Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Thursday, October 11, 2018

Discours de Michaëlle Jean à Erevan, le 11 octobre 2018 - Organisation internationale de la Francophonie

 Michaëlle Jean
Le 17e sommet de la Francophonie bat désormais son plein à Erevan, en Arménie. Dans la matinée, ce jeudi 11 octobre 2018, la cérémonie d’ouverture a rassemblé plusieurs dizaines de chefs d’Etat et de gouvernement en séance plénière. En filigrane des interventions de MM. Macron et Trudeau : la désignation probable de la Rwandaise Louise Mushikiwabo au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie, en remplacement de la Canadienne Michaëlle Jean, qui ne sera pas reconduite. Amère, cette dernière a clôturé la séance par un discours offensif centré sur les valeurs de l’OIF. 
Une dizaine de discours à la tribune. Ce jeudi matin à Erevan, chacun y est allé de la défense de la langue française comme outil de réconciliation entre les peuples. Mais le vrai sujet dans toutes les têtes, c’était le duel pour le secrétariat général de l’organisation, la « bataille des dames » qui défraie cette année la chronique, et qui devrait déboucher sur une victoire de Mme Mushikiwabo.
La sortante Michaëlle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada née en Haïti, n’a jamais eu le soutien de la France dans sa course pour un second mandat. Mais sous l’impulsion de Paris, elle a également perdu celui d’Ottawa cette semaine, Justin Trudeau s’étant rallié au consensus naissant autour de sa rivale rwandaise, alors qu’il soutenait sa ressortissante activement jusque-là.
Discours de Michaëlle Jean à Erevan, le 11 octobre 2018

Excellences,
Monsieur le Président de la République d’Arménie,
Monsieur le Premier ministre d’Arménie,
Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,
Mesdames et Messieurs le Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les chefs de délégation,
Madame la Directrice de l’UNESCO,
Monsieur le Secrétaire général de l’OEA, 


Chers amis de la Francophonie,

Tout, sur cette terre d’Arménie, nous appelle à un devoir de mémoire.
Tout, ici, est à jamais empreint du souvenir des centaines de milliers de victimes de ce monstrueux projet d’extermination planifié, méthodique, et persévérant dans l’horreur que fut le génocide arménien. 

C’est à ces hommes, ces femmes, ces enfants que je pense en cet instant, mais aussi à tous les rescapés qui n’ont jamais accepté que leur pays soit condamné à n’appartenir qu’au passé. 

L’Arménie est plus que jamais vivante, riche de la force et du courage d’un peuple de culture et d’histoire, riche de l’ingéniosité et de la vaillance de sa jeunesse projetée vers l’avenir... riche de la vitalité de sa diaspora qui lui a donné les dimensions du monde. 

Charles Aznavour, n’était-il pas de ces citoyens, de ces Arméniens du monde ? 
Eh bien, aujourd’hui, Monsieur le Premier Ministre, c’est le monde qui, à votre invitation, vient à l’Arménie, à travers les 84 États et gouvernements de la Francophonie des cinq continents.

Et, c’est pour nous une grande fierté, un grand bonheur, à la hauteur de l’accueil si chaleureux, si sincère qui nous est réservé à l’occasion de ce XVIIeme Sommet de la Francophonie. 

Je vous en remercie, en mon nom personnel et au nom des peuples de la Francophonie.

Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,

Tout, ici, sur cette terre d’Arménie, nous appelle à un devoir de mémoire, et par là-même à vivre, ensemble, un moment de vérité et de lucidité parce que, malheureusement, l’histoire nous apprend que nous ne savons pas apprendre de l’histoire.

Or « Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, comme le disait Tocqueville, l’esprit marche dans les ténèbres ».

Telle fut la raison d’être de la Société des Nations, puis de l’Organisation des Nations unies, de l’Union européenne aussi, qui se sont construites sur les décombres de deux guerres mondiales, avec la farouche volonté d’assurer, enfin, la paix et la sécurité, de favoriser le progrès économique et social, à travers la coopération entre les peuples et sur la base également de la reconnaissance de la dignité, des libertés et des droits fondamentaux de la personne humaine. 

Nous ne sommes pas toujours parvenus à éviter le pire, mais la communauté des nations, rassemblée au sein des organisations multilatérales, a continué d’avancer, pas à pas , sur la voie de la réalisation de ces idéaux encore et toujours à atteindre.
Nous, de la Francophonie, avons aussi, à notre manière, construit notre projet sur des décombres, ceux de la colonisation et de son déni d’humanité. 

Ce projet nous l’avons construit avec la farouche volonté de renaître à nous-mêmes, et de renaître au monde. 

Et nous avons su faire de la langue française langue de domination, une langue d’émancipation et de coopération, langue partenaire de toutes nos autres langues, revitalisée par toutes nos écritures et toutes nos autres langues, mais surtout au service d’un humanisme intégral et universel dans lequel trouverait à s’épanouir, autour de valeurs partagées, la diversité de nos traits de civilisation, de nos cultures dans toute leur richesse et leur complémentarité, dans leur égale dignité.

Nous aussi, nous avons avancé, étape après étape, pour toujours mieux concrétiser et faire prospérer cet idéal, pour toujours mieux nous adapter aux bouleversements géopolitiques et aujourd’hui aux défis de la société mondialisée.

Et nous sommes chaque jour debout et à pied d’oeuvre. Tout sauf fatigués. Nous avons chassé le mot fatigue de notre vocabulaire. Moi, la première. 

Permettez que je cite ici Léopold Sedar Senghor : 
« Notre Francophonie, n’est ni une tour ni une cathédrale, elle s’enfonce dans la chair ardente de notre temps et ses exigences ! » 
Ces mots s’imposent à nous comme une évidence.

Messieurs les Chefs d’État et de gouvernement, 

C’est sous votre impulsion que la Francophonie , au fil de ces quelque cinquante ans, a renforcé ou élargi ses missions, pour répondre au plus près, oui aux besoins et aux aspirations nouvelles des populations, notamment des femmes et des jeunes, en matière d’éducation et de formation, en matière de développement durable, d’innovation technologique, d’entrepreneuriat.

C’est sous votre impulsion, que la Francophonie s’est affirmée comme une Francophonie politique et diplomatique, toujours plus sollicitée par ses pays membres, mais aussi toujours plus entendue et attendue par ses partenaires internationaux.
C’est sous votre impulsion, aussi, que nous nous sommes dotés de textes normatifs et de référence exigeants sur la pratique de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone ainsi que sur la prévention des conflits et la sécurité humaine, tout en les revisitant à la lumière des menaces nouvelles.

C’est en cela que le bilan de mon mandat, que je vous présenterai, est aussi votre bilan, la somme de tout ce que nous avons porté et construit, ensemble, durant ces quatre années, dans le droit fil de ce que mes illustres prédécesseurs avaient engagé aussi, et ce, grâce à la mobilisation constante et à l’expertise de tous les acteurs et de tous les réseaux de la Francophonie.

Mais nous ne nous sommes pas contentés de nous adapter aux défis du monde, nous avons su aussi être à l’avant-garde quand il le fallait, démontrant que les principes et les valeurs au fondement de notre projet et de notre idéal valent pour tous les temps, tous les peuples et toutes les nations.

Mais sommes-nous prêts aujourd’hui à le réaffirmer ?
Sommes-nous prêts à resceller et à endosser comme jamais le pacte qui nous a fédérés aux origines et qui nous a permis de devenir ce que nous sommes et d’accomplir ce que nous avons accompli ?

Car, une fois encore, les signes précurseurs d’un monde en rupture d’équilibre, de sécurité et de paix sont là !

Nous voyons métastaser le désenchantement à l’égard du fait démocratique. 
Et qu’on se le dise : aucune région du monde n’est épargnée. 

Nous voyons essaimer les crises, liées au non respect des principes constitutifs de la démocratie et de la gouvernance.

Nous voyons, partout gronder, la montée des extrémismes, des nationalismes étroits. 
Nous voyons, tant à l’intérieur des nations qu’entre les nations, se durcir de graves inégalités en matière de droits politiques, économiques, sociaux et culturels.
Nous voyons s’intensifier et se généraliser les maux liés notamment au terrorisme et à la radicalisation violente, avec les exactions et les graves violations des droits et des libertés, mais aussi de la paix et de la sécurité humaine qui en résultent.

Nous voyons partout s’exacerber la tentation du protectionnisme et de l’isolationnisme, jusqu’à dresser des murs, aussi honteux que dérisoires, pour repousser ces millions d’hommes, de femmes, d’enfants prêts à payer de leur vie la quête légitime d’un avenir meilleur, d’un avenir, tout simplement.
Nous voyons s’installer une défiance à l’égard de l’ordre libéral international et du multilatéralisme voire leur remise en cause, et par conséquence la remise en cause de la démocratie internationale.

Alors, au moment où nous marchons vers le cinquantième anniversaire de la Francophonie, demandons-nous , ici à Erevan, en toute conscience et en toute responsabilité, de quel côté de l’Histoire nous voulons être ?

Sommes-nous prêts à accepter que les organisations internationales soient utilisées à des fins partisanes, alors que nous avons besoin, comme jamais, de nous unir dans un multilateralisme rénové et volontaire pour trouver des réponses et des solutions transnationales à des menaces et des défis désormais transnationaux ?

Sommes-nous prêts à accepter que la « démocratie », les « droits » et les « libertés » soient réduits à de simples mots que l’on vide de leur sens au nom de la réal politique, de petits arrangements entre États, ou d’intérêts particuliers alors que cette aspiration légitime à plus de liberté, plus de justice, plus de dignité, plus d’égalité est une aspiration universelle, portée toujours plus énergiquement par les jeunes et par les femmes ? Vous les avez entendus.

Sommes-nous prêts à laisser gagner le relativisme culturel alors que nous devrions saisir l’occasion de son soixante-dixième anniversaire pour marteler que la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, n’est pas une production occidentale. 

Elle est l’expression de la quintessence de cette part d’humanité inaliénable que nous avons toutes et tous en partage.

Sommes-nous prêts à laisser l’égoïsme à courte vue, les approches exclusivement comptables de la coopération internationale, les investissements prédateurs, ou la corruption l’emporter sur l’exigence de solidarité, sur des partenariats véritablement gagnants-gagnants ?

Le moment est venu, pour nous, comme pour tant d’autres organisations multilatérales, de choisir entre réagir ou laisser faire, progresser ou régresser. 

Et disons-nous bien que l’immobilisme, l’atermoiement et les compromis sont déjà une forme de régression, car une organisation qui ruse avec les valeurs et les principes est déjà une organisation moribonde.

Monsieur le Premier ministre d’Arménie,
Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,

Il ne dépend que de vous que ce XVIIe Sommet, tenu sur cette terre de mémoire, d’espoir et de renaissance, devienne le symbole lumineux de l’avenir que nous voulons pour et avec les jeunes générations.
Sources combinées

Sunday, October 7, 2018

DIALOGUES IMAGINAIRES SUR LE LANGAGE CLAIR ET SIMPLE

Pour ceux qui veulent entendre la version audible tout en prenant lecture de l’article, cliquez sur le lien suivant: https://soundcloud.com/haiticonnexion/dialogues-imaginaires-sur-le-langage-clair-et-simple


Par Eddy Cavé, eddycave@hotmail.com
Eddy Cavé


Ottawa, ce 5 octobre 2018


PRÉSENTATION DU PROJET
Comme le suggère leur titre, les Dialogues imaginaires sont un outil de sensibilisation qui se situe à mi-chemin entre la fiction et la réalité. Entre un produit de mon imagination, celle de l’auteur de  « De mémoire de Jérémien » et l’évocation de souvenirs gravés dans ma mémoire de passant attentif à tous les bruits de la rue et de la foule.

Le texte porte aussi la marque de deux œuvres qui m’ont grandement influencé pendant mes années d’université : les Plaidoyers chimériques de l’illustre avocat et académicien français Maurice Garçon, décédé en 1967, et le  Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu du journaliste et polémiste Maurice Joly qui a mis fin à ses jours en 1878 après avoir perdu tous ses combats.

Les Plaidoyers chimériques sont un exercice de divertissement au cours duquel Maurice Garçon plaide devant des jurys imaginaires la cause de célèbres personnages de théâtre accusés de meurtre  ou de complicité de meurtre. J’en retiens deux : Électre,  personnage de  la mythologie grecque immortalisé par Sophocle et qui donne un glaive à son frère Oreste et le porte à tuer leur propre mère, Clytemnestre.  Le deuxième exemple est Othello, personnage de Shakespeare qui tue son épouse par jalousie pour se rendre compte par la suite qu’elle lui était fidèle. 

Maurice Garçon
(1889 - 1967)
Le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu est d’un tout autre genre. C’est plutôt un pamphlet politique qui, sous Napoléon III,  vaudra des années de prison à son auteur à cause de son contenu séditieux. Joly y oppose, dans un duel virulent, ces deux penseurs aux idées diamétralement opposées sur tous les sujets, la démocratie, la tyrannie, la liberté de la presse, la légitimité du pouvoir politique, la corruption, etc.
Maurice Joly
(1829 - 1868)
En écrivant les Dialogues imaginaires, je n’ai aucune prétention ou ambition  littéraire, mais l’objectif que je poursuis est tout aussi important. C’est celui  de mettre le savoir, la justice, le droit, la lecture en général à la portée de tous ceux et celles qui ont l’obligation de connaître quelque chose et qui sont disposés à apprendre, Qui sont disposés également à faire l’effort nécessaire pour comprendre et retenir un texte d’importance capitale dans leur quotidien, par exemple, une interdiction faite par la loi à un citoyen, le contenu d’un contrat de location d’automobiles ou de maisons, le code de la circulation.

Venons-en au fait. Les Dialogues imaginaires sont une sorte de page retrouvée que j’ai publiée en annexe de mon livre de 2014 intitulé Le langage clair et simple, un passage obligé. Mon intention en les rédigeant en décembre 2007 n’était pas de jouer les censeurs en critiquant le français exagérément savant écrit en Haïti et en diaspora. Je voulais seulement dénoncer certaines conceptions malsaines observées chez nous dans  la communication parlée et écrite, tout en essayant de dérider mes lecteurs. 

Pour des raisons de commodité, j’ai découpé le texte en cinq  parties que je voudrais publier au rythme d’une par semaine. De préférence le vendredi ou le samedi.  Ces textes paraîtraient dans au moins un grand quotidien et  un hebdomadaire haïtiens et dans les médias sociaux d’outre-mer qui appuient la démarche. Je pense  notamment à Haïti Connexion Culture; au Coin de Carl; au site www.berrouet-oriol.com de Robert Berrouët Oriol. Je pense aussi à deux sites européens tenus par des proches : « Le Monde du Sud// Elsie News »  et «  Qui vient de loin (Ewur'osiga), le Blog d'Alfoncine N. Bouya ».

Parmi les partenaires associés au projet, il y a pour l’instant les Éditions du CIDIHCA, le Centre international pour la promotion du créole (KEPKAA), Mosaïque Interculturelle d’Ottawa, le trimestriel haïtien de France Pour Haïti et un grand nombre de stations de radio haïtiennes.

But et étapes prévues du projet
Le but ultime du projet est de promouvoir le langage clair et simple non seulement en Haïti, au Canada et en France, mais dans toute la francophonie. Précisons tout de suite qu’il ne s’agit pas seulement ici d’une manière d’écrire, mais aussi et surtout d’une manière de penser et de voir le monde, comme celle qui sous-tend le plain language anglo-saxon.

Les étapes du projet
La première étape, qui va d’octobre à décembre 2018, consiste à sortir ce projet de mes oubliettes et de le relancer avec une bonne couverture médiatique. Si cette initiative parvient à déclencher un débat, contradictoire je le souhaite, nous avons de bonnes chances de succès. Je voudrais alors mettre la dernière main à un projet de Déclaration haïtienne sur l’adoption du langage clair et simple dans l’administration, la justice, le droit en général.

La deuxième étape, qui s’étendra sur l’année 2019, sera celle de la promotion du concept et de sa mise en œuvre  en Haïti et dans la diaspora. Il faudra alors établir des partenariats sur le terrain en vue de transformer notre déclaration en résolution. Nous aurons alors besoin du soutien actif d’un grand nombre d’associations professionnelles et d’organismes publics compétents en la matière. Dans les derniers mois de 2019, nous devrions être en mesure de proposer aux grandes organisations de la francophonie un projet de Résolution déclarant  2020 l’Année du langage clair et simple.
Mentionnons au passage qu’il ne s’agit pas ici d’un vœu pieux. Un seul exemple. Dans le domaine juridique, largement considéré comme le secteur le plus réfractaire à la simplification de la langue, la révolution du langage clair a commencé depuis près de 20 ans au Canada. J’ai moi-même, à titre de jurilinguiste contractuel du Conseil des tribunaux administratifs canadiens, adapté en français un guide de promotion du langage clair et simple (2005) et une initiation à la justice administrative et  au langage clair (2007).

La troisième étape, qui devrait commencer en 2020, sera celle de l’expansion à l’échelle de la francophonie. Il faudra alors tisser des alliances dans les régions les plus conservatrices et les plus hostiles au changement et se mettre à rêver… En couleur, cette fois-ci, s’il vous plaît!


Eddy Cavé,
Auteur, promoteur du langage clair et simple



Wednesday, October 3, 2018

Charles Az. – Ne laisse pas ton micro à la porte du paradis…

Charles Aznavour
Le dernier des géants de la chanson française meurt à 94 ans.

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Par Max Dorismond
Le ciel veut entendre encore ta voix. C’est à son tour d’entonner en chœur tes célèbres refrains.

En effet, je vous parle d’un artiste complet « que les moins de vingt ans  ne sauraient connaître ». Il était notre muse, notre inspiration quand l’amour nous souriait, notre cathédrale quand la vie nous tenaillait et nous tourmentait. Toutes les chansons de Charles Aznavour nous identifient et nous interpellent. Avec des mots ciselés sur mesure, sa phrasée éclectique nous pénètre et ne laisse personne indifférent.
           
Charles Aznavour avec Edith
Piaf en 1950.                           
Aznavour fut pour plusieurs générations un modèle de courage et de persévérance. Dès le début, les critiques lui ont fait voir de toutes les couleurs. Des expressions, à désarçonner les plus forts, lui sont jetées à la face à propos de son physique de gringalet, de son faciès, pour lesquels la nature lui fut avare. Avec sa petite taille et une voix nappée de brume, rien ne le prédestinait pour cet art sublime qu’est la chanson. Les anglais l’appelaient : « Aznovoice ». Un jeu de mots désarmant. Plusieurs fois découragé, il voulait tout lâcher, mais son ami Édith Piaf le reprenait toujours par la main et l’invitait à persévérer. N’écoutant que son courage, il affronta la scène sous la critique et les quolibets, comme il l’a écrit dans la chanson « La critique » quand « son moral en a pris un coup ».

À force de ténacité, il avait fini par s'imposer aux diktats du destin en mettant en évidence, à travers ses poèmes, les thématiques polarisantes de la société. Il a enfin conquis Paris, l'Europe et puis le monde. En sept langues, il a bercé plusieurs générations. Et tous  y ont  trouvé leur raison de vivre. Il nous en met plein la tête quand il chante ses angoisses dans « Et moi dans mon coin » ou dans « Il faut savoir », au cours de laquelle, il nous forge le caractère quand il nous déclare : « Il faut savoir encore sourire / Quand le meilleur s’est retiré / Et qu’il ne reste que le pire / Dans une vie bête à pleurer ».

N'oublions surtout pas sa  chanson thème « A ma fille  » qui a fait pleurer tous les papas de la terre au mariage de leur princesse préférée, quand il hurle:« Cet étranger sans nom, sans visage - Oh ! combien je le hais / Et pourtant, s'il doit te rendre heureuse / Je n'aurai envers lui nulle pensée haineuse / Je lui offrirai mon coeur avec ta main.»

Avec « Tu te laisses aller », Aznavour a aidé une génération de femmes à se prendre en mains, à comprendre la psychologie du mari, l’homme de leur vie au quotidien, quand il souligne : « Au lieu d’penser que je te déteste /…. / Redeviens la petite fille / Qui m’a donné tant de bonheur /…/ Tu’t laisses aller ».  Pour cette pièce, les femmes lui vouent une éternelle reconnaissance. Elles lui ont envoyé, à ce titre, des milliers de lettres de remerciements, pour les avoir aidées à se départir de leur doute maladif que leur reflète leur miroir. Il en fut toujours ainsi avec toutes ses chansons, en touchant l’insensé en nous. Pour chacun de ces poèmes, on peut disserter des heures et des heures pour en extraire à la fin, un livre entier.
Aznavour: la mort d'une légende
Je l’offrais volontiers en exemple à mes filles,  les invitant à l'obstination quand le succès n’est pas au rendez-vous. En fin de compte, ces dernières en raffolaient et s’étaient converties en fanatiques avérées qui ne juraient que par Aznavour, tant je les avais incitées à découvrir et à réfléchir sur les phrases bien sculptées qui animent les écrits de ce génie, qui a le mérite de mettre en relief ce dont nous avions « le plus cher » : la sensibilité humaine dans ses ultimes dimensions.

Au cours de l’une de ses nombreuses interviews, il délivra un pan de ses secrets littéraires, en confiant qu’il peut prendre un temps fou pour fignoler ses textes à la recherche du mot parfait, de l’expression juste qui traduit la situation du moment ou l’inconscience des émotions. Depuis lors, j’avais adopté sa méthode ou cette exigence scripturale dans tout ce que j’entreprenais en terme rédactionnel. Merci, mille fois, mon Charlie !

Max Dorismond posant avec une
statue de cire d'Aznavour à Paris
en 2013.                                            
J’avais apprécié, plus ou moins, son dernier tour de piste en Haïti, même si on l’avait caserné dans les hauteurs pour mieux lui soustraire  le vrai visage de la déchéance. En effet, n’a-t-il pas écrit dans « Emmenez moi », sa chanson de la délivrance, de l’évasion, de la fuite en avant : « Il me semble que la misère / serait moins pénible au soleil ». Peut-être, est-il parti avec le sentiment de la véracité de cette confidence? Qui sait! Tant mieux pour cette âme sensible qui a tant pleuré la détresse de l’Arménie et du monde. Toutefois, pour les damnés de la terre de chez-nous, la misère n’est pas seulement dure. Elle est insupportable, invivable, même au soleil.

Charles Az, tu as triomphé de tout. De la vie, des critiques, des emmerdes…etc. Va en paix rejoindre ton Dieu. Ne lâche pas ton micro. Ton passage ici-bas a été « for me, for me, formidable! ».


Max Dorismond








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RADIO FRANCOPHONIE CONNEXION a le plaisir de vous annoncer que des cours de français seront dispensés sur la radio dans le cadre de notre partenariat avec Radio France Internationale (RFI). Ces cours, de differents niveaux, seront diffusés à des heures fixes: Suivez la grille de programmation pour en savoir davantage ou bien visitez notre sitehttps://www.radiofrancophonieconnexion.com/

Merci

Sunday, September 30, 2018

Cour suprême des États-Unis: un compte-rendu de l'affaire Brett Kavanaugh - Christine B. Ford

Judge Brett Kavanaugh, Dr. Christine Blasey Ford

Pour ceux qui veulent entendre la version audible tout en prenant lecture de l’article, cliquez sur  le player sound cloud ci dessous:


Par:Herve Gilbert

Ce jeudi 27 septembre, durant l’audience du Comité judiciaire du Sénat américain, le public a vu deux témoignages télévisés qui ont été à la fois surprenants, émouvants, instructifs et bouleversants. C’est une affaire qui continue de déchaîner les passions aux États-Unis. Quoi qu’il en soit, cette audience du Comité judiciaire a été décrite par les journalistes américains  comme un grand moment historique. L’ affaire implique Brett Kavanaugh, protégé de Donald Trump et candidat à la Cour suprême des États--Unis, accusé par Christine Blasey Ford, d'agression sexuelle, d'exhibitionnisme et de tentative de viol alors qu'elle avait seulement 15 ans.

Christine Blasey Ford
Oscillant entre retenue et émotion, Christine Blasey Ford  a, pendant plus de quatre heures, raconté avec certains détails la présumée agression sexuelle perpétrée , il y a 36 ans  (en 1982),  par Brett Kavanaugh, actuel candidat à la Cour suprême des États-Unis.  Ce dernier  «l’avait prise par surprise» et avait essayé de la déshabiller, a-t-elle relaté. Au cours de sa réplique,  Kavanaugh s’est lançé dans une volée verbale pathétique et violente, niant en bloc les allégations de Mme Ford tout en  qualifiant le processus de "cirque" et de "honte nationale", sans manquer de s’en prendre aux sénateurs du  Parti démocrate qu’il a accusés de vouloir détruire sa réputation à travers un complot calculé, en guise de vengeance pour les Clinton et aussi pour la perte des élections de 2016. 

Juge Brett Kavanaugh lors de son témoi-
gnage devant le Comité judiciaire.         
Cette procédure  dans un premier temps a eu des retombées différentes de part et d'autre des mouvances politiques :  les supporters  de Ford ont qualifié son témoignage de crédible et un nombre important de femmes du pays avaient été touchées par le caractère poignant de son  témoignage. Quant aux supporters de Kavanaugh, ils ont jugé que  son intervention, quoique perçue comme  défiante ou belliqueuse, a réflété une  colère juste face aux allégations de l’accusatrice.  

En résumé, on peut déduire que c'étaient deux dépositions totalement contradictoires où Christine, d'une part, a déclaré  être à «100 %  sûre » que Brett est celui qui l'a agressée, tandis que ce dernier, d’autre part,  a nié toute participation à cette tentative de viol.

Sénateur Jeff Flake aprés avoir été
confronté par les deux femmes.       
En effet, le  sénateur républicain  de l’Arizona Jeff Flake, qui avait annoncé son intention de soutenir la candidature de Brett Kavanaugh, a alors effectué un revirement complètement inattendu. L’un des ascenseurs conduisant à la salle d’audience qu’avait pris Flake ne pouvait pas  se refermer. Car la porte était  bloquée par deux jeunes femmes qui ont interpellé le sénateur républicain sans ménagement pendant que les caméras enregistraient la scène : 

« Et la première  femme, Ana Maria Archila, de dire: Lundi, je suis allée à votre bureau. Je vous ai relaté l’histoire de mon agression sexuelle. Ce que vous faites va permettre à quelqu’un qui a effectivement violé une femme de siéger à la Cour suprême. Ce n’est pas tolérable. Vous avez des enfants. Pensez à eux. »


Voir la video des deux femmes émues et larmoyantes confrontant le sénateur Flake dans l'ascenseur.
«Ne détournez pas votre regard, enchaîne la seconde, Maria Gallagher, qui fait allusion à la position ambiguë de Brett Kavanaugh sur l’avortement. Regardez-moi et dites-moi que ce qui m’est arrivé n’a pas d’importance, que vous laisserez des gens comme cet homme entrer dans la plus haute cour de justice du pays et dicter à tous les gens ce qu’ils doivent faire de leur corps.» Perturbé, Sénateur Flake a écouté dans le plus grand silence.

Nul ne pouvait supposer le poids qu’allaient avoir ces deux interventions. Mais quelques instants plus tard, avec l’aide de son collègue démocrate Chris Coons (Delaware), le sénateur déclenchait un véritable coup de théâtre. En échange de la promesse de son vote, il a obtenu un sursis d’une  semaine pour une enquête du FBI, enquête que les démocrates demandaient en vain. La veille, en séance publique, Jeff Flake avait déjà longuement fait état du malaise suscité par la procédure de confirmation, invitant ses pairs à manifester du respect à la fois pour la personnalité de l’accusatrice Christine Blasey Ford et celle de Brett Kavanagh. Alors que le camp républicain se portait au secours de Brett Kavanaugh qui stigmatisant les questions des démocrates qu’il a qualifiés de comploteurs, Jeff Flake se contentait de déplorer à nouveau le climat de guerre civile qui déchirait le tissu social du pays. Ce sénateur de l’Arizona, un des rares élus républicains à exprimer son désaccord avec Donald Trump, quittera bientôt le Sénat. Prenant acte du divorce avec les électeurs devenus des inconditionnels du président, il a renoncé à se présenter à nouveau comme sénateur en novembre prochain. Son initiative de vendredi sera peut-être  l’un de ses derniers gestes de parlementaire. Elle peut tout aussi bien conforter Brett Kavanaugh si le FBI se révèle incapable de dire qui de l’accusé ou de l’accusatrice a dit la vérité que mettre un terme aux ambitions du juge si la police fédérale raffermit la thèse de Christine Blasey Ford. Dans les deux cas, Jeff Flake aura le sentiment d’avoir accompli son devoir de parlementaire.

De toute façon, tout peut se résumer à une formalité pour le Sénat dans une semaine, puisque le vote procédural de la commission judiciaire sénatoriale  a déjà été pris pour la poursuite de la nomination de Kavanaugh devant tout le sénat. Et cela,  après que la demande d’investigation du FBI faite par le sénateur Flake ait été acceptée par le Comité judiciaire et approuvée par le président Trump en fin de soirée.

Cette controverse  sur la confirmation du juge Kavanagh à la Cour suprême pèsera certainement  très lourd sur les élections de mi-mandat prévues pour le mois de novembre 2018.

Pour renchérir sur  le commentaire de notre fidèle lecteur (Eddy Cavé ) du Canada que nous venons juste de lire, nous dirions pour conclure que l’affaire Kavanaugh-Ford a en quelque sorte tiré la sonnette d’alarme  (wake -up call) aux votants - surtout les jeunes et les minorités- qui doivent prendre conscience que toute élection aux États-Unis a des conséquences majeures et que chacun de leurs votes est important voire nécessaire  à leur participation de loin ou de près aux décisions politiques de leur gouvernement, comme par exemple le choix d’un juge à la Cour suprême, ont rappelé en ces moments chauds les analystes politiques et autres personnalités comme Michelle Obama. En fait,  l’ex-première Dame est en train de se rendre de ville en ville afin d’encourager l’enregistrement de futurs votants pour les élections de mi-mandat du 6 novembre 2018.


Herve Gilbert herve.gilbert@gmail.com

Wednesday, September 26, 2018

PETROCARIBE, UN TROU SANS FONDS ET SANS FOND


Par Eddy Cavé
Ottawa, ce 24 septembre 2018

    Eddy Cavé      Fréderic Boisrond
Je viens de lire avec joie le très bel article intitulé « PetroCaribe, un trou sans fonds » de Frédéric Boisrond, l’auteur bien connu au Québec d’Au nom du peuple et du fric et du sain d’esprit. Je remercie vivement les nombreux amis qui me l’ont envoyé de partout ces deux derniers jours.

Excellente analyse, comme celles auxquelles nous a habitués ce jeune auteur que j’ai eu le grand bonheur de présenter le mois dernier au public d’Ottawa. C’était à l’occasion d’une journée du livre organisée par Mosaïque Interculturelle, et il nous avait parlé avec brio des relations haïtiano-américaines.

Bel esprit d’un raffinement peu commun, écrivain passé-maître dans l’art des jeux de mots, Frédéric a donné à PetroCaribe la définition la plus pittoresque que j’aie retenue : UN TROU SANS FONDS. Avec ou sans la lettre S, PetroCaribe est en effet  un trou où nos dirigeants ont englouti près de 4  milliards de dollars en une dizaine d’années.

Pour poursuivre la réflexion commencée par Frédéric, j’aimerais ajouter quelques commentaires à l'article. Ils portent sur ce qui m’est apparu dans un premier temps comme une sorte de laxisme ou une apparente crédulité des Vénézuéliens à l'endroit des Tèt Kale: En poussant un peu plus la réflexion, j’ai eu tendance à y voir un choix peut-être délibéré. Mes réflexions porteront pour cette raison sur deux périodes : la période Chavez et l’après-Chavez. 
La période Chavez
Michel Martelly et Laurent Lamothe au Venezuela
Quand Michel  Martelly et Laurent Lamothe ont commencé à gaspiller les fonds de PetroCaribe, au vu et au su de tous, y compris de la mission diplomatique vénézuélienne en Haïti, les dirigeants vénézuéliens n'ont rien fait pour les inviter à respecter leurs engagements. Ils se sont contentés de se balader avec eux en guayabera comme des enfants naïfs bernés par de vieux malins. Ils devaient pourtant savoir que non seulement le pouvoir avait été remis à ces populistes de droite par la Secrétaire d’État Hilary Clinton en personne, mais aussi que ces dirigeants s'appelaient eux-mêmes, sans la moindre gêne, des bandits légaux.

Il n'est pas interdit de penser que le désir d'aider Haïti était tel chez l’équipe de Chavez qu’elle préféra fermer les yeux et continuer à déverser son pétrole dans les ports de ce pays frère. Il n’est pas impossible non plus qu’elle ait délibérément choisi, pour des raisons stratégiques, de s’infiltrer dans la relation privilégiée existant entre les États-Unis et leurs créatures haïtiennes. Le genre de triangle où l’amour, la haine et l’intérêt font nécessairement bon ménage.


Une autre excuse qu’on pourrait trouver au Venezuela, c’est que, tard venu dans la coopération internationale, il n’avait pas encore appris les règles du jeu. Le Canada est passé par là dans les années 1970 quand l’équipe de Paul Gérin-Lajoie, le premier président de l’ACDI, a commencé à sillonner la francophonie (Afrique de l’Ouest, Haïti, etc.) et à financer des projets d’envergure sans mettre en place les mécanismes de contrôle appropriés.

À l’époque, j’étais étudiant en coopération internationale à l’Université d’Ottawa et les faux-pas de la jeune diplomatie canadienne dans l’aide publique au développement faisaient régulièrement l’objet de nos discussions en atelier. Le Canada était alors le dindon de bien des farces, finançant des projets bidon par-ci et par-là. Refusant également d’appuyer des projets extrêmement prometteurs pour la simple raison que les montants étaient trop petits pour pouvoir figurer dans les statistiques de l’aide publique au développement exprimées en millions de dollars. Gaspillage inimaginable pour une pensée saine, hier comme aujourd’hui!

À cet égard, il convient de rappeler l’échec monumental du Projet de développement rural intégré de la plaine de Petit-Goâve (DRIPP) en Haïti. Ce projet phare de l’ACDI a dû être abandonné en cours d’exécution dans les années 1970 parce que le gouvernement haïtien n’honorait pas ses engagements et que les Canadiens, nouveaux venus dans ce jeu macabre, se faisaient continuellement avoir sur le terrain. Une quarantaine d’années plus tard, le Venezuela s’est lassé prendre au même piège, sans toutefois pouvoir prétexter l’ignorance ou l’absence de précédents.


Les États-Unis sont également passés par là dans les années 1950. Les mésaventures qu’ils ont connues à ce chapitre dans le Sud-Est asiatique  ont été racontées dans un roman politique qui fit sensation durant la décennie suivante : The Ugly American, publié en  français sous le titre Le vilain américain. . On en a d’ailleurs tiré un film très instructif. Cette autocritique de la diplomatie américaine des années 1950 a inspiré un tas de correctifs et d’initiatives au gouvernement Kennedy par exemple, notamment la création du Peace Corp et de l’Alliance pour le progrès.

À la décharge du Venezuela, on pourrait alléguer que, dans le cadre d’une opération de solidarité Sud-Sud, il était permis de préjuger de la bonne foi et de l’intégrité du partenaire. Mais cela me paraît trop facile dans ce cas d’espèce. Comment un pays aussi proche que le Venezuela a-t-il  pu accepter, au mépris des principes les plus élémentaires de gouvernance, d’intendance et d’imputabilité, de continuer à injecter des centaines de millions de dollars dans un trou sans fond  comme l’Haïti des années 2010? « Un trou sans fonds » aussi, pour reprendre le mot d’esprit de Frédéric Boirond? En toute franchise, cela échappe à mon entendement. Sauf si l’on évoque l’hypothèse d’un choix stratégique délibéré. Dans ce cas, toutes les données du problème changent.

Ce qui est très amusant ici pour certains, c’est que nos filous du duo Lamothe-Martelly sont parvenus à jouer sur deux tableaux pendant cinq ans, bernant les Américains avec de belles protestations d’amour et ensorcelant les Vénézuéliens avec de vulgaires tours de passe-passe. Apparemment, ils n’y ont vu que feu. La tenue vestimentaire et les larmes de crocodiles des dignitaires haïtiens aux funérailles de Chavez ont fait le tour de la planète, pendant que, dans leur for intérieur, ils se mouraient surement de rire.

Dans cet ordre d’idées, je ne puis m’empêcher de penser aux calculs très astucieux de François Duvalier qui a toujours toléré l’existence de mouvements communistes clandestins au pays et qui a même eu en son sein des têtes d’affiche réputées communistes comme Dadou Berrouët, les frères Blanchet,  Roger Mercier, etc. Le calcul était d’avoir un mouvement communiste assez fort pour faire peur aux Américains, mais trop faible pour menacer la survie de son régime.

À preuve, le fameux « cri de Jacmel » en 1959, par lequel le dictateur naissant menaçait de passer à l’Est si le grand voisin laissait crever son peuple; son revirement dans les négociations de Punta del Este qui ont abouti à l’expulsion de Cuba de l’OEA en 1962; les massacres de Cazale et l’écrasement du Parti unifié des communistes haïtiens (PUCH) en 1969. Cette évocation de la méthode François Duvalier amène à une question fort intéressante : les mamours que les Tèt Kale, héritiers du duvaliérisme, font au régime Chavez ne sont-elles pas une variante des manigances de la politique continentale du vieux manipulateur? Si tel était le cas, il faudrait bien dire : Pitit Tig se tig.

L’ironie de ce spectacle n’a pas échappé aux journalistes haïtiens, comme le montre le compte rendu illustré des funérailles de Chavez publié sur le site de Radio Télévision Caraïbes sous le titre «  Martelly et Lamothe en chemise rouge « chaviste » à Caracas :
 Aux funérailles d’Hugo Chavez. À droite le ministre haïtien des Affaires étrangères
« Le duo Martelly/Lamothe, dont l’ancrage idéologique se situe nettement à droite, est à la tête de la délégation officielle devant représenter Haïti à la cérémonie funèbre aux côtés de représentants du monde entier. Le ministre des affaires étrangères, Pierre-Richard Casimir, le Sénateur Maxime Roumer et le Député Abel Descollines ont également fait le voyage. »

2) L’après-Chavez
Les observateurs de la scène politique étaient en droit de penser que, Chavez parti, les nouvelles autorités vénézuéliennes allaient s’assurer du respect des modalités du contrat de prêt.  C’est exactement le contraire qui s’est produit. Non seulement elles n’ont posé aucun acte en ce sens, mais l’ambassadeur Canino Gonzales accrédité en Haïti a affirmé d’un ton péremptoire que les fonds étaient bien gérés. Il a ainsi indiqué implicitement la nécessité d’élargir l’enquête pour y inclure les officiels vénézuéliens qui ont participé à la mise en place du mécanisme en Haïti, ainsi que les firmes vénézuéliennes qui ont exécuté un certain nombre de contrats gré à gré au pays durant les dix dernières années.

Dans un article publié dès le 13 décembre 2013 sur le site LE MONDE DU SUD // ELSIE NEWS, nous lisons ce qui suit :

« Pedro Antonio Canino Gonzalez, ambassadeur du Venezuela en Haïti, trouve que les fonds PetroCaribe sont bien gérés par les Tèt kale.».
Dans la recherche d’une tentative d’explication de cet empressement à dédouaner les responsables haïtiens, certains journalistes de la presse parlée sont allés jusqu’à se demander s’il n’y avait pas, du côté vénézuélien, une certaine complicité avec les dirigeants haïtiens.

Une fois de plus, le peuple haïtien s’est retrouvé seul.  Enfermé dans le triangle formé pas  les trois bailleurs de fonds que sont le  Venezuela,  l’USAID et le duo FMI-BID,  Haïti a continué de nager dans la corruption et de s’enfoncer à vue d’œil  dans l’extrême pauvreté. Pour les États-Unis, qui ont remis le pouvoir à Martelly, Haïti est un territoire sur lequel ils n’ont que des droits, tandis que les deux grandes institutions financières du continent y voient un simple terrain de chasse, un laboratoire d’expérimentation de leurs politiques de crédit.
Quant au Venezuela, qui pourrait être, comme Cuba, un allié dévoué et désintéressé, il semble complètement insensible au fait que ce sont les  générations haïtiennes de demain qui auront la lourde tâche de rembourser les fonds engloutis dans ce trou sans fond  par suite de sa tolérance à l’endroit d’un gouvernement gangrené par la corruption. Dans le brouhaha des voix qui s’élèvent pour dénoncer le scandale PetroCaribe, on entend de plus en plus de gens affirmer qu’Haïti ne saurait être tenu de rembourser l’intégralité de la dette si une enquête menée selon les règles de l’art apportait la preuve de complicités du côté du créancier.
À cela s’ajoute une tentative d’explication politique qui ne manque pas de pertinence. Pour certains, notamment l’auteur de l’article d’Elsie News, le Venezuela  voit en Haïti une colonie des États-Unis qu’il peut aider à se rebeller et sur lequel il veut laisser sa marque. Rien de plus. Que ce pays utilise les pétrodollars à des fins de développement ou à des fins d’enrichissement illicite, cela n’aurait pour lui aucune importance. Après tout, au risque d’encourir la colère du grand patron, Haïti n’a-t-elle pas exprimé publiquement sa solidarité avec le Venezuela lors des deux  tentatives d’expulsion de ce pays de l’organisation hémisphérique.
Par ailleurs, dans sa politique extérieure d’improvisations constantes et d’aberrations, Haïti a continué à repousser les avances de la Grande Chine et à entretenir avec Taiwan un flirt incompréhensible  en dehors des schémas de la corruption.
Dans le même temps, la République Dominicaine avale du terrain. Elle investit les fonds de PetroCaribe dans des activités lucratives de développement, rembourse ses dettes et signe avec la Grande Chine. Et ce qui est chez nous « un trou sans fonds et sans fond » est pour elle une manne qu’elle a su fructifier et qui produit déjà des dividendes.
Je termine en empruntant une réflexion à l’article précédemment cité tiré d’ELSIE NEWS : 

« Dans cette lune de miel Venezuela/ USA/Haïti, l'unique perdant reste et demeure le peuple haïtien, lequel n'a aucun contrôle […] dans le choix et la gestion des programmes d'USAID ni dans l'investissement  ou la comptabilité de l'argent de PetroCaribe. » 

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Impossible de conclure sans penser au procès de la Consolidation que le vieux général Nord Alexis a réalisé contre vents et marées en 1903 et qui tient lieu maintenant d’unique précédent et de source d’inspiration. En ce moment où le pays est une fois de plus menacé d’explosion et de disparition, c’est dans une courageuse remise des pendules à l’heure que nous devons rechercher notre rédemption et notre rémission. Et cela, seul un procès équitable, impartial et techniquement bien mené permettra d’y parvenir. Sinon, nous n’avons aucune chance de sortir de ce trou sans fond et sans fonds.