Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Friday, August 7, 2026

Enquête Petro Caribe… Du dessert pour les imbéciles heureux

 

Par Max Dorismond

Petro-Caribe,

C’est quoi ça? Un jeune de vingt ans aujourd’hui, a-t’il déjà entendu ce refrain: Petro-Caribe? Non, il a déjà virevolté sur d’autres rythmes, mais pas sur ce « compas indirect ». À l’heure où tous les journaux d’Haïti nous parlent des prochaines  élections avec plus de 384 partis, il est de bon ton de fredonner le refrain qui a bien fait « rire les oiseaux d’Haïti ». Pour comprendre de quoi il est question, il faut lire cet article écrit en juillet 2017, en rapport à mes prémonitions sur ce sujet sensible qui avait animé la place de 2008 à 2017, il y a de cela 9 années (2017-2027). Comme on n’en entend plus parler, allons dans les souvenirs comme si vous venez de tomber sur une nouvelle planète.

         Bonne lecture.

MaxD.

 

HAITI CONNEXION CULTURE: Enquête Petro Caribe… Du dessert pour les imbéciles heureux

Wednesday, June 5, 2019

À voler sans vergogne comme si demain n’existait pas

Le dédoublement de notre Jojo national


Par Max Dorismond
 
À relire certains de mes articles sur la corruption ambiante de mon pays, je ne suis pas du tout étonné, aujourd’hui, de la tournure des évènements, devant l’étalage médiatique décrivant la casse du siècle en Haïti, dans le décor feutré de Petro Caribe. C’était écrit dans le ciel, Jovenel serait sacrifié au moment venu. Je l’avais bien prédit dans le texte : De Zéro à héros, le dilemme d'un président.

Comme un refoulement d’égoût, son incartade, avec une fraude spectaculaire réalisée sur mesure pour ses deux compagnies qui ont surfé sur deux contrats identiques, différenciés simplement par leur nom respectif, a été mise en évidence pour une raison bien déterminée par le dernier Rapport de la Cour des Comptes : la chute bruyante du roi.

À décortiquer l’exposé d’une telle ignominie, instinctivement nous grimpons dans les rideaux, nous cassons nos chaînes, nous réclamons des cordes pour pendre le pauvre Jojo.

Attention! Notre Jojo national n’est pas le principal et unique voleur. Avec ostentation et flash de projection, on nous l’offre en pâture, pour apaiser nos courroux. Ne jouons pas le jeu des coquins. Ne tombons pas dans le panneau pour oublier les principaux maîtres chanteurs. La marmite est remplie de filous jusqu’à ras bord.

Le cas de Jovenel était devenu encombrant. La fronde sur les réseaux sociaux n’est pas à dédaigner. Elle n’a pas les moyens de forcer l’État à la cohérence, mais sa persistance dérange. L’heure du sacrifice avait sonné. Je vous avais bien écrit que les Ambassades possèdent le dossier de tout le monde, dans mon texte très bien documenté : L'International possède la liste des Petro Caribeurs. À titre d’exemple, le volteface d’Haïti sur le vote contre Maduro (Vénézuela) en est une preuve. Tous les dirigeants d’Haïti, indistinctement, sont tenus par la barbichette.

Dans l’article, De Zéro à héros, le dilemme d’un président, je vous avais noté le plan qui consistait à aller chercher dans l’arrière pays un petit inconnu qui fera « l’affaire ». Et bien, le voici, l’agneau si doux, sur l’autel de la démagogie. Si nous parvenons, nous, de la populace, à descendre Jovenel de son piédestal, « l’affaire serait ketchup ». Les millionnaires seraient aux anges dans leur calcul. Le bateau ivre retournera à son port d’attache, confiant, le cœur léger. Entretemps les années s’écouleront et la prescription leur dira adieu. On passera l’éponge et l’arnaque du siècle ne sera qu’un chatouillement d’aisselles.

C’est bien beau de pointer les 39 000 000,00GHT du contrat encaissé deux fois par notre Jo, pour le même service. Comme Webert Sicot1, dixit Nemours Jn-Baptiste, il a touché deux fois. Mais ce montant divisé par 60,00GHT pour 1,00$ ne représente que 650 000,00$, une pincée de sel. Et pourtant les 4,3 milliards ont été dérobés. Ne les laissons pas nous berner. N’écoutons pas les sanglots de leurs violons. Pour réussir un tel exploit, Jovenel a reçu l’aval de plusieurs barons haut placés. Tous les services indistinctement, tous les ministères qui devraient donner leur aval du double projet avaient bien joué la partition. Avant que la BMPAD délivre les deux chèques, au nom de AGRITRANS et de BETEX de Jovenel Moïse, tous les circuits institutionnels étaient consentants. Que personne ne vienne nous dire le contraire.  Énumérons les coupables, la liste est très longue : Tout moun té jwenn! Aucun n’avait refusé leur tranche de gâteau. La liste des corrompus en réserve de la république est constante et ne se désemplit point.

La sortie spectaculaire d’aujourd’hui n’est que de la poudre aux yeux pour mieux nous endormir. Leur but premier, c’est de ne jamais avoir un procès Petro Caribe aux fesses. Une fois Jovenel sacrifié, ce sera la sainte paix. Le peuple heureux dansera dans les rues. Le roi du carnaval des « gouillades2 » lascives sera sur son char pour faire danser les naïfs avec des refrains grivois à faire pleurer les anges. Et le cirque recommence; c’est la banalisation du mal absolu. Aussi, vont-ils puiser dans la longue liste des candidats potentiels, un homme lige, un autre Alibaba, pour le nommer à titre de bouclier jusqu’à la prochaine pression. Ce dernier ne peut refuser sous peine de passer sous le tordeur. Son dossier est déjà long comme un bras. Tout comme Jovenel, il n’aura pas deux choix. Son curriculum vitae est déjà imprimé.

Ce sera ainsi à chaque scandale, à chaque Katiouboumbe3. Il y aura toujours un magouilleur dédié à mettre en selle : un premier ministre, un ministre, un directeur, un juge, un parlementaire acquis d’avance au jeu du « pwenn fè pa4 » pour perpétuer la couardise et permettre au temps de faire son œuvre de sape en oblitérant les mémoires, comme par enchantement. Analyser le cursus de chaque acteur connu, passé ou présent et vous m’en direz tant. Ce n’est pas pour le plaisir de leurs beaux yeux qu’on remarque le retour de 3 ou 5 de ces messires à chaque nouveau cabinet. Incompétents ou pas, rendement ou pas, ils sont leurs assurances « Tout risque ».

C’est une toile d’araignée gigantesque établie par des « intelligents » pour maintenir le peuple dans son enfer. Les divers gangs « bien arrosés » veillent au grain. Les récalcitrants trop sérieux ou trop bruyants, seront expédiés ad patres avec une balle au front, comme le malheureux Robert Marcelo ou le révérend Père Simoly. Les parlementaires grassement rétribués rassurent en faisant semblant de jouer aux fauteurs de trouble. Si la chaleur du foyer s’intensifie, ils iront jusqu’à démissionner pour permettre à l’heureux élu de gouverner par décret. Et la vie continue.

Toutefois, jusqu’à présent, le mot « démissionner » s’avère être une onomatopée pour conforter les pauvres d’esprit. Dans ces gouvernements qui cumulent échec après échec, avez-vous un jour, déjà entendu parler de démission : démission d’un ministre ou d’un directeur? Jamais! Les gras-durs n’abandonnent pas facilement leurs privilèges. « Pito yo lèd, yo là!5 »

Alors, dans 50 ou 100 ans, les 4,3 milliards de Petro Caribe ne seront qu’un vague souvenir teinté de rose que les adolescents d’aujourd’hui auront à conter à leurs petits-petits enfants avant de s’endormir : Cric-crac. Il était une fois…

Max Dorismond


NOTE
1-      Webert Sicot : Maëstro du célèbre groupe musical Cadence Rampa durant les années 50-60.
2-      Geste lascif à connotation sexuelle au cour d’une danse  
3-      Katioubumbe : mot ou expression créole désignant un scandale, un esclandre…
4-     Pwen fè pa : traduction créole de l’expression (guerrière) « pas de quartier »
5-     Pito yo lèd yo là : Expression créole qui peut se rapprocher de l’expression « se résigner à tout prix »

Sunday, November 4, 2018

Pain de l’instruction et gâteau de la reconstruction

Six mois aprés le passage du cyclone Mathieu, certaines
écoles dans la Grand'Anse fonctionnaient sur des galeries.

La version audible est disponible en cliquant  sur le  player ou sur le lien suivant:

Par Eddy Cavé, eddycave@hotmail.com

Faisant écho aux observations de Louis Joseph Janvier, les professeurs d’histoire nous enseignaient dans les années 1950 que le paysan haïtien avait deux grandes aspirations : le pain de l’instruction pour ses enfants et l’accès à la terre pour sa famille. Au fil du temps, la seconde aspiration est passée dans le domaine de l’utopie, tandis que la première devenait une priorité majeure. Quant au gâteau de la reconstruction,  qui fait scandale aujourd’hui, il s’agit d’une nouveauté apparue seulement  au lendemain du séisme de 2010.

Isolément, les images du pain de l’instruction et du gâteau de la reconstruction n’évoquent aucune réalité sociale, économique ou politique particulière. Aucune injustice susceptible d’expliquer les réactions  violentes observées  depuis le début de l’été 2018. Mais mises l’une à côté de l’autre, elles dévoilent une réalité inacceptable et révoltante : le pain de l’instruction est pour le petit peuple, tandis que le gâteau de la reconstruction est pour le cercle restreint des privilégiés. L’un est lié au scandale des prélèvements de 1,50 $ sur les transferts de fonds de la diaspora; l’autre, à la dilapidation du milliard de dollars que les générations futures devront rembourser.

Il n’y a donc aucune devinette à déchiffrer dans le titre du présent article. Le pain est destiné aux éternels opprimés, tandis que le gâteau appartient aux perpétuels bénéficiaires des largesses de l’État. Dans ce partage très inégal de la richesse, l’État dispense à la masse des démunis une instruction de mauvaise qualité et en détérioration constante, pendant qu’il traite aux petits oignons les grands de ce monde. On comprend donc aisément la polarisation de la société et l’incapacité de l’électorat à se donner des dirigeants compétents et intègres. Faut-il aller chercher plus loin les causes profondes des émeutes de juillet dernier, des manifestations colossales du 17 octobre en cours et de l’affrontement annoncé pour le 18 novembre prochain?


Dans la phraséologie traditionnelle haïtienne, la métaphore du pain de l’instruction incite à la réflexion et dévoile les graves lacunes des politiques des pouvoirs publics. Obscurantiste par nature et  par tradition, l’État haïtien n’a jamais compris qu’il faut une main d’œuvre et une population instruites pour assurer  la prospérité économique et la stabilité sociale et politique. C’est ainsi qu’à l’exception de Christophe, et de Pétion dans une moindre mesure, aucun de nos chefs d’État ne s’est véritablement préoccupé de mettre ce pain à la portée des moins nantis. C’est seulement sous Geffrard, à partir de 1867,  que l’État a commencé à s’atteler à cette tâche. Il le fera curieusement après la signature du Concordat avec le Vatican, ce qui nous donnera aussi les écoles congréganistes et mettra en chantier notre système d’enseignement à deux vitesses.

La répartition du pain de l’instruction sera si aberrante qu’à la fin des années 1870, les deux grands  partis politiques du pays ne trouveront de meilleurs slogans pour mobiliser leur électorat que « Le pouvoir au plus grand nombre » (entendez les laissés-pour- compte) et « Le pouvoir aux plus capables » (entendez les plus instruits). Si les insurrections et les guerres civiles de cette époque portent l’empreinte de la mauvaise répartition des richesses, elles s’expliquent aussi dans une large mesure par celle du pain de l’instruction.

Malgré les avancées, réelles ou apparentes, enregistrées par exemple dans le domaine de l’alphabétisation  des adultes, le pain de l’instruction a été jusqu’ici très mal réparti. En témoignent divers articles publiés au fil des ans dans Le Nouvelliste, notamment :

i)                « Le pain de l’instruction à même le sol », où Gaspard Dorélien relate le 30 août 2006 que, faute de bancs, les élèves s’assoient à même le sol pour suivre leurs cours à l’école nationale Claire Heureuse de Port-au-Prince. L’auteur ajoute que l’année scolaire n’y sera ni claire ni heureuse.

ii) « Le pain de l'instruction a mauvais goût », dans lequel Edrid St- Juste dénonce, le 28 août 2007, les conditions sanitaires déplorables du fonctionnement de l’école nationale République d’Argentine. Il les compare au passage à celles des salles propres, fraîchement repeintes et bien entretenues des écoles privées.

ii)              « La portion congrue du pain de l'instruction», où Edrid St-Juste revient à la charge en 2010  pour exposer le dénuement de l’école nationale Caïus Lhérisson de Fontamara. Un témoignage accablant qui appelle encore des correctifs!

Rappelons ici que la fuite des cerveaux a commencé en Haïti au début des années 1960 avec les persécutions politiques des années François Duvalier et les perspectives d’emploi offertes à nos cadres par la décolonisation de l’Afrique francophone. La qualité de l’instruction s’est alors détériorée rapidement au pays, et le mouvement s’est poursuivi sous le règne du fils, avec toutefois quelques points de retournement.

Après 1986, les grandes écoles publiques ont perdu tout leur lustre et on a assisté à la multiplication des écoles dites  bòlèt et à la création parallèle d’un réseau d’écoles « haut de gamme » comme Union School,  le lycée français Alexandre Dumas, etc. Il s’est alors créé au pays un système malsain  d’enseignement à plusieurs vitesses qui ne cesse de creuser l’écart entre les riches et les pauvres. Le pain de l’instruction dispensé par l’État est ainsi devenu un mauvais bonbon siwo, cette sorte de galette faite de farine et de mélasse.

Qu’en est-il maintenant du « gâteau de la reconstruction »? 
Comparé à l’actuel bonbon siwo de l’instruction, le gâteau de la reconstruction est un mets raffiné servi dans du cristal de baccara et avec une argenterie fine. Il  se consomme avec du caviar et, selon le rang des convives, avec du champagne Veuve Clicquot ou du Dom Pérignon. Cette pâtisserie exquise a été lancée après le séisme de 2010 avec l’arrivée massive de l’aide étrangère et la bousculade des ONG sur le terrain. Elle a ensuite connu ses plus beaux jours avec la signature en 2006 de l’Accord Petro Caribe, où les transactions se font à l’échelle du million de dollars.

Sur le modèle des invitations lancées aux grandes multinationales dans le sillage de l’unification des deux Allemagne, de la reconstruction de l’Iraq et de la guerre du Golfe, les dirigeants haïtiens ont, à  partir de 2010, invité avec force  les investisseurs étrangers à venir « partager le gâteau de la reconstruction. ». Dès le 1er février 2010, l’ambassadeur américain à Port-au-Prince, Kenneth Merten, annonçait la bonne nouvelle au State Department dans un câble dont la teneur ne cesse encore d’étonner : «  The gold rush in on! », écrivait-il,  (La ruée vers l’or a commencé).  En accédant au pouvoir l’année suivante, les Tèt Kale adouciront la formule en adoptant pour leurs cartons d’invitation le slogan « Haiti is open for business ».

Au menu des rencontres devant conduire à la signature des juteux contrats : cocktails de bienvenue; réceptions somptueuses; journées à la plage en compagnie des plus jolies filles du pays; promenades en yacht privé dans la région  des Arcadins ou à l’Île-à-Vache. Contacts directs avec le haut personnel  politique du pays, avec les plus riches et les plus influents des éventuels partenaires locaux. Promesses de cession par bail emphytéotique de terres de l’État haïtien; exemptions d’impôts et franchises douanières perspectives de surfacturation, de paiement anticipé des travaux; de création de sociétés écrans destinées à brouiller les pistes en cas d’audit ou d’audiences publiques, etc.

Ainsi, de nombreux contrats ont été conclus au mépris de toutes les règles modernes de gouvernance et de transparence. En outre, les dirigeants qui lancent ces invitations ne se gênent nullement pour s’affubler des qualificatifs de « bandits légaux ». À part les requins de la finance et les entrepreneurs inculpés pour fraudes comme le sénateur dominicain Felix Bautista, ces dirigeants ont des carnets d’adresse remplis de noms prestigieux et qui inspirent confiance. Et on les voit dans les instances internationales en compagnie de Bill et Hillary Clinton, Hugo Chavez, Michelle Bachelet, Raoul Castro, etc.

Avec le décès de Chavez, les problèmes économiques du Venezuela et la chute des prix du pétrole, la manne Petro Caribe s’est tarie, et le petit peuple nourri au bonbon siwo d’une instruction à rabais est sorti de sa léthargie pour demander des comptes. Les convives du banquet de la reconstruction sont vite partis sur la pointe des pieds, laissant dans le pétrin les élégantes hôtesses et les richissimes patrons forcés de se terrer le plus loin possible de leurs luxueuses villas.

De même que le pain rassis de l’instruction est devenu au fil du temps un affreux bonbon siwo, le gâteau de la reconstruction a perdu sa fraîcheur et s’est contaminé pour devenir un poison violent en moins de dix ans.

Aujourd’hui, non seulement personne n’en veut, mais tout le monde affirme n’y avoir jamais goûté. Même ceux et celles qui en ont fait une indigestion. D’où cette quête de vérité qui ne fait que commencer :

KOTE KÒB PETROKARIBE A ?
(Où se trouvent les milliards de Petro Caribe?)


Eddy Cavé,
Auteur, conseiller en édition
Ottawa, le  28 octobre 2018