Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Wednesday, October 27, 2021

Quand les assoiffés du pouvoir se métamorphosent en caméléons

L’ambition du pouvoir quand tu nous tiens ! Voilà le devenir de notre Haïti. Dès la minute qu’on nomme un nouveau gouvernement, tous les poils se dressent sur le faciès de tous les ambitieux qui rêvent d'atteindre le paradis. Ils remisent à gauche de leur cerveau, tout sens moral, tout patriotisme pour grimper dans l’opposition en diabolisant le nouvel arrivant. 

Commence une lutte de tous les instants: pays lock, grève sauvage, incendies, Pè Lebrun, kidnapping, etc. À entendre la vocifération de Lambert que l’international et le pays en son entier avaient rejeté du revers de la main pour dossier impropre: crime, drogue, malversations, corruption, etc. On tombe à la renverse. Comme un chien enragé, il fait flèche de tout bois pour parvenir à sa fin. Pauvre Haïti ! Nous ignorons toujours la cause de cette expiation. 

Il tient mordicus à foutre Ariel Henri à la porte pour continuer la transition. Il nous laisse l’impression que la caisse du pays sera vide prématurément et il risque de ne pas trouver sa part. « Minute Ka Lambert », il n’y a pas de tempête en la demeure. Relaxe un peu. Ta part sera réservée. Donne une chance au pays ! Donne une chance à Haïti ! Nous vous invitons à lire ci-dessous un article exclusif de CNN.

HCC

Le leader du Sénat haïtien réclame la démission du Premier ministre

Une traduction de HCC  - Source :  Matt Rivers/CNN

Joseph Lambert lors de son interview à CNN 

M. Lambert a déclaré qu'il pensait qu'un nouveau gouvernement de transition devait être mis en place jusqu'à ce que des élections puissent être organisées, avec lui-même comme président par intérim. 

"Ce gouvernement ne représente pas ce dont nous avons besoin maintenant, nous avons besoin d'un large consensus avec tous les secteurs. Personne ne sera en mesure de gouverner Haïti sans un consensus plus large. C'est ce que nous avons dit et c'est ma position", a-t-il déclaré à CNN. 

Le bureau du Premier ministre a réagi en affirmant que M. Henry ne démissionnera pas. 

Nos portes restent ouvertes à tous ceux qui veulent nous rejoindre pour que nous puissions avoir des élections libres, équitables et crédibles. Notre gouvernement veut s'unir, pas se politiser", a déclaré le bureau dans une déclaration à CNN. . 

M. Henry est en poste depuis qu'un accord de partage du pouvoir a été négocié dans les semaines qui ont suivi l'assassinat du président Jovenel Moise le 7 juillet. 

Moïse a nommé Henry comme Premier ministre, mais il n'avait pas encore prêté serment au moment de la mort du président. Des semaines d'impasse politique ont suivi pour déterminer qui deviendrait le dirigeant de facto de la nation caribéenne. Lambert étant considéré comme l'un des prétendants, mais un accord soutenu par les États-Unis a finalement permis à Henry de devenir Premier ministre et à Claude Joseph, alors Premier ministre par intérim, de devenir ministre des Affaires étrangères. 

Depuis lors, M. Henry est confronté à une série de crises, notamment le pire tremblement de terre qu'ait connu Haïti depuis 2010, l'expulsion de milliers de migrants haïtiens des États-Unis et une augmentation des enlèvements liés à des gangs - dont celui de 16 missionnaires américains et un seul canadien, il y a plus d'une semaine. 

Cependant, la pénurie de carburant qui a paralysé le pays est peut-être celle qui a eu le plus d'impact. Les gangs, dont un groupe notoire appelé G9, ont pratiquement coupé l'accès aux principaux dépôts de carburant sur la côte du pays, empêchant la livraison dans tout le pays, paralysant la capitale Port-au-Prince. Les chefs de gangs ont appelé Henry à démissionner, affirmant qu'ils mettront fin aux blocages de carburant une fois qu'il aura quitté ses fonctions. 

Le sénateur Lambert lui-même a depuis longtemps eu des aspirations politiques pour le poste suprême d'Haïti. Bien qu'il ne soit pas le premier à demander au Premier ministre Henry de démissionner, ses détracteurs accusent l'homme politique haïtien de longue date de chercher maintenant à tirer profit des nombreuses crises du pays à des fins politiques. Il s'est également efforcé d'étouffer les rumeurs répandues selon lesquelles il travaillerait avec des gangs pour retarder l'arrivée du carburant, bien qu'aucune preuve n'ait été présentée publiquement. Dans le passé, les politiciens haïtiens ont souvent eu des relations avec les gangs du pays, les utilisant comme des outils politiques pour sortir ou supprimer le vote. 

"C'est totalement faux, ils ne font qu'accuser les opposants pour cacher leur propre incompétence", a répondu Lambert. "S'ils ont la preuve qu'il y a un politicien qui est derrière la violence, ils devraient l'arrêter et le traduire en justice." 

Après l'assassinat de Moïse, Lambert a mené une tentative ratée de s'installer comme président par intérim. Le Sénat haïtien a voté en sa faveur, mais le quorum n'était pas atteint, ce qui a suscité des interrogations quant à la possibilité de prendre cette décision. Haïti n'a pas organisé d'élections parlementaires depuis 2015, et seuls 10 sénateurs sont encore en poste. Moins de 24 heures après le vote du Sénat, Lambert a fait marche arrière et a déclaré que son assermentation avait été reportée. Le mandat de Lambert au Sénat expire en janvier prochain.

Source: CNN


Friday, September 17, 2021

"Lakay se lakay" - On est heureux que chez soi - Martine veut rentrer au bercail

Martine Moïse sur le plateau de WPLG  le 15 septembre 2021

Une traduction de HCC de la version orginale anglaise Newsweek 

 L’ex-première dame d'Haïti, veuve Martine Moïse décide de rentrer en Haïti malgré le danger : "C'est peut-être l'enfer, mais c'est chez nous", a-t-elle soutenu. 

Elle a déclaré qu'elle avait l'intention de rester dans son pays natal, même si la crainte d’une deuxième tentative d'assassinat contre elle, se justifie.

Quel autre endroit ai-je ? a déclaré Mme Moïse lors de l'interview sur WPLG diffusée mercredi soir. C’est chez soi qu’on est le mieux. C'est peut-être l'enfer, mais c'est chez moi."

 

Madame était venue à Miami, en Floride, pour recevoir des soins médicaux suite aux blessures écopées  lors de l’attaque de sa résidence dans la soirée du 7 juillet au cours de laquelle son mari, le président Jovenel Moise a été assassiné. Depuis lors,  elle réside  aux États-Unis , mais était retournée en Haïti pour les funérailles.

 

Elle a subi des blessures par balle aux bras et à la cuisse et d’autres plus graves à la main et à l'abdomen. Elle a quitté l'hôpital le 17 juillet. Ses blessures l’ont handicapée en rendant son coude droit non fonctionnel. Elle portait une attelle au bras droit pendant son interview télévisée. Connaissant le diagnostic, elle a déclaré que son bras droit resterait courbé mais non pliable.

 

Toujours au cours de l’entrevue, elle continue, "Je n'étais pas censée être en vie cette nuit-là. Donc je suis toujours en danger, c'est ce que je pense". 


L’intégralité de l’interview de Martine Moïse sur le Channel10 (WPLG)

 https://www.local10.com/news/local/2021/09/16/watch-martine-moises-full-interview-with-local-10-news/


L'attaque hautement coordonnée par un groupe super entraîné et lourdement armé" s'est produite à 1 heure du matin, heure locale, le 7 juillet, selon le communiqué du Premier ministre par intérim du pays. Au moment de l'attaque, elle et son mari dormaient dans leur résidence privée de Port-au-Prince. 

Martine Moise a déclaré à WPLG (Local 10) qu'elle avait ses propres soupçons quant à l'identité du commanditaire de l'assassinat. Cependant, elle a refusé de nommer quelqu’un pour ne pas interférer avec l'enquête en cours. 

"Le président voulait qu'Haïti soit démocratique", a-t-elle déclaré, en parlant de son défunt mari. "Il voulait en finir avec la corruption qui gangrène le pays jusqu'à l'os. Et vous savez, en Haïti, il y a beaucoup de gens puissants qui baignent dans cette magouille. Donc il s’est créé beaucoup d'ennemis". 

Plus de 40 suspects ont été arrêtés en lien avec l'assassinat, a rapporté l'Associated Press. Les autorités continuent de rechercher d'autres. 

Le 14 septembre, le procureur général d'Haïti a demandé à un juge d'inculper formellement le Premier ministre Ariel Henry dans l'assassinat de l'ancien président. Les enquêteurs ont découvert que Joseph Badio, un des principaux suspects de l'assassinat, a appelé Henry à deux reprises dans les heures qui ont précédé le meurtre du président.

Herve Gilbert

Friday, February 21, 2020

François Nicolas Duvalier, se prend il au sérieux?

François Nicolas Duvalier à l'émission  Le Point  le 18 février 2020

Par : Guerby Dujour.

Télé Métropole n'aura pas fini d'étonner la République.  Après son interview bancale avec Jovenel Moïse le mois dernier, celle-ci nous a offert un Nicolas Duvalier aussi insipide qu'une bouillie pour les chats, hier Mardi 18 Février 2020. En vérité, même les Jeanclaudistes avaient préféré une blague de Ti Bato à cette interview qui aura été un désastre verbal digne d'un poulbot, un cambrien portant veston et cravate. 

Le petit fils du tyran qui assume  fièrement l'héritage des années de plomb du despotisme Duvalierien, se veut l'apôtre de la paix et de la réconciliation. Haïti survivra, a t-il tancé. Une façon pour lui de rappeler, sans le dire, qu'Haïti est sous la coupe réglée d'un ignard rébutant. Un massacreur impitoyable, Jovenel  Moïse, jouissant des bonnes grâces du yankisme qui se fout de la destinée d'un pays nègre qui s'appelle Haïti. 

Le journaliste Wendel Théodore  et Nicolas Duvalier lors de
l'interview le 18 février 2020.                                                 
Nicolas Duvalier était dans son assiette lors de cette interview de bon voisinage au point d'aller de salades en salades. On dirait deux coiffeurs qui se rasaient gratis. Wendell Théodore était sage comme la Joconde. Il n'a pas daigné insister lorsque le fiston Duvalier refusait de citer le nom de cette université parisienne où il prétend avoir fait des études. Il n'a pas voulu scalper le fils du léopard, responsable dans une très large mesure du désarroi national. Ce léopard qui, aujourd'hui, est entrain de nourrir des vers. Wendell Théodore a fait de son mieux pour tirer le sublime du trivial. Mais, hélas. Haïti, pays vraiement spécial. Pays de larmes au fous rires. Pays ou l'amnésie ne tue personne. 

Nicolas Duvalier, en effet, n'épate personne. Pas même sa mère, Michelle Bennett.  L'ex première dame aux mains balladeuses. Son verbe étant trop pauvre, ne fait aucun écho. Le type est peut être physiquement lourd, mais politiquenent léger comme de la paille. La dialectique n'étant pas son fort, le malheureux se répète à tout vent et se fait champion de phrases courtes dépourvues de substance. 

Revenu de la France après 25 ans d'exile en 2011, Nicolas Duvalier donne l'impression qu'il souffre d'une bibliophobie morbide. Autrement,  il aurait attiré le gotha local. Au contraire, il s'éclipse jour après jour.  

Est il l'un des pions de l'internationale qui depuis plusieurs décennies nous impose ses valets de service comme dirigeants? On se pose la question quand on sait que cette communauté internationale opte pour la destruction définitive d'Haiti.  Michel Martelly ,cette expression vaste et vivante de la débandade et de  l'immoralité agissante, en est il pas un parfait exemple?
Attendons voir.

Guerby Dujour.

Monday, April 2, 2018

Pourquoi Sarkozy est-il intervenu en Libye ?

"La notion de 'guerre privée' traverse l'esprit"
Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy, lors du sommet du G8 le 10 juillet 2009
Pour Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, la mise en examen de Nicolas Sarkozy permet une autre lecture de la guerre en Libye. Interview.

Par Sarah Diffalah

La mise en examen de Nicolas Sarkozy dans l'affaire libyenne a fait remonter des interrogations quant aux raisons du déclenchement, en 2011, de la guerre en Libye. L'ancien président de la République se serait-il engagé dans une intervention militaire pour effacer les traces d'un financement illégal libyen de sa campagne de 2007 ? "On peut légitimement se poser des questions, connaissant l'ampleur de cette affaire et les liens tissés entre Kadhafi et Sarkozy, sur les raisons privées de cet acharnement militaire, dont on peut se demander aussi s'il ne s'agissait pas d'effacer des traces et des témoins gênants", a dit Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, qui a enquêté pendant sept ans sur ces soupçons de financement.

Rony Brauman, cofondateur et ancien président de Médecins sans frontières, auteur de "Guerres humanitaires ? Mensonges et intox" (Editions Textuel), estime lui aussi que cette mise en examen est l'occasion de faire une autre lecture de cette intervention militaire et appelle à l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire. Interview.

Dans une récente interview, vous dites que la mise en examen de Nicolas Sarkozy est une "occasion de revisiter les circonstances dans lesquelles la guerre en Libye a été conduite". Que voulez-vous dire ?

La relation qu'entretenait Nicolas Sarkozy avec Mouammar Kadhafi a été rompue dans des circonstances inédites. Alors que le dirigeant libyen était un partenaire proche, une opportunité d'ouverture stratégique sur l'Afrique, le consommateur de nos principaux biens dans le nucléaire, il est devenu, du jour au lendemain, l'ennemi numéro un à abattre. Cette bascule mérite d'être analysée et comprise.

Jusqu'à présent, personne n'a été en mesure de donner une explication rationnelle. Les relations financières entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi pourraient être une explication. Et surtout, je vois dans cette réouverture du dossier franco-libyen, au sens politique, l'occasion de revenir sur les bobards propagandistes qui ont été martelés en mars 2011 et qui ont servi de préparation psychologique à une entrée en guerre visant, manifestement, à renverser ce régime.

Quels sont ces mensonges ?
Le premier d'entre eux a été le bombardement par l'aviation libyenne de manifestants pacifiques qui défilaient à Tripoli en solidarité avec Benghazi. Je ne sais pas s'il y a eu ou non manifestation, mais ce dont je suis absolument certain, car c'est étayé par des témoignages et par une reconnaissance de la Maison-Blanche, c'est qu'il n'y a jamais eu d'action aérienne libyenne, ni à Tripoli, ni ailleurs. C'est un mensonge diffusé par la chaîne Al-Jazeera, la voie du Qatar qui a mis tout son poids financier et diplomatique pour 'neutraliser' Mouammar Kadhafi.

Quelques jours plus tard, on apprend que des charniers refermant 6.000 corps viennent d'être découverts. Là encore, aucune photo n'est venue confirmer cette information. Cette affirmation a été prise pour une vérité, que personne ne pouvait remettre en question et faisait monter la pression.

Enfin, et ça va très vite, après la reconnaissance, le 10 mars, du CNT – dont on n'avait jamais entendu parler – comme gouvernement transitoire, on nous dit qu'une colonne de chars fonce sur Benghazi, que la ville va être rayée de la carte. Et pourtant, ni les satellites, ni les avions d'observation ne voient cette colonne de chars qui est censée progresser dans une région totalement désertique, aride et parmi les régions les plus photographiées à ce moment-là.

C'est pourtant sur la foi de cette menace que, le 19 mars, la France envoie ses Rafale attaquer, non pas une colonne de chars qui se dirigent vers Benghazi, mais quatre chars qui sortaient de la ville et qui avaient déjà été mis en déroute par des rebelles armés.
Cette séquence de mensonges, acceptée par l'opinion, une bonne partie de la presse et des responsables politiques y compris l'opposition, doit être revisitée.

A l'époque, on n'avait pas pu vérifier les informations rapidement, mais aujourd'hui il serait intéressant de revenir sur la perméabilité mentale dont on a fait preuve face à ces affirmations totalement fabriquées.

En quoi la mise en examen de Nicolas Sarkozy pourrait-elle, selon vous, être liée de près ou de loin à une sorte de "guerre privée", comme l'a évoqué Mediapart ?

Je me garderai bien de répondre à cette question. Nous verrons bien ce que l'instruction, voire le procès, donneront. Mais cette notion de "guerre privée" traverse immanquablement l'esprit. On peut se demander si Nicolas Sarkozy ne réglait pas un compte avec quelqu'un qui aurait été susceptible de le faire chanter ou qui avait déjà commencé à le faire. Des millions d'euros étaient en jeu. Sans compter sa position symbolique et sa réputation politique.

Ce qui expliquerait que la France ait lâché du jour au lendemain Mouammar Kadhafi ?
Jusqu'en janvier 2011, une compagnie française livrait un logiciel de surveillance électronique au régime de Kadhafi. Un logiciel qui relève des questions de sécurité et qui est forcément passé par le filtre des commissions gouvernementales d'exportation de matériels sensibles. La France et la Libye filait une parfaite lune de miel. Quelque chose s'est passé là, fin janvier.

N'a-t-on pas, malgré tout, évité un massacre comme le plaident encore de nombreux anciens partisans de cette guerre ? N'a-t-on pas plus prosaïquement surévalué la situation en toute bonne foi ?

Non, on a surévalué la situation à la suite d'allégations déjà mensongères. Les chars aux portes de Benghazi ne sont pas en soi un mensonge. En effet, il y avait une trentaine de chars, selon les informations que j'ai pu recueillir, qui étaient stationnés là depuis longtemps. Mais ce n'était pas une colonne qui se dirigeait vers Benghazi. C'était une position de blindés à la sortie de Benghazi. Ils ne pouvaient pas représenter une menace sérieuse sur une ville d'un million d'habitants, étendue sur près de 300 km², dont une partie des habitants, quasi entièrement acquise à l'opposition, avaient déjà un savoir-faire militaire, et qui avaient attaqué deux casernes leur permettant de s'armer.

En comparaison, ce sont des milliers de chars qui ont déferlé sur Budapest en 1956 et des douzaines de milliers d'hommes. Et pourtant, ils ont mis un certain temps à réduire une rébellion pacifique !

Il y a eu un double bluff à Benghazi : le caractère urgent et impératif d'une intervention et l'exagération d'une menace qui était en fait très limitée. On a fait mine de prendre au pied de la lettre la rhétorique ignoble et guerrière de Saïf al-Islam qui parlait de "rivières de sang" qu'il allait "faire couler dans les rues de Benghazi" pour réduire "la rébellion terroriste". Mais ce n'étaient que des mots. Personne, correctement informé, ne pouvait ignorer qu'il n'avait pas les moyens militaires pour mettre à exécution ses menaces. C'était une façon de bomber le torse.

Je ne crois donc pas du tout que cette menace a été brandie de bonne foi. Elle servait un propos d'entrée en guerre, pour installer un climat d'urgence vital, propice à suspendre toute possibilité de délibérations, toute distance critique, toute volonté d'analyse de la situation, au nom de l'impérieuse nécessité de procéder à un sauvetage, sans quoi des dizaines de milliers de morts auraient été à déplorer. C'est un chantage moral qui a fonctionné.

Aurait-on pu faire autrement, s'il y avait eu toutefois un doute sur les intentions du régime de Kadhafi ?

Bien sûr. On n'était pas face à une alternative fermée entre le spectacle contemplé passivement de la mort infligée ou l'entrée en guerre. Il y avait, par exemple, vu le déploiement qui était déjà à l'œuvre en Méditerranée, le groupe aéronaval qui permettait de faire voler au-dessus de la colonne de chars – si elle existait – des avions et des hélicoptères d'assaut pour envoyer des messages dissuasifs. Tout ça pouvait être assuré sans coup férir.

Mais ce n'est pas ce qu'on voulait : on voulait porter des coups. Nicolas Sarkozy voulait sa guerre d'Irak. Après tout, il avait soutenu Bush dans son invasion en Irak en 2003. Il se situait dans ce courant néoconservateur, où l'usage de la force peut être vertueuse et enclencher la démocratie.

Et quid de la mort de Kadhafi ?
La mort de Kadhafi renforce ces questions. Quand on parle du financement par Kadhafi de la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007, on pense immédiatement aux circonstances dans lesquelles le chef libyen a été abattu. Il s'agit d'un meurtre. Avec préméditation.

Rappelons les faits : Mouammar Kadhafi sort de la ville de Syrte dans un convoi civil. Il est attaqué par une escadrille de l'Otan. Son véhicule est touché. Il est blessé. Il sort et est capturé par la rébellion. Il est battu et transféré à Misrata. Il est mis à mort, il n'y pas de doute là-dessus. On ne peut pas s'empêcher de se demander pourquoi ?

C'était quand même une sacré prise. La CPI était déjà mobilisée et on sait qu'il y avait des forces françaises au sol, cela n'a jamais été démenti. Je dis donc que toute personne sujette à un chantage a un premier réflexe : comment se débarrasser de lui ? Surtout si on n'a pas envie que l'enjeu du chantage soit exposé sur la place publique. Donc oui, ça vient renforcer cet esprit de suspicion. 

Que répondez-vous à ceux, comme Bernard-Henri Lévy, qui soutiennent que sans intervention en Libye, on aurait pu avoir une situation comparable à la Syrie, avec ses milliers de morts et ses myriades de groupes djihadistes ?

C'est en accusant Saddam Hussein d'avoir utilisé des djihadistes, en envahissant son pays, qu'on a accéléré le problème djihadiste en Irak. Les remèdes ont été pires que le mal qu'on voulait corriger. Donc je ne vois pas la force de cette argumentation.

Par ailleurs, la Libye n'a pas le voisinage de la Syrie, l'implication de dizaines de pays dans le conflit. La Libye aurait pu évoluer comme la Tunisie. Bernard-Henri Lévy, puisque vous le citez, ferait mieux de s'interroger sur les énormités qu'il a proférées à l'époque plutôt que sur des schémas alternatifs, et faire de l'histoire contrefactuelle. Une histoire libyenne était possible, selon d'autres schémas moins désastreux que celui de la Syrie.

Pour dissiper les doutes, la Grande-Bretagne a réalisé une enquête parlementaire. En France, on en est loin. Comment l'expliquez-vous ? Un manque d'autocritique ?

L'autocritique est toujours un exercice difficile. Ça se comprend. Mais le Parlement est là pour faire de la politique et contrôler l'exécutif, pas de la psychologie. Or en France, le Parlement a des pouvoirs d'investigation limités. Il est temps de sortir de ce système et de donner au Parlement plus de prérogatives, en particulier sur l'acte le plus fort, celui de décider d'entrer en guerre contre un autre Etat.

"Juridiquement béton" : qui sont les juges en charge de l'affaire libyenne ?
Nicolas Sarkozy a engagé une guerre contre la Libye et décidé d'abattre son régime avec l'approbation de 80% du Parlement. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles les parlementaires ne se pressent pas pour créer une commission d'enquête qui les mettrait en cause eux-mêmes.


Il est important que le Parlement de mon pays enquête sur cette guerre aux conséquences désastreuses, même si elle a été menée avec beaucoup de précaution du point de vue militaire. La vérité juridique établie par les juges peut ensuite coïncider avec la vérité historique et politique dont le Parlement doit se saisir.


Propos recueillis par Sarah Diffalah


Sarah Diffalah

Sarah Diffalah
Journaliste

Wednesday, May 10, 2017

Samuel Pierre nouveau lauréat de la science francophone

Le lauréat du prix Mohamed El Fasi a été annoncé le 26 avril dernier. Il s'agit d'un Canadien d'origine haïtienne, Samuel Pierre, ingénieur en technologies de l’information et de la communication.
L’ingénieur en technologies de l’information et de la communication, Samuel Pierre, est le nouveau lauréat du prix Mohamed El Fasi. L’annonce en a été faite ce 26 avril 2017 par l’Agence universitaire de la Francophonie, qui délivre le prix tous les quatre ans.
Samuel Pierre, expert canadien d’origine haïtienne, est professeur titulaire au département de génie informatique et génie logiciel de l’Ecole polytechnique de Montréal. Il est également expert pour l’Organisation internationale de la Francophonie depuis cinq ans.
Avant cela, il a suivi à Montréal des études en mathématiques-informatique, en sciences économiques, en génie civil et en génie électrique. Il a déjà été distingué à plusieurs reprises, notamment par l’Institut canadien des ingénieurs. Il est également membre de l’Ordre du Canada.
Par ailleurs, Samuel Pierre est l’un des fondateurs et président du Groupe de réflexion et d'action pour une Haïti nouvelle, dont l’objectif est « de formuler des propositions concrètes aux instances concernées par la reconstruction d'Haïti, en se basant sur des réflexions menées selon une approche participative, en mettant à contribution les expertises et sensibilités disponibles tant à l'intérieur qu'à l'extérieur d'Haïti. »
Le prix Mohamed El Fasi a été créé il y trente ans, en 1987, en hommage à l’un des membres fondateurs de l’Agence universitaire de la Francophonie. Il récompense le travail d’une personnalité marquante des réseaux de la Francophonie, indique l’agence.

Samuel Pierre : s'intéresser aux retombées de la science sur la vie concrète des gens

TV5Monde : Quel est l'objet de vos recherches ?
Le point central de mon travail, dans lequel je suis spécialisé, est la gestion de la mobilité dans les réseaux mobiles. En termes simples, cela signifie que lorsque nous appelons quelqu'un avec un cellulaire, il faut le retrouver là où il se trouve sur la planète, pour pouvoir établir la communication téléphonique. Mon travail de recherche consiste à mettre en place des algorithmes et des protocoles de communication qui permettent de retrouver cette personne-là et d'établir le contact.
A coté de cela, je travaille sur le développement d'applications et de méthodes pour exploiter des infrastructures mobiles, et sur le télé-apprentissage, e-learning en anglais, pour permettre aux gens d'apprendre à distance sur les infrastructures technologiques.
TV5Monde : Que doit vous apporter ce prix ? Il est doté de 15000 euros. Pensez-vous les utiliser pour vos recherches ?
Ce prix souligne mon travail de chercheur, mais couronne l'ensemble de ma carrière et comporte plusieurs aspects. Il y a la recherche, qui est l'aspect le plus important, mais il y en a d'autres comme l'implication, le travail de coopération et de développement... Et je suis très impliqué dans le développement. Je suis le scientifique qui s'intéresse aux retombées de la science sur la vie concrète des gens.
A ce titre, j'ai plusieurs projets, dont l'un qui me tient particulièrement à cœur en Haïti, mon pays d'origine. Il s'agit d'une cité du savoir. C'est un projet très ambitieux où nous voulons, sur un même espace, regrouper un centre d'excellence universitaire et un complexe scolaire avec un centre de la petite enfance ainsi que des écoles primaire, secondaire et d'enseignement professionnel, un secteur de service comprenant un incubateur d'entreprises, une résidence pour les étudiants et pour les professeurs, du service à des entreprises, un centre sportif. Plus un quatrième secteur, agricole.
Ce projet va s'échelonner sur plusieurs années. Il a d'ailleurs déjà démarré et il occupe une bonne partie de mon énergie à la fois physique et mentale.

TV5Monde : Existe-t-il une réalité de la science francophone ?
Pour moi, il n'y a pas une science francophone. Il y a une science tout court, portée par des personnes qui ont des langues d'appartenance très diverses. Si des fois, nous choisissons de publier des articles en anglais, c'est peut-être pour des exigences d'exposition des travaux et d'une meilleure circulation des idées. Mais celles-ci sont portées par des personnes qui sont elles-mêmes porteuses d'une langue.
Dans mon cas c'est le français. Je vais très régulièrement à des conférences où c'est l'anglais qui est la langue d'usage, mais à part les moments de présentation, les échanges se font dans les langues qui conviennent aux personnes. Dans mon cas, c'est le français. C'est donc une combinaison. Il y a des langues d'origine que nous sommes a priori portés à utiliser dans la vie quotidienne. Mais quand vient le moment d'étendre le champ de partage à l'échelle de la planète, nous convenons qu'il y a des langues qui s'y prêtent mieux et nous les utilisons. Elles deviennent des langues d'usage pratique. C'est une commodité pour faciliter la parole à plus d'un nombre.
Source : tv5monde