Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Sunday, November 27, 2016

Et si Haïti s’inspirait des réalisations cubaines


Fidel Castro 1926 - 2016
Par Max Dorismond
Vendredi soir, 25 novembre, attablé avec quelques amis dans un restaurant, au cours d’une discussion presque prémonitoire, l’île de Cuba s’est invitée à la conversation. Tout y passa, nos vacances sur l’île de Castro, l’inévitable comparaison avec Haïti etc… Sans doute, au même moment, le Líder Máximo avait déjà fermé ses yeux pour toujours.  Le monde perd ainsi une figure transcendante. Paix à son âme !

L’un de mes interlocuteurs insistait lourdement sur la vétusté des immeubles institutionnels, de la dégradation de la vie et sur tous les aspects  négatifs de la vie à Cuba. Après l’avoir écouté attentivement, je lui ai expliqué qu’à mon avis, pour comprendre Cuba, il fallait s’élever au delà de notre système capitaliste, transcender notre culture consumériste pour saisir avec objectivité les paramètres de la vie cubaine qui nous échappent.

Le père de la révoulution cubaine
En effet, nous avions, tous au départ, regardé Cuba avec les yeux du touriste néophyte. Après quelques séjours, je m’en suis fait ma propre idée.  Plusieurs Cubains, s’exprimant en français et en anglais, se font  souvent un plaisir de nous ramener sur terre. Certains, parfois, se laissent aller aux confidences et finissent par apprendre aux visiteurs maintes choses sur les us et coutumes du pays, la misère des uns, le bonheur des autres etc... Quelques-uns sont directs, d’autres utilisent des métaphores pour faire passer leurs messages, à l’exemple de notre guide qui nous contait cette blague en guise d’adieu : « Un américain était arrivé au ciel. Saint Pierre avait déroulé le tapis rouge. C’était la fête et la farniente durant une semaine : grandioses réceptions, de superbes nanas, des filles à gogo, bamboche tropicale. C’était le temps de l’insouciance. De retour sur terre, lassé de la routine habituelle, la nostalgie de ce premier séjour imposa un nouveau départ au pays du très bon Saint. Une fois là haut, c’était la chaleur étouffante de l’enfer qui devint son monde. Sans fard et sans ostentation aucune, la vie devint inacceptable. Il déposa ses griefs devant les instances concernées pour s’entendre dire que la semaine précédente, il était un touriste, maintenant, il était devenu un résident ». Paf !

Fidel et Raùl Castro
De retour sur notre sujet d’un soir, nous n’allons pas jouer à l’autruche et avons reconnu sans ambages que la période révolutionnaire a été très dure pour les Cubains. Beaucoup ont laissé leur peau.  L’île était dirigée d’une main de fer par son nouveau maître comme Haïti sous le règne des Duvalier, de 1957 à 1986. En fait, les surnoms ou quolibets, qui ont été accolés à Fidel depuis le début jusqu’à sa mort, dénotent qu’une « révolution n’est pas un lit de rose sur lequel on s’allonge pour rêver 1 ». Derrière les portes close, on le surnommait : El Loco (le fou), El Caballo (le cheval), El Payaso (le clown) et hier encore, El Coma Andante (le coma ambulant).  

Les frères Castro ont misé sur l'éducation de leur concito
yens en éradiquant l'analphabétisme.                             
Mais qu’est ce qui en est résulté, après cette meurtrissure : un pays sous perfusion, mais pas un pays affamé. Le Cubain mange à sa faim et reçoit une ration de vie à chaque quinzaine. Plusieurs maisons sont vétustes, mais personne ne dort à la belle étoile. Le soir venu, le citoyen ou le touriste peut circuler sans jeter un œil furtif par dessus son épaule. L’organisation sociale, physique et  géographique ne laisse pas à désirer. Par exemple, le passage du cyclone Matthew, bien que catastrophique, ne provoqua aucune perte de vie humaine. La question de couleur est presqu’inexistante. L’exclusion à cause de la couleur ou de la race est bannie des programmes sociaux sous peine de punition. Les mendiants sont rares, sauf à la capitale, la Havane, où j’avais croisé quelques-uns épars. Dans les autres villes ou villages, c’est une entité rarissime. Le jeune cubain d’aujourd’hui, fier et altier, instruit et polyglotte, rencontré dans les hôtels à titre d’employé, partage une autre philosophie, une autre conception de la société et du monde. Il est aux antipodes de la pression socio-économique qui nous empoisonne l’existence.  La course folle après l’argent qui fait de nous les champions incontestés de la corruption est absente de ses préoccupations quotidiennes. La concurrence individuelle, qui motive et régule notre vie, n’est pas son apanage. A preuve, j’ai rencontré dans l’arrière pays d’Haïti, en pleine campagne, quelques médecins cubains, se confondant et se métamorphosant dans le quotidien des paysans. Ils passeraient inaperçus si un bon samaritain ne les avait signalés à notre attention.  Ceci incite à réfléchir sur la portée de chaque concept. Malgré un embargo de plus de 50 années, les frères Castro ont misé sur l’éducation de leurs concitoyens en éradiquant l’analphabétisme. Un programme gratuit et obligatoire pour tous jusqu’à l’université a été instauré. Trois activités productives ont maintenu Cuba en vie : l’agriculture, la production de médicaments et le tourisme.  Pour ce dernier secteur, la sécurité et la propreté du pays aidant, les vacanciers ne se font pas prier. Les forfaits « tout compris » comblant totalement leurs besoins primaires, les touristes avisés débarquent sur l’île en masse.

Alors voilà ! A-t-on besoin d’être un adepte du communisme pour réaliser la plupart de ces programmes ? Bien sûr que non. Il suffit à tous d’éprouver un réel amour pour son pays et d’avoir la corruption en horreur. Ainsi, en s’inspirant des réalisations cubaines, Haïti pourrait offrir à ses fils une ère d’humanité, au lieu de leur payer, par cupidité, par couardise et par ignorance, un billet tout droit pour l’enfer.

Disons, non pas adieu, mais au revoir à Fidel qui nous a donné tant à voir, à réfléchir, à méditer et à comparer. Souhaitons, comme il l’espérait, que l’histoire l’absolve. 

Par Max Dorismond

Saturday, November 26, 2016

Fidel Castro, le père de la révolution cubaine, meurt à 90 ans

Fidel Castro 1926-2016
Fidel Castro, père de la Révolution cubaine et dirigeant du régime communiste pendant près de cinq décennies, est mort vendredi 25 novembre à l’âge de 90 ans, a annoncé son frère Raul à la télévision cubaine. Il avait été forcé par la maladie à se mettre  en retrait de la vie publique en 2006, puis à céder officiellement la place à son frère cadet Raul Castro deux ans plus tard.

Fidel Castro et son armée pendant la marche vers  La Havana

Fidel Castro : « Autant détesté qu’aimé », pour la presse américaine


Les médias américains le décrivent comme un « leader répressif » mais aussi comme le « tourment » d’une dizaine de présidents des Etats-Unis

En 2006, c’est par la télévision que les Cubains ont appris que Fidel Castro s’était résigné à déléguer « provisoirement » ses pouvoirs à un groupe de dirigeants emmenés par son frère Raul Castro. Un lundi soir, le 31 juillet, les téléspectateurs ont découvert le visage inexpressif de Carlos Valenciaga, le secrétaire privé du père de la révolution cubaine, qui lisait une « proclamation » signée du Lider Maximo lui-même.

« Des jours et des nuits de travail continu, pratiquement sans sommeil, ont soumis ma santé, qui avait pourtant résisté à toutes les épreuves, à un stress extrême, disait le texte. Cela m’a provoqué une crise intestinale aiguë avec des saignements continus, ce qui m’a obligé à affronter une opération chirurgicale complexe. »

Le diagnostic, tout comme l’évolution de la maladie et le traitement adopté, ainsi que le lieu de l’hospitalisation, ont été d’emblée considérés comme « secret d’Etat ». Il a fallu des mois pour apprendre que la première intervention chirurgicale avait eu lieu le 27 juillet. La Havane a attendu quatre jours avant de se décider à communiquer.
Les déclarations rassurantes de son entourage, qui évoquaient son « rétablissement », n’ont pas empêché les spéculations. Pas plus que les embarras terminologiques du régime, déterminé à bannir les mots « succession » et « transition ». Des photos, puis des vidéos, distillées au compte-gouttes, étaient censées démontrer les progrès de la convalescence, alors qu’elles prouvaient tout simplement que le malade, très affaibli, restait en vie.

Retour en images d’archives sur la vie du Líder Máximo, dernière figure de la Guerre Froide.



« Irremplaçable »
La durée de la passation de pouvoirs « provisoire » a fait l’objet d’ajustements qui ont entretenu le suspense. La célébration de ses 80 ans, le 13 août 2006, fut ainsi renvoyée au 2 décembre 2006, anniversaire du débarquement du Granma, qui marque le début de la guérilla de la sierra Maestra. Lors du sommet des pays non alignés, le 15 septembre 2006 à La Havane, Fidel Castro reçut à son chevet le président vénézuélien, Hugo Chavez, et le secrétaire général des Nations unies à l’époque, Kofi Annan.

La veille du Nouvel An 2007, un message du Lider Maximo assurait toujours que sa convalescence était « loin d’être une bataille perdue ». « Fidel est irremplaçable », ne cesse de déclarer le successeur, dont le nom est inscrit dans la Constitution, Raul Castro, le frère cadet, qui adopte un profil bas, conforme à sa personnalité, et qui ne deviendra définitivement le chef de l’Etat que le 24 février 2008. Quant au titre de premier secrétaire du parti unique, il ne lui reviendra qu’en avril 2011.

Depuis mars 2007, la presse cubaine reproduisait en « une » les « Réflexions » du camarade Fidel, qui semblait réduit à un simple commentateur de l’actualité. La réalité était plus complexe. Transformé en statue du Commandeur de son vivant, Fidel Castro pouvait encore faire tomber des têtes, et non des moindres, comme dans les cas du vice-président Carlos Lage et du ministre des relations extérieures Felipe Pérez Roque, limogés en 2009.

Mais, la plupart du temps, l’ancien Lider Maximo se limitait à gloser sur les dépêches d’agence narrant le cours du monde, sans prendre position sur les changements introduits à Cuba par l’équipe de Raul Castro.

Le patriarche avait troqué son treillis de combat pour le survêtement Adidas. Pour la première fois, les Cubains apprennaient l’existence d’une épouse cachée, Dalia Soto del Valle, avec laquelle il avait eu cinq enfants. Quant aux visiteurs illustres de La Havane, aucun ne refusait de figurer dans l’album photos d’une légende. Peu leur importait combien de sang elle avait versé.
Cuba, Fidel Castro a été, pendant presque cinq décennies de pouvoir absolu – le plus long règne de l’histoire contemporaine –, la « parole qui oriente ». 

Le président François Hollande a réagi à la disparition de Fidel Castro, mort vendredi 25 novembre à l’âge de 90 ans. Depuis Madagascar où il se trouve dans le cadre du 16e sommet de la francophonie, le président français a rendu hommage à « une grande figure du XXe siècle », ajoutant souhaiter que l’embargo qui pèse toujours sur Cuba prenne fin.

Comment juger sereinement un oracle qui s’ingénia tant à brouiller les pistes ? Il a toujours été attentif à protéger ses vraies motivations, personnelles et politiques, tout en étalant complaisamment en public, devant ses intimes ou les hôtes étrangers, ses passions, ses curiosités innombrables, voire ses petites manies : la lecture, le sport, les recettes de cuisine ou les méthodes d’élevage, il était l’éclectisme poussé au paroxysme. Il avait un avis définitif sur presque tout et aimait tenter de l’imposer aux autres.

Etre le premier, le meilleur, le plus ferme. « Fidel a toujours raison », disait Celia Sanchez, la compagne très affectionnée dans le maquis de la sierra Maestra, gouvernante efficace, puis secrétaire du gouvernement qui, plus qu’aucun autre de l’entourage du monarque Fidel, a tenté d’ordonner l’emploi du temps débridé du Lider Maximo. « Chef suprême » : ce titre résumait la totalité des pouvoirs politiques et militaires qu’ il a exercés sans partage et si longtemps.

On sait tout de ce qui importait le moins. De ses performances à la pêche sous-marine, sport préféré qu’il pratiquait à Cayo Piedra, un îlot préservé dans la baie de Guantanamo, où il recevait parfois ses hôtes de marque. Du record de coupe de la canne à sucre établi en un seul jour par Fidel, à la fin des années 1960, lorsqu’il s’agissait d’inciter les macheteros à se surpasser : anecdotes largement reproduites par la presse cubaine à la dévotion du numéro un, depuis son arrivée à La Havane, en janvier 1959, jusqu’à la fin.
Médias « aux ordres »

De façon peu convaincante, Fidel n’a cessé de critiquer ces médias « aux ordres », de réclamer formellement une presse plus audacieuse… En vain, bien sûr. A moins que ce décalage étonnant entre les injonctions du commandant en chef et des médias immuablement monocordes n’ait illustré ce goût profond pour l’ambiguïté de Fidel.

Castro était un disciple et admirateur de José Marti, héros des guerres d’indépendance, qui recommandait de dissimuler le plus longtemps possible le coup que l’on voulait porter. Un « conspirateur dans l’âme », selon Tad Szulc, journaliste du New York Times, reçu plusieurs mois à Cuba et autorisé exceptionnellement à consulter les archives du gouvernement pour rédiger une biographie du Lider Maximo. « Un maître dans l’art de se dissimuler aux yeux des autres », ajoutait-il. Entre Machiavel et Marx.
En politique, comme dans l’action, dans la lutte armée à Cuba comme à l’extérieur – en Angola, en Ethiopie, en Amérique latine –, Fidel s’est efforcé de dissimuler ses intentions et ses objectifs. Il est souvent parvenu à transformer un échec militaire en victoire politique. Quel meilleur exemple, dès le début, que l’assaut manqué lamentablement contre la caserne Moncada, le 26juillet 1953 ? Ou que le débarquement raté du Granma – « un naufrage », disait Ernesto Che Guevara – sur la côte orientale de Cuba, en décembre1956 ?

Castro s’est avancé masqué pendant la guérilla et dès son entrée en héros à La Havane, triomphant de la dictature de Fulgencio Batista. « La révolution cubaine est une démocratie humaniste », disait-il lors de son voyage de vainqueur aux Etats- Unis, en avril 1959. Il a attendu deux ans pour se proclamer marxiste-léniniste et plus encore pour créer, du jour au lendemain, un « nouveau » Parti communiste cubain, dont le comité central de cent membres – tous anciens compagnons de guérilla dans la sierra Maestra, le massif montagneux du sud de l’île – a été composé par ses soins.
Puis, il a lâché des semi-confidences, des allusions qui embrouillaient plus qu’elles n’explicitaient. « J’étais presque communiste » avant de prendre le pouvoir, a-t-il ensuite assuré. Szulc a affirmé que Castro avait, dès son arrivée au pouvoir, mis en place un gouvernement « parallèle » secret, qu’il avait signé un pacte, également secret, avec les vieux communistes du Parti socialiste populaire et rencontré, dès l’automne 1959, un émissaire soviétique. Le même auteur, pourtant, a conclu que Castro avait « mis le grappin » sur les communistes cubains, et non l’inverse.

Sources: Le Monde, l'Observateur

Wednesday, March 30, 2016

Cuba et l'ignorance de certains journalistes (par Léo Paul Lauzon)

Président Obama lors de son discours à Cuba

Il faut grandement féliciter le président des États-Unis d’avoir effectué cette visite historique à Cuba afin d’essayer d’harmoniser les relations diplomatiques entre les deux pays. Mais la levée de l’embargo économique, qui coûte chaque année des milliards de dollars à Cuba, n’est pas pour demain. Ce n’est pas seulement les républicains américains qui s’opposent à la fin de cet odieux et criminel embargo, mais aussi l’État de Floride qui perdrait alors des milliers de touristes au profit de Cuba. Il y a aussi l’industrie pharmaceutique qui ne veut pas voir déferler aux States les médicaments développés par la dynamique industrie étatique pharmaceutique cubaine, ainsi que la lucrativebusiness des hôpitaux et des médecins privés américains cotés à la Bourse qui verrait des millions de malades aller se faire soigner sur l’île socialiste. C’est également sans compter les producteurs de fruits et de légumes, etc.
Ce n’est qu’en 2015 que les États-Unis ont retiré Cuba de leur liste noire des États «soutenant le terrorisme». Vraiment ridicule. Parlant de terrorisme, que font les States sur l’île même, à Guantanamo pour être plus précis? Des centaines de personnes emprisonnées sans procès et torturées en plus de ça. Que les Américains, par respect pour le peuple cubain, posent leurs gestes ignobles ailleurs que sur l’île cubaine. Guantanamo, qui fait partie intégrante de Cuba et qui lui a été subtilisée, pour ne pas dire volée, il y a environ 100 ans, doit être restituée à Cuba. C’est la moindre des choses.
À propos des reportages sur Cuba dans notre presse écrite
Mes amis, vous le savez bien, ma patience est presque infinie, et je fais toujours preuve d’une retenue et d’une réserve exemplaires. Mais là, en lisant les comptes-rendus de nos journalistes de la presse écrite sur le récent voyage de Barack Obama à Cuba, j’ai sauté une coche et des fils se sont touchés. Ça ne se peut pas. Pour la millième fois, nos journalistes en ont profité pour déblatérer de nouveau sur Cuba. Ben oui, tout le monde sait qu’à Cuba les gens sont épiés et surveillés (pourtant autant qu’aux États-Unis) et qu’en plus, ils sont ostracisés, emprisonnés et même torturés. Un système plus que totalitaire que nous répètent à satiété nos journalistes. À Cuba, il n’y a pas de criminels, seulement des prisonniers politiques. En plus de subir la répression, les Cubains sont tous pauvres et sous-alimentés qu’ils nous disent. L’enfer ce n’est pas l’autre, c’est Cuba.
Je m’excuse, mais tenir de tels propos sur Cuba relève de l’ignorance et d’un niveau d’endoctrinement maladif chez certains de nos «professionnels» de l’information qui sont pourtant censés produire une information neutre et objective. Oh, pas du tout, je n’insulte pas les journalistes en disant ça, je ne fais que constater empiriquement ce qui a été écrit sur Cuba dans nos médias. Je me dois de parler franchement à certains de mes amis journalistes.
Des réalisations extraordinaires passées sous silence
Cuba a un des meilleurs systèmes de garderies, de santé, d’éducation, d’aide internationale, etc. au monde, et ça, pour nos journalistes émérites, ne compte pas. À Cuba, toutes les personnes, peu importe leur statut, ont un médecin de famille et plus; se font soigner et opérer rapidement; n’attendent pas vingt heures à l’urgence; jouissent de la gratuité des médicaments; ont le privilège d’aller de la garderie à l’université gratuitement; ont un meilleur système de transport en commun qu’ici, etc. Toute une dictature! Être soignés et éduqués comme le sont les Cubains, ça ne fait pas partie de la sacro-sainte notion de liberté individuelle qu’ont mes amis journalistes.
Je le demande: elle est où la «liberté» quand vous n’avez pas de médecin de famille et quand vous attendez vingt heures à l’urgence? Ou encore plus d’un an avant de vous faire opérer? Elle est où votre liberté quand vos enfants fréquentent des écoles avec plein de moisissures et quand les jeunes vont à l’école sans rien avoir mangé et qu’ils n’ont pas droit à des services spécialisés comme à Cuba? Ben oui, ici la notion de démocratie et de liberté est assimilée principalement au fait de pouvoir aller voter aux quatre ans pour l’un des trois partis politiques qui ont, disons-le, à peu près tous le même programme (CAQ, PQ et PLQ).
Quelques faits sur Cuba
Pauvres et privés de liberté les Cubains, vous dites? Pouvez-vous alors m’expliquer pourquoi Cuba est l’un des pays les plus riches en centenaires au monde par habitant? «Le club des 120 ans. Le secret des centenaires cubains» (Le Journal de Montréal, 21 mai 2010). Ils ont la couenne dure ces Cubains pour vivre aussi vieux en étant opprimés et affamés toute leur vie. Commencez-vous à vous poser des questions, mes amis?
Saviez-vous que l’indice de développement humain de l’ONU place Cuba parmi les plus avancés (44e rang sur 187 pays) pour ce qui est de l’espérance de vie à la naissance, le niveau d’éducation et le niveau de vie? Eh oui, le niveau de vie, mes amis. Saviez-vous aussi que les taux de mortalité infantile et prénatale sont plus bas à Cuba qu’aux States? Et puis, saviez-vous qu’à Cuba on compte seulement 3 % d’analphabètes contre environ 12 % au Québec? Saviez-vous que l’espérance de vie à la naissance atteint le même niveau que les pays développés (78 ans)? Toujours selon l’ONU, l’indicateur de développement humain est de 8 ½ sur 10 à Cuba. Je suppose que tous ces faits ne font pas des Cubains des gens effectivement plus libres que dans la majorité des pays du monde et même plus qu’au Québec? Eh oui, plus qu’au Canada.
Aide internationale fournie par Cuba
Paroles du secrétaire d’État américain John Kerry concernant l’épidémie de fièvre Ebola: «Je voudrais remercier Cuba pour son aide dans la lutte internationale contre la fièvre hémorragique. Cuba, un pays d’à peine 11 millions d’habitants, a dépêché 165 professionnels de la santé en Afrique de l’Ouest et prévoit en envoyer près de 300 de plus» (La Presse, 27 octobre 2014, texte de Richard Hétu). Mes amis, le Québec supposément démocratique a envoyé combien de docteurs en Afrique?
Ah ben, en voilà une autre bonne rapportée dans Le Journal de Montréal du 12 juillet 2013: «L’Organisation mondiale de la santé a officiellement déclaré hier Cuba comme le premier pays au monde à avoir éliminé la transmission du virus du sida (VIH) et de la syphilis de la mère à l’enfant». Toujours rien à voir avec les notions de liberté et de démocratie?
J’en aurais plein d’autres qui pourraient vous aider à vous ouvrir les yeux et les oreilles, mais en voici une drôle: «Des Américains étudieront la médecine à Cuba» (La Presse, 29 octobre 2015). C’est l’université du Michigan qui va envoyer ses apprentis médecins étudier dans les hôpitaux cubains. Tiens, une autre dernière: «Se faire soigner à Cuba. Des Québécois s’y rendent même pour traiter leur cancer» (Le Journal de Montréal, 23 mars 2009). Et pas seulement des Québécois, loin de là!
Visites du pape à Cuba
En 2012, visite du pape Benoît XVI à Cuba, 14 ans après celle de Jean-Paul II. En 2015, visite du pape François à Cuba et en 2016, toujours sur l’île «communiste», le pape François rencontre le chef de l’Église orthodoxe russe Kirill. Mais que font ces religieux dans un pays qui, selon nos amis journalistes, brime les libertés individuelles, emprisonne les opposants, même les soi-disant résistants «modérés» et opprime sa population? Ben oui, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, l’Ukraine «libérée», le Honduras ou encore l’Érythrée apparaissent comme des formidables démocraties lorsqu’on les compare à Cuba. Vraiment tout le monde sait ça. Ah ben! c’est à La Havane en 2015, et c’est Cuba qui a agi comme médiateur dans les conflits meurtriers opposant le gouvernement de Colombie et la guérilla des FARC. Franchement, un pays de la droite comme la Colombie, qui choisit Cuba, ce pays maudit, comme conciliateur... Mes amis journalistes, j’espère que vous commencez à comprendre!
Leçon d’histoire
Mes amis, depuis la révolution cubaine, initiée par Fidel Castro il y plus de cinquante ans, les Américains et d’autres ont financé généreusement plusieurs organisations cubaines et étrangères, souvent des ONG avec des noms très angéliques, afin de renverser le gouvernement socialiste cubain, comme ils l’ont fait récemment avec succès en Ukraine, au Honduras, en Égypte, etc. Aie! Cuba est à 90 kilomètres des States. Si les Américains n’ont pas réussi leur putsch, c’est grâce au peuple cubain, éduqué et conscientisé, qui tient à son merveilleux système. Un point c’est tout. Ah oui, les States ont manigancé plusieurs fois afin de liquider Fidel Castro. Pour les journalistes, il faudrait laisser passer toutes les ONG et tous les dissidents «modérés» financés par l’étranger afin de renverser le gouvernement cubain et d’agir à leur guise sur l’île. Renverser le gouvernement actuel à Cuba au profit de qui au juste? Des gens qui, comme ici, instaureraient le principe de l’utilisateur-payeur dans les services publics cubains mille plus développés et accessibles qu’au Québec?
On peut regarder ce qui est déjà arrivé en Amérique du Sud en lisant bien ces titres d’articles de journaux:
«Henry Kissinger a appuyé la dictature militaire en Argentine. Selon des documents déclassifiés, l’ex-secrétaire des États-Unis a approuvé la répression sanglante de la junte au pouvoir entre 1976 et 1983» (La Presse, 23 août 2002).
«Guatemala: la CIA derrière un coup d’État en 1954» (La Presse, 16 mai 2003). Et qui fut derrière le récent putsch au Honduras? Et qui était derrière l’enlèvement du défunt président du Venezuela Hugo Chavez?
«La CIA admet ses liens avec le chef de la police secrète chilienne sous Pinochet» (Le Journal de Montréal, 20 septembre 2000). Et qui a financé les contras au Nicaragua afin de renverser le président élu Daniel Ortega?
Ben non, ces choses-là ne pourront jamais se produire à Cuba. De toute façon, même quand il y a un putsch militaire qui renverse un gouvernement élu démocratiquement comme en Égypte, en Ukraine et au Honduras, si le nouveau gouvernement mis en place par les militaires est du côté des Occidentaux et est favorable au libre marché, c’est alors une bonne dictature. Il y a, comme ça, dans le monde, les bonnes et les mauvaises dictatures.
Et la démocratie au Québec dans tout cela
Quand un premier ministre déclare ce qui suit, comme l’a fait Philippe Couillard, faut nécessairement se poser des questions sur la vraie valeur de notre démocratie: «Non, la majorité n’a pas toujours raison. Le courage politique consiste à affirmer et à maintenir des positions différentes [allô démocratie] si elles s’appuient sur des principes profonds» (La Presse, 12 décembre 2013). Couillard qui parle de principes profonds, faut le faire. Et où est la démocratie quand le PLQ impose ses mesures d’austérité à l’encontre de la volonté de la majorité et quand le premier ministre a le culot de déclarer: «Les coupes ont touché les plus vulnérables admet Couillard» (Le Devoir, 23 septembre 2015). Pas les plus riches, mais les plus vulnérables. Au contraire, des coupes qui ont profité aux gras dur en «libérant» des fonds publics.
Et puis, quand dans une province comme le Québec on érige la corruption en système, on devrait se garder une petite gêne quand vient le temps de faire la leçon aux autres pays en termes de démocratie et de liberté individuelle, notamment les journalistes. Pourquoi ne pas venir avec moi en décembre prochain à Cuba dans ce petit village (Guanabo) de 5000 habitants situé à environ 40 kilomètres de La Havane. Je vous ferai alors visiter une garderie, une école secondaire, une clinique médicale et, prenant le transport en commun qui mène directement à La Havane, on ira visiter un hôpital, une école de médecine et une université. Ah oui, à Guanabo, on assistera ensemble à une assemblée d’un arrondissement et d’une commission scolaire. Vous allez voir que les Cubains n’ont pas la langue dans leur poche. On parlera aussi aux gens dans la rue et on observera leur façon de faire. Ça coûtera ce que ça coûtera aux organes de presse, mais ça va valoir la peine. En passant, couvre-feu à 10 heures le soir, et pas question de partir sur la «go». On aura une grosse semaine de travail devant nous; faut admettre qu’on part de loin.
CA_LeoPaul_Lauzon


Monday, March 21, 2016

Président Obama à son arrivée à La Havane: "Comment ça va Cuba?"

Air Force 1 lors de sa descente finale sur l'aéroport
Jose Marti de la Havane le dimanche 20 Mars 2016.
Le président Barack Obama est arrivé, dimanche 20 mars, à La Havane (Cuba), pour une visite historique de trois jours, la première tournée d’un président américain depuis quatre-vingt-huit ans. En effet, aucun président américain  en exercice, après Calvin Coolidge en 1928, ne s’est rendu à Cuba. "Président Coolidge, lors de sa visite en 1928,  était venu sur un navire militaire, cela lui avait pris trois jours tandis que ce voyage m'a pris seulement trois heures", a déclaré Barack, lors de sa première adresse aux diplomates américains postés à Cuba.
L'avion présidentiel Air Force One s'est posé, sous la pluie, en fin d'après-midi à La Havane sur l'aéroport Jose Marti, du nom du père de l'indépendance de cette ancienne colonie espagnole.

La famille présidentielle foulant le sol cubain
"¿Que bola Cuba?" ("Comment ça va Cuba ?"), a lancé M. Obama sur son compte Twitter en utilisant une expression populaire, quelques secondes après l'attérissage d'Air Force One. "Je viens d'atterrir, je suis impatient de rencontrer et d'écouter les Cubains".

Accompagné de son épouse, Michelle Obama, et de leurs deux filles, Sasha et Malia, le président américain s’est rendu, sous une pluie battante, dimanche soir dans la cathédrale de La Havane, trésor baroque du XVIIIe siècle. Il y a rencontré le cardinal Jaime Ortega, qui a joué un rôle majeur dans  la percée diplomatique de décembre 2014.

Plusieurs militants du mouvement dissident "des dames
en blanc" ont été arrêtés à l'issue de leur procession do
minicale peu avant l'arrivée d'Obama à Cuba.               
Avec ce voyage, Obama, qui quittera la Maison Blanche dans dix mois, a un objectif clair: rendre irréversible le spectaculaire rapprochement engagé le 17 décembre 2014 avec le président Raul Castro. Quelques heures avant son arrivée, les autorités cubaines ont arrêté plusieurs dizaines de dissidents lors de l'habituelle procession dominicale des Dames en Blanc près d'une église de l'ouest de La Havane.

Barack Obama, qui doit rencontrer des dissidents mardi, a prévenu qu'il évoquerait "directement" les droits de l'homme lors de ses entretiens lundi avec Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel voici presque 10 ans.
Avant sa venue, Barack Obama a pris de nouvelles mesures pour faciliter les visites des Américains à Cuba et pour la participation de cette dernière au commerce  international.

Président Obama saluant la mémoire de Jose Marti, le
père de la révolution cubaine.                                      
Cette visite, qui durera jusqu’à mardi, vise à rendre « irréversible » le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba, amorcé par Barack Obama en décembre 2014, souligne la Maison Blanche. Les relations diplomatiques ont été rétablies en juillet entre les deux pays, qui continuent néanmoins d’entretenir de profonds désaccords.


Instauré après l’arrivée au pouvoir des révolutionnaires emmenés par Fidel Castro, frère de l’actuel président, en 1959, l’embargo américain sur Cuba reste néanmoins en vigueur. Le président américain espère que ce dernier pourra être levé par le Congrès américain.


Rencontre avec Raul Castro et discours au peuple cubain

Outre la rencontre avec son homologue cubain, Raul Castro, au deuxième jour de sa visite historique dans la capitale cubaine ce lundi 21 mars , Barack Obama a salué, un « jour nouveau » dans les relations entre les Etats-Unis et Cuba, même s’il a reconnu que de réelles « différences » demeuraient entre les deux pays.

L'historique poignée de mains entre Barack Obama et
Raul Castro, la première publique lors de leur rencon 
tre à Cuba le lundi 21 mars 2016.                                
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« Nous avons eu une bonne discussion sur les questions de démocratie et de droits de l’homme », a assuré le président américain à l’issue d’un entretien avec son homologue cubain au palais de la Révolution. « J’espère que ma visite ici montre à quel point nous sommes prêts à  entamer  un nouveau chapitre dans les relations cubano-américaines », a-t-il insisté.
La rencontre  de ce lundi  avec son homologue cubain, Raul Castro, a été suivie d’une apparition conjointe devant la presse et d’un dîner d’Etat, le point d’orgue de la visite de Barack Obama aura lieu mardi avec le « discours au peuple cubain » que compte prononcer le président américain depuis le Gran Teatro de La Havane, et qui sera retransmis par la télévision cubaine. Barack Obama doit aussi rencontrer mardi des personnalités de son choix, dont des opposants au régime castriste.
Les deux présidents lors de leur point de presse
Alors que Barack Obama entame dimanche une visite historique de trois jours à Cuba, les multinationales américaines ont pris les devants. La chaîne hôtelière Starwood (Le Meridien, W, Westin, Le Sheraton) a ainsi annoncé samedi qu'elle allait ouvrir des établissements sur l’île communiste, une première depuis la révolution de 1959. Les relations commerciales entre les États-Unis et Cuba continuent de se radoucir. Les Américains vont bientôt pouvoir importer davantage de produits de l’île et s’y rendre plus facilement.


Les deux chefs d'Etat passant les troupes en revue
Cet investissement de plusieurs millions de dollars porte sur l'ouverture de deux hôtels en 2016, a indiqué le groupe. Starwood a en outre signé une lettre d'intention avec les autorités cubaines pour un troisième établissement.

Starwood va gérer l'hôtel Inglaterra, ouvert en 1875 et disposant de 83 chambres en plein coeur de la Havane, qui va rejoindre son portefeuille de propriétés de luxes, détaille-t-on dans le communiqué.

La chaîne va aussi reprendre l'hôtel Quinta Avenida, également situé dans la capitale. Celui-ci ouvrira en fin d'année sous la marque Sheraton et disposera de 186 chambres.
Enfin, Starwood devrait gérer l'hôtel Santa Isabel, également à la Havane, une fois qu'il aura obtenu le feu vert du département américain du Trésor, l'équivalent du ministère des Finances et de l'Économie.

Starwood, premier d'une longue liste? 
Les accords entre Starwood et les autorités cubaines sont les premiers grands marchés conclus par un groupe américain depuis la décision de Barack Obama fin 2014 de normaliser les relations entre les deux pays. Une normalisation qui reste néanmoins encore suspendue à la levée, par le Congrès américain, de l'embargo économique imposé en 1962 par Washington. Pour pouvoir établir leurs enseignes à Cuba, les groupes candidats doivent ainsi déposer des demandes de licences auprès du Trésor américain, gardien des sanctions économiques américaines. Starwood assure les avoir obtenues.

D'autres entreprises américaines pourraient annoncer dans les tout prochains jours leur implantation à Cuba. C'est le cas de Marriott International, concurrent de Starwood, dont le patron Arne Sorenson ferait partie de la délégation accompagnant le président américain pour son voyage historique dans l'île communiste du 20 au 22 mars. L'opérateur télécoms AT&T est aussi en discussions avec la compagnie nationale de télécommunications cubaine ETECSA.

Sources : AFP, Le Monde, BFO


Etats-Unis-Cuba, l’heure de la réconciliation