Il arrive parfois à l’homme de rentrer dans la mémoire du temps pour être en contact avec lui-même aux fins de faire abstraction du présent, d’où le refus de la situation régnante, surtout si elle travaille au détriment de la collectivité. C’est ainsi que je perçois la vision du Dr Samuel Pierre dans l’entrevue qu’il a accordée à Wendell Théodore, de l’émission Le Point, le 7 septembre écoulé, dans laquelle, il brasse la cage pour réveiller une nation endormie, voguant sur des éléments déchaînés.
Devant les questions en cascade de l’animateur inquiet, comme le pays d’ailleurs, le docteur ne se fait pas prier et fournit ses réponses encapsulées qui font mouche à tout coup. Résumons-en quelques facettes !
L’excuse du gouvernement : Comme l’État a fait son mea culpa face à son impuissance à redresser la caravelle en appelant l’International à sa rescousse, le Professeur remercie gentiment ce dernier pour sa franchise, tout en évoquant les deux options suivantes: se renforcer par l'ajout de nouvelles compétences ou passer le flambeau aux plus capables.
Le public rêve en couleur : Devant le peuple ostracisé et médusé qui se conforte dans des spéculations farfelues, telles que les mines de cobalt trouvées à Carrefour-Feuille, pour se donner bonne conscience, Samuel reconnaît le droit du simple citoyen de s'illusionner, mais pas aux scientifiques, pas aux élites, qui devraient procéder avec méthode à la recherche de la vérité. Sinon, on se ferme la trappe !
Le crime organisé : Quand est venu le moment de parler de la sécurité, le scientifique ne se fait pas prier. Il maintient qu’elle est un bien collectif. Par négligence et par individualisme, nous avons laissé le terrain aux gangs de tout acabit qui se sont organisés. Pour lui, c’est sans équivoque, il n’existe aucune différence entre gangs à sapate et gangs à cravate. Ils sont tous les mêmes bandits. Les plus cyniques s’occupent de la politique et pillent la caisse pour se remplir les poches. Le pays demeure un terreau fertile pour les fieffés criminels du monde qui font tous voile vers Haïti. Les éléments sérieux, puisqu’il y en a, qui pouvaient modifier l’ordre des choses, se terrent et vivent comme des zombis.
Qui est Samuel Pierre : C’est un savant qui fuit la politique comme la peste. Très apprécié au niveau international, les universités du monde entier, les conseils d’administration de plusieurs entreprises de haute technologie, ne savent à quels saints s’adresser pour l’attirer. Il répond toujours : niet ! Jalousement, les gouvernements canadiens et québécois veillent au grain. Plusieurs médailles d’honneur et des prix méritoires lui ont été décernés en reconnaissance de services rendus. En référence, je vous invite à lire Wikipédia ou cet article publié sur Le Nouvelliste du 14 juillet 2009, ou sur Haïti Connexion Network, intitulé : Dr. Samuel Pierre, un savant canadien venu d'Haïti
L’interview : C’est un entretien qui met en évidence l’intelligence de notre scientifique. À part quelques rares congénères de l’intérieur qui possèdent le curriculum du pays à son égal, 95 % des candidats à la présidence n’ont pas le dixième de sa connaissance de la situation. Au contraire, tel un refrain de carnaval, plusieurs vont s’approprier sa démonstration pour meubler leur campagne électorale. Préparez vos magnétophones et vous m’en direz tant.
En fait, c’est une entrevue hors-série que je vous invite à écouter avec attention. Car le professeur cherche à nous extraire de cette torpeur qui ankylose nos méninges et nous porte à accepter sans rechigner ce mal incurable qui semble sans issue. Le pays se meurt à petit feu, mais Samuel demeure confiant et garde l’espoir d’une éventuelle rédemption.
Max Dorismond
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