. On estime généralement à cinq mille le nombre des victimes ensevelis sous les décombres, soit presque la moitié de la population de la ville.

Demesvar Delorme
Demesvar Delorme jouait aux billes avec son frère, lorsqu'il remarqua que certains des soldats qui défilaient lors de la parade du samedi trébuchaient et tombaient de façon assez grotesque. «Un bruit sourd, nous dit-il, un grondement lointain, lugubre, comme sortant d'un gouffre profond se fait entendre du côté de l'est. [...] Nous chancelons, mon frère et moi tombons aussi. Le mur de la caserne au nord s'ébranle et tombe presque en même temps que nous. [...] Le clocher de la cathédrale que j'avais en face se mit à balancer dans l'air, les cloches sonnant à route volée en carillon sans rythme, sinistre, un glas horrible. Le clocher s'écroule, les parties hautes les premières. Puis l'église s'abat, et toutes les maisons environnantes, et toutes les maisons que je voyais, et enfin la ville entière. Tout cela avec un bruit sans nom, grondant au milieu d'une buée épaisse sortie des murailles brisées et qui s'épaississent de plus en plus était devenu un nuage noir, lugubre, comme ceux des grosses tempête sur mer, et bientôt sillonnée comme eux de lueurs rouges, ardentes, agitées en tous les sens».

La cathédrale Notre Dame a été restaurée en 1942,
cent ans après son écroulement sous le gouverne-  
ment d'Elie Lescot.                                                   
Après la catastrophe, Delorme nous dit comment il se rendit en vitesse chez ses parents où l'on commençait à peine à se réjouir du fait que personne n'avait péri, lorsqu'un de ses oncles maternels vint aux nouvelles avec ses vêtements maculés de sang. L'oncle s'empressa de leur expliquer qu'il s'agissait du sang d'une infortunée marchande du marché communal qu'il venait d'aider à dégager des décombres après qu'elle eut reçu une poutre sur les jambes. Peu après, tous les membres de la famine Delorme se rendaient au Champ-de-Mars. C'est sur cette grande place ou cinquante ans auparavant Sonthonax proclamait la liberté des esclaves de Saint-Domingue qu' ils passèrent la nuit à la belle étoile pendant que les incendies faisaient rougeoyer la ville tout autour d'eux. En effet, comme le séisme était survenu à l'heure où l'on préparait le repas du soir, les feux de cuisine n'avaient pas tardé à transformer les ruines en un immense brasier.

La population, épouvantée par les répliques intermittentes qui durèrent au-delà d'un mois, ne dormait plus que dans la rue, sur les places publiques ou encore dans l'édifice miraculeusement épargné abritant l'ancien opéra royal de Christophe. (Aujourd'hui loge maçonnique l'Haïtienne). Le petit Demesvar, il était alors âgé de 11 ans, nous dit qu'à son réveil, au lendemain du cataclysme, il vit arriver le gérant de l'habitation de ses parents sur un cabrouet tiré par des bœufs. Il venait les chercher dans cet équipage pour les conduire avec armes et bagages à la campagne ou ils allaient vivre désormais.

L'événement
Les vestiges du palais de Sans-Souci sévèrement
endommagé par le tremblement de terre de 1842 
Le Cap-Haïtien porte aujourd'hui encore les nombreux stigmates de cet affreux tremblement de terre que par euphémisme, ses habitants appelleront «l'événement». La cathédrale du Cap, un imposant édifice de style néo-classique, ne sera entièrement restaurée que cent ans après son écroulement, en 1942, sous le gouvernement d'Elie Lescot. Le séisme n'épargna pas la Citadelle et infligea des dommages irrémédiables au palais de Sans-Souci, dont la chapelle sera cependant fidèlement reconstruite sous l'administration de Stenio Vincent. Au fait, tout le patrimoine bâti de la ville a été anéanti au moment du tremblement de terre de 1842 et le Cap contemporain n'est que la reproduction architecturale du premier.

Aucune de ces imposantes résidences de deux ou trois étages n'ont résisté à la force du séisme et la nouvelle ville a été construite sur l'épaisse couche de gravats de l'ancienne. Signalons que la ville coloniale avait été édifiée avec l'ardoise, la tuile, la pierre de taille, le granit ainsi que d'autres matériaux nobles arrivant de France, plus particulièrement des environs de Nantes et de La Rochelle. Il va sans dire que des fouilles archéologiques seraient extrêmement instructives sur l'aspect matériel de la cité détruite et du mode de vie de ses habitants.

La ville se trouve sur la côte ouest de la baie du 
Cap-Haïtien, à l'embouchure de la rivière Haut-du
-Cap et est dominée par le morne Jean qui culmine
à 718 mètre d'altitude. (Cliquez pour agrandir)    
Pour en revenir au désastre de 1842, il n'est peut-être pas inutile de rappeler que les Capois affrontèrent seuls toutes ces grandes épreuves morales et matérielles qui les accablaient. Après «l'événement» en effet, aucun secours ne fut organisé par les autorités haïtiennes et aucune assistance ne parvint non plus de l'étranger. Il faudra attendre 1844, pour que le gouvernement haïtien, après une visite du président Philippe Guerrier, accorde cinquante mille gourdes à la ville qui serviront à reconstruire le quai et à déblayer les rues de leurs décombres. Pendant tout le XIXème siècle et au-delà, la ville restera parsemée de ruines familièrement appelées «masures» ou «cailles boulés», vestige de la catastrophe de 1842.
  
Ce n'est que vingt-cinq ans plus tard qu'une nouvelle prospérité allait permettre la lente reconstruction du Cap, mais en 1842, Haïti perdait sa deuxième ville en importance, une ville brillante, un centre économique florissant qu'elle ne retrouvera peut-être jamais tout à fait.

Vingt-cinq ans plus tard Haïti perdait sa deuxième ville en importance

Vue panoramique de la ville du Cap, Au premier plan le 
centre-ville et la cathédrale. Sur la droite, la ville se pro
longe vers la barrière bouteille. Une partie de l'aéroport
 est visible au fond.                                                  
Selon la tradition, le président Jean-Pierre Boyer, en apprenant la nouvelle du désastre aurait déclaré à son entourage: «Enfin! Ce nid de conspirateurs a cessé d'exister!» Signalons par ailleurs que, par crainte d'épidémie, le Cap fut mis en quarantaine. Tout son trafic maritime fut détourné vers la ville des Gonaïves qui connut depuis un tel essor qu'elle est devenue aujourd'hui la quatrième en importance de la République d'Haïti.

Parmi les nombreuses victimes du terrible tremblement de terre de 1842 on compte le célèbre poète et journaliste Jules-Solime Milscent, le fondateur de L'Abeille Haytienne, la première revue littéraire et politique d'Haïti. Fils d'un colon et d'une négresse libre, il était né en 1778 à la Grande Rivière du Nord.

Une adaptation de Haïti Connexion Culture


Quelques images de la ville du Cap-Haïtien
avec ses maisons  de type colonial
L'ancienne capitale économique de Saint-Domingue, alors appelée Cap-Français, a gardé sa physionomie avec ses rues tirées au cordeau, ses belles demeures pour beaucoup reconstruites après 1842.





La Citadelle La Ferrière de Milot est un ouvrage militaire construit au début du XIXe siècle en Haïti par Henri Christophe. C'est la plus grande forteresse des Caraïbes : à 900 mètres d'altitude, elle se trouve à 15 km au sud de Cap-Haïtien, dans le département du Nord d'Haïti.
La forteresse est construite après l'indépendance en 1804 pour défendre la partie nord de l'île d'Haïti contre un éventuel retour des Français. 20 000 personnes participent aux travaux de construction qui durent quatorze années. Il est à noter que 2000 de ces travailleurs périssent au cours de la construction. Ce « sang mélangé au mortier de l'édifice » est la cause de la solidité de la Citadelle, selon les guides touristiques Haïtiens.
Les bâtiments ont été en partie détruits par le tremblement de terre de 1842. Le Parc national historique - Citadelle, Sans Souci, Ramiers est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1982. Des travaux de reconstruction, menés par l'Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN) ont permis de sauvegarder des éléments de cet ensemble.
Une plaque a été déposée vers 1990 pour rappeler aux Haïtiens visitant ce lieu que le roi Henri Ier, qui s'était suicidé le 8 novembre 1820 au palais de Sans-Souci, a été enterré en sa Citadelle. Ce lieu a une valeur patriotique importante aux yeux des Haïtiens.




Labadie est la plus grande et la plus belle station balnéaire du pays. Très réputée pour ses activités nautiques, pour les croisiéristes du monde entier. Cette station touristique est louée à la Royal Caribbean International par l'État haïtien depuis 1985. Royal Caribbean International fournit ainsi la plus grande contribution aux revenus touristiques d'Haïti depuis 1986, employant 300 locaux, et permettant à 200 autres de vendre leurs produits sur le site. Elle paye à l'État haïtien 6 USD par touriste. Le nom de Labadie vient du marquis de La Badie qui était propriétaire des lieux au XVIIIe siècle




Dans une petite crique, en face du village, se trouve un petit hôtel peu fréquenté. On peut y passer la journée, manger du poisson grillé ou de la langouste et se prélasser sur la plage. Si l’on désire aller visiter le village, il suffit de héler un bateau taxi.