HCC- Une trilogie de lettres destinée à élever la réflexion de nos lecteurs à son plus haut niveau.
Au fil des rubriques de HCC, nous faisons de notre mieux pour gâter nos lecteurs avec des textes
fouillés, bien équilibrés et soigneusement illustrés.
HCC - Une érudition immense dans les domaines : « de la politique, de l'histoire, des religions, de la culture et des arts en général. »
Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte...
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Vendredi
soir, 25 novembre, attablé avec quelques amis dans un restaurant, au cours d’une
discussion presque prémonitoire, l’île de Cuba s’est invitée à la conversation.
Tout y passa, nos vacances sur l’île de Castro, l’inévitable comparaison avec
Haïti etc… Sans doute, au même moment, le Líder Máximo avait déjà fermé ses
yeux pour toujours. Le monde perd ainsi
une figure transcendante. Paix à son âme !
L’un
de mes interlocuteurs insistait lourdement sur la vétusté des immeubles
institutionnels, de la dégradation de la vie et sur tous les aspects négatifs de la vie à Cuba. Après l’avoir
écouté attentivement, je lui ai expliqué qu’à mon avis, pour comprendre Cuba,
il fallait s’élever au delà de notre système capitaliste, transcender notre
culture consumériste pour saisir avec objectivité les paramètres de la vie
cubaine qui nous échappent.
Le père de la révoulution cubaine
En
effet, nous avions, tous au départ, regardé Cuba avec les yeux du touriste
néophyte. Après quelques séjours, je m’en suis fait ma propre idée. Plusieurs Cubains, s’exprimant en français et
en anglais, se font souvent un plaisir
de nous ramener sur terre. Certains, parfois, se laissent aller aux confidences
et finissent par apprendre aux visiteurs maintes choses sur les us et coutumes
du pays, la misère des uns, le bonheur des autres etc... Quelques-uns sont
directs, d’autres utilisent des métaphores pour faire passer leurs messages, à
l’exemple de notre guide qui nous contait cette blague en guise d’adieu :
« Un américain était arrivé au ciel.
Saint Pierre avait déroulé le tapis rouge. C’était la fête et la farniente
durant une semaine : grandioses réceptions, de superbes nanas, des filles
à gogo, bamboche tropicale. C’était le temps de l’insouciance. De retour sur
terre, lassé de la routine habituelle, la nostalgie de ce premier séjour imposa
un nouveau départ au pays du très bon Saint. Une fois là haut, c’était la
chaleur étouffante de l’enfer qui devint son monde. Sans fard et sans
ostentation aucune, la vie devint inacceptable. Il déposa ses griefs devant les
instances concernées pour s’entendre dire que la semaine précédente, il était un
touriste, maintenant, il était devenu un résident ». Paf !
Fidel et Raùl Castro
De
retour sur notre sujet d’un soir, nous n’allons pas jouer à l’autruche et avons
reconnu sans ambages que la période révolutionnaire a été très dure pour les
Cubains. Beaucoup ont laissé leur peau. L’île était
dirigée d’une main de fer par son nouveau maître comme Haïti sous le règne des
Duvalier, de 1957 à 1986. En fait, les surnoms ou quolibets, qui ont été accolés
à Fidel depuis le début jusqu’à sa mort, dénotent qu’une « révolution n’est pas un lit de rose sur
lequel on s’allonge pour rêver 1 ». Derrière les portes close, on le surnommait : El
Loco (le fou), El Caballo (le cheval), El Payaso (le clown) et hier encore, El
Coma Andante (le coma ambulant).
Les frères Castro ont misé sur l'éducation de leur concito yens en éradiquant l'analphabétisme.
Mais qu’est ce qui
en est résulté, après cette meurtrissure : un pays sous perfusion, mais
pas un pays affamé. Le Cubain mange à sa faim et reçoit une ration de vie à
chaque quinzaine. Plusieurs maisons sont vétustes, mais personne ne dort à la
belle étoile. Le soir venu, le citoyen ou le touriste peut circuler sans jeter
un œil furtif par dessus son épaule. L’organisation sociale, physique etgéographique ne laisse pas à désirer. Par exemple,
le passage du cyclone Matthew, bien que catastrophique, ne provoqua aucune
perte de vie humaine. La question de couleur est presqu’inexistante.
L’exclusion à cause de la couleur ou de la race est bannie des programmes
sociaux sous peine de punition. Les mendiants sont rares, sauf à la capitale, la
Havane, où j’avais croisé quelques-uns épars. Dans les autres villes ou villages,
c’est une entité rarissime. Le jeune cubain d’aujourd’hui, fier et altier,
instruit et polyglotte, rencontré dans les hôtels à titre d’employé, partage
une autre philosophie, une autre conception de la société et du monde. Il est
aux antipodes de la pression socio-économique qui nous empoisonne l’existence. La course folle après l’argent qui fait de
nous les champions incontestés de la corruption est absente de ses
préoccupations quotidiennes. La concurrence individuelle, qui motive et régule
notre vie, n’est pas son apanage. A preuve, j’ai rencontré dans l’arrière pays
d’Haïti, en pleine campagne, quelques médecins cubains, se confondant et se
métamorphosant dans le quotidien des paysans. Ils passeraient inaperçus si un
bon samaritain ne les avait signalés à notre attention.Ceci incite à réfléchir sur la portée de
chaque concept. Malgré un embargo de plus de 50 années, les frères Castro ont
misé sur l’éducation de leurs concitoyens en éradiquant l’analphabétisme. Un
programme gratuit et obligatoire pour
tous jusqu’à l’université a été instauré. Trois activités productives ont
maintenu Cuba en vie : l’agriculture, la production de médicaments et le
tourisme.Pour ce dernier secteur, la
sécurité et la propreté du pays aidant, les vacanciers ne se font pas prier.
Les forfaits « tout compris »
comblant totalement leurs besoins primaires, les touristes avisés débarquent
sur l’île en masse.
Alors voilà !
A-t-on besoin d’être un adepte du communisme pour réaliser la plupart de ces
programmes ? Bien sûr que non. Il suffit à tous d’éprouver un réel amour
pour son pays et d’avoir la corruption en horreur. Ainsi, en s’inspirant des
réalisations cubaines, Haïti pourrait offrir à ses fils une ère d’humanité, au lieu
de leur payer, par cupidité, par couardise et par ignorance, un billet tout droit pour l’enfer.
Disons, non pas adieu, mais au revoir à Fidelqui nous a donné tant à voir, à
réfléchir, à méditer et à comparer. Souhaitons, comme il l’espérait, que
l’histoire l’absolve.
Fidel
Castro, père de la Révolution cubaine et dirigeant du régime communiste pendant
près de cinq décennies, est mort vendredi 25 novembre à l’âge de 90 ans, a
annoncé son frère Raul à la télévision cubaine. Il avait été forcé par la
maladie à se mettre en retrait de la vie publique en 2006, puis à céder officiellement
la place à son frère cadet Raul Castro deux ans plus tard.
Fidel Castro et son armée pendant la marche vers La Havana
Fidel Castro : « Autant détesté qu’aimé », pour la presse américaine
Les médias
américains le décrivent comme un « leader répressif » mais aussi
comme le « tourment » d’une dizaine de présidents des Etats-Unis
En 2006,
c’est par la télévision que les Cubains ont appris que Fidel Castro s’était
résigné à déléguer « provisoirement » ses pouvoirs à
un groupe de dirigeants emmenés par son frère Raul Castro. Un lundi soir, le 31
juillet, les téléspectateurs ont découvert le visage inexpressif de Carlos
Valenciaga, le secrétaire privé du père de la révolution cubaine, qui lisait
une « proclamation » signée du Lider Maximo lui-même.
« Des jours
et des nuits de travail continu, pratiquement sans sommeil, ont soumis ma
santé, qui avait pourtant résisté à toutes les épreuves, à un stress extrême,
disait le texte. Cela m’a provoqué une crise intestinale aiguë avec des
saignements continus, ce qui m’a obligé à affronter une opération
chirurgicale complexe. »
Le
diagnostic, tout comme l’évolution de la maladie et le traitement adopté, ainsi
que le lieu de l’hospitalisation, ont été d’emblée considérés comme « secret
d’Etat ». Il a fallu des mois pour apprendre que la première intervention
chirurgicale avait eu lieu le 27 juillet. La Havane a attendu quatre jours
avant de se décider à communiquer.
Les
déclarations rassurantes de son entourage, qui évoquaient son « rétablissement
», n’ont pas empêché les spéculations. Pas plus que les embarras
terminologiques du régime, déterminé à bannir les mots « succession » et «
transition ». Des photos, puis des vidéos, distillées au compte-gouttes,
étaient censées démontrer les progrès de la convalescence, alors qu’elles
prouvaient tout simplement que le malade, très affaibli, restait en vie.
Retour en images d’archives sur la vie du Líder Máximo, dernière figure de la Guerre Froide.
«
Irremplaçable »
La durée de
la passation de pouvoirs « provisoire » a fait l’objet d’ajustements
qui ont entretenu le suspense. La célébration de ses 80 ans, le 13 août 2006,
fut ainsi renvoyée au 2 décembre 2006, anniversaire du débarquement du
Granma, qui marque le début de la guérilla de la sierra Maestra. Lors du
sommet des pays non alignés, le 15 septembre 2006 à La Havane, Fidel
Castro reçut à son chevet le président vénézuélien, Hugo Chavez, et le
secrétaire général des Nations unies à l’époque, Kofi Annan.
La veille du
Nouvel An 2007, un message du Lider Maximo assurait toujours que sa
convalescence était « loin d’être une bataille perdue ». « Fidel est
irremplaçable », ne cesse de déclarer le successeur, dont le nom est inscrit
dans la Constitution, Raul Castro, le frère cadet, qui adopte un profil bas,
conforme à sa personnalité, et qui ne deviendra définitivement le chef de
l’Etat que le 24 février 2008. Quant au titre de premier secrétaire du parti
unique, il ne lui reviendra qu’en avril 2011.
Depuis mars
2007, la presse cubaine reproduisait en « une » les « Réflexions » du camarade
Fidel, qui semblait réduit à un simple commentateur de l’actualité. La réalité
était plus complexe. Transformé en statue du Commandeur de son vivant, Fidel
Castro pouvait encore faire tomber des têtes, et non des moindres, comme dans
les cas du vice-président Carlos Lage et du ministre des relations extérieures
Felipe Pérez Roque, limogés en 2009.
Mais, la
plupart du temps, l’ancien Lider Maximo se limitait à gloser sur les dépêches
d’agence narrant le cours du monde, sans prendre position sur les changements
introduits à Cuba par l’équipe de Raul Castro.
Le
patriarche avait troqué son treillis de combat pour le survêtement Adidas. Pour
la première fois, les Cubains apprennaient l’existence d’une épouse cachée,
Dalia Soto del Valle, avec laquelle il avait eu cinq enfants. Quant aux
visiteurs illustres de La Havane, aucun ne refusait de figurer dans l’album
photos d’une légende. Peu leur importait combien de sang elle avait versé.
A Cuba,
Fidel Castro a été, pendant presque cinq décennies de pouvoir absolu –
le plus long règne de l’histoire contemporaine –, la «
parole qui oriente ».
Le président François Hollande a réagi à la disparition de Fidel Castro, mort vendredi 25 novembre à l’âge de 90 ans. Depuis Madagascar où il se trouve dans le cadre du 16e sommet de la francophonie, le président français a rendu hommage à « une grande figure du XXe siècle », ajoutant souhaiter que l’embargo qui pèse toujours sur Cuba prenne fin.
Comment juger sereinement
un oracle qui
s’ingénia tant à brouiller les
pistes ? Il a toujours été attentif à protéger ses
vraies motivations, personnelles et politiques, tout en étalant complaisamment
en public, devant ses intimes ou les hôtes étrangers, ses passions, ses
curiosités innombrables, voire ses petites manies : la lecture, le sport,
les recettes de cuisine ou les méthodes
d’élevage, il était l’éclectisme poussé au paroxysme. Il avait un avis
définitif sur presque tout et aimait tenter de
l’imposer aux autres.
Etre le
premier, le meilleur, le plus ferme. « Fidel a toujours raison », disait
Celia Sanchez, la compagne très affectionnée dans le maquis de la
sierra Maestra, gouvernante efficace, puis secrétaire du gouvernement qui, plus
qu’aucun autre de l’entourage du monarque Fidel, a tenté d’ordonner l’emploi du
temps débridé du Lider Maximo. « Chef suprême » : ce titre résumait la
totalité des pouvoirs politiques et militaires qu’ il a exercés sans partage et
si longtemps.
On sait tout
de ce qui importait le moins. De ses performances à la pêche sous-marine, sport préféré
qu’il pratiquait à Cayo Piedra, un îlot préservé dans la baie de Guantanamo, où
il recevait parfois ses hôtes de marque. Du record de coupe de la canne à sucre
établi en un seul jour par Fidel, à la fin des années 1960, lorsqu’il
s’agissait d’inciter les macheteros à se surpasser :
anecdotes largement reproduites par la presse cubaine à la dévotion du numéro
un, depuis son arrivée à La Havane, en janvier 1959, jusqu’à la fin.
Médias
« aux ordres »
De façon peu
convaincante, Fidel n’a cessé de critiquer ces
médias « aux ordres », de réclamer formellement
une presse plus audacieuse… En vain, bien sûr. A moins que ce décalage étonnant
entre les injonctions du commandant en chef et des médias immuablement
monocordes n’ait illustré ce goût profond pour l’ambiguïté de Fidel.
Castro était
un disciple et admirateur de José Marti, héros des guerres d’indépendance, qui
recommandait de dissimuler le
plus longtemps possible le coup que l’on voulait porter. Un «
conspirateur dans l’âme », selon Tad Szulc, journaliste du New York Times,
reçu plusieurs mois à Cuba et autorisé exceptionnellement à consulter les
archives du gouvernement pour rédiger une
biographie du Lider Maximo. « Un maître dans l’art de se dissimuler aux
yeux des autres », ajoutait-il. Entre Machiavel et Marx.
En politique, comme dans l’action, dans la
lutte armée à Cuba comme à l’extérieur – en Angola,
en Ethiopie, en Amérique latine –, Fidel
s’est efforcé de dissimuler ses intentions et ses objectifs. Il est souvent
parvenu à transformer un
échec militaire en victoire politique. Quel meilleur exemple, dès
le début, que l’assaut manqué lamentablement contre la caserne Moncada, le
26juillet 1953 ? Ou que le débarquement raté du Granma – « un naufrage »,
disait Ernesto Che Guevara – sur la côte orientale de Cuba, en décembre1956 ?
Castro s’est
avancé masqué pendant la guérilla et dès son entrée en héros à La Havane,
triomphant de la dictature de Fulgencio Batista. « La révolution cubaine
est une démocratie humaniste », disait-il lors de son voyage de
vainqueur aux Etats- Unis, en avril 1959. Il a attendu deux ans pour se proclamer marxiste-léniniste
et plus encore pour créer, du jour au
lendemain, un « nouveau » Parti communiste cubain,
dont le comité central de cent membres – tous anciens compagnons de guérilla
dans la sierra Maestra, le massif montagneux du sud de l’île – a été composé
par ses soins.
Puis, il a
lâché des semi-confidences, des allusions qui embrouillaient plus qu’elles
n’explicitaient. « J’étais presque communiste » avant de prendre le
pouvoir, a-t-il ensuite assuré. Szulc a affirmé que Castro avait, dès son
arrivée au pouvoir, mis en place un gouvernement « parallèle » secret,
qu’il avait signé un pacte, également secret, avec les vieux communistes du Parti socialiste populaire
et rencontré, dès l’automne 1959, un émissaire soviétique. Le même auteur,
pourtant, a conclu que Castro avait « mis le grappin » sur les
communistes cubains, et non l’inverse. Sources: Le Monde, l'Observateur
Il faut grandement féliciter le président des États-Unis d’avoir effectué cette visite historique à Cuba afin d’essayer d’harmoniser les relations diplomatiques entre les deux pays. Mais la levée de l’embargo économique, qui coûte chaque année des milliards de dollars à Cuba, n’est pas pour demain. Ce n’est pas seulement les républicains américains qui s’opposent à la fin de cet odieux et criminel embargo, mais aussi l’État de Floride qui perdrait alors des milliers de touristes au profit de Cuba. Il y a aussi l’industrie pharmaceutique qui ne veut pas voir déferler aux States les médicaments développés par la dynamique industrie étatique pharmaceutique cubaine, ainsi que la lucrativebusiness des hôpitaux et des médecins privés américains cotés à la Bourse qui verrait des millions de malades aller se faire soigner sur l’île socialiste. C’est également sans compter les producteurs de fruits et de légumes, etc.
Ce n’est qu’en 2015 que les États-Unis ont retiré Cuba de leur liste noire des États «soutenant le terrorisme». Vraiment ridicule. Parlant de terrorisme, que font les States sur l’île même, à Guantanamo pour être plus précis? Des centaines de personnes emprisonnées sans procès et torturées en plus de ça. Que les Américains, par respect pour le peuple cubain, posent leurs gestes ignobles ailleurs que sur l’île cubaine. Guantanamo, qui fait partie intégrante de Cuba et qui lui a été subtilisée, pour ne pas dire volée, il y a environ 100 ans, doit être restituée à Cuba. C’est la moindre des choses.
À propos des reportages sur Cuba dans notre presse écrite
Mes amis, vous le savez bien, ma patience est presque infinie, et je fais toujours preuve d’une retenue et d’une réserve exemplaires. Mais là, en lisant les comptes-rendus de nos journalistes de la presse écrite sur le récent voyage de Barack Obama à Cuba, j’ai sauté une coche et des fils se sont touchés. Ça ne se peut pas. Pour la millième fois, nos journalistes en ont profité pour déblatérer de nouveau sur Cuba. Ben oui, tout le monde sait qu’à Cuba les gens sont épiés et surveillés (pourtant autant qu’aux États-Unis) et qu’en plus, ils sont ostracisés, emprisonnés et même torturés. Un système plus que totalitaire que nous répètent à satiété nos journalistes. À Cuba, il n’y a pas de criminels, seulement des prisonniers politiques. En plus de subir la répression, les Cubains sont tous pauvres et sous-alimentés qu’ils nous disent. L’enfer ce n’est pas l’autre, c’est Cuba.
Je m’excuse, mais tenir de tels propos sur Cuba relève de l’ignorance et d’un niveau d’endoctrinement maladif chez certains de nos «professionnels» de l’information qui sont pourtant censés produire une information neutre et objective. Oh, pas du tout, je n’insulte pas les journalistes en disant ça, je ne fais que constater empiriquement ce qui a été écrit sur Cuba dans nos médias. Je me dois de parler franchement à certains de mes amis journalistes.
Des réalisations extraordinaires passées sous silence
Cuba a un des meilleurs systèmes de garderies, de santé, d’éducation, d’aide internationale, etc. au monde, et ça, pour nos journalistes émérites, ne compte pas. À Cuba, toutes les personnes, peu importe leur statut, ont un médecin de famille et plus; se font soigner et opérer rapidement; n’attendent pas vingt heures à l’urgence; jouissent de la gratuité des médicaments; ont le privilège d’aller de la garderie à l’université gratuitement; ont un meilleur système de transport en commun qu’ici, etc. Toute une dictature! Être soignés et éduqués comme le sont les Cubains, ça ne fait pas partie de la sacro-sainte notion de liberté individuelle qu’ont mes amis journalistes.
Je le demande: elle est où la «liberté» quand vous n’avez pas de médecin de famille et quand vous attendez vingt heures à l’urgence? Ou encore plus d’un an avant de vous faire opérer? Elle est où votre liberté quand vos enfants fréquentent des écoles avec plein de moisissures et quand les jeunes vont à l’école sans rien avoir mangé et qu’ils n’ont pas droit à des services spécialisés comme à Cuba? Ben oui, ici la notion de démocratie et de liberté est assimilée principalement au fait de pouvoir aller voter aux quatre ans pour l’un des trois partis politiques qui ont, disons-le, à peu près tous le même programme (CAQ, PQ et PLQ).
Quelques faits sur Cuba
Pauvres et privés de liberté les Cubains, vous dites? Pouvez-vous alors m’expliquer pourquoi Cuba est l’un des pays les plus riches en centenaires au monde par habitant? «Le club des 120 ans. Le secret des centenaires cubains» (Le Journal de Montréal, 21 mai 2010). Ils ont la couenne dure ces Cubains pour vivre aussi vieux en étant opprimés et affamés toute leur vie. Commencez-vous à vous poser des questions, mes amis?
Saviez-vous que l’indice de développement humain de l’ONU place Cuba parmi les plus avancés (44e rang sur 187 pays) pour ce qui est de l’espérance de vie à la naissance, le niveau d’éducation et le niveau de vie? Eh oui, le niveau de vie, mes amis. Saviez-vous aussi que les taux de mortalité infantile et prénatale sont plus bas à Cuba qu’aux States? Et puis, saviez-vous qu’à Cuba on compte seulement 3 % d’analphabètes contre environ 12 % au Québec? Saviez-vous que l’espérance de vie à la naissance atteint le même niveau que les pays développés (78 ans)? Toujours selon l’ONU, l’indicateur de développement humain est de 8 ½ sur 10 à Cuba. Je suppose que tous ces faits ne font pas des Cubains des gens effectivement plus libres que dans la majorité des pays du monde et même plus qu’au Québec? Eh oui, plus qu’au Canada.
Aide internationale fournie par Cuba
Paroles du secrétaire d’État américain John Kerry concernant l’épidémie de fièvre Ebola: «Je voudrais remercier Cuba pour son aide dans la lutte internationale contre la fièvre hémorragique. Cuba, un pays d’à peine 11 millions d’habitants, a dépêché 165 professionnels de la santé en Afrique de l’Ouest et prévoit en envoyer près de 300 de plus» (LaPresse, 27 octobre 2014, texte de Richard Hétu). Mes amis, le Québec supposément démocratique a envoyé combien de docteurs en Afrique?
Ah ben, en voilà une autre bonne rapportée dans Le Journal de Montréal du 12 juillet 2013: «L’Organisation mondiale de la santé a officiellement déclaré hier Cuba comme le premier pays au monde à avoir éliminé la transmission du virus du sida (VIH) et de la syphilis de la mère à l’enfant». Toujours rien à voir avec les notions de liberté et de démocratie?
J’en aurais plein d’autres qui pourraient vous aider à vous ouvrir les yeux et les oreilles, mais en voici une drôle: «Des Américains étudieront la médecine à Cuba» (La Presse, 29 octobre 2015). C’est l’université du Michigan qui va envoyer ses apprentis médecins étudier dans les hôpitaux cubains. Tiens, une autre dernière: «Se faire soigner à Cuba. Des Québécois s’y rendent même pour traiter leur cancer» (Le Journal de Montréal, 23 mars 2009). Et pas seulement des Québécois, loin de là!
Visites du pape à Cuba
En 2012, visite du pape Benoît XVI à Cuba, 14 ans après celle de Jean-Paul II. En 2015, visite du pape François à Cuba et en 2016, toujours sur l’île «communiste», le pape François rencontre le chef de l’Église orthodoxe russe Kirill. Mais que font ces religieux dans un pays qui, selon nos amis journalistes, brime les libertés individuelles, emprisonne les opposants, même les soi-disant résistants «modérés» et opprime sa population? Ben oui, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, l’Ukraine «libérée», le Honduras ou encore l’Érythrée apparaissent comme des formidables démocraties lorsqu’on les compare à Cuba. Vraiment tout le monde sait ça. Ah ben! c’est à La Havane en 2015, et c’est Cuba qui a agi comme médiateur dans les conflits meurtriers opposant le gouvernement de Colombie et la guérilla des FARC. Franchement, un pays de la droite comme la Colombie, qui choisit Cuba, ce pays maudit, comme conciliateur... Mes amis journalistes, j’espère que vous commencez à comprendre!
Leçon d’histoire
Mes amis, depuis la révolution cubaine, initiée par Fidel Castro il y plus de cinquante ans, les Américains et d’autres ont financé généreusement plusieurs organisations cubaines et étrangères, souvent des ONG avec des noms très angéliques, afin de renverser le gouvernement socialiste cubain, comme ils l’ont fait récemment avec succès en Ukraine, au Honduras, en Égypte, etc. Aie! Cuba est à 90 kilomètres des States. Si les Américains n’ont pas réussi leur putsch, c’est grâce au peuple cubain, éduqué et conscientisé, qui tient à son merveilleux système. Un point c’est tout. Ah oui, les States ont manigancé plusieurs fois afin de liquider Fidel Castro. Pour les journalistes, il faudrait laisser passer toutes les ONG et tous les dissidents «modérés» financés par l’étranger afin de renverser le gouvernement cubain et d’agir à leur guise sur l’île. Renverser le gouvernement actuel à Cuba au profit de qui au juste? Des gens qui, comme ici, instaureraient le principe de l’utilisateur-payeur dans les services publics cubains mille plus développés et accessibles qu’au Québec?
On peut regarder ce qui est déjà arrivé en Amérique du Sud en lisant bien ces titres d’articles de journaux:
«Henry Kissinger a appuyé la dictature militaire en Argentine. Selon des documents déclassifiés, l’ex-secrétaire des États-Unis a approuvé la répression sanglante de la junte au pouvoir entre 1976 et 1983» (La Presse, 23 août 2002).
«Guatemala: la CIA derrière un coup d’État en 1954» (La Presse, 16 mai 2003). Et qui fut derrière le récent putsch au Honduras? Et qui était derrière l’enlèvement du défunt président du Venezuela Hugo Chavez?
«La CIA admet ses liens avec le chef de la police secrète chilienne sous Pinochet» (Le Journal de Montréal, 20 septembre 2000). Et qui a financé les contras au Nicaragua afin de renverser le président élu Daniel Ortega?
Ben non, ces choses-là ne pourront jamais se produire à Cuba. De toute façon, même quand il y a un putsch militaire qui renverse un gouvernement élu démocratiquement comme en Égypte, en Ukraine et au Honduras, si le nouveau gouvernement mis en place par les militaires est du côté des Occidentaux et est favorable au libre marché, c’est alors une bonne dictature. Il y a, comme ça, dans le monde, les bonnes et les mauvaises dictatures.
Et la démocratie au Québec dans tout cela
Quand un premier ministre déclare ce qui suit, comme l’a fait Philippe Couillard, faut nécessairement se poser des questions sur la vraie valeur de notre démocratie: «Non, la majorité n’a pas toujours raison. Le courage politique consiste à affirmer et à maintenir des positions différentes [allô démocratie] si elles s’appuient sur des principes profonds» (LaPresse, 12 décembre 2013). Couillard qui parle de principes profonds, faut le faire. Et où est la démocratie quand le PLQ impose ses mesures d’austérité à l’encontre de la volonté de la majorité et quand le premier ministre a le culot de déclarer: «Les coupes ont touché les plus vulnérables admet Couillard» (Le Devoir, 23 septembre 2015). Pas les plus riches, mais les plus vulnérables. Au contraire, des coupes qui ont profité aux gras dur en «libérant» des fonds publics.
Et puis, quand dans une province comme le Québec on érige la corruption en système, on devrait se garder une petite gêne quand vient le temps de faire la leçon aux autres pays en termes de démocratie et de liberté individuelle, notamment les journalistes. Pourquoi ne pas venir avec moi en décembre prochain à Cuba dans ce petit village (Guanabo) de 5000 habitants situé à environ 40 kilomètres de La Havane. Je vous ferai alors visiter une garderie, une école secondaire, une clinique médicale et, prenant le transport en commun qui mène directement à La Havane, on ira visiter un hôpital, une école de médecine et une université. Ah oui, à Guanabo, on assistera ensemble à une assemblée d’un arrondissement et d’une commission scolaire. Vous allez voir que les Cubains n’ont pas la langue dans leur poche. On parlera aussi aux gens dans la rue et on observera leur façon de faire. Ça coûtera ce que ça coûtera aux organes de presse, mais ça va valoir la peine. En passant, couvre-feu à 10 heures le soir, et pas question de partir sur la «go». On aura une grosse semaine de travail devant nous; faut admettre qu’on part de loin.
Air Force 1 lors de sa descente finale sur l'aéroport Jose Marti de la Havane le dimanche 20 Mars 2016.
Le président
Barack Obama est arrivé, dimanche 20 mars, à La Havane (Cuba), pour une visite
historique de trois jours, la première tournée d’un président américain depuis quatre-vingt-huit ans. En effet, aucun
président américain en exercice, après Calvin Coolidge en 1928, ne s’est rendu à Cuba. "Président Coolidge, lors de sa visite en 1928, était venu sur un navire
militaire, cela lui avait pris trois jours tandis que ce voyage m'a pris seulement
trois heures", a déclaré Barack, lors de sa première adresse aux
diplomates américains postés à Cuba.
L'avion
présidentiel Air Force One s'est posé, sous la pluie, en fin d'après-midi à La
Havane sur l'aéroport Jose Marti, du nom du père de l'indépendance de cette
ancienne colonie espagnole.
La famille présidentielle foulant le sol cubain
"¿Que
bola Cuba?" ("Comment ça va Cuba ?"), a lancé M. Obama sur son
compte Twitter en utilisant une expression populaire, quelques secondes après
l'attérissage d'Air Force One. "Je viens d'atterrir, je suis impatient de
rencontrer et d'écouter les Cubains".
Accompagné
de son épouse, Michelle Obama, et de leurs deux filles, Sasha et Malia, le
président américain s’est rendu, sous une pluie battante, dimanche soir dans la
cathédrale de La Havane, trésor baroque du XVIIIe siècle. Il y a rencontré
le cardinal Jaime Ortega, qui a joué un rôle majeur dans la percée
diplomatique de décembre 2014.
Plusieurs militants du mouvement dissident "des dames en blanc" ont été arrêtés à l'issue de leur procession do minicale peu avant l'arrivée d'Obama à Cuba.
Avec ce
voyage, Obama, qui quittera la Maison Blanche dans dix mois, a un objectif
clair: rendre irréversible le spectaculaire rapprochement engagé le 17 décembre
2014 avec le président Raul Castro. Quelques heures avant son arrivée, les autorités
cubaines ont arrêté plusieurs dizaines de dissidents lors de l'habituelle
procession dominicale des Dames en Blanc près d'une église de l'ouest de La
Havane.
Barack
Obama, qui doit rencontrer des dissidents mardi, a prévenu qu'il évoquerait
"directement" les droits de l'homme lors de ses entretiens lundi avec
Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel voici presque 10 ans.
Avant sa
venue, Barack Obama a pris de nouvelles mesures pour faciliter les
visites des Américains à Cuba et pour la participation de cette dernière au
commerce international.
Président Obama saluant la mémoire de Jose Marti, le père de la révolution cubaine.
Cette
visite, qui durera jusqu’à mardi, vise à rendre « irréversible » le
rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba, amorcé par Barack Obama en
décembre 2014, souligne la Maison Blanche. Les
relations diplomatiques ont été rétablies en juillet entre les deux
pays, qui continuent néanmoins d’entretenir de profonds désaccords.
Instauré
après l’arrivée au pouvoir des
révolutionnaires emmenés par Fidel Castro, frère de l’actuel président,
en 1959, l’embargo américain sur Cuba reste néanmoins en vigueur. Le
président américain espère que ce dernier pourra être levé par le
Congrès américain.
Rencontre avec Raul Castro et
discours au peuple cubain
Outre la
rencontre avec son homologue cubain, Raul Castro, au deuxième jour de sa visite
historique dans la capitale cubaine ce lundi 21 mars , Barack Obama a salué, un « jour
nouveau » dans les relations entre les Etats-Unis et Cuba,
même s’il a reconnu que de réelles « différences » demeuraient
entre les deux pays.
L'historique poignée de mains entre Barack Obama et Raul Castro, la première publique lors de leur rencon tre à Cuba le lundi 21 mars 2016. .
« Nous
avons eu une bonne discussion sur les questions de démocratie et de droits de
l’homme », a assuré le président américain à l’issue d’un entretien avec
son homologue cubain au palais de la Révolution. « J’espère que ma
visite ici montre à quel point nous sommes prêts à entamer un
nouveau chapitre dans les relations cubano-américaines », a-t-il insisté.
La rencontre
de ce lundi avec son homologue cubain, Raul Castro, a été
suivie d’une apparition conjointe devant la presse et d’un dîner d’Etat, le
point d’orgue de la visite de Barack Obama aura lieu mardi avec le
« discours au peuple cubain » que compte prononcer le
président américain depuis le Gran Teatro de La Havane, et qui sera
retransmis par la télévision cubaine. Barack Obama doit aussi rencontrer mardi
des personnalités de son choix,
dont des opposants au régime castriste.
Les deux présidents lors de leur point de presse
Alors que Barack Obama entame dimanche une visite historique de trois jours à Cuba, les
multinationales américaines ont pris les devants. La chaîne hôtelière Starwood
(Le Meridien, W, Westin, Le Sheraton) a ainsi annoncé samedi qu'elle allait
ouvrir des établissements sur l’île communiste, une première depuis la
révolution de 1959. Les relations commerciales entre les États-Unis et Cuba
continuent de se radoucir. Les Américains vont bientôt pouvoir importer
davantage de produits de l’île et s’y rendre plus facilement.
Les deux chefs d'Etat passant les troupes en revue
Cet
investissement de plusieurs millions de dollars porte sur l'ouverture de deux
hôtels en 2016, a indiqué le groupe. Starwood a en outre signé une lettre
d'intention avec les autorités cubaines pour un troisième établissement.
Starwood va
gérer l'hôtel Inglaterra, ouvert en 1875 et disposant de 83 chambres en plein
coeur de la Havane, qui va rejoindre son portefeuille de propriétés de luxes,
détaille-t-on dans le communiqué.
La chaîne va
aussi reprendre l'hôtel Quinta Avenida, également situé dans la capitale.
Celui-ci ouvrira en fin d'année sous la marque Sheraton et disposera de 186
chambres.
Enfin,
Starwood devrait gérer l'hôtel Santa Isabel, également à la Havane, une fois
qu'il aura obtenu le feu vert du département américain du Trésor, l'équivalent
du ministère des Finances et de l'Économie.
Starwood,
premier d'une longue liste?
Les accords
entre Starwood et les autorités cubaines sont les premiers grands marchés
conclus par un groupe américain depuis la décision de Barack Obama fin 2014 de
normaliser les relations entre les deux pays. Une normalisation qui reste
néanmoins encore suspendue à la levée, par le Congrès américain, de l'embargo
économique imposé en 1962 par Washington. Pour pouvoir établir leurs enseignes
à Cuba, les groupes candidats doivent ainsi déposer des demandes de licences
auprès du Trésor américain, gardien des sanctions économiques américaines.
Starwood assure les avoir obtenues.
D'autres
entreprises américaines pourraient annoncer dans les tout prochains jours leur
implantation à Cuba. C'est le cas de Marriott International, concurrent de
Starwood, dont le patron Arne Sorenson ferait partie de la délégation
accompagnant le président américain pour son voyage historique dans l'île
communiste du 20 au 22 mars. L'opérateur télécoms AT&T est aussi en
discussions avec la compagnie nationale de télécommunications cubaine ETECSA.