Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Showing posts with label Haïti. Show all posts
Showing posts with label Haïti. Show all posts

Tuesday, November 18, 2025

Haïti: De Vertières à la Coupe du monde - Une victoire qui réveille la mémoire

Par Hervé Gilbert

Il y a des dates qui ne vieillissent pas. Elles ne s’effacent ni dans les discours ni dans les cœurs. Le 18 novembre fait partie de celles-là. En 1803, elle a donné naissance à l’idée haïtienne de liberté. En 2025, elle a rappelé que malgré les blessures, Haïti sait encore se lever.

Cette date n’est pas seulement une commémoration : c’est un battement de cœur national. C’est le jour où, sur le champ de Vertières, une armée composée d’anciens esclaves, de paysans et de soldats improvisés a déjoué l’un des plus puissants régimes militaires du monde, faisant naître l’idée haïtienne de dignité et d’existence.


Ce 18 novembre 2025, le pays a vécu une autre émotion, dans un autre registre, mais portée par le même élan intérieur. Ce soir, les Grenadiers ont fait plus que se qualifier pour la Coupe du monde : ils ont réveillé une fierté longtemps enfouie. Une victoire sportive, certes, mais surtout une victoire symbolique — presque philosophique : celle d'une nation qui, malgré ses douleurs, trouve encore la force de se célébrer.


Une équipe en exil, mais jamais sans drapeau



La qualification n’a pas été facile. L’équipe nationale a joué loin de ses terres, privée de stade, de public, parfois même de repères. Une sélection en exil, contrainte de représenter un pays que beaucoup regardent avec inquiétude ou compassion, rarement avec admiration. Pourtant, match après match, la conviction est née : l’Haïti du football n’était pas seulement une équipe — elle était une résistance.

Le match décisif, disputé loin du sol national, fut comme un écho de Vertières : silence, tension, incertitude… puis explosion de vie. Une victoire 2-0, modeste sur le papier, mais immense dans sa portée. Ce soir , les supporteurs n’ont pas seulement célébré un score — ils ont célébré une preuve : Haïti existe encore — et dans l’avenir.


Et c’est précisément cette coïncidence qui donne à l’événement sa force symbolique. Ce 18 novembre, deux siècles après le combat fondateur, le pays a connu une autre forme de victoire — pacifique, collective, mais chargée de la même idée : se lever face à l’impossible.


Dans les rues défoncées de Port-au-Prince, du Cap-Haïtien, dans les quartiers de Montréal, Miami, Paris ou Santiago, diaspora et pays se sont rejoints dans le même souffle. Dans les radios communautaires, sur Facebook, Instagram, TikTok, dans les salons populaires et les familles dispersées, une phrase revenait : « Vertières encore ». Ce n’était pas une nostalgie. C’était une continuité.


Cette victoire ne change pas tout. Mais elle change quelque chose. La qualification à la Coupe du monde ne résoudra ni l’insécurité, ni la pauvreté, ni l’exil. Mais elle réveille quelque chose de précieux : la conscience que malgré ses blessures, Haïti n’a pas dit son dernier mot.


Cette victoire, à la frontière du sport et de la mémoire, ne fabrique pas de trophées — elle fabrique des regards. Elle transforme la perception que les Haïtiens ont d’eux-mêmes, et c’est peut-être là le premier pas de toute renaissance.


Vertières fut une conquête militaire. Cette qualification est une conquête symbolique. Mais toutes deux se rejoignent dans une même idée :Haïti ne renonce jamais.


Hervé Gilbert



Tuesday, May 13, 2025

Haïti n’est pas la misère du monde, mais la mémoire du monde

 Face à l’ignorance blessante et aux préjugés tenaces, il est des voix qui se lèvent avec dignité et mémoire. Dans une lettre ouverte, Marlène Chouloute-Hyppolite, enseignante haïtienne à la retraite, répond avec fermeté et érudition aux propos méprisants de Rémi Villemure tenus à l’égard d’Haïti. Elle rappelle, faits à l’appui, l’histoire occultée d’un peuple trahi, pillé, mais toujours debout. Une mise au point nécessaire, à la croisée de la mémoire, de l’indignation et de la vérité historique. hgttawa,

 ---------------------------------------------------------

Ottawa, le dimanche 11 mai 2025
Lettre ouverte à Monsieur Rémi Villemure

Monsieur Villemure,

J’ai écouté avec attention et indignation les propos que vous aviez tenus à la suite de l’entrevue que Mme Anne-Marie Dussault avait accordée à Dany Laferrière à l’émission 24/60, le 8 avril 2025. Au cours de cette entrevue, Dany Laferrière avait réagi sur la phrase suivante: « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde » prononcée par le Ministre de l’Immigration, monsieur Jean-François Roberge.

J’ai eu aussi l’occasion d’entendre la réponse que vous aviez donnée à Dany Laferrière, à l’émission de madame Sophie Durocher. Vous pouvez critiquer Dany Laferrière. C’est votre droit. Cependant, je regrette que vous n’ayez pas pris le temps de vous informer sur ce pays qu’est Haïti et sa glorieuse histoire avant de répondre à Dany Laferrière.

Si vous aviez effectué un minimum de recherche, vous auriez su que ce peuple, devenu l’objet de mépris de certains dirigeants des États-Unis aussi bien que ceux d’autres pays dans le monde, n’avait jamais hésité à prêter main forte à d’autres pays de la planète. Vous avez crié haut et fort: « Haïti est probablement le pays le plus foireux parmi les 192 pays de la terre, c’est un pays qui ne progresse pas, qui n’avance pas... ». Il en est ainsi parce que les Konze (traîtres à la nation) sont responsables de la majorité des problèmes d’Haïti. Ils n’ont jamais cessé de collaborer avec les dirigeants de certains pays au détriment du peuple haïtien.

Si, selon vous, Dany Laferrière est méprisant, quant à vous, vous êtes irrespectueux envers tout un peuple et tout un pays.

Si Dany Laferrière avait mentionné au ministre de l’Immigration, Monsieur Jean-François Roberge, toutes les raisons pour lesquelles le peuple haïtien est devenu l’un des peuples les plus misérables du monde, vous n’auriez probablement rien à lui reprocher.

Dany Laferrière aurait pu expliquer à M. Roberge, qu’après avoir acquis son indépendance au prix du sang en l804, Haïti avait subi et subit encore toutes sortes d’injustices. De plus, nous avions dû payer une rançon de 150 millions de francs-or à la France en reconnaissance de notre indépendance. Pour ce faire, Haïti a contracté des prêts auprès des banques françaises. 

Cette dette, nous la désignons sous le titre: La double dette de l’indépendance. (Voir Le Devoir du 16 avril 2025). Quand le président Jean-Bertrand Aristide osa demander la restitution de cette somme, il a été renversé du pouvoir par les États-Unis et la France puis, il était contraint à vivre en exil en Afrique du Sud jusqu’à son retour au pays le 18 mars 2011. Selon Thomas Piketty: « La France doit 30 milliards d’euros à Haïti et devrait lancer des discussions sur les modalités de restitution » (Le Monde, 9 mai 2025).

Saviez-vous que « le 17 décembre 1914, les Marines américains [sic] dévalisent, armes à la main, la Banque Nationale d’Haïti. Ils emportent toutes les réserves en or et en devises et les transportent […] à la National City Bank of New York. »? (Réf.: Essai sur l’Histoire économique d’Haïti de 1941 à nos jours). Ce forfait s’est produit 7 mois avant l’occupation d’Haïti par les États-Unis, le 15 juillet 1915. Je vous conseillerais de consulter les différents éditoriaux de M. Guy Taillefer dans le quotidien Le Devoir. Vous avez intérêt à apprendre de lui. Je cite entre autres: Haïti: le pays dépossédé! Opinion de Guy Taillefer. « Le développement d’Haïti n’a jamais été entre les mains des Haïtiens eux-mêmes…» De plus, saviez-vous que de nos jours, toutes les armes que les terroristes utilisent en Haïti proviennent des Etats-Unis ou encore passent par la République dominicaine? Alors que l’État haïtien n’a pas le droit de commander des armes. Que disent les puissants pays de la terre à ce sujet? Rien! La presse canadienne analyse rarement le fond de la situation.

Si nous sommes la misère du monde, ce sont sûrement les conséquences des mauvais traitements que nous avions reçus des pays qui prétendent nous aider, sans oublier la complicité des chefs d’État haïtien choisis par certains dirigeants internationaux qui influencent ou modifient les résultats des élections.

Saviez-vous que le Canada avait joué un rôle clef dans le coup d’État de 2004 en Haïti alors que le pays devait célébrer les 200 ans de son indépendance? Selon Michel Vastel de la revue l’Actualité, publiée en date du 15 mars 2003: « Il faut renverser Aristide. Et ce n’est pas l’opposition haïtienne qui le réclame, mais une coalition de pays rassemblée à l’initiative du Canada ».

En fait, Monsieur Villemure, partout, sur notre planète, où les peuples opprimés essaient de prendre leur destin en main, les dirigeants des nations les plus puissantes ont toujours fait obstacle à leurs efforts et ont même participé à l’assassinat de certains de leurs leaders. Ce fut le cas de Maurice Bishop pour l’île de la Grenade, Patrice Lumumba pour le Congo (Zaïre), Steve Biko pour l’Afrique du Sud, Thomas Sankara du Burkina Faso, etc.

Au cours des années 1960, quand les Noirs des États-Unis d’Amérique réclamaient leurs droits, certains de leurs leaders ont été, eux aussi, assassinés. Citons, parmi les cas les plus connus, l’assassinat de Martin Luther King et celui de Malcom X.

Ainsi, M. Villemure, c’est seulement quand les nations les plus puissantes cesseront de déstabiliser ces pays dont le sous-sol regorge de minerais précieux que leurs citoyens cesseront de frapper à leur porte pour essuyer toutes sortes d’humiliations. À ce moment-là, les pays riches, comme le Canada, cesseront d’accueillir toute la misère du monde à leur porte. Pour qu’il y ait un vrai changement dans le monde, il faut que ces pays acceptent de négocier équitablement avec les pays qui possèdent les ressources au profit du bien-être de leur population.

De plus, les déplacements migratoires ont toujours existé sur notre planète pour construire les richesses des pays d’accueil. On doit se le rappeler: Le Canada est un pays construit sur la migration. Au cours du 19e siècle, les Européens sont arrivés massivement dans le Nouveau Monde (l’Amérique), parce qu’ils fuyaient la grande famine qui sévissait en Europe et ils ont dépossédé les Autochtones de leur terre. Ainsi, il en sera autrement, le jour où les nations parviendront à mieux gérer les ressources de notre planète.

Veuillez agréer, Monsieur Villemure, mes salutations distinguées.

Marlène Chouloute-Hyppolite
Enseignante d’origine haïtienne à la retraite

Wednesday, May 7, 2025

Haïti : paradis des corrompus, enfer des justes

Réflexion d’un compatriote sur Haïti à partir d’un discours d’Ibrahim Traoré

Par Lemarec Destin 

Ibrahim Traoré

Pour faire suite à ce que je venais d'écrire sur Whatsapp, voici le type de dirigeant dont notre pays a besoin. Écoutez le discours du président Ibrahim Traoré et les programmes qu'il a mis en route sous sa gouverne au Burkina Faso, en peu de temps par les propres moyens du petit pays. 

Chez nous en Haïti, il faudra penser d'abord au relèvement socioéconomique de la population, sans démagogie et les discours fallacieux de toujours, avec des gens "capables et compétents " en créant des moyens pour y parvenir avec l'argent du pays collecté à travers ses différents organismes d'État, tels que: DGI, APN, les douanes frontalières, l'argent collecté dans les marchés régionaux et locaux, les taxes collectées du secteur commercial, les taxes provenant de nos propres activités commerciales, etc... Non pas comme cela se fait en Haïti depuis longtemps, depuis trop longtemps même et encore aujourd'hui. 

Et la remarque la plus drôle que vous découvrirez dans ma réflexion c'est qu'il s'en trouve parmi nos compatriotes ceux qui vont déchirer leur chemise afin de garder intacte la façon dont le pays est dirigé depuis plusieurs décennies. Parce que le statu quo qui se trouve actuellement dans sa phase de putrescence fait davantage leur propre affaire, favorise les gains faciles, au détriment d'un aller mieux qui serait le moindrement profitable à la majorité qui souffre en silence. Bien souvent, ces fossoyeurs de pays répètent avec une certaine arrogance : << leù'm tal lekòl, se pat't anba ban-an non mwen te ye >>. Comme si aller à l'école c'était pour apprendre comment on vole l'argent de l'État, comment on innove la corruption, comment on entretient le népotisme, comment on apprend à ne pas respecter les lois, etc... 

Je sais que ce point de vue ne passera pas partout même en diaspora, il n'est pas recevable dans certains milieux, il ne fera pas l'unanimité chez la plupart de nos compatriotes qui pourtant sont les premiers à chanter: << HAÏTI chérie, pi bon peyi pase wou nan pwen >>. Ils disent comme tout le monde qu'ils veulent du changement. De quel changement parlent-ils au juste? La situation, telle qu'elle est les favorise. Une situation qui permet à un fonctionnaire d'avoir 5, 6 ou même 7 chèques reçus de différents ministères chaque mois pour du travail-bidon. Dis-moi cher frère comment est-ce possible de travailler à 7 postes différents? À l'école où tu as été, cher camarade, tu n'avais jamais entendu que par ta probité, ta rectitude et par ton travail réel tu pouvais également rendre Haïti prospère, développée et respectée? 


Par ailleurs, certains citoyens sont littéralement médusés la semaine dernière en prenant connaissance par le truchement des médias sociaux les émoluments faramineux, les avantages monétaires supplémentaires et les frais exorbitants alloués à nos neuf membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Que d'horreurs dans un pays déjà exsangue et dont les ressortissants ne connaissent que des calamités de toutes sortes tant en Haïti qu'à l'étranger! 

Haïti, pourra-t-elle changer avec de telles conceptions de gouvernance, jumelées avec un système d'organisation sociale malade, sclérosée ? Paraphrasant un journaliste québécois, je dirai que la société haïtienne souffre d'un dangereux durcissement de ses artères sociales. Cette façon élégante de dire les choses sied bien à ce qui se voit et se vit dans mon pays d'origine si l'on veut parler net. Et c'est là que se situe l'une des jugulaires de ses maux, semblable à une maladie insidieuse dont les effets destructeurs sont généralement silencieux mais que la maladie progresse et fait des ravages dans l'organisme, en attendant qu'elle se manifeste au grand jour un beau jour. Dans la vie de tous les jours, ce système social ou bien son effet a le pouvoir de colorer, d'orienter, de discriminer, d'orienter, de déterminer et est souvent présent certainement dans la distribution des emplois ou dans la signature de contrats à des firmes privées.

Dans l'éventualité d'une cure en profondeur de cette maladie qui agit comme un cancer dans la société haïtienne, il faudra consentir à lâcher graduellement <<certains petits privilèges >> quasi-insignifiants afin de pouvoir recueillir de plus grands dividendes de vie, de bien-être, collectifs cette fois-ci. 

Par une certaine déformation héritée du milieu ambiant, on se réfère toujours à tort aux seules classes supérieures lorsqu'on parle de privilèges. Non, pris dans son acception générique la notion de privilège dont nous parlons ici dans le cas d'Haïti s'irradie à travers tout le corps social touchant, à des degrés divers il est vrai, toutes les couches sociales. Quand nous parlons de privilèges ici, il n'est pas demandé dans cette réflexion de pratiquer la vertu un peu à la Saint-Augustin, mais bien de lâcher prise quelque peu sur le non-essentiel afin de pouvoir gagner davantage sur d'autres aspects de la vie sociale. Sinon, << nous continuerons à créer nos propres monstres>>. Nous ne pouvons pas à l'heure actuelle faire semblant de ne pas voir, de ne pas comprendre ce qui se passe là-bas. Nous ne pouvons pas tourner le regard. 

À vouloir s'entêter à garder vissé le couvercle de la marmite qui bout sur le feu, l'explosion de celle-ci finalement causera d'inimaginables dégâts matériels et même humains, blessures ou brûlures au 3e degré, des traumatismes et séquelles physiques et psychologiques importants à tous et à toutes vivant dans l'aire de l'explosion qui peut avoir un rayon d'action très étendu. Ainsi en tant que société, si nous persistons dans notre << aveuglement volontaire >>, à ignorer les clignotants assez visibles de la situation, si collectivement nous refusons de souscrire à cette exigence fondamentale qui est un <<MUST>>, afin de sauver le pays nous ne pouvons humainement prévoir l'issue de ce drame qui s'annonce avec persistance. Nous continuerons à nous enfoncer davantage dans l'abîme où nous sommes actuellement plongés, si le modèle de gouvernance adopté depuis longtemps ne subit pas un changement de paradigme, un véritable <<remake>>. << Il n'y a de pire eau que l'eau qui dort >>, écrivait T. S. Ashton. Ce système a fait son temps. 

Et pourtant, nous avons un si beau pays qui n'est pas encore cultivé, irrigué et développé à sa pleine capacité, ne cessent de nous le confirmer des études très sérieuses, réalisées par des spécialistes réputés et éprouvés au sein d'organismes de renom tels que : l'OCDE, la Banque mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement (la BID), entre autres. En dépit de la calamité causée par la soldatesque sauvage et criminelle des gangs, le pays dispose néanmoins d'une autre grande richesse: sa jeunesse nombreuse, éveillée, dont la moyenne d'âge est seulement de 22 ans, sans compter plusieurs vivant en diaspora désirant, lorsque la paix sera revenue et qu'un plan sérieux de redressement s'enclenchera véritablement, venir offrir leurs services à cette mise en route de la machine qui tarde à démarrer. Et pourquoi pas, avec leurs connaissances techniques, commerciales, d'entrepreneurship, avec leur argent et de l'expérience acquise à l'extérieur, leurs contacts, venir y créer leur propre entreprise? 

En dépit de ces calamités de toutes sortes que connaît la mère patrie piétinée, humiliée, à genoux, tout n'est pas perdu. Il y a quand même des Haïtiennes et des Haïtiens qui ne veulent pas perdre ce pays qu'ils adorent tant et qui les habite de façon presque maladive.

Que vive Haïti ! 

Lemarec Destin

Ce 7 mai 2025

 

 

Wednesday, April 30, 2025

SVP… Évitez de faire rire les oiseaux d’Haïti

Pour de plus amples informations, voir les vidéos ci-jointes en notes

Par Max Dorismond 

En cette période cruciale pour cette île des Caraïbes, on se perd en conjectures, ne sachant quoi penser, ignorant quelle prière réciter pour rectifier la fatale et funeste trajectoire qui conduit Haïti vers un triste sort. 

La semaine écoulée, j’ai eu l’occasion de lire quelques intéressantes lettres adressées au CPT (Conseil Présidentiel de Transition), communément appelé «Ti Transit» par les loustics. Ces documents, qui ne tournent pas autour du pot, ne réclament ni plus ni moins que la démission de ce club tentaculaire après une année d’existence sans l’ombre d’une résolution de paix pour le peuple. 

Demande irréaliste, s’il faut en tout et pour tout reconsidérer la tradition. Connaissez-vous, tout en jetant un regard rétrospectif sur l’histoire de ce coin de terre, un chef d’État qui avait déjà remis volontairement l’écharpe présidentielle pour incapacité ou incompétence? Continuez de rêver, frérot! Dans le passé, aucun d’entre eux n’avait jamais exaucé les ambitions du diable. Allez voir pour les neuf mongols d’aujourd’hui qui caressent en catimini et mutuellement le fantasme d’un CPT à vie. 

Les observateurs critiquent ces privilégiés pour leur inaction, leur impuissance à désamorcer le drame  appréhendé dans un pays, ankylosé par l’insécurité. Quant à leur train de vie royal, on rentre en plein dans la démesure : voyages internationaux farfelus, salaires mirobolants, plans budgétaires fantasmagoriques, alors que toutes les institutions étatiques sont en proie à la déconfiture. 

Juste à titre d’exemple, le Parlement est dysfonctionnel. Ne siège nul député, ni sénateur, mais un budget faramineux1 a été alloué à ce corps fantomatique. Trouvez l’erreur! Ce ne sont que des Ali Baba en puissance. Même les singes refusent de croire que ces gens-là descendent d’eux.

Dans la première semaine d’avril, le Canada est entré en élection. Les candidats de l’opposition reprochent à l’ancien gouvernement Trudeau ses dons somptuaires en aides internationales. En un clin d’œil, sur la télévision, aux nouvelles de 18h, j’ai vu défiler sur l’écran le nom d’Haïti qui aurait bénéficié de 172000000,00 $. C’est à tomber des nues! 

Et de là, à comprendre l’incompréhensible, il n’y a qu’un pas. La vanne de Petro Caribe est bel et bien fermée, c’est au tour des 9 larrons de ne laisser passer aucun penny. Ils n’en ont cure de la détresse du peuple. Pourvu que leur besace soit remplie, le temps du transit. S’il faut se fier aux documents mis en ligne par le RNDDH, chacun des membres du CPT dispose2 mensuellement d’un montant de 10 millions de gourdes ou 76923,08$ US. Une rémunération plus élevée que celle des présidents américains. Tandis qu’en Afrique de l’Ouest, au Burkina Faso, le jeune Ibrahim Traoré, «avek Ti kòb kapitèn li ya», avec son petit salaire de capitaine, a réalisé des merveilles pour son coin de terre en moins de deux ans de gouvernance. Chez nous, tout le monde veut aller au ciel en passant par la politique. 

Nos 9 privilégiés ont été à la bonne école, ce qui les porte à s’empiffrer davantage. On ne les entend presque pas, en raison de leur bonne éducation (hic). On leur avait appris à ne jamais parler la bouche pleine. En conséquence, la demande de démission en poésie, titrée : «Lettre au CPT», résonne comme de la musique classique à leurs oreilles. Ces radoteurs sourient dans leur barbe, face à cette réclamation, à leurs yeux, impromptue et archaïque, qui «fait vraiment rire les oiseaux d’Haïti». Je ne serais nullement étonné, après la lecture de ces missives, de les entendre fredonner en chœur la sécurisante ritournelle martiniquaise : Ça fait rire les oiseaux/ ça fait danser les écureuils… 

En un mot, il n’y a pas dix solutions. Depuis plus de 200 ans, la corruption demeure un sport national, et une minorité y a décroché le gros lot. Dans 99% des cas, des politiciens désargentés s’accaparent du pouvoir, avec leurs amis et complices, font main-basse sur la caisse et s’enfuient après leur mandat, vers un pays d’outre-mer, où ils vont se la couler douce pour le restant de leurs jours. La Jamaïque, toute proche, était autrefois leur terre de prédilection. 

Nous ne sommes plus au stade de la littérature. La situation réclame notre intervention pour nous débarrasser de ce système rétrograde maintenu par nos voisins hyper puissants depuis plus de deux siècles. Il faut passer en quatrième vitesse, transcender l’émotion, s’extraire du conformisme. Trop de larmes versées, trop de victimes innocentes. La comédie a trop duré. Quand nos droits sont bafoués, le recours aux armes s’impose dans toute sa force et dans toute sa laideur. Agissez pendant qu’il est encore temps, avant que la Dominicanie n’occupe Haïti! 

Max Dorismond.

 

-NOTE- 

1 – Voir la page 7 du Budget d’Haïti 2024-2025 : https://budget.gouv.ht/storage/app/uploads/public/670/d14/0b2/670d140b2e651371766509.pdf 

2 - Le RNDDH accuse le CPT de détournement de fonds:    https://youtu.be/uSis26HQp68?t=316

Saturday, September 14, 2024

Haïti : Entre chaos et espoir, le destin d'un peuple en quête de justice

Des policiers dans des véhicules sans aucune protection

Par Jean Rico Louis


Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, le président Jovenel Moïse fut assassiné dans des circonstances bien connues. Ses ennemis irréductibles s’étaient réjouis, croyant s’être débarrassés d’un chef d’État qui, selon beaucoup, était devenu un obstacle ou une menace pour leurs intérêts présents et futurs.


Depuis, Haïti est plongé dans une crise sociopolitique et économique sans précédent, comparable à celle qui suivit la chute du régime des Duvalier. Même aujourd'hui, nul ne peut dire avec certitude comment et quand cette tragédie prendra fin. En conséquence, les gangs armés se sont érigés en un véritable État dans l'État, tandis que le peuple haïtien semble avoir perdu le contrôle de son destin.


Malheureusement, le gouvernement en place après cet assassinat n’a ni la volonté ni le pouvoir d’enquêter sur les circonstances du meurtre, ni de poursuivre en justice les présumés coupables. Comme souvent dans notre histoire, ce président, mal aimé et incompris par beaucoup, a connu le même sort que le père fondateur de la nation après l’indépendance, ainsi que plusieurs autres chefs d’État qui, malgré leurs efforts sincères pour le bien-être de leur peuple, ont vu leurs sacrifices balayés par l’indifférence.


Les habitants fuient leurs maissons même à moto

Leurs efforts pour améliorer la situation tardent encore à porter leurs fruits, tout comme ceux des Gracques dans la Rome antique, ces réformateurs sociaux dont les sacrifices pour les plus démunis se sont heurtés à l'indifférence de leurs concitoyens. L’ingratitude des masses et le silence complice des véritables bénéficiaires du pouvoir n’ont été que la seule récompense pour ces hommes animés par des idéaux nobles.


Dans l’histoire universelle, les leaders qui osent rêver de justice sociale pour les plus faibles parviennent rarement à concrétiser leurs ambitions légitimes. Leur parcours, souvent marqué par des sacrifices personnels, est rarement couronné de succès. Pire encore, c'est souvent la majorité même qu'ils cherchent à aider qui les abandonne au profit de lendemains incertains.


C’est dans ce contexte d’ambitions malsaines et de luttes de pouvoir que Jovenel Moïse, naïf et téméraire, a été assassiné. Il n’avait pas saisi l’ampleur des forces en jeu et s’était obstiné à vouloir renverser l’ordre établi, sans mesurer les risques qu'il encourait.


Les instigateurs de ce coup ont peut-être tort, ou raison, mais il est légitime de se demander quel genre de peuple sommes-nous, nous autres Haïtiens. Même après 220 ans d'une histoire tragique, avons-nous ce qu'il faut pour espérer fonder un véritable État de droit, où la liberté individuelle et la justice sociale pourraient enfin devenir réalité?


Et vous, spectateurs silencieux, est-ce que votre condition de vie s’est améliorée depuis l’assassinat de ce président, mal aimé et incompris? Si ce n’est pas le cas, quelles leçons avez-vous tirées de cette tragédie nationale?


Il est indéniable que l’ignorance et la superstition restent les deux plus grands obstacles au développement d’une nation. Un peuple dirigé par des leaders corrompus et sans vision pour l’avenir ne peut que rester prisonnier de son propre malheur, même à l’ère des lumières.


La montée en puissance des gangs en Haïti, depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, était prévisible. Elle est le reflet de l’abandon des plus démunis et du mépris pour leurs besoins fondamentaux. Croire que des êtres humains peuvent survivre sans accès à des ressources de base est une absurdité dangereuse.


L’histoire a montré que la misère extrême, l’indifférence des élites et l’absence de responsabilité des gouvernements sont les ferments de toutes les révolutions sanglantes. En Haïti, une telle issue n’est pas à écarter si la situation actuelle persiste et qu’aucun effort de redressement n'est entrepris par les gouvernements futurs en collaboration avec le secteur privé.


Les révolutions française et bolchevique ont prouvé que, malgré les efforts des régimes oppressifs pour maintenir l’ordre, nul pouvoir ne peut freiner indéfiniment la marche vers plus de justice sociale. En Haïti, les gangs armés ne sont que la manifestation visible d’un profond désespoir. Ils expriment, par leur violence, leur soif de survie et de reconnaissance.


Mais le pire est encore à venir tant que chaque secteur de la société continue d'ignorer la nécessité de lutter contre cette criminalité grandissante, ou pire, de l’alimenter. Il est temps que chacun prenne conscience de la gravité de la situation et agisse pour le bien commun.


Le redressement de notre pays ne pourra venir que de nous. Et c'est maintenant ou jamais.


Jean Rico Louis

13 septembre 2024








Friday, May 26, 2023

Haïti, a-t-elle raté l’occasion d’amortir sa chute ?

Une nation qui se trouve estampillée du sceau tragique du destin


Par Max Dorismond 

Dans le faisceau de réflexions qui chevauche la pensée de chacun de mes congénères, en ces temps de crises à fermeture-éclair, je reviens avec cette brûlante interrogation qui chiffonne le quotidien de quelques-uns d’entre nous. 

Depuis plus de trois ans, l’aiguille de l’incongrue tourne dans le vide : c’est la violence gratuite. Le peuple est aux abois, la famine s’est invitée dans le décor. La fuite ou le sauve-qui-peut demeure l’unique solution. Aucune classe sociale n’est épargnée. La balle solitaire n’a ni couleur ni odeur et les accidents se comptent par centaines. Même à l’intérieur de chez soi, la protection est illusoire. 

Dans les faits, on parle de trois années de crises, d’autres les étirent sur 37 ans, en l’occurrence, depuis le départ des Duvalier. Mais, personnellement, je pourrais remonter à la naissance même de la nation. Au cours de mes recherches à propos de notre mal-être, j’ai eu à me convaincre de la réalité après la lecture de certains ouvrages, dont le plus accrocheur demeure celui d’Eddy Cavé, «Haiti : Extermination des Pères fondateurs et pratiques d'exclusion», pour lequel j’aurai à rédiger plus tard un article. 

En remontant le cours de notre Histoire, nous avons remarqué le tour de passe-passe que les esclaves avaient joué aux Français grâce aux armes qu’ils avaient obtenues de Sonthonax1. En sous-estimant ces hommes qui n’étaient, à ses yeux, que des biens meubles, la France a pris en 1793 cette fatale décision, qui allait radicalement modifier la géopolitique de l’Occident. Sans cette révolution, le système de prévarication aurait été encore pire pour le petit monde. 

Ce n’est pas tous les jours que la chance sourit aux infortunés. Cela n’arrive que tous les deux siècles. Justement, Haïti, par un heureux ou malheureux hasard, s’est retrouvée de nouveau sur le chemin de cette opportunité, pour changer ou empirer l’ordre événementiel. 

En effet, des ambitieux, des coquins de tout poil, qui rêvent de faire main basse sur tout ce qui est «espèces sonnantes et trébuchantes», ont, dans leur plan machiavélique, attisé le feu de la violence, en armant des hordes de jeunes désœuvrés du pays. Des armes de guerre circulent librement. Même l’Église s’est acoquinée avec les malfaiteurs. La corruption est devenue un art de vivre. Plus de morale, plus d’humanité, pourvu que le fric soit au rendez-vous. 

Inquiet et médusé, le public s’interroge et ne sait où donner de la tête avec ce pays flottant depuis belle lurette sur une mer d’incertitude. Avec ces jeunes surarmés, il va jusqu’à rêver, même en 2023, de la réédition de la geste des esclaves de Saint-Domingue, ayant saisi l’opportunité offerte par Sonthonax en 1793 pour monter à l’assaut du pouvoir chancelant de la Métropole, de manière à mettre hors d’état de nuire ces oligarques de tout poil qui lessivent la République depuis des lustres. 

Malheureusement, cette messianique intention n’a jamais effleuré l’esprit de ces marmots en mal de jouissance, qui préfèrent jouer au «cowboy Johnny» face à la caméra. Avec le vide institutionnel et la faiblesse de la police plus ou moins corrompue, le champ aurait été libre pour ces desperados pour attaquer leurs providentiels fournisseurs d’armes et de munitions et nettoyer la nation. 

Mais, ce n’était pas leur credo. Pour rentabiliser leurs cadeaux, ils ont commencé, par kidnapper leurs propres frères et sœurs, des pauvres sans le sou, à violer les femmes et à assassiner sur commande. Ils se délectent dans ce panorama. Le crime est productif, mais pour combien de temps? 

Étant très jeunes, de la génération post-Duvalier, ils n’ont pas connaissance qu’en 1957, un certain Papa Doc avait posé le même geste avec leurs grands-parents, qui avaient reçu à «titre de diplôme», un revolver pour gagner leur vie. Ce geste irresponsable de François Duvalier avait figé Haïti dans une paix de cimetière. Leurs commanditaires actuels auraient dû réfléchir à notre descente aux enfers, depuis lors, avant de distribuer ces armes létales au premier idiot venu. Cet ultime effort n’est pas l’apanage de nos congénères. 

Et pourtant, l’un des chefs de file, un dénommé Jimmy Chérizier, alias Barbecue, avait généré quelques espoirs en fédérant plusieurs groupuscules (Groupe G9 et fanmi…). Avec le vocable «révolution» sur ses lèvres, lors de ses conférences de presse, il avait attiré notre regard sur l’effroyable calamité des bas-fonds de Port-au-Prince. Il avait plus ou moins gagné certaines sympathies. Ses vidéos étalaient, exposaient, à partir de La Saline, des images de fin du monde de la misère noire dans toute sa laideur. Cette dynamique de rationalité avait apporté une certaine lueur dans le cœur des estropiés de la vie qui y résident. 

En réalité, plusieurs pensaient qu’il caressait un plan pour marcher sur le Palais, pour décrotter les écuries d’Augias en débarrassant le pays de tous ces spoliateurs, qui le sucent jusqu’à l’indigestion. Malheureusement, ce n’était qu’un rêve, de la propagande pure et simple, du mauvais marketing d’un gangster sans aucune idéologie.

Le phénomène du  « Bwa Kale  »


Déçu et découragé, le petit peuple livré à lui-même s’est réveillé de sa torpeur pour éliminer ces nouvelles pieuvres du décor, sous le parapluie de l’opération «Bwa kale2». Ces apprenties sangsues sont pires que leurs maîtres. D’ailleurs, ils sont tous des condamnés à mort qui vivotent sur du temps emprunté. La lente agonie, au bout de son sang, du chef de gangs « Ti Makak » de La Boule, en dit long sur leur naïveté. Sa compréhension tardive du jeu de son marionnettiste de commanditaire, sa complainte finale rapportée par Michel Soukar3 dans « le Point » du 24 mai 2023, nous arrache malgré tout, une larme furtive. 


Écoutez le trémolo du bandit : « Boss, map rele’w, ou pa janm reponn depi lè’m pran bal la! Se konye ya m’konprann ke fizi ya m’te pwente’l nan move direksyon! ». Trop tard dans ce jeu de dupe ! Néanmoins, en joignant l’utile à l’exécrable en fusillant le salaud, il se serait sacrifié pour une juste cause. Mort en martyr, le signal à ces acolytes aurait été vraiment déterminant ! 

Malheureusement, une telle chance ne s’éclot que rarement. Donc, Haïti vient de rater sa deuxième indépendance. Notre génération va laisser le train avec un certain regret. Cette rédemption ne sera pas pour demain. Le bateau ivre continue sa route, comme à l’ordinaire. Le désespoir a toujours une nation, qui se trouve estampillée du sceau du tragique. Hélas! 

Max Dorismond





– NOTE — 

1 — Sonthonax : abolitionniste convaincu, envoyé par l’Assemblée Législative de la France à Saint-Domingue en 1792, Léger-Félicité Sonthonax entra dans l’histoire en prenant, le 29 août 1793 et pour la première fois dans l’Histoire, la décision d’abolir l’esclavage dans le Nord de la colonie.2 — Bwa Kale (prononcez Bois Calé). Bâton utilisé pour mettre à mort les bandits en Haïti (2023).3 – La mort de« TiMakak » par Michel Soukar dans le « Le Point » du 24-05-23 à la 57e minute et 50e seconde (57 :50) – 

Saturday, September 17, 2022

HAÏTI : L'ABOUTISSEMENT D'UN MAUVAIS COMPORTEMENT

Les manifestants protestent contre le coût de la vie et la violence en Haïti 


Par :Me Maurice CELESTIN-NOEL 

LE CHAPEAUTEUR

 

Pour expliquer ce qui se passe actuellement en Haïti, il y a lieu de chercher à comprendre le sens de plusieurs proverbes qui rendent à merveille ce qui s'applique à la situation à laquelle nous assistons, ces jours-ci, dans notre pays. Nous pouvons, par exemple, faire l'expérience de ce mot qui dit: " qui sème le vent récolte la tempête." de même que : on récolte ce qu'on a semé." Et, dans un contexte beaucoup plus approprié, on pourrait s'appuyer sur ce dicton qui veut que: " qui compte aller bien loin ménage sa monture." Mais, toujours est-il que ces trois citations suffisent bien amplement à expliquer la cause,  l'origine de la commotion sociale qui secoue Haïti dans tous ses compartiments. Du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest. Une levée de boucliers qui s'apparente à une guerre civile en gestation. Le mot d'ordre de 1804 est repris. Il est entendu partout. Sur toutes les colonnes. Dans tous les coins on entend allègrement : COUPÉ TÈT BOULÉ KAY. Non seulement le bruit du slogan effraie mais sa mise à exécution fait peur. Brise les cœurs. La mise à sac des petits commerces ne représente absolument rien devant les pertes en vie humaine que l'on compte déjà et celles qui s'annoncent pour les prochaines heures. 

Dr Ariel Henry
Premier ministre de facto  

Le pays debout, les principales villes en effervescence tiennent le même langage : le Premier ministre de facto doit partir. Pourtant ce dernier s'accroche au pouvoir comme une puce à la peau. "Pas question de faire même une ronde derrière la porte." L'aboiement des chiens, croit-il, ne pourra pas bloquer le passage de la caravane. Pour preuve, le docteur Ariel HENRY, au fort de la crise, comme pour ironiser les manifestants s'est envolé vers l'étranger pour revenir tranquillement chez lui et s'enfermer dans son silence de glace. Non, il a, pour une rare fois pris la parole aux fins de délivrer un discours provocateur de nature à embraser les nerfs de la foule sortie de ses gonds. Des gens qui enragent. Qui se sentent traités en dadais par un Premier ministre qui veut faire comprendre qu'il a été rencontrer des investisseurs. Quels investisseurs ? Sans doute ceux qui sont attirés par la violence. Qui aiment travailler dans un climat chaotique... Malheureusement, en réaction, les énervés ont déversé leur lot de frustrations sur les petits détaillants qui sont pour rien dans le malheur du pays. Loin d'être l'objet de la destruction du corps social haïtien. La situation peut être décrite comme étant celle "des dents cariées qui exhibent leur force sur la faiblesse et la molesse de la banane mâture." Toujours ainsi. "Nihil novi" dit le latin. Rien de nouveau. Les membres de l'oligarchie, les vrais responsables de la misère des pauvres, les corrompus-corrupteurs qui pillent les ressources nationales, qui appauvrissent le peuple en prenant tout pour eux sans rien laisser aux autres, les maîtres de la contrebande, au dessus de la loi, qui refusent de payer les taxes se la coulent douce, sont protégés et ne sont jamais victimes. La police est payée pour empêcher l'accès à leurs domaines et garantir leur intégrité physique. Ils ne meurent jamais. Même quand les événements sont des plus meurtriers. On dirait que la mort n'est pas faite pour eux. La grande faucheuse semble recevoir l'ordre d'aller frapper uniquement à la porte de la populace, des hors pays que François DUVALIER dénommait, sans se gêner, les gens de l'arrière pays. Les gens du "shit hole" que Michel MARTELLY se plaît à traiter de laids, de noirs, de sales à odeur sui generis proche de celle des latrines sinon des porcs.

Les gangs devenus plus puissants sèment la terreur

Voilà... voilà ce qui de tout temps est réservé à nos frères et sœurs dont les pères et mères sont en Afrique. Dont les pères et mères avaient rudement combattu pour nous léguer cette nation devenue la terre des nantis et l'enfer des anéantis que sont leurs petits enfants. Des néo-esclaves subissant les pires humiliations de la part de ces soi-disants haïtiens sans cœur, sans état d'âme qui se croient les seuls maîtres du pays qu'ils  partagent au centième: 99% pour eux et 1% pour les dénaturés de la classe moyenne inconditionnellement à leur service. Ces "dangereux" rêvant sans cesse d'un transfert de classe ont un  comportement pire que celui du commandeur d'au temps de l'esclavage. Ils caressent tous le même rêve, à peu près celui du Black american : une femme claire, une belle voiture. C'est tout. Non, ce n'est pas tout. En plus, les nôtres, nos "tardvenus" ont une autre marotte : fréquenter des hommes et surtout des femmes à la peau claire. 

Ces deux catégories, les hommes et les femmes de la classe des affaires et leurs laquais de la classe moyenne en association avec certains étrangers règnant en maîtres et seigneurs sur la terre de Jean-Jacques DESSALINES traitent les autres en parias, en vrais esclaves. La domesticité chez eux est du pur esclavage. On se plaint du comportement raciste de certains peuples. À établir une juste comparaison, on verra qu'il n'y a pas de catégorie plus raciste que nos faux blancs, nos mulâtres qui ne trouvent rien d'anormal à ce qu'ils soient appelés mulâtres synonyme de "mulet," produit du cheval et de la bourrique. Ils sont nombreux des haïtiens de cet acabit qui, ces jours-ci, fuient l'insécurité et se réfugient en République dominicaine. En terre voisine, ils s'accompagnent de leurs mêmes vieilles habitudes. ils maltraitent leurs servantes et leurs garçons de service de la pire façon. Ils n'ont même pas honte. Ceux et celles qui malmènent davantage leur personnel sont ceux et celles qui, paradoxalement, ont travaillé comme domestiques à l'étranger. C'est curieux. 

Une levée de boucliers qui s'apparente à une guerre civile en gestation

Ce à quoi nous assistons aujourd'hui était à prévoir. Ce n'est que l'aboutissement de notre mauvais comportement. Un comportement irritable. Inhumain, insociable. L'haïtien doit apprendre à se comporter en homme intelligent, qui prend du temps pour réfléchir. Il doit chercher à comprendre, par exemple :"qui veut aller bien loin ménage sa monture". On a un long voyage à faire, on doit prendre bon et grand soin de son cheval. Pas question de ne pas le nourrir à sa faim. Pas question, non plus, de l'éperonner sans raison ni le forcer à emprunter des sentiers abruts et périlleux. Même l'animal: il ne faut pas l'irriter. Ses réactions peuvent être brutales voire mortelles. Il en est de même de votre personnel. De vos aides. Traitez les avec respect et dignité. Comme de vrais humains. Qu'ils mangent à leur faim. Qu'ils soient bien logés. Ne brisez pas leur estime de soi. Ne les poussez pas à la révolte. À être méchants envers vous. À vous faire manger et boire "l'impensable."  Ils et elles peuvent facilement le faire. Ils et elles ont la garde de ce que vous consommez. Ne l'oubliez pas. Réfléchissez. Aviez-vous été corrects envers eux? Leur aviez-vous  donné les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école? Non. En complicité avec l'État, vous leur aviez refusé un salaire minimum descent. L'écart entre vous et eux était toujours trop grand.  Vous aviez voulu tout pour vous et rien pour eux. Le "bêchons joyeux pour vous et l'éternel mourir est beau pour eux." Voilà la somme des abus, des incohérences,   qui nous a conduit à ce carrefour où nous attendent des jours insoupçonnés. Des jours à faire pleurer. Ceux qui souffrent en silence ne sont pas forcément des imbéciles. Ils finissent par comprendre : LE VOIR, LE SAVOIR ET LE VOULOIR. C'est ce qui est arrivé aujourd'hui. C'est un cri de ralliement. Un appel pressant au changement dans l'ordre des choses. Ils réclament un nouveau contrat social. Vous devez vous mettre à leur écoute sinon vous aurez à vous mordre les doigts. Vous aurez à le regretter. D'ailleurs, dites vous bien que ce cri n'est pas poussé seulement par l'haïtien. C'est un cri qui fait trembler le monde. Un cri qui réclame un nouvel ordre mondial. La France sans l'Afrique : terrible tout simplement!!! La technologie moderne dérange. Elle met même les plus incrédules  au parfum.

Les informations circulent, vont à la "vitesse de la lumière".

Messieurs et dames les nantis, vous avez semé le vent, la tempête sera à sa dimension car, ne l'oubliez pas:  “tout corps plongé dans un liquide subit une poussée verticale vers le haut égale au poids du volume de liquide déplacé”. C'est une loi de la nature. Ce principe d'ARCHIMEDE peut également trouver son application au niveau comportemental. Surtout chez nous où la justice est muette. On doit s'attendre à recevoir proportionnellement le contrecoup de ses actes. La loi du talion est bridée, certes, mais elle existe encore bel et bien. L'œil pour œil, dent pour dent, avec le temps a cessé de sévir contre l'autre, cependant il est d'une tendance naturelle à se faire justice quand les juges se taisent. 

Tôt ou tard Jean aura trouvé ce qu'il aura cherché.

Que Dieu protège Haïti 

Me Maurice CELESTIN-NOEL LECHAPEAUTEUR rmaurice.celestin@gmail.com